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14/07/2015

Un apanage assez récent

Le kaki et le bleu marine plus que jamais couleurs dominantes, à Paris ce 14 juillet. Dans le défilé militaire bien sûr, mais aussi dans le dispositif de sécurité qui l'entoure – vu le contexte d'alerte anti-terroriste. Pas moins de 11.200 membres des forces de l'ordre sont mobilisés pour assurer la sécurité sur la voie publique. Rien que le long du parcours du défilé, 3000 policiers vont veiller au grain, dont bon nombre d'agents en civil. Sans compter que, pour contenir la foule, encadrer ses allées et venues et empêcher les stationnements de véhicules, 10.000 barrières métalliques, carrément, ont été déployées. Soit l'équivalent d'une longueur totale de «près de 25 kilomètres», a calculé la préfecture de police de Paris.

C'est donc peu dire que, ce mardi, on ne va pas déambuler où et quand on veut, sur les Champs et à leurs alentours.

Une artère que le grand public associe d'office à cette "kaki pride" estivale annuelle, or, pour la petite histoire, elle n'a pas toujours eu l'apanage de ce défilé.

Ce n'est même que depuis l'année 1980 que celui-ci se déroule systématiquement sur la «plus belle avenue du monde». De 1974 à 1979, en revanche, sous le septennat Giscard donc, le lieu de célébration de la parade militaire a varié. Les Parisiens eurent ainsi droit à des défilés de 14 juillet au Cours de Vincennes (1975), à l'École militaire (1977), et même sur l'axe majeur de notre bon vieux onzième arrondissement, pourtant à l'origine – il y a vraiment très longtemps – une terre de gauche pas rarement antimilitariste. Ainsi, en 1974, le défilé se déroula entre Bastille et République. Et, en 1979, dans le sens inverse, il partit de "Répu" pour aboutir à Bastille.

François Hollande, lui, en matière de défilé du 14 juillet, reste donc les deux pieds bien plantés dans la tradition post-giscardienne – n'en déplaise à son grand slogan de campagne de 2012 («Le changement, c'est maintenant»).

13/07/2015

Une précaution, élémentaire

«Il ne s’agit pas d’un défilé au rabais». C'est ce que dit et répète en boucle, depuis des jours, le ministère de la Défense. A propos du défilé militaire de fête nationale, demain sur les Champs-Elysées. Cette "kaki pride" sera plus courte (d'un quart d'heure) que les éditions précédentes. Sa phase motorisée sera «quelque peu raccourcie» (25 à 30% en moins). Certains fleurons de l'équipement militaire tricolore (les chars de combat AMX Leclerc, par exemple) brilleront par leur absence. Et les «présentations publiques» du matériel à la population, menées habituellement dans l’après-midi et «prolongeant le lien armée-Nation», n’auront pas lieu.

C'est «la conséquence de l’engagement actuellement très intense des militaires», sur le terrain et en France même: l'opération "Sentinelle", en cours depuis les attentats de janvier. C'est aussi dû au degré d'alerte et de vigilance anti-terroriste: à son niveau maximum en ce moment, en région parisienne notamment. Nul besoin de prendre encore des risques supplémentaires, en faisant s'éterniser les rassemblements de foule sur la voie publique.

Défense, Armée, Institutions, Folklore, HistoireEn termes de risques, après un long bras de fer, il a été décidé de ne pas en faire courir aux invités d'honneur de ce défilé: les trois forces de réaction aux attentats (GIGN, Raid et BRI), qui s'illustrèrent en janvier.

Elles insistaient pour que leurs membres défilent cagoulés, afin que leur anonymat soit protégé. Mais, en termes de symbole, cela paraissait un peu difficile. Un compromis a donc été trouvé. Ces unités d'élite défileront coiffées de leurs casques avec visières de protection, ce qui rend leurs membres difficilement reconnaissables. Et l'on peut imaginer que des instructions ont été données en haut lieu aux réalisateurs de télé qui filmeront le défilé, pour qu'ils ne zooment pas sur les intéressés.

On doit cette prudence à un précédent mémorable, qui remonte à plus de dix ans. Il avait suivi le plus haut fait d'armes du GIGN.

A savoir, en décembre 1994, sur le tarmac de l'aéroport de Marignane (Marseille), l'assaut donné au commando du GIA algérien qui s'était emparé de l'Airbus Air France assurant la liaison Paris-Alger. Après cette mission réussie, les membres du GIGN avaient été reçus en grandes pompes à l'Elysée, et les médias les avaient amplement photographiés, dans les salons comme sur le perron du palais présidentiel. Ces clichés, plus tard, avaient été découverts, placardés aux murs d'une cellule islamiste qui avait été démantelée. Et certaines de ces photos étaient même assorties de la mention de l'identité et d'adresse des intéressés, que les islamistes étaient parvenus à retrouver sur base des photos des visages. Ce qui avait évidemment fait de ces hommes des cibles potentielles toutes désignées.

