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03/09/2014

Un paradoxe ou l'autre

Déjà quasiment plus de «Paris Match» à la librairie du coin, ce matin. Alors qu'il n'était même pas 9h30. Idem au kiosque d'à côté, où la pile était déjà fameusement entamée. Tout indique donc que les Français vont se ruer sur l'hebdomadaire, qui publie les bonnes feuilles du livre que Valérie Trierweiler fait paraître demain, consacré à sa liaison avec François Hollande. Nul doute que cet ouvrage lui-même se vendra comme des petits pains. Tout comme, en janvier, il s'était écoulé plus de 600.000 exemplaires de l'édition du magazine «Closer» ayant publié les fameuses photos volées du Président et de la comédienne Julie Gayet.

Dans le même temps, et malgré ce succès public, les Français continueront probablement, dans les sondages et les médias, à prétendre avec aplomb que, non non, la vie privée de leur Président, et celle des personnalités en général, ne les intéresse pas.

Mais un autre paradoxe est au moins aussi saisissant. Ce déballage sur les secrets d'alcôve d'une liaison amoureuse est commis par la même personne qui, il n'y a pas si longtemps, a intenté des procès – et les a gagnés – pour atteinte à l'intimité de sa vie privée. Alors, certes, sur le principe, chacun a certainement le droit d'écrire sur sa vie, de coucher ses états d'âme sur papier, et de tenter de donner une portée littéraire à une romance. Mais, en l'occurrence, dans ce cas précis, force est de constater que la cohérence de la démarche n'est pas très aisée à cerner.

03/02/2012

Un vrai scandale

paris,logement,social,vie privée,santé,pauvreté,informatiqueLocataire «alcoolique», qui «n'est pas de nationalité française», ou est «ancien SDF addiction boisson». Habitant «séropositif», «cancer», «personne cardiaque», «sous chimiothérapie», ou «alzeimer aveugle». «Fils cancer Mme malade des poumons», ou «violence conjugale». «Personne très difficile à vivre de tempérament agressif et violent très procédurier», «dépression hôpital psychiatrique», «maladie de parkinson», ou «cancer des intestins opération du cerveau».

Telles sont quelques-unes parmi les innombrables mentions concernant la vie privée des habitants des HLM de la ville de Paris, qui figurent dans le système informatique de l'organisme gérant ces logements sociaux: «Paris Habitat». L'existence de ce gigantesque fichage a été révélée hier par la Commission de l'informatique et des libertés (CNIL): l'organisme qui veille à la compatibilité entre les fichiers électroniques et le respect de la vie privée. Toutes ces informations avaient été collectées par les gardiens d'immeubles de ces HLM, puis illégalement rassemblées et stockées dans les fichiers informatiques de «Paris Habitat». Des associations de locataires, indignées, ont saisi la CNIL. Hier, dans une démarche exceptionnelle (ici), vu la gravité des faits, cet organisme a publiquement mis l'Office des HLM en demeure de détruire ce fichier dans les deux mois, sous peine de poursuites judiciaires.

Dans les médias hier, les dirigeants de cette société ont paru à peine gênés. On a même entendu des propos du genre, en substance: les gardiens d'immeubles ayant commis ce flicage ne pensaient pas à mal, c'était pour mieux connaître et donc mieux venir en aide à ces locataires, etc.

paris,logement,social,vie privée,santé,pauvreté,informatiqueUn tel scandale, dans n'importe quelle autre grande capitale internationale, entraînerait probablement le limogeage sur le champ du patron de l'Office des HLM, et des excuses publiques du maire en personne. A Paris: rien. Aux dernières nouvelles, la hiérarchie de «Paris Habitat» est toujours en place. Et Bertrand Delanoë, pourtant habituellement si prompt à communiquer, ne s'est même pas exprimé sur le sujet.

Encore bravo.

