15.03.2012
Un palmarès, pénible
On parlait des femmes jeudi dernier, à la faveur de la Journée internationale du 8 mars. Mais on n'a pas encore eu l'occasion d'évoquer le prix qui a été décerné à l'occasion de cette Journée: le Prix du «Macho de l'année», que remet tous les 8 mars la remuante association féministe «Les chiennes de garde». Une fois de plus, ce palmarès donne une image peu reluisante, voire franchement déprimante, de la manière, préhistorique, dont certains hommes conçoivent et vivent leur masculinité: en sombrant dans le machisme et le sexisme crétins.
Le journaliste Jean-François Kahn, bien sûr, figure parmi les lauréats. Lui qui, avant de se confondre en excuses, avait comparé à un «troussage de domestique» le comportement de Dominique Strauss-Kahn envers Nafissatou Diallo. «Quelle banalisation du mépris pour les femmes et le féminin! Ces déclarations relèvent de la violence machiste ordinaire», estime l'association.
Récompensé également, l'ancien footballeur Eric di Meco. En octobre dernier, interrogé sur une radio à propos des accusations de harcèlement sexuel portées contre des joueurs de l'équipe de rugby d'Angleterre, il avait eu ces mots: «On a tous fait des horreurs. Ça soude le groupe. La vie de groupe, c'est d'aller sortir le chichi à la femme de ménage. On est trois, on rigole».
Enfin, le macho de l'année est un créateur de sites internet. Parlant de Tristane Banon, qui avait accusé DSK de tentative de viol, il n'avait rien trouvé de mieux que de faire ce commentaire: «La seule façon pour qu’elle la ferme, c’est la violer». Et «Les Chiennes» de s'effarer: «Cette phrase est révélatrice d’une pensée qui considère le viol comme un instrument punitif. Elle minimise le viol, alors que 75 000 femmes sont violées tous les ans en France».
En effet: tout cela absolument, et péniblement, pitoyable.
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08.03.2012
Un manque de panache
Le prince de l'esquive. Le roi de l'évitement. Le futur Président de l'accommodement et du renoncement permanents. C'est un des portraits que la droite dresse de François Hollande. Au vu des sondages, l'opinion n'a pas l'air de trop croire à cette description. Mais hier soir, en tout cas, le candidat socialiste à l'Elysée n'a pas saisi l'opportunité qui s'offrait à lui de nuancer ce portrait peu flatteur. En faisant preuve de panache.
C'était à La Cigale: la salle de spectacles du 18ème arrondissement de Paris. On y était, et on a trouvé que c'était assez instructif sur le tempérament de l'intéressé.
En cette veille de la Journée du 8 mars, un collectif d'associations féministes avait invité les présidentiables à venir présenter aux femmes le volet de leur projet les concernant. Le populiste Jean-Luc Mélenchon s'est prêté à l'exercice, comme l'écologiste Eva Joly et l'anticapitaliste Philippe Poutou. Dès que François Hollande ouvrit la bouche, ce fut l'incident. «DSK!», «DSK!», «DSK!» Des féministes radicales, d'un mouvement né dans la foulée des «affaires Strauss-Kahn», tentèrent de déployer une banderole, et balancèrent des brassées de tracts. Tracts où l'on pouvait notamment lire l'une ou l'autre petite phrase prononcée par François Hollande au moment de cette sordide actualité. Son «Tout cela n'est pas une affaire politique, cela n'implique pas le PS», ou son «DSK fait partie des voix que l'on veut entendre».
Le candidat socialiste aurait pu en profiter pour crever l'abcès de cette vilaine affaire. Qui, au PS, donna lieu à tant de remarques déplacées envers les femmes, à tant de commentaires complaisants envers DSK. Mais non, rien. François Hollande fit semblant de n'entendre ni les sifflets, ni les huées, ni les trois initiales fatales. Il fit mine de pas voir que les trublionnes étaient expulsées sans ménagement de la salle. Il continua à discourir, comme si de rien n'était.
Politiquement, dans le chef d'un candidat socialiste dont le propre état-major de campagne comprend nombre de strauss-kahniens, c'était certainement très prudent. Surtout ne pas s'étendre sur le sujet qui fâche, surtout ne pas rouvrir les plaies, surtout faire comme si, oui oui, elles sont désormais cicatrisées.
Cependant, en observant l'homme au moment de cet incident, on trouvait que, humainement, il manquait fameusement de cran.
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21.02.2012
Une certaine jubilation
Dominique Strauss-Kahn à la caserne de la gendarmerie de Lille, depuis ce matin. Il y a été placé en garde à vue pour complicité de proxénétisme aggravé et recel d'abus de biens sociaux. Comme il le réclamait depuis octobre, l'ex-grand patron du FMI va donc pouvoir s'expliquer sur ses parties fines (comme on dit...) en compagnie de prostituées.
Dans l'entourage du chef de l'Etat, certains ne semblent pas mécontents du retour de cette affaire bien crapoteuse à la Une de l'actualité, à soixante jours du premier tour de l'élection présidentielle.
