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04/04/2014

Un souvenir encore vivace

Personnalités, Histoire, Etrangers, Chirac Dix-huit mois plus tard, il est toujours là, sur la porte d'un immeuble de notre quartier Saint-Sébastien. Ce pochoir qu'on a déjà évoqué (là), représentant le visage de ce bon vieux Jacques Chirac. Depuis qu'il a été apposé, il a été légèrement modifié. Un(e) anonyme, passant par là, y a ajouté deux termes, très connotés en politique française: "bruit" et "odeur".

A l'attention des lecteurs les plus jeunes de ce blog, précisons que cela renvoie à un mémorable dérapage verbal qu'avait commis l'intéressé. C'était en 1991. A l'époque, il n'était pas encore considéré, comme à la présidentielle de 2002, tel un rempart républicain face au Front national. Maire de Paris, il dirigeait un RPR pur et dur, ne répugnant pas à piétiner les terres de l'extrême droite. Dans un discours, à Orléans, Jacques Chirac avait évoqué le sort du Parisien moyen habitant un HLM dans un quartier populaire, comme la Goutte d'Or. Infortuné travailleur se crevant à la tâche et gagnant peu, alors que son voisin de palier, immigré, vit grassement de prestations sociales. "Le bruit et l'odeur" de ce voisinage, ajoutés à cette cohabitation, et "il devient fou", l'honnête travailleur. C'est ce qu'avait lancé Jacques Chirac, sous les ricanements de son auditoire. "Et ce n'est pas être raciste que dire cela!", avait-il même ajouté. 

Ce fut certainement un des épisodes les moins glorieux de sa carrière. Ces deux mots, "bruit" et "odeur", ajoutés par un passant de notre onzième arrondissement sur le pochoir de son visage, témoignent que, près de vingt-cinq ans plus tard, tout le monde n'a pas oublié.

17/10/2012

Un menu appétissant (suite)

Santé, Art de vivre, Gastronomie, Institutions, Histoire, Personnalités, Mitterrand, Giscard, Chirac, Hollande, Sarkozy7 millions de Français sont obèses. Et 15 millions sont en surpoids. Si l'on en croit une étude publiée hier, on continue à manger trop et/ou mal dans l'Hexagone. Même si l'obésité y est comparativement moindre qu'aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, et même si sa progression, en France, semble ralentir – mais pas chez les jeunes de 18 à 24 ans.

Malgré ces chiffres pas réjouissants, reparlons gastronomie, aujourd'hui. Et partons à nouveau dans les coulisses de l'Elysée, côté cuisines – qu'on évoquait l'autre jour (relire ici). Car, depuis la rédaction de cette note, on a retrouvé, dans le fin fond de nos archives, un long papier qu'on avait jadis rédigé sur la petite histoire du palais présidentiel: il y dix ans, à l'occasion des élections présidentielles de 2002. On y a trouvé quelques détails complétant utilement ce sujet aussi prestigieux qu'appétissant.

Ainsi, l'Elysée a beau avoir toujours compté parmi les meilleures tables de France, y travailler comme cuisinier doit être stressant. En effet, les exigences du protocole sont souveraines. L'une d'elles, par exemple, impose qu'un dîner d'Etat soit obligatoirement servi en 55 minutes chrono: pas une minute de plus.

En outre, bien évidemment, les chefs travaillant au palais doivent satisfaire les caprices culinaires du locataire des lieux. Nicolas Sarkozy, par exemple, soucieux de sa ligne – ce qui ne l'empêchait pas d'avoir toujours du chocolat sur son bureau –, avait banni le fromage de la table présidentielle. Fromage qui, paraît-il, a fait sa réapparition dans les menus de l'Elysée depuis que François Hollande y a été élu, en mai. Un quart de siècle plus tôt, François Mitterrand avait l'habitude, dit-on, de commander du homard à ses cuisiniers, à toute heure du jour voire de la nuit. Jacques Chirac, lui, c'est bien connu, carburait plus modestement: aux plats régionaux – la fameuse tête de veau – arrosés de bière mexicaine. Quant à Valéry Giscard d'Estaing, la légende élyséenne assure qu'il avait fait interdire les décorations de gâteaux et de pâtisseries en forme de roses, qui lui rappelaient trop l'emblème du Parti socialiste.

