14.05.2012
Un (autre) candidat
L'ex-candidat Hollande sera donc investi en grande pompe, demain. Sera intronisé, en somme: le cérémonial de ces rituels républicains de passation de pouvoirs est tellement empesé que, demain, la France ressemblera plus que jamais à une monarchie républicaine. Et l'audimat des JT ou des retransmissions en direct des cérémonies montrera une fois de plus que les Français adorent cela.
L'ex-candidat Hollande s'efface donc, pour devenir le Président Hollande. Il faudra s'habituer à cette appellation.
Dans le même temps, dans les rues de Paris, les murs continuent d'être ornés d'affiches électorales appelant à voter pour... un candidat parfaitement inconnu, lui.
Il s'appelle Evelin Philibert. Nulle trace de lui dans les encyclopédies ou dans les dictionnaires de noms propres – à moins que cela nous ait échappé. Tout aussi inconnu au bataillon est son alter ego, dont le portrait est lui aussi affiché un peu partout sur les murs de la capitale, en ce moment: un certain Louison Rego.
Evelin et Louison. Physionomie surannée, patronymes désuets, obscurité de leur message: sur leurs affiches, pas un slogan, pas un engagement, pas un renvoi vers un site web, qui expliciterait la raison de leur présence ici, et dans une telle posture électorale.
C'est bien. C'est l'art urbain. Chacun y voit, ou pas, ce qu'il veut bien. Puis passe son chemin.
11:11 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, elections présidentielles, paris, arts
31.01.2012
Un toupet
Nicolas Sarkozy n'est donc pas encore officiellement candidat à un nouveau mandat. Dimanche soir, à la télé, il a répété que sa priorité devait continuer à aller à la conduite du pays, par ces temps de crise. Mais, le moment venu, «je ne me déroberai pas», a-t-il aussi confirmé, et ce moment «approche». Aucune surprise à attendre, dès lors.
Nicolas Sarkozy n'est pas encore officiellement candidat, mais la page web intitulée http://www.nicolassarkozy2012.fr/, elle,existe déjà. Et elle est squattée par une intruse. La dame officie dans un tout autre domaine que la haute politique. Mais, avec un toupet assez comique, elle a manifestement jugé que cette usurpation de nom de domaine lui serait profitable, en termes de pub.
Cela fait des semaines, voire des mois, que l'effrontée sévit à cette page. Au vu et au su de tout le monde politique, et donc y compris des services de l'Elysée. Il n'empêche, malgré tout ce temps, les pandores (électroniques) ne l'ont visiblement pas encore délogée de cette adresse hautement fatidique.
D'où la question qui, plus que jamais, s'impose: mais que fait la police?
12:02 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, internet, communication, technologie, femmes, arts, personnalités, sarkozy
24.11.2011
Une croisade, une condamnation
Revenons sur le terrain strictement parigot-parisien. Pour relever que la France compte désormais un ex-Garde des Sceaux... condamné en justice. Comme elle avait déjà un ministre de l'Intérieur ayant connu le même sort (Brice Hortefeux, reconnu coupable d'injure raciale).
Cette fois, c'est de Rachida Dati dont il s'agit. Il y a quelques jours, l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, par ailleurs député européen et maire du septième arrondissement parisien, a été reconnue coupable de diffamation. Elle a été condamnée à une amende (avec sursis) de 2000€ et au paiement de 7000€ de dommages et intérêts et de frais de justice.
C'est le couple Clara et Marek Halter (elle artiste, lui écrivain bien connus) qui est à l'origine de ce camouflet judiciaire. En cause, le "Mur de la Paix", qu'ils ont créé sur le Champ de Mars à l'occasion des festivités pour le passage à l'an 2000. Dû au grand architecte Jean-Michel Wilmotte, inspiré librement du Mur des Lamentations de Jérusalem, il est constitué de douze panneaux de verre déclinant le mot "Paix" en 32 langues et 13 alphabets différents. Des messages peuvent être glissés dans des interstices ménagés entre les panneaux.
Rachida Dati déteste cette oeuvre. Elle a même lancé une pétition contre elle. Elle juge illégal le maintien de ce monument qui, à l'origine, n'était que temporaire. Et considère qu'il obstrue la perspective, classée, qui va de l'Ecole militaire jusqu'à la Tour Eiffel.
Dans sa croisade contre ce Mur, l'ex-ministre de la Justice a publiquement accusé les époux Halter de «méthodes et déclarations mensongères», et leur a reproché de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». A la suite de ses propos, les dégradations infligées au site (graffitis antisémites, etc.) ont redoublé.
En riposte à cette campagne, a vu le jour une association pour la pérennisation de l'installation. Elle regroupe quantité de personnalités du monde artistique (Anouk Aimée, Daniel Mesguich, Marie-Christine Barrault, etc.), intellectuel (Edgar Morin, Philippe Sollers, Julia Kristeva, etc.) ou politique, de gauche (comme Martine Aubry ou Lionel Jospin) et de droite (comme Jean-François Copé, les ministres Bachelot et Bertrand, ou l'ex-Premier ministre Raffarin). Tous prônent le maintien ad vitam, au Champ de Mars, de cet «hymne à la vie, dédié à un mot universel et chaque jour plus nécessaire», d'autant qu'il s'agit là «de l'unique monument pour la paix, dans un pays où abondent les monuments aux victimes des guerres».
Mais Rachida Dati n'est pas du genre à se laisser faire. Elle n'en démord pas. Dès qu'il est tombé, elle a donc fait appel du jugement la condamnant, que son avocat a qualifié de «jugement invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit».
Dès lors, le débat va continuer de faire rage. A Paris, on n'a pas fini de s'énerver sur le sujet, dans les beaux quartiers.
12:19 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, patrimoine, culture, arts, personnalités, dati
28.09.2011
Un respect, ou pas
On parlait des femmes, hier. Dernièrement, dans nombre de rues de notre onzième arrondissement, un artiste anonyme a apposé des affiches sur lesquelles est dessiné un tronc de femme nue. Sans autre mention, slogan ou inscription donnant au passant une clé pour décoder son oeuvre. Juste un dessin – très beau, au demeurant.
Et, ce qui est vraiment frappant, c'est de voir combien, jour après jour, cette œuvre demeure, la plupart du temps, parfaitement intacte. Ni dégradée, ni arrachée, ni tagguée, ni raturée, ni recouverte par d'autres créations – comme c’est le lot habituel, à Paris ou ailleurs, de la plupart des œuvres d’art urbain, dont la durée de vie est souvent très courte.