Ainsi, l'autre soir à Annecy, en marge du premier meeting de campagne de Nicolas Sarkozy, plusieurs de ses acolytes jubilaient ouvertement – devant la presse, y compris. DSK était même le sujet de plaisanterie du moment. Ces sarkozystes, en effet, faisaient mine de s'interroger sur la présence du mari d'Anne Sinclair ce soir-là, dans la cité savoyarde. Qu'aurait-il donc fait là? Parmi les nombreux hôtels d'Annecy, il y en a un qui, selon ces sarcasmes, a certainement les faveurs de l'ex-n°1 du FMI. Cet établissement est situé sur la place en face de la gare SNCF. Qu'a-t-il donc de spécial? Il s'appelle... le «Carlton». Soit le même nom que le palace lillois dans et autour duquel ont été organisées les agapes qui valent aujourd'hui à DSK d'être gardé à vue. Du coup, bien sûr, clins d'yeux et éclats de rires bien gras, parmi les sarkozystes d'Annecy ce soir-là.
Entendant cette hilarité, on a pensé demander à ces rieurs si, par le plus grand des hasards, la ville savoyarde ne comptait pas aussi une brasserie baptisée «Le Fouquet's». Au dernier moment, on s'est ravisé. Cela aurait cassé l'ambiance.
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19.09.2011
Un «soupçon de connivence»
Hier, soir, Claire Chazal aurait-elle dû se mettre en retrait du 20 Heures de TF1 et passer le relais à un(e) collègue pour la fameuse interview de Dominique Strauss-Kahn? Puisque la journaliste a elle-même reconnu publiquement la «tendresse» qu'elle éprouve envers Anne Sinclair, une femme qui, selon elle, a géré de manière «assez admirable» les mésaventures de son époux. C'est évidemment la question qui, pendant tout le week-end, a agité la classe politico-médiatique parisienne. Et qui, ce matin, continuait à alimenter le débat. Ainsi, le néo-centriste Hervé Morin, pour ne citer que lui, a relayé les «soupçons de connivence» existant à ses yeux entre l'interviewé et l'intervieweuse.
Chaque journaliste agit selon sa conscience. Nous, en tout cas, aurait-on été dans la situation de Claire Chazal que, clairement, on se serait mis de côté. Mais on est bien conscient d'être dans une position très confortable pour ainsi l'asséner, tant on n'était pas et on ne sera probablement jamais dans ce cas de figure.
Ladite interview était-elle connivente? Sur le moment, il ne nous a pas semblé que, globalement, elle avait été menée avec indignité. Sauf qu'à trois moments précis, on a quand même été assez mal à l'aise pour notre éminente consoeur.
Quand, d'entrée de jeu, elle a salué son invité avec un «Bonsoir Dominique Strauss-Kahn» dit d'un ton si doucereux qu'il a pu donner l'impression d'être affectueux.
Quand, à aucun moment, elle n'a fait grief à son interlocuteur de se livrer, sur des points factuels, à une lecture très personnelle, donc partielle et partiale, du rapport du procureur new-yorkais l'ayant innocenté.
Et quand, à la fin de l'entretien, tout le monde a pu constater que jamais la question qui tue n'avait été explicitement posée: «Ce soir, Dominique Strauss-Kahn, présentez-vous vos excuses?» En soi, cette carence si voyante fait naître le soupçon qu'elle résultait d'une négociation préalable avec l'interviewé. Ce qui, le cas échéant, serait bien sûr injustifiable, journalistiquement.
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05.07.2011
Un menu toujours aussi débattu
Gros embarras, hier soir sur une radio. A l'issue d'une interview assez ronron, un lieutenant de DSK, Jean-Christophe Cambadélis, était soudain titillé par des auditeurs-internautes, là de manière un peu plus musclée, sur... les fameuses pâtes aux truffes dégustées ce week-end par son mentor – ce dont on parlait hier. «Il avait faim...», répliqua-t-il, d'une petite voix. «Oui mais quand même: des truffes!», insistait en substance un deuxième auditeur. «C'est bien, les pâtes: ce sont des sucres lents, cela donne de l'énergie», poursuivait le strauss-khanien. «Donc, après la gauche-caviar, la gauche-truffe?», assénait un troisième auditeur. «Dominique dînait avec un ami qui avait les moyens de lui payer cela», botta en touche le lieutenant de DSK. Qui, sans doute, avec de tels arguments, n'aura convaincu que ceux qui l'étaient déjà.
Autre réflexion sur le même sujet gastronomico-politique, hier encore: celle de Jérôme Fourquet, directeur adjoint de l'institut de sondages Ifop. A ses yeux, le rapport de DSK à l'argent peut vraiment, politiquement, être «problématique, surtout pour un possible candidat de la gauche». Car «on a en France un rapport ambigu à l'argent et à la réussite sociale; c'est notre vieux fond catholique et révolutionnaire». Et car «on a vu que DSK avait des moyens financiers qui n'ont rien à voir avec ceux des Français moyens». Et le sondeur de s'effarer: «Ses ennuis avaient commencé avec la Porsche et le prix de ses costumes. Et voilà qu'à peine sorti, il recommence: ses premiers pas de liberté sont pour aller manger des pâtes aux truffes à 100$ l'assiette! S'il revient en politique, la question de son train de vie sera l'une des grilles de lecture (de sa popularité)».
C'est aussi cette sortie si médiatisée du couple Strauss-Kahn-Sinclair dans l'Upper East Side qui a été invoquée, hier toujours, par Tristane Banon. Ce mardi, cette jeune femme poursuit DSK devant la justice française, pour tentative de viol en 2003. «Voir Strauss-Kahn libéré puis aussitôt dîner dans un restaurant de luxe entre amis, ça me rend malade», a-t-elle déclaré hier.
L'addition, là, pour DSK, pourrait être vraiment salée, voire indigeste. Si d'aventure il était jugé aux assises puis reconnu coupable et condamné, c'est carrément de... 15 ans de prison qu'il pourrait écoper.
