Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

26/03/2015

Une obligation, surveillée de près

Elections départementales, Audiovisuel, MédiasDernière ligne droite, pour la campagne électorale. Et elle donne parfois lieu à des petites choses un peu comiques, dans les médias.

Ainsi, la diffusion, en radio ou en télé, de telle ou telle séquence, mettant en scène telle ou telle personnalité politique, mais séquence dont l'intérêt informatif ne saute pas immédiatement aux yeux. Ou même carrément l'annonce à l'antenne – on l'a encore entendu hier matin, sur une radio – de la nécessité de passer quelques secondes d'un son de tel ou tel élu, candidat ou responsable politique, pour «respecter parfaitement les obligations» imposées à ce média.

Ces contraintes ont trait à l'équité des temps de parole et d'antenne qui sont octroyés aux formations politiques en lice aux élections. Quotidiennement, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) procède à un relevé extrêmement minutieux, à la minute près, de ces temps de parole et d'antenne. Il adresse ensuite ses relevés aux médias concernés, et leur demande de corriger le tir, si besoin. A la clôture de la campagne, les comptes sont faits, et les médias qui n'ont pas été équitables sont rappelés à l'ordre. D'où, dans les dernières heures de la campagne, les tentatives de toutes les radios et télés de se mettre in extremis en conformité avec leurs obligations. Quitte à devoir diffuser des séquences pas très intéressantes, sur le fond – qu'elles relatent des anecdotes, ou donnent la parole à des intervenants mineurs.

Dans sa dernière analyse en date (là), le «gendarme de l'audiovisuel» se félicite: «Les déséquilibres constatés lors des relevés intermédiaires ont pour la plupart été corrigés». Sans doute lui-même conscient de la lourdeur de la tâche qu'il impose aux médias, il «salue l’implication des radios et des télévisions, en particulier des chaînes d’information en continu, de la plupart des antennes locales du service public ainsi que de nombreuses télévisions locales hertziennes», dans l'application de ces contraintes.

Voilà un compliment qui, en tout cas, tranche avec le ton, très sec, des remontrances que ce même CSA, le mois dernier, avait adressées aux médias, relatives à leur couverture des attentats.

06/03/2015

Une visibilité toujours aussi faible

Femmes, Audiovisuel, Télévision, Radio, PresseCe vendredi matin, à quelque jours du 8 mars, trois femmes, membres du gouvernement Valls, ont pris leur petit-déjeuner ensemble. Aux côtés de ces ministres de la Culture, des Affaires sociales et des Droits des femmes, un panel de professionnels de l’audiovisuel, de parlementaires, et de dirigeants du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).

A l'ordre du jour des discussions, l'éternel sujet de «la place des femmes dans les médias». Il n'a sans doute pas fallu beaucoup de cafés et de croissants pour que ces convives fassent un même constat accablé: la situation, dont on parle pourtant depuis des années, tarde décidément à s'améliorer.

Pour preuve, la dernière analyse en date du contenu de 1200 heures de programmes (hors publicités et bandes annonces) diffusés par seize chaînes hertziennes. Elle a quantifié à 36% seulement la place que les femmes y ont occupée, par rapport aux hommes. C'est encore moins que l'année précédente (37%). Or, s'il faut le rappeler, dans la population française, les femmes sont toujours largement majoritaires (52%), par rapport aux hommes.

Du coup, dernièrement, le CSA a adopté une délibération qui renforce les obligations des médias, notamment en termes de visibilité des femmes à l'antenne. «On ne peut pas vivre en 2015 dans une démocratie où la moitié de la population est considérée comme subalterne» par les médias, a justifié la journaliste Françoise Laborde, ex-membre du «gendarme de l'audiovisuel».

Femmes, Audiovisuel, Télévision, Radio, PresseCela dit, une opportunité va rapidement se présenter aux gouvernants, qui leur donnerait l'occasion d'au moins faire symboliquement progresser le dossier. La présidence de France Télévisions doit bientôt être renouvelée. Qui sait, nommer une femme à la tête du groupe audiovisuel public pourrait contribuer à sortir tout ce petit monde de l'entre-soi masculin?