Deux anecdotes encore, issues elles du livre «L'Elysée – Histoire secrète et indiscrète des origines à nos jours», de l'historienne Claude Pasteur (Editions Tallandier, 2002).

santé,art de vivre,gastronomie,institutions,histoire,personnalités,mitterrand,giscard,chirac,hollande,sarkozyD'un point de vue culinaire, Valéry Giscard d'Estaing «se démarquait de ses prédécesseurs, en n'attachant pas la même importance aux plaisirs de la table. En dehors des repas officiels, il se contentait volontiers de fruits et de légumes». Quant à François Mitterrand, il fit «moderniser les grandes cuisines de l'Elysée, sans que cette modernisation ait fait disparaître les cuivres traditionnels, gravés du monogramme de Louis-Philippe ou de l'aigle impériale de Napoléon III».

La pompe, le faste, et le respect de la tradition, jusque dans les moindres détails.

20/09/2012

Un air de nostalgie

Paris, Arts, Personnalités, Histoire, ChiracOn parlait hier de Jacques Chirac. On aperçoit son portrait de temps à autres, en ce moment, dans les rues de Paris. Et dans celles de notre onzième arrondissement, notamment. Visiblement, l'ex-Président inspire les artistes urbains. Qui, dans ce pochoir, le représentent affublé d'une de ses mimiques les plus mémorables.

On a été assez surpris, en tombant nez à nez avec la bobine de l'ex-chef d'Etat, au hasard de nos pérégrinations dans la capitale. Car, finalement, il y a dix ans, qui aurait osé parier que Jacques Chirac deviendrait un sujet d'art populaire? Lui qu'il était de si bon ton de railler. Lui, «Supermenteur» moqué par Les Guignols et pourchassé par les juges. Lui, le candidat sortant historiquement si impopulaire, au bilan présidentiel si maigre. Lui qui, en 2002, ne dut sa réélection qu'à la configuration si inhabituellement fracassante du second tour de la présidentielle: l'extrême droite ou moi.

Dix ans plus tard, l'image publique de Jacques Chirac semble s'être réduite à celle d'un vieillard bonhomme, incorrigiblement dragueur, cocassement étourdi par l'âge et la maladie – une figure au fond sympathique, qui a l'air d'inspirer une certaine nostalgie.

Les peuples, décidément, ont la mémoire courte. Et les humeurs changeantes.

19/09/2012

Une visite particulière

La présentation cette semaine – aux autorités et aux médias – du nouveau département du musée du Louvre. Consacré aux Arts de l'Islam, il ouvrira samedi au grand public. Pour ne s'attacher qu'au contenant, il est marqué par un spectaculaire geste architectural. Ces collections, en effet, sont abritées sous une vaste verrière ondulante, qui surplombe la Cour Visconti: «voile doré de verre et de métal, qui respecte les façades historiques tout en ornant le bâtiment d'un élément d'une grande originalité». Pour la direction du Louvre, ces 2800 m2 de nouveaux espaces d'exposition et la manière dont on les a agencés représentent «une étape décisive dans l'histoire architecturale du palais et dans le développement du musée, plus de vingt ans après la création de la Grande pyramide» de Ieoh Ming Pei.

C'est l'aboutissement d'un projet vieux de plus de dix ans. Projet que Jacques Chirac, quand il était aux affaires, avait toujours appuyé.

Aujourd'hui, cependant, les médecins et l'entourage de l'ancien Président (1995-2007) l'ont jugé trop affaibli pour qu'il participe aux cérémonies et autres mondanités d'inauguration du nouveau lieu. Aussi, très discrètement, à la fin de la semaine dernière, une visite guidée particulière a été organisée rien qu'à son attention. Il a donc eu tout le loisir de découvrir les lieux à son rythme, en compagnie du grand patron du Louvre ainsi que de la ministre de la Culture. Et loin des caméras.

23/07/2012

Un hommage amplement mérité

Hier, François Hollande a rendu un hommage parfaitement mérité à Jacques Chirac. C'était lors de la cérémonie de commémoration de la rafle du «Vél’d’Hiv» (l'ancien vélodrome d’hiver, à Paris). Le 16 juillet 1942, elle avait conduit plus de 13000 hommes, femmes et enfants juifs vers, le plus souvent, la mort.

Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac était entré dans l'Histoire de France comme le premier Président à reconnaître officiellement la responsabilité du pays dans cette tragédie. «Ces heures noires souillent à jamais notre Histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions», avait-il, très justement et solennellement, affirmé. «Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par les Français, par l’État français». A l'époque, ses propos avaient fait grand bruit. En effet, à l'instar de ses prédécesseurs, le Président Mitterrand, lui, avait toujours contesté que le gouvernement de Vichy ait représenté la France. «La République n’est pas comptable des actes de ­Vichy», n'avait-il cessé de soutenir. «La France n’a pas à s’excuser des crimes antisémites perpétrés par les autorités françaises officielles, précisément car le régime de Pétain n’a jamais incarné la France. La France légitime a toujours été celle de la Résistance, celle du général de Gaulle».