11:28 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, luxe, art de vivre, gastronomie, justice, strauss-kahn
04.07.2011
Un menu (révélateur?)
Melon au jamon serrano, pâtes aux truffes noires, Pinot gris: tel a donc été le menu des époux Strauss-Kahn pour leur première sortie resto samedi soir, dans l'Upper East Side new-yorkais. Avec les papparazzi dans les jambes, mais, pour Monsieur, sans bracelet électronique à la cheville. Juste deux remarques, en passant.
Un: sans être le moins du monde nutritionniste, juste journaliste, pareil menu nous semble tout de même exagérément calorique, riche et gras. Mais sans doute la ligne n'est-elle pas une priorité quand on a croupi à Rikers Island et été menacé de 74 années de prison...
Deux: au prix de la truffe melanosporum, un tel menu est très politiquement incorrect. Pour une personnalité dont, d'après un sondage ce week-end, 60% des Français de gauche espèrent le retour en politique. Selon la presse – qui, en ce moment, n'a visiblement rien de mieux à faire –, le couple Strauss-Kahn s'en est tiré avec une addition entre 600 et 700$. Et le resto qu'il ont choisi est pour le moins bling: fréquenté par des stars comme Rihanna, Madonna, etc.
Pour de fins analystes politiques, la truffe, après la Porsche Panamera et la prison dorée de Manhattan louée à 50.000$ par mois: tout cela montre bien que DSK n'en a plus rien à faire de la présidentielle de 2012. Sinon, il dépenserait sa fortune avec moins d'ostentation, histoire de ne pas choquer l'électeur socialiste qui, comme beaucoup de Français en ce moment, a du mal à nouer les deux bouts.
Juste: s'attendait-on vraiment à ce que DSK et Anne Sinclair aillent fêter cette libération sur parole au kebab du coin? Et que n'aurait-on dit s'ils l'avaient fait?
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01.07.2011
Une grande cruauté
L'actualité est décidément d'une grande cruauté. Cruelle, par son côté rouleau compresseur qui n'arrête jamais: écrase en permanence, en continu voire en temps réel toute certitude, par ses nouveaux et incessants développements. Cruelle, parce que, par définition, avec elle rien n'est jamais définitif ni immuable: tout est toujours susceptible d'être remis en question par de nouveaux événements. Cruelle, parce que cette machine qui s'alimente au combustible de toujours possibles rebondissements peut, du jour au lendemain, remettre complètement les choses à plat. Rendre ridicules les thèses qui, la veille encore, semblaient ne pas faire le moindre doute. Et, ce faisant, laisser tout le monde a quia, comme on dit en français daté: sans répartie, sans voix.
On en a un exemple parfait – ou effroyable, c'est selon – ce matin, avec l'«affaire DSK ». Et c'est spécialement «Le Figaro» qui, spectaculairement, en fait les frais.
Il a vraiment l'air malin, ce matin, le grand quotidien de droite. Qui, sur une page entière, revient sur ce feuilleton DSK qu'il a «reconstitué minute par minute», sur base de la thèse de l'accusatrice «femme sérieuse et fiable». Problème? Le procureur lui-même trouve désormais que l'intéressée a un côté tellement louche que, cette nuit, il a convoqué en urgence une comparution de DSK, cet après-midi. Audience à l'issue de laquelle l'ex-n°1 du FMI «pourrait être remis en liberté» – ainsi que devait bien l'admettre ce matin... le même «Figaro», en Une de son site internet, cette fois.
Le mot de la fin – fin de cette note, pas de la saga – à Eric Fottorino, l'ex-grand patron du quotidien «Le Monde», qu'on entendait ce matin sur une radio. En substance, ce rebondissement spectaculaire «nous amène (nous, journalistes) à nous interroger et à réfléchir sur comment donner et traiter l'information à chaud, ce qui est évidemment compliqué».
On est vraiment curieux de voir si telle réflexion de la presse française il y aura, et, si oui, ce qu'elle donnera – ou pas.
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07.06.2011
Une découverte (lexicale)
Ces jours-ci, à l'occasion de la sortie du nouveau «Robert illustré», les médias français font une grande découverte. Ils réalisent que, ces dernières semaines, ils ont employé à tort le terme «sidération», pour parler de l'état de l'opinion face à l'«affaire DSK». En effet, à en croire ce dictionnaire, «sidération» ne peut être utilisé comme synonyme de «stupeur» ou de «stupéfaction». Car il s'agit exclusivement d'un terme médical. Précisément, il décrit un «anéantissement soudain des fonctions vitales, avec état de mort apparente, sous l’effet d’un violent choc émotionnel». Or, si les Français ont légitimement été estomaqués par les déboires new-yorkais de l'ex-n°1 du FMI, rares sans doute ont été ceux qui en ont succombé sous le choc, leurs fonctions vitales soudain anéanties.
«Le substantif "sidération" date du XVIe siècle», a expliqué, ces derniers jours, le toujours passionnant linguiste Alain Rey. «On l'utilisait pour parler de maladies graves comme la gangrène. Avec l'idée d'une force supérieure qui domine l'homme et le fige sur place, liée à une pensée occulte. Je ne suis pas certain que ceux qui l'ont utilisé (en parlant de l'«affaire DSK») ont perçu qu'ils ranimaient des croyances magiques et occultes, une pratique où il est largement affaire d'inconscient et de ce qui terrifie l'inconscient».