10/07/2015

Une gratification supplémentaire

Une prime de 150 euros par mois. Ou d'un peu plus de 200 euros pour six semaines. C'est ce qu'a annoncé le ministre de la Défense hier aux 7000 soldats de l'opération "Sentinelle", qui, depuis les attentats, sont déployés dans tout le pays, pour sécuriser l'espace public – plus de la moitié de ces militaires (4000) sont affectés en région parisienne. Cette "indemnité pour sujétion spéciale d’alerte opérationnelle" sera versée avec effet rétroactif au 7 janvier, et bénéficiera à tous les grades, jusqu'à celui de capitaine. Le gouvernement justifie cette «gratification supplémentaire» par «l’effort et les sujétions particulières» qui sont demandés à ces militaires, «dans la durée et en dépit de conditions encore souvent difficiles».

Des conditions qui vont (un peu) s'améliorer. Le déploiement d’infrastructures légères d'hébergement y contribuera, de même que «la réévaluation des standards d’alimentation». En outre, la Défense a signé des accords avec la SNCF, pour que ses hommes et leurs familles bénéficient de tarifs avantageux. Des conventions analogues ont été conclues avec des parcs de loisirs (relire ) et des salles de cinémas. Toutes ces mesures ont un coût global de 94 millions d'euros.

En revanche, en termes de confort de travail de ces militaires, personne ne semble avoir pensé à une chose: à leur tenue.

C'était frappant ces derniers jours, quand on a frisé les 40°. Il fallait voir ces soldats en train de dégouliner en plein soleil, forcés de se coltiner, outre une bonne quinzaine de kilos d'armement et d'équipement (gilet pare-balles, etc.), un uniforme à la Robocop, pas du tout de saison. Il n'est bien sûr pas question de les faire patrouiller dans les rues en tongs. Mais des alternatives existent. Par exemple, les militaires français déployés dans le cadre d'opérations militaires extérieures se déroulant dans les pays chauds (Sahel, etc.) bénéficient d'un uniforme beaucoup plus adapté (shorts, etc.). De même pour les gendarmes et policiers qui sont affectés dans les départements français d'outre-mer, si on a bonne mémoire – longtemps qu'on n'a plus eu la chance d'aller là.

Mais, qui sait, le sujet va-t-il venir de lui-même sur la table, cet été: si le thermomètre, en juillet en en août, recommence à s'envoler.

27/04/2015

Une pingrerie assez misérable

Euro Disney moins généreux que la mairie de Paris. C'est ce qu'on peut déduire de l'annonce faite par la ville, l'autre jour, relative aux militaires qui sont mobilisés dans la capitale et sa région en vertu du plan de vigilance antiterroriste "Vigipirate".

Pendant leur temps libre, ces militaires auront accès gratuitement aux établissements culturels et de loisirs municipaux. Ils seront quelque 4.000 à se voir donc proposer «des laissez-passer pour visiter les expositions temporaires dans les musées de la Ville de Paris, des places pour les matchs du Stade Français, et des invitations pour la Foire de Paris, la Tour Eiffel ou encore le Parc zoologique de Paris».

En revanche, un tel «geste de reconnaissance envers nos soldats» (dixit la maire de Paris, Anne Hidalgo), EuroDisney n'a pas souhaité le faire. Le mois dernier, une centaine de militaires mobilisés dans le cadre de "Vigipirate" avaient sollicité un tarif réduit pour visiter Disneyland Paris, lors d'un jour de permission. La direction du parc d'attractions les a envoyés sur les roses. Non parce que l'attraction touristique la plus fréquentée d'Europe (14 millions de visiteurs annuels) revendiquerait une avarice digne du célèbre Oncle Picsou, mais parce qu'elle n'a «pas d'accords particuliers» avec la Défense, qui permettraient à ses hommes de bénéficier d'un tel geste commercial.

L'armée étant une Grande muette, l'histoire ne dit pas si ce refus cinglant a été apprécié à sa juste valeur par les soldats qui, depuis janvier, renforcent la sécurisation même du site de Marne-la-Vallée. Histoire de ne tout de même pas trop se faire mal voir par la troupe, le parc a assorti son refus de ses «remerciements» pour «l'investissement» des militaires déployés en région parisienne, «dans le cadre de (leur) mission difficile».

Sans doute est-ce déjà cela.

