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22/10/2012

Un prix à payer

Un nouveau cinéma ouvrira ses portes ce mercredi, à Paris: Porte des Lilas. A cette occasion, une étude interne vient d'être remise à la mairie, consacrée aux évolutions du paysage cinématographique dans la capitale, de 2000 à 2015. Elle gratifie la «Ville lumière» d'«un tissu de salles unique au monde», qui ferait de cette ville la «capitale mondiale du cinéma».

Concrètement, dans les trois ans à venir, «si tous les projets annoncés (d'ouverture de salles) voient le jour», Paris comptera 431 écrans de cinéma. Soit un pour 6000 habitants, et 62 de plus qu'en 2000. Pour autant, le nombre de cinémas parisiens ne s'est pas envolé: 88 en 2015, contre 89 il y a douze ans. Explication? Les nombreuses salles qui ont fermé dans la capitale ces dix dernières années ne comportaient le plus souvent qu'un seul et unique écran – jamais plus de trois, en tout cas. En revanche, les établissements ouverts pendant la même période, eux, sont des multiplexes: cumulant plusieurs écrans.

Qui dit multiplexes dit souvent gestion par de grands groupes, et pas rarement programmation standardisée, voire commerciale. La mairie ne nie pas ces «phénomènes de concentration liés au développement des multiplexes». Mais les juge inévitables. Les onze fermetures de salles ces deux dernières années dans la capitale ont été dues à des «facteurs économiques (augmentation très importante dans certains quartiers des baux commerciaux) et architecturaux (impossibilité de rénover ces salles dans de bonnes conditions). Vu l’importance des investissements nécessaires à la création de nouvelles salles il est logique de retrouver, comme porteurs de ces projets, les trois grands circuits de l’exploitation parisienne»: les groupes UGC, Pathé-Gaumont, et MK2.

Pour autant, assurent les autorités, «les salles de cinéma art et essai indépendantes résistent bien». Paris en compte aujourd'hui 38. Et le prochain «Louxor» (vieux cinéma Art déco du quartier Barbès, restauré) sera confié à un exploitant indépendant. Son inauguration, au printemps, sera un événement: la dernière ouverture de salle de ciné parisienne indépendante remonte à... 1996.

Cela dit, le «maintien d’une exploitation art et essai indépendante, véritable spécificité parisienne et gage d’une diversité de l’offre cinématographique», n'est rendu possible que grâce aux aides et subventions de fonctionnement que les pouvoirs publics accordent à ces salles. Sans cela, le circuit indépendant ne survivrait pas, face au gros business du ciné commercial. Et soutenir ce secteur à bout de bras a un coût, non négligeable, pour les finances municipales: près de 950.000€ chaque année.

Le prix à payer, sans doute. Pour, à Paris, conserver une certaine diversité dans le monde du ciné.

18/09/2012

Un menu appétissant

Culture, Cinéma, Radio, Gastronomie, Art de vivre, Institutions, Mitterrand Sortie en salles dans l'Hexagone, demain mercredi, du film «Les saveurs du Palais», qui s'annonce assez appétissant. Avec Catherine Frot, qu'on a toujours adorée. Et l'ineffable Jean D'Ormesson, qui débute sa carrière cinématographique en campant rien de moins qu'un Président de la République inspiré de François Mitterrand. Le film raconte l'histoire d'une dénommée Hortense Laborie: Périgourdine au caractère bien trempé, qui, du jour au lendemain, est bombardée cuisinière particulière du chef de l'Etat.

Son personnage est directement inspiré de celui de Danièle Mazet-Delpeuch, qui fut la cuisinière personnelle de François Mitterrand de 1988 à 1990. L'autre jour, elle racontait son expérience à la radio, et sa description des coulisses de l'Elysée côté cuisines était passionnante. Si vous avez une heure de libre et voulez entendre cela, c'est podcastable ici.

C'est l'occasion d'évoquer «On va déguster»: l'émission gastronomique dominicale de France Inter. L'impeccable François-Régis Gaudry, l'épatante chroniqueuse Elvira Masson, le malicieux oenophile Dominique Hutin: le dimanche matin, on ne raterait pour rien au monde leur exploration du monde de la cuisine. Ici, pas de nappe blanche ni de chichis, pas non plus de ton cocardier énervé à la Jean-Pierre Coffe, ni parisianisme ni provincialisme: semaine après semaine, on trouve décidément impeccable le ton de cette émission. A découvrir, donc, si vous ne la connaissez pas: c'est une exquise mise en bouche, pour un beau début de dimanche.