Les lecteurs de ce blog qui seraient sidérés par cette découverte lexicale se déculpabiliseront d'avoir incorrectement utilisé «sidération» en allant lire les notices du «Robert» relatives aux termes «sidérer» ou «sidérant». Et en constatant que, contrairement à «sidération», ces deux mots, eux, renvoient bel et bien, dans une acception présentée comme familière, à abasourdir ou à stupéfier.
Sans doute est-ce déjà cela.
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06.06.2011
Une violation flagrante
Encore une journée importante pour DSK aux Etats-Unis, ce lundi. Et donc encore une journée d'agitation, voire de cirque, médiatique en France. Les journalistes français, qui fustigent à longueur de journées la presse tabloïde new-yorkaise pour sa facon de traiter cette actu, feraient bien, parfois, de s'interroger sur leurs propres pratiques. On se l'est encore dit pas plus tard que ce matin.
En entendant une radio (RMC, pour ne pas la nommer) inviter avec enthousiasme les auditeurs de sa tranche matinale d'info à donner leur avis sur le cas DSK, au moyen par exemple de votes par SMS – surtaxés, bien sûr: il n'y a pas de petits profits. La question du jour qui était posée à ces auditeurs était la suivante: «Est-ce que vous pensez DSK coupable ou pas?» Problème? Procéder à un tel «sondage» est totalement illégal: c'est une violation flagrante de la loi française protégeant la présomption d'innocence – une violation de plus de la part des médias français, dans cette saga DSK. Cette loi, en effet, interdit explicitement (ici) «de réaliser, de publier ou de commenter un sondage d'opinion, ou toute autre consultation, portant sur la culpabilité d'une personne mise en cause à l'occasion d'une procédure pénale ou sur la peine susceptible d'être prononcée à son encontre».
Une violation flagrante, donc. Mais sans doute le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) se contentera-t-il tout au plus d'un vague rappel à l'ordre. Dont tous les médias, sans doute, se ficheront totalement.
Encore bravo.
PS: Une fois n'est pas coutume, aucun lien ne figure dans cette note, renvoyant à cette misérable consultation. Car, outre qu'on n'en a aucune envie, on n'en a pas le droit. La même loi, en effet, interdit aussi «de publier des indications permettant d'avoir accès à des sondages ou consultations» de cet acabit.
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30.05.2011
Un souvenir embarrassant
Terrible, la vacuité informative de tous ces reportages que continuent de réaliser, en boucle, tous ces pauvres confrères qui doivent se coltiner le pied de grue devant la résidence new-yorkaise des Strauss-Kahn. C'est ce qu'on s'est dit tout le week-end, en les voyant et en les écoutant tenter de meubler, vaille que vaille, cette si évidente vacuité. Faute d'infos significatives – ils avaient même si peu d'allées et venues des intéressés à se mettre sous la dent – , et le filon des «micro-trottoirs» (interviews de voisins, etc.) ayant été épuisé depuis bien longtemps, certains en étaient réduits, pour occuper leur temps d'antenne, à relayer les ragots et/ou gros mots de la presse tabloïd new-yorkaise la plus trash.
Pour, tout de même, compenser un peu cette vacuité journalistique, certains médias français ont pris le parti de se replonger dans leurs archives. Dans l'espoir d'y exhumer un élément susceptible d'alimenter un peu le feuilleton, le temps que survienne un rebondissement. C'est ainsi que, les premiers, RTL et le «Le Figaro» (pas vraiment des médias proches du PS, remarquerez-vous...) ont déniché de quoi pimenter un peu la controverse autour du montant du loyer de la fameuse maison de Tribeca occupée par les Strauss-Kahn-Sinclair: loyer évalué à quelque 35.000 € par mois.
L'anecdote remonte à 2005. Alors que le ministre de l'Economie de l'époque, un certain Hervé Gaymard, était empêtré dans une controverse relative au faste de son logement de fonction parisien (600 m2 dans les beaux quartiers, loués 14.000€ par mois), qui allait finir par lui coûter son maroquin. Mais, avant qu'il soit contraint à la démission, il avait eu droit, un soir à la télé, à un fameux sermon. Et c'était... un certain DSK qui s'était permis de lui faire la leçon.
«Comment se fait-il que vous ne vous soyez pas rendu compte que le fait de louer un appartement qui valait dix fois le salaire minimum était quelque chose d'inacceptable?», lui avait lancé DSK. «Je ne comprends pas que vous n'ayez pas été du tout choqué par le fait de payer un loyer de 14.000 € par mois pour un logement de fonction. Il y a un problème d'éthique personnelle!»
Six ans plus tard, même si les choses ne sont bien sûr pas exactement comparables – les 35.000€ de loyer de la prison dorée de DSK ne sont pas payés par le contribuable –, ces propos ont bien sûr quelque chose d'embarrassant, pour le donneur de leçons d'hier.
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27.05.2011
Une chute vertigineuse
C'était à prévoir, mais cela n'en reste pas moins saisissant. Les déboires new-yorkais de Dominique Strauss-Kahn lui font perdre... plus de 30 points dans la dernière livraison du baromètre mensuel Ifop Paris-Match, qui mesure la popularité des personnalités politiques. L'ex-patron du FMI y dégringole de la première à la septième place. Et ne recueille plus que 42% de bonnes opinions – mais 52% de mauvaises. Il conserve un solde d'opinions positives chez les sympathisants de gauche et les ouvriers, mais s'effondre chez les électeurs sans sympathie partisane affirmée: à 19% seulement de bonnes opinions, contre 68% de mauvaises.
