13.04.2012
Une machine
On a été sondé sur la présidentielle, hier en fin d’après-midi. On n'avait vraiment pas que cela à faire, mais, bonne poire, on a accepté. Au téléphone, l'institut LH2. Plus précisément, nous saluait une prénommée «Claire». Que l'on trouvait charmante, mais qui avait une voix légèrement métallique. Et pour cause: c'était... une machine.
Les instituts de sondages utilisent donc des automates pour interroger l'électeur moyen sur ses intentions de vote. Cela marche bien, notez. Comme quand on achète un billet de train ou d'avion par téléphone, il suffit juste d'articuler distinctement. Donc, au lieu par exemple de dire «réservation», on dit «abstention». Au lieu de choisir couloir ou fenêtre, on opte pour premier et/ou second tour. Au lieu de réserver pour Tokyo ou Miami, on prend date pour Hollande ou Sarkozy. Et la machine répond chaque fois, très poliment: «J’ai bien pris note de votre réponse». Le vote, un produit de grande consommation comme un autre?
Culotté, ce remplacement d'humains par des machines, de la part d'instituts de sondage qui, en cette période électorale, gagnent de l’or en barres grâce aux innombrables enquêtes qu'ils réalisent ? En fait, contrairement à ce que l'on croit généralement, les sondages électoraux pèsent très peu dans le chiffre d'affaires de ces instituts. Qui se font bien plus d'argent avec, par exemple, les enquêtes-qualité et/ou de satisfaction de la clientèle concernant tel ou tel article commercial, les études sur l'image de marque de telle ou telle enseigne, etc. Car tous ces sondages-là sont facturés à des montants bien plus élevés que les enquêtes électorales, d'autant que celles-ci sont souvent réalisées pour des clients pas forcément fortunés, comme la presse quotidienne. En revanche, les sondeurs compensent cela avec la notoriété que ces études électorales apportent à leur marque. Puisque ces sondages bénéficient d'une grande couverture médiatique, et donc d'une large audience.
Mais cet avantage-là, visiblement, n'est plus suffisant – chez LH2, en tout cas – pour que des moyens humains leur soient consacrés. Place aux automates, donc.
Encore bravo.
07:41 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections présidentielles, médias, economie, social
10.02.2012
Une façon de voir les choses
Huit morts en France, depuis le début de la vague de froid. Soit, en gros, un décès par jour. A Paris y compris, parmi les sans-abri: parmi notamment ceux qui vivent à l'année dans le Bois de Vincennes.
Huit morts, tout de même. C'est ce qu'on s'est dit ce matin, en prenant connaissance de ce macabre décompte. Huit morts, seulement. C'est ce que ne cessent d'insinuer les médias français ces derniers temps. Radios et télés surtout passent en boucle le bilan bien bien plus grave déploré dans d'autres pays: plusieurs dizaines de morts en Italie, plusieurs centaines en ex-Europe de l'Est, etc.
Huit morts de froid seulement, donc, en France. C'est une façon de voir les choses. A laquelle, décidément, un hiver après l'autre, on ne s'habitue pas.
11:16 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : météo, pauvreté, misère, social
07.02.2012
Un avis (tranché)
Angela Merkel était donc à Paris lundi, pour soutenir Nicolas Sarkozy en vue des présidentielles. Ecrivant hier sur le sujet, pour «La Libre» version papier, on expliquait que cet appui de la chancelière allemande n'allait pas forcément aider le Président français à réduire le fossé qui, d'après les sondeurs, le sépare des classes populaires et ouvrières. Il y a quelques semaines, un sondage TNS-Sofres a témoigné de cette défiance d'une partie pas marginale de l'électorat populaire envers le couple franco-allemand et envers son fonctionnement.
Ainsi, près d'un ouvrier français sur cinq (21%) voit l'Allemagne avant tout comme un pays «concurrent», 9% de cette catégorie de la population considérant carrément cet Etat comme «un adversaire». Et 69% des ouvriers ne font pas confiance au tandem Sarkozy-Merkel pour résoudre la crise.
La même réticence serait-elle de mise en banlieue de Paris? L'autre jour, en tout cas, prenant le RER A puis débarquant dans une gare quelques stations plus tard, on n'a pu que constater que la plupart des panneaux publicitaires y avaient été maculés par un(e) anonyme. Maculés d'un seul et même slogan. Qui, à défaut d'être d'un goût exquis, était au moins très visible et très parlant: «Pas besoin de sexe en 2012 SARKO-MERKEL nous baisent déjà A SEC».
Certes, un slogan isolé ne fait jamais une opinion. Et, même lorsqu'ils sont peinturlurés dans toute une station, ils ne traduisent pas forcément le sentiment de l'électorat de l'ensemble d'une région. Mais enfin, dans certains coins de la banlieue de Paris en tout cas, vis-à-vis de certains électeurs, il semble y avoir comme un déficit d'explications et de persuasion de l'Elysée, sur cette question...
11:36 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : international, personnalités, social, economie, transports, banlieues, activisme
03.02.2012
Un vrai scandale
Locataire «alcoolique», qui «n'est pas de nationalité française», ou est «ancien SDF addiction boisson». Habitant «séropositif», «cancer», «personne cardiaque», «sous chimiothérapie», ou «alzeimer aveugle». «Fils cancer Mme malade des poumons», ou «violence conjugale». «Personne très difficile à vivre de tempérament agressif et violent très procédurier», «dépression hôpital psychiatrique», «maladie de parkinson», ou «cancer des intestins opération du cerveau».