18/11/2011

Une (autre) apathie agaçante

Pour en finir, à ce stade, avec cette censure – puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom – du film «L'Ordre et la Morale» en Nouvelle-Calédonie, censure commerciale en tout cas, soulignons tout de même que Frédéric Mitterrand n'a pas été le seul à s'illustrer par sa mollesse.

Ainsi, on attend toujours la réaction des associations de défense de la création artistique (comme celle-ci), d'habitude très promptes à monter au créneau. Sans doute est-il plus consensuel, en ce moment en France, de dénoncer les catholiques traditionalistes qui font du grabuge devant les théâtres où se jouent des pièces qu'ils  jugent blasphématoires.

L'opposition ne s'est pas davantage bougée sur le sujet. Cela fait des semaines qu'au Parlement par exemple, elle aurait pu ne serait-ce que demander au ministre de la Culture son avis sur les obstacles mis à la distribution de ce film dans l'archipel. Mais non: rien. Pas la moindre allusion à cette affaire aux dernières séances d'interpellation du gouvernement sur l'actualité, ni à l'Assemblée, ni au Sénat – séances où, pourtant, ont eut tout le temps d'évoquer des sujets a priori plus anodins.

Le PS lui-même a attendu mercredi, jour de la sortie du film en salles, pour se fendre d'un rapide communiqué. Il y prié la ministre de l'Outre-mer de «veiller» à ce que les Néo-Calédoniens puissent voir «L'Ordre et la Morale», au moins pour qu'ils puissent «débattre et se faire une opinion» sur ce qui fut un événement marquant de leur histoire contemporaine.

A noter que le PS prit bien soin de préciser que, dans ce communiqué, il n'exprimait pas le moindre avis «sur la thèse soulevée par le film, ni sur le traitement par celui-ci des responsabilités des différents acteurs des événements». Et pour cause. Il n'y a pas que la droite qui a de quoi être embarrassée par cette évocation cinématographique du drame d'Ouvéa. A l'époque, c'était certes Jacques Chirac qui était à Matignon, mais c'était François Mitterrand qui était à l'Elysée.

Cette gêne assez généralisée de la classe politique, à droite comme à gauche, à l'égard des faits relatés dans ce film explique d'ailleurs probablement – évidemment? – le peu de bruit fait par sa censure commerciale.

17/11/2011

Une apathie agaçante

culture,cinéma,histoire,gouvernement,mitterrandMais à quoi donc Frédéric Mitterrand occupe-t-il ses journées? Il y a de quoi être passablement agacé, à propos du ministre de la Culture – une fois de plus (relire ici, ou ).

Depuis hier, dans un territoire entier de France, un film de cinéma n'est pas diffusé dans le circuit commercial. Il est visible partout ailleurs dans le pays, mais là pas. Cela fait suite à la décision prise par le seul et unique exploitant de salles de l'endroit. On savait depuis des semaines que cela allait arriver. Mais, à moins que cela nous ait échappé, le ministre s'est tu dans toutes les langues sur ce dossier. Et, que l'on sache, n'a pas bougé le plus petit doigt pour éviter qu'on en arrive là.

On veut bien sûr parler du dernier film du réalisateur et acteur français Mathieu Kassovitz: «L'Ordre et la Morale». Très controversé, il revient sur un épisode dramatique de l'histoire de l'outre-mer français: le drame d'Ouvéa (*), en Nouvelle-Calédonie. Le seul cinéma de Nouméa a décidé de ne pas le mettre à l'affiche, son propriétaire le jugeant trop polémique. Du coup, les habitants de l'archipel en sont quittes pour le voir dans des conditions artisanales: dans des médiathèques, des salles de spectacle, en tribu, etc.

Imaginons l'un ou l'autre cas de figure hypothétiques: certes peu vraisemblables, mais qui seraient parfaitement analogues dans leur impact.

Toutes les salles obscures de la capitale qui boycotteraient un film consacré à la Commune de Paris. Les Corses qui seraient dans l'incapacité d'aller au cinéma voir un long métrage sur l'assassinat du préfet Erignac. Ou un film controversé sur la méga-catastrophe AZF, à Toulouse en 2001, qui ne serait projeté dans aucune salle de la Ville Rose. Aurait-on eu droit à la même apathie ministérielle? Non, bien sûr.

