23/04/2013
Un courrier, un climat
Juste pour donner une idée du climat actuel, en France. En ce jour où le Parlement approuve solennellement le projet de loi sur le «mariage pour tous». C'est un courrier anonyme qu'a récemment reçu une association homosexuelle bien connue, ayant pignon sur rue à Paris. Il dit textuellement ceci – mais on a tout de même corrigé les fautes d'orthographe.
«Salut les tantouzes. Il est où, le siège de votre association de merde? Histoire de passer un soir parler tolérance avec des fils de putes de bons Français de votre genre. J'ai pas trouvé sur internet; merci de me répondre. Si je trouve sans ton aide, tu le sauras en voyant le local brûler».
Alors, bien entendu, on peut se dire que des gens dérangés, il y en a toujours eu et il y en aura toujours – en France comme ailleurs. On peut minimiser la chose, en la mettant sur le compte d'une initiative purement individuelle, absolument pas représentative du climat ambiant. Le problème, c'est que, des courriers de ce type, il y en a eu énormément, ces derniers temps. Envoyés à des personnes ou associations homosexuelles, comme à des personnalités (lire ici, par exemple).
Certains relativiseront, en rappelant qu'en 2004 déjà, le député Vert Noël Mamère avait eu droit à lui seul à... plusieurs milliers de lettres de menaces et d'insultes, après avoir marié symboliquement deux gays, dans sa mairie de Bègles (Gironde). Rien de très neuf donc, près de dix ans plus tard.
Mais c'est peut-être là le problème. Sur certains sujets, décidément, rien ou pas grand-chose ne change, en France.
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22/04/2013
Un message, moins sinistre
La place de la Bastille noire de monde, hier après-midi. Plusieurs milliers de personnes, pour dénoncer les violences homophobes et revendiquer l'égalité des droits. Au même moment, deux kilomètres plus loin, à Denfert, étaient réunis, bien plus nombreux, les anti-«mariage gay». Entre les deux rassemblements antagonistes, des dizaines de cars de CRS.
Pour l'anecdote, quelques pancartes vues à Bastille. Véhiculant un message qui nous a semblé autrement moins sinistre que celui de la stigmatisation de la différence et du rejet d'autrui. «Nos familles sont plus belles que vos haines». «Kids, ados gays: vous êtes beaux, vous êtes normaux», «Hétéro solidaire».
Certes, l'humeur générale du rassemblement était à la colère, face au climat actuel – «Folle furieuse», résumait assez bien une pancarte. Et à la peur: encore deux gays tabassés en raison de leur identité, hier: à Nice, cette fois. Mais, de cette foule, où l'on a rencontré et interviewé nombre d'hétéros, se dégageait aussi comme une atmosphère de fraternité, de solidarité: être bien ensemble, se serrer les coudes, faire face. Ne pas courber l'échine. «Fières et belles», comme disait une autre pancarte.
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19/04/2013
Un ersatz, en somme
Quelques mots tout de même, vu qu'on n'a pas encore eu l'occasion d'en parler, sur ces «Hommen» que l'on voit beaucoup en ce moment, dans les cortèges anti-«mariage gay» (ici ou là, par exemple). Et qui seront probablement à nouveau dans les rues de Paris dimanche après-midi: jour d'une nouvelle «Manif pour tous».
Ces activistes s'inspirent donc des «Femen»: ces militantes féministes, elles pro-«mariage gay», venues d'Ukraine à l'origine, et qui ont acquis une audience et une notoriété mondiales en protestant seins nus. Copiant leur scénographie, les «Hommen» manifestent torses nus. Si l'on peut se permettre, on trouve qu'au-delà du fond de leur combat, la forme que ces «Hommen» lui ont donnée n'est vraiment qu'une pâle copie.
D'abord, ces militants-là, à l'inverse de leurs modèles féminins, manifestent le plus souvent avec le visage recouvert d'un masque. C'est parfaitement leur droit, mais cela brouille complètement à la fois le message et l'image. Une «Femen» assume son corps, le met en avant voire en danger, car l'utilise comme instrument de lutte/de médiatisation. L'«Hommen», lui, en masquant son visage, dissimule la partie de la physionomie qui permet le plus aisément d'identifier, et donc de personnaliser, un corps. Comme s'il avait honte de ce corps et/ou de l'utilisation qu'il en fait. Où est la cohérence?
Ensuite, des sociologues l'écriraient sans doute mieux que nous, mais cela paraît l'évidence que la représentation sociale et symbolique du buste féminin reste complètement différente de celle du torse masculin. Et ce, en dépit de décennies d'étés de bains de mer et de plages seins nus, en France comme ailleurs. Un homme protestant torse nu, même en ville, cela n'enfreint rien, trouve-t-on. Cela ne choque pas. Cela n'a rien de transgressif, dans ce que cela renvoie en termes de représentation du corps et de discours sur le corps.
Ce n'est donc qu'un ersatz, en somme.
