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28/08/2013

Une merveille de novlangue

Magnifique enchaînement d'euphémismes et de litotes, hier soir: dans la bouche de Jean-Marc Ayrault. Quand le Premier ministre a présenté (ici) sa réforme des retraites. Qu'on en juge:

-«Ce sont les cotisations sociales qui seront sollicitées, à un faible niveau et progressivement». En clair? Les cotisations payées par les employeurs et par les travailleurs vont augmenter, et cela va durer plusieurs années.

-«Un mécanisme de pilotage (de la réforme) sera mis en place. Il permettra notamment de corriger la trajectoire, si les besoins de financement se révèlent plus importants que prévu». Traduction, en langage non-technocratique? Au gouvernement y compris, on n'est pas trop sûr que les efforts demandés dans le cadre de cette réforme suffiront à limiter les déficits. De nouveaux sacrifices pourront donc devoir être demandés.

-A propos du «compte personnel de prévention de la pénibilité», qui permettra aux travailleurs ayant exercé des professions physiquement pénibles de ne pas devoir trop attendre avant de prendre leur retraite: «Je souhaite que ce compte puisse être mis en place en 2015. Nous aurons le souci qu’il ne soit pas complexe en gestion, pour les entreprises comme pour les salariés». Qu'est-ce à dire, en français qui ne soit pas de la novlangue? Le gouvernement n'a, à ce stade, aucune idée de la manière dont il va concrétiser cette idée, mais il s'attend à ce que ce soit fameusement lourd et bureaucratiquement compliqué.

-La concertation avec les partenaires sociaux, préalable à cette réforme, «a été intense» Lire: on a dû palabrer pendant d'interminables mois, pour arriver à ce résultat.

Encore bravo pour cette si belle créativité linguistique.

30/04/2013

Une métaphore?

Coïncidence piquante. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault (comme le Président François Hollande) se trouve en ce moment dans le fond du trou de l'impopularité. Avec, en gros, à peine un Français sur quatre lui faisant confiance et/ou appréciant son action à la tête du gouvernement. Lundi, du coup, l'intéressé s'est offert un bon bol d'air, au sommet.

«Avec enthousiasme», il s'est rendu dans les montagnes de l'Ariège, en région Midi-Pyrénées. Et ce Nantais y a confessé que, pour lui, «homme qui vient de la mer, la montagne a toujours représenté quelque chose de magique». Après avoir loué «les valeurs immémoriales des montagnards», parmi lesquelles il a rangé «la persévérance et le sens de l’effort», il a conclu en disant sa «hâte de revenir» dans ces sommets enneigés.

L'histoire ne dit pas si, dans un coin de sa tête, lorsqu'il tenait ces propos, le Premier ministre pensait aussi à ces sommets sondagiers desquels il a dégringolé depuis si longtemps, lui qui n'est même pas à Matignon depuis un an.

31/01/2013

Une molle réactivité

Jean-Marc Ayrault se réveille. Hier, le Premier ministre a adressé un bref communiqué aux médias, les priant d'avertir le grand public qu'«en raison du renforcement du plan Vigipirate, le jardin de l’Hôtel de Matignon ne sera pas ouvert au public le samedi 2 février 2013 après-midi». Il a donc fallu une semaine au chef du gouvernement pour réaliser que, si l'Elysée, pour les mêmes motifs sécuritaires, avait suspendu l'ouverture dominicale de son propre parc – ce dont on parlait l'autre jour, dans ce blog – , il y avait peut-être des raisons pour que le Premier ministre fasse pareil, s'agissant de Matignon.

Une semaine. Personne, entre-temps, n'a profité de cette molle réactivité pour frapper: pour s'attaquer au 57 rue de Varenne et/ou à son locataire. Sans doute les terroristes, jihadistes et autres «loups solitaires» présumés ont-ils, en ce moment, d'autres chats à fouetter.

29/05/2012

Un constat très lucide

Gouvernement, Personnalités, Ayrault, HistoireIl plane, Jean-Marc Ayrault. Ce week-end, la dernière édition du baromètre Ifop-JDD l'a carrément crédité de 65% d'opinions satisfaites – du jamais vu. Jusqu'à présent, le record de popularité d'un chef de gouvernement à peine nommé était détenu par Alain Juppé (en 1995, 63%). Venaient ensuite François Fillon (en 2007, 62%) et Jean-Pierre Raffarin (en 2002, 60%). En 2012, l'hôte de Matignon fait donc mieux que ses trois prédécesseurs. Il se paie même le luxe de compter des supporteurs à l'UMP (41%) et au FN (42%).

Elle plane dans les hauteurs, sa cote de popularité. Mais l'intéressé assure qu'il entend ne pas se «laisser griser». «Cela ne veut rien dire», a-t-il minimisé, dimanche.