11/03/2015

Un flou artistique

La menace terroriste qui pèse sur la France demeure «élevée». C'est le constat, sans surprise, qu'a fait ce matin le Conseil de Défense. François Hollande l'a réuni à l'Elysée, pour faire le point notamment sur «les moyens de l’Etat mobilisés pour assurer la sécurité de nos concitoyens». Comme attendu, il a été décidé de «maintenir l’engagement des armées sur le territoire national à hauteur de 10.000 militaires, en soutien des forces de sécurité du ministère de l’Intérieur. 7.000 d’entre eux sont déployés dans la durée, principalement pour la surveillance et la protection de sites à caractère confessionnel particulièrement menacés».

Ces sites sensibles sont au nombre de 830. Sur le terrain, cela dit, leur protection est à géométrie variable. On l'avait noté l'autre jour, s'agissant de notre onzième arrondissement (relire ), et c'est toujours valable aujourd'hui.

Reste un point tout de même, sans doute évoqué ce matin à l'Elysée, mais sur lequel rien n'a été communiqué. Et pour cause, c'est un point délicat. Le coût de cette mobilisation sécuritaire «exceptionnelle».

L'opération «Sentinelle», puisque c'est le nom de code qui lui a été donné, engendre un surcoût d'«à peu près un million d'euros par jour», pour l'Etat. C'est le ministre de la Défense lui-même qui a donné le chiffre, dernièrement. En cours depuis la mi-janvier, elle a donc déjà nécessité plus de 50 millions dépensés. L'exécutif a assuré qu'elle se poursuivrait encore pendant «plusieurs mois». Cela renchérira l'addition au minimum d'une centaine de millions.

Pourquoi pas. Mais, à cette heure, aucune explication claire n'a encore été donnée par les autorités, sur la manière dont ces dépenses seront compensées – puisqu'il n'est pas question d'accroître les déficits publics. Dans quels budgets, dans quels délais, et au détriment de quels projets l'Etat va-t-il aller puiser tous ces millions consacrés à «Sentinelle»? Mystère. Flou artistique.

Cela promet pour ce printemps, lors du traditionnelles opérations de contrôle budgétaire.

24/02/2015

Un contraste, frappant

Paris, Sécurité, Police, Armée, Terrorisme, Personnalités, HollandeFrançois Hollande hier soir, au dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France. Le chef de l'Etat a () renouvelé son soutien ainsi que celui de toute la nation à la communauté juive. Et il a assuré que les autorités ne baisseraient pas la garde face à la menace terroriste visant le pays en général et cette communauté en particulier.

C'est sans doute le moins que l'on puisse faire et dire. A fortiori alors que, ce week-end, dans une vidéo, les islamistes radicaux des Shebabs somaliens ont appelé à frapper des grands centres commerciaux dont notamment, à Paris, le Forum des Halles et Les Quatre Temps (La Défense).

Juste, cet engagement sécuritaire présidentiel paraît un peu décalé, vu depuis notre onzième arrondissement parisien. En effet, depuis ce même lundi où François Hollande a tenté de rassurer la communauté israélite, le plus grand centre culturel juif du onzième se retrouve... sans le moindre dispositif de protection.

Situé dans une allée parallèle au Boulevard Richard Lenoir, il faisait l'objet d'une surveillance très étroite, depuis les attentats. Une armada de militaires armés jusqu'aux dents étaient postés à ses entrées et patrouillaient sans relâche, nuit et jour, devant ses vingt mètres de façade. Mais, depuis lundi matin, plus rien. Il n'y a plus âme sécuritaire qui vive, devant ces installations. Plus le moindre policier, militaire ou gendarme n'y est en faction.

Curieux.

23/01/2015

Une vingtaine d'incidents

Armée, Sécurité, Terrorisme, Paris, Banlieues«Sentinelle;». C'est le nom que le ministre de la Défense a donné hier à l'opération menée par l'armée dans le cadre du Plan Vigipirate, depuis qu'il a été relevé au degré d'alerte maximum. Sur les 10.500 militaires mobilisés sur l'ensemble du territoire national, 6000 – plus de la moitié, donc – opèrent à Paris et dans sa région. Ils y sont déployés sur plus de 300 sites. Leur coordination est assurée par le centre de commandement opérationnel de l'armée situé à Saint-Germain en Laye, dans les Yvelines.

A l'échelle du pays tout entier, depuis le début de l'opération ( il y a deux semaines), l'armée a comptabilisé quelque 150 incidents significatifs, qu'ont essuyés les militaires sur le terrain. A Paris et dans région, on en dénombre une vingtaine.

