Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

08/04/2016

Un court-circuit, symptomatique

C'était couru d'avance, mais, visiblement, la mairie de Paris n'avait pas anticipé cela. La principale actualité de la semaine, dans la "Ville lumière", a été quelque peu court-circuitée par le climat social et revendicatif agité du moment, en France.

L'inauguration en grandes pompes de la "Canopée". L'immense structure (18.000 écailles de verre, 7.000 tonnes de poutres métalliques) qui recouvre désormais le futur nouveau Forum des Halles, lui toujours en cours de réaménagement. Sitôt ce mastodonte architectural dévoilé au public, il a été investi par les intermittents du spectacle. Eux qui sont chroniquement mobilisés ne jouent pas un petit rôle dans le mouvement actuel de revendication (les "Nuits debout", etc.) parti de Paris et qui, depuis, a fait tache d'huile en province et même en Belgique.

Ces intermittents s'inquiètent notamment de l'avenir de leur régime d'assurance chômage. Il est déficitaire et doit être renégocié, d'ici à l'été – avec, sans doute, de douloureuses économies à la clé. L'occasion était donc trop belle, pour eux, de «prendre possession de cette énième vitrine clinquante de la Ville de Paris: plus d’un milliard d’euros de budget, dont 14% de dépassement» par rapport aux estimations initiales. L'occasion aussi, en ces temps de mobilisation de la jeunesse contre la précarité, de se montrer dans «une immense zone de chalandise qui regroupe nombre d’entreprises et de magasins qui exploitent au quotidien des précaires (étudiants, travailleurs pauvres, personnes sans papiers), obligés d’accepter des boulots pourris pour survivre».

Paris, Architecture, Urbanisme, Social, Activisme, CultureLe coup de force des intermittents, cela dit, s'il a fait grimacer des élus de Paris, n'a globalement pas gâché la fête. Ni n'a empêché les Parisiens d'affluer dans ce centre commercial qui, bientôt, sera complètement relifté.

Une méga opération urbanistique qui, on peut le noter au passage, ne réussit toujours pas à faire l'unanimité. La pompe et les flonflons des discours d'inauguration n'ont pas fait taire les critiques qui, depuis le début, accompagnent ce projet. A propos de son gigantisme, de son coût, de sa physionomie, et des nuisances que le chantier a entraînées, pour le quartier. Chantier débuté dès 2011, et qui ne s'achèvera pas avant 2018 – on n'a donc pas fini d'en parler.

29/05/2015

Un fameux désaveu

Elle peine, décidément, dans les grands dossiers d'urbanisme: Anne Hidalgo.

La maire PS de Paris vient de se faire mettre en minorité, concernant le projet très controversé d'agrandissement du stade de Roland Garros (relire , par exemple). Malgré son avis défavorable, les élus parisiens ont voté deux textes des Verts (voir ici), réclamant qu'on ne passe pas en force, sur ce dossier. C'est une fameuse gifle, pour la maire de Paris.

Une de plus. Elle qui, pareillement, avait déjà subi un identique désaveu à propos du projet de l'immense Tour Triangle. Et qui s'était pris un camouflet de la Justice dans le dossier emblématique de la nouvelle Samaritaine.

Anne Hidalgo fait semblant de rien. Pour preuve, comme si de rien n'était, le site web de la mairie, dès sa page d'accueil, fait toujours une pub faramineuse pour ce futur nouveau Roland Garros. Et, sur ce site, il faut vraiment bien chercher avant de trouver trace de ce vote en forme de camouflet. La maire compte sur Manuel Valls pour, malgré cette hostilité, délivrer les permis de bâtir. Les opposants au projet, eux, espèrent toujours que la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, sorte de son silence, sur ce dossier: monte au filet, en somme.

Pendant ce temps, jeu set et match, le tournoi de tennis bat son plein.

06/01/2015

Un nouveau délai, un nouvel affront

Anne Hidalgo se prend décidément une gifle après l'autre, en matière d'urbanisme et d'architecture. Quelques semaines après avoir dû mettre entre parenthèses le projet de méga-Tour Triangle, la maire de Paris a subi hier un nouvel affront relatif cette fois à la future nouvelle Samaritaine. Certes, la rénovation des anciens grands magasins de la rue de Rivoli est un projet privé: du groupe de luxe LVMH – qui met d'ailleurs le paquet pour la cause: près d'un demi-milliard d'euros de budget. Mais il a toujours été soutenu à bout de bras par la maire de Paris et par son équipe.

Qui, dès lors, ont fait la grimace, hier. Puisque le chantier a subi un nouveau coup d'arrêt. Au printemps, déjà, le tribunal administratif, saisi par des associations de défense du patrimoine, l'avait fait cesser (relire ). A l'automne, la cour d'appel avait permis qu'il reprenne. Mais cet hiver, hier, la même cour a confirmé l'annulation d'un des permis de construire litigieux, et a donc de nouveau suspendu les travaux – lire par exemple ici et . C'est encore et toujours l'esthétique, très contemporaine, du bâtiment de la rue de Rivoli qui pose problème.

