Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

25/04/2016

Une tension qui s'enracine (J-4)

Social, Paris, Activisme, GouvernementNuits décidément agitées en ce moment, dans notre 11e arrondissement. En marge de la mobilisation citoyenne "Nuit Debout", qui continue place de la République.

Ce week-end, pour tenter de calmer un peu les choses, les autorités ont été jusqu'à interdire la vente de boissons alcoolisées en soirée, aux alentours de l'esplanade. Cela n'a pas empêché de nouveaux heurts entre casseurs et forces de l'ordre, échauffourées qui sont monnaie courante dans le quartier, depuis trois semaines. Cette fois, en plus, des véhicules (de police, singulièrement) ont été brûlés.

La permanence du PS dans le 11e, rue Alexandre Dumas, a également été vandalisée. Précédemment déjà, avant même cette mobilisation, des antennes locales de ce parti avaient été victimes de tels agissements, tant en province (voir ici, ou ) que dans la capitale ().

A un an de la fin de son mandat, visiblement, la colère se dirige directement, et plus que jamais, vers François Hollande et tout ce qui le représente. Le maire du 11e a dénoncé cette vague de vandalisme anti-politique, y voyant un phénomène «très inquiétant pour la démocratie».

11/04/2016

Une cible privilégiée

 Social, Activisme, Economie, Paris Pas toujours facile, depuis dimanche, de retirer de l'argent aux distributeurs de billets de notre quartier du onzième arrondissement. Samedi, en effet, en marge d'une nouvelle journée de manifestations contre le projet de réforme du Code du travail, nombre de ces automates ont été pris pour cible. Taggués, maculés de peinture ou de stickers, dégradés.

C'est peu dire que, dans le quartier, pas mal d'agences bancaires ont, au-delà des DAB apposés sur leurs façades, subi un mauvais quart d'heure. On ne compte plus les vitrines recouvertes de slogans, endommagées, voire brisées. «Non au retour à Germinal. Vive la grève générale!», «Loi El Khomri -Vie pourrie» ou «Occupy SG» sont quelque-uns de ces slogans qu'on a pu lire. La SG mentionnée étant la banque Société Générale, et la référence à l'occupation faisant allusion aux mouvements du style "Occupy Wall Street".

Parmi les portraits des personnalités qui ont souvent été apposés sur ces banques, affiches gratifiées de commentaires peu agréables pour les intéressés, le visage de Pierre Gattaz revient souvent. Le très libéral "patron des patrons", leader du Medef (première organisation d'employeurs), accusé par les manifestants de prôner «la loi de la jungle» sociale et de s'en prendre aux «sans-dents» aux pauvres, ainsi que François Hollande les dénommerait s'il faut en croire son ex, Valérie Trierweiler.

Dans les stations de métro des arrondissements de l'Est parisien, pareillement, il était difficile, ce matin, de trouver un affichage publicitaire pour une banque qui n'avait pas été badigeonné d'invectives («VOLEURS!», etc.). Là aussi, c'est la Société générale surtout qui a vu ses campagnes de pub prises pour cible.

 Social, Activisme, Economie, Paris Pourquoi elle particulièrement, et non la BNP Paribas ou d'autres grandes banques françaises? C'est sans doute dû à son implication présumée dans le scandale mondial des "Panama Papers", relatif aux paradis fiscaux, qui a été révélé la semaine dernière.

Cela a d'ailleurs valu à une des agences parisiennes de cet établissement bancaire d'être peinturlurée, par les activistes, d'une déco toute en couleurs exotiques et chatoyantes. Qui ressemblait bien à ce que l'on imagine être un coucher de soleil au Panama.

08/04/2016

Un court-circuit, symptomatique

C'était couru d'avance, mais, visiblement, la mairie de Paris n'avait pas anticipé cela. La principale actualité de la semaine, dans la "Ville lumière", a été quelque peu court-circuitée par le climat social et revendicatif agité du moment, en France.

L'inauguration en grandes pompes de la "Canopée". L'immense structure (18.000 écailles de verre, 7.000 tonnes de poutres métalliques) qui recouvre désormais le futur nouveau Forum des Halles, lui toujours en cours de réaménagement. Sitôt ce mastodonte architectural dévoilé au public, il a été investi par les intermittents du spectacle. Eux qui sont chroniquement mobilisés ne jouent pas un petit rôle dans le mouvement actuel de revendication (les "Nuits debout", etc.) parti de Paris et qui, depuis, a fait tache d'huile en province et même en Belgique.

Ces intermittents s'inquiètent notamment de l'avenir de leur régime d'assurance chômage. Il est déficitaire et doit être renégocié, d'ici à l'été – avec, sans doute, de douloureuses économies à la clé. L'occasion était donc trop belle, pour eux, de «prendre possession de cette énième vitrine clinquante de la Ville de Paris: plus d’un milliard d’euros de budget, dont 14% de dépassement» par rapport aux estimations initiales. L'occasion aussi, en ces temps de mobilisation de la jeunesse contre la précarité, de se montrer dans «une immense zone de chalandise qui regroupe nombre d’entreprises et de magasins qui exploitent au quotidien des précaires (étudiants, travailleurs pauvres, personnes sans papiers), obligés d’accepter des boulots pourris pour survivre».