Mais là, rien. Pas grand monde ne semble toucher à cette représentation du corps féminin. Qui, dès lors, continue à fièrement embellir la vi(ll)e.
Hier, en le constatant une nouvelle fois dans notre quartier, on a pris le parti d'y voir un signe avant-coureur d'un plus grand respect pour les femmes, dans ce pays. Pays où, faut-il le rappeler, l'affaire Strauss-Kahn a remis en lumière l’ampleur encore, dans l'opinion, du machisme, du sexisme et du beaufisme.
Cet accès soudain d'optimisme (mesuré), on trouvait qu'il était plutôt bienvenu, le jour de la prise de fonctions, au gouvernement, du nouveau ministre des Sports, David Douillet. Quel rapport ? Ce David Douillet eut un jour, il n’y a pas si longtemps, une petite phrase effarante d'irrespect: «On dit que je suis misogyne, mais tous les hommes le sont, sauf les tapettes».
Réussir, en quinze mots, à cumuler misogynie et homophobie, cela méritait assurément une promotion gouvernementale.
Encore bravo.
09:55 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : femmes, gouvernement, personnalités, paris, arts
03.08.2011
Un été qui va bousculer
Paris meurt, Paris se meurt, en août. C'est ce qu'il est de bon ton de se dire entre Parisiens chaque année à ce mois-ci. C'est ce qu'affirme aussi, en ce moment, une grande inscription murale taguée l'autre jour par un passant manifestement un brin chagrin, dans une ruelle pas loin de la maison. C'est à la fois vrai et pas vrai.
Vrai, car, effectivement, plus les jours passent et plus les commerces, un peu partout, baissent leur rideau métallique et y apposent le sacrosaint écriteau donnant rendez-vous en septembre. Vrai car, en effet, le trafic et donc les embouteillages et la pollution sont (un peu) moindres en ville depuis lundi. Mais pas vrai, car – on en a encore fait l'expérience hier soir – les métros aux heures de pointe sont toujours aussi insupportablement bondés et torrides. Pas vrai, car, le soir, les terrasses à Bastille et les bars dans le Marais sont toujours aussi courus. Par vrai, car il y a toujours autant de miséreux qui croupissent dans la Ville lumière, sur notre boulevard Richard Lenoir comme ailleurs.
Et pas vrai, car ils se passe tout de même encore des choses intéressantes dans cette capitale, du point de vue culturel. C'est le cas par exemple du festival «Paris Quartier d'été», qui, en plus, cet été, va assez joyeusement bousculer la tradition. Ainsi, parmi les cadres parisiens dans lesquels vont se dérouler ses spectacles, figure pour la première fois l'Hôtel national des Invalides: haut lieu de l'histoire militaire française, à la tradition sévère et rigide comme il se doit, et qui, jusqu'à présent, était plus abonné aux cérémonies martiales et solennelles qu'aux fulgurances de la création culturelle.
Du coup cet été, dans la Cour d'Honneur des Invalides, sous le regard de ses 60 canons de bronze rigoureusement alignés, une compagnie de danse style hip-hop va virevolter autour de barrières Vauban (*): ces barrières métalliques servant généralement à empêcher la foule à accéder à tel ou tel lieu. Comme le notent les organisateurs du festival, ce sera amusant de voir «comment un objet qui sert habituellement à canaliser, à limiter et à interdire peut devenir l'instrument de toutes les libertés et l'appui de tous les envols».
Ainsi encore, dans ce cadre si cocardier des Invalides, on poussera l'exotisme jusqu'à y entendre résonner les chants des Manganiyars: une communauté d'artistes venus du Rajasthan indien. Ainsi, toujours, à deux pas de l'Église du Dôme et de son tombeau de Napoléon Ier, on pourra revoir en plein air «Les Duellistes», le film de Ridley Scott: « fresque époustouflante, déroulée sur fond de guerres napoléoniennes, à admirer sous la statue de l’empereur».
Très bien, tout cela. Rien de tel, trouve-t-on, pour s'aérer l'esprit et pour avancer, que les contrastes et les confrontations – en culture comme ailleurs.
(*) Barrières dénommées de la sorte en français de France, mais, si on a bonne mémoire, appelées plutôt barrières Nadar en français de Belgique. Le français, langue plurielle: encore une illustration, après nos prunes d'hier.
11:44 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : arts, culture, paris, patrimoine
29.07.2011
Un appel à la censure
Prenant prétexte de la dramatique actualité de vendredi dernier en Norvège – on ne voit pas très bien le rapport, mais bon, passons – , un député UMP a donc demandé (voir ici) au gouvernement de prendre «des mesures» pour «censurer» les chansons de «certains groupes de musique rap issus de l'immigration». Groupes qui, selon lui, «sous couvert de la liberté d'expression», «se livrent à de véritables appels à la haine raciale et religieuse en proférant des paroles obscènes, racistes et misogynes». Hier, l'intéressé a fait le tour des médias, évidemment très interloqués par son initiative. Il y a étendu son appel à la censure à toute forme d'expression artistique qui inciterait à «la violence» et à «la remise en cause des institutions».
Il y aurait beaucoup à dire sur pareille préconisation, tout comme sur le contenu, parfois effectivement problématique, de certaines créations artistiques. On se contentera ici de suggérer à ce parlementaire de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Et de se replonger dans le répertoire artistique de ces dernières décennies. Où il pourra, très utilement, utiliser ses ciseaux de censeur.
Car, si on suit son raisonnement, Johnny Hallyday aurait dû voir son si populaire «Allumer le feu!» frappé d'interdiction de diffusion, puisqu'il peut être compris comme une incitation à la révolte. Boris Vian n'aurait pu publier «J'irai cracher sur vos tombes»: rien que le titre de cette oeuvre est si peu respectueux. Renaud, dans les années 80, n'aurait pu chanter «Votre République, moi j'la tringle (...) Plus de slogans face aux flicards, mais des fusils, des pavés, des grenades». Idem pour Brassens, qui, trente ans plus tôt, n'aurait pu rigoler à l'idée de gendarmes tués «à grands coups de mamelle», ni confesser adorer voir des «braves pandores sous la forme de macchabées». Et sans doute peut-on multiplier les exemples à l'infini.
Bref, notre ami député sarkozyste a du pain sur la planche. Très bien: cela lui laissera moins le temps de proférer des âneries.