A présent, c'est le Conseil d'Etat qui va se saisir du dossier, et le trancher en dernier ressort. Cela prendra au minimum plusieurs semaines, voire probablement quelques mois. Résultat des courses: les anciens grands magasins ne sont pas près de rouvrir, eux qui sont pourtant fermés depuis 2005 déjà. Au tout début, leur réouverture était envisagée pour 2013. Puis, on parla de 2015. A présent, ce n'est pas prévu avant 2017. Au plus tôt.

Là encore, donc, sur ce dossier comme sur celui qu'évoquait ce blog hier, on n'est pas sorti de l'auberge.

15/12/2014

Une si longue attente

Sept ans. Il aura donc fallu sept ans pour que le Musée de l'Histoire de l'Immigration soit inauguré: ce soir, par François Hollande. Il est ouvert depuis la fin 2007, mais jamais il n'avait eu droit à la moindre consécration officielle. Avant lui, aucune autre grande institution culturelle parisienne n'avait bien sûr jamais été traitée de la sorte.

Le si long délai avant cette reconnaissance s'explique par la thématique du musée, qui entend souligner les apports des migrants à la société française. C'était le projet qu'avait lancé jadis Jacques Chirac. Mais il aboutit alors que, à l'Elysée, venait d'être élu un Nicolas Sarkozy qui mit d'emblée la barre à droite toute, sur les questions d'immigration (l'époque Eric Besson, ministre «de l'Immigration et de l'Identité nationale», etc.). Dès lors, jamais il ne voulut inaugurer ce musée. Il faut dire que le comité scientifique qui l'encadre a connu pas mal de dissensions, notamment d'ordre politique. Enfin, pendant plusieurs semaines, l'immeuble fut occupé par des centaines d'étrangers sans-papiers y revendiquant leur régularisation, ce qui acheva de le rendre définitivement infréquentable, aux yeux des gouvernants.

Sept ans plus tard, donc, ce lundi, l'institution est enfin honorée officiellement. Qui sait cela attirera-t-il l'attention du grand public sur ce musée, qui, trouve-t-on, le mérite bien.

Pour son contenu, d'abord. On y a déjà vu l'une ou l'autre exposition thématique bien intéressante. Pour le contenant, ensuite. Le Palais de la Porte Dorée, qui l'accueille, est une splendeur de l'Art déco (notamment son bas-relief, sublime, de plus de 1000 m2). Et il a été si bien restauré qu'il fait désormais partie, à notre avis, des plus beaux édifices monumentaux de la capitale.

04/12/2014

Un lifting bien nécessaire

Cela fait très longtemps qu'à Paris l'on parlait de ce chantier, mais c'est hier seulement qu'il a été officiellement confirmé. Il ne sera pas mince, puisqu'il engloutira la bagatelle de 192 millions d'euros de budget, et s'étalera sur 27 mois. Et il concernera un des édifices les plus emblématiques de la "Ville lumière", connu même dans le monde entier.

A savoir, la Grande Arche de la Défense. Qui, vingt-cinq ans après son inauguration, a mal vieilli. Cela fait plusieurs années déjà que son toit est inaccessible, à cause d'un accident survenu dans un des ascenseurs y menant. Les dalles de marbre qui décorent l'extérieur de l'édifice sont branlantes. Certains de leurs éléments se décrochent même, parfois – on en a été témoin, la dernière fois qu'on a pique-niqué d'un sandwich, sur l'esplanade... – , ce qui a nécessité la pose de filets de sécurité. Sans parler de l'amiante qu'on trouve dans le bâtiment. Enfin, ce colosse est particulièrement énergivore et donc pas du tout environnementalement correct. Alors que, paradoxe, il héberge notamment une partie des services... du ministère de l'Ecologie.

Bref, la Grande Arche va être complètement remise à neuf, et l'on promet même monts et merveilles: la création d’une promenade "Entre ciel et Terre" sur son toit, etc. (voire ).

Au passage, l'ampleur des moyens qu'il faut consacrer à ce chantier confirme que, décidément, on n'a jamais fini de payer la facture des grands travaux parisiens de l'ère Mitterrand. Ce qu'avait déjà montré le dépérissement pitoyable, toutes ces dernières années, de l'Opéra Bastille. Qui lui aussi a terriblement mal vieilli, et dont le chantier de rénovation (relire ici ou ) a coûté un fameux paquet de millions.

18/11/2014

Un vieux réflexe, si primaire

Les hommes, décidément, ne changent pas. Les mâles, veut-on dire. On a pu le remarquer une nouvelle fois dans les commentaires médiatiques consacrés à la séance agitée qu'a vécue le Conseil de Paris, hier midi. Si par extraordinaire cela vous avait échappé, le fameux projet de Tour Triangle, que ce blog a déjà beaucoup évoqué, a été rejeté, par 83 voix contre 78. Mais la maire, Anne Hidalgo, a introduit un recours contre ce vote. Car, alors que le scrutin avait été déclaré secret, les opposants à la tour (dont la sarkozyste Nathalie Kosciusko-Morizet), protestant contre cette procédure opaque, ont exhibé leurs bulletins de vote devant les caméras. Du coup, aux yeux d'Anne Hidalgo, le scrutin est entaché d'irrégularité et son résultat doit être annulé.