Telles sont quelques-unes parmi les innombrables mentions concernant la vie privée des habitants des HLM de la ville de Paris, qui figurent dans le système informatique de l'organisme gérant ces logements sociaux: «Paris Habitat». L'existence de ce gigantesque fichage a été révélée hier par la Commission de l'informatique et des libertés (CNIL): l'organisme qui veille à la compatibilité entre les fichiers électroniques et le respect de la vie privée. Toutes ces informations avaient été collectées par les gardiens d'immeubles de ces HLM, puis illégalement rassemblées et stockées dans les fichiers informatiques de «Paris Habitat». Des associations de locataires, indignées, ont saisi la CNIL. Hier, dans une démarche exceptionnelle (ici), vu la gravité des faits, cet organisme a publiquement mis l'Office des HLM en demeure de détruire ce fichier dans les deux mois, sous peine de poursuites judiciaires.
Dans les médias hier, les dirigeants de cette société ont paru à peine gênés. On a même entendu des propos du genre, en substance: les gardiens d'immeubles ayant commis ce flicage ne pensaient pas à mal, c'était pour mieux connaître et donc mieux venir en aide à ces locataires, etc.
Un tel scandale, dans n'importe quelle autre grande capitale internationale, entraînerait probablement le limogeage sur le champ du patron de l'Office des HLM, et des excuses publiques du maire en personne. A Paris: rien. Aux dernières nouvelles, la hiérarchie de «Paris Habitat» est toujours en place. Et Bertrand Delanoë, pourtant habituellement si prompt à communiquer, ne s'est même pas exprimé sur le sujet.
Encore bravo.
12:13 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, logement, social, vie privée, santé, pauvreté, informatique
02.02.2012
Une indignité, ou l'autre
0 degré à peine, ce matin, à Paris. Et vers les -10°, cette nuit. ¨La nuit dernière pourtant, comme les précédentes et comme les suivantes, en plein coeur de ce qu'il est convenu d'appeler la «Ville lumière», des gens ont passé la nuit dans un mobil-home, une caravane ou une voiture. On les entendait ce matin, sur une radio. Ils (et elles) avaient dormi sur l'immense parking qui fait face au Château de Vincennes. Au micro, certains avouaient n'avoir cessé de grelotter. D'autres, en revanche, ne s'apitoyaient pas sur leur sort. Disaient que «non, non, ça va: pas de problème!» Plaisantaient, même. A entendre leur bonne humeur matinale, malgré une nuit pareille, on hésitait entre l'effarement et l'admiration.
En France, entre 70.000 et 120.000 personnes habitent sous tente ou en mobil-home: résident au camping à l'année, leurs moyens ne leur donnant pas accès au marché de l'immobilier. Théoriquement, c'est interdit par la loi. Pratiquement, c'est toléré. Parmi ces campeurs malgré eux, pas mal de vieux ne touchant que de petites retraites, et pas mal d'étudiants. A la mi-novembre, l'Assemblée nationale a voté en première lecture une proposition de loi (ici) visant à «mieux encadrer» le secteur des «habitats légers de loisirs» et de «l'hébergement de plein air». Le député (UMP) à son origine invoquait notamment la nécessité d'«éviter les bidonvilles» et de «responsabiliser» les maires sur la question du logement. De facto, avec pareil texte devenu loi, ces dizaines milliers de campeurs à l'année devraient déménager. Direction la rue, donc. Les associations, du coup, s'étaient mobilisées. Avec succès: il y a quelques jours, ledit député a promis de modifier son texte quand il reviendrait à l'Assemblée. Cette centaine de milliers de campeurs malgré eux n'iront donc pas grossir les rangs de la centaine de milliers de SDF qu'on dénombre déjà (au minimum) en France.
Ce matin, en entendant nos campeurs de Vincennes témoigner à la radio, on s'interrogeait. Sous prétexte qu'a été évitée une indignité (les jeter à la rue), est-on prié, ou non, d'en accepter une autre (être obligé de dormir dans sa voiture, en plein Paris)?
12:44 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, pauvreté, social, logement, misère
25.01.2012
Une confusion des rôles
Ce mercredi, les députés examinent une proposition de loi inspirée d'un cas dramatique. Elle vise à permettre à tout salarié de faire don de ses heures de congé ou de récupération (au titre de la réduction de temps de travail) à un collègue parent d'un enfant gravement malade, dont le pronostic vital est engagé. Si ce texte est adopté, il s'appellera la «loi Mathis».
Car tel était le prénom d'un enfant à qui, quand il avait dix ans, a été diagnostiqué un cancer du foie au stade 4. Il en est décédé. Son père n'a pu l'accompagner jusqu'à la mort que grâce à la solidarité de ses collègues. Il avait épuisé, au chevet de son enfant, tous ses jours de récup' et de congé. Il aurait donc dû reprendre le boulot. Mais ses collègues lui ayant fait don de 170 jours de récupération, il a pu rester au chevet de son enfant, jusqu'à sa mort. Aujourd'hui, la loi n'interdit pas un tel geste de solidarité dans l'entreprise, mais ne le réglemente pas non plus. En théorie, du coup, chaque employeur est en droit de refuser des faveurs de ce type entre ses employés. Demain, si la loi est votée, cette solidarité sera toujours permise et encadrée.