Paris, Architecture, Urbanisme, Social, Activisme, CultureLe coup de force des intermittents, cela dit, s'il a fait grimacer des élus de Paris, n'a globalement pas gâché la fête. Ni n'a empêché les Parisiens d'affluer dans ce centre commercial qui, bientôt, sera complètement relifté.

Une méga opération urbanistique qui, on peut le noter au passage, ne réussit toujours pas à faire l'unanimité. La pompe et les flonflons des discours d'inauguration n'ont pas fait taire les critiques qui, depuis le début, accompagnent ce projet. A propos de son gigantisme, de son coût, de sa physionomie, et des nuisances que le chantier a entraînées, pour le quartier. Chantier débuté dès 2011, et qui ne s'achèvera pas avant 2018 – on n'a donc pas fini d'en parler.

19/01/2016

Un simple rappel à la loi

Arts, Culture, Justice, Musées, ActivismeSa garde à vue a été longue, mais, finalement, elle s'est conclue sans aucune suite judiciaire. Hier, la femme qui, ce week-end, devant le tableau "Olympia", s'était exhibée nue au musée d'Orsay – et que ce blog évoquait, hier – ne fera pas l'objet de poursuites. Elle a bénéficié d'un simple rappel à la loi, et a été remise en liberté. «Tout ça pour ça. On a voulu lui faire peur et l'intimider», n'en a pas moins dénoncé son avocat. Selon qui il est «urgent de réformer le texte réprimant l'exhibition sexuelle, pour ne pas confondre le geste d'un pervers sexuel et celui d'un artiste».

Dans l'immédiat, en tout cas, l'intéressée s'en tire bien. Puisque, théoriquement, sa «performance artistique» aurait pu la conduire en prison. Le Code pénal, en effet, punit (ici) d'un an d'emprisonnement et de 15.000 euros d'amende toute «exhibition sexuelle imposée à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public».

D'autres femmes, d'ailleurs, n'ont pas eu droit à une telle mansuétude. Ainsi, il y a un peu plus d'un an, la justice a condamné à un mois de prison avec sursis et 2000 euros d'amende une militante du groupe Femen jugée pour exhibition sexuelle. Quelques jours avant la Noël 2013, elle avait fait irruption, seins nus, dans l'église de la Madeleine, à Paris. Pour protester contre les projets de loi anti-IVG alors en préparation en Espagne. Le parquet avait requis jusqu'à quatre mois de prison (avec sursis) à son encontre. L'intéressée, à sa sortie du tribunal, s'était insurgée que son «acte militant féministe» soit qualifié d'exhibition sexuelle.

Arts, Culture, Justice, Musées, ActivismeOnt également été renvoyées en correctionnelle, pour le même motif, ses trois collègues activistes qui avaient fait sensation à l'ouverture du procès de Dominique Strauss-Kahn, en février dernier, à Lille. Elles s'étaient jetées sur sa voiture à son arrivée au palais de Justice, leurs corps maculés de slogans en faveur de la pénalisation des clients et des souteneurs des prostituées.

Rien de tel, donc, aucune poursuite en vue, concernant l'incident de ce week-end au musée d'Orsay.

Musée qui, au passage, avait vu juste. Pour sa fameuse exposition consacrée aux "Images de la prostitution, 1850-1910", celle-là même qui a servi de cadre à la «performance artistique» de samedi. Puisqu'une des affiches de promo de cette expo proclamait...: «Emmenez vos enfants voir des gens tout nus». Prémonitoire.

30/11/2015

Un climat de tension

Une fois de plus, hier, on n'a pas dû d'attendre que les flashs d'alerte des agences de presse tombent sur le smartphone pour savoir que ça chauffait à nouveau, dans notre quartier du onzième arrondissement. Il a suffi de tendre l'oreille. Il fallait vraiment être sourd pour ne pas entendre le concert incessant des sirènes de véhicules de police et le vacarme des hélicos tournoyant dans le ciel.

«Liberté! Liberté!». «Etat policier!». Quelques-uns des slogans que plusieurs centaines d'opposants à l'état d'urgence scandaient, dans l'après-midi, place de la République. Les deux tiers des rues du quartier étaient entièrement bloquées à la circulation. Sur la place elle-même, stationnaient plusieurs dizaines de fourgons de police et de CRS. Et, aux grilles de la station de métro, fermée, une grande banderole avait été accrochée. «Anti Cops 21», proclamait-elle. Dénonciation donc à la fois de la conférence onusienne qui s'est ouverte au Bourget ce matin et du dispositif policier qui est de mise depuis l'instauration de l'état d'urgence.

Très vite, l'atmosphère de l'esplanade, saturée de gaz lacrymogènes, est devenue irrespirable. Et, entre huées, coups de matraque, poubelles incendiées et jets de projectiles divers et variés, l'ambiance n'a pas tardé à dégénérer. En fin d'après-midi, les forces de l'ordre ont chargé. Plus de 300 «éléments perturbateurs», comme l'Elysée les a dénommés, ont été interpellés et placés en garde à vue. Dans le quartier, toutefois, les sirènes des véhicules de police ont résonné jusqu'à 21h30 passées.

