Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

23.03.2012

Une ambiance pesante

Paris, Police, Sécurité, Immigration, Racisme, Histoire, EducationRue des Rosiers, au coeur du Marais juif. Le monde et l'animation commencent à revenir, a-t-on constaté ce matin. Ces derniers jours, en revanche, au moment et dans la foulée de la tuerie antisémite de Toulouse, il était vraiment frappant de constater combien l'ambiance était pesante jusque et y compris dans ce quartier de Paris.

Des rues beaucoup moins fréquentées qu'en temps normal. Des queues beaucoup moins longues que d'habitude devant les comptoirs à falafel. Des policiers qui patrouillent. Des riverains qui, par petits groupes, conversent à voix basse, la mine grave. Rue Pavée, à deux pas, on était passé l'autre jour devant la synagogue au moment où y prenait fin une cérémonie de mariage. Ni flonflons, ni coups de klaxon, ni ostentation: là aussi, des mines graves. A leur sortie de la synagogue, le soleil printanier resplendissait, les jeunes mariés étaient beaux comme des coeurs. Mais on voyait bien que l'heure était à la retenue dans l'expression de leur bonheur.

Triste et pesante aussi, l'ambiance jusqu'à hier aux abords des écoles de notre onzième arrondissement. Des policiers en armes pour surveiller l'arrivée et la sortie des écoliers dans le quartier Oberkampf/Saint-Maur. Quartier sensible: une mosquée, une école juive, etc. Des fourgons de police aussi dans le quartier Saint-Antoine, aux abords de l'église réformée protestante. Pas un policier, par contre, devant l'école catholique à Bastille. Rien que cette répartition géographique des forces de l'ordre placées en état d'alerte maximum rappelait le caractère odieusement stigmatisant des attentats de Toulouse.

Paris, Police, Sécurité, Immigration, Racisme, Histoire, EducationRue des Rosiers encore, pour terminer. C'est là qu'il y a trente ans, le 9 août 1982, avait été perpétré un attentat antisémite meurtrier. Une fusillade et une grenade lancée devant le fameux restaurant juif Goldenberg. Six morts, une vingtaine de blessés.

Le restaurant a fermé. Comme tant de lieux symboliques de la mémoire juive du Marais, il a été remplacé par une boutique de fringues – une de plus. Mais la plaque commémorative en mémoire de cet attentat antisémite figure toujours sur l'immeuble.

Trente ans plus tard et particulièrement cette semaine, cela apparaît comme étant vraiment la moindre des choses.

03.11.2011

Un mépris affolant

Puisqu'on parlait hier d'enfantement et de bébé, ces propos d'un proche de Nicolas Sarkozy, qui datent d'il y a plusieurs jours déjà, mais dont on n'est toujours pas revenu.

Le sujet? Les Roms. L'orateur? Arno Klarsfeld, qui préside l'Office français pour l'intégration et l'immigration. Cela donne ceci – et on n'invente rien: c'était notamment dans une interview, ici. Les Roms «vivent avec huit enfants dans une pièce. Ils devraient s'abstenir d'avoir huit enfants! Lorsqu'on n'a qu'une pièce, on ne fait pas huit enfants!» Ou cela: «Pour que les enfants puissent s'intégrer, il faut que les parents puissent s'en occuper (...). (Les Roms) doivent savoir que leurs enfants vont être pris par les mafias, mis sur le trottoir». Et cette touche de psychologie du café du commerce: chez les Roms, «c'est inconscient. Ils sont de longue date les Misérables avec un grand M, chassés, pourchassés, mais ils sont aussi victimes d'eux-mêmes: responsables de ne pas avoir su susciter une véritable élite qui ne soit pas cette ploutocratie qui vit de trafics et n'a pas intérêt à sortir son peuple de l'horreur».

Donc, pour l'Office français de l'immigration, c'est clair, c'est net, c'est tranché: si on est Rom, on n'a d'office que deux possibilités, dans la vie. Soit on est «Misérable avec un grand M», victime de soi-même au point de mériter le psy, enfant de parents sexuellement obsédés et irresponsables (à stériliser, tant qu'on y est?). Soit on est mafioso-ploutocrate-proxénète-exploiteur sans scrupules. Il n'y a pas à sortir de là.

Dans la bouche d'un si haut responsable français, de tels propos auraient évidemment suscité un tollé s'ils avaient concerné non des Roms mais d'autres citoyens de l'Union européenne, et/ou d'autres groupes de population – au hasard: les Noirs, les juifs ou les arabes. Mais là, rien. Ces déclarations sont passées comme une lettre à la poste. A moins que cela nous ait échappé, pas l'ombre d'un tumulte. A peine la réaction de l'une ou l'autre association (ici).

Les Roms vus comme un sous-peuple non seulement en Roumanie et en Bulgarie, mais également en France – et en haut lieu, y compris?

 

PS: Actualisation, quelques heures plus tard. Tiens, non, en fait: cela a l'air de commencer à réagir, voire  

03.06.2011

Un (pénible) palmarès

Exit «Y'a bon Banania», donc: on l'écrivait avant-hier. Mais les «Y'a bon Awards», eux, se portent toujours comme un charme. Pour rappel (on en avait parlé ici), ces trophées récompensent, au second degré, «les propos les plus racistes de l'année». Pour bien terminer la semaine, rendons hommage à quelques-uns parmi les (hélas si) nombreux lauréats du palmarès 2011, qui a été dévoilé il y a quelques jours,

Dans la catégorie «Finalement, c'est pas si dur d'être raciste», c'est le couturier et parfumeur Jean-Paul Guerlain qui, bien sûr, l'a emporté haut la main. Avec sa petite phrase télévisée qui suscita un tollé: «Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un Nègre. Je ne sais pas si les Nègres ont toujours tellement travaillé, enfin…». Dans la catégorie «L'Islam ne passera pas par moi», c'est Robert Ménard qui a été distingué. Cet ex-dirigeant de l'ONG «Reporters sans frontières», reconverti en polémiste télévisuel énervé, a vu cette petite phrase saluée: «Je n'ai pas envie qu'il y ait autant de mosquées que d'églises dans mon pays (…) Je n'ai pas envie qu'il y ait un minaret dans tous les villages de France».