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18/04/2013
Un activisme, assez primaire
François Hollande à l'aéroport de Roissy ce matin, pour inspecter le dispositif de vigilance anti-terroriste. Une «visite programmée depuis longtemps», a assuré le chef de l'Etat. Mais un déplacement que n'avait pas annoncé l'hôte de Elysée. Par peur de s'y faire huer?
Les membres de l'exécutif, ces derniers temps, communiquent moins en amont qu'avant, sur leurs déplacements. Selon certains, c'est par peur d'être la cible des actions d'un collectif anti-«mariage gay» formé début avril et explicitement dédié au chahut de visites ministérielles. «Huons nos ministres», c'est son nom. «Ils veulent nos voix: ils auront nos huées!», c'est son slogan. Sur la page d'accueil de son site web, une photo qui en dit long sur ce qui, pour ces activistes, doit représenter la quintessence de l'action politique: l'enfarinage de François Hollande, par une déséquilibrée. C'était à Paris le 1er février 2012, alors que celui qui n'était que candidat à la présidentielle assistait à une manifestation, porte de Versailles.
Les huées et les jets d'oeufs. Comme l'insulte (relire ici, par exemple), c'est tout de même le degré zéro de l'expression politique. On peut remarquer que, nulle part sur leur site, ces activistes n'annoncent clairement la couleur: ne précisent qui ils sont, d'où ils viennent, et quelles sont leurs accointances politiques. Remarquer aussi que, à ce stade en tout cas, leur popularité sur la toile est limitée: seulement 744 «j'aime», et 2342 «personnes (qui) en parlent».
Ce qui est assez peu: dans un pays de plus de 60 millions d'habitants décrit par les anti-«mariage gay» comme étant entré en rébellion contre cette réforme sociétale.
11:09 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : activisme, gouvernement, personnalités, société
21/03/2013
Un détail qui tue
C'est une affiche que l'on voit énormément sur les panneaux publicitaires de Paris, en ce moment. Un «Beau mâle» posant nu et alangui sur la banquise, pour le parfum éponyme de Jean-Paul Gaultier. La créature est très photoshopée, mais elle enjolive plutôt pas mal la grisaille de la ville. A un détail près, un détail qui tue. Elle est allongée sur une dépouille d'ours blanc.
Ce qui énerve souverainement l'association environnementaliste française «Robin des Bois». «L’authenticité de ces parties d’ours polaire à usage publicitaire n’est pas garantie, mais l’image véhicule la croyance dans les vertus du charme et de la virilité des parures animales», selon elle. Or, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction vient justement de refuser de faire figurer ce plantigrade dans sa liste des espèces particulièrement en danger. Dès lors, pour l'ONG, «cette publicité est particulièrement mal venue»; «c’est du mauvais goût total et une erreur de communication».
«C’est de l’humour au 1.000ème degré», se défendraient les communicants du couturier. Mais les Robins ne trouvent pas cela drôle. Pour eux, le styliste et tous les distributeurs de son parfum «se font les promoteurs de la chasse et du commerce international d’animaux menacés d’extinction». Et le concept de masculinité mis de telle manière en avant par cette campagne de pub est d'autant plus malvenu que, s'agissant de l'ours polaire, «la chasse vise en priorité les mâles». L'assoc appelle donc au boycott de ce produit et de cette marque.
En revanche, pas d'appel de sa part au boycott de la célèbre marinière rayée Gaultier, qui fait figure d'emblème de cette griffe. Sans doute en haut lieu aurait-on trouvé un tel appel très anti-patriotique, le ministre Arnaud Montebourg s'étant réapproprié ce vêtement si hexagonal pour sa politique de promo du «made in France».
11:27 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, mode, activisme, environnement, international
13/02/2013
Une «culture de mort»
«Je n'ai aucun doute, cette loi restera comme une des grandes lois de la République, parce qu'elle s’inscrit dans une longue lignée de réformes républicaines pour l’égalité et contre les discriminations». Hier, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a ainsi commenté le vote du «mariage gay» (en première lecture) par l'Assemblée. Pour mesurer le fossé qui sépare les partisans de ce texte de ses opposants, il suffit de se reporter à ce qui fut, le même jour quasiment à la même heure, le commentaire du «Collectif Famille Mariage» (ici). A savoir, «les défenseurs de la civilisation de la Vie doivent s’unir contre les tenants de la culture de mort».
Bigre, l'heure est donc si grave; ce texte a carrément un caractère mortifère – cela nous avait échappé.
Hier, ces opposants ont disputé une partie de bras de fer avec les autorités. Ils avaient prévu d'organiser un «vote symbolique» devant l'Assemblée, pour illustrer le référendum national qu'ils réclament, sur la question. Mais un arrêté préfectoral leur a interdit de se réunir. Raison invoquée par la préfecture: la présence d'un rassemblement de partisans de la réforme dans le même quartier faisait courir un risque de troubles à l'ordre public. Les anti-«mariage gay» ont alors recouru en référé contre cet arrêté, devant le tribunal administratif. Mais leur requête y a été rejetée. Aussi, c'est sur l'esplanade des Invalides qu'ils ont fini par se réunir, en soirée.