Sans compter qu'ensuite, il n'a pas fallu attendre trois heures pour que, à nouveau,... la grosse agitation recommence. En cause, cette fois, la venue de Barack Obama (accompagné de François Hollande et de la maire de Paris, Anne Hidalgo) devant le Bataclan, pour s'y recueillir à la mémoire des victimes du 13 novembre. Une fois de plus, donc, ce fut le grand tohu-bohu sécuritaire, dans cette partie du onzième.

A une heure du matin, les dizaines de milliers de Parisiens du coin avaient droit, pour s'endormir, à la berceuse des rotors d'hélicoptères.

12/11/2015

«Un Tchernobyl politique »

Elections régionales, Activisme, FemmesMoins d'un mois avant les élections régionales. Sauf énorme surprise, comme tant de scrutins précédents, elles devraient être marquées par un fort taux d'abstention et l'ampleur du vote de protestation.

N'échappant pas à une habitude bien ancrée en France, il s'agira d'un scrutin qui fera la part belle aux hommes. A en croire les calculs effectués par un confrère, sur les 132 listes qui sont candidates, seules 28 sont menées par des femmes. Mais, en région parisienne, la féminisation des têtes de listes est un peu meilleure: 30%, contre 21% de moyenne nationale.

Paris et sa banlieue qui, en outre, accueillent ce qui est sans doute la liste la plus improbable du scrutin: celle «des drogués, des putes et des exclus». Elle regroupe des activistes venus de milieux très divers: des défenseurs des free party, des militants pour les droits des gays et assimilés, des partisans de la dépénalisation du cannabis, des prostitué(e)s réclamant le droit au «travail du sexe», des adhérents du Parti pirate, des écologistes en rupture avec leur parti, etc. FLUO est le nom de cette liste, acronyme de «Fédération libertaire unitaire ouverte». Selon son fondateur, «ce qu’on est en train de faire, c’est vraiment Tchernobyl dans le milieu politique». Au programme – encore en cours d'élaboration, via une démarche bien sûr participative – , figurent le «soutien aux cultures alternatives», la mise sur pied d'une coopérative régionale pour la transition énergétique, la «régulation expérimentale du marché du cannabis dans le champ de l’économie sociale et solidaire», ou l'octroi du droit de vote aux étrangers.

Autant d'idées si décalées par rapport au courant idéologique dominant que, à moins que, tout d'un coup, les électeurs aient envie de se lâcher, au soir du premier tour, les résultats de cette liste seront probablement plus gris que phosphorescents.

02/11/2015

Une impunité qui n'en finit pas

Cela s'est passé ce week-end en plein Paris, à Saint-Germain-des-Prés. Pendant quelques heures, la rue du Cherche-Midi a disparu. L'ONG Reporters sans frontières (RSF) l'a symboliquement rebaptisée, en placardant des étiquettes autocollantes sur le plaques de cette rue. A l'occasion de la Journée internationale de la fin de l'impunité des crimes commis contre des journalistes, qui est célébrée ce lundi..

L'ONG a rebaptisé douze rues de la capitale française où sont établies des ambassades de pays dans lesquels des journalistes ont été assassinés ou torturés, ou ont disparu. La rue du Cherche-Midi a été choisie car l'ambassade du Mali y est située. C'est dans le Nord de ce pays que, le 2 novembre 2013, il y a donc deux ans jour pour jour, Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été assassinés. Ils étaient les envoyés spéciaux de la radio RFI. Dès lors, RSF a rebaptisé la rue du Cherche-Midi "Rue Ghislaine Dupont-Claude Verlon". Ce lundi, le comité de soutien aux familles des deux journalistes va dénoncer les lenteurs de l'enquête et les carences de la coopération judiciaire franco-malienne.

«Plus de 90% des crimes commis contre les journalistes dans le monde ne sont jamais élucidés», rappelle RSF. Ces dix dernières années, 800 journalistes ont été tués dans l'exercice de leurs fonctions. Et rien qu'en cette année 2015, depuis le 1er janvier, 86 journalistes ou apparentés ont perdu la vie – la "Ville lumière" elle-même a vécu, si tragiquement, ce sinistre fléau: la tuerie, début janvier, à "Charlie Hebdo".

06/10/2015

Une cause pas si désespérée

Sainte Rita, patronne des causes désespérées, dit-on. Et bien non: pas si désespérées que cela, semble-t-il.

Pour preuve, la petite église qui, à Paris, est dédiée à cette sainte. Située dans le quinzième arrondissement, elle est fameuse pour les célébrations religieuses bien particulières qui s'y déroulent. Des bénédictions... d'animaux. Des milliers de chats, de chiens, de perruches et d'autres animaux de compagnie – un jour, on y vit même... un chameau – ont déjà été bénis à Sainte Rita. Qui, en plus, hier, a miraculeusement échappé à la démolition.

Elle fait l'objet d'un permis de démolir, au profit d'un immeuble de logements sociaux et d'un parking. Les travaux devaient commencer lundi. C'était compter sans la détermination des opposants à ce projet. Bien déterminés à «faire barrage de leurs corps» aux démolisseurs, ils ont réussi à leur faire rebrousser chemin. Finalement, le sort de la paroisse se jouera au tribunal.