Enfin, la «Banane» d'honneur à été décernée au brillant journaliste-polémiste Eric Zemmour, «pour l'ensemble de son oeuvre». Mais cela n'étonnera sans doute personne.

Encore bravo à tous ces lauréats. Sans doute représentants d'un certain courant de pensée si présent en ce moment en France. Et si rance.

01.06.2011

Une victoire

BANANIA.jpgOn avait évoqué cela dans ce blog (ici), à l'époque: la plainte en justice déposée par l'association antiraciste MRAP contre la société Nutrimaine, qui commercialise en France la boisson chocolatée Banania. Une plainte contre le visuel du tirailleur sénégalais figurant sur les produits de cette marque, et contre son slogan: «Y’a bon Banania». Pour le MRAP, tous deux véhiculent une image du Noir tellement caricaturale et stéréotypée qu'elle en devient «contraire aux principes de respect de la dignité humaine». Si on en reparle à présent, c'est parce que du neuf est intervenu dans cette procédure, dernièrement.

 

En effet, alors qu'elle avait été déboutée en première instance, l'association a récemment obtenu gain de cause en appel. La justice a enjoint Nutrimaine, sous peine d'astreintes, de «faire cesser, sous quelque forme et quelque soit le moyen, la fabrication et la commercialisation de toute illustration sur laquelle apparaîtrait la mention «Y'a bon» seule ainsi que la mention «Y’a bon» accompagnée de la marque Banania et/ou un personnage de couleur noire ». Le MRAP a salué un arrêt «historique». .

 

Eric Zemmour et ses amis vont encore hurler au «politiquement correct»...

25.11.2010

Une réaction

On l'a constaté avec satisfaction ce matin, en passant boulevard Voltaire. Sur cette grande artère du onzième arrondissement, on ne trouve plus trace de cette campagne d'affichage antisémite qu'on avait évoquée vendredi dernier dans ce blog, qui promeut un livre colportant les ragots séculaires sur la prétendue «mafia juive internationale». Cette campagne avait commencé début novembre dans la capitale française. Elle avait même essaimé jusqu'en banlieue parisienne, puisque – ainsi qu'on l'entendait à la radio hier – ces affiches ont également été signalées dans des villes comme Boulogne-Billancourt, Montrouge ou Levallois.

 

Finalement, cette campagne haineuse a donné lieu à deux réactions. Une procédure judiciaire, d'abord: le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme a (ici) demandé au procureur de la République de Paris «d'engager d’initiative l’action publique» visant à «l'interdiction et la destruction (de ce) livre qui contrevient aux lois antiracistes». Une injonction de la mairie de Paris, ensuite: l'Hôtel de ville a prié les services municipaux de nettoyage d'être particulièrement attentifs à cette campagne et d'arracher systématiquement les affiches que les employés croiseraient en rue, pendant leurs tournées. Du coup, rien que ces derniers jours, une quarantaine d'affiches auraient été enlevées. Sans doute est-ce déjà cela.

19.11.2010

Une indignation (sélective)

affichedernier%c3%a9tage[1].jpgC'est l'affiche de cinéma dont on a parlé, cette semaine en France. On y voit un homme, présenté comme un huissier de justice, apeuré: ligoté et bâillonné dans une baignoire. C'est l'affiche du film «Dernier étage gauche gauche»: une comédie sortie mercredi dans les salles en France, qui narre les mésaventures d'un huissier pris en otage dans une cité de banlieue où il était venu faire une saisie. L’affiche d’une comédie donc, mais tout le monde ne l’a pas trouvée drôle.

 

Ainsi, la Chambre nationale des huissiers a (ici) saisi la justice. Selon elle, vu «l'augmentation des situations de violence auxquelles les huissiers de justice sont de plus en plus souvent confrontés», «on ne peut pas laisser passer l'idée que les agressions commises sur eux sont sans gravité». Le distributeur et le producteur du film ont donc été assignés en référé, et le retrait de l'affiche demandé. Au grand effarement () d'associations comme la Ligue des droits de l'homme, la Société des réalisateurs de films ou la Fédération des professionnels de l'art contemporain. Pour qui la corporation des huissiers «confond la représentation d'une situation imaginaire avec une attaque physique, amalgame un personnage fictif à une  catégorie socio-professionnelle réelle, et confond ainsi réalité et fiction». Sa procédure ne serait donc rien d'autre qu'une «menace à la liberté de création». Finalement, le tribunal de grande instance de Paris, hier après-midi, a débouté les huissiers. Il a jugé que le film, présenté «comme une comédie et non comme un drame», ne suscitait pas de «trouble illicite à l'ordre public».

