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20/11/2013

Une surprise, y compris au sommet

La qualification des Bleus, hier soir, au Mondial de foot: c'est peu dire qu'y compris au sommet du pouvoir français, on n'y croyait pas du tout.

A titre d'illustration: hier soir, peu avant le coup d'envoi du match, on a interrogé sur le sujet le ministre de l'Emploi et du Travail, Michel Sapin (pilier du gouvernement, et très proche de François Hollande), à la faveur d'une rencontre qu'il avait avec des journalistes européens. Sera-t-il plus facile pour la France d'aller au Brésil, ou de réussir son pari d'inverser la courbe du chômage d'ici à la fin de l'année? «Je crains que cela lui sera beaucoup plus difficile de se qualifier au foot», avait-il répondu.

Reste à espérer, du coup, que ce ministre se révélera meilleur dans sa politique de l'emploi qu'en matière de pronostics sportifs...

14/05/2013

Une appréciation ahurissante

Tant pis pour les amateurs de foot – les vrais: pas les hooligans. Ce matin, le ministre de l'Intérieur a ordonné l'annulation de la cérémonie qui devait avoir lieu ce soir, place de l'Hôtel de ville. Au cours de laquelle devait être présenté au public le trophée de champion de France remporté dimanche par le club de foot de la capitale, le PSG. En cause, les très gros débordements et incidents ayant eu lieu hier soir sur la place du Trocadéro et ses alentours, à l'occasion de réjouissances consacrées, déjà, à ce titre de champion.

Des abribus en miettes. Des vitrines de magasins en mille morceaux. Du mobilier urbain saccagé. Des poubelles et des voitures incendiées. Des touristes étrangers rançonnés dans leur car pris d'assaut par les voyous. Un fast-food dont le stock de burgers a été pillé. Et on en passe. Tel est le bilan d'une soirée qui était censée festive.

«Il y a eu quelques imbéciles qui ont failli troubler la fête, mais celle-ci n'est pas gâchée. Tout s'est bien passé. Les débordements ont été contenus». C'est la déclaration, proprement ahurissante, qu'a faite le maire de Paris, Bertrand Delanoë, hier soir.

Tous ces dégâts, une trentaine de personnes blessées, et une quarantaine de casseurs interpellés, mais, à part cela donc, «les débordements ont été contenus». On n'ose imaginer l'état du quartier du Trocadéro ce matin, si le maire avait jugé que tel n'avait pas été le cas.

23/06/2010

Une digression

Danslarue.jpgAujourd'hui, on s'autorise une petite digression. Pour coller à l'actu française du jour, on aurait dû parler ici de foot. Au risque (assumé) de paraître complètement décalé, on va s'en garder. Pour trois raisons. D'abord, parce qu'on n'a jamais eu grand-chose à dire de fondamental sur ce sujet – autant on aime faire du sport, autant commenter et regarder le sport fait par d'autres ne nous a jamais passionné. Ensuite, parce que hurler avec les loups, tout comme tirer sur l'ambulance, ne nous a jamais paru très glorieux. Enfin, parce que, à en croire de si nombreux commentaires entendus, lus ou vus depuis le fiasco footeux d'hier soir, la France est frappée par «un désastre», victime d'«une tragégie» (on se calme un peu, avec les mots?). Et donc, qui sait, ce pays a-t-il besoin, pour chasser la morosité, de petites digressions anodines et légères.

On reste donc dans le domaine de la musique, qu'on évoquait hier à l'occasion de la Fête du même nom. Avec une anecdote au ras du bitume de notre onzième arrondissement. Est-ce pour faire honneur à cette manifestation? Ou est-ce une coïncidence? Ces derniers temps, en tout cas, les rues de notre quartier ont été égayées par les digressions musicales d'un facétieux artiste du macadam, qui s'est amusé à y tracer des mots célèbres de chansons françaises. C'était plaisant de suivre ses digressions. En compagnie notamment de la Mylène («Je, je suis libertine/ Je suis une catin», etc.) ou de Marcia Baila, des regrettés Rita («Quand tu souris et quand tu ris/ Je ris aussi/Tu aimes tellement la vie», etc.). En ces temps de «désastre» national et d'affliction collective, il y a donc encore des Parisiens qui ont assez le moral pour pousser la chansonnette.

Danslarueencore.jpgCela dit, et plus fondamentalement, ce 21 juin à Paris, on a encore eu la confirmation que la musique n'adoucissait pas forcément les moeurs. Ainsi, selon les chiffres des autorités, rien qu'en une soirée dans la capitale et ses trois départements limitrophes, 239 personnes ont été interpellées pour des atteintes aux personnes et aux biens. Parmi elles, 192 ont fait l'objet d'un placement en garde à vue. Dans la seule capitale, 2.300 policiers et gendarmes avaient été mobilisés. Ils n'ont donc guère eu le temps, eux, de chantonner des bluettes.

08/04/2008

Un palais

49bb50f18c0477453cf692bf28482727.jpgC’est un petit restaurant du quartier Oberkampf, à deux pas de République. On en avait fait notre cantine il y a une dizaine d’années, quand on habitait tout à côté, à l’ombre d’un Cirque d’Hiver qui, à l’époque, n’avait pas encore été si joliment restauré. Hier soir, on s’attendait vraiment à trouver l’établissement bondé. Et bien, pas du tout. Il était plongé dans le noir, sa porte était close, et y figurait juste un petit écriteau annonçant qu’il était fermé.