Selon une autre enquête publiée cette semaine, réalisée par le même institut, l'«affaire DSK» a dégradé l'image des politiques aux yeux d'un certain nombre de Français. En effet, à la question «Diriez-vous que cette affaire change plutôt en bien, plutôt en mal ou ne change pas l'image que vous avez des personnalités politiques en général?», 39% des personnes interrogées – ce qui n'est tout de même pas rien – répondent «plutôt en mal». Le scandale, cependant, ne modifie en rien le regard porté sur la politique par une majorité de Français (59%).
Curiosité de ce sondage: pour 2% de l'opinion, cette si glauque affaire change plutôt en bien l'image des personnalités politiques. Là, on l'avoue, on ne comprend pas.
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24.05.2011
Une suspension
Quatre lignes, rédigées hier. «Vous avez été très très très nombreux à m'adresser des messages. Je ne peux répondre à chacun mais sachez qu'ils m'ont touchés et aidés. Vous comprendrez que les circonstances m'imposent de suspendre temporairement ce blog. Je vous dis simplement: à bientôt». Quatre lignes signées Anne Sinclair. Qui, hier donc, a annoncé que son blog serait désormais aux abonnés absents.
Les commentaires devant être modérés avant d'être publiés, aucun n'apparaît encore, et n'apparaîtra sans doute jamais, sous cette note d'au revoir. Ce blog, l'épouse de DSK l'avait lancé en 2008. Elle y intervenait assez régulièrement. C'est notamment par cet outil qu'elle avait dit son soutien à son mari lorsque, à Washington, un précédent scandale, sexuel déjà, l'avait déstabilisé. En revanche, plus récemment, elle n'y avait touché mot de l'anecdote de «La Porsche tranquille». La dernière note publiée, avant celle d'hier, remontait au 12 mai. C'était un jeudi soir. Trente-six heures plus tard, au Sofitel de New York, le destin de son mari allait basculer, et le retentissant scandale éclater.
Anne Sinclair juge donc avoir désormais d'autres chats à fouetter que d'alimenter son blog. Personne, effectivement, ne lui en tiendra rigueur. Avec la procédure si longue et périlleuse telle qu'elle s'annonce pour son mari, on peut d'ailleurs se demander si ce blog reprendra bel et bien un jour.
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18.05.2011
Un défoulement
Ce matin enfin, on a eu/pris/ le temps d'aller traîner un peu sur le net, pour voir ce qu'il s'y disait sur cette fameuse «affaire DSK». Et on n'a pas été surpris de constater que, trois jours plus tard, c'y était toujours la folie. Folie des plaisanteries grivoises, des pastiches, des chansons, des jeux de mots, parodies, complots ou autres moqueries à deux balles. Du genre, et pour s'en tenir à ce qui est mentionnable dans un tel blog: «La débandade», «DSK dans de sales draps», «Il a cassé sa pipe», «Le festival de Kahn» ou «Dominique nique nique»...
Il y a sans doute plusieurs lectures possibles à ce défoulement planétaire.
La première est lénifiante. Ce défoulement n'illustre jamais qu'un certain côté potache d'internet, auquel il ne faut pas prêter plus d'attention ni accorder plus d'importance que cela.
La deuxième lecture est plus psychologisante. On ne cesse de l'entendre et de le lire dans les médias français, depuis trois jours: cette «affaire DSK», si hors-norme, si spectaculaire, si inattendue et si violente dans sa représentation visuelle, a de quoi créer, en France singulièrement, «un traumatisme». Rien que par la symbolique, ce n'est tout de même pas rien de voir quelqu'un passer, du jour au lendemain, du statut d'ex-futur Président à celui de prisonnier le plus célèbre de la planète. Vu sous cet angle, ce défoulement généralisé sur la toile permettrait, pour certains, d'évacuer le traumatisme. Il aurait valeur et fonction d'exutoire. Tourner en dérision un événement permet de le dédramatiser, de se sentir moins touché par lui, de se rassurer.
Troisième lecture possible à ce défoulement généralisé, elle carrément déprimante. Par nature, l'être humain est mauvais, moqueur, méchant. Il saisit la moindre occasion qui se présente pour déverser son fiel. Chez l'homme, le cynisme l'emporte, par nature, sur la compassion.
Il y a des moments où on regrette (un peu) de n'être que journaliste. Et pas psy ou sociologue, ce qui nous aurait permis d'appréhender plus finement ce phénomène. Mais pourquoi donc un tel défoulement? Là, franchement, on ne sait pas.
Ce qu'on sait, en revanche, c'est qu'internet n'est pas l'unique média servant de défouloir. Depuis dimanche, les plaisanteries graveleuses – ou comiques, c'est selon – circulent y compris dans les médias traditionnels et les rédactions des journaux les plus respectables. Les journalistes sont des êtres humains comme les autres.
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17.05.2011
Une vulgarité
«On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui», disait Pierre Desproges. Ne pas rire avec n'importe qui: sans doute, oui. Mais rire de tout, vraiment? On n'en est encore moins sûr qu'avant, depuis hier. Depuis que, sur une radio, on a entendu Laurent Gerra.
