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06/03/2015

Une visibilité toujours aussi faible

Femmes, Audiovisuel, Télévision, Radio, PresseCe vendredi matin, à quelque jours du 8 mars, trois femmes, membres du gouvernement Valls, ont pris leur petit-déjeuner ensemble. Aux côtés de ces ministres de la Culture, des Affaires sociales et des Droits des femmes, un panel de professionnels de l’audiovisuel, de parlementaires, et de dirigeants du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).

A l'ordre du jour des discussions, l'éternel sujet de «la place des femmes dans les médias». Il n'a sans doute pas fallu beaucoup de cafés et de croissants pour que ces convives fassent un même constat accablé: la situation, dont on parle pourtant depuis des années, tarde décidément à s'améliorer.

Pour preuve, la dernière analyse en date du contenu de 1200 heures de programmes (hors publicités et bandes annonces) diffusés par seize chaînes hertziennes. Elle a quantifié à 36% seulement la place que les femmes y ont occupée, par rapport aux hommes. C'est encore moins que l'année précédente (37%). Or, s'il faut le rappeler, dans la population française, les femmes sont toujours largement majoritaires (52%), par rapport aux hommes.

Du coup, dernièrement, le CSA a adopté une délibération qui renforce les obligations des médias, notamment en termes de visibilité des femmes à l'antenne. «On ne peut pas vivre en 2015 dans une démocratie où la moitié de la population est considérée comme subalterne» par les médias, a justifié la journaliste Françoise Laborde, ex-membre du «gendarme de l'audiovisuel».

Femmes, Audiovisuel, Télévision, Radio, PresseCela dit, une opportunité va rapidement se présenter aux gouvernants, qui leur donnerait l'occasion d'au moins faire symboliquement progresser le dossier. La présidence de France Télévisions doit bientôt être renouvelée. Qui sait, nommer une femme à la tête du groupe audiovisuel public pourrait contribuer à sortir tout ce petit monde de l'entre-soi masculin?

 

PS: La presse écrite et la radio, cela dit, ne sont pas fondées à faire la leçon à la télévision, sur la question. 20% des intervenants qui apparaissent sur le petit écran en tant qu'experts (=interrogés pour leurs compétences) sont des femmes – contre 80% d'hommes. A la radio et dans les journaux, ce taux féminin chute à 17% et 15%, respectivement.

12/09/2014

Un univers toujours aussi masculin

Femmes, Médias, Télévision, Radio, JournalismeCela n'a décidément pas progressé, en un an. Comme chaque année, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a fait analyser () quelle était la place occupée par les femmes dans les programmes d'information des chaînes de télé et de radio, en France. Et le bilan n'est pas plus mirobolant que celui qui avait été dressé l'an dernier, déjà très mitigé (relire ici).

Au global, de l'étude des programmes informatifs des télés et radios généralistes (TF1, France Télévisions, Canal+, RTL, Europe 1, etc.) et des chaînes d’info continue (BFM TV, iTélé, LCI), il ressort que «la présence des femmes reste marginale». Ainsi, pour les télés généralistes, si «le taux moyen des femmes intervenant à l’antenne dans les journaux de 20 heures et d’avant soirée a dépassé, en 2014, le seuil des 20%, alors qu'il était de 18,9% en 2013», «la place des femmes intervenant dans les sujets, qu’elles soient témoins ou expertes, en plateau ou en reportage, reste marginale».

De même, si la médiatisation des personnalités féminines a un peu progressé (20,2%, contre 17,8%), les femmes «restent tout aussi peu visibles à l’antenne Elles sont quatre fois moins présentes que les hommes, et les trois quart de ces personnalités féminines sont des politiques». En outre, «à l’inverse des hommes, elles sont totalement absentes de certains domaines comme la religion, la santé ou la société». En revanche, pour ce qui est de la répartition des sujets traités par les journalistes selon qu'ils soient masculins ou féminins, est à nouveau confirmée la vieille règle selon laquelle «les femmes restent toujours un peu plus présentes sur les sujets de société, de santé et d’éducation, moins sur les sujets concernant le sport ou les sciences et la technique» – eux traités en majorité par des journalistes hommes.

Plus que jamais, donc, les médias audiovisuels restent un univers avant tout masculin. C'est d'autant plus singulier que, dans le même temps, la profession journalistique, elle, année après année, ne cesse de se féminiser – et c'est valable aussi ailleurs qu'en France.

Ainsi, «la population des femmes journalistes est en constante augmentation depuis 2000, et a progressé dans tous les secteurs d’activité (presse, télévision, production audiovisuelle)». Parmi les détenteurs de la carte de presse en France, on compte désormais 46% de femmes et 54% d’hommes: On approche donc, tout doucement, de la parité.

Femmes, Médias, Télévision, Radio, JournalismeEn revanche, on est encore très loin de l'égalité pour ce qui concerne la répartition hommes-femmes des postes à responsabilités, dans les médias: les fonctions de direction y sont occupées à 62% par des journalistes hommes, contre 37% seulement par des femmes.

Et on ne parierait pas que le rapport 2015 du CSA sera franchement meilleur.