Beaucoup d'agitation sur le sujet dans les médias pendant toute l'après-midi hier, et pendant toute la soirée, et ce matin encore. Avec, tel un réflexe pavlovien, à nouveau ces mêmes ricanements à connotation sexiste, dans la bouche de commentateurs masculins.

Ces railleries à propos de «ce duel de femmes impitoyable» Morizet vs Hidalgo. Un «crêpage de chignons» mâlement analysé avec des sourires en coin, sur le mode «Ca chauffe, décidément», quand la politique est faite par des femmes. On a même eu droit, dans ces doctes éditoriaux, à un «C'est une Espagnole!». Lancé par un commentateur goguenard faisant référence aux origines ibères de la maire, donc bien dans la lignée des clichés les plus éculés sur les Espagnols par nature au sang chaud.

Tout au long de la campagne pour les élections municipales, déjà (relire ), la lutte de ces deux femmes pour le fauteuil de maire avait eu droit à une abondance de commentaires et de réflexions machistes.

Rien ne change, somme toute.

14/11/2014

Un chantier «insupportable»

Alors que l'on s'approche du moment fatidique de la décision – début de la semaine prochaine – concernant la construction, ou non, de la fameuse Tour Triangle (voir ), le plus gros chantier urbanistique de l'ère Delanoë fait reparler de lui. A savoir, le réaménagement du Forum des Halles, dans le quartier Châtelet. Un projet gigantesque s'il en est, puisque son coût total dépasse le milliard d'euros et qu'il nécessite au moins huit années de très lourds travaux.

Paris, UrbanismeOn reparle de ce chantier, parce que ses riverains n'en peuvent visiblement plus. Cela fait déjà quatre années qu'ils le subissent. Outre qu'il est mouvementé (relire ici), il se déroule parfois y compris en soirée, la nuit et le week-end. A leurs yeux, cet aménagement en cours provoque des nuisances qui ont acquis désormais un «caractère insupportable». Une pétition a donc été lancée, à l'attention de la mairie, en vue d'obtenir des dédommagements pour les dommages subis. Au bénéfice des particuliers habitant le quartier, elle réclame le remboursement des taxes locales qu'ils ont payées en 2013. S'agissant des commerçants des environs immédiats du chantier, «dont la survie est menacée» du fait des perturbations qu'il entraîne, une compensation financière est demandée, correspondant à la chute de leur chiffre d'affaires.

La mairie n'a pas encore réagi. Sûr qu'elle va accueillir de gaieté de coeur ces revendications financières, elle qui se débat déjà dans une situation budgétaire très tendue.

12/11/2014

Un geste fort, un site impressionnant

Histoire, Architecture, PatrimoineOn ne manquera pas, à l'occasion, d'aller jeter un oeil, in situ, au monument qu'a inauguré François Hollande hier, dans le cadre des cérémonies du 11 novembre. «L'Anneau de la mémoire». Il est signé par l'architecte Philippe Prost. Et est situé aux confins du Pas de Calais, à Ablain-Saint Nazaire: entre Arras, Liévin et Béthune.

Architecturalement, le geste est spectaculaire. Un immense anneau de 345 mètres de périmètre, constitué de plaques de métal hautes de trois mètres. Il s'étend sur une parcelle de deux hectares, et se déploie par moments entre ciel et terre, littéralement: suspendu dans les airs, se jouant des déclivités du terrain. Sur les flancs de cet anneau, ont été gravés les noms des quelque 579.000 soldats qui, pendant la Première guerre mondiale, sont tombés dans les régions de l'Artois et de la Flandre française.

Politiquement, le monument a pris le parti de ne pas faire de tri entre les nationalités de ces morts. «L'Anneau de la mémoire», dès lors, rend hommage également à des soldats allemands. Cette démarche réconciliatrice, trans-frontières, si elle a été couramment utilisée à l'étranger, dans nombre de monuments aux morts, est assez nouvelle s'agissant de la France.

Cet édifice, en tout cas, conférera encore plus d'intérêt et de valeur au site, plus vaste encore, qui l'accueille: la Nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette. Depuis près de cent ans, 45.000 militaires y reposent.

Histoire, Architecture, PatrimoineOn en a éprouvé la sensation chaque fois qu'on s'y est rendu: c'est un lieu vraiment impressionnant.

Par la thématique douloureuse qu'il incarne, bien sûr. Mais aussi par le silence, inouï, qui y règne.

Et par son immensité, au coeur de plaines surgies de nulle part, à longueur d'années battues par les vents. Et qui exsudent une infinie désolation, parfaitement à l'image de ce que fut cette fracture sanglante de l'Histoire.

22/10/2014

Une probable mise au frigo

Architecture, Urbanisme, ParisCela ressemble furieusement à un enterrement de première classe.