Pour fustiger notamment le «pseudo débat», ou «simulacre de débat», auquel, selon eux, cette réforme a donné lieu. Un argument que, pour le coup, on trouve vraiment très spécieux. Au vu, outre des dix jours non stop de discussions que l'Assemblée vient de lui consacrer, des centaines voire des milliers de reportages, d'analyses, de commentaires ou de témoignages que ce sujet de société a inspirés, dans tous les médias de France, ces derniers mois.
12:29 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société, police, justice, activisme
10/01/2013
Une colère, et une galère
Gros embarras de circulation dans et autour de Paris ce matin, et plus particulièrement entre la capitale et les aéroports de Roissy et Orly. Ce jeudi, en effet, est la journée nationale de mobilisation des chauffeurs de taxi, qui organisent des opérations escargot dans tout le pays. Ils protestent tout à la fois contre la concurrence des moto-taxis et des taxis low-cost, et contre la volonté de la Sécu, toujours à la recherche d'économies dans l'assurance-maladie, de leur retirer la fonction de transport de malades.
La corporation, très remontée, promet (ici, notamment) de ne «pas mourir sans combattre», de «rentrer en résistance», et de «refuser la spoliation». En décembre, déjà, un rassemblement de plus de 150 taxis devant la gare de Paris-Nord avait provoqué des incidents, ainsi que des embouteillages d'anthologie dans une bonne partie de la capitale. A l'époque, il s'agissait de dénoncer notamment les verbalisations excessives dont les membres de cette profession s'estiment victimes.
Puisqu'on évoque les transports, signalons ce bilan énervé que vient de dresser (là) la fédération des usagers des transports publics. Il concerne la manière dont les transports ont fonctionné pendant la période des fêtes de fin d'année, et particulièrement les soirs de réveillon.
A Paris, les services spéciaux mis en place ont, comme chaque année, plutôt bien fonctionné. En revanche, dans quantité de villes de province, ce fut une galère sans nom pour les non-motorisés.
Ainsi, dans des villes aussi nombreuses qu'Aix-en-Provence, Amiens, Angers, Annemasse, Arras, Bourges, Évry, Lens, Montbéliard, Mulhouse, Orléans, Rouen, Saint-Brieuc, Strasbourg, Tours ou Valenciennes, l'offre de transports publics a été réduite pendant cette période. Avec, cerise sur le gâteau, un «réseau complètement paralysé le 25 décembre» à Boulogne-sur-Mer, et «inexistant le 25 décembre et le 1er janvier» à Aubagne, Belfort et Pau. Alors que, paradoxe, à cette période de l'année, dans tous les médias, en boucle et à longueur de journées, tournent les messages officiels de prévention contre les accidents de la route, incitant les gens à privilégier les transports en commun.
Encore bravo.
12:40 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : transports, sécurité, social, activisme
20/12/2012
Une mobilisation, jusqu'à Paris
Quand un dossier urbanistique et environnemental à l'origine purement local finit par s'immiscer dans le paysage de la capitale, après avoir joué les trouble-fêtes en politique nationale. On veut parler du méga-projet d'aéroport régional de Notre-Dame des Landes: dans le fief du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, près de Nantes (Loire atlantique). Depuis la formation de la majorité gouvernementale rose-verte, après la victoire présidentielle de François Hollande, ce dossier empoisonne les relations entre les socialistes (chauds partisans du projet) et les écologistes (farouches opposants à l'«Ayraultport», comme ses détracteurs l'ont rebaptisé).
Après avoir fait les choux gras des médias – qui, ces derniers mois, ont très largement parlé de cela –, le débat est en train de, très visiblement, se déplacer sur le terrain parisien. Ainsi, l'autre jour, les anti-aéroport ont maculé les panneaux publicitaires de plusieurs stations de métro de la capitale. Avec des slogans vindicatifs contre ce qui, selon eux, est le «nouveau Larzac» – par allusion à la mémorable bataille activiste contre le projet d'extension (finalement abandonné) du camp militaire du Larzac: dans l'Aveyron (Midi-Pyrénées), pendant les années 70. Même pour l'usager moyen du métro parisien, désormais très habitué aux barbouillages réguliers des panneaux de réclame par les militants anti-pub, cette opération était, par son ampleur, assez spectaculaire.
Mais, ce jeudi, la coalition anti-aéroport a franchi un pas de plus, dans la visibilité parisienne.
Ce matin, en effet, des militants de Greenpeace ont, sur la grande pyramide du Louvre, déployé une banderole jaune de 250 m2 (une photo ici), proclamant que la place de «Ayraultport» est «au musée». Comme toujours avec Greenpeace, le coup de force a été aussi télégénique qu'efficace. Sans crier gare, déjouant les contrôles de sécurité (renforcés à Paris en ce moment, comme chaque année à la période des fêtes), deux de ses militants alpinistes ont déployé le calicot en descendant en rappel le long d'une des façades de la célèbre tour.
Le succès médiatique sera, évidemment, au rendez-vous: les images de la scène vont être diffusées en boucle et pendant toute la journée, par le web et sur toutes les télés.