Très bien? On n'est pas trop à l'aise, en fait, envers une telle initiative législative.
On peut évidemment trouver parfaitement exemplaires les gestes de solidarité de ce type, posés entre collègues. Etant entendu que, dans le monde en général et dans le monde de l'entreprise notamment, sans doute n'y a-t-il jamais assez d'altruisme. Mais on trouve anormal que la présence d'un père au chevet de son gosse agonisant dépende de la générosité, ou non, de ses collèges. Ce n'est pas à des particuliers mais à l'Etat – l'Etat au sens large: les pouvoirs publics, l'assurance-maladie, etc. – à prendre en charge cela. A l'Etat de faire en sorte que le parent d'un gosse en train de mourir ne soit plus forcé de choisir entre, soit abandonner son enfant à son sort, soit perdre son boulot et donc ses moyens de subsistance.
Le père de Mathis, dans les médias ces derniers jours, en a témoigné – et c'était particulièrement émouvant. Après avoir épuisé les trois mois et demi d'arrêt auxquels il avait droit, il a été convoqué par l'assurance-maladie. Où un fonctionnaire lui a dit: «Monsieur, c'est votre enfant qui est gravement malade, pas vous! Vous, vous allez bien. Donc, vous reprenez le travail!»
On peut évidemment voter une telle loi, mais il faudrait d'abord et avant tout s'attaquer aux comportements obtus d'une certaine administration, arc-boutée jusque dans l'indignité sur la réglementation. Après, lorsque l'Etat aura rempli son rôle et modifié à la fois ses pratiques et ses textes, dans le sens de plus d'humanité, alors il sera toujours temps de demander aux citoyens de faire preuve, à leur tour, de générosité. Et l'on pourra alors, sans réserve, saluer cet altruisme.
Mais ce n'est que notre avis.
12:10 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, santé, famille, fonction publique
20.01.2012
Une flambée
|
Dans la «Ville lumière», l’ère de l’euro aura donc été «particulièrement favorable aux propriétaires», en termes de plus-values en cas de revente de leurs biens, se réjouit l'agence immobilière en ligne Efficity. C’est une façon de voir les choses. Une autre est de prendre le point de vue des candidats-acquéreurs. Vu sous cet angle, «depuis 2000, l'écart entre l'augmentation des prix des logements et celle des revenus des ménages ne cesse de se creuser (+ 86% contre + 25% sur la période 2000-2009). La solvabilité des ménages français s'est donc nettement dégradée. Une famille qui se serait endettée sur 14 ans en 2000 aurait dû s'endetter sur 31 ans en 2008».
Avec des prix désormais situés entre, en gros, 6000 et 12000 euros le mètre carré, selon l’arrondissement, faut-il encore se demander pourquoi, en dix ans, Paris est devenue une ville de bobos? Du reste, selon la même étude, cette flambée de l’immobilier n’a pas concerné que la capitale. Ainsi, depuis 2000, «les prix ont progressé de 136% à Lille, 118% à Toulouse et 111% à Marseille».
Les sondages, de longue date (voir par exemple ici), indiquent que 65% des Français jugent difficile de trouver un logement. Cette proportion passe à 71% chez les 18-29 ans. 64% des primo-accédants ont rencontré des difficultés pour trouver un logement correspondant à leurs attentes. Ils sont presque aussi nombreux (57%) à avoir peiné à trouver un financement correspondant à leurs besoins, pour acquérir ce logement.
|
14:50 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, logement, economie, social, gouvernement
05.01.2012
Une frénésie, ou pas
Rien ne change, d'une année à l'autre. Une fois de plus, en ce début d'année, notre boîte mail, à «La Libre», se retrouve complètement embouteillée, voire parfois paralysée, par les milliers de gigaoctets que pèsent les innombrables dossiers de presse rutilants que les services de com' des grands magasins parisiens se sentent obligés de nous adresser, chaque fois que les soldes approchent. Le même embouteillage électronique, dû à la même cause, avait été de mise, comme les années précédentes, au mois de décembre. Comme si on passait nos journées de travail à écrire des articles recommandant aux lecteurs d'aller acheter tel ou tel cadeau de Noël ou de profiter de telle ou telle promo au «Printemps», aux «Galeries Lafayette» ou au «BHV» ...
Cela dit, l'habituelle frénésie, voire hystérie, sera-t-elle de mise dès le lancement de ces soldes, dans les grands magasins de Paris?
A en croire un sondage (ici), près d'un Français sur deux compte diminuer son budget soldes, cet hiver. De manière plus générale, d'ailleurs, à en croire une autre étude (là), dans les mois à venir ce sont deux tiers des Français qui réduiront leurs dépenses et celles de leur famille. Mais, d'un autre côté, affluence aux caisses et dans les rayons il pourrait bien y avoir, due à un autre facteur: sept Français sur dix ont reporté certains de leurs achats, dernièrement, dans l'objectif précisément de profiter des bonnes affaires présumées de janvier.
Pendant la période des fêtes de Noël, déjà, 28% des Français avaient fait savoir (ici) qu'ils comptaient revoir à la baisse leurs dépenses pour l'occasion. Et ce malgré le fait qu'ils s'étaient serré la ceinture les moins précédents, dans l'espoir, justement, de pouvoir de ne pas trop regarder à la dépense lors de leurs achats de Noël.