Le plus comique était de voir, parmi ces manifestants, des élus de la droite sarkozyste parisienne. Membres, donc, d'un parti qui est toujours très prompt à condamner les trublions et autres sauvageons, mais qui, là, jouaient les gros bras. Bombant leur torse fièrement ceint de l'écharpe tricolore, ils promettaient, devant une nuée de caméras, d'aller jusqu'à s'opposer physiquement aux démolisseurs, s'ils osaient pénétrer dans l'église.

L'histoire ne dit pas si ces activistes si atypiques étaient prêts à aller jusqu'à arracher leurs chemises à ces pauvres ouvriers, comme à de vulgaires hauts dirigeants d'Air France, s'ils avaient tenté de forcer le passage.

11/09/2015

Une tension, à gauche aussi

La maire de Paris, Anne Hidalgo (PS), a annoncé hier la création de 540 places d'hébergement supplémentaires à l'attention des réfugiés. Elles seront aménagées dans six centres répartis dans la capitale. En juin, déjà, 1450 de ces migrants avaient été pris en charge par la ville, après l'évacuation par la police de plusieurs campements qu'ils avaient aménagés sur la voie publique – à Stalingrad, notamment.

Un bon millier de ces étrangers, toutefois, étaient restés sur le carreau. Ils campent depuis trois mois quai d'Austerlitz, et même sur le parvis de la mairie du 18e arrondissement, depuis quelques jours. Eux ne sont ni Syriens, ni Irakiens, mais Africains pour la plupart: essentiellement venus du Soudan, de Somalie ou d'Erythrée. Les laisser à la rue, alors que d'autres sont pris en charge? Délicat, politiquement et en termes d'image. Dès lors, ces étrangers-là y compris bénéficieront eux aussi des nouvelles capacités d'hébergement déployées à l'occasion de l'arrivée des déplacés du Moyen-Orient. «C'est une question de morale» qu'une telle égalité de traitement, a justifié la maire.

Qui, hier, n'a pas lésiné sur les grands couplets humanistes. Est-ce lié? Mardi soir, elle avait été prise à partie, sur sa gauche, concernant ce dossier.

Cela s'est passé dans notre onzième arrondissement, au Cirque d'Hiver précisément. Le PS y tenait un grand meeting consacré à ce thème des réfugiés – en compagnie, comme il se doit, de quelques people: Virginie Ledoyen, Jamel Debbouze ou Jane Birkin. A trois reprises, et notamment quand Anne Hidalgo discourait à la tribune, la réunion a été perturbée. Par des interventions d'activistes de collectifs associatifs venant en aide aux migrants parisiens regroupés dans ces campements de fortune (ici, notamment). Les trublions, avant d'être évacués sans ménagement par le service d'ordre du parti, ont eu le temps de brandir des banderoles et de scander des slogans hostiles au PS, auquel ils reprochent une «hypocrisie» et un réveil très tardif, sur ce dossier. «Hidalgo ne fait rien!», «Honte au PS!», «Ça suffit, ça suffit! Préfecture et mairie, tenez vos promesses!», «Ceci est un cirque!», a-t-on, ainsi, pu entendre.

Cela a évidemment jeté un froid, dans l'assemblée. Et a confirmé, si besoin, que la droite n'était pas la seule famille politique où cette question des migrants suscite des tensions et des divisions internes: c'est le cas à gauche également.

09/12/2014

Un «produit toxique»

Un coup d'éclat à Paris hier, lié à un fleuron de la culture belge. La bande dessinée, en l'occurrence. Et en particulier Tintin, et le débat lancinant sur les relents racistes que d'aucuns prêtent aux premiers albums que publia Hergé chez Casterman, dans les années 30.

Au magasin FNAC du Forum des Halles, le «Groupe d’intervention contre le racisme» a mené un raid contre «Tintin au Congo». Une cinquantaine de ses militants ont, sur tous les albums de cette BD qui figuraient en rayons, apposé des stickers où l'on pouvait lire: «Produit toxique, relents racistes, peut nuire à la santé mentale». Le fait que cette action militante survienne à ce moment de l'année ne doit bien sûr rien au hasard: il s'agit de toucher le plus de consommateurs possibles, en cette période de fêtes «où l’on vend le plus d’albums pour la jeunesse».

Depuis deux ans, les anti-«Tintin au Congo» français réclament aux éditions Casterman et à la société Moulinsart qu'elles insèrent dans cette BD un encart avertissant les lecteurs de son caractère «raciste et colonialiste». Leur requête s'est toujours heurtée à un mur. Les éditeurs de Tintin basent leur refus sur une décision de la justice belge, qui, en 2012, a débouté un étudiant congolais porteur de la même demande. Au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, en revanche, les albums «Tintin au Congo» sont vendus précédés d'une préface ou accompagnés d'un bandeau avertissant les lecteurs du contexte historique et idéologique particulier de l'époque où ils ont été créés.

A moins que, par extraordinaire, cela nous ait échappé, la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, n'a pas réagi à cette action, ni à cette requête. Elle se tait même dans toutes les langues. Evidemment, s'agissant en France d'un sujet bien trop brûlant pour permettre des postures politiques consensuelles.

13/10/2014

Un canular (d'un goût douteux)?