Il est vrai que, vu de Paris, la Nouvelle-Calédonie, c'est si loin. Et que ce n'est jamais que l'outre-mer.

Encore bravo.

culture,cinéma,histoire,gouvernement,mitterrand(*) Petite explication, à l'attention des lecteurs les plus jeunes de ce blog.

En Nouvelle-Calédonie en avril 1988, dans la grotte dite d'Ouvéa, s'était replié un commando d'indépendantistes après avoir pris des otages lors de l'attaque meurtrière d’une gendarmerie. En mai, à l'avant-veille du second tour de l'élection présidentielle (entre Mitterrand et Chirac), ordre avait été donné à l'armée de donner l'assaut. Deux gendarmes avaient péri dans l'opération, ainsi que dix-neufs mélanésiens – dont plusieurs, ont attesté nombre de témoignages, ont été abattus de sang-froid et a posteriori, par des militaires.

13/05/2011

Un Paris de cinéma

Le Paris de Woody. De Woody Allen. A peine le nouveau film du cinéaste américain a-t-il été projeté à Cannes, à peine vient-il de sortir en salles dans la capitale et en province, que la mairie de Paris a eu la bonne idée d'enrichir ses «Parcours Cinéma» d'un itinéraire de promenade Woody. Spécialement consacré à «Minuit à Paris».

Direction donc, si vous voulez retrouver l'ambiance des lieux parisiens apparaissant dans ce film, les berges de la Seine, le marché aux Puces de Saint-Ouen, ou le Pont Alexandre III – pont si «somptueux», s'enthousiasmait le cinéaste mercredi encore, dans «Le Figaro».

Sinon, pour bien terminer la semaine, une anecdote survenue hier dans la Ville lumière. Un incident spectaculaire, qui s'est déroulé dans notre quartier du onzième arrondissement, dans une des stations de métro que l'on emprunte tout le temps. Quel est le rapport? C'était une scène de cinéma: digne d'un film d'action. Mais qui, elle, s'est passée dans la vie réelle. Comme quoi, parfois, la réalité dépasse bel et bien la fiction.

Léger frisson d'excitation: on vit si dangereusement, mine de rien, sur les grands boulevards de Paris.

19/11/2010

Une indignation (sélective)

affichedernier%c3%a9tage[1].jpgC'est l'affiche de cinéma dont on a parlé, cette semaine en France. On y voit un homme, présenté comme un huissier de justice, apeuré: ligoté et bâillonné dans une baignoire. C'est l'affiche du film «Dernier étage gauche gauche»: une comédie sortie mercredi dans les salles en France, qui narre les mésaventures d'un huissier pris en otage dans une cité de banlieue où il était venu faire une saisie. L’affiche d’une comédie donc, mais tout le monde ne l’a pas trouvée drôle.

 

Ainsi, la Chambre nationale des huissiers a (ici) saisi la justice. Selon elle, vu «l'augmentation des situations de violence auxquelles les huissiers de justice sont de plus en plus souvent confrontés», «on ne peut pas laisser passer l'idée que les agressions commises sur eux sont sans gravité». Le distributeur et le producteur du film ont donc été assignés en référé, et le retrait de l'affiche demandé. Au grand effarement () d'associations comme la Ligue des droits de l'homme, la Société des réalisateurs de films ou la Fédération des professionnels de l'art contemporain. Pour qui la corporation des huissiers «confond la représentation d'une situation imaginaire avec une attaque physique, amalgame un personnage fictif à une  catégorie socio-professionnelle réelle, et confond ainsi réalité et fiction». Sa procédure ne serait donc rien d'autre qu'une «menace à la liberté de création». Finalement, le tribunal de grande instance de Paris, hier après-midi, a débouté les huissiers. Il a jugé que le film, présenté «comme une comédie et non comme un drame», ne suscitait pas de «trouble illicite à l'ordre public».

 

Cette affaire rappelle un peu l'émoi, l'été dernier, de la profession des policiers à propos de la campagne en faveur des... poulets fermiers de Loué. Sur ces affiches-là, on voyait par exemple un policier torse nu, normalement musclé, censé symboliser un poulet élevé en plein air, aux côtés d'un autre policier lui hideusement bodybuildé et gonflé à la testostérone, supposé représenter un poulet élevé en batterie. Le premier syndicat de gardiens de la paix s'était indigné (ici) que la profession policière, en étant assimilée à des volailles, soit «dénigrée d'une manière la plus vulgaire et simpliste», et ce au moment «où les policiers sont particulièrement exposés dans l'exercice de leur profession».