Dimanche, François Hollande a spectaculairement pris ses distances avec cette vision si confortable de l'Histoire. Il est donc devenu le premier chef d'Etat socialiste français à le reconnaître publiquement: «La vérité, c’est que la police française s’est chargée d’arrêter des milliers d’enfants et de familles, pris au piège le 16 juillet 1942. La vérité, elle est dure, elle est cruelle, c’est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l’ensemble de cette opération. La vérité, c’est que le crime fut commis en France, par la France».

Depuis dimanche, à droite, toute la mouvance souverainiste et lepéniste s'indigne des propos de François Hollande. Ce matin encore, l'ex-conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, Henri Guaino, s'en est offusqué, sur une radio. S'agrippant à la conviction qu'«à l'époque, la France, la vraie, elle était à Londres».

Ne leur en déplaise, on trouve que François Hollande dimanche et Jacques Chirac avant lui ont été admirables de lucidité historique et de courage politique.

06/06/2012

Un état «normal»

Cela vaut mieux, pour un Président qui vient à peine d'être intronisé. Et c'est sans doute normal, s'agissant d'un «homme normal». Hier soir, un très bref communiqué du service médical de l'Elysée a indiqué que «l'examen médical et biologique», «clinique et para-clinique», qui avait été réalisé sur François Hollande, à sa demande, s'était «révélé normal».

Anecdotique? Si ce n'est que, précédemment, tous les bulletins de santé concernant un Président socialiste français avaient été... totalement mensongers.

Le 20 mai 1981, dix jours après l'élection de François Mitterrand, le Dr Gubler, ancien externe des hôpitaux de Paris, et son médecin personnel depuis les années 1970, avait signé le premier bilan clinique rendu public, relatif à l'état de santé du nouveau Président. Il disait ceci: «Les différents tests biologiques pratiqués ne montrent aucune anomalie des paramètres habituellement contrôlés au niveau chimique et hématologique. L'état général est tout à fait satisfaisant, et aucune anomalie n'est décelable». Le 7 novembre de la même année, François Mitterrand avait subi une série d'examens à l'hôpital militaire parisien du Val-de-Grâce – pour la petite histoire, il y avait été admis sous un nom d'emprunt: Albert Blot. Neuf jours plus tard, le Pr Albert Steg, spécialiste mondial du cancer de la prostate, lui avait annoncé qu'il était atteint d'un cancer: déjà largement diffusé dans les os. Mais l'opinion publique n'en fut pas informée. A peine, le 15 décembre 1981, un communiqué de l'Elysée annonça-t-il que François Mitterrand souffrait d'«arthrose légère au cou». Le mensonge d'Etat perdura plus de dix ans: précisément jusqu'au 16 septembre 1992. Ce jour-là, après cinq jours d'hospitalisation à l'hôpital Cochin, le chef de l'Etat annonça qu'il était atteint d'un cancer de la prostate. Mais là encore, la dissimulation était de mise. Son affection y était qualifiée de «bénigne».

Sinon, et dans un registre moins dramatique, François Hollande innove par rapport à ses deux prédécesseurs. Car, malgré les engagements qu'il avait pris lors de sa campagne, Nicolas Sarkozy cessa rapidement (dès 2010) de communiquer sur son état de santé. Et car Jacques Chirac ne le fit jamais, estimant que ces matières relevaient du secret médical, et avaient donc un caractère confidentiel.

15/12/2011

Une première, «triste»?

personnalités,justice,chirac,parisDeux ans de prison avec sursis. Le jugement est tombé ce matin, au tribunal correctionnel de Paris. L'ex-Président Chirac (1995-2007) a été reconnu coupable de détournements de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d'intérêts, pour des emplois fictifs à la mairie de Paris, dans les années 90.

«Une triste première en France», entendit-on illico sur une radio. «Un jugement très sévère», renchérit une autre. «Une condamnation extrêmement forte», commenta une télé d'info continue. Et ces médias de mettre en avant les 79 ans de l'intéressé, son état de santé affaibli, et les services qu'il rendit à la République pendant ses 43 années de carrière politique.

C'est la première fois en France qu'un ex-chef d'Etat est ainsi jugé et condamné – exception faite des deux cas, historiquement si particuliers, du roi Louis XVI et du maréchal Pétain. «Cette condamnation abîme l'image du pays, de la République»: dès le prononcé du jugement, est revenu, dans la bouche de certains, cet argument. Et il va sans doute être répété tout au long de la journée, par les partisans de l'ex-Président.