Le plus sérieux de ces incidents parisiens s'est déroulé devant un établissement scolaire juif du Raincy, près de Clichy-sous-Bois, en Seine-St-Denis. Une nuit, vers 2 heures du matin, les deux militaires de faction ont vu une voiture s'approcher puis s'arrêter devant l'établissement. Les militaires ont fait quelques pas dans sa direction, avec l'intention de signaler à son conducteur que stationner à cet endroit était interdit, et donc l'inviter à circuler. La porte coulissante du véhicule s'est ouverte, découvrant un homme pointant «une arme d'épaule». Il en a tiré la culasse vers l'arrière, comme s'il s'apprêtait à faire feu. Les deux soldats ont immédiatement armé leurs fusils d'assaut Famas. La voiture a alors démarré en trombe, puis a disparu dans la nuit. Depuis, aucune information n'a été donnée ni sur l'identité de ces individus, ni sur leurs motivations (simple intimidation? réelle intention de passer à l'acte?).

Dans le langage officiel, si militairement concis, d'un porte-parole de l'état-major des armées, l'incident a été résumé de la sorte: «De nuit, des hommes cagoulés, armés et dans une posture d'action ont été dissuadés (de passer à l'acte) par la réaction parfaitement appropriée» des soldats.

09/09/2014

Une «expérience unique»

Cela se passe aujourd'hui et demain mercredi. Une douzaine de chefs d'entreprise effectuent une stage d'«immersion militaire», au Centre national d'entraînement commando des forces armées. Pendant deux jours, ces grands patrons vont être «placés en milieux exigeants et difficiles», et «mis en situation de dépassement de soi», se réjouit le ministère de la Défense. Objectif de l'opération? «Tester leur gestion du stress, leur résilience face à l’épreuve, leur esprit d’équipe, et leur capacité à exprimer leur leadership dans un univers méconnu». Est notamment prévu un vol en avion de chasse Alpha Jet: «expérience unique», qui «leur permettra de mettre à l’épreuve leur concentration, leur compréhension rapide de la situation et leur capacité de prise de décision». A terme, leur sera également proposé un séjour en immersion sur le porte-avions Charles de Gaulle.

Si l'on considère le monde des affaires comme un terrain de guerre et la gestion d'une entreprise comme un combat, une telle initiative, baptisée «Parcours Défense-Entrepreneurs», se défend.

Une autre optique aurait pu être que, vu les relations si souvent conflictuelles régnant dans le monde du travail – a fortiori par ces temps de crise –, ce n'est pas tant d'un stage paracommando, plein de testostérone et de kaki, dont les entrepreneurs ont besoin. Mais... de cours de yoga, d'ateliers de relaxation, et de séminaires de résolution des conflits. Histoire de détendre un peu, voire de pacifier, l'atmosphère.

08/07/2014

Un partenariat inattendu

La Française des Jeux érigée au rang de «grand partenaire» du cycle commémoratif du centenaire de la Première guerre mondiale. Cela se passera demain et en grandes pompes, lors d'une cérémonie aux Invalides.

On a été assez surpris, en prenant connaissance de cette information. A priori, on ne voyait pas bien le rapport entre la société aux si matérialistes Euromillions, Loto, Morpions et autres jeux de grattage et de tirage, et le centenaire des valeureux poilus. Et bien oui, il y a un lien. Comme on le précise au ministère de la Défense, la FdJ est «l’héritière de la Loterie nationale venant en aide aux invalides de guerre et aux anciens combattants, et compte encore dans son actionnariat l’Union des blessés de la tête et de la face, les «gueules cassées», et la Fédération Maginot».

Plusieurs grands événements vont d'ailleurs, prochainement, mettre en lumière ce centenaire. Courant juillet, sept étapes du Tour de France traverseront des champs de bataille de 14-18. Et le 14 juillet, le traditionnel défilé militaire de fête nationale, sur les Champs, s'inscrira dans cette dimension mémorielle. «La France sera, ce jour, la capitale mondiale du centenaire, puisqu’elle a invité 80 pays, qu’ils aient été belligérants sur le théâtre européen ou qu’ils aient envoyé des travailleurs en France», se réjouit le ministère de la Défense nationale. Le tableau final du défilé présentera une chorégraphie de José Montalvo, sur le thème «La paix, la jeunesse, l’espoir, le renouveau». Elle sera interprétée par des jeunes de toutes nationalités. Sur les 80 pays invités, 68 ont déjà confirmé qu'ils enverraient bien une délégation de jeunes pour participer à ce spectacle.

28/01/2014

Une souffrance au travail, là aussi

C'est un secteur que ce blog évoque assez peu, mais allons-y, puisque ces chiffres, dévoilés à la fin de la semaine dernière, sont, trouve-t-on, intéressants – même si les médias français les ont peu répercutés. Ils concernent la souffrance au travail au sein de l'armée.