Des achats qui néanmoins, malgré la crise, continuent à mobiliser un budget important. A l'occasion des fêtes de Noël, chaque foyer français a dépensé en moyenne un montant évalué (là) à 606€. C'est un budget en hausse de 1,9% par rapport à l'an dernier.
Et on trouve ce montant assez énorme. Pour mémoire, 606€ c'est, en gros, la moitié d'un salaire minimum.
12:55 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, social, art de vivre, paris
22.12.2011
Une société «qui marche sur la tête»
Hier après-midi à notre kiosque à journaux favori, place St-Ambroise, dans le onzième. Le kiosquier oscille entre satisfaction et irritation. En moins de deux heures, sa pile de journaux «Le Parisien» a été épuisée: autant d'invendus de moins à gérer. Mais, si ce journal s'est si bien vendu, c'est grâce à un sujet de Une pour le moins léger, sur le fond, par rapport à l'avenir du monde, etc: l'arrivée prochaine du footeux-modeux David Beckham au PSG.
Le beau David y gagnera 800.000€ par mois. Bruts, tout de même, les 800.000. Notre copain kiosquier trouve ce salaire éhontément et ridiculement exagéré. «Ce monde est vraiment mal fichu. Cette société marche sur la tête», maugrée-t-il. En pointant du doigt vers une pile de tracts figurant sur son comptoir, que, le matin même, on lui a apportée pour qu'il les mette à disposition de ses clients. C'est une pétition du personnel du service de pneumologie de l'Hôpital St-Antoine: le grand hôpital public de l'Est parisien. En 2012, ce service va fermer et être transféré. Ainsi l'exigent l'Assistance publique et son plan de restructuration et d'assainissement financier. «Diminution du nombre de lits d'hospitalisation», lit-on. «Suppressions d'emplois». Rideau tiré sur «une équipe médicale et paramédicale qui, pendant les vingt dernières années, a développé des compétences reconnues permettant la prise en charge de patients atteints d'un cancer bronchopulmonaire». «D'un côté, on dépense 800.000€ par mois et, de l'autre, on ferme des lits d'hôpitaux. Ca ne va vraiment pas», s'irrite notre interlocuteur.
Il est le premier à convenir que les deux événements n'ont absolument rien à voir l'un avec l'autre, et qu'ils ne peuvent donc être mis en rapport. Mais trouve tout de même extrêmement fâcheuse la simultanéité de ces deux actualités. «Cette société marche sur la tête», donc.
Comme ça, d'emblée, on ne trouve pas trop d'arguments percutants à lui opposer. De toute manière, aujourd'hui comme hier et comme demain, on est pressé: pas le temps de refaire le monde dans de grandes discussions. Et puis, finalement, nous aussi, on le trouve assez malencontreux, ce hasard ayant conduit à la collision, le même jour, de ces deux actualités. Et, nous aussi, on le trouve assez indécent, le montant de ce salaire mirobolant. Pas trop envie, donc, de contre-argumenter, d'expliquer par A+B à notre kiosquier que, non, non, elle ne marche pas sur la tête, «cette société».
On se contente donc d'opiner, de le saluer, et de lui souhaiter, malgré tout, une bonne journée.
11:54 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, social, santé, sports, economie
06.12.2011
Une impression d'embarras
Cachez ce mendiant roumain que je ne saurais voir. C'est ce que dirait sans doute Tartuffe s'il était un homme politique français contemporain.
Hier, la préfecture de police de Paris a étendu aux quartiers du Louvre et des grands magasins (Haussmann-Caumartin) l'arrêté qui, depuis trois mois, interdit toute mendicité sur les Champs-Elysées. Selon elle, ce dernier arrêté a déjà permis «plus de 300 contraventions», les contrevenants étant «pour la quasi-totalité, de nationalité roumaine». Hier toujours, une fois de plus, le maire de Paris a protesté. Pour Bertrand Delanoë, «combattre la pauvreté par l'amende et la répression est choquant au moment même où l'Etat ne remplit ses obligations, ni en termes de mise à l'abri des mineurs isolés, ni en matière d'hébergement d'urgence». Et cela traduit «une priorisation contestable de l'action des forces de police» au moment notamment où, dans la capitale, «les cambriolages croissent fortement». A ses yeux, cette lutte contre la mendicité n'est donc qu'une «opération de communication visant à stigmatiser une catégorie de la population, étrangère et démunie».
Plus intéressante, car plus neuve, est l'impression d'embarras qui transparaît désormais de cet éternel débat sur la mendicité roumaine. Comme, si, de part et d'autre, on ne voulait tout de même pas trop en faire sur le sujet.
Ainsi, ce matin sur le site web de la mairie de Paris, la réaction du maire ne figurait pas en page d'accueil: elle était reléguée à une page moins visible. Et, sur le site de la préfecture, on ne trouvait carrément nulle trace de ce nouvel arrêté anti-mendicité – en revanche, on pouvait tout savoir sur la participation de l'unité équestre de la préfecture au Salon du cheval, en cours au Parc des Expositions...