 

affichemafiajuive.jpgComme quoi, dans la pub comme dans la vie, l'humour est une question de goût, et le second degré n'est pas toujours apprécié. Cela dit, si souvent en ville, on voit des campagnes d'affichage autrement plus choquantes, mais qui, elles, n’ont pas l’air de susciter la moindre indignation. Ainsi, dans notre onzième arrondissement en ce moment, on voit sur les murs des affiches en faveur d'un bouquin intitulé «La mafia juive: les grands prédateurs internationaux». Des affiches donc faisant, sur l'espace public, la promo d'un opuscule véhiculant les clichés antisémites les plus éculés, sur la prétendue implication de cette communauté dans les pires trafics: «traite des blanches, proxénétisme, blanchiment, meurtres sous contrat, trafic de diamants», etc. A quand une démarche de la Chambre des huissiers pour faire constater le caractère haineux et donc illégal d'une telle campagne d'affichage, et dès lors exiger son arrêt immédiat? 

18/10/2010

Une (autre) «censure»

KABOOMaffiche.jpgUn peu de légèreté, pour bien commencer la semaine et parce que cela faisait longtemps dans ce blog – vu l'actualité si pesante en France, en ce moment. L'autre jour, on parlait de la «censure» frappant un théâtre parisien, qui a vu une de ses pièces interdite d'affichage sur les panneaux publicitaires de la RATP. Car cette affiche a été jugée politiquement incorrecte: elle amalgamait le Président Sarkozy et le ministre Woerth avec les protagonistes de l'affaire Woerth-Bettencourt. Depuis, on a remarqué que, dans le métro, une autre «censure» a été imposée par la régie publicitaire de la RATP. Elle frappe cette fois l'affiche non d'une pièce de théâtre, mais d'un film de cinéma: la dernière comédie du réalisateur américain Gregg Araki, "Kaboom".

 

Certes, depuis qu'il est sorti en salle, ce film est affiché un peu partout sur les panneaux publicitaires de la RATP. Mais le visuel de l’affiche a été retouché: caviardé, édulcoré. Sur l'affiche originelle, parmi les différents protagonistes du film qui y étaient représentés, on voyait un jeune homme endormi sur le dos. Et il était visiblement en plein rêve érotique puisque, au niveau de son bas-ventre, une... – hum, comment dire, dans un blog lié à un journal réputé de bonne famille? ;-) – une, une… turgescence libidinale, on va dire, surélevait de manière impressionnante son drap de lit (*). Or, dans la version de l’affiche retenue par la régie publicitaire du métro parisien, cette surélévation du drap a été dissimulée par un aplat de couleur reprenant un extrait de critique de ce film. Sans doute les dirigeants de la RATP ont-ils estimé que la suggestion aussi visible de ce détal physique si viril n’était pas très convenable, voire carrément inconvenante, dans un lieu public fréquenté chaque jour par des millions de familles et donc d’enfants.

 

«Censure» parfaitement raisonnable? Le cinéaste Gregg Araki, qui adore la provoc’, doit certainement la trouver d’une pudibonderie d’un autre temps.

 

(*) Si d’aventure des lecteurs ne voyaient pas trop ce dont il s'agit, ils compareront la vignette en illu de cette note, qui représente le détail du fameux visuel tel qu’il est affiché dans le métro, et l'affiche originelle du film, visible ici par exemple.

16/07/2010

Une phobie

Il se passe décidément tous les jours quelque chose dans les transports en commun parisiens. Ce vendredi a priori, on avait prévu d'évoquer autre chose ici, de plus fondamental. Et puis, ce matin, on est tombé sur une petite anecdote racontée par le journal «Le Parisien»: une scène de la vie quotidienne très dérisoire, mais qu'on a trouvée si épatante qu'on n'a pas résisté à la tentation de lui consacrer la note du jour de ce blog.