29/06/2009

Une “amitié” (suite)

L’autre jour, peu avant les élections européennes (relire ici), on disait notre ravissement d’avoir reçu à la maison un courrier d’une personnalité tête de liste pour ce scrutin: une candidate qu’on ne connaissait absolument pas, mais qui nous assurait néanmoins de toute son «amitié». Et on s'était dit que, décidément, les fichiers circulaient pas mal, en période électorale, dans les états-majors politiques. Manifestement, on n’a pas été le seul à penser cela.

 

Ainsi, la Commission informatique et libertés (CNIL) a-t-elle annoncé récemment avoir été «saisie par de nombreuses communes préoccupées par l’augmentation des demandes de communication des listes électorales informatisées». Confrontés à «des demandes récurrentes de certains particuliers ou de dirigeants de sociétés privées», ces élus, «au nom de la protection de la vie privée de leurs administrés», s’inquiétaient de l’utilisation qui pouvait être faite des informations personnelles contenues dans ces listes électorales.

 

La CNIL a donc effectué des contrôles auprès de divers «organismes identifiés comme utilisateurs des fichiers électoraux»: sociétés commerciales de généalogie, cabinets d’enquêtes ou de recouvrement de créances, associations, etc. Résultat? «Des bases de données de plusieurs millions de personnes sont constituées à partir des fichiers électoraux obtenus auprès de villes de la France entière». Or, pour le gendarme de l’informatique et des libertés publiques en France, ce pays se distingue par son «cadre juridique insatisfaisant» en la matière. En effet, le code électoral se borne à autoriser la communication des listes électorales à tout candidat, parti, groupement politique, ainsi qu’à tout électeur quel que soit le lieu où il est inscrit, à la seule condition qu’il s’engage à ne pas en faire un «usage purement commercial». Mais «cet engagement pris par le demandeur ne constitue pas une garantie suffisante, puisque aucune procédure de contrôle ni de sanction n’est prévue. Par ailleurs, la notion d'usage purement commercial est peu claire». La CNIL et la Commission d’accès aux documents administratifs ont donc prié les autorités de clarifier ce cadre juridique.

 

Le prochain scrutin en France aura lieu l’an prochain: ce sont les élections régionales. Des mesures auront-elles été prises? Ou, en 2010, recevra-t-on toujours des courriers de personnalités candidates nous assurant de leur «amitié»? Les paris sont ouverts.

14/05/2007

Une discrétion

5dcf119a3f836093767468648da67dd9.jpgIl fallait vraiment bien tendre l’oreille ce matin pour entendre parler sur Europe 1 (radio du groupe Lagardère) de la dernière «affaire Cecilia» : la non-parution hier dans «Le Journal du dimanche» (journal du groupe Lagardère) d’un papier sur les «fortes dissensions» qui auraient resurgi entre le Président élu et son épouse, dues notamment au fait que celle-ci n’aurait pas voté le 6 mai. Selon les versions divergentes circulant depuis 48 heures, ce papier serait passé à la trappe à la suite de pressions exercées par Arnaud Lagardère (ami de Nicolas Sarkozy) et par l’entourage du Président élu ou à la suite d’une décision prise «en âme et conscience» par le directeur de la rédaction du JDD, ce qui relèverait de l’autocensure. Ce matin, Europe 1 n’a évoqué l’affaire que sur un mode allusif, par quelques phrases rapides au détour de l’une ou l’autre chronique.

La même discrétion était de rigueur hier soir à «France Europe Express». Christine Ockrent et ses invités y ont disserté pendant 90 minutes de la recomposition politique née du 6 mai, et notamment du flirt de Nicolas Sarkozy avec des personnalités de gauche, sans s'étendre sur le sort d’un certain Bernard Kouchner.

Ce n’est pas avec des pudeurs de cet acabit, qui alimentent évidemment les procès en connivence entre médias et politiques, que l’on évitera les slogans du type «Médias complices» que l’on a vus et entendus en marge des récentes manifestations anti-sarkozystes.

B.DL.