Dans la même veine, les autorités, préfectorales comme gouvernementales, ont accueilli avec une grande discrétion la sanction que la justice administrative, dernièrement, a infligée à une mairie ayant pris une mesure du même acabit: Nogent-sur-Marne, ville aisée contigüe à Paris, qui fit pas mal de bruit en interdisant la fouille des poubelles. Cet arrêté a été suspendu, à la suite d'un recours de la Ligue des droits de l'homme. Raisonnement du tribunal administratif? Par définition, l'espace public est public: il appartient donc à tout le monde. Dès lors, les mendiants y compris sont en droit d'«utiliser librement le domaine public, de surcroît durant la période hivernale». Conclusion de l'association: «Il convient que les maires comprennent que faire disparaître les pauvres de l'espace public est non seulement injuste, mais aussi illégal».
Visiblement, on ne partage pas cet avis à la préfecture de police de Paris.
12:25 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, social, paris, banlieue, sécurité, justice, etrangers
01.12.2011
Un fatras d'inepties
Aujourd'hui, comme chaque 1er décembre, c'est la Journée internationale de lutte contre le sida. Rappelons donc que, non, cette maladie ne se transmet ni «par une piqûre de moustique», ni «dans les toilettes publiques», ni «en buvant dans le verre d’une personne contaminée». Vous levez les yeux au ciel en vous disant que tout le monde sait cela? Et bien non, visiblement.
C'est ce qu'on avait déduit (ici) au printemps, à la vue d'une campagne d'affichage sur le sujet, dans les rues de Paris. Six mois plus tard, on a retrouvé ce constat de la permanence de telles fausses croyances dans une étude publiée cette semaine. La région parisienne est une des régions d'Europe les plus touchées par le VIH – une prévalence plus de deux fois supérieure à la moyenne française (voir là). Il n'empêche, il s'y trouve encore respectivement 21%, 13% et 6% de gens qui croient que le sida se transmet par les moustiques, dans les toilettes, ou par la salive.
Particulièrement affolant est le fait que, à Paris et dans sa région (comme dans le reste du pays), pour la première fois en 2010, «ce sont les jeunes de 18-30 ans qui maîtrisent le moins bien les mécanismes de transmission et de protection» relatifs au VIH. Tout aussi inquiétant est le constat dressé par les chercheurs, selon lequel, depuis 1998, les Parisiens sont «de moins en moins nombreux à considérer le préservatif comme tout à fait efficace» contre la maladie. A l'inverse, «de plus en plus pensent que la transmission du virus est possible lors de rapports sexuels avec un préservatif. Ces croyances sont surtout partagées par les jeunes de 18-30 ans».
Rien que la persistance de telles inepties, dans l'esprit d'une partie non négligeable de l'opinion, donne tout son sens à cette Journée internationale, même trente ans après la découverte de ce virus.
11:12 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, sida, social, jeunes, paris
28.11.2011
Un indicateur, si révélateur
Si d'aventure d'aucuns doutaient encore de la précarisation grandissante de toute une partie de la France – sans doute ne mettent-ils jamais le nez dehors... –, cet indicateur que l'actualité du jour vient nous apporter. Il s'agit d'un pourcentage. Et il concerne l'activité des Restos du Coeur, dont la 27ème campagne d'hiver débute ce lundi.
L'association caritative fondée par Coluche fait état de «25 % de personnes accueillies en plus au cours des trois dernières années». Rien que l'an dernier, ses 60.000 bénévoles ont distribué 109 millions de repas, à plus de 860.000 personnes – soit à 20.000 bénéficiaires de plus qu'un an auparavant. Et il ne fait guère de doutes qu'à la fin de cet hiver 2011-2012, l'association aura, une fois de plus, explosé tous ses records en termes de personnes aidées.
Pareils chiffres relativisent, pour le moins, le bilan des politiques sociales en vigueur. Lorsqu'on les interroge sur cet indicateur, si révélateur, que constitue le succès croissant remporté année après année par les Restos du Coeur, les responsables de la majorité ont l'habitude de botter en touche. Ils assurent que, dans les pays voisins, les associations analogues sont tout autant débordées, la paupérisation galopante n'étant pas l'apanage de la seule France.
Comme si un tel argument rendait le constat moins révoltant.
11:34 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, social, activisme, gouvernement
21.11.2011
Un campement
Samedi soir, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, a été démonté un campement de tentes qu'avait installé, trois jours plus tôt, la Fondation Abbé Pierre. Ces tentes militaires étaient les mêmes que celles que l'abbé avait montées à Paris pendant l'hiver 1954, afin, déjà, de protéger des sans-abri et d'interpeller le pouvoir politique. Près de soixante ans plus tard, l'opération visait, encore et toujours, à mobiliser l'opinion sur le logement et la situation des plus démunis – en vue cette fois de la présidentielle de 2012.
«82% des Français considèrent qu’il est difficile de trouver un logement. Un sur cinq déclare avoir des difficultés à faire face au paiement de son loyer ou au remboursement de son emprunt immobilier. 69% des Français jugent que l’action des pouvoirs publics n’est pas satisfaisante pour résoudre ces difficultés», a rappelé la Fondation. Pour qui, «à quelques mois des élections présidentielles et législatives, il faut agir!» Le texte de sa «Mobilisation générale pour le logement» préconise notamment la taxation voire la réquisition des logements vacants,ou l'encadrement des loyers comme celui des des plus-values immobilières.
Ces derniers jours, les médias, locaux en tout cas, ont accordé un peu d'attention à cette manifestation devant l'Hôtel de ville. En revanche, c'est dans une indifférence générale que, place de la Bastille, depuis plusieurs semaines maintenant, quelques familles – Rom, semble-t-il – ont établi un petit campement, lui de fortune.