 

Cela s'est passé l'autre matin dans le tramway T2, direction Saint-Cloud. Comme le narre le confrère, «il est 9 heures, le tramway est bondé. Une femme se lève pour descendre puis s’arrête, le regard dans le vague. Soudain, elle faiblit. Clémence, une habituée du T2, l’attrape par un bras tandis qu’un homme se précipite pour la soutenir. La passagère reprend alors connaissance. Au bout de quelques minutes, pressé par le machiniste qui doit redémarrer, le trio descend sur le quai pour attendre les secours. «Vous êtes malade? Vous avez déjeuné ce matin?» La femme d’une vingtaine d’années bredouille quelques mots et éclate en sanglots. Et puis, la vérité apparaît, presque surréaliste». La vérité? Cette passagère du tramway s'est évanouie sous le coup de l'émotion. Sous l'emprise de la «peur panique, viscérale» qu'a subitement provoquée chez elle, au moment où elle s'apprêtait à descendre du tramway, la vue d'une autre voyageuse. Qui avait pour seul signe distinctif d'arborer, comme pas mal de Parisiennes, de très longs ongles manucurés. Manque de bol: ce matin-là, elle a croisé sur son passage notre infortunée jeune fille trop sensible, qui a... la «phobie des grands ongles». Parce qu'elle a «été traumatisée il y a quelques années par des films d’horreur où le méchant étripait ses victimes avec les ongles. Sans doute le célèbre Freddy Krueger, avec ses lames de rasoir à la place des doigts… Et ce jour-là, il a suffi d’une voyageuse aux longs ongles manucurés pour réveiller ses pires cauchemars».

 

Une telle émotion à fleur de peau, on trouve cela merveilleux. Une sensibilité à ce point exacerbée, simplement par un film d'horreur de série B, on trouve cela touchant. Une phobie si dérisoirement hollywoodienne, on trouve que cela ne s'invente pas. C'est presque trop beau pour être vrai. Un scénariste aurait imaginé cette scène de panique manucurée se déroulant dans le tramway T2, les producteurs du film l'auraient sans doute recalée, la jugeant pas assez crédible. Mais à Paris, décidément, tout a l'air toujours possible.

11/06/2010

Une promotion

Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et puisque pendant un mois dès ce soir, on va n'entendre parler que de foot, allons-y illico. Une grande opération de promotion débute aujourd'hui à Paris, et durera jusqu'au 11 juillet. Cela s'appelle «Foot de théâtre». Pendant la Coupe du monde, une cinquantaine de théâtres privés de la capitale casseront leurs prix d'entrée: offrant des réductions de 20 à 50%. Ces soldes visent évidemment à amoindrir la chute de fréquentation redoutée pendant le Mondial. Cette opération est lancée alors que viennent d'être rendus publics des résultats assez catastrophiques concernant les théâtres dans la capitale française.

Car la crise économique, visiblement, modifie les habitudes culturelles des Parisiens. Qui sortent moins. Vont beaucoup moins qu'avant au théâtre, en tout cas. Le dernier rapport de l'Association pour le soutien au théâtre privé le reconnaît: «Si l’on s’en tient à l’activité des théâtres privés à Paris, l’année 2009 marque une évolution nettement défavorable». Les deux grands indicateurs sont de la même couleur que le rideau de ces théâtres: rouge. Rouge vif, même. En 2009 par rapport à 2008, les recettes brutes ont reculé de 17% et le nombre de spectateurs payants a chuté de 10 %. Concrètement, cela fait 21 millions d'euros et 380.000 spectateurs en moins. L'an dernier, seuls 5,7 millions de tickets d'entrée au théâtre ont été vendus à Paris.

Ce sont les cafés-théâtres qui y ont le plus souffert de la crise: leur fréquentation a chuté carrément de... 45%. Les théâtres publics, eux, qu'ils soient subventionnés par l'Etat ou par la Ville, ont mieux résisté: -4% pour les recettes, -8% pour la fréquentation. Contraste: alors que les théâtres se vident, les cinémas n'ont jamais été aussi remplis. L'an dernier, plus de 200 millions d'entrées dans les salles obscures ont été comptabilisées en France, contre 190 millions en 2008. Jamais depuis 1982 un tel succès de foule n'avait été enregistré. Selon la directrice du Centre national du cinéma, Véronique Cayla, «la salle de cinéma constitue, dans ces périodes de crise, un véritable lieu refuge».

Pour redresser la barre, les théâtres, en France en général et à Paris en particulier, devraient-ils, au lieu de se contenter d'opérations de promotions ponctuelles, songer à revoir plus globalement à la baisse l'ensemble de leurs grilles tarifaires?