11:34 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : environnement, transports, gouvernement, activisme
26/11/2012
Une année de plus
Impossible d'aller dans un supermarché de Paris ce week-end, sans tomber sur les volontaires de la Banque alimentaire. Qui récoltaient des vivres pour les plus démunis. Et Dieu sait s'il y en a, dans la cinquième puissance économique mondiale: selon les dernières statistiques (relire ici): 14,1% de la population, et 440.000 pauvres de plus rien que l'an dernier.
Dans les rayons, on a pas mal hésité sur que donner. Puis, finalement, on a opté pour... du chocolat, des gâteaux, des bonbons, des friandises, et tout cela. Bref, le plus total superflu en termes alimentaires, et pas ce qu'il y a de meilleur d'un point de vue nutritionnel. Mais on s'est dit que c'était sans doute là dessus que les familles en difficultés n'avaient d'autre choix que de faire une croix. Et donc que quelques gosses seraient peut-être ravis de recevoir cela.
Des sucreries, donc. Données sans illusion ni enthousiasme excessifs. Car, le caritatif, on a toujours trouvé cela très louable en termes d'humanité et de générosité, mais politiquement assez nul voire vain, en termes d'efficacité. Cela peut même avoir pour effet pervers de faire perdurer les failles structurelles à l'origine de cet engagement humanitaire. Ainsi, pour rester dans ce cas de figure de la pauvreté, pourquoi les choses changeraient-elles, sur le fond? Puisque, année après année, les décideurs savent bien que, de toute manière, le secteur caritatif sera toujours là pour suppléer aux carences les plus visibles, éviter que les choses ne se détériorent irrémédiablement.
Pour preuve, c'est ce lundi que Les Restos du Coeur lancent leur campagne hivernale annuelle. Une de plus; c'est la 28ème consécutive. Ces cinq dernières années, le nombre de démunis poussant la porte de l'assoc fondée jadis par Coluche a crû de 30%. Pour culminer, l'an dernier, à ce plafond: 115 millions de repas distribués, à 870.000 personnes paupérisées.
Et l'on peut déjà parier sans crainte de perdre que 2012 sera une année de plus où Les Restos vont à nouveau battre tous leurs records. Une année de plus, avant probablement la suivante, la prochaine, et ainsi de suite – jusqu'à quand?
11:35 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : activisme, social, pauvreté, paris
29/10/2012
Une invasion «agressive» et «irrespectueuse»
Dans le métro de Paris, depuis plusieurs années déjà, sévissent «Les Déboulonneurs». Ces militants anti-pub mènent des opérations coup de poing, lors desquelles ils barbouillent les panneaux publicitaires. Ils ont déjà été plusieurs fois condamnés en justice, mais cela n'a pas empêché un nouveau collectif anti-pub, plus soft, de voir le jour dernièrement, dans la capitale.
Baptisé «Les Reposeurs», il milite tout autant contre l'invasion de la voie publique par la réclame. Mais il privilégie, lui, un mode d'expression moins susceptible de lui valoir des procès. Il colle «gentiment» des petits messages sur les panneaux publicitaires, avec de l'adhésif ou des autocollants repositionnables. Des messages avec des slogans comme «Publicité=pollution visuelle et mentale», «La pub fait dé-penser», ou «Faites l'amour, pas les magasins».
En ce moment à Paris, dans le réseau de la RATP, on voit un peu partout les petits papiers colorés des «Reposeurs». Les usagers du métro ne se pressent pas pour enlever ces slogans activistes des panneaux sur lesquels ils sont apposés. Pas étonnant, au vu du dernier sondage en date concernant la pub et les Français.
L'institut CSA, qui l'a réalisé, en tire comme principal enseignement la «légère amélioration de l’image de la publicité», dans l'opinion. Témoignerait notamment de cette «légère décrispation», la diminution de cinq points, en un an, du nombre de gens se disant publiphobes (32%). Une telle lecture de ce sondage est vraiment très lénifiante. Ce qui y est frappant, surtout, c'est la confirmation de l'ampleur du désamour des Français pour la pub. Ainsi, deux sondés sur trois la trouvent «banale» (66%), «envahissante» (76%), et «irrespectueuse des consommateurs» (64%). Et un Français sur deux la juge «agressive» (54%), voire «dangereuse» (50%).
Les militants anti-pub, «Déboulonneurs», «Reposeurs» ou autres, jouent donc sur du velours.
11:08 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, transports, métro, publicité, activisme
02/10/2012
Une ambiance (décidément) pas si feutrée
On avait raconté cela, le mois dernier (relire ici), à propos du «Ritz»: derrière la vitrine si glam-chic des grands palaces parisiens, se cachent, parfois, des réalités sociales pas toujours très reluisantes. Après le célèbre établissement de la place Vendôme, c'est le «George V», son fameux concurrent du quartier des Champs, qui en fournit l'exemple.