Paris, Communication, ActivismeDes jours et des jours que l'on voit son visage, placardé un peu partout dans notre onzième arrondissement. Dans certains quartiers même, son portrait est systématiquement affiché sur tous les feux de signalisation. Pas plus tard que ce matin, d'ailleurs, apercevant une nouvelle fois dans les rues les images de cette bonne bouille rieuse, on s'est pris à compatir à son sort. Mais peut-être s'est-on fait du souci pour rien.

Loïc Demarais. Présenté comme étant âgé de 25 ans et porté disparu depuis début septembre. Sur les avis de recherche qui ont été placardés dans tout Paris le concernant, destinés à retrouver sa trace, figure un numéro de portable. Selon le journal «Le Parisien» de ce matin, le portrait de ce Loïc a été affiché dans d'autres villes que Paris. Pareillement, des avis de recherche pour d'autres jeunes disparus (une Aurélie, une Olivia, une Angélique, un Julien, etc.) sont également apparus dernièrement, un peu partout dans le pays. Tous ces avis de disparition renvoient au même portable mais qui ne répond jamais, et qui serait même un faux numéro. Et pour cause: tout cela, en fait, pourrait n'être... qu'un vaste canular.

Le point commun de tous ces jeunes présumés disparus est qu'ils exercent une profession dans le monde des arts de la scène. Ainsi, l'affichette relative à Loïc Demarais précise qu'il est technicien lumières. Du coup, l'hypothèse qui circule est que ces avis de disparition en cascade émanent, en fait, de la remuante Coordination des intermittents et des précaires – les activistes qui luttent sans relâche (là) contre la dernière réforme en date du régime d'indemnisation du chômage. Les personnes présentées sur ces avis de recherche seraient fictives. La mise en scène de leur prétendue disparition viserait à sensibiliser l'opinion à la menace de disparition que la réforme du statut des intermittents ferait peser sur tous ces métiers du spectacle.

A ce stade, la Coordination dément toute initiative de la sorte. Si d'aventure elle venait à être confirmée – les autorités sont en train d'enquêter –, on serait en droit de la trouver d'assez mauvais goût. Le contexte social et économique du moment est déjà assez anxiogène et déprimant comme cela, pour en plus venir inquiéter les gens pour rien, en propageant de telles fausses nouvelles.

10/09/2014

Un air de déjà-vu

Personnalités, Cinéma, Etrangers, Gouvernement, Activisme, Social, ParisDes stars de cinéma qui se mobilisent pour les sans-papiers. Cela a un côté furieusement «vintage», qui rappelera des souvenirs aux lecteurs les plus âgés de ce blog. Ceux qui n'ont pas oublié ces images mémorables de l'année 1996, quand Emmanuelle Béart avait été embarquée par les CRS expulsant les sans-papiers de l'église Saint-Bernard, dans le quartier de la Goutte d'Or.

Cela a un petit air de déjà-vu, donc, mais cela revient visiblement à la mode.

Pour preuve, hier, les membres du «Collectif des cinéastes pour les sans papiers» (voir , par exemple) ont pris fait et cause pour des travailleurs immigrés en lutte dont on avait parlé avant les vacances (relire ici): les employés des secteurs de l'onglerie et des salons de beauté afro, qui, depuis des semaines maintenant, luttent (voir , par exemple) pour leurs droits, dans le quartier Château d'Eau. Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement, des comédiens comme Mathieu Amalric, Josiane Balasko, Régis Wargnier, Jeanne Balibar ou Romain Goupil ont réclamé l'attribution de titres de séjour à ces travailleurs «victimes d'esclavage moderne» – plusieurs de ces sans-papiers ont déposé plainte contre leurs employeurs pour, outre faillite frauduleuse et travail dissimulé, traite d'êtres humains.

La nouvelle ministre de la Culture, Fleur Pellerin, n'a, bien sûr, pas réagi. Passionnée des nouvelles technologies, elle devait probablement, au même moment, être davantage intéressée par le show médiatique mondial d'Apple.

Chacun, sans doute, se donne les priorités qu'il peut/veut.

19/06/2014

Une cible de choix

Paris, Culture, Musique, Social, Architecture, ActivismeNouveau coup d'éclat des intermittents du spectacle, à Paris hier. Après avoir occupé, l'autre jour, l'Opéra Bastille, ils ont envahi le chantier de La Philarmonie: l'immense temple de la musique symphonique en cours de construction, portes de Pantin et de La Villette. Ils y ont notamment déployé des banderoles en son sommet, qui ont été vues par des dizaines de milliers d'automobilistes circulant sur le boulevard périphérique situé en contrebas. Et, perchés sur le toit du petit matin jusqu'à la fin de l'après-midi, ils ont nargué les CRS.

Le choix de cette cible ne doit sans doute rien au hasard. On reproche aux intermittents leur régime spécifique d'assurance chômage, déficitaire et donc ruineux pour le contribuable? Mais La Philarmonie elle-même, projet financé par l'Etat et la Ville de Paris, est «un vrai florilège de tout ce qu'il ne faut pas faire, dans la conduite d'un grand équipement public».

Ainsi l'avait qualifié l'auteur du rapport que la commission des finances du Sénat lui avait consacré, en 2012. Pour preuve, son budget prévisionnel est passé de 150 millions d'euros, au début des années 2000, à... plus de 380 millions, aujourd'hui. Soit «une inflation des coûts exorbitante», dixit la Cour des comptes. Pour qui «on pouvait tout aussi bien défendre le principe d'un projet plus sobre, plus économe, limité à la construction d'une grande salle de concerts et jouant en synergie avec les autres espaces du parc de La Villette», la Cité de la Musique singulièrement.