10/06/2010

Un soupçon

drapeauisraélien.jpgDepuis le drame de Gaza, certains milieux en France jugent visiblement condamnable le simple fait d'être Israélien, d'être juif, ou simplement d'être présumé l'un ou l'autre. On l'a vu avec la déprogrammation par les salles de cinéma Utopia du dernier film du cinéaste israélien Leonid Prudovsky. Justification? Le boycott de ce «film produit avec l'aide de l'organe de production officiel d'Israël» est un «moyen pacifiste et visible pour attirer l'attention et dire (la) désapprobation» du drame de Gaza. La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme tout comme le Conseil représentatif des institutions juives de France ont protesté contre cette «négation de l’indépendance des auteurs et de la liberté de la création artistique» en Israël, le cinéma ayant, dans ce pays, «constamment oeuvré à la critique» de la politique du gouvernement. Le quai d'Orsay a lui aussi condamné cette censure, qui fait «le jeu des extrémistes» alors que, «dans le contexte actuel de fortes tensions, les échanges culturels et artistiques doivent se poursuivre».

A Paris en ce moment, ce n'est pas un cinéaste israélien mais un écrivain français supposé juif qui semble victime de la vindicte de certains milieux. Pour preuve, dans une station de métro hier soir, on est tombé en arrêt sur des panneaux publicitaires vantant le dernier livre de l'écrivain à succès Bernard Werber, panneaux qui avaient été vandalisés par des slogans hostiles à «Israël, Etat criminel».

Première question: Bernard Werber est-il juif? On n'en a pas la moindre idée, et on s'en fiche complètement. Mais, de toute évidence, cela taraude pas mal de monde. Ainsi, «Bernard Werber juif» est une des propositions de recherche par défaut qu'affiche automatiquement Google à propos de cet écrivain – ce qui indique que cette recherche a été faite par nombre d'internautes. En 0,35 seconde, précise le moteur, 6990 résultats s'affichent. Deuxième question: à supposer même que ce romancier français soit juif, en vertu de quoi devrait-il d'office être associé à un acte «criminel» d'Israël? A moins que son appartenance putative à cette communauté fasse mécaniquement de lui le complice du drame de Gaza? Un tel raisonnement – et c'était probablement celui de notre graffiteur du métro – est évidemment affolant.

Werbertagué.jpgNotez que ce soupçon de judéité frappe aussi d'autres personnalités. Ainsi, a-t-on découvert l'autre jour en surfant, si l'on googelise «Eric Woerth juif» (en référence à l'actuel ministre du Budget), s'affichent... 65200 résultats. Et le moteur juge bon d'indiquer à ses utilisateurs obsédés par l'identité communautaire que «Martin Hirsch juif» et «Christophe Dechavanne juif» sont disponibles en «recherches associées à Eric Woerth juif». Du coup, une dernière question: mais dans quel monde vit-on?

03/12/2009

Une envie?

éclairbardotfauchon.jpgUn éclair au chocolat rehaussé par les «arômes doux, sucrés et sensuels de l’amande et de la rose». C’est la dernière trouvaille du si chic pâtissier-traiteur parisien Fauchon. Cela doit sans doute être très bon. Pour autant, on n’est pas vraiment sûr d’avoir envie de goûter. Benoît Couvrant, le chef pâtissier de la maison, voulait créer «la plus glamour des pâtisseries», en alliant de manière inédite «l’incarnation du luxe alimentaire» et «le mythe du cinéma français». Il a donc décoré la coque de chocolat de sa délicatesse d’une réplique 100% comestible d’une célèbre photo de Brigitte Bardot prise par le photographe Sam Lévin en 1959, à la grande époque de l’actrice.

 

Outre le fait que cet «éclair BB» coûte 6€, ce qui n’est tout de même pas rien, la question est de savoir si, quelques décennies après avoir été aussi joliment immortalisée, Brigitte Bardot est encore une figure suffisamment politiquement correcte pour être appétissante. Les hordes de touristes étrangers qui, place de la Madeleine, à longueur de journées, franchissent le seuil de la boutique Fauchon ne se poseront sans doute même pas la question. Et se rueront sur ce nouveau dessert. Mais le Français moyen un minimum au courant de la chronique judiciaire se laissera-t-il, lui aussi, tenter? Pour rappel, ces dix dernières années, l’ex-actrice a été condamnée une demi-douzaine de fois en justice pour incitation à la haine raciale, en raison de propos violemment anti-musulmans. Cette semaine encore, l’intéressée en a rajouté une couche, en fustigeant les «70000 moutons» qui auraient été «égorgés clandestinement» en France lors du «sanglant Aïd-el-Kebir».