Au début de l'été, semblait enfin sortir des limbes le vieux et fameux projet de la Tour Triangle: un immeuble de 42 étages et 180 mètres de haut à construire dans le quinzième arrondissement de Paris – on avait évoqué cela à l'époque: relire . Mais, à présent, ses promoteurs sont sans doute en train de déchanter. En début de semaine, en effet, la maire de Paris, Anne Hidalgo (PS), a tenu des propos qui ne sont pas de nature à leur donner espoir que cette méga-tour sera prochainement construite.

Plus précisément, elle a confirmé qu'elle ne tiendrait pas rigueur à ses alliés Verts de voter contre ce projet, lors du Conseil de Paris de la mi-novembre. A titre personnel, la maire est favorable à la tour. Mais l'accord de majorité qu'elle a signé avec les écologistes avant le second tour des élections municipales avait, dès le départ, acté le différend des deux partenaires, sur le sujet. Depuis, aucun des deux alliés n'a changé d'avis. Bien forcée de le constater («C'est le jeu de la démocratie...»), Anne Hidalgo, du coup, vient de confirmer que le prochain vote en sens contraire des élus parisiens PS et Verts sur la question n'affecterait pas la poursuite de leur alliance de majorité. Le mois prochain, donc, les écolos joindront leurs votes hostiles à ceux des élus de droite et du centre, qui s'opposent eux aussi à cette construction. Dès lors, on voit mal comment le projet ne s'en trouverait pas enterré pour un bon bout de temps.

C'est l'ex-maire, Bertrand Delanoë, qui doit faire la grimace, lui qui était favorable à cette tour. A moins que, à présent, tout ces débats urbanistiques parigo-parisiens lui semblent bien gris et accessoires. Vus depuis son exil balnéaire sur les rivages ensoleillés de Tunisie, à Bizerte – l'heureux homme.

25/06/2014

Un débat (un peu) rouvert

Paris, Urbanisme, ArchitectureC'est une petite phrase qui n'est pas passée inaperçue, dans les milieux de l'architecture et de l'urbanisme à Paris. Elle concerne les immeubles de grande hauteur. Un tabou, dans la «Ville lumière», a fortiori depuis la construction, en 1976, de l'assez hideuse tour Montparnasse (210 mètres de haut). Petite phrase qu'a prononcée cette semaine la maire, Anne Hidalgo: «Je ne fais pas des tours une obsession ou un tabou». Et son adjoint au Logement d'ajouter, encore plus explicitement: «Nous ne nous interdisons pas de recourir à des immeubles de 50 mètres. Hauteur ne rime pas avec dégradation de la qualité de la vie».

On pourrait en rester là, pour le moment. En effet, le sujet est très sensible chez les écologistes, qui font partie de la majorité municipale.

En tout cas, le «Pacte logement pour tous» qu'a présenté la maire lundi ne s'avance guère sur l'autorisation éventuelle de la construction de gratte-ciel. Tout au plus glisse-t-il, au passage, que «la question de la hauteur (des bâtiments) mérite d'être à nouveau posée aujourd'hui». Et rappelle-t-il que «surélever le bâti» est «une longue tradition parisienne: depuis Henri IV et jusqu'aux années 1970, les règles en matière de hauteur des immeubles parisiens n'ont cessé d'évoluer».

Paris, Urbanisme, ArchitectureCes velléités de relancer le débat permettent, en tout cas, de signaler que s'est enfin débloqué, au printemps, le dossier d'une tour que la crise économique avait, depuis plusieurs années, mis entre parenthèses: la Tour Triangle. A la mi-mai, en effet, une demande de permis de construire a officiellement été déposée, pour ce projet de gratte-ciel de 42 étages et 180 mètres de haut, que le groupe Unibail-Rodamco souhaite édifier dans le quinzième arrondissement. Ce dossier est donc désormais en cours d'instruction à la mairie.

Ce projet pourrait bien rester à jamais – ou un bon bout de temps, à tout le moins – à l'état de vue de l'esprit. Les riverains continuent d'être très remontés (là) contre lui, y voyant «un fiasco urbanistique». Et le bon score réalisé par les Verts aux dernières élections municipales ne plaide a priori pas beaucoup en faveur de son éventuelle autorisation.

19/06/2014

Une cible de choix

Paris, Culture, Musique, Social, Architecture, ActivismeNouveau coup d'éclat des intermittents du spectacle, à Paris hier. Après avoir occupé, l'autre jour, l'Opéra Bastille, ils ont envahi le chantier de La Philarmonie: l'immense temple de la musique symphonique en cours de construction, portes de Pantin et de La Villette. Ils y ont notamment déployé des banderoles en son sommet, qui ont été vues par des dizaines de milliers d'automobilistes circulant sur le boulevard périphérique situé en contrebas. Et, perchés sur le toit du petit matin jusqu'à la fin de l'après-midi, ils ont nargué les CRS.

Le choix de cette cible ne doit sans doute rien au hasard. On reproche aux intermittents leur régime spécifique d'assurance chômage, déficitaire et donc ruineux pour le contribuable? Mais La Philarmonie elle-même, projet financé par l'Etat et la Ville de Paris, est «un vrai florilège de tout ce qu'il ne faut pas faire, dans la conduite d'un grand équipement public».