 

PS: La presse écrite et la radio, cela dit, ne sont pas fondées à faire la leçon à la télévision, sur la question. 20% des intervenants qui apparaissent sur le petit écran en tant qu'experts (=interrogés pour leurs compétences) sont des femmes – contre 80% d'hommes. A la radio et dans les journaux, ce taux féminin chute à 17% et 15%, respectivement.

15/06/2012

Une fin, ou un commencement

Dernière ligne droite de ce si long marathon électoral français de 2012: le deuxième tour des élections législatives, ce dimanche. Ce week-end, du reste, ce pourrait bien être la dernière fois que, dans ce pays, l'on organise ce type d'élections de cette façon.

En effet, des projets existent de modifier les modalités de ce scrutin – sans même reparler de la dose de proportionnelle que François Hollande a promis d'y instaurer, alors qu'il est aujourd'hui majoritaire. Qui sait la concrétisation de ces réflexions institutionnelles pourrait même être accélérée par le taux d'abstention astronomique qui a été enregistré dimanche dernier. Ainsi, on a beaucoup reparlé, ces dernières semaines, d'organiser dorénavant le même jour les scrutins législatif et présidentiel. Mais cela se heurterait au droit de dissolution de l'Assemblée dont dispose le chef de l'Etat, qui donc est susceptible de convoquer à tout moment des législatives.

Cette séquence électorale de 2012, du reste, a montré qu'il y avait d'autres sujets de réforme potentielle sur lesquels on pourrait utilement se pencher. Celui, par exemple, des 500 signatures de parrainage d'élus, réclamées de chaque candidat à l'Elysée – des parrainages à remplacer plutôt par une pétition de citoyens? Ou les inextricables difficultés que posent aux médias audiovisuels les règles si pointilleuses régissant le calcul et la répartition des temps de parole et d'antenne entre candidats.

Dimanche, donc, ce sera la dernière étape d'un interminable processus électoral. Mais ce sera aussi un commencement: le coup d'envoi donné au chantier de réforme éventuelle des règles électorales, chantier qui risque lui-même d'être très long, fastidieux, voire harassant.

24/05/2012

Un dénigrement, oui. Une dérision, non

Elections législatives, Elections présidentielles, Communication, Médias, Audiovisuel, Télévision, Langue françaiseA peine en a-t-on fini avec les spots de la campagne officielle pour l'élection présidentielle que voilà les clips pour les législatives. Dans un récent règlement, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) fixe les modalités de cette communication, jusqu'au moindre détail – par exemple, le minutage de ces clips, à la seconde près. Dans ce texte, on trouve aussi la réponse à une question que l'on s'était posée, pendant la campagne présidentielle.

A plusieurs reprises, à la vue des spots électoraux – ou des tracts imprimés – vantant tel ou tel candidat à l'Elysée, on s'était dit que cette propagande allait tout de même assez loin. Assez loin dans le dénigrement de l'adversaire: à coups d'arguments de mauvaise foi, de raccourcis, et de caricatures. La pub électorale comparative et mensongère est-elle donc permise, en France? C'était la question que l'on s'était posée.

La réponse? Oui et non, si l'on décrypte bien la note du CSA.

Oui? Ce règlement n'interdit aucunement aux candidats de dénigrer leurs adversaires. Non? Il leur interdit de les «tourner en dérision». Nuance.

Cette nuance, tentons de la cerner à l'aide des synonymes que donne «Le Robert» pour les termes dénigrement et dérision. Pas de dérision permise? Dès lors, les clips électoraux ne peuvent donner dans le dédain, l'ironie, le mépris, le persiflage, la raillerie, la risée ou le sarcasme. Pas de dénigrement explicitement interdit? Du coup, ces spots peuvent parfaitement être dans le registre de l'attaque, la dépréciation, la critique, la médisance ou la calomnie.

Aux partis politiques de louvoyer dans ces subtilités de la langue française. Et au téléspectateur-électeur de se débrouiller avec elles, puis de voter en citoyen supposé éclairé.