12:13 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, arts, musique, jeunes, immigration
28.07.2011
Un pastiche
Ce doit être la rançon de la gloire. Cela concerne Miss.Tic: l'artiste dont on parlait il y a deux jours, qui a participé à la confection du nouveau pochoir géant du quartier Beaubourg. Miss.Tic: la papesse du Street Art parisien, dont les pochoirs de jolies jeunes femmes délurées, aux petites réflexions spirituelles et décalées, font la pluie et le beau temps dans les rues ici, depuis le milieu des années 80. La rançon de la gloire? Miss.Tic a désormais un pastiche.
On en avait déjà entendu parler, mais on ne l'avait encore jamais constaté de visu: sur un mur ou l'autre, dans la ville. C'est désormais chose faite. L'autre soir, en effet, de retour du bureau, flânant le nez en l'air dans une ruelle de notre onzième arrondissement, on est tombé sur la soeur jumelle revendiquée de Miss.Tic: la délicieusement dénommée... Mass.Toc.
Le style des pochoirs signés Mass.Toc rappelle tant ceux de Miss.Tic qu'au début, on s'est demandé si ce n'était pas une auto-parodie de l'intéressée.
Un énième produit dérivé, en quelque sorte, imaginé par une artiste qui en a déjà tant (des fournitures scolaires à la maroquinerie, en passant par la lingerie). Une dernière trouvaille marketing d'une miss née dans la rue certes, mais à présent si institutionnalisée qu'elle figure sur des timbres-poste, est exposée dans les galeries de Saint-Germain des Prés (relire ici), ou sert d'identité visuelle à une marque de voitures de location.
Mass.Toc n'en est pas encore là, en termes de reconnaissance. Ses silhouettes, il est vrai, loin des sylphides de Miss.Tic, renvoient plutôt à... Beth Ditto, la gironde (et épatante) chanteuse de Gossip. Mais elles aussi aiment les jeux de mots en forme de clin d'oeil: «J'assure en chair», proclamait la dame aux formes généreuses le soir où on l'a croisée, sur son mur carrelé.
Mass.Toc: une critique de la plastique toujours si irréprochable des femmes de Miss.Tic? On lui souhaite, en tout cas, longue vie à elle aussi. Il n'y a pas de raison, trouve-t-on, que l'accès aux murs de Paris soit réservé à un certain tour de taille.
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26.07.2011
Un quartier que l'art embellit
Un peu de culture aujourd'hui: cela ne fait jamais de mal. D'autant qu'en l'occurrence, on est super en retard: les deux initiatives dont on va parler datent déjà de plusieurs semaines, mais, autres actus plus chaudes obligent, on n'avait pas encore eu l'occasion de les évoquer dans ce blog.
La première est une gigantesque oeuvre d'art qui trône désormais sur le parvis Beaubourg. Cette sculpture monumentale, baptisée «Horizontal», pèse la bagatelle de six tonnes. Elle est due à l'artiste américain Alexander Calder, qui, avant sa mort (en 1976), avait acquis une renommée mondiale avec ses immenses mobiles appelés aussi stabiles. «Horizontal», qui figurait depuis 1983 dans les collections du Musée national d'art moderne, n’avait plus été présenté au grand public depuis plus de vingt ans.
Calder, donc. On peut apprécier cet artiste, mais néanmoins juger que son choix n'est pas fou-dingue d'originalité. Ses oeuvres rehaussent déjà les parvis de quantité de centres culturels dans le monde. Et les Parisiens connaissent déjà ce sculpteur sur le bout des doigts: il y a plusieurs années, ils avaient été un demi-million à visiter la rétrospective que Pompidou lui avait consacrée. Peut-être, donc, aurait-on pu profiter de l'occasion pour populariser un artiste moins connu. En outre, on trouve «Horizontal» moins spectaculaire que «Le grand stabile rouge» (75 tonnes d'acier, 15 mètres de haut) du même sculpteur, installé depuis plus de 35 ans à La Défense. Mais sans doute ne faut-il pas faire la fine bouche: une oeuvre d'art qui sort des réserves d'un musée pour aboutir dans la rue, c'est toujours une bonne nouvelle.
La deuxième initiative artistique qui a vu le jour dans le quartier Beaubourg se distingue elle aussi par son gigantisme. Ce serait même le plus grand pochoir au monde. Son auteur, le surnommé Jef Aérosol, est un artiste lillois, vieux routier du Street Art français. Ce pochoir, haut de 22 mètres et large de 14, compte 350 m² de surface. Sa réalisation a demandé quatre jours de travail, nécessité 200 bombes aérosol, et mobilisé plusieurs autres artistes de rue réputés comme Blek le Rat ou Miss Tic. Selon la mairie du quatrième arrondissement, cet autoportrait monumental a vu le jour sur ce mur aveugle «à la demande des habitants du quartier Saint-Merri-Beaubourg, qui ne veulent pas laisser les pignons aux tags».
Baptisée «Chuuutttt!», cette fresque «est une invitation à se poser cinq minutes, à tendre l’oreille à des choses que vous n’avez pas l’habitude d’entendre. La ville, ce ne sont pas seulement les sirènes de police et le bruit des moteurs. C’est aussi les cris des enfants, le chant des oiseaux et la mélodie des langues des touristes, nombreux aux abords du Centre Pompidou».
Contiguë à la belle église St-Merri , «Chuuutttt!» fait face aussi à l'épatante fontaine Stravinski, de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle. Cette sculpture elle-même a été restaurée, elle qu'on avait si longtemps laissé pourrir, les pieds dans l'eau.
Mine de rien, donc, c'est tout un bout de quartier de Paris qui, grâce à l'art, progressivement s'embellit. Bien.
11:29 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : arts, culture, paris
06.07.2011
Un deuil
On est en deuil, aujourd'hui. Enfin, on l'aurait été si on avait été du genre à se plier à cette tradition désuète qui consiste à se vêtir de noir pour honorer la mémoire d'un défunt.
Ce mercredi, une fois n'est pas coutume, une note qui n'a pas grand lien avec Paris. Puisque la disparition dont question, que l'on a apprise hier soir, est celle de l'artiste américain Cy Twombly. Aucun lien avec Paris, si ce n'est, tout de même, que c'est dans cette ville qu'un jour, par le plus grand des hasards, on eut le bonheur de découvrir cet immense peintre et dessinateur abstrait. C'était il y a plusieurs années déjà, à la faveur d'une rétrospective magistrale à Beaubourg.