30/05/2014

Une sidérante inaction

Santé, Tabac, Télévision, Radio, GouvernementPas mal d'agitation médiatique, en France ce matin. A propos d'un «grand Plan anti-tabac» que présenterait la ministre de la Santé, dans quinze jours. Entre autres mesures envisagées, l'anonymisation des paquets de cigarettes, avec du gore (des photos de pathologies liées au tabac) à la place des logos des marques. Ou l'interdiction de l'usage de la cigarette électronique dans les lieux publics.

Pourquoi pas. Pourquoi pas, mais...

Mais cela fait plus de trois mois que, chaque jour, des dizaines de millions de Français continuent de voir et d'entendre en boucle, dans les médias radio-télé, des spots de pub en faveur de cette e-clope. Plus de trois mois plus tard, la demande de clarification qu'avait faite le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) au gouvernement (relire ici) n'a toujours pas, visiblement, été suivie du moindre effet.

C'est à ce genre de détails que l'on est fondé à se demander, parfois, si ce pays est vraiment géré.

20/03/2014

Une «désinvolture outrancière»

radio,médias,humour,personnalités,internationalPuisqu'on parlait d'Europe1 hier, cette radio vient d'être sèchement rappelée à l'ordre par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). En cause, son humoriste et imitateur star: Nicolas Canteloup.

Début février, dans sa chronique quotidienne matinale «La revue de presque», avait été évoqué le génocide au Rwanda, en 1994. Le CSA a considéré que dans ce cadre, et malgré «la visée humoristique de cette émission», «certains propos ont été marqués par une désinvolture outrancière telle qu’elle pouvait être perçue comme une complaisance à l’égard d’un génocide». Le Conseil est donc «intervenu fermement» auprès de la chaîne, pour lui faire connaître sa désapprobation. Il l'a également sommée «de prendre toutes les mesures nécessaires afin que cette séquence ne soit plus mise à disposition du public sur l’ensemble de ses services, notamment sur son site internet».

Cela nous a peut-être échappé, mais on n'a pas constaté que la radio avait très amplement diffusé cette nouvelle, sur ses ondes.

C'est la deuxième fois consécutive (relire ) qu'un média français se fait sermonner pour une évocation supposément comique d'une tragédie ayant fait 800.000 morts.

19/03/2014

Une intrusion électorale

Un petit parti hétérodoxe, voire iconoclaste, qui se tape l'incruste dans les locaux d'un grand média de la place, pour une conférence de presse électorale. C'est la curiosité à laquelle on pourrait assister ce midi, à Paris. Du moins, si les vigiles de la radio Europe1 y consentent – ce qui, a priori, n'est pas gagné.

Le Parti pirate, en effet, a annoncé son intention d'investir le siège de cette station, situé dans les beaux quartiers: à deux pas du George V et des Champs-Elysées. Pour la petite formation, c'est une façon de réagir à l'occupation de ses panneaux électoraux par la radio privée. Ces derniers jours, en effet, Europe avait collé des affiches de pub en faveur de ses animateurs et émissions favoris, sur des panneaux officiels de campagne pourtant censés réservés aux affiches des candidats aux élections municipales de ces deux prochains dimanches.

Les flibustiers n'ont pas du tout apprécié ce «détournement d'espace d'expression démocratique, pour des fins publicitaires». Et espèrent que la justice sanctionnera un tel «manque de respect de la chose publique», révélateur d'un «mépris marqué pour le moment démocratique que sont les élections municipales». Et attendant, ce midi, ces pirates comptent rendre la pareille à la radio: «Puisque Europe1 s'est invité unilatéralement sur nos panneaux d'affichage, nous donnons rendez-vous à la presse dans les locaux d'Europe1 pour présenter les propositions de notre parti. Puisque Europe1 invoque l'humour et la transgression, nous partons vérifier sur place jusqu'à quel point ils savent rire. Nous ne doutons pas qu’Europe1 saura faire preuve d’ouverture et d’humour en nous accueillant dans ses locaux pour cette conférence de presse et en nous donnant accès à l’antenne».

Les auditeurs d'Europe 1 seront-ils informés en direct, par leur radio préférée, de cette action de protestation et tentative d'occupation la visant? Dans la négative, cela ferait un peu Corée du Nord. Ce qui serait piquant, venant d'un média qui est politiquement étiqueté très à droite.

19/02/2014

Une perte de repères

Le journalisme à la française, sujet décidément perpétuel d'étonnement. Dernier exemple en date, hier soir, tard: une séquence entendue sur une radio très écoutée. En trois minutes, les sons importants de la journée, le condensé des actualités qu'il ne fallait pas manquer.

Un jeune jihadiste français, combattant en Syrie, disait prendre comme «modèle» Mohammed Merah: le Toulousain auteur, en 2012, de sept assassinats antisémites, dont des enfants abattus dans une école juive. Et promettait que, de retour en France, lui aussi ferait «tout péter». Venaient ensuite, dans cette séquence, un médaillé olympique français de Sochi se plaignant de ses ligaments croisés du genou, un médecin confirmant qu'une crise de goutte (comme celle qu'a subie Jacques Chirac, lundi soir), c'est extrêmement douloureux, et ainsi de suite. Entre autres sons de la journée, hop, emballé c'est pesé/diffusé, et on passe au flash météo.

Non.