Mais que dirait-on de ce pays, lui qui prône et pratique la «tolérance zéro» envers les petits délinquants, si sa Justice avait passé l'éponge, comme si de rien n'était, sur les délits commis par un ex-Président? L'image de la France, à notre sens, en aurait été autrement plus souillée.

17/02/2011

Un langage

nombril.jpgComme tous les métiers combinant une forte notoriété publique et une grosse charge de travail, la politique nécessite une fameuse dose d'ego. Et un certain nombrilisme? C'est ce qu'on pourrait déduire d'une étude sortie il y a quelques jours, consacrée au langage des personnalités politiques françaises. On y découvre qu'en France, le mot préféré des politiques – mais sans doute est-ce la même chose dans tous les pays et dans toutes les langues – n'est autre que le terme... “je” .

Pour cette étude, les discours, interviews et autres interventions de 35 personnalités politiques françaises, prononcés entre janvier 2000 et juin 2010, ont été disséqués. Au bas mot, c'est le cas de le dire, 500.000 termes de chacune de ces personnalités ont été passés au peigne fin. Il en ressort donc que c'est le “je” qui y revient le plus souvent. A raison de 22,97 occurrences par 1000 mots, très précisément. Nicolas Sarkozy est le champion toutes catégories de l'utilisation du “je” –  comme du “moi”, d'ailleurs. Le suivent la socialiste Ségolène Royal et le centriste François Bayrou. Rien d'étonnant à cela: comme le signalent les auteurs de cette étude, ce nombrilisme lexical est «le reflet, sans doute, d'une présidentielle 2007 très axée sur la personnalité même des candidats, avec un besoin d'incarner sans doute plus fort encore qu'auparavant dans la Ve République».

Sinon, on trouve davantage de confirmations que de révélations dans ce travail. Et même quelques constatations qui enfoncent des portes ouvertes. Ainsi, rien d'étonnant à ce que les termes “immigration” ou “sécurité” soient beaucoup utilisés par les ministres de l'Immigration et de l'Intérieur respectivement. Quelques petites informations pas totalement inintéressantes, tout de même.

Ainsi, pendant la période étudiée, c'est le tribun souverainiste Philippe de Villiers qui a le plus utilisé le plus le mot “France”. La socialiste Martine Aubry, elle, est de loin celle qui emploie le plus souvent le mot “social”. La mère de la loi sur les 35 heures a aussi le plus fréquent recours au terme “travail”, mot qu'emploie beaucoup aussi Nicolas Sarkozy («réhabiliter la valeur travail», etc). Jean-Marie Le Pen adore évoquer "l'Europe" et la "nation". François Bayrou ne cesse de parler de la "démocratie" et des "citoyens". Jacques Chirac a un tic verbal – si par extraordinaire cela vous avait échappé, c'est le terme "naturellement". L'écologiste Cohn-Bendit met surtout en avant des "problèmes". Et Marine Le Pen utilise énormément le qualificatif "national" alors que son père, lui, parlait plus volontiers du "peuple".

mots.jpgEt, pour conclure sur le sujet, cette anecdote prouvant à merveille, une fois de plus et si besoin en était, combien le langage traduit/trahit décidément le locuteur. Les termes "Nicolas Sarkozy" ont été cités le plus souvent par... le jeune trotskiste Olivier Besancenot, jadis couronné dans les sondages comme étant le meilleur opposant au Président. Et ils ont été cités le moins souvent par, on vous le donne en mille, le meilleur ennemi-ami de 30 ans de l'hôte de l'Elysée: un certain Jacques Chirac.

28/02/2008

Une répartie

95f8aea9fa36ca8257c1d5eda621ceda.jpg33%. Selon un sondage CSA à paraître demain, seuls 33% des Français – autrement dit, seul un Français sur trois – considèrent que l’action du Président va dans le bon sens. La popularité de Nicolas Sarkozy continue de dégringoler dangereusement. Et encore, cette enquête d’opinion a-t-elle été effectuée le 20 février, soit avant le dérapage présidentiel du Salon de l’agriculture, qui pourrait influer sur sa cote de popularité.

A propos, cinq jours après l’insulte sarkozienne, la blogosphère et les forums de discussion continuent de s’échauffer à longueur de journées sur le thème:«Il aurait dû, non il n’aurait pas dû, il a bien fait, non il nous fait honte, c’est un homme, non c’est un macho» etc. etc. Pendant ce temps, les mémorialistes de la Cinquième République ressortent des archives poussiéreuses les précédents de Présidents ayant été insultés en public et la manière dont, à l’époque, ils ont réagi.