Paris, Culture, Musique, Social, Architecture, ActivismeMais non, on a préféré un «chantier pharaonique» (un bâtiment de plus de 50 mètres de hauteur, etc.), comme le qualifient les intermittents du spectacle. Qui, dans ces conditions, l'ont un peu mauvaise qu'on vienne leur donner des leçons de bonne gestion des deniers publics.

En prime, à en croire ces manifestants, hier, sur ce chantier, ils ont découvert «de nombreux travailleurs roumains, slovaques, polonais, espagnols, portugais, allemands, belges, avec ou sans papiers, intérimaires pour beaucoup d'entre eux». Qui leur «ont fait part de leurs conditions de travail proches de l'esclavage, comme des ouvriers polonais payés 4€ de l'heure».

L'histoire ne dit pas si c'est à un tel tarif horaire que les opposants au régime des intermittents voudraient que ceux-ci soient rémunérés.

10/06/2014

Un amalgame, de l'autre côté cette fois

Activisme, Personnalités, Valls, Sarkozy «NI VALLS NI LE PEN». C'est l'inscription en lettres capitales et en format géant qu'un quidam a laissée, ce week-end, sur le rideau métallique d'un commerce du boulevard Richard Lenoir, dans notre onzième arrondissement.

Comme on aperçoit ce tag depuis la fenêtre de notre bureau, on peut témoigner que bon nombre de passants, le découvrant, tombent en arrêt. S'interpellent à son sujet. Se marrent ou s'offusquent. Voire le prennent en photo. Bref, il ne passe pas inaperçu.

Cela rappelle ces affiches qui, pendant la campagne présidentielle de 2007, avaient, une nuit, fleuri sur les murs de Paris. Elles disaient «Votez Le Pen», mais, sous ce slogan, montraient... le visage de Nicolas Sarkozy. Manière, pour les associations de gauche à l'origine de cette campagne, de dénoncer l'ultra-droitisation du candidat de la droite. A l'époque, cet amalgame entre droite et extrême droite avait fait grand bruit.

Pour la petite histoire, Nicolas Sarkozy y avait plutôt habilement réagi. Au lieu de monter lui-même au créneau – ce qui aurait donné encore plus d'écho à cette initiative –, il avait envoyé au front l'auteur du cliché utilisé sur ces affiches: un grand photographe de mode. Qui avait menacé les associations d'un procès, pour avoir utilisé l'image sans en détenir ni les droits d'auteur, ni l'autorisation de son créateur. Craignant d'être condamnés à des dommages et intérêts astronomiques, les anti-sarkozystes avaient dû mettre fin à leur campagne d'affichage – son visuel n'en avait pas moins connu un grand succès sur le net.

Une demi-douzaine d'années plus tard, donc, rebelote. Avec cette fois, le nom Le Pen qui se réfère non au père, mais à la fille. Et qui est accolé à une personnalité étiquetée non plus à droite, mais à gauche. Pas sûr que l'intéressé d'aujourd'hui appréciera davantage que celui d'hier.

09/06/2014

Une irruption parisienne

Ce conflit social avait jusqu'à présent la province pour cadre, mais, ce week-end, il a soudainement fait irruption à Paris. Samedi soir, à la surprise générale, une centaine d'intermittents du spectacle, de travailleurs précaires et de chômeurs ont mené une opération d'«occupation de l’Opéra Bastille». Ils ont pris la scène d'assaut, y ont déployé une banderole de solidarité envers leurs collègues grévistes du festival des Printemps des Comédiens, à Montpellier, puis ont tenu une assemblée générale sur le plateau même. Cela a beaucoup retardé le début de la représentation du jour: «La Traviata» – dont la première, mercredi dernier, à l’opéra de Montpellier, avait déjà dû être annulée.

Les intermittents protestent () contre la réforme de leur régime d'indemnisation de chômage. Plus globalement, ils veulent «en finir avec les politiques d’austérité et la casse sociale généralisée». Ils ont déposé un préavis de grève national pour tout le mois de juin. Le gouvernement est tétanisé à l'idée que la saison des festivals soit perturbée – comme cela avait été le cas en 2003: le festival d'Avignon et les Francofolies de La Rochelle, notamment, avaient dû être annulés. Manuel Valls, ce week-end, a donc nommé un médiateur, le priant de trouver une solution dans les quinze jours.

Si tel n'est pas le cas, cela risque bien de devenir le feuilleton politique et social, brûlant, de l'été.

12/05/2014

Une «sécurisation citoyenne»

Après Lille ou Lyon, c'est à Paris que, ce week-end, l'organisation d'extrême droite Bloc identitaire a procédé à une «tournée de sécurisation», dans le métro. Une trentaine de membres de ce groupement a patrouillé – joué les gros bras, en somme – sur plusieurs lignes de métro de la capitale. Selon eux, la police n'a «plus les moyens d'assurer la sécurité» du public, a fortiori dans «un lieu associé à l'insécurité» que serait le réseau de transports publics. «Face à ce déferlement d’ultra-violence, face à l’insécurité qui règne dans notre pays et en particulier dans les transports en commun», ces «initiatives de solidarité populaire face à la racaille» auraient toute leur légitimité. Il s'agirait de «montrer à la population que les citoyens prennent en charge la sécurité de leurs frères et de leurs sœurs».