Il s'agit du premier bilan d'«Ecoute défense», un an après sa création. Cette ligne d'écoute téléphonique anonyme et gratuite est dédiée aux militaires et à leur entourage, confrontés à une situation de détresse. Elle est tenue par des psychologues des hôpitaux d’instruction des armées. En un an, ce service n'a pas chômé. Il a reçu 330 appels. Dans 71% des cas, ils relataient une souffrance psychologique, 54% des appelants étant dans un état clinique de stress post-traumatique. 80% des appels ont concerné des militaires de l’armée de terre, et «tous les théâtres (d'opération) récents, l’Afghanistan, les Balkans ou le Mali, sont concernés», a précisé le ministère de la Défense. 5% des appels ont été le fait d'anciens combattants de conflits beaucoup plus vieux, comme l’Indochine ou l’Algérie. Dans près d'un cas sur deux (47%), l'appelant a été, non un militaire, mais un proche ou un membre de sa famille. Ces personnes en demande d'information et d'orientation vers des soins ont été guidées «vers le correspondant le mieux adapté, prioritairement auprès des soignants du service de santé des armées, ou vers le réseau civil de proximité».

Régulièrement, ces dernières années, chaque fois que s'ouvrait un nouveau front extérieur pour l'armée française, des soldats ont eu le courage de témoigner de la solitude qui avait été la leur: quand ils n'avaient reçu aucun soutien psychologique dans l'armée, alors pourtant qu'ils jugeaient en avoir besoin. Et d'expliquer la difficulté, dans ce milieu militaire, de verbaliser la souffrance, le stress voire le traumatisme. Sous peine de «passer pour une mauviette» – l'expression qui revenait très souvent, dans leurs témoignages.

Avec cette ligne d'écoute, «le tabou sur le stress post-traumatique dans les armées est levé», se félicite-t-on, aujourd'hui, au ministère de la Défense. Il était temps. Alors que l'armée française a été si souvent endeuillée, ces dernières années (relire par exemple ici, ou ).

11/12/2013

Un parallèle, ou l'autre

Frappant de voir combien, dans les médias et les états-majors politiques français, des parallèles historiques assez lourds commencent à être faits, à propos de l'intervention militaire en Centrafrique. Ainsi, ces deux rapprochements souvent entendus depuis vingt-quatre heures: depuis que l'opération a pris un tour dramatique, en coûtant la vie à deux soldats. L'avenir dira si ces comparaisons historiques sont à l'emporte-pièce, ou non.

Le premier rapprochement a trait à la venue surprise de François Hollande, hier soir à Bangui. Un déplacement risqué, qui a dû mettre sur les dents les services de sécurité de l'Elysée. Du coup, certains médias sont allés jusqu'à le mettre sur le même pied qu'une visite tout aussi inopinée qu'avait jadis effectuée François Mitterrand, pareillement dans un pays en guerre. Visite mémorable. C'était le 27 juin 1992. Quittant un sommet européen à Lisbonne, il s'était rendu à Sarajevo, ville alors sous le feu des snipers. Là, il avait encouragé les soldats du contingent français déployés en Bosnie, puis s'était entretenu avec le Président de ce pays, Alija Izetbegovic. Cette visite avait créé la stupéfaction générale.

Le deuxième parallèle historique est moins flatteur pour François Hollande. C'est même une prédiction de Cassandre qui, si elle se révèle fondée, va lui pourrir le restant de son quinquennat. Ce rapprochement-là compare carrément l'intervention française en Centrafrique avec la calamiteuse opération onusienne «Restore Hope»: en Somalie, dans la première moitié des années 90. D'innombrables Casques bleus y avaient perdu la vie. Pour rien, comme l'atteste l'état actuel de ce pays.

Il est vrai que certaines images vues à la télé ces derniers jours – Bangui plongée dans la plus complète anarchie, mise à feu et à sang par des bandes incontrôlées – faisaient froid dans le dos. Tant elles rappelaient, il y a vingt ans, Mogadiscio.

10/12/2013

Un jugement plus accommodant

International, Armée, Défense, Hollande, CommunicationOn a peut-être la mémoire courte, mais, a priori, on n'a pas le souvenir qu'une opération militaire française à l'étranger ait ainsi été endeuillée aussi rapidement après son lancement. Ce matin, a été confirmée la mort de deux soldats français faisant partie du contingent déployé en Centrafrique depuis vendredi. Ces deux jeunes gens appartenaient au huitième régiment de parachutistes d’infanterie de marine, basé à Castres (Midi-Pyrénées). C'est ce même régiment qui, un jour dramatique d'août 2008, avait vu d'un coup dix de ses hommes tués, en Afghanistan.

Les deux décès de Bangui ont été confirmés vers 9 heures, ce matin, par un communiqué de l'Elysée. Qui, quarante minutes plus tôt, dans un autre communiqué, avait annoncé la visite surprise de François Hollande en Centrafrique, ce mardi en fin de journée. Probablement ce déplacement improvisé a-t-il été décidé dans la nuit: alors que l'info sur ces deux décès n'avait pas encore été rendue publique, mais que le palais présidentiel, lui, la possédait déjà.