 

Est-ce que cela donne envie? Est-ce que ledit éclair n'est pas un peu lourd à digérer? Est-ce que, quand on l'engloutit, les papilles n'entrent pas violemment en collision avec les neurones? Fauchon ne répond pas à ces questions.

 

Nous, en tout cas, même gourmet voire gourmand, on a décidé qu’on ne se laisserait pas tenter par cet «éclair BB». Si donc on passe prochainement place de la Madeleine, on lui préférera le plus consensuel «éclair Madame Joconde» à l’effigie de Mona Lisa («crème amande-chocolat et glaçage chocolat»). Ou le sans doute très roboratif  «chien chaud caramel-framboise». Caloriquement, financièrement et politiquement, on culpabilisera moins.

04/11/2009

Une extinction

mk2bibliothèque.jpgParis sera un peu moins illuminée que d’habitude ce soir, entre 18 et 19 heures. Comme d’ailleurs sans doute pas mal de villes de France. En effet, toutes les salles obscures de l’Hexagone sont invitées (ici) par la Fédération des cinémas à éteindre pendant une heure leurs enseignes lumineuses extérieures. Pour le coup, c’est une «opération symbolique» et une manifestation de protestation qui vont se voir. Car, on l’oublie trop souvent, avec 2100 cinémas (dont la moitié classés d’art et d’essai) répartis sur l’ensemble de son territoire, la France détient le premier parc européen en la matière et même le quatrième parc mondial après la Chine, les Etats-Unis et l’Inde.

 

Contre quoi protestent les exploitants du cinéma? Tiens, revoilà… Hadopi, la fameuse loi qui, ces derniers mois, fit tant et tant protester parce qu’elle punit (menace de le faire, en tout cas) de sanctions les internautes qui téléchargent illégalement des contenus culturels sur internet. Dans un des volets de cette loi, qui a été moins débattu, il est prévu de réduire de six à quatre mois le délai entre la sortie des films en salles et leur commercialisation en DVD. Les exploitants de cinéma considèrent qu’ils ne survivront pas à cette nouvelle chronologie des médias réduisant leur durée d’exclusivité d’exploitation.

 

Ils mettent aussi le doigt sur quelques curiosités fiscales qui ne sont pas sans rappeler celle qui, en matière de TVA, a longtemps pénalisé les restaurants traditionnels par rapport aux fast-food. Ainsi, selon la Fédération des cinémas, «le taux de taxe sur le prix du billet, de 10,72%, est deux fois plus élevé que celui de la taxe appliquée aux chaînes de télévision et cinq fois plus élevé que celui du DVD et de la vidéo à la demande». Et «les salles de cinéma reversent 50% de leur recette aux ayants droit, contre 20% pour la vidéo, 9% pour Canal+ et 3,2% pour les chaînes en clair».

 

«Si les pouvoirs publics ne prennent pas en compte ce cri d’alarme et n’agissent pas très vite, les salles de cinéma ne pourront survivre», avertissent les exploitants. Qui, par cette extinction de toutes leurs lumières pendant une heure, veulent aussi «montrer ce que seraient nos villes sans nos salles de cinéma». Les organisateurs de l’opération de ce soir exagèrent sans doute un peu lorsqu’ils affirment que les salles de cinéma «sont bien souvent le seul lieu qui reste ouvert 365 jours sur 365 et la seule façade illuminée des centres villes». Mais ils n’ont pas tort lorsqu’ils rappellent que ce secteur constitue «un pôle majeur d’animation culturelle et social» du milieu urbain.

 

30/09/2009

Une nuit

virginie ledoyen.jpgUne nuit avec Virginie Ledoyen. C’est la proposition plutôt délicieuse qui est faite aux Parisiens, en ce moment. Pour la nuit de samedi à dimanche, précisément. Pour l'édition 2009 de l’opération “Nuit Blanche” donc. Comme Paris n’est tout de même pas le pays de Candy, ce n’est qu’accoustiquement qu’on passera cette nuit avec l’inoubliable héroïne de «Jeanne et le garçon formidable» – on a gardé un souvenir moins impérissable de «La Plage». Mais c’est déjà très bien. D’autant que, la même nuit, si l’on veut, l’on pourra aussi passer d’agréables moments en compagnie d'autres jeunes actrices comme Isild Le Besco ou Lou Doillon.