Il est vrai qu'un précédent au moins existe, attestant du caractère hautement aléatoire de la popularité bénéficiant au Premier ministre.

En 1995, Alain Juppé, peu de mois après avoir affiché un taux de confiance à 63%, avait vu sa popularité s'effondrer: dégringoler jusqu'à un niveau plancher. Ses projets de réformes avaient entraîné des mouvements sociaux d'une ampleur historique. Il ne s'en remit jamais, et ne resta finalement que deux petites années à Matignon – l'en chassa la dissolution anticipée de l'Assemblée nationale, en 1997 par Jacques Chirac, qui tourna au fiasco que l'on sait: elle ramena la gauche de Lionel Jospin au gouvernement.

Donc? Quinze ans plus tard, dimanche, Jean-Marc Ayrault a eu ce pronostic, très lucide: «On sera jugé sur pièces».

23/05/2012

Un voyageur "normal"

Si vous prenez le Thalys en gare de Paris-Nord ce mercredi après-midi vers 14h30, destination Bruxelles, ne vous étonnez pas à la vue, sur le quai, d'un attroupement et d'une nuée de micros et de caméras. C'est que Jean-Marc Ayrault devrait être à bord. Le nouveau Premier ministre, en effet, se rend dans la capitale belge, pour participer à une réunion de leaders socialistes européens. L'usage et la tradition auraient voulu qu'il effectue le trajet en avion, depuis l'aéroport militaire de Villacoublay, en banlieue de Paris. Et bien non: ce sera le Thalys, comme tout le monde. «Comportement exemplaire» oblige.

Le principe de cette exemplarité a été validé et précisé mercredi dernier, lors du premier Conseil des ministres de l'ère Hollande. Le code de conduite qu'ont dû signer chacun des 34 ministres leur impose de «faire preuve de la plus grande sobriété dans (leur) comportement». Cela passe notamment par le fait que tout gouvernant est prié de se montrer «exemplaire dans l’utilisation des moyens mis à sa disposition». Concrètement, cela implique, par exemple, que les éminences «privilégient le train pour les déplacements d'une durée inférieure à trois heures». Le train donc, et non l'avion. Le Thalys, du coup, pour Jean-Marc Ayrault, cet après-midi: en bon soldat d'un Président s'affichant comme un «homme normal».

L'histoire – la communication gouvernementale, en l'occurrence – ne dit pas si le chef du gouvernement voyagera ou non en deuxième classe.

Il est vrai que les quelques euros de différence de tarif avec la première classe ne constitueraient, pour le contribuable, qu'une minuscule goutte d'eau par rapport à la mer, l'océan immense, des déficits publics français – pour mémoire, la dette dépasse les 1800 milliards d'euros.

22/05/2012

Une cote d'amour, très moyenne

Personnalités, Gouvernement, Hollande, Ayrault53%. Telle est, à en croire le baromètre Ipsos publié lundi, la cote d'amour de François Hollande. 53% de jugements favorables, contre 27% d'avis critiques, et 20% de sondés qui ne se prononcent pas. Un satisfecit légèrement majoritaire, donc. Mais dont l'ampleur ne dépasse guère l'étiage électoral qui fut celui du Président élu le 6 mai (51,6%). Son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, fait encore moins bien: 50% d'opinions positives, 17% d'avis critiques, 33% de non-répondants.

On est donc loin du grand amour. Loin de la foucade de 2007. Il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy à peine élu à l'Elysée totalisait 64% d'opinions favorables. Et son chef de gouvernement, François Fillon, faisait presque presque aussi bien (60%).

«Pas d'état de grâce», ni pour le nouveau chef d'Etat, ni pour son chef de gouvernement. C'est ce que déduisent en boucle, depuis hier soir, tous les médias. En fait, on pouvait déjà le deviner depuis plusieurs jours.

Vendredi, en effet, un sondage TNS Sofres a évalué à 51% seulement la part de Français faisant confiance à François Hollande pour présider le pays (contre 40% de défiants). Et à 46% la cote d'amour de son gouvernement (contre 36% d'antipathie). Plus de six sondés sur dix (66%), cependant, jugent cette équipe représentative «de la diversité de la population, que ce soit en termes d'âge, de genre ou d'origine». Le même jour, le baromètre Harris Interactive a chiffré, lui, à 54% la cote de confiance en François Hollande.

Personnalités, Gouvernement, Hollande, AyraultBref, au-delà des chiffres qui varient un peu, toutes ces enquêtes se rejoignent sur la tendance générale de l'opinion française. Comme l'a résumé le sondeur Jean-Daniel Lévy, elle est «plutôt positive» envers ses nouveaux dirigeants, «sans se situer à des niveaux élevés pouvant être assimilés à un état de grâce».

Ne pas s'énamourer, pour ne pas courir le risque d'être déçu: air connu. En politique comme dans la vie.