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03/09/2015

Un chaos évité (pour l'instant)

Le pire avait été annoncé aujourd'hui, en termes de circulation et de déplacement dans Paris et sa région. En effet, un millier de tracteurs d'agriculteurs et d'éleveurs en colère, venus de tout le pays, ont convergé vers la capitale, dans le but de bloquer complètement son accès. Et bien non, finalement: comme déjà lors de manifestations de ce type organisées ces dernières années (relire par exemple ici ou ), ce n'est pas le chaos annoncé. Pas au moment d'écrire ces lignes, en tout cas.

Car les Parisiens et banlieusards motorisés ont très largement appliqué les consignes de la préfecture de police. Elle avait instamment recommandé que, dans la mesure du possible, ils laissent leur véhicule au garage, ce jeudi. Résultat, on a dénombré ce matin infiniment moins de bouchons qu'à l'habitude, dans la capitale et à ses alentours. Une cinquantaine de kilomètres de retenues seulement, environ (voir ). C'est quatre voire cinq fois fois moins qu'en temps normal.

Mais c'est peu dire que les autorités demeurent sur les dents. Car le restant de la journée ne va pas forcément se dérouler sans mal.

Localement, et à l'échelle de notre onzième arrondissement parisien, l'accumulation de tous ces tracteurs place de la Nation – qui était leur lieu final de destination – risque de ne pas être facile à gérer. Principalement, Manuel Valls reçoit ce midi les manifestants. Son gouvernement va faire un geste en leur faveur, mais évidemment pas leur lâcher les trois milliards d'euros qu'ils réclament. Or, certains parmi ces agriculteurs ont déjà prévenu que, s'ils n'obtenaient pas gain de cause, ils ne retourneraient pas ce soir dans leurs campagnes. Mais resteraient à Paris, le temps qu'il faudrait.

C'est là que la situation pourrait finir par s'échauffer.

28/02/2013

Une préférence nationale

Faisons écho tout de même à cette petite nouvelle agro-alimentaire tombée en début de semaine, qui a été un peu éclipsée par tout le buzz autour des tribulations politico-judiciaires de ce petit cochon littéraire, qu'on évoquait dans ce blog hier et avant-hier. Une nouvelle qui concerne la France, mais aussi la Belgique. Et qui n'est pas trop bonne pour l'agriculture de ce dernier pays.

Puisque McDonald's-France vient d'annoncer que, d'ici à la fin 2013, dans ses 1 260 fast-food de l'Hexagone, on ne servirait plus que des frites 100% françaises. Aujourd'hui, 70% seulement de ces frites viennent de France, les 30% restants provenant de Belgique.

Ce changement entraînera la plantation en France – principalement dans les départements du Nord et du Pas de Calais – de 4 000 hectares supplémentaires de cultures dévolus à la pomme terre. Et fera passer de 250 à 350 le nombre d'agriculteurs français sous contrat avec Mc Cain: le groupe qui fournit les frites surgelées à la filiale française du géant américain du burger. En revanche, ce sera une perte sèche pour les cultivateurs belges concernés.

A moins que cela nous ait échappé, l'ambassadeur de France à Bruxelles n'a pas été convoqué au ministère belge des Affaires étrangères, pour y être sermonné.

02/08/2011

Un joli coup de com'

C'est LA grosse nouvelle de cet été 2011 en France, à en juger à l'incroyable écho qu'elle a eu ces quinze derniers jours dans les médias, ici. On veut parler du passage de 11 à 17 euros du montant de l'amende pour stationnement impayé ou irrégulier. Cette majoration est entrée en vigueur lundi; cela faisait un quart de siècle que la contredanse n'avait pas augmenté. Cette mauvaise nouvelle pour des millions d'automobilistes a donné une idée assez farce de campagne de com' aux... producteurs de prunes!

Car, il fallait y penser: dans le langage courant, en français de France en tout cas – en français de Belgique, on ne se souvient plus trop, mais on ne croit pas –, les amendes de stationnement sont rebaptisées des «prunes». Du coup, les producteurs de ces fruits ont sauté sur l'occasion pour faire la pub de leurs produits. Comment? Jusqu'au 30 septembre, ils proposent tout simplement... le remboursement des PV de stationnement! Il suffit d'aller sur la page dédiée de leur site web, qui proclame d'ailleurs fièrement: «Chaque jour, la Prune de nos terroirs rembourse 3 PV». Là, l'automobiliste verbalisé répond à un petit quizz sur ces fruits. S'il obtient cinq bonnes réponses et est tiré au sort, les producteurs français de Reine-Claude, de Quetsche ou de mirabelles lui envoient un virement correspondant au montant de son amende.