On est tombé en arrêt devant cela plusieurs soirs de suite dernièrement, après avoir pris le dernier métro pour rentrer à la maison et avoir quitté la station 'Bastille' par la sortie débouchant sur la rue de la Roquette. Il y a avait là des hommes, des femmes, des adolescents et même des enfants. Regroupés sur des matelas ou recroquevillés dans une cabine téléphonique, ils entamaient leur nuit.
Autour d'eux, la vie parisienne se poursuivait le plus normalement du monde. Les terrasses des bars étaient bondées de clients occupés à siroter des consommations bien chères, des clochards faisaient la quête, des copains se donnaient rendez-vous à la sortie du métro, des gens sortaient de la représentation de l'Opéra, des jeunes fêtards avinés braillaient, des danseurs de capoeira se donnaient en spectacle, etc.
Et, dans le même temps donc, à quelques mètres à peine, à leurs pieds pour ainsi dire, nos naufragés du logement tentaient, vaille que vaille, de trouver le sommeil dans l'agitation festive ambiante. Cette cohabitation indolente entre leur infortune et la poursuite routinière de la vie de quartier avait quelque chose de choquant.
Selon la Fondation Abbé Pierre, en France – cinquième puissance économique mondiale, comme chacun sait –, près de 10 millions de gens «sont touchés de près ou de loin par la crise du logement», dont «3,6 millions de personnes (qui sont) non ou mal logées».
11:28 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : logement, social, pauvreté, etrangers, activisme, paris
08.11.2011
Une rapacité
Parfois – souvent? –, l'homme est décidément un loup pour l'homme. Ou un requin, ou une hyène, comme on veut. Il s'acharne sur lui y compris quand il est au plus bas, quand il est à terre. C'est ce qu'on s'est dit la semaine dernière. Comme chacun sait, c'était la semaine de la Toussaint, et une étude très d'actualité a confirmé la rapacité de certaines pratiques commerciales, au détriment de clients pourtant déjà particulièrement fragiles, et donc vulnérables.
Cela concerne le secteur des pompes funèbres. Selon l'association de consommateurs UFC-Que Choisir, nombre de professionnels funéraires en France ne respectent pas leurs obligations légales. Ainsi, «plus de six mois après l’entrée en vigueur de l’arrêté fixant un modèle de devis obligatoire, dans 18% des cas, nos enquêteurs sont repartis sans le moindre devis! Pire, seuls 3% des devis récoltés respectent les modèles de devis obligatoires, et 39% s’en rapprochent sans être conformes pour autant». Or, bien évidemment, «sans modèle de devis universel, il est impossible pour les familles endeuillées de comparer les services fournis par différents opérateurs funéraires».
Cette opacité est «un terreau fertile pour renchérir les prestations». Et elle est d'autant plus malvenue que, sur le terrain, le coût d'obsèques peut considérablement varier. Selon cette enquête, hors caveau et concession, ce coût «s’établit à 3098 euros en moyenne. Mais d’un opérateur à l’autre, pour une demande similaire, la facture totale peut considérablement varier: de 1300 euros pour le plus économique à plus de 6101 euros pour le plus onéreux». Un «grand écart tarifaire» qui est notamment dû à la surfacturation, par les sociétés de pompes funèbres, des démarches et formalités administratives, qui sont pourtant des opérations standardisées.
L'Office de la répression des fraudes est donc prié de se bouger: de multiplier ses contrôles et de sanctionner les contrevenants. D'autant qu'on est évidemment là dans le secteur commercial par excellence où l'on peut parler de clients captifs, l'enterrement étant une transaction à laquelle, le moment venu, on ne peut échapper – à l'inverse de la plupart des autres dépenses de la vie courante.
11:35 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : social, economie
07.11.2011
Un air du temps
Sans doute y a-t-il plus motivant pour débuter la semaine, mais c'est comme cela: à Paris, ce lundi est entièrement placé sous le signe de l'austérité. Ce midi, en effet, le Premier ministre François Fillon détaille un nouveau plan de rigueur, destiné à économiser une bonne demi-douzaine de milliards d'euros. C'est le deuxième plan de la sorte en trois mois seulement, un premier tour de vis budgétaire (lui pour une dizaine de milliards) ayant été annoncé cet été.
L'annonce de ces mesures d'austérité survient alors que, ce week-end, un sondage (ici, ou là) est venu confirmer qu'en France également, la population ressent les effets du marasme économique ambiant.
A en croire cette étude, désormais deux Français sur trois (68%) subissent les effets de la crise économique dans leur vie personnelle et celles de leurs proches. Le nombre de sondés déclarant être «beaucoup» affectés par cette crise a crû de 21 à 30% depuis février 2009. Comme toujours, les catégories socio-professionnelles moyennes (artisans, commerçants, employés, etc.) sont davantage touchées que les cadres supérieurs, ce qui est aussi le cas des femmes par rapport aux hommes.
Plus neuf, et toujours s'il faut en croire les enquêtes d'opinion (ici): aux yeux des Français, la dette et les déficits publics constituent désormais le problème le plus important pour le pays (33% de citations), loin devant le pouvoir d’achat (23%) et l’emploi (23%).
C'est bien dans l'air du temps.