Ainsi l'avait qualifié l'auteur du rapport que la commission des finances du Sénat lui avait consacré, en 2012. Pour preuve, son budget prévisionnel est passé de 150 millions d'euros, au début des années 2000, à... plus de 380 millions, aujourd'hui. Soit «une inflation des coûts exorbitante», dixit la Cour des comptes. Pour qui «on pouvait tout aussi bien défendre le principe d'un projet plus sobre, plus économe, limité à la construction d'une grande salle de concerts et jouant en synergie avec les autres espaces du parc de La Villette», la Cité de la Musique singulièrement.

Paris, Culture, Musique, Social, Architecture, ActivismeMais non, on a préféré un «chantier pharaonique» (un bâtiment de plus de 50 mètres de hauteur, etc.), comme le qualifient les intermittents du spectacle. Qui, dans ces conditions, l'ont un peu mauvaise qu'on vienne leur donner des leçons de bonne gestion des deniers publics.

En prime, à en croire ces manifestants, hier, sur ce chantier, ils ont découvert «de nombreux travailleurs roumains, slovaques, polonais, espagnols, portugais, allemands, belges, avec ou sans papiers, intérimaires pour beaucoup d'entre eux». Qui leur «ont fait part de leurs conditions de travail proches de l'esclavage, comme des ouvriers polonais payés 4€ de l'heure».

L'histoire ne dit pas si c'est à un tel tarif horaire que les opposants au régime des intermittents voudraient que ceux-ci soient rémunérés.

14/05/2014

Une gifle, qui fait grand bruit

C'est la victoire du pot de terre contre le pot de fer. Victoire à laquelle pas grand monde ne s'attendait, et donc qui a fait grand bruit à Paris, hier après-midi. Le tribunal administratif a annulé l'un des permis de construire de l'immense chantier de réaffectation des anciens grands magasins de La Samaritaine, projet dont on avait encore parlé dernièrement (relire ici).

Ce sont deux associations de défense du patrimoine (ici et ) qui avaient introduit le recours accepté mardi. Il concernait la partie du chantier jouxtant la rue de Rivoli, que les requérants trouvait «dénaturée» par une spectaculaire façade ondulante de verre (visible ), prévue dans le projet. Or, le plan local d'urbanisme interdit formellement toute «rupture» architecturale avec le tissu urbain environnant. Les concepteurs du projet, eux, vantaient, une «enveloppe (qui) réinterprète, avec son mouvement ondulatoire, le rythme vertical des façades parisiennes», et «réfléchit allégoriquement la pierre haussmannienne des immeubles alentour». Les juges, s'ils ont salué les qualités architecturales de l'ensemble envisagé, ont considéré que cette façade ondulante était bel et bien «dissonante» par rapport aux édifices voisins, majoritairement en pierre de taille.

Les plaignants, aux anges, voient dans ce jugement «une grande victoire pour l'avenir de Paris, dont les nouvelles constructions devront s'intégrer dans le tissu urbain». La mairie, qui s'opposait à ces recours, va faire appel de la décision. Qui est une fameuse gifle pour elle, tout comme pour le groupe de luxe LVMH: propriétaire des lieux, et qui finance à grands frais (460 millions d'euros) le projet.

La partie concernée du chantier est à l'arrêt, l'appel du jugement n'étant pas suspensif. Tout comme n'était pas suspensif le recours qu'avaient introduit les opposants au projet. Ce qui, ces dernières semaines, a permis... la démolition d'une bonne partie des bâtiments du XIXe siècle, aux façades préhaussmanniennes, dont la sauvegarde était précisément demandée.

06/05/2014

Une réaction, enfin

Publicité, Paris, Patrimoine, Architecture, CultureIl était grand temps. Le ministère de la Culture commence enfin à se bouger. Contre les publicités géantes qui, y compris en plein coeur du Paris historique, défigurent le patrimoine monumental classé. Alors que nombre d'exemples (relire ici, ou ) ont montré que les autorités ont été très permissives, en la matière.

C'est notamment le cas place des Vosges, une des plus belles places de Paris. Depuis 2012, une bâche publicitaire géante (110 m² de surface) vante une célèbre multinationale de l'électronique. Elle est apposée sur un hôtel particulier qui est en cours de rénovation. La régie gérant cet emplacement publicitaire très en vue espérait obtenir une nouvelle autorisation, lui permettant de conserver cette bâche jusqu'à la fin juin, voire en juillet et en août aussi. Hier soir, le ministère de la Culture a fait savoir qu'il n'en était pas question.

A en croire un fonctionnaire de la Culture cité par le quotidien «Le Parisien», «la ministre s'est penchée sur le dossier, et nous a dit: il faut la retirer, elle n'est absolument pas nécessaire. La bâche est restée suffisamment longtemps pour financer les travaux, qui ont pris du retard». La réclame devrait donc être démontée dès demain mercredi.

Il était temps.

Pas de quoi pavoiser, cela dit, pour les autorités. Elles n'ont laissé que trop longtemps ce dossier, et d'autres de cet acabit, traîner.