Comme il fallait s'y attendre, l'«humoriste», l'imitateur en tout cas, a fait ses choux gras de l'affaire DSK. Et on a trouvé particulièrement gras, lourd et pénible, voire pour tout dire assez minable, qu'il rie à la fois d'un homme à terre et du crime abominable que constitue le viol – que l'intéressé l'ait commis ou pas, peu importe ici, pour ce point précis. Cela donnait notamment, singé avec la voix de DSK: «Excusez-moi, mais je dois filer à JFK, là: sinon je vais rater mon viol». Avec, diffusés à l'antenne, les éclats de rire, tout aussi gras, suscités par cette tirade dans le studio de «la première radio de France» (RTL, pour ne pas la nommer), où l'imitateur officiait en direct.
Au risque de passer à nouveau pour ultra-politiquement correct, on n'a absolument pas trouvé cela drôle: plutôt confondant de vulgarité et de mauvais goût. Mais les Français doivent apprécier ce genre d'humour, puisque la chronique de Laurent Gerra fait partie des programmes les plus écoutés de la tranche radio matinale.
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16.05.2011
Une photo, ou pas
Il n'y avait pas photo ce matin à Paris, dans les kiosques à journaux. DSK était bien sûr en Une de tous côtés. De la politique, du sexe, voire du sang – remarquez comme tous les médias, depuis 24 heures, insistent sur les blessures physiques qu'aurait subies la jeune femme qu'aurait agressée le patron (en sursis) du FMI –: rien de tel pour booster les ventes de la presse quotidienne, qui en a tant besoin. Hier soir, certains journaux ont eu le réflexe d'augmenter leur titrage. D'autres ne l'ont pas fait, et étaient épuisés dès 9 heures dans certains kiosques à Paris.
Il n'y avait pas photo. Et il n'y avait pas non plus, à la Une de ces journaux, LA fameuse photo de l'ex-favori à l'Elysée blafard, mal rasé, sans cravate et menotté, sortant du commissariat de Harlem. Et pour cause, le décalage horaire a empêché les quotidiens français de la publier.
Il sera d'ailleurs intéressant de voir s'ils publieront ce cliché demain. Voire dès cet après-midi: à Paris pour « Le Monde » daté de mardi. En effet, depuis la loi Guigou de mars 2000 sur la présomption d'innocence, il est théoriquement interdit aux médias français, sous peine d'amende, de diffuser des images d'une personne identifiée ou identifiable mise en cause dans une procédure pénale et montrée avec des menottes ou des entraves, alors qu'elle n'a pas fait l'objet d'une condamnation. Pour l'anecdote, la même loi française punit la réalisation de sondages sur la culpabilité d'une personne mise en cause et/ou sur la peine qui est susceptible d'être prononcée à son encontre.
Dans le passé déjà, les médias français ont ouvertement – et impunément – violé cette loi. Ce fut le cas par exemple lors de l'arrestation de Youssouf Fofana, le leader du «Gang des barbares», qui avait enlevé et massacré le jeune Ilan Halimi: tout le monde avait pu voir les images de lui menotté, après son arrestation en Côte d'Ivoire. Dans d'autres affaires, certaines personnalités arrêtées (le syndicaliste paysan José Bové, par exemple) avaient utilisé a contrario, à leur profit politique, ce symbole visuel si lourd des menottes, en brandissant fièrement leurs poignets entravés devant les caméras.
DSK, lui, était menotté dans le dos. Ce qui rend la chose moins photogénique. Pas sûr que, pour autant, sa photo de lui entravé ne s'affichera pas demain à toutes les devantures de tous les kiosques à journaux de France.
10:57 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : médias, journalisme, presse, economie, personnalités, strauss-kahn
06.05.2011
Un peu de détente (encore)
C'était à prévoir: «La Porsche tranquille» de DSK n'en finit pas de faire jaser, au Parti socialiste. «Hollande, lui, dans Paris, il roule en scooter!» C'est ce qu'a souligné hier, fielleusement, un député soutenant l'ex-n°1 du PS, François Hollande. Qui est candidat à l'investiture socialiste à l'Elysée, et sera donc le concurrent à DSK à la primaire si, comme c'est probable, le patron du FMI se décide à y aller.
Autre petite phrase, émanant cette fois d'un soutien de DSK: «Dominique Strauss-Kahn a toujours roulé dans des voitures françaises». En entendant cette contre-attaque, on l'a trouvée complètement à côté de la plaque. A moins qu'on n'ait rien compris, le problème ici est moins «l'identité nationale» (hexagonale ou pas) de la voiture, que son coût exorbitant. Et donc l'image symbolique désastreuse qu'il véhicule quand est concerné un socialiste: hiérarque – fût-il officiellement en congé – d'un parti largement coupé de l'électorat populaire.
Sinon, quitte à parler bagnoles – on aura décidément tout fait, dans ce blog ;-)... – , hier toujours, à Paris, un autre bolide a fait le buzz. Concerné, cette fois? Le bon vieux Johnny. «Un panier percé», paraît-il. Flambeur à n'en plus finir. Menant un tel train de vie que, parfois, son banquier en grimace. Le rockeur, entendait-on sur une radio, s'est même arrangé pour se faire payer une... Ferrari Testarossa par son producteur. Rouge, la Testarossa (*), comme il se doit.
Le bling-bling automobile serait-il tendance, en France en ce moment? C'est ce qu'on se demandait hier encore. Dans la soirée, à Saint-Germain des Prés. On patientait sagement à un passage piétons, rue Bonaparte, quand le hasard voulut qu'y passe une voiture sur laquelle tous les passants, comme en seul homme, se retournèrent. Une... Ferrari rouge. Décapotée, vrombissante, étincelante. Pas de Johnny au volant, mais deux minets jeunes Parisiens de bonne famille. Très jeunes: ils n'avaient pas 25 ans.