On ne mélange pas comme cela, dans une sorte de zapping de ce qui a buzzé depuis le début de la journée, une apologie du crime antisémite, et tout le reste. On n'aligne pas de la sorte, sans le moindre commentaire, des actualités aussi dissemblables, dans leur degré de gravité. Au risque que le grand public en vienne, à son tour, à mettre tout cela sur le même pied. La haine antisémite se retrouvant reléguée au rang d'ingrédient comme les autres de «la soupe» des agitations médiatiques de la journée.

Une actualité chasse l'autre, certes. Mais tout ne se vaut pas. Et a fortiori quand on est un média du service public, qui compte l'éducation parmi ses missions.

Il y a décidément, dans le journalisme contemporain – mais sans doute n'est-ce pas propre à la France –, une perte de sens et de repères qui est absolument effarante.

14/01/2014

Un permanent mélange des genres, assommant

A l'Elysée cet après-midi, entendra-t-on François Hollande? Ou Gerhard Hollande? Ou François Blair? A Paris, dans les commentaires, ces deux patronymes imaginaires sont souvent affublés au chef de l'Etat, depuis le 31 décembre. Depuis que, dans son allocution télévisée de fin d'année, il a confirmé combien il était loin du socialisme de papa, mais proche du social-libéralisme qu'incarnèrent Tony Blair et Gerhard Schröder.

François Hollande clarifiera donc sa ligne économique, cet après-midi. Du moins, si toute l'attention médiatique ne se focalise pas sur l'agitation du moment, autour de sa vie privée. Cela dit, les deux thèmes se rejoindraient-ils, dans une espèce de soupe de com' indigeste, que ce serait bien dans l'air du temps.

Ainsi, c'est ce que fit l'autre jour, sur une radio pourtant respectable, un commentateur économique. Après avoir fait une savante comparaison des politiques économiques de François Hollande et de Gerhard Schröder, il conclut, hilare, en rappelant que l'ex-chancelier allemand... s'était marié quatre fois, avec quatre femmes différentes. Et, dans un studio mort de rire, de rassurer François Hollande: la vie privée mouvementée n'empêche donc pas forcément l'entrée dans la postérité.

Cela n'apporte vraiment rien à la compréhension des enjeux, s'est-on dit, en entendant ça. Mais cela illustre bien cette si pénible dérive du journalisme contemporain. A savoir, la tentation permanente de l'infotainment: de l'information mélangée au divertissement. C'est la grande mode, à la radio particulièrement. Il n'est désormais plus possible, en France en tout cas, d'y suivre une tranche d'information sans devoir se farcir des journalistes-humoristes revisitant l'actu, dans des chroniques supposées comiques.

C'est vraiment prendre l'auditeur moyen pour un crétin – comme s'il était incapable de suivre ½ heure d'info sans de telles «respirations», ainsi qu'elles sont présentées et justifiées. Cela entretient une confusion des genres permanente: l'actu ressemble à du Nicolas Canteloup, et inversement. Et cela abaisse considérablement le niveau.

Mais, sans doute, ce degré zéro de l'info est-il bon pour l'audimat. Dans ce cas, ...

04/11/2013

Une terrible première

On a peut-être la mémoire qui nous joue des tours, mais on n'a pas le souvenir d'avoir jamais vécu cela en France, précédemment. Ce week-end, un média français a donc volontairement, et assez longuement, mis fin à ses propres programmes.

C'était samedi soir. La chaîne de radio RFI a, pendant un long moment, arrêté la diffusion de ses émissions, les remplaçant par un tapis ininterrompu de musique classique non commentée. En signe de deuil, après la confirmation de l'assassinat de deux journalistes de cette station, au Nord-Mali.

Une première médiatique dramatique. A la hauteur de l'émotion suscitée en France par ce double assassinat. Et pour cause. Qu'un journaliste envoyé spécial dans un pays en guerre y décède, victime d'une balle perdue ou d'un obus de mortier, c'est triste, mais ce sont malheureusement les risques du métier. Autre chose est d'enlever puis d'exécuter froidement des journalistes en raison précisément de leur statut de représentants des médias. Là, on entre dans une autre dimension. Comme l'a assez bien dit le ministre Laurent Fabius, hier, c'est alors «un crime contre la liberté d'informer et d'être informé».

Dramatique.

25/10/2013

Une portion toujours aussi congrue

Les médias audiovisuels français? Avant tout un univers de mâles. C'est ce que viennent de confirmer deux études (ici et) réalisées par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Elles portent sur la place, la parole et la représentation des femmes dans les programmes d'information et les émissions dites "de plateau" ("Mots croisés", "On n’est pas couché", "C dans l’air", etc.).
 
Ainsi, en ce qui concerne les programmes d'info, que ce soit dans les reportages, les brèves, les plateaux avec invités ou les duplex diffusés, "la part des femmes intervenant est inférieure à 20%, contre un peu de plus de 80% pour les hommes". Dans les émissions de débat liées à l’actualité, si les présentatrices et chroniqueuses sont plus présentes et visibles que leurs homologues masculins, au global, "les femmes représentent moins d’un tiers du temps de parole". Et "ce temps est plus morcelé". Concrètement, "lorsqu’elles ont la parole, les femmes ont tendance à la garder moins longtemps que les hommes", ont donc "moins de temps pour développer leurs propos et s’affirmer sur un plateau". Quant au statut des intervenantes, "42% des femmes ont un statut d’encadrant ou de dirigeant (présidentes d’association, dirigeantes d’entreprise, personnalités politiques, etc.), contre 55% des hommes".
 