Au passage, c'est l'occasion de rendre hommage à la qualité, décidément, du travail mené par cette grande institution culturelle parisienne. Et, tant qu'on y est, de saluer le pari fait par le galeriste Yvon Lambert, qui, ces dernières années, à Paris comme à Avignon, a beaucoup exposé Twombly.
Comme Olivier Debré, Pierre Soulages ou Gérard Schneider, Cy Twombly est typiquement le genre de peintre dont on rêvera toujours de pouvoir, un jour qui sait, accrocher une oeuvre dans notre salon. Pas pour frimer. Juste pour admirer. S'y perdre du regard à longueur de journées. Vu le prix de ses toiles, on sait pertinemment bien que ce ne sera jamais possible, mais, sans trop savoir pourquoi, on aime conserver cette idée quelque part dans le coin de la tête.
En somme, ce serait le plaisir d'une vie. Un peu comme le publicitaire Jacques Séguéla, pour qui, quand on n'a pas sa Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie. Chacun ses goûts, sans doute.
11:21 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : arts, culture
09.06.2011
Un épisode historique essentiel
C'est le portrait d'un jeune vendeur de journaux à la criée, aperçu l'autre jour sur un mur de notre quartier Saint-Sébastien, dans notre onzième arrondissement, qui nous l'a rappelé. La capitale française célèbre, en ce moment, un anniversaire important. C'est le 140ème anniversaire de la Commune de Paris. Ce grand soulèvement populaire de 1871, contre «les Versaillais», est aussi un jalon essentiel dans l'histoire des mouvements et des idées de gauche en France. Aux lecteurs qui connaîtraient peu ce moment historique passionnant qu'a été la Commune, on conseille vivement la lecture de deux livres, parus en Poche, qui le romancent à merveille: «Le cri du peuple» de Jean Vautrin (ou la BD qu'en a tirée Tardi), et «L'insurgé» de Jules Vallès.
A Paris en ce moment, à l'initiative de gens issus notamment du milieu du cinéma – on y retrouve la comédienne Ariane Ascaride –, un projet épatant permet de se familiariser avec la Commune. C'est un projet multimédia. Un journal illustré retrace pas à pas le cheminement des événements de l'époque. Sur lesquels se penche également une émission hebdomadaire diffusée par une radio locale (pour les lecteurs parisiens: le vendredi à 15h, sur Fréquence Paris Plurielle, 106.3 FM). Surtout, des interventions de street-art sont réalisées un peu partout dans la capitale. In situ, comme on dit: aux endroits précis où ont eu lieu des événements marquants pendant la Commune.
Ce projet veut valoriser un épisode «occulté». «Paris s’invente une image de ville propre et policée pour mieux oublier certains épisodes de son histoire agitée. En 1871, pendant plus de deux mois, la ville se donne un gouvernement populaire, une armée civile et démocratique, expérimente la démocratie directe, et entreprend des réformes sociales».
Qu'on ne s'y trompe pas: à un an de l'élection présidentielle de 2012, une telle commémoration citoyenne d'un événement politiquement si marqué a aussi, évidemment, une dimension politique. Ainsi, les auteurs de ce projet entendent, par son biais, «impulser une réflexion sur l’actualité des thèmes développés sous la Commune, et sur le devenir de notre société». Cette société de 2011 où, à leurs yeux, «les espaces de liberté se réduisent sensiblement». Ils notent aussi que le Paris insurgé de l'époque était «accueillant pour les étrangers, qu’ils soient Italiens, Polonais ou Algériens. Encore un trait qui l’oppose au Paris de 2011».
Chacun jugera de la pertinence, ou non, de cette mise en parallèle historique, 140 ans plus tard. En attendant, le Parisien moyen, dans ses parcours quotidiens dans la ville, a l'occasion de voir pas mal de lieux habituellement anodins qui, subitement, sont égayés par des interventions graphiques souvent réussies. Rien que cela, c'est déjà incontestablement très bien.
12:56 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, histoire, activisme, arts
28.02.2011
Une mémoire courte
Michèle Alliot-Marie est décidément entêtée. Jusque dans sa lettre de démission, hier après-midi, elle a soutenu qu'«aucun manquement» ne pouvait lui être reproché, dans sa si peu glorieuse affaire de vacances tunisiennes. Accessoirement, l'ex-ministre des Affaires étrangères a aussi une très très mauvaise mémoire. «En politique, on ne pleure pas: on serre les dents et on sourit», avait-elle lancé, il y a quelques jours. Les médias hier, au moment où tombait la tête de la dame de fer, ont abondamment repris cette petite phrase, sans doute désireux de voir couler les larmes de l'intéressée. Ce ne serait pas une première, au demeurant. En effet, contrairement à ce que prétend «MAM», on ne compte plus les personnalités politiques qui, ces dernières années, ont fondu en sanglots. Au risque de commencer (un peu) tristement la semaine, petit florilège, pas forcément exhaustif, de ces grands moments d'émotion.
Pas plus tard que la semaine dernière, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a versé une larme en retrouvant sa chère Tunisie pour la première fois depuis la révolution. Le mois dernier, c'était le Premier ministre François Fillon qui avait été submergé par l'émotion, au moment de prononcer l'éloge funèbre de Philippe Séguin. En 2006, un de ses prédécesseurs à Matignon, le socialiste Lionel Jospin, avait marqué l'université d'été du PS, à La Rochelle, en contenant à peine ses larmes alors qu'il discourait sur la fameuse soirée du 21 avril 2002.
Des yeux (un peu) mouillés, on en aperçut paraît-il aussi chez Jean-Marie Le Pen, le mois dernier: au congrès du FN lors duquel il passa la main à sa fille. Une crise de larmes carrément, devant les caméras de Canal si on se souvient bien, c'est ce qui survint à l'UMP Françoise de Panafieu en 2008: lorsque, à l'issue du premier tour des élections municipales, elle se rendit compte qu'elle ne succéderait jamais à Bertrand Delanoë à la mairie. Autres sanglots médiatisés et mémorables: ceux de la députée catholique Christine Boutin (à l'Assemblée en 1998, lors du débat houleux sur le Pacs), de Rachida Dati (à son arrivée au ministère de la Justice, en 2007) ou de la socialiste Martine Aubry (quand elle dut quitter l'Assemblée en 2002, battue aux législatives dans le Nord). Bref, n'en déplaise à Michèle Alliot-Marie, en politique, on serre les dents souvent, on sourit tout le temps, à l'occasion on promet «du sang et des larmes», mais, parfois aussi, on pleure. Quitte à ce que, bien sûr, ce ne soient que des larmes de crocodile.