C’est le «Norbulinga», un des deux, trois rares restaurants tibétains de Paris. Son nom fait référence au palais d’été du Dalaï Lama. Aux murs de l’établissement, d’ailleurs, entre décorations en tissus mordorés et petits hôtels bouddhistes, figure un portrait du guide spirituel tibétain. Sous ce célèbre regard rieur et apaisé, on s’y sustente de tas de choses légères, savoureuses et saines: pousses de soja sautées, galettes d’orge, beignets de légumes, épinards à la crème et thé Lapsang – cela ressemble un peu à la cuisine chinoise en moins gras et en plus simple.

18ea6efb04d24e18d3089aca7f619f0c.jpgHier soir donc, au «Norbulinga», il n’y avait personne. Sans doute les exilés tibétains tenant ce restaurant étaient-ils trop exténués pour travailler toute la soirée, après une si longue et éprouvante journée de protestation à l’occasion du passage à Paris de la flamme olympique des jeux de Pékin. Sans doute d’ailleurs faisaient-ils partie de cette foule qui s’était réunie dès le début de la matinée sur la place du Trocadéro, transformée pour l’occasion en immense forêt jaune de drapeaux tibétains.

Le moment le plus impressionnant de cette mobilisation eut lieu à 12h35, au moment précis où s’illuminait et clignotait la tour Eiffel en signe de départ du relais de la flamme olympique. Une vibrante clameur de colère s’est alors élevée du parvis des droits de l’homme.

Empêchés physiquement par les CRS et les barrières Nadar de rejoindre le Champ de Mars, les manifestants tibétains, souvent les larmes aux yeux, en ont été réduits à brûler de l’encens et à allumer des feux de Bengale. Mais dans leur infortune, les éléments naturels étaient de leur côté. Le vent, en effet, soufflait dans le bon sens.

b56d33c6c53dda9b413f56980ef453b4.jpgDu coup, les fumées âcres de leur révolte ont franchi sans encombres tous les barrages, ont nargué tous les dispositifs de sécurité, ont survolé en quelques secondes à peine les beaux jardins du Trocadéro. Pour s’abattre ensuite sur la tour Eiffel. Et plonger toute une journée olympique parisienne si cérémoniale, si protocolaire, si publicitaire, dans un mémorable chaos.

26/07/2007

Un tabou

Une petite note bienvenue ce matin dans le tonitruant (et légitime) concert médiatique de protestations à propos de ce pauvre Tour de France mort assassiné par le dopage. A France Info, un spécialiste avait l’outrecuidance de rappeler que le dopage ne concernait pas que le seul milieu sportif mais, culte sociétal généralisé de la performance à tout prix oblige, s’était depuis longtemps étendu au milieu professionnel en général.

En France, selon les statistiques officielles, un cadre sur cinq peut être considéré comme dopé. Puisque, pour travailler, tenir le coup et résister au stress, il a besoin de sa dose quotidienne d’anxiolytiques, antidépresseurs, hypnotiques, psychotropes et autres excitants. Ce taux de 20% de travailleurs dopés peut même être considéré comme très sous-estimé dans certaines professions particulièrement soumises au stress (pompiers, conducteurs de TGV, etc.).

Tiens, notait-on ce matin en entendant cela : pas un mot de la politique, milieu professionnel pourtant ô combien stressant par ses mœurs impitoyables et exténuant par ses horaires de travail chroniquement à rallonge.

Le dopage en politique, c’est vraiment un des derniers tabous de l’information en France – dans les autres pays aussi. On en a encore eu l’illustration lors de la campagne pour les élections présidentielles. Quand on leur posait la question de savoir comment donc leurs poulains faisaient pour tenir physiquement le coup pendant ces mois harassants de campagne, les communicants des candidats à l’Elysée servaient invariablement aux médias (comme ici) des recettes délicieusement anodines et naturelles: vitamine C, siestes et chocolat noir.

C’est évidemment se moquer du monde. 

11/01/2007

Un genre

Une dizaine de kilomètres de footing en vitesse hier soir au Bois de Vincennes. C’est le lieu idéal pour entretenir sa forme et évacuer le stress de la vie parisienne: à quelques stations de métro à peine du cœur de la capitale, on se croirait en pleine forêt.
Les «people» politiques, eux, préfèrent généralement courir au Bois de Boulogne, un brin plus chic il est vrai. On y a déjà croisé Cecilia Sarkozy en train d'y trottiner en courtes mais élégantes foulées – son ministre de mari, lui, foule plutôt les rues du centre-ville ou les allées des Tuileries, le baladeur branché à fond sur Chérie FM (ouh la…).
Dominique de Villepin est également un adepte du bois de l’ouest parisien, où il s’entraîne au moins chaque dimanche matin. On l’a d’ailleurs déjà aperçu dans une grande course parisienne. Cela devait être à un semi-marathon. Le Premier ministre y avait réalisé un chrono honorable (sans plus) pour son âge. Aux côtés de son fils Arthur et de son neveu Ludovic, il avait couru, aussi souriant qu’accessible, en plein milieu de la plèbe, flanqué à peine de l'un ou l'autre officier de sécurité.
On se souvient qu’on avait trouvé cette simplicité plutôt sympathique. Jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que l’hôte de Matignon arborait en fait un dossard prioritaire. Ce qui lui avait permis de ne pas devoir faire la queue la veille de la course pour le retirer. Et, le matin du jour J, de ne pas devoir longuement patienter dans le froid avec tous les autres coureurs jusqu'à ce que le départ soit donné.
Ce traitement de faveur si discret donnait tout de même un genre particulier à une proximité si ostensiblement affichée.
B.DL.