06/12/2012

Un si grand homme

Dans une autre vie, on aurait sauté dans le premier taxi, ce matin. Après avoir été réveillé par la radio annonçant la mort d'Oscar Niemeyer. Le taxi, direction Roissy. Puis le premier avion pour Brasilia. Une dizaine d'heures plus tard, on aurait à nouveau poussé les portes de cette sublime cathédrale que le grand architecte brésilien y construisit, notamment. Sûr que, comme il y a longtemps, on aurait une fois de plus été subjugué par la lumière bleutée diffusée par ses vitraux. Un bleu si beau qu'il donne envie de croire en Dieu.

Plus prosaïquement, on sera attentif, ces prochains jours, aux annonces que fera le Parti communiste français. Puisque son chef, ce matin sur une autre radio, a promis qu'en hommage au Brésilien, il organiserait des journées portes ouvertes: pour que les Parisiens puissent visiter le siège de ce parti, place du Colonel Fabien, que l'on doit aussi à Niemeyer. Allez-y, si vous en avez l'occasion. Depuis son toit, on a l'impression d'être sur une vague gracieuse de béton, qui contemple la ville. Et, en son coeur, dans la salle du comité central, on ne peut qu'être impressionné par les dizaines de milliers de petites plaquettes métalliques qui ornent la voûte de son grand dôme.

En attendant, on a ressorti ce matin, du fin fond de notre bibliothèque, «Les Courbes du Temps»: la version française des Mémoires de l'architecte, qui parut chez Gallimard en 1999. Chacune de ses pages est agrémentée de croquis, touchants, du grand hommme. Qui y conte notamment ses années à Paris, ses rencontres avec Sartre, Genet, Aron ou Malraux, et son amour pour cette ville. Pour la Seine, aussi, qui revient plusieurs fois dans ses lignes. La Seine «qui coule tranquillement, indifférente à la vie et aux hommes», la Seine «avec ses bateaux et ses ponts, illuminée et miroitante comme un tableau de Monet».

19/09/2012

Une visite particulière

La présentation cette semaine – aux autorités et aux médias – du nouveau département du musée du Louvre. Consacré aux Arts de l'Islam, il ouvrira samedi au grand public. Pour ne s'attacher qu'au contenant, il est marqué par un spectaculaire geste architectural. Ces collections, en effet, sont abritées sous une vaste verrière ondulante, qui surplombe la Cour Visconti: «voile doré de verre et de métal, qui respecte les façades historiques tout en ornant le bâtiment d'un élément d'une grande originalité». Pour la direction du Louvre, ces 2800 m2 de nouveaux espaces d'exposition et la manière dont on les a agencés représentent «une étape décisive dans l'histoire architecturale du palais et dans le développement du musée, plus de vingt ans après la création de la Grande pyramide» de Ieoh Ming Pei.

C'est l'aboutissement d'un projet vieux de plus de dix ans. Projet que Jacques Chirac, quand il était aux affaires, avait toujours appuyé.

Aujourd'hui, cependant, les médecins et l'entourage de l'ancien Président (1995-2007) l'ont jugé trop affaibli pour qu'il participe aux cérémonies et autres mondanités d'inauguration du nouveau lieu. Aussi, très discrètement, à la fin de la semaine dernière, une visite guidée particulière a été organisée rien qu'à son attention. Il a donc eu tout le loisir de découvrir les lieux à son rythme, en compagnie du grand patron du Louvre ainsi que de la ministre de la Culture. Et loin des caméras.

09/07/2010

Un lauréat

projetturenne.jpgLe mois dernier, on avait évoqué (ici) le concours lancé par la mairie, visant à faire récompenser par les Parisiens «le meilleur de l’architecture contemporaine». Le concours a donné lieu à près de 30.000 votes sur le web. Ce premier «Prix Grand Public des Architectures Contemporaines» vient d'être décerné. Et il montre qu'à, l'occasion, les gens font preuve d'une certaine audace dans leurs choix architecturaux. En effet, l'immeuble récompensé est loin d'être anodin et consensuel.

 

Il est situé dans le coeur historique du Marais et accueille des logements sociaux. La partie la plus spectaculaire du projet a consisté à greffer une espèce de carcasse de métal cuivré, «comme un voilage aux reflets changeants», sur un vaste mur pignon auparavant complètement nu, sale, inutilisé et décrépit – comme on en voit tant à Paris. L'ajout de cette cuirasse métallique, «hommage à l'architecture du fer à Paris», a donné du volume à l'édifice, ce qui a permis d'agrandir les logements et de les relier par un réseau de balcons et de coursives. «La peau métallique, au-delà de l'homogénéisation de la façade, joue aussi le rôle de brise-soleil, de ventilation naturelle (diminution de 5°C dans les logements) et préserve l'intimité». Cette architecture contemporaine ne fait pas l'unanimité dans le quartier. Pour preuve, certains défenseurs du patrimoine, déroutés par cette si inhabituelle cuirasse métallique, ont rebaptisé l'immeuble «Le cuirassé Potemkine».