C'était jeudi dernier, à l'heure du thé. Troublant la quiétude habituelle des lieux, une trentaine de syndicalistes ont bruyamment fait irruption dans le hall du palace. Ils entendaient y «protester contre les sanctions à répétition infligées» aux membres de son personnel qui sont délégués du petit syndicat radical SUD. Mais le hasard a voulu que, ce jour-là, le «George V» compte parmi ses hôtes un client aussi prestigieux que particulièrement protégé par les policiers, en ce moment: l'Indien Lakshmi Mittal, milliardaire et patron d'ArcelorMittal, premier groupe sidérurgiste mondial – celui-là même qui, hier, a confirmé la fermeture définitive des derniers hauts-fourneaux de Lorraine.
Le syndicalistes du «George V» ont donc eu droit à un comité d'accueil musclé. A les en croire, «la direction de l’hôtel était aux abonnés absents, laissant à la police le soin de gérer les relations sociales au sein de l’hôtel; puis promettant, après plusieurs heures d’attente, un rendez-vous tout en multipliant les préalables. Plus encore, les syndicalistes, qui se sont retirés d’eux mêmes, vers 20 heures, ont ensuite eu droit à une fouille en règle, avant d’être raccompagnés par les CRS au métro». L’union syndicale Solidaires n'a pas du tout apprécié. «La liberté syndicale doit être respectée, au "George V" comme ailleurs!», a-t-elle fustigé, dans un communiqué. Qui a dénoncé le climat de «répression antisyndicale» qui règnerait au sein du palace, et a prévenu: «Nous ne nous laisserons pas impressionner!»
Voilà la direction du si select établissement avertie.
Cela dit, si ça tombe, ses fortunés clients étrangers – émirs, millionnaires et starlettes – doivent trouver cela follement exotique, voire comique, et en tout cas dépaysant, les gros bras qui, dans cet antre de luxe, font irruption en vociférant.
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12/09/2012
Un mauvais timing
Le long de la Seine, depuis la rentrée, les Parisiens disposent d'une nouvelle promenade piétonne: entre le square de l’Hôtel de Ville et le bout du quai Henri IV. C'est la première réalisation concrète du vaste projet municipal de restructuration des voies sur berges. Et cela énerve visiblement beaucoup le lobby des automobilistes.
Ainsi, hier, l'association «40 millions d'automobilistes» a renforcé sa mobilisation contre ce projet, qu'elle juge inepte d'un point de vue tant économique qu'écologique ou social. Selon elle, face un «réseau de transports en communs hypersaturé, il est tout à fait utopique de croire en la réduction du nombre d'automobilistes». «40 millions d'automobilistes » a donc lancé une vaste pétition pour s'opposer à ce grand projet urbain.
Pourquoi pas; c'est parfaitement son droit. Et tous les arguments de ces automobilistes ne sont pas d'office à rejeter. Ainsi, «augmenter les temps de parcours en automobile signifie en parallèle l’acceptation du renforcement d’un clivage entre habitants de Paris intra‐muros et ceux des zones urbaines limitrophes, plus accessibles financièrement en termes de logement».
Juste, sur la forme, en termes de timing de communication, «40 millions d'automobilistes» aurait pu/dû mieux choisir le jour de son ramdam médiatique.
Car il a coïncidé avec la publication d'une étude scientifique, portant sur l'impact de la pollution atmosphérique (et donc, en partie, automobile) sur la santé des habitants des grandes villes. Confirmation: cette pollution coûte cher, à la fois en vies humaines et en argent public. Un seul chiffre, frappant, pour illustrer cela: si, à Paris, les normes annuelles européennes en matière de pollution étaient parfaitement et en permanence respectées, le Parisien moyen bénéficierait d'un gain d'espérance de vie de près de 6 mois (*).
6 mois d'existence en plus. Voilà qui, peut-être, relativise quelques dizaines de minutes supplémentaires passées dans les embouteillages.
(*) Dans les neuf villes françaises étudiées par les chercheurs, le gain annuel total représenterait... 91.000 années de vie. Ce qui n'est pas rien, tout le monde en conviendra.
12:21 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : paris, environnement, santé, transports, urbanisme, activisme
17/07/2012
Une inertie, inquiétante
Après une première quinzaine de juillet météorologiquement pourrie, comme souvent, le retour à Paris prochainement, paraît-il – on est un peu sceptique, mais bon, acceptons-en l'augure... –, de températures de saison. Et donc le retour aussi, probablement, des épisodes de pollution, qui empoisonnent si régulièrement l'air de la capitale. A cet égard, on est assez estomaqué de la totale inertie des autorités, depuis un mois.
Puisque cela fait un mois maintenant qu'a été rendue publique, en France comme ailleurs, une étude scientifique confirmant le caractère cancérigène des gaz d’échappement des moteurs diesel. Or, la France est le pays le plus diéselisé d'Europe: plus de trois quart des véhicules immatriculés y carburent au gasoil. Et ils circulent notamment en ville, cela va de soi. Au printemps à Paris, pour rappel (relire ici ou là), on eut droit tous les trois jours à un pic de pollution aux particules fines. Comme cela avait déjà été le cas à cette saison auparavant (voir ici). A cette heure, cependant, on attend toujours la moindre (ré)action – ou ne serait-ce qu'une communication – du gouvernement, sur la question.