Ainsi, Charles de Gaulle, croisant un excité criant «Mort aux cons!», lui aurait lancé: «Vaste programme, Monsieur». François Mitterrand, en direct à la télé à un Yves Mourousi lui demandant ce qu’il répondrait aux opposants scandant «Mitterrand, fous le camp!», aurait répliqué: «Cela rime, mais la rime est pauvre». Son successeur Jacques Chirac, au Salon de l’agriculture déjà, devant un agriculteur maugréant «Connard!», lui aurait rétorqué:«Enchanté, moi c’est Chirac!» Trois réparties qui, il faut bien le reconnaître, sont d’un autre niveau que le «Alors, casse-toi, pauvre con» de samedi dernier.

En ce qui concerne Jacques Chirac, cela dit, il faut tout de même rappeler qu’il n’a pas toujours réagi avec autant d’à propos quand il était pris à partie. Un jour même, le prédécesseur de Nicolas Sarkozy à l’Elysée a carrément été réduit à quia par les quolibets.

On s’en souvient comme si c’était hier: c’était en mars 2002, en pleine campagne pour les avant-dernières élections présidentielles, à l’époque où, à longueur de soirées, l’hôte de l’Elysée apparaissait aux «Guignols » de Canal+ sous les traits de la marionnette «Supermenteur», une déclinaison franchouillarde et politicarde pas vraiment flatteuse de Superman. En plein bain de foule au Val-Fourré, le quartier populaire de Mantes-la-Jolie, le candidat avait été chambré par des gamins qui, planqués dans la masse, lui avaient lancé quelques «Chirac menteur!» et «Chirac voleur!», puis avaient craché dans sa direction. Jacques Chirac, à l’époque, n’avait pas réagi: avait mis fin au bain de foule et s’était engouffré dans sa voiture comme si de rien n’était. Depuis, il a toujours soutenu qu’il ne s’était absolument rendu compte de rien, n’avait ni entendu les insultes ni vu les crachats. Ceux-ci, en revanche, n’avaient pas échappé à son entourage. Roselyne Bachelot, porte-parole du candidat Chirac en 2002, avait dénoncé, mais tout en minimisant leur ampleur, «quelques actes d’incivilité».

07/01/2008

Une avidité

1043833e53186d1f0d963bf9ebf1acbd.jpgIl y a au moins une chose incontestablement gênante dans toutes ces photos que l’on a vues ce week-end du couple Sarkozy-Bruni en escapade à Petra, en Jordanie. C’est l’attitude manifestée sur ces clichés par l’enfant de la chanteuse.

 

L’assaut des paparazzi perturbe visiblement très fort le gamin. Sur la plupart des clichés, on le voit exprimer son trouble en se cachant le visage derrière ses mains, en abaissant la capuche de sa veste sur ses yeux, en tentant de se dissimuler derrière son écharpe, etc. Son malaise est si évident et, pourtant, la séance photo se poursuit, comme si de rien n’était. Personne ne semble remarquer son malaise. Ni les deux personnalités, qui continuent à prendre la pose et à minauder devant les photographes. Ni ces derniers bien sûr, qui continuent à shooter leurs modèles sans état d’âme.

 

Cette double et réciproque avidité médiatique bouscule décidément tout le monde et ne respecte rien, même les plus fragiles. Une voracité qui semble d’ailleurs complètement entrée dans les mœurs: aucun cliché diffusé ce week-end n’a flouté le visage de l’enfant, pas plus que les commentaires sur cette séance photo ne se sont étendus sur le traitement pénible qui lui était réservé.

 

Le Président Chirac lui au moins, en accord avec sa fille Claude, a eu la décence, pendant de très longues années, de protéger son petit-fils du cirque politico-médiatique.

21/09/2007

Un mot

A chaque Président, son tic de langage. Jacques Chirac utilisait l’expression «tout naturellement» à longueur de phrases, en veillant bien à chaque fois la ponctuer d’un ample geste de la main. C’est «tout naturellement» qu’il répondrait aux questions des juges à sa sortie de l’Elysée, «tout naturellement» que la croissance reviendrait bientôt, «tout naturellement» qu’il soutenait le CPE, «tout naturellement» qu’il entretenait les meilleures relations du monde avec Nicolas Sarkozy, etc, etc. Les politologues et les lexicologues se marraient beaucoup: plus l’expression revenait dans la bouche du Président, plus il l’assénait avec aplomb, plus, en fait, elle traduisait a contrario la complète artificialité de l’assertion élyséenne et l'embarras du locuteur.

Quatre mois et quelque après son arrivée à l’Elysée, Nicolas Sarkozy voit déjà son tic de langage démasqué. Lui, le terme qu’il adore visiblement, c’est «remarquable».