PS: Rien à voir avec la politique française, mais, si vous avez un jour la chance de tomber sur un exemplaire du livre «Crying Men», publié par le photographe Sam Taylor en 2005, n'hésitez pas. En effet, c'est un des livres de photos les plus saisissants édités ces dernières années – il connut d'ailleurs un succès tel qu'il est devenu introuvable et donc hors de prix. Ce photographe a demandé à toute une série de personnalités (Jude Law, Ed Harris, Benicio Del Toro, Willem Dafoe,etc.) de... fondre en larmes devant son objectif. On était tombé en arrêt devant ce livre il y a quelques étés, aux Rencontres internationales de la photographie d'Arles. Depuis, on a toujours regretté de ne l'avoir acheté. Ses clichés, en effet, sont le plus souvent absolument bouleversants.
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12.11.2010
Un irrespect
On ne va pas s'énerver longuement sur le sujet aujourd'hui, vu que l'autre jour déjà, dans ce blog, on avait pesté contre «l'effarante stupidité» des abrutis qui vandalisent des oeuvres d'art (si cela vous avait échappé, relire ici). Juste donc signaler, avec dépit, une info parisienne tombée pendant ce congé du 11 novembre: un quidam a volontairement dégradé une toile faisant partie de la grande expo Jean-Michel Basquiat en cours en ce moment au Musée d'art moderne de la Ville de Paris.
La dégradation est «mineure»: quelques ratures au feutre, de quelques centimètres à peine, dans un coin du tableau. Celui-ci pourra donc sans doute être restauré, de manière à ce que ce geste anonyme ne soit bientôt plus qu'un mauvais souvenir. Pas de dégâts fondamentalement graves donc. Mais, ce qui sidère ici, c'est le geste, c'est la démarche: s'attaquer à une oeuvre d'art. C'est d'une inculture et d'un irrespect absolument consternants.
11:33 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, culture, arts, sécurité
08.11.2010
Une violence
Qui sait ces pochoirs vus ce matin sur des murs de notre onzième arrondissement y ont-ils été apposés samedi, en marge de la (dernière?) journée nationale de manifestation syndicale contre le projet gouvernemental de réforme des retraites. Ils dénotent par leur radicalité. «Les patrons ne comprennent qu'un langage: grève, blocage, sabotage», proclament-ils. Passons sur la grève et le blocage. Mais appeler carrément et ouvertement au sabotage, ce n'est tout de même pas rien. Pour rappel, en France, le Code pénal punit de 15 ans de prison et de 225.000 euros d'amende «le fait de détruire, détériorer ou détourner tout document, matériel, construction, équipement, installation, appareil, dispositif technique ou système de traitement automatisé d'informations ou d'y apporter des malfaçons, lorsque ce fait est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation».Ce violent appel mural suit une salve d'attaques elles-mêmes très musclées contre le mouvement de contestation – ou en tout cas contre certaines formes qu'il a prises. Ainsi, Nicolas Sarkozy l'autre jour: «Nous ne pouvons pas laisser nos ports paralysés parce qu'une infime minorité ne comprend pas que les ports ne lui appartiennent pas. Ces dizaines et dizaines de bateaux en rade à Marseille, ce n'est pas acceptable». Ou Jean-François Copé, le chef de file des députés UMP, à propos des récentes actions de blocage de raffineries: «On ne peut plus continuer à mener des réformes dans notre pays avec un corps syndical qui utilise des méthodes d'un autre temps». Ou encore Bruno Gollnisch, le vice-président du FN, au sujet de «la ligne du sabotage de l’économie française» qui, selon lui, est la ligne du syndicat communiste: «La CGT doit être rendue civilement et pénalement responsable de ses agissements. Nul en France n’est au-dessus des lois et surtout pas cette organisation, directement responsable, entre autre, du déclin des ports de Marseille, du Havre, et de bien d’autres entreprises». Ces pochoirs appelant notamment au sabotage se veulent-ils une réplique à ces propos?
Sinon, autre message mural-choc vu dans notre quartier et renvoyant à la lutte sociale, cette illustration due à un artiste de rue. On y reconnaît «La liberté guidant le peuple». Le fameux tableau d'Eugène Delacroix est représenté en train d'être taggué par un punk, reconnaissable à sa crête chevelue, qui y écrit rageusement un slogan lui aussi très définitif. Non le «No future» habituel des punks, mais un «No culture» qui, en lettres capitales colorées, attire bien sûr le regard du passant.«No Culture». En tombant sur cette fresque, on s'est dit que, heureusement il ne s'agissait que d'une vue de l'esprit d'un artiste de rue. Et que, heureusement, vu le contexte actuel, si peu folichon, il restait au moins cela à la France: la Culture. Puisqu'elle est censée adoucir les moeurs.
11:31 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, economie, culture, paris, arts
15.10.2010
Une effarante stupidité
Les autorités travaillent bien, dans leur traque des mauvais plaisantins qui, dernièrement, par leurs fausses alertes à la bombe, ont semé pour rien la panique dans plusieurs endroits de Paris. Après l'arrestation, dont on a déjà parlé, de l'auteur de la fausse alerte ayant visé la gare Saint-Lazare, a été annoncé hier le placement en garde à vue d'un homme suspecté lui d'avoir commis rien moins que quatre fausses alertes. Les appels téléphoniques dont il est soupçonné ont visé deux fois la gare Montparnasse, ainsi que l'hôpital de l'Hôtel-Dieu et un grand magasin.
Si sa culpabilité est reconnue, il a franchi, selon nous, un pas supplémentaire dans la stupidité. Déjà, sans raison mettre les forces de l'ordre sur les dents – qui plus est en ce moment – et effrayer les touristes visitant la tour Eiffel ou les clients d'un grand magasin, c'est assez crétin. Mais là, s'attaquer à un hôpital, cela dépasse l'entendement. Effrayer pour rien des malades voire des mourants: dans les deux cas des gens qui souffrent, donc. Perturber encore un peu plus le travail d'un personnel soignant qui déjà n'en peut plus car il est notoirement débordé. Sans doute faut-il être soi-même un peu malade dans sa tête pour en arriver là.