 

Cette affaire rappelle un peu l'émoi, l'été dernier, de la profession des policiers à propos de la campagne en faveur des... poulets fermiers de Loué. Sur ces affiches-là, on voyait par exemple un policier torse nu, normalement musclé, censé symboliser un poulet élevé en plein air, aux côtés d'un autre policier lui hideusement bodybuildé et gonflé à la testostérone, supposé représenter un poulet élevé en batterie. Le premier syndicat de gardiens de la paix s'était indigné (ici) que la profession policière, en étant assimilée à des volailles, soit «dénigrée d'une manière la plus vulgaire et simpliste», et ce au moment «où les policiers sont particulièrement exposés dans l'exercice de leur profession».

 

affichemafiajuive.jpgComme quoi, dans la pub comme dans la vie, l'humour est une question de goût, et le second degré n'est pas toujours apprécié. Cela dit, si souvent en ville, on voit des campagnes d'affichage autrement plus choquantes, mais qui, elles, n’ont pas l’air de susciter la moindre indignation. Ainsi, dans notre onzième arrondissement en ce moment, on voit sur les murs des affiches en faveur d'un bouquin intitulé «La mafia juive: les grands prédateurs internationaux». Des affiches donc faisant, sur l'espace public, la promo d'un opuscule véhiculant les clichés antisémites les plus éculés, sur la prétendue implication de cette communauté dans les pires trafics: «traite des blanches, proxénétisme, blanchiment, meurtres sous contrat, trafic de diamants», etc. A quand une démarche de la Chambre des huissiers pour faire constater le caractère haineux et donc illégal d'une telle campagne d'affichage, et dès lors exiger son arrêt immédiat? 

31.08.2010

Une récidive

Le temps passe, mais, à Paris, certains décidément n'évoluent pas. Vers la mi-juin, on avait évoqué (ici) l'émoi suscité dans la capitale – et au-delà: dans le reste du pays – par la tentative de groupuscules liés à l'extrême-droite de tenir un apéro géant dit «Saucisson & pinard» (clairement exclu aux musulmans, donc) à la Goutte d'or (quartier parisien à forte population issue de l'immigration). Depuis, près de trois mois ont passé. Mais d'aucuns ont envie de récidiver. On pourrait en avoir l'illustration ce samedi à Paris.

 

Ce jour-là, en effet, en plein centre-ville, est programmé un «grand apéritif républicain». Présenté comme en faveur d'«une certaine idée de la France». Pour que les choses soient claires, il s'agit de dénoncer «la montée de l'offensive islamiste sur le territoire français». Des initiatives du même acabit sont annoncées le même jour dans plusieurs villes de province: Bordeaux, Lyon, Strasbourg ou Toulouse. Parmi les organisateurs, on retrouve des ex-militants dévoyés d'une certaine «gauche» ultra-républicaniste, sécuritaire et anti-communautariste – genre Chevènement. Ils assurent que leur «conception de la Nation n’est absolument pas ethnique». Mais n'en condamnent pas moins le modèle français d'intégration des minorités issues de l'immigration, modèle qu'ils veulent remplacer par un régime d'«assimilation» pure et simple. Tout comme les amateurs de cochon et de vin rouge avaient, en juin, comparé à la Résistance aux nazis leur «entrée en résistance face à l'islamisation de la France», on a à nouveau droit à un alibi historique: l'apéro du 4 septembre se veut commémoratif de la journée du 4 septembre 1870, qui avait vu la proclamation de la IIIème République.

 

Le maire (écologiste) de l'arrondissement parisien où se tiendrait cette manifestation a demandé son interdiction à la préfecture de police.

26.07.2010

Un délit de faciès

Aujourd'hui, un sujet parfaitement de saison mais néanmoins pénible. En France visiblement, le racisme et l'intolérance ne prennent pas de vacances. Même en ces temps estivaux synonymes théoriquement d'insouciance, même dans des lieux de villégiature à l'atmosphère censée conviviale, décontractée et bon enfant, certains Français continuent de subir des discriminations liées à leurs origines. C'est ce que vient d'à nouveau montrer SOS-Racisme.

Ce week-end, en effet, la section départementale des Alpes maritimes de cette association a procédé à sept opérations de testing dans différents campings de la Côte d'Azur, opérations ayant été enregistrées avec des caméras ou des micros cachés. Des tests pareils à ceux souvent pratiqués par cette association aux entrées de discothèques. Cette fois donc, des campings étaient testés. Se présentaient successivement à la réception des candidats campeurs fictifs parfaitement similaires. Similaires par leur âge, leur apparence vestimentaire, leur courtoisie et leur capacité d'élocution, leur situation administrative en règle, leur équipement ou leur requête d'hébergement: un emplacement pour une tente. Différait juste leur faciès: certains de ces testeurs étaient issus de l'immigration, maghrébine ou africaine. Dans deux cas sur sept – ce qui n'est tout de même pas rien –, il a été répondu à ces campeurs-là que le camping était complet. Mais quand, immédiatement après (et sans qu'entre-temps, un emplacement ait été libéré), des testeurs blancs se présentaient à la même réception, comme par miracle, le camping n'était plus complet et un emplacement était disponible.

«Nombre de Français continuent chaque jour d'être victimes de ce qu'il faut bien appeler un délit de faciès», a déploré ce matin le président de SOS-Racisme, Dominique Sopo. A savoir sont victimes d'«une série de stéréotypes et de préjugés» projetés sur eux simplement en raison de la couleur de leur peau ou de leur l'origine géographique familiale, réelle ou supposée. Un tel comportement discriminatoire, qu'il ait lieu au camping ou ailleurs, est passible de peines allant jusqu'à trois ans de prison et 45.000 euros d'amende. Théoriquement. Si la justice et la police ne sont pas elles aussi parties à la plage.