François Hollande s'investit beaucoup sur le terrain international, a fortiori ces derniers mois (Centrafrique, crise du nucléaire iranien, libération des otages français détenus au Sahel, etc.). Il ne lui a pas échappé que c'est un des très rares volets de son action présidentielle qui est salué par l'opinion. Dix-neuf mois après son accession à l'Elysée, son bilan en général et sa personnalité en particulier sont conspués par les Français: à peine un sondé sur cinq se déclare satisfait. En revanche, un sondage  vient encore de le montrer, le jugement populaire est plus accommodant sur la politique étrangère du Président.

Sans doute l'intéressé y a-t-il songé, au moment de décider de se rendre au débotté, cet après-midi, aux côtés de ses troupes endeuillées.

09/09/2013

Une grande muette, plus que jamais

Le Congrès américain se réunit à partir de ce lundi, avec, à l'ordre du jour de ses débats, une éventuelle intervention en Syrie. S'agissant de la France, quelles sont les forces armées qu'elle a prépositionnées, en vue de cette possible opération? Quelle est la dimension maximale que ce dispositif pourrait prendre? Combien d'hommes, de navires et d'appareils sont mobilisés? Quel est, jusqu'à présent, le coût de ces préparatifs militaires, pour le budget français?

Autant de questions que les médias pourraient légitimement se poser, et poser au ministère français de la Défense. A fortiori ce lundi. Et bien non.

Pour preuve: lors de son dernier briefing de presse, fin de la semaine dernière, le porte-parole de ce ministère a fait preuve d'une très martiale concision. En trois secondes à peine, il a fait le tour de la question. Cela a donné: «La réponse à toute question sur le dispositif opérationnel est qu’aucune indication ne peut être donnée».

Au moins cela a le mérite d'être clair.

03/09/2013

Un mot très malheureux

Un mot très malheureux dans la bouche de l'ex-ministre sarkozyste Bruno Le Maire: hier soir, sur une télé. Alors qu'il disait son hostilité à l'entrée en guerre de la France en Syrie, à ce stade et dans ces conditions. Pour montrer que sa position ne relevait ni de l'anti-hollandisme primaire, ni du pacifisme de principe, il rappelait qu'en début d'année, il avait soutenu «Serval»: l'envoi des troupes françaises au Mali. Mais là selon lui, à l'inverse des bombardements annoncés de la Syrie, il s'agissait d'«une belle opération».

La guerre est «belle», donc. La fleur au fusil, en somme. Comme ce concept de «guerre propre», de «guerre zéro mort» qui avait été inventé il y a quelques années. On doute que partagent ce point de vue les familles des soldats français qui furent tués au Mali. Sans parler des civils de ce pays qui laissèrent la vie dans cette guerre – car cela se saurait si «Serval» avait été la première opération militaire de l'Histoire dépourvue du moindre dégât collatéral.

Passe encore que l'on évalue, froidement, un engagement militaire à la seule aune de son efficacité – et là, effectivement, à ce stade en tout cas, «Serval» semble couronnée de succès: des islamistes mis en déroute, une élection présidentielle réussie, etc. A la limite, également, la guerre peut parfois, hélas, avoir une certaine légitimité. Mais associer, si légèrement, les notions de conflit armé et de beauté, non. Et c'est d'autant plus effarant dans la bouche d'un ancien ministre.

La guerre n'est jamais belle.

20/08/2013

Un certain relâchement

Sécurité, Environnement, Economie, ArméePour la petite histoire, et puisque la note d'hier était consacrée aux feux de forêt, l'armée a, cet été encore, conservé le même nom de code pour son opération estivale de lutte contre ces incendies. Ce plan est baptisé «Héphaïstos».

Ce terme renvoie à la mythologie grecque, où Héphaïstos (ou Héphaistos, en grec ancien Hφαιστος) est le dieu du feu, des forges et des volcans (voir ici, par exemple).

Cet été, outre les Canadairs, hélicoptères et personnels de la sécurité civile, 200 militaires, 60 véhicules, et 3 hélicoptères Puma et Gazelle de l'armée sont mobilisés pour cette opération, qui se déploie sur quinze départements de la zone Sud et de la Corse. Cet état d'«alerte permanente», dixit le ministère de la Défense, est prévu pour durer jusqu'à septembre.

Un nom de code identique, mais notons au passage qu'en catimini et sans crier gare, les autorités, année après année, réduisent la voilure de ce dispositif de vigilance et d'intervention. Austérité budgétaire oblige? Ainsi, 80 véhicules militaires avaient été mobilisés pour «Héphaïstos 2012». Et, deux ans plus tôt, on en avait carrément compté une centaine. En outre, cet été-là, 300 militaires avaient participé à l'opération: un tiers de plus que cet été, donc.