D'autres qu'énerve visiblement cette inertie, ce sont les militants de la fédération d'associations France Nature Environnement. L'autre jour, dans Paris notamment, ils ont apposé sur les murs des pochoirs (propres), sommant les autorités de se bouger. Sans, de nouveau, la moindre réaction, jusqu'à présent.
A part cela, le principe de précaution est une notion cardinale de la politique de santé, en France.
Encore bravo.
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18/05/2012
Un progrès spectaculaire
«Belles, celles qui luttent», proclame un grand dessin bombé sur un mur de notre quartier du onzième arrondissement. Pendant la campagne présidentielle, les féministes avaient lutté pour la création d'un ministère des droits de la femme et pour la parité hommes-femmes au gouvernement. Elles ont doublement obtenu gain de cause.
En ce qui concerne la place des femmes dans l'équipe ministérielle, le progrès est même spectaculaire. Le gouvernement formé mercredi soir compte 17 hommes et 17 femmes. Dans sa dernière mouture, le gouvernement précédent (relire ici) comptait 24 hommes et 9 femmes.
Cependant des féministes toujours en lutte déplorent (ici) deux choses. Un seul maroquin régalien (la Justice) a été confié à une femme. Et on a vu «la reproduction du schéma consistant à confier aux femmes toujours le même type de portefeuilles (famille, personnes âgées, santé, etc.)». C'est une façon de voir les choses. L'autre est de constater qu'ont été confiées à des femmes certaines compétences qui, à en croire les sondages, correspondent aux préoccupations importantes de la population: le logement, l'environnement ou la lutte contre l'échec scolaire, par exemple.
Sinon, on peut remarquer que les premières polémiques concernant ce nouveau gouvernement visent toutes des ministres femmes.
L'écologiste Cécile Duflot, pour le jean qu'elle a osé porter au Conseil des ministres, hier (nous, on a du mal à s'en indigner). La radicale de gauche Christiane Taubira, pour son passé de militante indépendantiste (qui remonte à 30 ans: c'était en 1982). Et la socialiste Delphine Batho, pour son logement parisien à loyer modéré (dont elle est en train de déménager, a confirmé le Premier ministre, ce matin).
Trois ministres femmes aussitôt dans le collimateur: dès les premières 48 heures.
Mais sans doute n'est-ce qu'un hasard. Ou pas? On verra.
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16/04/2012
Une façon de voir les choses
Un moment de gêne ce matin, en entendant Marine Le Pen sur une radio. C'était au sujet de cette bataille de chiffonniers que se livrent le PS et l'UMP depuis hier, sur la question de savoir qui, de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy, a réussi à réunir le plus de militants à son meeting dominical géant.
Les chiffres avancés de part et d'autre, outre qu'ils sont invérifiables, sont complètement fantaisistes. 120.000 sarkozystes place de la Concorde? Chacun a pu y voir qu'une partie au moins de la place était encore vide quand le Président-candidat a commencé son discours. Et pour cause: il l'a débuté plus tôt que prévu. 100.000 «hollandais» face au château de Vincennes? Le chiffre a été lancé à la tribune dès le début de l'après-midi, alors même qu'un bon tiers de l'esplanade – pouvant contenir 140.000 personnes – était encore vide. Et pour cause: n'étaient pas encore arrivés une bonne vingtaine de cars, sur la centaine qu'avait affrétés le PS pour convoyer à Paris les sympathisants.
Hier soir, de retour de ce dimanche militant, constatant que cette guerre des chiffres faisait plus parler d'elle que les questions de fond, on a trouvé cela puéril. Comme deux bandes rivales d'écoliers qui, dans une cour de récréation, exhibent leurs biceps. Moment de gêne ce matin, donc. En entendant Marine Le Pen, à son tour, trouver cela... «puéril». Hier soir, on aurait dû penser en des termes moins courants, dû qualifier, dans notre tête, ce combat de titans sur les chiffres non de «puéril», mais de «vétilleux». Ce matin à la radio, Marine Le Pen n'aurait jamais pensé à utiliser ce mot-là. Trop tard. Tant pis.
Cela dit, il y a une autre façon de voir les choses, au-delà de ces broutilles d'ego et de mots. Qu'ils aient été 80.000 ou 100.000 à la Concorde et/ou à Vincennes, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont sacrifié un dimanche tranquille et bien au chaud pour, dans le froid et le vent glacial, vivre au plus près la campagne présidentielle. Alors qu'on ne cesse de dire que cette campagne n'intéresse pas et de présenter les Français comme étant complètement désabusés, politiquement.
Du coup, rien qu'en soi et au-delà des chiffres, cette affluence de masse a quelque chose de plutôt positif.