On peut, en effet, être séduit ou pas par la forme architecturale de ce projet lauréat. Nous en tout cas, s'agissant de sa finalité, à savoir implanter des logements sociaux y compris dans un quartier devenu aussi aisé que le Marais, on applaudit des deux mains. Si Paris s'était souciée depuis plus longtemps de la mixité sociale sur son territoire, le fossé ne serait pas, comme aujourd'hui, si béant entre arrondissements richissimes et quartiers défavorisés.

09/06/2010

Un embellissement (impossible?)

Puisqu'on parlait hier d'architecture à Paris, le bâtiment le plus péniblement voyant (et le plus haut: 56 étages, 210 mètres) de cette ville pourrait bénéficier d'un lifting. On parle bien sûr de la tour Montparnasse. Fin mai, l'assemblée générale des (300!) copropriétaires de ce gratte-ciel a examiné un projet de rénovation prévoyant notamment le remplacement de sa façade, l'ajout de quelques centaines de m2 de bureaux, et la création, entre l'édifice et la gare Montparnasse, d'une galerie commerciale recouverte d'une verrière. Le tout étant destiné à faire de la tour et de ses environs «le moteur de la rive gauche de demain». Mais nombre de copropriétaires seraient effrayés par le coût du chantier, d'autant que l'édifice, ces dernières années, a déjà dû être désamianté. Dès lors, à supposer que l'accord à ce projet soit un jour donné, il faudra certainement encore plusieurs années avant qu'il soit mené à bien.

Les Parisiens devront donc vraisemblablement supporter longtemps encore la vue de ce mastodonte de verre et de béton. A l'époque où il avait été achevé, en 1973, il s'agissait de la plus haute tour d'Europe occidentale. Dix ans de débats houleux et autant d'années de chantier avaient précédé son inauguration. C'était André Malraux en personne, ministre de la Culture à l'époque, qui avait prôné son érection. Un gâchis urbanistique paradoxal, dans le chef de l'homme qui marqua l'histoire du patrimoine parisien en sauvant des quartiers historiques (comme le Marais) hier très dégradés et aujourd'hui si prisés? Pour Malraux, ces deux gestes n'étaient pas du tout contradictoires. Selon lui, en effet, Paris avait besoin de «nouveaux paysages», et c'était même l'indispensable contrepoint à la sauvegarde des ses quartiers anciens. Car «Paris n'a pas seulement des sites à défendre, il a des sites à créer».

A Montparnasse donc, 35 ans plus tard, on ne parle plus de «créer» mais d'embellir. Mais vu de quoi l'on part, pas sûr que l'éventuel embellissement de cette tour, aussi bien mené soit-il, parviendra à la rendre esthétiquement présentable et à la faire aimer des Parisiens.

08/06/2010

Un concours

archipasserellesimonedebeauvoir.jpgBonne idée que celle de la Ville de Paris d'organiser un grand concours (ici) permettant aux habitants de récompenser, d'ici à la fin juin, «le meilleur de l’architecture contemporaine en métropole parisienne». Non pas que le grand public soit spécialement compétent et formé pour juger en connaissance de cause des mérites de tel ou tel programme architectural – l'art de bâtir étant depuis longtemps le parent pauvre des programmes artistiques de l'Education nationale, pas seulement en France d'ailleurs. Mais inviter, via ce vote, l'opinion à s'intéresser d'un peu plus près à ce qui se construit jour après jour dans son environnement immédiat ne peut qu'exercer, par ricochet, une saine pression qualitative sur les bâtisseurs, les promoteurs et les décideurs. Et, vu la pauvreté assez générale des réalisations immobilières de ces dernières décennies en région parisienne (en banlieue, surtout), il y a encore des progrès à faire en la matière.

Pour autant, tout ce qui se construit à Paris et dans sa région n'est pas à jeter. Et ce «Prix Grand Public des Architectures Contemporaines» a le mérite de le rappeler. Ainsi, rien qu'en jetant un rapide coup d'oeil sur les réalisations parisiennes nominées parmi les «300 bâtiments remarquables» proposés au vote du public, on a repéré quelques noms d'architectes ou quelques réalisations qui, à notre humble avis, sortent agréablement du lot.

archiparisborel.jpgPar exemple, ce Frédéric Borel, nominé pour un projet dans la ZAC Rive gauche. Dans les années 90, au coeur de notre cher onzième arrondissement, rue Oberkampf précisément, cet architecte a réalisé un ensemble de logements et un bureau de Poste qu'on a toujours trouvé assez audacieux esthétiquement, mais sans pour autant être agressif et même assez bien intégré au tissu urbain existant. Idem un peu plus loin, dans le vingtième arrondissement pas loin de Ménilmontant, avec cet immeuble de trente logements dont on se dit, chaque fois qu'on passe devant, qu'il a autrement plus de personnalité, voire une certaine grâce élégamment élancée, que tant d'immeubles construits dans Paris ces derniers temps.