Ce relâchement des moyens pourrait évidemment être monté en épingle, voire susciter la polémique politique, si d'aventure et par malheur cela brûlait beaucoup dans le Midi, en cette fin d'été 2013. A cet égard, depuis la note écrite hier, le département du Var vient de repasser en vigilance rouge, pour cause de mistral.

Plus que jamais ne pas crier victoire trop vite, dès lors, pour ce bilan jusqu'à présent très satisfaisant de l'été 2013, en la matière.

04/03/2013

Un âge, désormais dit

L'armée française change son fusil d'épaule, si l'on ose dire, dans sa communication relative aux pertes qu'elle subit au Mali. Hier dimanche, pour la première fois, la Défense a communiqué l'âge du troisième soldat français qui vient de perdre la vie dans ce pays, depuis que la France y combat. Alors que, jusqu'à présent, systématiquement, cet élément d'information n'était pas porté à la connaissance de l'opinion (relire ici, par exemple). Ce caporal mort au front était donc «âgé de 26 ans seulement», a précisé le ministre de la Défense.

Bien. Au moins, désormais, les choses sont claires.

N'était-on pas le seul journaliste mal à l'aise avec le manque de transparence qui était de rigueur en la matière, avant dimanche? Hier, en tout cas, on a remarqué que tous les médias français ont chaque fois mentionné l'âge de l'intéressé, quand ils ont évoqué son sort.

Transparence toujours, en ce qui concerne cette fois les circonstances de ce décès. La communication officielle est restée sobre: elle a uniquement informé que ce jeune homme avait été «mortellement touché par un tir ennemi, lors des combats menés dans le massif de l’Adrar, au nord du Mali». Mais certains médias ont jugé bon d'en dire plus. «Il a été tué d'une balle reçue en pleine tête», a-t-on ainsi entendu, sur une radio.

La transparence doit-elle aller jusque là? Jusqu'à donner de telles précisions au grand public? De tels détails: aussi physiques, aussi visuellement parlants? Ou, dans ce cas, ne bascule-t-on pas du registre de l'information à celui de l'impudeur, du macabre, du sensationnalisme?

21/02/2013

Un «métier exceptionnel»

armée,défense,communicationDes soldats français ont beau mourir au combat, en ce moment – on l'évoquait hier –, les forces armées de ce pays n'en poursuivent pas moins leurs campagnes de recrutement. Avec sans doute l'espoir que ces actualités dramatiques n'entameront pas le volontarisme des candidats au service de la patrie.

Après, dernièrement, l'armée de terre (relire ici), c'est à présent la marine qui met les gros moyens, pour tenter d'attribuer 2984 postes disponibles. Cela va du plongeur démineur au mécanicien naval, en passant par le matelot fusilier marin, le guetteur de la flotte, le météorologiste océanographe, ou le... professeur d'anglais.

Gros moyens financiers: cette campagne a été confiée à Euro RSCG carrément, une des plus grosses (et coûteuses) agences de pub de la place. Gros moyens iconographiques: les visuels montrant des marins en pleine action, rien qu'à les voir on sent l'air du grand large, le mazout et la testostérone. Gros moyens argumentaires: les salaires proposés n'étant pas toujours mirobolants – 734€ nets par mois, soit moins que le SMIC, pour un volontaire matelot (mais l'hébergement et la nourriture sont gratuits) –, monts et merveilles sont promis aux candidats. Du coup, après «la vie hors du commun» promise par l'armée de terre, voilà la marine qui vante «un métier exceptionnel, permettant de découvrir d'autres rivages».

Avec la proportion de jeunes Français qui sont au chômage (un sur quatre, en gros), il devrait bien s'en trouver quelques dizaines ou centaines prêts à se lancer dans cette aventure. Bon vent, donc, aux gars/filles de la Marine en devenir.

20/02/2013

Une identique pudeur

"Le changement, c'est maintenant", mais, qu'ils soient de gauche ou de droite, les gouvernants font preuve des mêmes pudeurs, quand il leur faut annoncer une douloureuse nouvelle à l'opinion. On en a eu un exemple éclatant hier, en fin de journée. Quand a été confirmée la mort au Mali du deuxième militaire français tué dans ce pays, depuis que la France y est engagée.

Il s'appelait Harold Vormezeele, et était sergent-chef au deuxième régiment étranger de parachutistes de Calvi. Son visage est dans tous les médias français, depuis hier soir. En revanche, remarquez que, à première vue, nulle part n'est mentionné l'âge de l'intéressé. Et pour cause: les communiqués d'hommage à sa mémoire, diffusés hier soir par l'Elysée, le Premier ministre et le ministre de la Défense, ne donnent pas cette information.