Et, bien sûr, un grand classique perdure: "Les interventions des femmes dans le domaine de la culture et de la santé sont proportionnellement plus importantes que celles des hommes. A l’inverse, les interventions des hommes marquent leur différence sur les sujets politiques et économiques. Les femmes sont, en revanche, très rarement sollicitées, voir jamais dans le corpus étudié, pour aborder les sujets qui relèvent des sciences et techniques, du sport, de l’environnement, de l’art de vivre et de l’éducation".
 
Bref, un déséquilibre sur tous les plans, au détriment des femmes: tant quantitatif que qualitatif. Or, la majorité des programmes décryptés par le CSA pour ce travail réalisent de bons scores d’audience. Dès lors, ils "concourent de manière significative à l’image des femmes véhiculée" par les médias. D'ou cette conclusion en forme de rappel à l'ordre: les médias audiovisuels "portent une responsabilité particulière concernant la représentation et la promotion de la diversité des parcours des femmes (...) Montrer cette richesse à l’antenne apparait comme le meilleur moyen de faire progresser les mentalités, au travers des exemples et modèles que (les médias) peuvent donner à voir".
 
Compris, Messieurs?

12/09/2013

Un manquement, si manifeste

Médias, Radio, Journalisme, CommunicationLa décision remonte à fin juillet, mais elle vient seulement d'être rendue publique. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a adressé une mise en demeure assez sèche à «Radio Courtoisie»: la sulfureuse «radio libre du pays réel et de la francophonie». La radio préférée du Front national est réprimandée pour avoir manqué à plusieurs de ses obligations déontologiques: «le respect du pluralisme des courants de pensée et d’opinion», «l’obligation de ne pas encourager les comportements discriminatoires», la promotion des «valeurs d’intégration et de solidarité qui sont celles de la République», et «la nécessité d’assurer la maîtrise de l’antenne».

En cause, une émission diffusée en mai dernier. A l'antenne, l'animateur d'un débat avait jugé le «mariage pour tous» «abject», «contre-nature», et attentatoire aux fondements de l’identité nationale française. Il avait ensuite assimilé cette union à l’islam, présenté comme «dangereux et radicalement incompatible» avec les valeurs de la République. Aucun des invités présents en plateau n'avait réagi ni exprimé la moindre opinion contraire ou plus nuancée.

Dans l'arsenal juridique du CSA, la mise en demeure sanctionne un média jugé responsable d'«atteinte caractérisée» à ses obligations. C'est le deuxième degré d'intervention de cet organisme, après l'envoi d'un simple courrier de rappel à l'ordre. Le CSA adresse une dizaine de mises en demeure chaque année, en moyenne. Lorsqu'elles ne sont pas suivies d'effets et que sont réitérés les manquements graves qu'elles visent, le média fautif s'expose à des sanctions.

«Radio Courtoisie» n'en est pas à son premier rappel à l'ordre. Elle qui, depuis plus de vingt ans (elle est née en 1987), déverse à longueur de journées sur les ondes son fiel haineux. Rebaptisé «pensée libre, authentique, attachée à la patrie et aux traditions», «oasis de santé morale dans un désert de désinformation et d’intoxication intellectuelle»: «résistance française aux poisons de la décadence».

Pénible.

29/04/2013

Une portion toujours aussi congrue

Médias, Télévision, Radio, FemmesCela a fait peu de bruit, mais ce n'est pourtant pas anodin, trouve-t-on. A la fin de la semaine dernière, les représentants de toutes les chaînes de télé et de radio de France ont été convoqués au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), pour s'y faire remonter les bretelles. En cause, la représentation des femmes à l'antenne. Les années passant, elle continue d'être insuffisante, tant en termes de quantité que de qualité.

Quelques chiffres l'illustrent bien. Tous programmes et toutes chaînes confondus, les femmes occupent 35% du temps d'antenne en France. Alors qu'elles représentent 52% de la population – et, soit dit en passant, constituent 56% de l’audience radio-télé. C'est encore pire dans certains secteurs particuliers, comme le sport à l'antenne: 14% de femmes, seulement. Pour le CSA, ce sont des chiffres «préoccupants». D'autant que le retard des femmes sur les hommes est aussi qualitatif. En clair, elles éprouvent «des difficultés récurrentes à se voir confier un rôle majeur à l’antenne: entre 34 à 39% de femmes sont des personnages principaux, dans les programmes». Et, quand les médias audiovisuels donnent la parole à des experts, dans 80% des cas ce sont des hommes qu'ils interrogent. Or, dans ce pays, ce sont les femmes qui sont majoritaires (51%) dans la population diplômée de l'enseignement supérieur. Dès lors, le CSA a invité (ici) les opérateurs de l'audiovisuel à s'activer un peu plus: à davantage se soucier à la fois de la participation des femmes aux émissions, et de l'image des femmes que, ce faisant, leur antenne véhicule.

C'est vraiment un marronnier de la politique audiovisuelle française. Les médias, en effet, se font réprimander sur le sujet depuis plusieurs années déjà. Dès 2008, un Observatoire de la diversité avait été mis en place, avec pour objectif de suivre les efforts des télévisions et des radios dans ce domaine. Visiblement sans grand effet, près d'une demi-douzaine d'années plus tard.