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12/04/2012
Un débarquement
La droite extrême et l'extrême-droite débarquent dans notre onzième arrondissement. A toutes les élections, ces dernières années, les candidats de cette mouvance n'y ont fait que des scores ridiculement microscopiques – comme dans le reste de Paris, d'ailleurs: terre de (centre-)gauche s'il en est. Il n'empêche, les voilà donc qui débarquent au coeur de «Boboland».
Nicolas Dupont-Aignan est annoncé pour un meeting au «Bataclan», boulevard Voltaire. Ce candidat se revendique «gaulliste», affiche un look de bon père de famille jeune et dynamique, et tente de séduire les foules en prônant «un protectionnisme raisonné». Toutefois, il est plus radical qu'il n'en a l'air. Pour preuve, l'autre jour, il n'a pas hésité à déclarer que, dans le cas (très hypothétique) où il était élu à l'Elysée, il pourrait nommer... Marine Le Pen Premier ministre. Sa déclaration a fait tant de bruit que, depuis, le pauvre n'arrête pas d'essayer de faire marche arrière. A chacune de ses prestations médiatiques, il assure que oui oui, ses propos ont été déformés et sortis de leur contexte, promet que, non non, il n'a rien à voir avec le Front national, etc.
Le Front national, précisément: ces derniers jours, les lepénistes ont visiblement envoyé des escouades de militants-colleurs dans notre onzième arrondissement. Un peu partout, sur les murs, fleurissent les affiches de Marine Le Pen. Appelant à une «révolution bleu marine», s'exclamant «Oui! La France», vantant une candidate qui serait celle de «La France des oubliés». Ce débarquement lepéniste tranche avec la physionomie murale qui, jusqu'à présent, était celle de nos quartiers. Dont les façades étaient majoritairement maculées d'affiches rouges: celles du populiste Jean-Luc Mélenchon ou de la trotskiste Nathalie Arthaud.
Mais les colleurs lepénistes n'ont pas toujours bien regardé où ils placardaient leur propagande.
Ainsi, boulevard Richard Lenoir, leur égérie s'affiche, comme si de rien n'était, sur une petite maison abandonnée depuis des lustres. Pourquoi pas. Mais l'immeuble est orné d'une immense fresque murale, qui représente un visage hurlant, sur fond de chaos urbain. Comme si ce visage criait sa colère contre la présence de telles affiches.
12:14 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : elections présidentielles, personnalités, activisme, le pen
10/04/2012
Une impasse?
La campagne électorale officielle pour la présidentielle ayant débuté hier lundi, c'est le retour des panneaux électoraux dans les rues de Paris, comme dans tout le pays. Mais, dans notre quartier du onzième arrondissement, les gens s'arrêtent moins devant ces panneaux tout gris et les bobines qu'ils arborent, Nathalie Arthaud, Jean-Luc Mélenchon ou Nicolas Sarkozy, que devant les affichettes qui ont été malicieusement apposées sur les plaques de l'une ou l'autre rue – dans cet arrondissement comme dans d'autres.
C'est notamment le cas Boulevard Richard Lenoir. Qui, depuis quelques jours, a été rebaptisé «Impasse Sarkozy». L'imitation de la plaque est si bien faite qu'on s'y croirait. Sous le nouveau nom allégué du boulevard, a été inscrite la mention «Ancien Président de la République 2007-2012».
A moins que cela nous ait échappé, les auteurs de ce détournement n'ont toujours pas été identifiés, et n'ont pas encore révélé leur identité. On en est donc réduit aux supputations. Militants agissant pour le compte d'un présidentiable concurrent du Président sortant? Activistes radicaux? Artistes urbains? Simples plaisantins? Ils ont réussi leur coup, en tout cas: dans la rue, sur le net et dans les réseaux sociaux, on parle énormément de ces fameuses impasses Sarkozy.
Mais l'électorat jugera-t-il lui aussi qu'avec un tel Président, le pays est dans l'impasse? Réponses les 22 avril et 6 mai prochains.
11:40 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections présidentielles, activisme, humour, personnalités, paris
04/04/2012
Une «vague» impressionnante
S'il y a bien un secteur de l'économie française qui, en ce moment, malgré le marasme économique général, doit se frotter les mains, faire de plantureuses affaires, grâce à la campagne présidentielle, c'est celui de l'imprimerie. Les chiffres ont de quoi donner le tournis.
Ainsi hier, les militants écologistes ont distribué dans toute la France un million d'exemplaires du journal de campagne des Verts: «Écologie Hebdo». Dans un communiqué ce matin, le QG d'Eva Joly s'est félicité du succès de cette «vague verte». Sans préciser si les imprimés en question avaient été réalisés, ou non, en papier recyclé – on imagine que oui.
Précédemment, l'UMP avait fait tirer... 21 millions de tracts carrément: vantant le bilan du Président-candidat Nicolas Sarkozy et/ou attaquant le programme du candidat socialiste François Hollande. Depuis janvier, quelque 16,5 millions de ces tracts sarkozystes ont été distribués, sans compter tous ceux diffusés par internet. Quant au PS, il affirme avoir déjà écoulé... 28 millions de tracts: des tracts thématiques (sur le pouvoir d'achat, la «République exemplaire», etc.) ou 15 millions de livrets sur le projet présidentiel «hollandais».