17.06.2010

Une provocation

L'extrême droite a de la suite dans les idées. Hier après-midi, la préfecture de Police de Paris a interdit l'apéro géant «Saucisson & pinard» (clairement exclu aux musulmans, donc) que des groupes identitaires comptaient organiser vendredi dans le quartier parisien (à forte population issue de l'immigration) de la Goutte d'or. Quelques heures plus tard, cependant, ces jeunes «patriotes» en lutte contre «l'islamisation de la France» – qui se retrouvent notamment sur Facebook (pas envie de faire ici un lien: les lecteurs que cela branche trouveront bien) – ont réagi. Des tentatives d'organisation de rassemblements du même acabit ont essaimé ça et là en France. Ainsi, un autre apéro géant de ce type est annoncé à Toulouse, Place du Capitole. Un apéro baptisé «Rosette & Pinard» est programmé à Lyon. On parle même d'un «Apéro géant Saucisson & Bières» à Molenbeek – commune bruxelloise à forte densité immigrée.

A Paris, ne reculant pas devant une nouvelle provocation, les identitaires appellent désormais leurs sympathisants à se réunir vendredi soir à la place de l'Etoile. En cette veille de commémoration de l'appel du 18 juin lancé par le général de Gaulle, ils prennent soin de préciser que ce lieu de manifestation n'a pas été choisi au hasard. A cet endroit du quartier des Champs-Elysées, en effet, «le 11 novembre 1940, malgré la publication d’un communiqué de la préfecture de police affirmant qu’aucune démonstration publique ne sera tolérée, 2000 lycéens et étudiants eurent le courage de se réunir pour défier l’occupant». En se réunissant place de l'Etoile 70 ans plus tard, les activistes d'extrême droite entendent symboliser leur «entrée en résistance face à l'islamisation de la France».

Le lien est donc fait, par et dans ces pauvres esprits, entre l'Occupation nazie d'hier et l'immigration musulmane d'aujourd'hui. Entre la Résistance et leur résistance. Minable.

10.06.2010

Un soupçon

drapeauisraélien.jpgDepuis le drame de Gaza, certains milieux en France jugent visiblement condamnable le simple fait d'être Israélien, d'être juif, ou simplement d'être présumé l'un ou l'autre. On l'a vu avec la déprogrammation par les salles de cinéma Utopia du dernier film du cinéaste israélien Leonid Prudovsky. Justification? Le boycott de ce «film produit avec l'aide de l'organe de production officiel d'Israël» est un «moyen pacifiste et visible pour attirer l'attention et dire (la) désapprobation» du drame de Gaza. La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme tout comme le Conseil représentatif des institutions juives de France ont protesté contre cette «négation de l’indépendance des auteurs et de la liberté de la création artistique» en Israël, le cinéma ayant, dans ce pays, «constamment oeuvré à la critique» de la politique du gouvernement. Le quai d'Orsay a lui aussi condamné cette censure, qui fait «le jeu des extrémistes» alors que, «dans le contexte actuel de fortes tensions, les échanges culturels et artistiques doivent se poursuivre».

A Paris en ce moment, ce n'est pas un cinéaste israélien mais un écrivain français supposé juif qui semble victime de la vindicte de certains milieux. Pour preuve, dans une station de métro hier soir, on est tombé en arrêt sur des panneaux publicitaires vantant le dernier livre de l'écrivain à succès Bernard Werber, panneaux qui avaient été vandalisés par des slogans hostiles à «Israël, Etat criminel».

Première question: Bernard Werber est-il juif? On n'en a pas la moindre idée, et on s'en fiche complètement. Mais, de toute évidence, cela taraude pas mal de monde. Ainsi, «Bernard Werber juif» est une des propositions de recherche par défaut qu'affiche automatiquement Google à propos de cet écrivain – ce qui indique que cette recherche a été faite par nombre d'internautes. En 0,35 seconde, précise le moteur, 6990 résultats s'affichent. Deuxième question: à supposer même que ce romancier français soit juif, en vertu de quoi devrait-il d'office être associé à un acte «criminel» d'Israël? A moins que son appartenance putative à cette communauté fasse mécaniquement de lui le complice du drame de Gaza? Un tel raisonnement – et c'était probablement celui de notre graffiteur du métro – est évidemment affolant.

Werbertagué.jpgNotez que ce soupçon de judéité frappe aussi d'autres personnalités. Ainsi, a-t-on découvert l'autre jour en surfant, si l'on googelise «Eric Woerth juif» (en référence à l'actuel ministre du Budget), s'affichent... 65200 résultats. Et le moteur juge bon d'indiquer à ses utilisateurs obsédés par l'identité communautaire que «Martin Hirsch juif» et «Christophe Dechavanne juif» sont disponibles en «recherches associées à Eric Woerth juif». Du coup, une dernière question: mais dans quel monde vit-on?

31.05.2010

Un ramassis de clichés

On parlait des préjugés la semaine dernière dans ce blog, à l'occasion de la remise des «Ya bon awards» – où le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a été largement distingué. Manifestement en France, il y a encore beaucoup de boulot à faire en matière de lutte contre les clichés racistes, antisémites, xénophobes ou homophobes. Témoin, ce sondage de l'institut BVA réalisé pour l'Union des étudiants juifs de France et SOS Racisme, dont les résultats effarants ont été dévoilés hier à l'occasion des Assises de la lutte contre les préjugés.