11/12/2012

Une escapade langagière

Langue française, Télévision, RadioLes journalistes français/francophones sont parfois impayables, dans leur façon d'utiliser la langue française. Et le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) ne l'est pas moins, dans la manière qu'il a, pas loin d'être scolaire, de faire la leçon aux médias. L'autre jour (relire ici), le gendarme de l'audiovisuel s'était irrité notamment du mélange entre "près de" et "prêt". A présent, c'est une autre confusion langagière médiatique qu'il dénonce (là).

Sur la base de deux incorrections qu'il a relevées, assure-t-il, dans la bouche de journalistes. Des erreurs qu'on trouve, nous, énormes au point d'être cocasses, voire charmantes; mais, comme quoi, tout est toujours possible dans les médias de France, en termes de mésusage de la langue française.

Cela concerne des réformes qui sont remises à plus tard. Des médias – des noms! des noms! – les ont présentées comme ayant été reportées... «aux calanques», ou «aux calendes». Or, rappelle le CSA, la tournure correcte est évidemment "renvoyer aux calendes grecques", soit «à un temps qui ne viendra jamais». L'expression vient de loin: «Pour les Romains, le jour des calendes (d’où vient le mot "calendrier") était le premier jour du mois. Ils ne numérotaient pas les jours séquentiellement, mais comptaient le nombre de jours qui les séparaient de trois points fixes dans le mois: les calendes, les nones (9 jours avant les ides) et les ides (13e ou 15e jour selon les mois). Aux calendes, les débiteurs devaient rembourser leurs dettes. "Payer aux calendes grecques" signifiait qu’ils ne paieraient jamais, les calendes n’existant pas dans le calendrier grec». CQFD.

En revanche, Sormiou, Sugiton, En-Vau, ou Port-Miou, cela constitue certes souvent un joli «souvenir de vacances passées sur la côte», mais cela n'a rien à voir. On ne peut donc parler des calanques de Marseille, dans un tel contexte.

Merci au CSA pour cette escapade lexicale méditerranéenne: si réchauffante, en plein hiver.

08/11/2012

Un rappel à l'ordre (linguistique)

Veiller au bon usage de la langue française: on ignorait que cela faisait partie des missions du CSA, le Conseil supérieur de l'audiovisuel. Mais oui, visiblement. Pour preuve, ce rappel à l'ordre énervé que l'organe régulateur de la radio-télé vient d'adresser aux chaînes, relatif à «deux incorrections fréquentes sur les antennes».

La première concerne un «accord sylleptique» incorrect: celui du mot "personne". «La faute d’accord qui consiste à considérer ce substantif comme un nom masculin se généralise à la télévision». Exemples relevés par le CSA: «Ces personnes aimeraient que le regard sur eux change», «5 000 personnes sont morts», ou «Plus de cent personnes étaient présents». Citant La Bruyère («Les personnes d’esprit ont en eux les semences de toutes les vérités et de tous les sentiments»), les lettrés du gendarme de la télé admettent qu'une telle incorrection ne date pas d'hier. Mais la condamnent: «Cet accord ne se fait pas en français contemporain».

Deuxième remarque: «"Près de" ou "prêt": il faut choisir». Le CSA a constaté que, dans les médias français, quand la locution "près de" indique la proximité dans le temps et devient synonyme de "sur le point de", «elle est souvent confondue avec la locution adjectivale "prêt à", qui signifie "disposé à, ayant l’intention de, apprêté pour"». «Non seulement les mots, mais aussi les deux constructions, sont confondus et donnent naissance à une locution hybride, "prêt de", dont il est parfois impossible de saisir le sens». Exemples? «La situation n’est pas prête de changer» (au lieu de «La situation n’est pas près de changer»), ou «La pluie n’est pas prête de s’arrêter» (pour «La pluie n’est pas près de s’arrêter»).

A en croire le CSA, ces deux fautes se retrouvent «plus souvent dans les médias audiovisuels, mais également dans la presse» écrite.  

On en prend bonne note – on promet d'essayer, du moins. 

18/09/2012

Un menu appétissant

Culture, Cinéma, Radio, Gastronomie, Art de vivre, Institutions, Mitterrand Sortie en salles dans l'Hexagone, demain mercredi, du film «Les saveurs du Palais», qui s'annonce assez appétissant. Avec Catherine Frot, qu'on a toujours adorée. Et l'ineffable Jean D'Ormesson, qui débute sa carrière cinématographique en campant rien de moins qu'un Président de la République inspiré de François Mitterrand. Le film raconte l'histoire d'une dénommée Hortense Laborie: Périgourdine au caractère bien trempé, qui, du jour au lendemain, est bombardée cuisinière particulière du chef de l'Etat.

Son personnage est directement inspiré de celui de Danièle Mazet-Delpeuch, qui fut la cuisinière personnelle de François Mitterrand de 1988 à 1990. L'autre jour, elle racontait son expérience à la radio, et sa description des coulisses de l'Elysée côté cuisines était passionnante. Si vous avez une heure de libre et voulez entendre cela, c'est podcastable ici.