Bravo aux pubards qui ont conçu cette campagne de com': rien qu'au vu du retentissement médiatique qu'elle a eu ces derniers jours, elle est un succès. Qui sait la popularité probable d'une telle initiative auprès des automobilistes se répercutera-t-elle même, cet été, sur les chiffres de vente de cette filière agricole – l'Hexagone produit chaque année, singulièrement dans le Sud-Ouest, 75 000 tonnes de prunes, ce qui n'est tout de même pas rien.

16/06/2011

Une «sécheresse sans précédent»

pochoirCIEL.jpg«Regarde le ciel», nous conseillait ce matin, sur le chemin du bureau, un pochoir aperçu sur le bitume, dans notre quartier du onzième arrondissement. On se disait que l'auteur de ce slogan avait bien raison. On a toujours trouvé incomparablement déstressant de s'octroyer une petite pause pour contempler le ciel, qu'il soit uniformément azur ou rempli de nuages. Les Parisiens, souvent si énervés, devraient faire cela plus souvent.

Ciel changeant voire un peu morose cela dit sur Paris, ces derniers jours. En le constatant ce matin, on se prenait à déjà regretter le printemps si sublimement estival auquel on a eu droit. Puis, on s'est ravisé: pensant à tous ces gens qui, dans cette région aussi, ont été très heureux qu'il pleuve un peu.

Car, oui, la région parisienne – en dépit de la caricature qu'on s'en fait souvent à l'étranger (en gros: la «Ville lumière» entourée de banlieues horribles et délinquantes) –, a elle aussi son agriculture. Et donc des gens qui, actuellement, sont touchés de plein fouet par la sécheresse. Très exactement 228.000 hectares du territoire de la région-capitale sont consacrés à l'agriculture: pour 60% à la culture des céréales. Ce paysage risque de ne pas perdurer éternellement. Selon la chambre régionale de l'agriculture (ici), «100.000 hectares de terres fertiles ont disparu en l’espace de 50 ans au profit de l’expansion parisienne. Ces dernières années, ce sont 1 300 hectares de terres agricoles qui sont transformées chaque année en espaces urbains».

Et, cette année, ces agriculteurs parisiens souffrent eux aussi de la sécheresse. Sécheresse qui ne date pas d'hier, du reste: cela fait plusieurs années (relire ici, par exemple) que sont mal en point les nappes phréatiques de la grande banlieue Est de Paris, qui alimentent la capitale en eau. Mais cette année, les céréaliers de l'Essonne, des Yvelines et du Val d'Oise trinquent plus que jamais. Ils estiment que le manque d'eau leur a déjà fait perdre... 40% de leur production! L'autre jour, la majorité de gauche qui gouverne la région parisienne a été sommée par la droite de réagir de manière «immédiate et adaptée» à cette «sécheresse sans précédent», en étant «aux côtés des agriculteurs». L'UMP demande au Conseil régional «de mettre en place une aide au transport et à l'achat de fourrage, d'intervenir auprès des banques pour bonifier les prêts aux agriculteurs, et de participer financièrement à la création de bassins de stockage des écoulements d'eau».

nuagesencore.jpgEn guise de chute à cette note, quelques précisions qu'en bon Parisien moyen, donc indécrottablement urbain, on trouve délicieusement bucoliques. L'agriculture de la région parisienne est la première productrice nationale de cresson, de persil et d'azalées, et la deuxième pour ce qui concerne les plantes en pot. Elle produit aussi d'énormes quantités de «pois protéagineux» et de «féverole» – on ne voit pas même ce que c'est, donc rien que ces noms nous semblent furieusement exotiques.

24/02/2011

Une découverte, ou pas

gouttes-de-rosee-sur-les-feuilles_497.jpgAujourd'hui, parlons un peu des merveilles de la recherche française. Et d'un sujet moins sinistre que ceux des jours précédents – cela ne pourra pas faire de mal. Un sujet néanmoins assez existentiel: peut-on... se passer de sexe?