Au moins tout cela contribue-t-il, probablement, à créer de l'emploi dans les imprimeries du pays.
Juste que, jusqu'à présent, aussi étonnant que cela puisse paraître, on n'a pas encore eu en mains le moindre de ces dizaines de millions de tracts. Pas un seul. On ne doit pas vivre dans une circonscription jugée prioritaire par les militants. Ou ne pas avoir une tête d'électeur moyen.
12:27 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : elections présidentielles, activisme, economie
15/03/2012
Un palmarès, pénible
On parlait des femmes jeudi dernier, à la faveur de la Journée internationale du 8 mars. Mais on n'a pas encore eu l'occasion d'évoquer le prix qui a été décerné à l'occasion de cette Journée: le Prix du «Macho de l'année», que remet tous les 8 mars la remuante association féministe «Les chiennes de garde». Une fois de plus, ce palmarès donne une image peu reluisante, voire franchement déprimante, de la manière, préhistorique, dont certains hommes conçoivent et vivent leur masculinité: en sombrant dans le machisme et le sexisme crétins.
Le journaliste Jean-François Kahn, bien sûr, figure parmi les lauréats. Lui qui, avant de se confondre en excuses, avait comparé à un «troussage de domestique» le comportement de Dominique Strauss-Kahn envers Nafissatou Diallo. «Quelle banalisation du mépris pour les femmes et le féminin! Ces déclarations relèvent de la violence machiste ordinaire», estime l'association.
Récompensé également, l'ancien footballeur Eric di Meco. En octobre dernier, interrogé sur une radio à propos des accusations de harcèlement sexuel portées contre des joueurs de l'équipe de rugby d'Angleterre, il avait eu ces mots: «On a tous fait des horreurs. Ça soude le groupe. La vie de groupe, c'est d'aller sortir le chichi à la femme de ménage. On est trois, on rigole».
Enfin, le macho de l'année est un créateur de sites internet. Parlant de Tristane Banon, qui avait accusé DSK de tentative de viol, il n'avait rien trouvé de mieux que de faire ce commentaire: «La seule façon pour qu’elle la ferme, c’est la violer». Et «Les Chiennes» de s'effarer: «Cette phrase est révélatrice d’une pensée qui considère le viol comme un instrument punitif. Elle minimise le viol, alors que 75 000 femmes sont violées tous les ans en France».
En effet: tout cela absolument, et péniblement, pitoyable.
11:18 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femmes, personnalités, activisme, strauss-kahn
09/03/2012
Un face-à-face
C'était hier soir, place de la Bastille, en marge et au terme des cortèges tenus à Paris dans le cadre de la Journée de la femme. Deux camps opposés de manifestantes ont terminé en chiens de faïence, face-à-face, se défiant avec pugnacité.
D'un côté, les féministes que l'on appelle abolitionnistes. Pour le dire vite, elles veulent voir la prostitution interdite car, selon elles, c'est le symbole par excellence de la marchandisation des corps et de l'exploitation de la femme. Selon ce point de vue, le fait qu'il y ait transaction financière entre clients et prostitué(e)s rend automatiquement impossible l'exercice libre et consenti, par les intéressé(e)s, de cette activité. De l'autre côté, des prostitué(e)s et des féministes opposées à la pénalisation du racolage et à la mise à l'amende des clients de la prostitution. Pour résumer, selon ce point de vue, il faut certes lutter contre les exploiteurs proxénètes et autres mafias du sexe, mais la liberté de disposer de son propre corps inclut l'exercice libre et consenti de la prostitution. La répression de cette activité ne fera que précariser et insécuriser encore un peu plus les «travailleurs du sexe», qui devraient être reconnus comme des travailleurs comme les autres.
Cela fait des années, voire des décennies, que le mouvement féministe français se déchire sur cette question. A Bastille hier soir, on en a eu une parfaite illustration.
Pendant les quelques dizaines de minutes qu'a duré ce face-à-face, les manifestant(e)s des deux camps ont rivalisé de slogans antagonistes. D'un côté, c'était «Ni à vendre, ni à prendre: le corps des femmes n'est pas une marchandise!». De l'autre, c'était «Où, quand, comment, combien je prends: le choix me revient, mon corps m'appartient!» Ou «Fières d'être putes!» Ou «Liberté de parole pour les travailleurs du sexe!»
Hier soir, de guerre lasse, les abolitionnistes ont fini par laisser tomber: ont laissé la place de la Bastille aux «travailleurs du sexe» et à leurs défenseurs. Leur reculade ne fait toutefois pas oublier que le camp abolitionniste a remporté une grande victoire politique, lors de cette législature qui s'achève. L'Assemblée nationale, en effet, a voté une résolution UMP-PS réaffirmant notamment que «la non-patrimonialité du corps humain est l’un des principes cardinaux de notre droit et qu’il fait obstacle à ce que le corps humain soit considéré, en tant que tel, comme une source de profit».
11:54 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femmes, activisme, parlement, paris