Et, décidément, c'était la journée bling, hier. Deux heures plus tard, place de la Bastille, rentrant à la maison en passant devant un lounge-bar bondé, on remarquait que la foule en terrasse n'avait d'yeux que... pour une Porsche, stationnée devant l'établissement On n'a pas poussé le zèle journalistique jusqu'à l'inspecter pour vérifier s'il s'agissait bien, ou non, d'une Panamera S. On s'est juste dit que sa présence à Bastille était finalement assez logique, s'agissant d'un quartier sociologiquement très bobo et donc politiquement très strauss-kahnien. On s'est dit aussi que, dans la capitale française, visiblement, ce n'était pas la crise pour tout le monde, en ce moment.
(*) Testarossa. Peut-être, ce printemps radieux aidant, est-on exagérément hormonisé, en ce moment, mais, quand on entend ça, on pense illico... à testostérone. Une bagnole de macho?
11:49 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, strauss-kahn, art de vivre, luxe
05.05.2011
Un peu de détente
Les politiques et les journalistes s'amusent, en ce moment. Histoire d'un peu relâcher la pression. En cette période déjà si nerveuse de précampagne électorale présidentielle, où ils ont si peu l'occasion de se détendre – et cela ne fait que commencer: on en a encore pour un an. On a donc été bien amusé, nous aussi, ce matin, au saut du lit. En entendant, sur une radio, le dernier pastiche en date de slogan de campagne électorale suggéré par les facétieux à Dominique Strauss-Kahn.
Ce slogan détourne le fameux et mémorable «La Force tranquille», de François Mitterrand. Appliqué à DSK, il devient... «La Porsche tranquille». Si d'aventure cela vous avait échappé: lors de son dernier passage à Paris, le probable candidat à l'investiture socialiste à l'Elysée s'est fait paparazzier, avec Anne Sinclair, en train de sortir d'une rutilante Porsche. Pour les connaisseurs, une Panamera S: «une voiture à 10 plaques!», paraît-il. Ledit bolide n'appartient pas au patron du FMI, mais à un de ses amis, a précisé l'entourage de DSK. Il n'empêche, ce cliché volé tombe vraiment mal, pour un politique qui peine à se défaire d'une certaine image bling-bling: le ryad à Marrakech, l'appartement place des Vosges, l'immense fortune de son épouse, etc. C'est même une erreur de com' de béotien, qui n'a pas fini de faire jaser, venant d'un DSK pourtant censé coaché en permanence par une escouade de communicants de haute volée.
Dans le camp DSK toujours, un autre slogan fait fureur, paraît-il. L'inspiration, cette fois, n'est pas mitterandienne mais nord-américaine. Comme Obama a conquis l'Amérique avec son «Yes we can», certains strauss-kahniens s'encouragent en scandant des... «Yes we khan»...
Pour l'anecdote, il se raconte aussi que, dernièrement, a vu le jour, dans un autre état-major de présidentiable, une autre déclinaison hexagonale du fameux slogan d'Obama. Il s'agit cette fois de Nicolas Hulot. Dernièrement, ses collaborateurs lui ont offert un tee-shirt. Sur lequel figurait le slogan... «Yes I kite». En référence à la passion de l'animateur télé pour le kite-surf...
On a gardé le meilleur pour la fin: la perle langagière de la semaine. Elle émane d'un ponte de l'UMP, Marc-Philippe Daubresse. Mardi, soit très fatigué, soit lui aussi très facétieux, ce cacique du grand parti sarkozyste a commis un gros lapsus. Il concernait à nouveau DSK. On vous le donne tel quel: «Nicolas Sarkozy a bien fait de proposer Nicolas Strauss-Kahn comme président du FMI, à l'époque». Merveilleux.
11:47 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, élections présidentielles, luxe, art de vivre, langue française, humour, strauss-kahn, sarkozy, hulot
03.05.2011
Un gros business
Les élections présidentielles de 2012, un gros business: on en parlait hier. Elles constitueront aussi une affaire en or pour les instituts de sondages – la France n'est pas pour rien le pays au monde qui produit et consomme chaque année le plus grand nombre de sondages à caractère politique. Dès à présent, d'ailleurs, cette folie sondagière ne nous épargne rien. On en a encore eu l'illustration l'autre jour, avec cette enquête d'opinions qu'on trouve d'un niveau assez consternant.
La question? «Avec quel leader politique partiriez-vous en vacances?» L'intérêt avancé? Mesurer, «sous un angle décalé, l’intérêt que suscitent les personnalités politiques auprès des Français». L'objectif commercial probable derrière tout cela? De la pub en masse pour le commanditaire de ce sondage: un site de voyages en ligne, qui, grâce à cette enquête, a vu sa marque citée à chacune des innombrables reprises médiatiques de ce sondage.
Pour ceux que cela intéresse, Nicolas Hulot domine le palmarès des «vacanciables» politiques pour «un trek au bout du monde» ou «un safari en Afrique». Nicolas Sarkozy, en revanche, n'apparaît qu'en quatorzième position des personnalités citées par les sondés. Et Dominique Strauss-Kahn n'est pas mal placé pour les mini-trips urbains culturels et branchés.