C'est l'occasion d'évoquer «On va déguster»: l'émission gastronomique dominicale de France Inter. L'impeccable François-Régis Gaudry, l'épatante chroniqueuse Elvira Masson, le malicieux oenophile Dominique Hutin: le dimanche matin, on ne raterait pour rien au monde leur exploration du monde de la cuisine. Ici, pas de nappe blanche ni de chichis, pas non plus de ton cocardier énervé à la Jean-Pierre Coffe, ni parisianisme ni provincialisme: semaine après semaine, on trouve décidément impeccable le ton de cette émission. A découvrir, donc, si vous ne la connaissez pas: c'est une exquise mise en bouche, pour un beau début de dimanche.

14/09/2012

Une disparition

Radio, Culture, Musique, PersonnalitésJean Garretto est décédé, a-t-on appris ce midi. Il était âgé de 80 ans. Ce nom ne dira sans doute rien aux lecteurs les plus jeunes, mais c’était vraiment une personnalité très marquante du monde français de la radio.

 

Avec son complice de toujours, Pierre Codou, il avait découvert un très grand nombre de jeunes talents, qui, depuis, sont devenus de grandes voix des ondes. L’émission mythique qu’il créa, «L’Oreille en coin», sur France Inter, qui n’a jamais été vraiment remplacée, fut un espace de liberté et de créativité très innovant, pour l’époque. Et l’on doit à ce duo la station FIP Radio, qu’il créa il y a quarante ans – et dont on a déjà eu l’occasion (ici) de dire tout le bien qu’on en pense.

 

Pendant toute la journée, cette radio musicale rendra sans doute de nombreux hommages à son co-fondateur. Une occasion de plus d’y aller laisser traîner ses oreilles.

17/05/2011

Une vulgarité

«On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui», disait Pierre Desproges. Ne pas rire avec n'importe qui: sans doute, oui. Mais rire de tout, vraiment? On n'en est encore moins sûr qu'avant, depuis hier. Depuis que, sur une radio, on a entendu Laurent Gerra.

Comme il fallait s'y attendre, l'«humoriste», l'imitateur en tout cas, a fait ses choux gras de l'affaire DSK. Et on a trouvé particulièrement gras, lourd et pénible, voire pour tout dire assez minable, qu'il rie à la fois d'un homme à terre et du crime abominable que constitue le viol – que l'intéressé l'ait commis ou pas, peu importe ici, pour ce point précis. Cela donnait notamment, singé avec la voix de DSK: «Excusez-moi, mais je dois filer à JFK, là: sinon je vais rater mon viol». Avec, diffusés à l'antenne, les éclats de rire, tout aussi gras, suscités par cette tirade dans le studio de «la première radio de France» (RTL, pour ne pas la nommer), où l'imitateur officiait en direct.

Au risque de passer à nouveau pour ultra-politiquement correct, on n'a absolument pas trouvé cela drôle: plutôt confondant de vulgarité et de mauvais goût. Mais les Français doivent apprécier ce genre d'humour, puisque la chronique de Laurent Gerra fait partie des programmes les plus écoutés de la tranche radio matinale.

05/01/2011

Un anniversaire

logoFIP.jpgCa c'est Paris. C'est le Paris qu'on aime, en tout cas. Comme le Paris des paysages de toits de zinc hérissés d'antennes de télé, qu'on trouve si poétiques chaque fois qu'on les regarde par les fenêtres de la maison. Le Paris des trottoirs luisants et bondés des grands boulevards, les soirs d'automne. Le Paris des après-midis ensoleillées d'été à bouquiner dans les jardins du Palais royal ou du parc de Belleville. Le Paris roboratif des marrons chauds l'hiver et des macarons de Ladurée, toute l'année. Celui des vieilles cours industrielles et des concierges édentées de notre onzième, qui essaient de résister à l'invasion des bobos. Le Paris des quartiers festifs, qui part en vrille vers 2 h du mat': quand les bars ferment et que les noctambules protestent – c'est qu'on referait le monde jusqu'à pas d'heure, à Paris. Le Paris des footings nocturnes d'hiver, si revigorants hier soir encore, le long des berges du canal Saint-Martin. Le Paris des petites galeries d'art de la rive gauche. Celui, aussi, si dépaysant, de ses quartiers ethniques: «Little India» dans le dixième ou «Little Tokyo» près d'Opéra.

 

C'est le Paris de FIP, qui, ce mercredi, fête ses quarante ans. FIP, comme «France Inter Paris», comme on appelait cette chaîne du groupe public Radio France quand Jean Garretto et Pierre Codou la lancèrent, le 5 janvier 1971. FIP qui, pour fêter cela, diffuse toute la journée de ce mercredi une programmation spéciale 1971.

 

FIP, c'est un monde, c'est un univers. A l'origine, ce n'était qu'une radio musicale chargée, par ses flashs de radioguidage, d'accompagner les automobilistes parisiens coincés dans les embouteillages. Mais c'est devenu beaucoup plus. Une programmation qui, assez justement, se targue d'être «la plus musicale et la plus éclectique de la bande FM». Certes: moins branchée que Radio Nova, moins pointue que France Musiques, moins passionnante que France Culture, moins répétitive et commerciale que celles de tant de radios ados. Mais sur FIP, a-t-on toujours trouvé, il y en a vraiment pour tous les goûts. Et c'est souvent de bon goût. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter, le soir, l'émission «Jazz à FIP».