11:41 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, social, gouvernement
02.11.2011
«Une obligation humaine»
Cela nous mène évidemment très loin des fastes de Cannes, où se tient ces jours-ci le sommet du G20, qui réunit les représentants des 20 puissances les plus riches du monde. Mais c'est cela aussi, Paris – «Ville lumière» oui, mais pas pour tout le monde.
Ce week-end-end, une femme SDF, âgée de 38 ans, a accouché dans la tente qui lui servait d'abri, dans une rue du quatorzième arrondissement. Mais son bébé, une petite fille, n'a pas survécu, malgré les secours que lui ont prodigués les pompiers et une équipe du SAMU appelée en renfort. Avant leur intervention, ont précisé les agences de presse, «la maman appelait au secours et portait son enfant dans ses bras», en pleine rue.
S'il est besoin de rafraîchir les mémoires, cet engagement pris par Nicolas Sarkozy en décembre 2006, alors qu'il briguait l'Elysée: «Je veux, si je suis élu Président, que d’ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. Parce que le droit à l’hébergement, je vais vous le dire, c’est une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez le bien: si on n'est plus choqués quand quelqu’un n’a pas un toit lorsqu’il fait froid et qu’il est obligé de dormir dehors, c’est tout l’équilibre de la société qui s’en trouvera remis en cause».
Ce n'est pas très charitable, voire c'est assez minable, de rapprocher cette promesse non-tenue et ce drame atroce?
Difficile d'avoir des scrupules quand, l'autre jour, l'ex-ministre sarkozyste Patrick Devedjian s'est frotté les mains en faisant, si cyniquement, des spéculations électorales sur le dos de la misère. Pour lui, il sera très facile à la droite de reprendre Paris à la gauche, aux élections municipales de 2014. Il lui suffira d'«expliquer que le Paris de Bertrand Delanoë se résume, avec la flambée de l'immobilier et celle de la pauvreté, à ISF et SDF».
12:00 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : femmes, paris, social, pauvreté, sarkozy
26.10.2011
Un contraste médiatique
C'est le contraste médiatique de la semaine. Et il illustre une fois de plus le grandissant hiatus qui existe dans le secteur de la presse écrite – en France mais aussi dans d'autres pays – : hiatus entre une presse quotidienne qui, de plus en plus, boit le bouillon et une presse magazine qui, elle, se porte plutôt mieux.
Cette semaine donc, il y a d'un côté «Les Inrocks». Qui, ce mercredi, fête en grandes pompes son 25ème anniversaire. C'est incontestablement une belle réussite dans le marché, disons, de la presse périodique culturelle bobo urbaine branchée (pour faire court). Un marché où l'on a déjà connu tant d'échecs retentissants ces dernières années – voir, pour ne prendre que ce seul exemple, le sort qui fut celui du défunt «Zurban».
Et, d'un autre côté, deux jours plus tôt, on a eu cette opération coup de poing qui a été menée lundi matin à Paris par certaines sections du syndicat CGT de la presse. Quelque 15.000 exemplaires de quotidiens ont été déversés sur la chaussée, devant le siège du patronat de la presse quotidienne nationale, rue La Fayette. L'objectif était de protester contre les plans de licenciement ou de restructuration qui touchent nombre d'organes de presse écrite, en ce moment: «Le Parisien», «La Tribune», les journaux régionaux du groupe Le Midi ou «France Soir» surtout – qui, bientôt, ne paraîtra plus dans sa forme papier et sera diffusé exclusivement sur le net. «Cette action est symbolique, car on veut mettre le papier à la rue comme à «France Soir» et à «La Tribune»! C'est un gâchis!», fulminait un syndicaliste, lundi.
Dernièrement, au Parlement, Frédéric Mitterrand, encore lui, était invité par des députés de l'opposition à se bouger un peu plus pour préserver le pluralisme et la diversité de la presse écrite. «Le paysage de la presse française ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui» sans l'action du gouvernement, a rétorqué, piqué au vif, le ministre de la Communication. Pour qui «aucun gouvernement ne fait autant pour la presse que celui-ci!»
Au vu du nombre de plans de réduction de l'emploi qui sont à l'oeuvre ou sont envisagés dans ce secteur, les résultats de cet activisme gouvernemental allégué n'ont pas l'air d'être au rendez-vous – pas complètement, en tout cas.
11:28 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : economie, social, presse, médias, gouvernement, personnalités, mitterrand
21.10.2011
Une collision déconcertante
Difficile d’achever la semaine, dans ce blog, sans évoquer ce qui fut l'événement, dans notre quartier du onzième arrondissement. A savoir? Une... prise d'otages. Lundi midi, à deux pas du bureau: dans les locaux de l'agence pour l'emploi. Heureusement, elle s'acheva sans effusion de sang (voir ici).
Il n'empêche, pendant plusieurs heures, tout le quartier a été complètement bouclé par les forces de l'ordre. Et les embarras ont perduré pendant deux jours, pour les riverains. En effet, ladite agence de Pôle Emploi est restée fermée. Son personnel a exercé son droit de retrait, furieux qu'y compris après un tel événement, leur direction «continue de prendre à la légère la dégradation des conditions de travail». Une dégradation qui serait due à «des effectifs largement insuffisants» et qui se répercuterait «sur la qualité du service rendu aux usagers». D'où, d'après pas mal de témoignages, de fréquentes tensions entre usagers et fonctionnaires, dans cette administration.