Une stupidité consternante de cet acabit, cela dit, on l'a vue aussi à l'oeuvre récemment, dans notre onzième arrondissement et dans un domaine qui n'a rien à voir avec le terrorisme: la culture. C'était à l'occasion du «Génie des Jardins»: une manifestation qui invite le grand public à la découverte de la création contemporaine, via des interventions d'artistes disséminées dans des espaces verts. Des abrutis en ont profité pour saccager plusieurs installations artistiques. «Scandaleuse agression», s'est légitimement indignée la mairie, pour qui, si «l’expression artistique, quelle qu’elle soit, peut déranger, rien ne peut justifier un geste destructeur, qui réduit au silence celui qui s’exprime».
On a toujours trouvé minables les actes de vandalisme en général. Parce qu'ils sont le sommet de la vacuité: ne portent aucun message politique de fond mais disent juste: «Je suis passé ici, j'ai cassé, à vous de vous débrouiller». Et parce qu'ils sont le comble de l'égoïsme: quelques secondes d'adrénaline éprouvées par le casseur au moment de détruire passent avant l'embarras que son geste va causer auprès des innombrables usagers de l'infrastructure qu'il a vandalisée. Mais là, quand en plus le vandalisme s'en prend à la création artistique, un pas supplémentaire nous semble franchi, comme avec la fausse alerte à la bombe dans un hôpital. Un pas effarant vers la débilité la plus profonde.
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04.10.2010
Un habit pour l'hiver
«Nuit blanche», samedi à Paris. N’adorant pas la promiscuité des très grandes foules – 1,5 million de personnes dans les rues, paraît-il –, on n’y a pas passé des heures. Mais on y est resté assez longtemps pour voir, comme chaque fois, pas mal de choses plutôt bien. En plus, cette année, la douceur du climat a rendu cette nuit parisienne plus belle encore.
A propos d’art contemporain, il y a une personnalité qui vient de se faire rhabiller pour l’hiver, comme on dit. A savoir le philosophe Luc Ferry: grand mandarin d’une certaine pensée néo-conservatrice française, dont les discours anti-Mai 68 influencèrent beaucoup Nicolas Sarkozy en 2007. L’autre jour, l’ex-ministre de l’Education y était allé de propos aussi définitifs que méprisants sur l’art contemporain («un art qui ne vise qu'à choquer»), par exemple sur la récente exposition Boltanski au Grand Palais («clairement moche et sans intérêt»:des «poncifs consternants»), et sur les avant-gardes en général (à l’origine d’une «déconstruction comme jamais dans l'histoire de l'humanité»). Les spécialistes de PARISart viennent de lui répondre. Et on a trouvé leur réplique d’une férocité jubilatoire.
L’éminence est d’abord raillée pour «sa médiocre connaissance de l'art contemporain». «Il mélange allégrement art moderne et art contemporain, dénigrant celui-ci à partir de celui-là, prenant des musiciens modernes (John Cage) à l'appui d'une charge contre l'art contemporain, et multipliant ainsi les approximations. Les seuls artistes contemporains qu'il mentionne sont les vedettes des discussions de bistrot sur l'art — Koons, Hirst, Boltanski, Murakami. Autre signe patent de méconnaissance, et erreur théorique: il procède à une double réduction de l'art contemporain, en le circonscrivant à cette petite poignée de vedettes internationales, et en le repliant sur son seul aspect mercantile de marché mondialisé».
Suit une charge au bazooka contre l’argument-massue de Luc Ferry: l’art contemporain aurait «clairement rompu avec l'idée de beauté». Qu’une argumentation s’articule ainsi sur une notion aussi subjective que la beauté manifestement effare PARISart. «Cette appréhension du présent de l'art avec les critères du passé est, à la lettre, réactionnaire, marquée du sceau de la nostalgie d'un monde révolu où «l'art, c'était d'abord la mise en scène de symboles éthiques, intellectuels ou spirituels majeurs, communs à un peuple ou à une époque».
Conclusion. «L'intérêt de cette interview de Luc Ferry n'est pas à rechercher dans ses propos sur l'art (…) mais dans la profondeur de cette cécité; dans l'ampleur, la violence et la radicalité du rejet de l'art moderne et contemporain; et dans cette position guère kantienne consistant à situer aujourd'hui «la beauté» dans le design et la mode, «dans le monde des objets plus que dans celui des œuvres». Et à choisir une Bugatti ou une montre Jaeger-LeCoultre plutôt qu'un Soulage, un Basquiat, ou un concert de Boulez. (…) Opposer une automobile, fût-ce une Bugatti, à un tableau de Soulage n'est tout simplement pas sérieux. C'est moins une audace que l'expression d'un désarroi théorique. Voire le signe que cette croisade contre l'art contemporain menée au nom de la «tradition» et des «classiques» s'accorde assez bien avec le bling-bling ambiant, qui n'est autre qu'une défaite majeure de la culture».
Et voilà Luc Ferry rhabillé pour l’hiver. On espère vraiment que l’intéressé répondra prochainement à tout cela. Et, qu’au-delà de sa petite personne ou de telle ou telle petite polémique si convenue (pour ou contre Murakami à Versailles, etc.), le débat se développera, dans la société française, à propos de l’art contemporain. Ces échanges, cette confrontation des points de vue, ce serait un signe plutôt stimulant, dans ce contexte si morose.
09:04 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : arts, culture, paris
13.09.2010
Une lassitude
Le débat artistique n’évolue décidément pas beaucoup, à Paris. On en aura encore l’illustration demain, avec l’inauguration de la grande expo Murakami au château de Versailles. Il y a deux ans déjà (relire ici ou là), ce château avait fait scandale en rendant hommage à l’Américain Jeff Koons, une initiative qui avait même fait l’objet de recours en justice. A présent, suscite une identique controverse l’arrivée sous ses ors de la star japonaise de l’école «kawaï» (mignon, en japonais) – sorte de croisement coloré entre l’esthétique pop art et la culture manga. Ainsi, s’insurgeait ce week-end le prince Sixte-Henri de Bourbon, descendant paraît-il de Louis XIV, «ce nouvel art du scandale perdra le prestige de Versailles comme vitrine culturelle de la France».
On avoue qu’on a entendu avec lassitude, ces derniers jours, les discours des tenants de cette vision passéiste et poussiéreuse du patrimoine historique. Non pas qu’on soit particulièrement passionné par les créations du pape du «nouveau japonisme»: la dernière grande rétrospective parisienne en date qui avait été consacrée à ce plasticien (à la Fondation Cartier, il y a quelques années) nous avait même laissé assez froid. Mais là, au vu des premières images de son expo à Versailles vues à la télé ces derniers jours, on a vraiment envie de se laisser tenter: le contraste avec le décor royal a l’air épatant.