 

FIP, c'est un ton. Celui des «fipettes» (surnom donné aux animatrices de cette radio) à la voix suave et malicieuse. Qui n'ont pas leur pareil pour annoncer calmement des mauvaises nouvelles à leurs auditeurs automobilistes coincés dans d'épouvantables embouteillages. Qui, grâce à leur ton si particulier, n'ont pas leur pareil pour rendre poétiques y compris les noms des portes du périph': Porte des Lilas, etc.

 

Kriss.jpgFIP, c'est tellement Paris que, quand on est à l'étranger et que la Ville lumière commence à nous manquer, on écoute un moment cette radio sur le web, et l'on s'en trouve réchauffé. FIP, c'est aussi une politique de partenariat culturel exigeante et de choix: toutes ces années passées à Paris, on n'a jamais été déçu en assistant à un concert, à un spectacle ou à une expo dans la capitale qui étaient recommandés par FIP.

 

FIP, enfin, c'est un souvenir. Kriss: son animatrice fétiche, qui fit aussi les grandes heures de «L'Oreille en coin» sur Inter. Décédée l'an dernier, Kriss était vraiment une voix et une personnalité très attachantes de la radio française. Elle nous manque.

28/10/2010

Une thèse (toujours)

casseurs.jpgUne semaine. Il a donc fallu, en gros, une semaine à la classe politique et aux médias traditionnels pour relayer la thèse qui, sur internet, passionne les foules depuis plus de dix jours, et qu'on évoquait dans ce blog mercredi dernier. La fameuse thèse des «policiers casseurs», qui infiltreraient les manifs pour y faire de la casse afin de discréditer le mouvement social. On souligne ce retard à l'allumage non pas spécialement pour le brocarder: cela ne fait sans doute jamais de mal de prendre un peu de recul par rapport à l'immédiateté du net. Mais pour souligner combien parfois est caricaturale cette antienne qui présente la classe politico-médiatique française comme étant en permanence les yeux rivés sur internet, obsédée en temps réel par le moindre buzz qui s'y déroule.

 

Le buzz autour de ces éventuels «policiers casseurs», en tout cas, il est désormais indéniable dans tous les médias. Prenons l'exemple de la radio, ce matin. Car, dans les tranches matinales d'info, il n'y en avait que pour cela. Ainsi, sur une station, on a entendu le syndicaliste Bernard Thibault prêter à certains policiers «des attitudes qui n'ont rien à voir» avec leur mission. Puis avertir les agents en civil qui, cet après-midi dans les cortèges, seront déguisés en manifestants qu'ils y «seront particulièrement surveillés» par les syndicalistes. On zappait et, sur une autre station, on entendait un autre leader syndical, Jean-Claude Mailly, être lui beaucoup plus prudent sur ces éventuels «dérapages» policiers. On zappait encore et, sur une troisième station, on tombait illico sur le porte-parole du PS qui, sur ce même sujet, était tout autant soumis à la question. «Il est très difficile de porter de telles accusations», disait-il. Rappelant tout de même qu'en matière de comportements policiers très limites, la France avait déjà donné – voir la mort du jeune manifestant Malik Oussekine à Paris en 1986, bastonné par les «policiers voltigeurs» à moto du duo ministériel Pasqua-Pandraud. Enfin, et on s'arrêtera là, dans la foulée et sur une autre station encore, on entendait ce matin un député écologiste faire carrément le lien entre ces éventuels «policiers casseurs» et les vols d'ordinateurs dont ont été victimes plusieurs journalistes d'investigation, ces derniers jours. Et oser en déduire: «Là, ca va beaucoup beaucoup trop loin, la dérive de la part du pouvoir sarkozyste!»

 

Cette rapide revue de presse radiophonique matinale française pour dire qu'autant ce sujet brûlant des «policiers casseurs» a tardé à émerger dans la classe politico-médiatique, autant là, maintenant, c'est bon: il bat son plein et sans doute n'est-ce pas fini. Reste à voir si ce tumulte incitera le pouvoir à agréer à la requête de l'opposition de mettre sur pied une commission parlementaire d'enquête sur la question. A priori aucune chance/aucun risque/, évidemment.

12/10/2010

Un malencontreux hasard

uneradio.jpgC’est un incident certainement très accessoire par rapport à la grande actualité de ce mardi: la nouvelle journée de mobilisation générale contre la réforme des retraites. Mais on en parle parce qu’on l’a trouvé intéressant. C’était hier, au grand journal parlé du soir d'une radio privée. Et c’était un heurt médiatique assez saisissant entre, d’une part, un rebondissement dramatique de l'actualité et, d'autre part, les hasards de la programmation... de la publicité.

 

En plein milieu d'une tranche de pubs, on a entendu en substance cela: «Nous interrompons nos programmes pour un flash d'actualité urgente. Nous apprenons à l'instant un décès inopiné. Nous retrouvons immédiatement sur place notre envoyé spécial Untel». Finalement, le décès inopiné n'était qu'une accroche commerciale. Ce n'était qu'une pub déguisée en alerte d’info, qui informait du décès... d'un héros de fiction: «le Cyclope», protagoniste du «Rire du Cyclope», le dernier livre du romancier à succès Bernard Werber. Le problème? Quelques minutes à peine avant la diffusion de ce spot, sur la même antenne, le journaliste avait interrompu le cours normal de son journal avec à peu près la même formule. Pour annoncer aux auditeurs la découverte du corps sans vie du spéléologue disparu dans les gorges de l'Ardèche, dont le sauvetage tient la France en haleine depuis huit jours.