Hier soir, lors de sa prestation télévisée, selon les premiers décomptes qui circulent déjà sur internet, il a prononcé ce mot pas moins de onze fois en cinquante minutes à peine, l’accolant à peu près à tous ses ministres ainsi que, bien sûr, à sa chère épouse.

Pour varier un peu les choses, Nicolas Sarkozy aurait pu de temps à autres utiliser les mots «épatant», «rare», «formidable», «extraordinaire», «marquant»«éminent», «insigne», «fameux», «méritoire» et on en passe. Mais non: sans doute la répétition de ce «remarquable» avait-elle été voulue et pensée à l’Elysée comme une grande stratégie de communication.

Ce soir toutefois,  à l’issue du match du Mondial de rugby où se jouera la qualification ou l’élimination des Bleus, le Président n’aura, en gros, qu’une chance sur deux de pouvoir replacer son mot favori. Une élimination du XV de France, en effet, serait digne d’être remarquée. Mais elle serait tout sauf remarquable.

15/05/2007

Un départ

075e42666e3ce9157f0a97fc515109ac.jpgTous devant la télé ce soir à 20 heures, pour tourner une page d’Histoire avec les grands adieux de Jacques Chirac aux Français.

Le Président sortant va probablement, comme à son habitude, la jouer pudique, souriante et décontractée, sur le mode «Il y a tout naturellement une vie après la politique». Il n’empêche, on imagine le désarroi de celui qui non seulement demain matin prendra sa retraite (ce qui n’est déjà pas une étape facile à franchir pour n’importe quel travailleur), mais aussi perdra le pouvoir: ce sacré pouvoir pour lequel il lutta tant et qu’il détint si longtemps.

Jacques Chirac aura sans doute en tête ce soir les mauvais sondages qui accompagnent son départ. En effet, la majorité (54 %) des Français jugent son bilan plutôt mauvais ou très mauvais. Il se consolera peut-être avec trois constatations:

-ses adieux cathodiques aux Français ne pourront pas être pires que les précédents et à ce jour les seuls qui furent adressés au peuple via la télé par un Président finissant: ceux de VGE en 1981, qui (avec ce «Au revooooir» trop empesé, suivi d’un plan interminable sur son fauteuil resté vide) restèrent dans les annales comme la prestation présidentielle la plus involontairement comique de la Vème République;

-François Mitterrand en 1995 avait quitté l’Elysée affublé d’une impopularité similaire. Puis finit par être réhabilité dans le jugement des Français. Comme si, les ans passant, avaient surtout tendance à rester en mémoire les bons souvenirs, finalement;

-il quittera ses fonctions le jour de la Saint-Honoré. Ce qui augure tout de même pas mal de sa postérité.

B.DL.

06/04/2007

Un peu de shopping (7)

medium_vacances.jpgUne petite pensée pour ce pauvre Jacques Chirac, qui doit s’ennuyer à mourir. C’est la première fois en quarante ans qu’il ne participe pas à une campagne électorale. Dans le fin fond de son palais élyséen, on l’imagine assez bien en train de se morfondre à longueur de journées.
Alors que tout le monde se passe très bien du Président dans cette dernière ligne droite de la course à l’Elysée, des publicitaires charitables ont tout de même eu l'infinie bonté d’âme de penser à lui. Rebondissant sur l’actualité électorale, ils l'ont mis en scène dans une campagne pour une compagnie aérienne à bas coût.
Les visuels sont parus dans toute la presse ces derniers jours. Ils représentent l’ombre du profil souriant du chef de l’Etat, si reconnaissable, accompagnée du slogan «Relax Jacques! Au printemps, prenez votre temps», et suivie des prix de vol pour quatre destinations de villégiature. Le vieux Président bientôt à la retraite, en effet, n’a plus désormais qu’à se préoccuper de ses séjours à la plage.
Sans doute s’en sera-t-il consolé ce matin en entendant à la radio les résultats d’un sondage assassin pour Nicolas Sarkozy. Avec lequel seuls 9 pc des Français aimeraient partir en vacances...
B.DL.