Ce faisant, François Hollande et les militaires suivent la tendance qu'avait impulsée Nicolas Sarkozy. Qui, au fur et à mesure que les pertes s'accumulaient dans les troupes françaises engagées en Afghanistan, avait fini par ne plus mentionner l'âge de ces militaires tués au combat. S'il est besoin de le préciser, ces soldats étaient souvent très jeunes (relire par exemple ici ou ).

De gauche comme de droite, donc, les autorités et/ou leurs communicants jugent probablement que, en de pareilles circonstances et en dépit des exigences de transparence, cet élément d'information n'a pas forcément à être rappelé à l'opinion.

01/02/2013

Une «vie hors du commun»

armée,défense,jeunes,international,publicité,communication«Bonjour, je suis le caporal Dupont. En quoi puis-je vous aider?» Ce vendredi, cela fait trois semaines jour pour jour que la France est entrée en guerre: au Mali – où, a-t-il été annoncé ce matin, François Hollande se rendra samedi. Alors que cette opération est en cours, l'armée française mène une vaste campagne de recrutement. Via notamment les services d'une petite figurine baptisée caporal Dupont, qui, sur le site web dédié, répond très cordialement à toutes nos questions.

L'armée, qui espère recruter 10.000 personnes, cible surtout les jeunes «à la recherche d'une vie professionnelle pleine de sens et hors du commun». Sa campagne «valorise l’épanouissement personnel – pour moi – tout en mettant en avant la double dimension du sens et de l’utilité de l’engagement comme soldat: pour mes camarades, pour ma famille, pour mes amis, pour mes concitoyens, pour la collectivité, pour la France – pour les autres».

Cela change de la dernière campagne, qui avait fait pas mal de bruit (relire notamment ici). «On ne peut pas parler aux jeunes comme avant», selon le général Benoît Royal, responsable du recrutement à l'armée de terre. «Le slogan "Devenez vous-même", utilisé lors de la précédente campagne, est devenu "Pour moi, pour les autres: s'engager". La quête de sens ajoutée à la promesse d'épanouissement personnel. Car les jeunes d'aujourd'hui veulent être utiles, et le métier de militaire par essence est un métier de service».

Armée, Défense, Jeunes, International, Publicité, CommunicationDes jeunes qui – un certain prince britannique en premier – sont très imprégnés par la culture et les codes des jeux vidéo, guerriers notamment. Une motivation supplémentaire pour postuler? «Ce sont les jeux vidéo qui s'inspirent de nous, pas l'inverse», a répondu le général Royal au «Figaro» qui, l'autre jour, lui a posé la question. Pour le militaire, pas de doute: «La guerre n'est pas un jeu».

Tiens, à propos, on n'a plus aucune nouvelle de la procédure disciplinaire qu'avait annoncée l'armée, récemment. Contre ce soldat français servant au Mali, qui n'avait rien trouvé de mieux que de s'y faire photographier affublé d'un masque sorti du jeu vidéo, très belliqueux, «Call of duty».

18/01/2013

Un symbole, bien malgré lui

Armée, Défense, InternationalServal. C’est sans doute le mot que les Français ont le plus entendu prononcé cette semaine, et dont la plupart ne connaissaient même pas l’existence auparavant. Serval: le nom de code qui, vendredi dernier, à cette heure, a été choisi par les autorités françaises, pour l’opération militaire au Mali. Une fois n’est pas coutume, on a échappé aux dénominations ouvertement belliqueuses, du style «Plomb Durci», «Liberté immuable», ou «Tempête du désert».

 

Si par extraordinaire l’info vous avait échappé au cours de la semaine, le serval est un petit animal vivant dans le désert. On s’est un peu renseigné sur lui (, notamment), pensant à tous ceux qui, ultra-urbains comme nous, ont une culture générale animalière à peu près limitée au pigeon, au caniche ou à la souris. Cela nous transporte, certes, très loin de Paris, l’objet de ce blog. Mais cela nous donne une touche d’exotisme pas désagréable, en ces temps de froidure extrême.

 

Le serval est donc un félin africain, de taille moyenne: le modèle réduit du guépard, en somme. Dans la famille des félins, c’est celui qui a les pattes et les oreilles les plus longues. Ce qui lui permet, dans la savane où il évolue, de repérer facilement ses proies, et donc d’être un bon chasseur. Il peut atteindre des pointes de vitesse allant jusqu’à 80km/h. Pour observer un serval, même pas besoin d’aller jusqu’en Afrique: il y en a, paraît-il, au parc animalier de Thoiry.

 

Aussitôt ce nom de code choisi par l’armée française, la presse pro-gouvernementale algérienne a souligné que le serval était un animal pouvant «uriner 30 fois par heure, pour marquer son territoire». La mise en lumière de cette particularité en dit long, sans doute, sur l’impopularité de l’opération militaire française, dans certains milieux proches du pouvoir algérien.