Peut-on se passer de sexe... quand on est une plante, précisons illico, au risque d'en décevoir certain(e)s. «Les plantes peuvent-elles se passer de sexe?», c'est, en effet, la question que se sont posée des chercheurs de l'Institut français de recherche agronomique (INRA) – on connaît des thésards qui, en ce moment, passent leurs nuits à faire des recherches sur des sujets moins libidineux. Un communiqué de l'INRA, pas peu fier, l'a annoncé hier: ces travaux sur la sexualité (ou l'a-sexualité, comme on veut) végétale viennent d'être publiés dans le prestigieux journal «Science». «Les plantes peuvent-elles se passer de sexe?», donc. Si on a bien compris, la réponse est oui. Certes, en règle générale, «la majorité des plantes, notamment des plantes cultivées, se reproduisent sexuellement». Mais, mais, mais... «certaines espèces produisent des graines différemment, par un processus asexué nommé apomixie. Les descendants ainsi produits sont des clones identiques à leur mère». Pas si anecdotique comme découverte, puisque «l'introduction de l'apomixie chez les plantes cultivées représenterait une révolution. Elle permettrait de multiplier à l'identique n'importe quelle plante intéressante sur le plan agronomique». Trop chouette, donc, l'apomixie.

Les lecteurs qui voudraient en savoir plus sur cette merveille du monde végétal liront cela ici. Les autres, qui auraient l'impression d'avoir perdu leur temps en lisant les lignes qui précèdent, peut-être s'en consoleront avec cette autre info que l'on a apprise hier, concernant cette fois la sexualité humaine.

Entendu sur une radio française, qui en faisait ses choux gras: «13 millions de dollars: c'est le prix de sexe.com, le domaine internet le plus cher du monde». Sur le podium des noms de domaine les plus onéreux, viennent ensuite vodka.com (3 millions de dollars) et pizza.com (2,6 millions). Comme concluait bien le confrère, «c'est beaucoup plus éclairant (sur le genre humain) qu'un long traité de sociologie». Et cela confirme que l'apomixie, pour l'heure en tout cas, est réservée au monde végétal, loin des trivialités du genre humain. Mais cela, assurément, ce n'est pas une découverte.

13/01/2011

Une solution?

neigedansparis.jpgDes tracteurs dans les rues de Paris et de sa région. Pour, en hiver, les déneiger et sortir les voitures des fossés. Et donc éviter que le moindre épisode neigeux ne provoque à nouveau une immense pagaille. Comme cela avait été le cas fin décembre, quand 10 cm de flocons avaient suffi à paralyser la circulation dans une bonne partie de la capitale et de sa région. Des tracteurs dans Paris? Ce serait très bucolique. Voire carrément exotique. Inimaginable? Non: le projet existe. Qui sait sera-t-il même évoqué en fin de journée à l'Elysée, où, à 18 heures ce jeudi, Nicolas Sarkozy reçoit le nouveau dirigeant du premier syndicat agricole, la FNSEA.

 

«Neige: les agriculteurs ont la solution!», avait claironné, la semaine dernière, la chambre d'agriculture de la région parisienne. Pour qui cette nouvelle mission de déneigement qui serait confiée aux agriculteurs constituerait utilement, pour ces derniers, «un complément de revenus, compensant des cours des matières premières fluctuants et difficilement prévisibles». L'utilisation de tracteurs comme chasse-neige, en fait, ne serait pas vraiment une première. Dans les années 90, en effet, certains départements avaient eu ponctuellement recours à des agriculteurs pour dégager des routes enneigées – en échange d'une indemnisation moyenne de 1000€ par jour. Et, depuis l’hiver dernier, le département de l'Eure et Loir (Région Centre) a équipé les tracteurs d'agriculteurs de lames leur permettant de mener à bien cette tâche. La chambre d'agriculture vient donc de proposer aux préfets et aux présidents de départements de la région parisienne «de réfléchir ensemble à la façon dont pourrait être décliné un tel projet» dans la capitale et sa banlieue.

 

Deux problèmes, tout de même. D'abord, ce serait rémunérer des particuliers pour des tâches qu'on leur confierait alors qu'elles sont censées incomber aux pouvoirs publics et être déjà financées par les contribuables. Ensuite, ce serait transférer de l'Etat aux départements la charge financière du dégagement des routes en cas d'épisodes neigeux importants.

 

Mais sans doute les automobilistes qui, l'autre jour, ont passé une nuit blanche à se geler dans leur voiture jugeront-ils que ces deux problèmes ne sont que des détails technocratiques sans importance. Et, sans doute, si on avait été à leur place lors de cette nuit infernale, serait-on de cet avis aussi.