12/03/2007

Un artiste

medium_chirac.jpgJacques Chirac a donc tiré sa révérence hier soir. Il laissera l’image notamment d’un homme politique qui était infatigable en campagne électorale, considérant qu’une élection n’était pas jouée tant qu’il restait une cage d’escalier à arpenter et une main d’électeur à serrer.
On l’avait beaucoup accompagné sur le terrain aux présidentielles de 2002. Ainsi, quelques jours avant le premier tour, dans un bourg du fin fond de la Corrèze.
Il y était particulièrement apprécié par les petites gens parce que, malgré les ans et l’éloignement, il se souvenait toujours d’eux. On avait ainsi rencontré un vieux paysan adorable prénommé Jean, qui faisait bien 80 printemps et l’attendait patiemment devant une salle de meeting. «Je le connais bien, depuis plus de quarante ans!», nous avait expliqué cet admirateur. «On ne se voit plus que tous les trois, quatre ans mais chaque fois, il vient me saluer personnellement. Et il se souvient de mon prénom!»
Quelques minutes plus tard, en effet, l’hôte de l’Elysée avait avisé le paysan dans son bain de foule, avait levé les bras au ciel, s’était écrié «Jean! Mon petit Jean!», s'était précipité vers lui et l'avait gratifié d'une chaleureuse accolade. Jean en avait eu les larmes aux yeux. Puis, nous avait lancé un «Je vous l’avais bien dit!» victorieux.
On l’avait félicité. On ne lui avait évidemment pas raconté la scène qui avait précédé leurs retrouvailles et dont lui-même n’avait pu être le témoin parce qu’il était moins proche physiquement du Président. Un élu local avait discrètement signalé la présence de Jean à l’hôte de l’Elysée, lui avait murmuré son prénom à l’oreille, l’avait briefé sur son village et sa famille, lui avait rappelé combien ils se connaissaient depuis tant d’années.
En une fraction de secondes, le tour avait été joué. Du grand art.
B.DL.

09/02/2007

Un flop

medium_palaisdel_elysee.jpgHier en rédigeant l’articulet du jour sur la campagne présidentielle, consacré cette fois aux états d’âme du couple Chirac sur l’éventualité de son départ de l’Elysée (on pourra les voir et entendre dimanche à la télé, chez Drucker), on s’est souvenu d’avoir récemment reçu, comme sans doute nombre de journalistes, un courriel annonçant le lancement par un quidam d’une pétition sur internet en faveur d’une nouvelle candidature de Jacques Chirac.
On n’avait pas encore eu le temps d’aller faire un tour sur le site. On l’a fait ce matin. C’était éloquent.
En effet, ladite page censée recueillir les signatures d’internautes inconditionnels de Jacques Chirac est déjà indisponible, et sans doute pas à cause de la sur-fréquentation du site. Sur le web, d’ailleurs, l’hypothèse Chirac en 2007 semble faire un flop. Du moins si l’on en juge aux quelques coups de sonde que l’on a faits ce matin en vitesse.
Sur Chirac2007.com, ni pétition, ni engouement populaire: un contenu purement informatif et très classique et beaucoup de pubs. Dont notamment -- cela ne s’invente pas -- de la réclame pour une certaine «Chapelle Ste Bernadette. Père Elie Marie Exorciste Désenvoûtement Objets religieux». Sur chirac.new.fr et chirac2007.new.fr, les noms de domaine sont toujours à vendre.
Les blogs ne semblent pas d'avantage attirer la grande foule. On en a visité deux. Le premier n’a reçu que 1259 visiteurs et le sondage qu’il propose en faveur d’un troisième mandat du Président n’a attiré que 152 votants. Le second, lui, affiche carrément et d’emblée le post suivant: «Erreur Aucun billet».
A part cela, tout va bien pour les chiraquiens.
B.DL.

09/01/2007

Une connivence

medium_bernadette.jpgUn léger sentiment de malaise tout de même hier soir, devant le 20 Heures de TF1, où Patrick Poivre d’Arvor recevait et interviewait Bernadette Chirac.
90 % de l’interview (visible ici) était consacrée à l’opération caritative «Pièces Jaunes» présidée par la Première dame de France, qui est menée en partenariat avec TF1. Cela faisait donc relever l’entretien au moins autant de l’auto-promotion événementielle pour la chaîne privée que de l’information.
Surtout, se dégageait de cet échange un climat assez dérangeant d’affectueuse connivence.
Dans n’importe quel pays anglo-saxon - où les journalistes sont soumis à une déontologie bien plus stricte que celle en vigueur en France -, une telle interview n'aurait pas été imaginable étant donné les liens notoirement étroits existant par ailleurs entre l’intervieweur et son invité. Et au minimum, dans le cas très improbable où un PPDA britannique ou américain aurait accepté d’être placé dans une telle situation, il n’aurait évidemment pas manqué de mentionner à l’antenne son investissement personnel dans l’un ou l’autre projet caritatif (par ailleurs très bien, là n’est pas la question) évoqué par son invité.
Mais en France, cette confusion des genres en prime time n’aura sans doute pas étonné grand monde, hier soir. C’est cette absence d’étonnement qui est très déroutante.
B.DL.