Ni la police, ni même la RATP n'avaient été avertis d'une telle initiative. Ses organisateurs exploitent sans doute la marge d'interprétation que permet la loi, en la matière. Si elle impose que soient déclarés aux autorités, préalablement à leur tenue, «tous cortèges, défilés et rassemblements de personnes, et, d'une façon générale, toutes manifestations sur la voie publique», elle permet que soient «dispensées de cette déclaration, les sorties sur la voie publique conformes aux usages locaux». On imagine que, dans l'esprit des Identitaires, le fait de simplement prendre le métro en groupe, fût-ce dans une configuration destinée à intimider, s'inscrit dans ces «usages locaux».

Il n'empêche, les participants à ces «tournées de sécurisation» risquent gros. Il suffirait que l'un ou l'autre de ces individus soit, dans de telles circonstances, pris en flagrant délit de port d'armes (un simple couteau suffirait), pour que tout le groupe tombe sous le coup de la législation (, par exemple) réprimant les milices privées.

D'autant que la loi anti-milices vise particulièrement les groupes qui «provoquent à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée». Or, évidemment, le terme de «racaille», qu'aiment tant utiliser ces Identitaires, vise prioritairement un type particulier de population: celle issue de l'immigration.

 

PS: S'il est besoin de le rappeler, ce discours sur des transports publics parisiens qui seraient en proie à une «ultra-violence» en explosion est, malgré deux faits divers récents (relire ici), démenti par les chiffres de l'insécurité (on l'a déjà écrit, dans ce blog: ).

09/04/2014

Un «humour décomplexé»

«Voler des poules, c’est cool». «Une petite pièce, pour ma Mercedes». «Plutôt voleur que travailleur». «Des bidonvilles pour tous». «+ d'enfants = +d'argent».

Quelques-uns parmi les slogans entendus place de la République, hier midi. A l'occasion d'un «happening militant» organisé à la faveur de la Journée internationale des Roms. Ce sont des jeunes Roms eux-mêmes qui ont scandé ces slogans. Car, aux yeux d'un responsable des «Enfants du Canal», l'association à l’origine de la manifestation, le fait que les intéressés eux-mêmes reprennent de façon ironique les accusations dont ils sont si souvent l'objet «est le meilleur moyen pour tordre le cou aux préjugés qui circulent à l’égard des Roms». Des préjugés qui ont la vie dure: «A chaque publication dans les médias au sujet de cette population, nous retrouvons toujours ces mêmes clichés, dans les commentaires des internautes: les Roms ont de belles voitures, les Roms sont des voleurs de poules… Ce midi, nous avons également prouvé que les Roms savent manier l’humour, être décomplexés, et qu’ils ont la volonté de s’intégrer».

Moins drôle: lundi, un habitant de Paris a été jugé en correctionnelle, pour avoir agressé un couple de Roms qui campait sur le trottoir en bas de chez lui. Non loin, d'ailleurs, de cette même place de la République. L'individu était poursuivi pour violences volontaires. En janvier, il avait aspergé le matelas de ces Roms d'un produit corrosif à base d'eau de Javel, qu'il avait fabriqué lui-même. A la barre, sa défense a certifié qu'il ne fallait pas voir la moindre connotation raciste à son geste. Juste l'exaspération, qui serait légitime, d'un riverain confronté trop souvent à ce type de cohabitation avec des SDF. Trois mois de prison avec sursis n'en ont pas moins été requis contre lui, ainsi qu'une amende de 1500€.

27/01/2014

Une colère, primaire

Paris, Activisme, GouvernementNotre quartier Bastille en a déjà beaucoup vu, en termes de manifestations. Dimanche en début d'après-midi, pourtant, il a subi un vacarme sonore d'un niveau absolument assourdissant, qu'on ne lui avait plus infligé depuis nombre d'années. De toute évidence, les participants au cortège du «Jour de colère», qui a démarré à Bastille hier, n'avaient pas reçu l'instruction de la préfecture de veiller au nombre de décibels. Eux-mêmes ont dû en convenir, alors qu'ils sont si volontiers complotistes, et donc prompts à voir des machinations partout – spécialement en haut lieu.

Pour ce qu'on en a vu, dans notre onzième arrondissement, c'était le rassemblement des anti-tout: anti-Hollande, anti-taxes, anti-IVG, anti-mariage gay, anti-étrangers, anti-Europe, anti-Israël, anti-justice, anti-éoliennes, anti-francs-maçons, anti-médias, etc. Il a charrié des slogans, des calicots et des propos si homophobes, sexistes, racistes et antisémites qu'on serait bien en peine d'en écrire quelques-uns, pour illustrer: on serait passible de poursuites.

Pour, tout de même, donner une idée du niveau, si primaire, de cette colère: cette pancarte aperçue près de Bastille: «Hollande est un nain con pétant». Et, pendant toute l'après-midi, ces slogans qui ont dénoncé une «dictature» («Hollande, dictature!», «Dictature socialiste!», etc.). Une dictature, donc: effarante perte de repères politiques, historiques, et donc culturels.