De même n’a-t-on pas gardé un souvenir impérissable du président de l’établissement gérant le château de Versailles, Jean-Jacques Aillagon, lorsqu’il était ministre de la Culture, sous Jacques Chirac. Mais là, on trouve qu’une fois de plus, il se défend plutôt bien. Hier dans les journaux et ce matin encore à la radio, il l’a rappelé: «On voudrait imposer à ce château une pudibonderie qui n’a jamais eu cours. Il ne faut pas oublier que Versailles a été conçu et voulu pour la fête, le bonheur, la profusion. Critiquer le fait de présenter de l’art contemporain dans un musée national est une façon de contester ce qu’ont préconisé 50 ans de politique culturelle dans notre pays. Malraux a invité Chagall à réaliser un plafond à l’opéra de Paris. Chagall a créé les vitraux de la cathédrale de Reims. Jack Lang a demandé à Daniel Buren d’intervenir dans les jardins du Palais-Royal. Notre but est de faire comprendre au public l’universalité de l’art. Des œuvres du passé peuvent dialoguer avec celles d’aujourd’hui et vice versa ».
Et, ajoutera-t-on à l’attention de ceux qui veulent faire du château versaillais «le temple de leur nostalgie politique», même le très vénérable musée du Louvre, il y a peu, s’ouvrit à l’art contemporain: il fit repeindre le plafond d’une de ses salles par le grand artiste américain Cy Twombly. Et le résultat était très bien.
En art comme en tout, rien décidément n’est plus lassant que le manque d’audace.
09:21 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : culture, patrimoine, arts, expositions
21.07.2010
Un Belge (mal en point)
En ce 21 juillet – pour les lecteurs non belges de ce blog: jour de fête nationale en Belgique – , cette vision surgie l’autre jour au coin d’une rue de notre quartier Saint-Sébastien, dans le onzième arrondissement. Tintin gisant sur le sol, le corps transpercé par une sagaie, à côté de son chien Milou tout aussi mal en point, touché par une flèche. On ignore si, dans cette grande fresque murale, le sort infligé par cet artiste de rue au plus célèbre reporter de la BD belge relève du pur exercice créatif ou symbolise l’état de la Belgique et/ou de sa corporation journalistique.
12:44 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : arts, bande dessinée, belgique
30.06.2010
Un «pari gagnant»
Un peu de culture, aujourd'hui. Quatre ans après son inauguration, c'est une consécration pour le musée du Quai Branly. Cette institution vient d'être bombardée en tête du classement des 340 musées français, édité chaque année par «Le Journal des Arts». Ce palmarès est établi sur la base de 69 critères concernant par exemple l’accueil du public, le dynamisme de la politique muséale, ou la conservation des oeuvres. C'est la première fois que Branly pointe en tête de ce classement. Ce qui, selon ses concepteurs, consacre le «pari gagnant» de ce musée dédié aux Arts premiers.
Dans ce classement, Branly détrône le Centre Pompidou, le Louvre étant stationnaire à sa troisième place. La rétrogradation du Musée d’art moderne de Beaubourg est expliquée par la longue grève qui y a eu lieu l'automne dernier ainsi que par sa politique d’accueil. A Pompidou, en effet, «les aides à la visite (audioguide et téléchargement multimédia) ne sont pas incluses dans le prix d’entrée». A Branly, en revanche, «Le Journal des Arts» a apprécié le fait que cette institution «offre 18 journées de gratuité par an à son public, lequel peut, par ailleurs, visiter l’intégralité de ses espaces d’exposition» – ce qui est loin d'être le cas au Louvre, par exemple. Les confrères se réjouissent aussi que «quatre ans après son ouverture, la fréquentation (de Branly) continue à progresser, avec une hausse de 7,6 % cette année», pour un total cumulé d'une demi-douzaine de millions de visiteurs.
En effet. On ne se félicitera jamais assez qu'un jeune musée trouve aussi rapidement et aussi aisément son public. A fortiori lorsqu'il est dédié à une culture et à des arts si lointains de ceux de ses visiteurs, ce qui offre à ces derniers une fantastique ouverture sur le monde.
Juste que, sans prétendre remettre en cause le bien-fondé des notes accordées par ces professionnels, nous personnellement, en tant que modeste usager parisien, on a toujours eu un gros problème avec Branly. On trouve ses collections très belles et ses expositions plutôt bien faites. On apprécie assez son grand jardin. Sans en avoir jamais été fan, l'immense vaisseau conçu par l'architecte Jean Nouvel ne nous dérange pas fondamentalement, dans sa physionomie extérieure. En revanche, on a toujours été très désorienté par son agencement intérieur. A chacune de nos visites, on a eu le même problème. Dans ce musée, on ne s'y retrouve jamais. On ne sait jamais où l'on est. On ne repère ni les sorties, ni les cheminements. On ne ressent ni ne comprend ni à la structure de ce vaste bâtiment, ni à l'articulation de ses circulations. Bref, on y ère, on s'y perd, on y flotte, et souvent on s'en agace.
Mais, les professionnels de l'art ne semblant pas insister outre mesure sur cet aspect des choses, sans doute a-t-on tout faux: probablement est-on particulièrement et singulièrement déstructuré.
10:52 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : musées, arts, culture, paris
11.03.2010
Un triomphe
Un peu de culture aujourd’hui, parce qu’on regrette de ne pouvoir en faire plus souvent dans ce blog. Et une bonne nouvelle, parce que ça fait du bien. Bonne nouvelle, car elle montre qu’à Paris en matière d’arts, oui décidément, le grand public est bien plus ouvert et curieux que ce que prétendent parfois certains esthètes grincheux et volontiers méprisants. Viennent à nouveau d’en témoigner les chiffres de fréquentation astronomiques de l’exposition consacrée au peintre Pierre Soulages, des données qui ont été dévoilées en milieu de semaine par le Centre Pompidou, où s’est clôturée lundi cette rétrospective.