Pour arriver à ces données si passionnantes, «1 050 internautes âgés de 18 ans et plus, représentatifs de la population française internaute (critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle et de région, source Insee)» ont été dérangés. Et ont donc été priés de donner leur avis sur une question aussi idiote (la mission des dirigeants politiques n'étant pas précisément d'être de bons compagnons de voyage) que virtuelle (aucun répondant ne bronzera évidemment jamais sur le yacht du milliardaire Bolloré en compagnie de Nicolas et Carla Sarkozy).
Plus intéressant aurait sans doute été de venir avec un sondage montrant que cet été encore, près d'un Français sur deux n'aura pas les moyens de partir en vacances. Mais cela aurait été moins glamour, moins fun et donc moins vendable – cela aurait fait moins de buzz, comme on dit.
Business is business.
(*)Pas trop désireux de rajouter encore de la pub à la pub, une fois n'est pas coutume, aucun lien dans cette note ne dirige vers ladite «enquête». Mais les lecteurs que cela passionne ne devront sans doute par chercher longtemps avant de trouver par eux-mêmes, sur le net, ses résultats.
11:53 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, hulot, sarkozy, strauss-kahn, elections présidentielles, economie, médias
23.02.2011
Un sur dix
Dominique Strauss-Kahn en personne, à la télé dimanche soir, avait fait écho à ce chiffre impressionnant. Ce chiffre qui, l'autre jour, avait fait la «Une» de l'hebdo «Marianne». En France, cinquième puissance économique mondiale comme chacun sait, «plus de 6 millions de travailleurs, un quart des salariés, gagnent moins de 750 euros par mois».
Au fond, les travailleurs de Paris et, au-delà, de la région parisienne, sont-ils mieux lotis que ceux du reste du pays? C'est la question qu'ont pu se poser les Parisiens en regardant discourir le patron du FMI, puisque la région capitale est censée être la plus riche de l'Hexagone. On a retrouvé quelques chiffres de l'Insee, assez récents, qui répondent bien à cette question.
On compte près d'un demi million de chômeurs (481 000) en région parisienne. Et 5,2 millions de gens ayant un emploi. Parmi ces derniers, «un sur dix occupe un emploi précaire»: un contrat de travail à durée déterminée ou un emploi intérimaire pour les quatre cinquièmes d'entre eux. Ce taux parisien de 10% d'actifs n'occupant qu'un emploi précaire, c'est, finalement, à peine mieux que la situation en province (12%). En revanche, rien ne change, entre la capitale et le reste du pays, dans la structuration de ces emplois précaires: à Paris comme en régions, ces emplois «sont occupés à 55% par des femmes et pour moitié par les moins de 30 ans».
De quoi confirmer à nouveau, si besoin en était, que Paris n'est décidément pas toujours la «Ville lumière», comme on dit. Pas pour tout le monde, en tout cas.
11:31 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : social, economie, paris, femmes, jeunes, strauss-kahn
18.02.2011
Un cirque
Une heure. Même pas. C'est le temps qu'il a fallu aux forces de l'ordre pour, ce matin, faire exécuter la décision de justice ayant ordonné mardi l'expulsion sans délai des jeunes squatteurs du collectif Jeudi noir. Fin décembre (on en avait parlé par exemple ici), ces «galériens du logement» avaient investi un immeuble de bureaux de l'assureur Axa: vide depuis des années et situé à deux pas du palais de l'Elysée. Auparavant, ils avaient déjà très médiatiquement et longuement squatté un hôtel de maître inoccupé de la place des Vosges (là ou là).
Ce matin donc, sur le coup de 7 heures, les pandores n'ont eu aucun mal à forcer les vagues barricades érigées par les jeunes, qui s'attendaient depuis trois jours à leur expulsion. De même, ceux parmi eux qui s'étaient enchaînés sur place, pour retarder les forces de l'ordre, ont été évacués sans le moindre problème. Et les quelques leaders qui s'étaient réfugiés sur le toit de l'immeuble y ont vite été rejoints par la maréchaussée et invités à redescendre illico sur terre.
L'explusion des squatteurs s'est apparemment déroulée sans autre incident notable qu'une certaine effervescence audiovisuelle. Si tant est que celle-ci soit un incident: l'expulsion a respecté à la lettre le scénario médiatique, déjà préécrit, vu et revu de nombreuses fois, entourant désormais ce genre d'opérations à Paris – couvertes en direct et en temps réel par les médias.
A n'en pas douter, il ne faudra guère attendre longtemps avant que les «galériens» ne jettent leur dévolu sur un nouvel immeuble vide. Immeuble que, pareillement, ils investiront, occuperont, puis dont ils seront expulsés. Et ainsi de suite. Toujours sous l'oeil des caméras. Et sans que, manifestement, personne ne semble à même de régler le problème de fond posé par ces actions: le manque criant de logements abordables pour les jeunes et les précaires, dans la Ville lumière comme ailleurs. Alors que, par ailleurs, y abondent et depuis des années des immeubles entièrement vides. Suite du feuilleton, donc, au prochain numéro.
PS. Sinon, dans un autre registre mais toujours dans le genre cirque, ce sondage, ce matin, relatif au second tour de l'élection présidentielle de 2012. Qui donne Nicolas Sarkozy (39%) humilié par Dominique Strauss-Kahn (61%!). A quatorze mois de l'échéance, une telle enquête n'a bien sûr pas le moindre sens. Ce qui, ce matin, n'empêchait cependant pas toute la planète médiatique parisienne de ne parler que d'elle.
12:30 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, logement, activisme, police, médias, justice, paris, strauss-kahn, sarkozy