28/04/2010

Un «favoritisme»

Gros succès médiatique pour la méga-descente de tracteurs sur Paris, hier. Un indéniable succès public, aussi. On l’a vu y compris le long des grands boulevards de notre onzième arrondissement: les Parisiens, fréquemment, ont accueilli avec des applaudissements et des encouragements les milliers de céréaliers venus défiler dans la capitale. Le caractère si visuel de leur démonstration de force a aussi plu, ici. Ainsi, on a vu des gamins se faire prendre en photos, très excités devant des tracteurs dont les roues étaient aussi grandes qu’eux.

 

Cela dit, toute la corporation agricole n’était pas dans la rue. Témoins, ces récriminations entendues hier dans la bouche d’un responsable de la Confédération paysanne. Ce syndicat minoritaire, nettement moins proche du pouvoir que la FNSEA – le syndicat majoritaire, organisateur de la journée d’hier, et lui plutôt à droite –, n’a pas défilé. Il soupçonne les grands céréaliers de vouloir continuer à bénéficier sans distinction de leur rente de situation. Alors que la Confédération, elle, plaide pour une redistribution des aides au secteur en fonction de critères comme les particularités régionales ou les efforts faits en matière environnementale.

 

Hier, les amis de José Bové, jadis figure de proue de la Confédération, ont même fustigé le «favoritisme» dont bénéficerait la FNSEA, de la part des forces de l’ordre. Plus d’un millier des tracteurs de ce syndicat ont reçu l’autorisation de défiler dans Paris. Alors que, lors d’un précédent coup médiatique, la Confédération, elle, avait dû redoubler de ruses et de stratagèmes (recours à une bétonnière, etc.) pour déjouer la surveillance des autorités et parvenir à symboliquement positionner un seul et unique tracteur sous la Tour Eiffel. «C’est clairement la règle du deux poids, deux mesures», dénonçait hier un syndicaliste de la Confédération.

 

Plutôt que de voir leurs tracteurs autorisés eux aussi à défiler sur les grands boulevards de la Ville Lumière, les amis de José Bové doivent se contenter de gestes symboliques. Ainsi, c’est sans le moindre problème que, dernièrement, la préfecture de police de Paris a accepté leurs distributions gratuites de produits laitiers aux habitants, place de la République notamment. Et, il n’y a pas si longtemps, l’alors secrétaire d’Etat à l’Environnement, Nathalie Kosciusko-Morizet, avait claqué la bise à José Bové devant une nuée de caméras, à la sortie de négociations ministérielles. A l’époque, d’ailleurs, cette marque publique d’affection ministérielle envers un faucheur d’OGM multirécidiviste n’avait pas été appréciée à l’UMP. Et depuis, Nathalie Kosciusko-Morizet a été mutée: elle n’est plus que secrétaire d'Etat en charge «de la prospective et du développement de l'économie numérique». Assurément un secteur politique moins sensible que l’agriculture.

27/04/2010

Une descente

tracteur.jpgPuisqu’on parlait d’embouteillages dans la note d’hier, on s’était dit qu’aujourd’hui, on se féliciterait une fois de plus et plus que jamais d’être un Parisien non-motorisé. Ce mardi, en effet, une congestion automobile d’une ampleur historique est annoncée dans la capitale française. Où 10.000 agriculteurs céréaliers, juchés sur 1.300 tracteurs, ont décidé de converger pour dénoncer la dégradation de la situation économique de leur secteur. Nos quartiers de l’Est parisien sont particulièrement concernés par cette alerte noire aux embouteillages. Puisque cet immense cortège agricole est programmé, entre 10h30 et 15 heures, sur l’axe Nation-République-Bastille – axe déjà chroniquement saturé. Ce mardi, dès lors, s’annonçait comme une infernale journée de coups de klaxon, d’embouteillages, d’énervements et de pollution massive.

 

Et bien, non. Pas pour l’instant et pas dans notre quartier, en tout cas. C’était stupéfiant ce matin, dans les rues des environs de Bastille: elles étaient presque désertes et silencieuses comme un dimanche. N’était le vacarme des rotors des hélicoptères des forces de sécurité tournoyant déjà dans le ciel, on aurait presque entendu le chant des oiseaux. Sur le chemin du bureau, à peine a-t-on croisé quelques automobiles. Car nombre de Parisiens et de banlieusards, visiblement, ont laissé la voiture au garage aujourd'hui, de peur d’être coincés pendant des heures dans les inextricables embouteillages que promettait cette descente d’agriculteurs sur la capitale.

 

Au passage, ce défilé de tracteurs sera une merveilleuse leçon de choses pour les enfants de la capitale, dont la plupart n’ont l’occasion de voir ce genre de véhicules qu’une fois par an, au grand Salon de l’agriculture.