 

Ainsi, 27,6 % des Français voient les gens issus de l'immigration maghrébine comme des délinquants; c'est plus du double de l'an dernier (12%)  – encore bravo et merci à Eric Zemmour. Pour quasiment un sondé sur deux (49 %), «les étrangers savent mieux profiter du système de protection sociale que les autres». Plus du quart des Français (28 %) assurent que les Noirs sont des êtres plus forts physiquement que les autres. Pour près d'un Français sur trois (30 %), les juifs ont plus d'influence que les autres dans la finance et les médias. Et 12% de l'opinion (contre 8% l'an dernier) pensent que les homos «sont plus obsédés par le sexe» que les hétéros.

 

Les clichés les plus éculés, les préjugés les plus arriérés, restent donc bel et bien ancrés dans une bonne part de l'opinion. Mais faut-il vraiment s'en étonner?

26.05.2010

Un trophée

yabonbanania.jpgAprès le sujet un peu sinistre d'hier, une note d'humour aujourd'hui. Car, parfois, sans doute vaut-il mieux réagir à la crétinerie par l'humour et la dérision. C'est en tout cas la conviction des «Indivisibles». Ce collectif lutte contre les préjugés ethno-raciaux et contre la dévalorisation voire la négation de l'identité nationale des Français issus de l'immigration. Chaque année, il remet un trophée à la personnalité qui, à ses yeux, s'est distinguée par des propos ayant alimenté les stéréotypes ou le dénigrement des «Français non-Blancs». Ce prix, c'est le «Y'a bon award» – en référence au slogan et au visuel si controversés de la marque de boisson chocolatée Banania. Et il sera décerné demain soir à Paris.

 

Parmi les nominés, on trouve nombre de personnalités ayant dit des stupidités assez effarantes. Ainsi, la ministre de la Famille Nadine Morano, avec sa fameuse tirade sur le «jeune musulman» qui, «quand il est Français» et «aime son pays», y «trouve un travail», «ne parle pas le verlan» et «ne met pas sa casquette à l'envers». Ou Jacques Séguéla – le publicitaire bling-bling convaincu que «quand on n'a pas de Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie» –, pour sa réflexion sur «la force de l'Africain, c'est de savoir garder cette part enfantine que les autres adultes effacent». Ou encore l'ineffable député UMP Eric Raoult, qui avait déjà remporté haut la main le concours en 2009 (voir ici), pour cette si fine observation selon laquelle «en Outre-mer, on a le sang chaud». Difficile donc de départager tous ces gens: chacun mériterait un prix. Sans parler du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, évidemment nominé lui aussi pour sa mémorable petite blague adressée à un jeune Maghrébin rebaptisé Auvergnat: «Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes».

 

De tout cela, mieux vaut rire que pleurer, pensent donc les «Indivisibles». A moins que, comme disait Desproges, l'on puisse rire de tout certes, mais pas avec n'importe qui.

30.04.2010

Une cérémonie

Comme quoi parfois, le temps n’efface pas le souvenir. Cela se passe demain matin à Paris. C’est une cérémonie d’hommage qui y a lieu sans exception chaque premier jour de mai, depuis quinze ans maintenant. Depuis ce 1er mai 1995, jour où Brahim Bouarram, un jeune beur sans histoire, âgé de 29 ans, périt noyé dans la Seine après y avoir été jeté par des militants d’extrême droite en débandade, de retour du défilé annuel du Front National – le parti de Jean-Marie Le Pen n’a jamais voulu reconnaître la moindre responsabilité dans ce drame. Depuis, chaque premier jour de mai, se réunissent au pont du Caroussel, d’où le jeune homme a été précipité dans les flots, anonymes et associations pour rendre hommage aux victimes de crimes racistes en France.

 

Une année ou l’autre, on a déjà été témoin de cette cérémonie, passant là à ce moment. On en a gardé le souvenir que c’était très digne. Davantage silencieux que revendicatif. Emouvant, même. Invariablement, les Parisiens présents achèvent cet hommage en descendant des quais vers les berges de la Seine. Où ils déposent des gerbes de fleurs qui ensuite s’en vont, colorées, dérivant paisiblement dans le gris du fleuve. A l’époque, on s’en souvient, on avait trouvé que la délicatesse de ce geste et la permanence de ce souvenir contrastaient heureusement avec la sauvagerie sans nom de ce crime. 

07.10.2009

Une illumination

Pénible parti que le Front national, décidément. La formation d’extrême droite de Jean-Marie Le Pen monte au créneau, en ce moment, à propos… de la tour Eiffel.

 

Cette semaine, tous les soirs depuis hier et jusqu’à dimanche, le célèbre édifice s’illumine aux couleurs de la Turquie, pour célébrer la «Saison de la Turquie en France», qui bat son plein en ce moment dans la capitale. Le FN ne supporte pas cette illumination. Car elle constituerait un «gigantesque gaspillage d’argent public». Elle serait d’autant plus «inouïe» que «le monument symbole de Paris et de la France sera illuminé pour la première fois de son histoire d’un croissant islamique». L’horrreur absolue pour un parti qui, depuis sa création, est en croisade contre l’immigration, l'immigration musulmane singulièrement. Demain donc, Marine Le Pen et ses sbires manifesteront dans le centre de Paris «pour dire non à l’Europe turque voulue par Delanoë et Sarkozy! Pour dire non au gâchis d’argent public! Pour réaffirmer notre attachement à une France Bleu Blanc Rouge!»

 

Il y a juste que c’est vraiment, et doublement, du grand n’importe quoi.