 

Techniquement, ce télescopage entre réalité et fiction, entre actualité et publicité, entre drame et réclame donc, aurait pu être évité. Il aurait suffi à la régie de ladite radio, après avoir entendu une telle info, d’annuler ou du moins de différer la diffusion de ce spot qui, par la similitude de la forme des deux messages, devenait d'assez mauvais goût. Mais le feu du direct a probablement empêché les régisseurs de rectifier le tir. Les deux messages ont suivi si rapidement à l’antenne que, sous peine de risquer un «blanc» peu radiophonique, sans doute les techniciens n’ont-ils pu passer le second à la trappe, même si le contexte de l’actu le rendait très malvenu.

 

Reste à espérer qu'au moment de ce malencontreux hasard radiophonique, les proches du défunt n’étaient pas à l'écoute de cette station-là.

05/11/2009

Un visage, une voix

christianbarbier.jpgOn n’a jamais fonctionné à la nostalgie – état d’âme qu’on a toujours senti terriblement stérile. Cela n’empêche pas, exceptionnellement, d’avoir de courts instants de nostalgie et de trouver cela finalement plutôt délicieux. On l’a ressenti hier soir, en apprenant la nouvelle du décès du comédien Christian Barbier. Un nom qui ne dira absolument rien aux plus jeunes lecteurs de ce blog. Mais qui, pour nous comme pour des générations de téléspectateurs et d’auditeurs, incarna l’image d’une certaine France aujourd’hui complètement désuète mais qui, à l’époque, avait du charme.

 

Christian Barbier, c’était d’abord un visage. Celui de l’interprète principal de «L’Homme du Picardie», le mythique feuilleton qui, dans les années 70, fit les belles heures de la télé belge et française. Barbier y incarnait un batelier, capitaine de la péniche portant le nom de la région française. Même si, à l’époque, on était vraiment très très jeune, on avait suivi avec passion les aventures de cette famille de mariniers: petits artisans en lutte pour la survie de leur métier, englués dans les problèmes financiers et se débattant dans d’incessants conflits de génération. C’est sans doute le programme télé qui nous fit connaître l’univers si typique, et qui nous semblait alors si exotique, des canaux de la région parisienne et du nord de la France. Vingt ans plus tard, pour dire combien on a été marqué, on se souvient encore de la musique du générique de ce feuilleton, une ritournelle sifflée qui, une fois qu’on l’avait entendue, restait immanquablement dans la tête. Dans «L’Homme du Picardie», Barbier campait un personnage bourru, entier, souvent odieux mais si humain qu’il en devenait attachant. Il n'y a pas si longtemps, non loin de Paris dans la si jolie petite ville de Conflans-Sainte-Honorine, la capitale des mariniers au croisement de la Seine et de l’Oise, on voyait encore des photos de «L’Homme du Picardie» affichées dans des magasins. Et les cassettes vidéo de sa série culte vendues comme de précieuses reliques d’un temps révolu.

 

Christian Barbier, c’était aussi une voix. Du début des années 80 jusqu’à la fin des années 90, il anima «Barbier de Nuit», une fameuse émission radio du soir, sur Europe 1. A l’époque, la France radiophonique vespérale était coupée en deux. Il y avait d’un côté les inconditionnels du «Pop Club» du regretté José Arthur, sur France Inter. Et, de l’autre côté, les accros à «Barbier de Nuit» sur Europe. A longueur de soirées, Christian Barbier recevait – en direct depuis un bistrot parisien, si l’on se souvient bien – des personnalités du monde du spectacle, de la culture et de la nuit. Sa voix était profondément chaleureuse, son ton admirablement convivial et complice sans jamais être complaisant, ses entretiens souvent passionnants. «Barbier de Nuit», c’était une émission de radio qui pétillait comme le vin mousseux qui sponsorisait ce programme: «Kriter brut de brut» on s’en souvient bien, même si, à l’époque, on était bien trop jeune pour consommer de l’alcool et si depuis, on n’a jamais bu ce vin. Ado vivant en Belgique, on a passé d’innombrables nuits l’oreille collée au transistor, à l’écoute de «Barbier de Nuit». Cette émission radio nous donnait l’impression, déjà, que Paris était une ville extra, formidablement vivante, culturellement épatante, dont les nuits ne finissaient jamais et étaient peuplées de rencontres fascinantes. Vingt ans après, on débarquait et on s’établissait dans la capitale française. Qui sait, Christian Barbier y est-il pour quelque chose.

 

Ce matin sur Europe 1, la seule évocation qu’on a entendue de Christian Barbier, c’était dans la bouche d’un chroniqueur pénible (pléonasme). Qui moquait le rythme si lent, et à ses yeux si ennuyeux, du feuilleton dont le héros était Christian Barbier. Comme si des histoires ayant la batellerie pour cadre pouvaient se dérouler au rythme d’une course de Formule 1.

 

C’était si anecdotique comme souvenir, c’était si ingrat comme évocation d’un homme qui pourtant compta tant pour cette radio, qu’on a trouvé cela assez minable. Parfois à Paris, dans le grand monde a fortiori, les gens, décidément, sont petits.