Rétrospective assez épatante, on l’avait écrit (ici) le jour de son vernissage. Mais consacrée à un artiste abstrait dont on aurait pu penser qu’il n’était pas d’office d’un accès aisé pour tout le monde. Les monochromes noirs de Soulages, ce n’est pas la migraine assurée, mais cela ne s'aborde tout de même pas aussi aisément que des paysages de Cézanne, des nus de Renoir, des danseuses de Matisse ou des Tahitiennes de Gauguin – cela dit sans déprécier aucunement ces derniers artistes. Et bien, malgré cela, en moins de six mois, l’expo Soulages a été vue par... plus d’un demi-million de visiteurs! 502.000 très exactement, soit près de 5.000 visiteurs par jour. Triomphe d’autant plus inattendu et impressionnant que, pendant la durée de cette rétrospective, le Centre Pompidou a été fermé au public pendant plus de trois semaines, pour cause de grève. Sans ce mouvement social, on aurait sans doute dépassé les 600.000 visiteurs.
Voilà qui, au palmarès de la fréquentation des grandes expos de Beaubourg, place carrément ce peintre abstrait français juste derrière les stars internationales aussi populaires que sont Kandinsky (703.000 visiteurs, en 2009), Matisse (735.000, en 1993) et Dali (840.000, en 1979).
Ce serait si bien si un tel succès incitait les responsables des grands centres culturels parisiens – et, au-delà, français – à faire preuve d’audace dans leurs prochaines programmations.
10:52 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : arts, culture, expositions, paris
14.10.2009
Une merveille
Pierre Soulages, Olivier Debré, Gérard Schneider, Cy Twombly, Hans Hartung, Joan Mitchell, David Hockney, etc. Il y a quelques grands peintres qu’on adore tellement, et depuis si longtemps, qu’on a toujours rêvé de pouvoir, un jour, accrocher, au mur à la maison, l’un ou l’autre de leurs tableaux. On sait très bien que cela ne se produira jamais, vu le prix astronomique atteint sur le marché de l’art par leurs créations. Du reste, et c’est le cas pour Pierre Soulages par exemple, si par extraordinaire on avait un jour les moyens d’acheter un de ses tableaux, il serait vraisemblablement si monumental que jamais ils n’entrerait dans l’appart.
Il n’empêche, Soulages, le fameux inventeur de l’«outrenoir» (comme il y a un outremer), on l’a vraiment dans la peau. On a déjà vu des tas d’expositions sur lui, notamment à Paris. Et, à chaque fois, cela ne rate pas: hormis peut-être ses œuvres de jeunesse, auxquelles on est moins sensible, on est subjugué. Ebahi par la maestria de cet artiste. Par l'impressionnante luminosité qui se dégage de ses tableaux pourtant de prime abord si obscurs et monochromes. Par l’incomparable richesse de leurs reflets, de leurs matières, de leurs textures, de leurs rythmes, de leurs profondeurs. Depuis des semaines, dès lors, on était particulièrement impatient à l’idée de découvrir la grande rétrospective que Beaubourg consacre, à partir de ce mercredi et jusqu’au mois de mars, à cet artiste. On n’a donc pas manqué de faire un saut au vernissage, hier midi. Et c’était une merveille.
En effet, avec plus d’une centaine d’œuvres exposées, il s’agit vraiment d’une rétrospective de grande ampleur que le Centre Pompidou consacre à ce créateur. Assez incompréhensiblement, il y manque quelques-unes de ses digressions – ainsi, les tableaux où de fulgurantes touches de bleu électrique viennent violemment s’immiscer dans la noirceur. Mais, globalement, le tour d’horizon proposé par cette expo est si vaste qu’il a de quoi impressionner. D’autant qu’à l’occasion, la scénographie choisie est spectaculaire. C’est le cas de l’immense salle finale de l’expo, dans laquelle ont été suspendus, à l’aide de filins rigides d’acier, une quinzaine des gigantesques polyptiques peints par Soulages. Ou de cette petite salle dont, à l’exception d’une seul paroi éclatant de blancheur, les murs, le sol et le plafond sont entièrement noirs, ce qui permet de mettre en valeur la luminosité des œuvres qui y sont exposées.
Car, si, en général, noir c’est noir, chez Soulages, le noir n’est pas juste du noir. Le peintre l’a bien dit, dans une phrase justement mise en exergue sur un des murs de l’expo: «Mon instrument (n’est) pas le noir, mais cette lumière secrète venue du noir. Lumière d’autant plus intense qu’elle émane de la plus grande absence de lumière». Car malgré «l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité», cette couleur, quand elle est maniée par un maître comme Soulages, s’efface comme par magie au profit de toutes les autres couleurs qu’elle fait apparaître. «Le noir (…), par son rapport aux autres couleurs, c’est un contraste. A côté de lui, même une couleur sombre s’illumine. Pour intensifier un blanc, c’est pareil. Quant au noir absolu, il n’existe pas. Ou n’existe que dans les grottes. Je trouve d’ailleurs fascinant que les hommes soient descendus dans les endroits les plus sombres, dans le noir total de la grotte, pour y peindre avec… du noir. La couleur noire est une couleur d’origine. Et aussi de notre origine».
C’est ici que l’expo de Beaubourg prend une dimension autre que strictement picturale, à laquelle chaque visiteur sera évidemment libre d’adhérer ou pas. On ne voit dans les noirs de Soulages que ce qu’on veut et peut y voir. «Je fais de la peinture pour que celui qui la regarde – moi comme n’importe quel autre – puisse se trouver face à elle, seul avec lui-même», a dit un jour l’artiste. «Si on regarde un tableau noir avec ses yeux et pas avec ce que l’on a dans la tête, on remarque qu’il y a de la lumière dedans», complétait-il l’autre jour, interviewé par un collègue de «La Libre».
On n’irait pas jusqu’à prétendre, comme un confrère le résumait un peu bêtement sur une radio ce matin, que «si vous ne voyez que du noir (dans les œuvres de Soulages), c’est qu’il y a du noir en vous». Mais ce qui paraît évident, c’est que la contemplation de ces monochromes si incroyablement riches chromatiquement est une expérience, artistique voire humaine, tout à fait fascinante.
En plus, l’exposition offre un ultime et saisissant contraste à ses visiteurs. Lorsque, elle qui se déroule au dernier étage de Beaubourg, fait passer le public, en une fraction de seconde, de la contemplation de l’obscurité si profonde, si intérieure, de ces oeuvres, à la redécouverte de l’immense panorama vitré de la capitale – si vivante, si clinquante. On est, alors, physiquement, en plein ciel, mais on redescend sur terre à une vitesse vertigineuse.
11:20 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : arts, culture, expositions