 

D’abord, en effet la Tour Eiffel scintille désormais toutes les heures en rouge et blanc, en référence aux couleurs du drapeau turc. Mais jamais ni nulle part, lors de ces illuminations, n’apparaissent un croissant ou une étoile sur le monument. Ensuite, la ville de Paris certifie n’avoir pas déboursé un centime d’euro pour les frais entraînés par cette illumination spéciale: elle s’est bornée à donner son accord à la scénographie, l’Etat turc payant l’addition rubis sur l’ongle.

 

En attendant, la mobilisation lepéniste contre cette illumination a eu pour résultat de gêner les opposants à la Turquie motivés par des raisons autrement plus fondées qu’un racisme anti-musulman tout ce qu’il y a de plus rance. Ainsi, les Arméniens de France avaient prévu de manifester aux pieds de la tour Eiffel, dont l’illumination leur semble constituer «une offense à toutes les victimes du nationalisme turc». Ce faisant, ils voulaient rappeler les conséquences funestes qu’eut le nationalisme turc dans l’Histoire, dénoncer une nouvelle fois le négationnisme persistant d’Ankara en la matière, et de manière plus globale protester contre «l'exaltation dangereuse du nationalisme, du fanatisme et ses conséquences pour la paix entre les peuples». Mais dans un communiqué, les Arméniens viennent d’annoncer l’annulation de leur manifestation. «Pour éviter le moindre risque d'amalgame et la dénaturation de ses objectifs». Et car leur initiative était «en butte à des tentatives de récupérations politiques par des mouvements d'extrême droite, à des fins xénophobes et anti-islamistes».

16.04.2009

Une tribu (suite)

ruedesidentitaires.jpgDébut avril (ici), on avait parlé dans ce blog du «Projet Apache», sur lequel on était tombé par hasard en déambulant à Bastille. Par cette action menée dans Paris en ce moment, un groupuscule d’extrême droite, à l’aide notamment de pochoirs apposés sur le macadam, fait l'analogie entre cette tribu indienne disparue et les habitants de Paris, qui seraient menacés dans leur identité culturelle par des envahisseurs étrangers. On disait que ces militants dits «identitaires» étaient peu nombreux. S’est-on trompé? Ou compensent-ils leur faiblesse numérique par un activisme très énergique et/ou très bien organisé?

 

Toujours est-il que, depuis qu’on a écrit cette note, notre onzième arrondissement a été littéralement envahi par les signatures picturales de ces individus. Au point qu’aux entrées des stations de métro situées sur les grands boulevards, par exemple, il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir ces pochoirs apaches, qui ont été tagués un peu partout. Dernière initiative en date de ces militants d’extrême droite: les potelets des rues du quartier ont été couverts de stickers à l’effigie d’Indiens à plumes, accompagnées d’un slogan en lettres capitales : «Pour ne pas finir comme eux».

 

Quand on n’est pas obsédé par les questions d’identité, et certainement pas par l’«identité nationale», cela fait vraiment bizarre de constater au saut du lit de grand matin, que, dans le courant de la nuit, la rue que l’on prend chaque jour pour aller au boulot a été, comme d’autres dans le quartier, rebaptisée «Rue des identitaires parisiens» par une nuée d’autocollants apposés sur les potelets.

 

Sinon – on n’écrirait pas «A propos», parce que ce serait potentiellement diffamant et parce que c’est à la justice, et non à nous, d’établir d’éventuels liens  – , une annexe du Mémorial de la Shoah située dans le Marais vient d’être profanée par une croix gammée, taguée en pleine nuit. Samedi déjà, avait subi le même sort un wagon du Mémorial de Drancy, ville de banlieue parisienne d’où des milliers de Juifs furent envoyés vers les camps d’extermination.

 

Il y a décidément des mauvaises ondes en ce moment, la nuit dans Paris et sa région.

01.04.2009

Une tribu

pochoirapache1.jpgUne tribu indienne a réapparu dans les rues de Paris. On l’a constaté l’autre jour place de la Bastille, en tombant nez à nez sur toute une série de pochoirs à l’effige des apaches. En voyant ces peintures sur le macadam, on a souri. Car les apaches portent un nom très connoté dans l’Histoire de la capitale française.

 

A l’attention des lecteurs non-Parisiens de ce blog, signalons que, dans les années 1900, on dénommait «apaches» les bandes de petits truands des faubourgs de l’Est parisien (Belleville, Ménilmontant, etc.) qui, la nuit tombée, descendaient sur le quartier Bastille pour se livrer à tous leurs trafics. Ces «apaches » sévissaient particulièrement dans la rue de Lappe: la ruelle piétonne pas loin de l’Opéra, qui, avant de devenir si touristique voire frelatée, était autrefois très typique et pittoresque. Tomber donc, à deux pas de cette même rue de Lappe mais plus d’un siècle plus tard, sur des pochoirs célébrant les apaches, c’était plutôt amusant, pensait-on en les découvrant. Amusant? Et bien non, en fait, pas vraiment.

 

En effet, renseignements pris, il apparaît que ces pochoirs indiens portent la marque…  de l’extrême droite. Une famille politique qui, soit dit en passant, a toujours réalisé des scores électoraux lilliputiens dans la capitale française. Ces pochoirs sont une des traces d’un «Projet apache» mis en œuvre par des «jeunes identitaires parisiens», un groupuscule qui lutte notamment contre «l’islamisation» de l’Hexagone.