A son issue, dans les beaux quartiers, la manifestation a dégénéré en violentes échauffourées. Bilan? Pas mal de casse, 250 trublions interpellés, 19 policiers blessés.

Si l'on juge un pays à l'aune du succès de foule remporté par ce genre de manif' (plus de 15.000 participants), la France est vraiment loin, elle va vraiment mal.

18/10/2013

Une invasion identitaire

Activisme, Paris, Racisme, Etrangers, Sécurité C'est sans doute le degré zéro de l'engagement politique, mais cela donne un résultat assez visible, donc c'est bon au moins pour la notoriété: placarder l'espace public de stickers vantant telle ou telle idée. L'extrême droite (comme l'extrême gauche, d'ailleurs) a souvent recours à ce genre de procédé, et c'est particulièrement le cas de sa mouvance dite «identitaire».

Ainsi, depuis plusieurs années maintenant (on en a déjà parlé jadis dans ce blog: ici), à intervalles réguliers, ses militants effectuent des descentes sur Paris. Et y maculent des quartiers entiers de leurs slogans indignés.

On vient encore d'en faire l'expérience dans notre quartier St Sébastien/St-Sabin. Où, depuis quelques jours, on ne peut plus faire un pas sans tomber sur leur propagande identitaire. Cela donne, par exemple, des slogans aussi accueillants que «Vivre ensemble, oui mais sans eux!», ou «Défends-toi. Ici, c'est chez toi».

Activisme, Paris, Racisme, Etrangers, Sécurité Les Parisiens ont toujours très peu voté à l'extrême droite: beaucoup moins que la moyenne nationale française. Et c'est particulièrement le cas dans les quartiers bobos-chics-branchés comme le onzième arrondissement. Pas sûr, dès lors, que cet investissement militant des «Identitaires» soit très rentable électoralement, dans des quartiers comme le nôtre en tout cas.

Sans doute ces colleurs de stickers en sont-ils les premiers conscients, mais cela ne les empêche pas de persévérer dans ce genre d'opération.

Qui leur donne aussi la possibilité de rebondir et de s'exprimer sur des faits d'actualité. Ainsi, dans cette dernière vague de collages en date, nos «Identitaires» ont bien veillé à mettre en valeur leurs stickers prônant l'autodéfense. Du style: «Oui à l'autodéfense: défendre son commerce n'est pas un crime!»

Activisme, Paris, Racisme, Etrangers, Sécurité Cela fait bien sûr allusion au dramatique fait divers qui s'est produit à Nice, dernièrement: un commerçant qui a tué à coups de fusil un jeune qui venait de braquer son magasin. Ce sticker en faveur de l'autodéfense renvoie d'ailleurs directement à la section locale des Identitaires de Nice, dont il donne l'adresse complète.

En exposant aussi visiblement leur origine géographique, ces colleurs militants s'exposent à ce que les Parisiens qui n'adhèrent pas à leurs idées leur retournent en pleine face, et cette fois à leur détriment, leur propre slogan: «Vivre ensemble, oui mais sans eux!»

30/09/2013

Une pudibonderie médiatique, déplacée

femmes,activisme,médias,sécurité,sociétéComme chaque année (relire ici), maigre couverture médiatique, ce week-end en France, de la troisième édition de la «SlutWalk». Sans doute parce que les médias décrètent que rien que l'intitulé de ce mouvement, la «Marche des salopes», est cru au point d'être indicible.

Curieuse pudibonderie, tout de même, à l'heure où tant de programmes de ces mêmes médias dégoulinent de vulgarité – passons.

Comme ce fut le cas dans nombre de villes étrangères, cette Marche s'est tenue à Paris mais aussi dans des villes de province comme Bordeaux, Clermont-Ferrand, Lille, Lyon, Rouen, Toulouse ou Strasbourg. L'intitulé provoc' du mouvement renvoie au qualificatif qui, pas rarement, est attribué aux femmes victimes de violences sexuelles et qui se voient reprocher de les avoir favorisées par leur accoutrement ou leur comportement. A Paris, des participantes au cortège, qui a défilé jusqu'au Panthéon, arboraient parfois un short ou un soutien-gorge apparent. Sur leurs pancartes, des slogans comme «Ceci est une jupe, pas une invitation», «Non, c'est non», «Un viol n'est jamais ni consenti, ni provoqué, ni de la faute de la victime», ou «La honte doit changer de camp».

En France, «il y a encore beaucoup de progrès à faire», a témoigné une organisatrice de la manifestation. Des progrès dans l'accueil et la considération des victimes de violences sexuelles, et dans le regard porté sur elles par la société. A assez bien résumé l'ampleur des progrès encore a accomplir, le témoignage, à l'agence AFP, d'une étudiante de 23 ans ayant manifesté à Lille. Victime d'un viol, elle en a parlé à ses amis. «A l'époque, certains m'ont demandé comment j'étais habillée. J'ai expliqué que je portais un jean et un T-shirt. On m'a répondu: "Ah, dans ce cas, ce n'est pas normal"».

On aurait aimé voir genre de témoignage davantage répercuté dans les médias, ce week-end.