Pendant deux jours, donc, les chômeurs du quartier ont trouvé porte close. A la vue de la mine que tiraient certains qu'on a croisés devant le volet métallique baissé, cela leur était vraiment pénible, en termes par exemple de délai d'attente avant de toucher une allocation.
Tout cela, vu de l'extérieur, donnait l'impression d'une déconcertante collision entre deux droits très légitimes. Le droit des usagers du service public d'exiger de l'administration un fonctionnement correct et efficace. Et le droit du personnel de cesser le travail quand il juge que ne sont plus réunies les conditions élémentaires de sa sécurité.
Selon une étude publiée en avril dernier par l'Inspection générale des finances, le service public de l'emploi en France est «moins doté en effectifs» que ses homologues allemand et britannique. Pour s'occuper de 10.000 chômeurs, l'Allemagne mobilise 420 fonctionnaires, le Royaume-Uni 221, et la France seulement 215. Et cette «large sous-dotation» en personnel aurait empiré avec la crise, qui a grossi le public de Pôle Emploi. Au point que, dans certaines de ses antennes locales, chaque agent devrait désormais gérer à lui tout seul rien moins que 110 demandeurs d'emploi.
14:14 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : administration, social, sécurité, paris
15.09.2011
Un vrai procès, enfin
Le procès d'un drame épouvantable s'ouvre ce jeudi, à Paris. Le procès de la catastrophe du Boulevard Auriol. En août 2005, dans cette rue du 13ème arrondissement, s'était embrasé un immeuble vétuste dans lequel s'entassaient 130 Africains en attente d'un relogement. Cet incendie avait fait 17 morts – dont 14 enfants. Il avait d'autant plus choqué l'opinion qu'à l'époque, Paris vivait une série noire d'incendies meurtriers touchant des immeubles délabrés occupés en majorité par des étrangers ou des Français issus de l'immigration.
En mars dernier, l'indignité était venue se rajouter à l'horreur.
En effet (relire ici), un premier procès de cette catastrophe s'était ouvert. Mais il avait tourné court. Car, prévu pour être expédié en deux demi-journées et se tenir en catimini dans une salle exiguë du Palais de justice, il avait provoqué la colère des familles des victimes. Qui, en larmes parfois, avaient dénoncé la désinvolture et l'improvisation de la Justice dans le traitement de leur dramatique dossier. La présidence du tribunal correctionnel avait fini par convenir que les conditions d'accueil de ce procès étaient peu dignes. Et avait reporté le début des audiences à ce jeudi.
Enfin, donc, ce procès du mal-logement à Paris – un de plus... – peut-il à présent débuter. Six ans après les faits, ce n'est pas trop tôt.
Reste, tout de même, une question: ultra-délicate, mais qu'on est en droit de poser. La Justice française aurait-elle été à ce point lente, pénible et laborieuse si, à l'époque, l'incendie avait ravagé un immeuble cossu du 16ème et tué 17 Parisiens – dont 14 enfants – blancs et aisés?
11:23 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, paris, logement, pauvreté, social, etrangers
13.09.2011
Un souvenir (toujours) douloureux
Sur les Champs-Elysées bientôt, il n'y aura plus de mendiants, a fortiori si ce sont des Roumains. C'est en tout cas l'engagement qu'a pris hier le ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant. A la mairie de Paris, on n'y croit pas du tout. Pour l'équipe du maire socialiste, Bertrand Delanoë, «cet arrêté ne va faire que délocaliser cette délinquance. Encore une fois le ministre de l'Intérieur fait un coup de communication. Il va faire la chasse aux Roms sur les Champs-Elysées pendant un temps, comme il l'a fait pour les vendeurs à la sauvette à la Tour Eiffel, et d'ici quelques semaines, la situation sera la même. Ce type de sanction est totalement inadapté». L'avenir le dira, ou pas.
En revanche, sur les Champs-Elysées toujours mais dans un tout autre domaine, ce qui est sûr et certain, c'est qu'une grande enseigne va prochainement faire son retour. On en avait parlé dans ce blog au printemps (ici), quand la nouvelle avait été ébruitée. Depuis, cela a été confirmé et précisé: le goupe britannique Marks & Spencer revient donc dans l'Hexagone, dix ans après y avoir fermé, du jour au lendemain, ses 17 boutiques et licencié leurs 1700 travailleurs, en 2001.
L'autre jour, n'évoquant que du bout des lèvres ce pénible passé, «Le Figaro» s'est extasié sur ces projets parisiens de M&S. «L'ouverture du magasin amiral des Champs-Elysées est prévue, très stratégiquement, avant décembre et... la ruée des courses de Noël. On y trouvera mode féminine, lingerie et un rayon alimentaire, répartis sur trois étages et 1400 m2. Comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, de nouveaux magasins devraient ouvrir prochainement en France, notamment des «M&S Food», à Paris et dans ses environs».
«Le Figaro» ne le dit pas, mais sans doute parce que cela tombe sous le sens: sûr que toutes les caissières et autres petites mains de M&S jadis remerciées sans ménagement recevront par la poste un joli bristol les invitant personnellement à participer aux festivités d'inauguration.
11:15 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, economie, social, sécurité, gouvernement, etrangers




164%. Le chiffre est sorti hier
Notez que, malgré cette situation critique, le gouvernement ne compte pas même, en son sein, de ministre du Logement de plein exercice: juste un secrétaire d’Etat.