Parmi les autres réalisations parisiennes nominées et qu'on aime assez, cette passerelle Simone de Beauvoir qui a récemment été jetée au dessus de la Seine. Et qui, comme celle, un peu plus vieille, qui enjambe le fleuve à hauteur des Tuileries (mais sans avoir connu les mêmes problèmes techniques que cette dernière), a décidément belle allure. Ou le relifting intérieur du Forum des images, dans ce si affreux centre commercial des Halles. Alors que la déco et l'aménagement de tant de multiplexes de cinéma, à Paris comme ailleurs, sont hideux à pleurer, ce nouveau Forum des Images, lui, donne envie de se divertir et de se cultiver.

archiforumdesimages.jpgQuelques exemples qui, en fonction de l'humeur du jour, et en vertu de l'image de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine, soit renforceront l'irritation envers la piètre qualité, hormis ces quelques exceptions, de la production architecturale de masse en région parisienne –  mais aussi sans doute ailleurs. Soit donneront quelques raisons d'espérer.

19/05/2010

Un bien mauvais départ

Il était annoncé comme le chantier urbanistique de la décennie à Paris: au minimum quatre années de travaux colossaux et un budget d'au bas mot 760 millions d’euros. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il commence bien mal, ce chantier. On veut parler du projet de rénovation du Forum des Halles et de ses alentours. Début de cette semaine, la mairie n'a eu d'autre choix que de décider de suspendre tous les travaux liés à la première phase du chantier, à savoir au réaménagement du vaste jardin des Halles jouxtant le méga-centre commercial. Mercredi dernier, en effet, le tribunal administratif avait, en référé, ordonné l'interruption de l'exécution du permis de démolir du jardin actuel. Selon lui, un «doute sérieux» pèse sur la légalité de l'autorisation municipale d'abattre notamment, dès le mois de juin, les quelque 300 arbres figurant dans l'actuel jardin Lalanne, l'enclos de verdure de 3000 m2 situé dans l'espace vert des Halles.

 

L'action en justice avait été lancée par un comité de riverains furieux contre «l'absurdité» écologique et urbanistique de ce volet du projet municipal. Ces habitants sont évidemment ravis, qui voyaient dans ce dossier une «accumulation d’erreurs, d’incurie, d’incompétence et de manque d’écoute». La droite parisienne elle aussi applaudit à cette «première victoire» remportée contre «le massacre du jardin des Halles». La Ville conteste le fond du jugement du tribunal. Et assure que, malgré ce bien mauvais départ,  ce projet gigantesque, au final, «ne sera pas retardé». En attendant, les riverains, gonflés à bloc par cette victoire juridique, préparent une grande manifestation sur place samedi après-midi.

 

Dans le quartier, on n'a pas fini d'entendre parler de ce dossier. Et, vu la manière chaotique dont il a débuté, on ne peut même plus être trop sûr que ce méga-projet urbanistique ne va pas finir par tourner au calvaire politique pour le maire de Paris, Bertrand Delanoë.

06/04/2010

Un choix

La nouvelle a été confirmée ce week-end. C’est le fameux bureau d’architecture japonais Sanaa qui a été choisi pour restructurer un immense paquebot parisien à l’abandon: La Samaritaine, ce célèbre grand magasin vide depuis sa fermeture en 2005, et dont le projet de transformation fait débat depuis des années dans la capitale (relire ici ou ). Cette agence  est internationalement reconnue; elle vient d’ailleurs de recevoir le Prix Pritzker, considéré comme le Nobel de l’architecture. Ces bâtisseurs seront d’autant plus attendus au tournant sur ce projet que, jusqu’à présent, rares sont les architectes de leur trempe internationale à s’être risqués et illustrés à Paris, dont la réglementation urbanistique et patrimoniale – à l’inverse de celle de Londres, par exemple – permet peu les prouesses architecturales.

 

Un choix a priori intéressant donc, voire prometteur. Mais qui ne va pas régler à lui seul tous les problèmes urbanistiques que la restructuration de La Sama ne manquera pas de poser. Il y a donc fort à parier que, d’ici à l’achèvement du chantier (fin 2013, au plus tôt), cela va encore pas mal tempêter, dans ce quartier.

 

Depuis un petit temps, en effet, les associations de défense du patrimoine (ici, par exemple) s’inquiètent. En jeu, l’avenir non du visage le plus connu de La Sama (l’emblématique immeuble Art Déco donnant sur la Seine, qui est classé), mais celui des édifices du grand magasin situés rue de Rivoli et dans les rues adjacentes. A cet endroit, les maîtres d'oeuvre du projet «ne s’interdisent aucun geste architectural», a déjà publiquement averti le directeur général de La Samaritaine. «Ces immeubles n’ont aucun intérêt architectural», a décrété, dans la foulée, sa directrice du patrimoine immobilier.

 

De passage rue de Rivoli ce week-end, et après avoir jeté un œil à ces bâtiments, on n’était pas trop sûr d’être d’office et à 100% d’accord avec ce constat en forme de condamnation. Il n’y a là rien d’architecturalement spectaculaire, en effet. Mais, tout de même, à notre humble avis, des façades assez typiquement parisiennes et s’inscrivant plutôt bien dans une perspective d’ensemble qui, depuis si longtemps, structure cette partie du boulevard. Le «façadisme» étant toujours la pire des solutions, le maintien de ces immeubles en l’état étant, paraît-il, techniquement très ardu, on est déjà assez curieux de voir la solution que ces brillants architectes japonais proposeront au quartier.