 

Si ces hurluberlus se réfèrent aux valeureux guerriers indiens largement massacrés lors de la conquête du Farwest, c’est parce qu’ils disent agir «par amour des nôtres, de nos aïeux, de la création, de la polyphonie du monde». Parce qu’ils combattent «avec force et détermination tout ce et tous ceux qui portent atteinte à notre droit imprescriptible de vivre sur notre sol, selon nos valeurs et nos lois». Parce qu’ils refusent de se considérer comme les derniers indiens «d’une réserve assiégée de toutes parts, soumise au joug de la grande surface, de la perversité, du croissant et de la bannière étoilée». «Pour ne pas finir comme eux», proclament d’ailleurs les affiches de ce «Projet apache». «Eux» devant sans doute être compris comme tout ceux qui ne sont pas blancs, bon croyants et propres sur eux.

 

pochoirapacheencore.jpgDu coup, évidemment, ces pochoirs usurpant un passé si folklorique de Paris ne sont plus du tout marrants. A fortiori apposés sur le macadam d’une ville et d’un quartier qui, et c’est bien heureux, ont toujours respecté et entretenu la diversité. On n’aurait que cela à faire qu’on s’armerait illico de brosses et de savon pour aller nettoyer notre beau quartier des souillures laissées par ces nazillons.

 

A moins que, pour se détendre, on se replonge plutôt dans une lecture de jeunesse. On est toujours dans le registre des tribus parigo-indiennes. Mais cette fois, il ne s’agit pas de pauvres apaches détournés par des fachos mais des «Mohicans de Paris», de Dumas. Ce roman est une fresque historique palpitante. Qui, en plus, offre au lecteur le bonheur d’être interminable: l’édition Quarto publiée par Gallimard il y a quelques années fait très exactement  2.651 pages, a-t-on vérifié dans la bibliothèque avant de partir au boulot ce matin. C’est en tout cas une façon passionnante de redécouvrir de manière ludique le passé de Paris. Ce livre romançant les soubresauts et coulisses de la révolution de 1830, qui est célébrée par le monument érigé au centre de la place de la Bastille, c’est aussi une belle manière de se promener dans l’Histoire du quartier. Mais en bonne compagnie, cette fois.

27.01.2009

Un test

Alors qu’en plein cœur de Paris, à deux pas de l’Opéra Garnier, les tentes de mal-logés ont fait leur réapparition rue de la Banque (ici), les députés entament ce mardi  la discusssion d’un projet de loi controversé, dit de «mobilisation pour le logement et la lutte contre l’exclusion». A Paris (mais en province aussi), selon que l’on s’appelle Durant, Hamidou ou Ben Bakar, on a plus ou moins de facilités à trouver un logement. On s’en doutait déjà, mais au moins maintenant c’est clair et quantifié.

 

En effet, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) vient de rendre publics les résultats édifiants d’une opération de testing qu’elle a réalisée. Ses enquêteurs assermentés ont testé 36 bailleurs (agences immobilières et particuliers) ayant mis en location une habitation. Dans près de la moitié des cas, ces bailleurs ont adopté un comportement discriminatoire à l’encontre des candidats locataires fictifs joués par les enquêteurs lorsque ceux-ci s’affublaient d’un patronyme à consonance africaine. Ces candidats obtenaient plus difficilement que les autres, aux noms à consonance plus immédiatement française, ne serait-ce qu’un rendez-vous pour pouvoir visiter ces logements mis en location.

 

Les résultats de ce test ont été transmis au procureur de la République. En effet, la loi française punit de 3 ans de prison et 45.000 euros d’amende «le refus ou la subordination de la fourniture d’un bien ou d’un service à une distinction opérée entre des personnes en raison notamment de leur origine, de leur patronyme, de leur appartenance ou non appartenance vraie ou supposée à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée». Enfin, théoriquement. Car, comme l’a rappelé Louis Schweitzer, le président de la Halde, «pour changer les choses, il faut avoir une sanction si la loi n'est pas respectée. Si on n'avait pas mis de radar, la violence routière n'aurait pas baissé...»

22.01.2009

Un stéréotype

bananiaold.jpgL’Amérique, depuis mardi, a un Président noir. En France, ce jeudi, la justice se penche sur une des représentations les plus stéréotypées du Noir figurant sur un produit de grande consommation: le tirailleur sénégalais, effigie depuis des décennies de la marque Banania, troisième boisson chocolatée la plus vendue en France après Nesquick et Poulain.

 

La société Nutrimaine, qui commercialise ce produit, est traînée devant le tribunal de grande instance de Nanterre (banlieue parisienne) par le MRAP. Cette association antiraciste considère que ce visuel, très caricatural (grosses lèvres, yeux ahuris, sourire en forme de banane, etc.) ainsi que le slogan historique de cette marque («Y’a bon Banania») véhiculent «une image (du Noir) contraire aux principes de respect de la dignité humaine». Le MRAP «attend des juges du tribunal une sentence exemplaire, dans cette affaire où l’image des individus à la peau noire a, comme trop souvent dans l’Histoire, fait l’objet de dévalorisation et de mépris».

 

Nutrimaine, pour sa part, rétorque que le slogan «Y’a bon» ne figure plus sur les produits Banania depuis 1977 et qu’elle l’a même radié de l’Institut national de la propriété industrielle. De même, par «volonté de ne pas choquer», le visuel d’origine a été modifié. Sur les emballages des produits de cette marque, au lieu du tirailleur sénégalais hérité de l’époque coloniale, apparaît désormais un enfant noir censé rappeler la génération «black-blanc-beur».

 

Le tribunal décidera aujourd’hui si, ce faisant, le fabricant a effectivement respecté les engagements qu’il avait pris envers les associations antiracistes. L’affaire, en tout cas, n’est pas sans rappeler le jugement qu’en 2007, le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) avait porté sur la bande dessinée «Tintin au Congo». Un ouvrage qu’il avait trouvé «offensant» car véhiculant quantité de stéréotypes dénigrants envers les Noirs.