29/11/2006

Un an de plus

medium_bougies.jpgLe Président Chirac fête ses 74 ans aujourd’hui. Comme chaque année, ni fleurs, ni couronnes, ni communiqué ne sont prévus par l’Elysée: cela fait longtemps qu’on n’y communique plus sur l’âge du capitaine.
Avec la charité que l’on doit sans doute à un vieil homme en fin de carrière, même les sarkozystes épargnent le chef de l’Etat. Ainsi ce matin, le député Claude Goasguen, qui n’est pourtant pas commode, s’est contenté de lui souhaiter de pouvoir dès l’an prochain assouvir sa passion pour les voyages sans cette fois l’omniprésence pesante de gardes du corps. Sa collègue Nadine Morano, autre sarkozyste de choc, s’est prise pour Marilyn Monroe face à John Kennedy et a entonné «Happy birthday, mister President» en direct à la radio: cela dénotait un sens de l’humour bienvenu mais c’était assez ridicule. Enfin et surtout, Nicolas Sarkozy en personne n’a pas écouté ses plus perfides conseillers, qui lui conseillaient de déclarer sa candidature pour 2007 le jour même de l’anniversaire du chef de l’Etat, histoire d’encore un peu plus le ringardiser.
Après s’être haï pendant plus de dix ans, ces deux hommes finiront par s’aimer.
B.DL.

20/10/2006

Un point commun?

medium_Chirac-MAM.jpgC’est la campagne électorale. Les personnalités politiques, dès lors, cherchent à tout prix à convaincre et à séduire. Souvent, pour ce faire, elles se lâchent, poussées par d'omnipotents conseillers en image qui ne vivent que dans l’obsession que l’on parle et que l’on aperçoive leur mentor dans les médias.
Visiblement, Michèle Alliot-Marie subit actuellement de fortes pressions dans ce sens de la part de ses «spin doctors». La ministre de la Défense, en effet, vient de pousser la confidence "pipol" jusqu'à révéler au «Washington Post» que jadis, quand leur romance n’était pas publique, elle retrouvait son compagnon Patrick Ollier dans les cabines téléphoniques de l'Assemblée nationale, où les deux tourtereaux s’embrassaient langoureusement. «C'était follement amusant», a commenté MAM.
Manifestement encore sous le choc d’une telle révélation, follement amusante en effet dans le chef d’une personnalité tout de même plus connue pour sa raideur que pour son amour de la gaudriole, le grand quotidien américain en a déduit que Michèle Alliot-Marie avait un «potentiel» pour succéder un jour à Jacques Chirac à l'Elysée.
Si le critère choisi est l’appétit pour les plaisirs de la vie, la réputation du Président sortant, elle en tout cas, n’est plus à faire.
B.DL.

18/09/2006

Un peu d'air

medium_caniche.jpgJacques Chirac à la radio ce matin, pour 45 minutes d'entretien à bâtons rompus. C’était assez exceptionnel, venant d’un chef d’Etat qui n’a jamais raffolé de l’improvisation et du direct.
Interrogé sur les critiques faites la semaine dernière aux Etats-Unis par Nicolas Sarkozy contre la tendance de la diplomatie française à un certaine «arrogance», voire «grandiloquence». l'hôte de l'Elysée a sèchement asséné que Paris n’avait jamais été dans une attitude de «soumission» à l’égard de Washington. Puis, plus tard: «Je vous donne la position de la France telle qu’elle est aujourd’hui». Sous-entendu: pour la diplomatie de demain, que les Français prennent leurs responsabilités en élisant ou non Sarkozy à la tête du pays.
Pendant tout le week-end déjà, le si américanophile ministre de l’Intérieur en avait pris pour son grade: il a été traité de «petit Bush français» à la Fête de l’Huma dimanche par Marie-George Buffet et de «caniche» de la Maison-Blanche par Laurent Fabius au raout socialiste de Lens samedi. L’intéressé, visiblement, s’en contrefiche: il a vu ce week-end Tony Blair, lui aussi fréquemment rebaptisé «caniche de Bush» par ses détracteurs. Et ce week-end, Ségolène Royal elle s’affichait aux côtés de l’Espagnol Zapatero. Avant et après de nombreuses autres escapades internationales, au programme aussi des Fabius, Jospin, Lang et autres DSK.
Londres, Madrid, Washington, Rome, Bruxelles, des capitales africaines aussi: les prétendants pour 2007 peaufinent donc leur image nationale en se rendant à l’étranger. Au delà des noms d'oiseaux et des effets de communication, cette attention portée à l'international ne peut être que bénéfique pour relever un peu le niveau de cette campagne. Et aérer un débat politique français tout de même souvent très hexagonal, voire par moments franchement égotique.
B.DL.