24.09.2008

Une réprimande

Dans les colonnes du journal «Le Parisien» hier matin, Xavier de Rosnay et Gaspard Auge, les deux musiciens du groupe électro-pop français Justice, revenaient pour la première fois en longueur sur la furieuse polémique à propos de leur clip « Stress». En résumé (si vous avez loupé la controverse, relire ici ou ), ce clip ultra-violent, qui montrait des jeunes de banlieue en train de faire le coup de poing, a été accusé de propager une vision caricaturale et xénophobe de la jeunesse des «quartiers», comme on dit maintenant. Ce qui vaut au groupe d’être traîné en justice.

Les deux musiciens – eux aussi originaires de la banlieue parisienne, mais plutôt côté chic – assurent que le clip ne véhicule pas le moindre «message politique». Devant l’accusation de racisme, ils tombent des nues et lèvent les yeux au ciel. «Ce clip était juste l’illustration d’un morceau générant du stress, du malaise. Si on avait été Anglais en 1977, on aurait mis en scène des punks attaquant des petites vieilles ou des sosies de la reine d’Angleterre». Avant sa diffusion, la vidéo a été testée sur différents publics, y compris blacks ou beurs, sans poser de problèmes.

Il n’empêche, filmer des Noirs de banlieue attaquant des Blancs de la capitale n’allait-il pas forcément choquer? Le duo déplore une lecture raciale du film de Romain Gavras. Les jeunes voyous filmés «ne s’en prennent pas qu’à des Blancs», rappellent-ils. «La première personne qui se fait attaquer, c’est un Noir et c’est la seule à défendre une autre victime. Après, on y voit ce que l’on veut. Il n’y a pas que des Noirs dans ce clip. Non. Il n’y a que des Français. Le premier pas vers le racisme, c’est de faire une segmentation par race. Ceux qui résument le clip à cela révèlent un malaise sur le visage de la France d’aujourd’hui».

«Stress» n’a dû son formidable succès d’audience qu’à internet. Ce clip, en effet, n’a jamais été montré à la télé. Parce qu’il a été censuré par les diffuseurs, car jugé trop violent? Pas du tout, démentent Xavier de Rosnay et Gaspard Auge. «Des choses fausses ont été écrites. La vidéo n’a jamais été bannie de la télévision. Elle n’était que sur internet pour que les gens aient le choix de la voir ou pas».

 

De toute manière, si «Stress» leur avait été proposé, il y a fort à parier que les télés françaises y auraient regardé à deux fois avant de le diffuser. En effet, elles sont soumises à une très stricte surveillance de la part du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

Pour preuve, tout récemment encore, le gendarme du PAF a adressé une très sèche réprimande à «Virgin 17», une chaîne de la TNT. En cause, la diffusion, un mercredi après-midi, d’un clip du fameux (et plutôt doué) rapeur américain Kanye West. Ce clip (plutôt vulgaire) illustre le morceau (plutôt moyen) «Flashing Lights». «En raison de la violence suggérée par la dernière scène», le CSA a sermonné la chaîne pour avoir diffusé ce clip accompagné uniquement  d’une signalétique de catégorie II (déconseillé aux moins de 10 ans). Pour l’organe de contrôle, le clip ne doit carrément pas être diffusé en journée, et a fortiori pas le mercredi, lorsque les gosses sont en congé. Le CSA vient donc de sommer «Virgin 17» de faire preuve désormais «de davantage de vigilance» dans sa programmation muscicale, sous peine d’être sanctionnée.

Le clip controversé ci-dessous, pour que chacun puisse juger. Dans la version qui circule sur internet, il est précédé – à l’inverse de «Stress» de Justice – d’un avertissement précisant qu’il ne s’agit que d’une expression artistique et invitant le spectacteur au discernement. Comme manifestement cela ne suffisait pas, une deuxième version, soft, du clip a été tournée et est désormais diffusée sur la plupart des télés. Toute trace de violence y a disparu: on n’y voit que des bimbos sculpturales se trémoussant lascivement. Le CSA n’a pas encore réagi.

 

23.06.2008

Un coup de chaud

3dda2b81ead61538169cf079622d5a3f.jpgLes humains finalement, les jours de forte chaleur, ne sont-ils guère plus évolués que les animaux, qu’excite l’imminence de l’orage? On est en droit de se poser la question au vu du bilan de ce week-end parisien de moiteur et de sauvagerie.

 

Vendredi soir, des dizaines de casseurs se sont mêlés à quelques milliers de lycéens qui fêtaient la fin du bac au Champ de Mars, puis ont transformé celui-ci en champ de bataille avec les forces de l’ordre, avant d’aller casser des vitrines et vandaliser des boutiques dans le quinzième. Le lendemain, dans le quartier des Buttes Chaumont, un gamin de 17 ans a été passé à tabac par des voyous, vraisemblablement parce qu’il portait une kippa -  ce matin encore, il est entre la vie et la mort. Le même soir, la Fête de la musique à Paris a donné lieu à près d’une centaine d’interpellations d’abrutis avinés. Dimanche, enfin, les sans-papiers du Centre de rétention de Vincennes sont entrés en révolte, pour protester notamment contre la mort la veille de l’un d’entre-eux. Une vingtaine de personnes ont été blessées dans l’incendie des bâtiments du centre, que les flammes ont complètement dévasté.

 

Cela commence fort à Paris, l’été.