 

Pour ce faire, il suffira de télécharger gratuitement, sur son baladeur MP3 ou via une application iPhone, les bandes-son de cinq parcours dans la capitale. Ces promenades sonores commentés (bilingues français-anglais) dureront une heure chacune. Elles feront découvrir, «comme dans un film», un quartier de Paris cher à ces actrices, sur un fond sonore composé spécialement pour l’occasion par un musicien. Ainsi, dans la nuit de samedi, en compagnie musicale de Benjamin Bioley, Virginie Ledoyen entraînera les Parisiens noctambules dans Saint-Germain-des-Prés. Isild Le Besco déambulera main dans la main avec vos oreilles, si l’on ose dire, dans le Marais. Lou Doillon plongera les visiteurs dans Pigalle. Belleville et le quartier du Palais royal sont également au programme.

 

On a toujours eu un peu de mal à supporter les foules immenses, souvent péniblement hystériques, que draînent habituellement les opérations comme la “Nuit blanche” ou la “Fête de la Musique”. Mais une innovation de ce type serait bien du genre à nous inciter à retenter le coup, samedi.

29/04/2009

Une guerre

Grande journée au Parlement, ce mercredi. C’est aujourd’hui, en effet, que revient à l’ordre du jour la fameuse Hadopi: la loi qui, en son volet le plus controversé, punit (par la coupure de l’accès à internet) le téléchargement illégal de contenus culturels. Ce dispositif fait, depuis des mois, l’objet d’une guerre acharnée entre partisans et opposants, notamment sur le net,  où elle alimente d’innombrables forums et blogs passionnés. La dernière escarmouche en date, aussi spectaculaire que surréaliste, s’est déroulée l’autre jour à l’Assemblée nationale. A quelques voix près et à la stupéfaction générale, cette loi a été rejetée: les rares députés UMP qui étaient présents au Parlement ce jour ont été surpris par l’afflux inopiné, dans l’hémicycle au moment du vote, de députés de gauche qui s’étaient auparavant… cachés dans les coulisses.

 

Cette guerre pour ou contre la répression des pirates du net oppose aussi les artistes, stars et autres people. Mais, sur ce champ de bataille-là, il n’y a pas photo. En effet, les partisans de Hadopi sont nettement plus nombreux que les opposants. Rapide passage en revue des forces en présence.

 

Aux côtés de la majorité UMP, on trouve bien sûr les grands amis people du Président Sarkozy (Johnny, Jean Reno, Liane Foly, etc.). Qui considèrent comme lui que «le créateur est propriétaire de sa création» et qu’«il n’est pas question de légaliser le vol au supermarché de la création». Mobilisé par les sociétés d’auteurs (ici, notamment), le gratin du show bizz figure dans ce camp pro-Hadopi . Les chanteurs Etienne Daho, Francis Cabrel, Raphaël, Jean-Jacques Goldman, Patrick Fiori, Eddy Mitchell, Françoise Hardy, Patrick Bruel, Yves Simon ou Michel Jonasz. Les acteurs Guillaume Canet ou Gérard Jugnot. Les cinéastes Jean-Jacques Beineix, Jean-Jacques Annaud ou Alain Corneau. Un beau casting, donc. Qui comprend aussi des artistes notoirement plutôt à gauche: les Bertrand Tavernier, Costa Gavras, Agnès Jaoui, Cédric Klapisch, Philippe Lioret ou Coline Serreau. Récemment d’ailleurs, ces artistes de sensibilité progressiste ont adressé une lettre ouverte à la patronne du PS, Martine Aubry. Pour lui dire combien ils étaient «atterrés» et «en colère» contre l’opposition de ce parti à Hadopi. Car, selon eux, «le développement de l’ère numérique ne peut se faire sans respect des droits de propriété littéraire et artistique».

 

Et puis, face à cette armada impressionnante de personnalités, il y a un petit bataillon d’artistes qui (ici, notamment) fait de la résistance. Leur force de frappe est infiniment plus petite que celle de leurs adversaires. Mais ce camp compte tout de même quelques noms connus. Les acteurs Catherine Deneuve, Louis Garrel, Chiara Mastroianni, Victoria Abril ou Jeanne Balibar. Les réalisateurs Chantal Akerman, Christophe Honoré ou Gaël Morel. Eux plaident «pour une alternative au tout répressif». Considèrent que la loi création et internet ne répond ni aux «défis du numérique», ni à la «crise des modèles traditionnels de diffusion et de production cuturels dans le monde de la culture». Cette loi, selon eux, ne répond en fait qu’à un seul objectif : «assurer le maintien des positions monopolistiques des acteurs les plus puissants de l'industrie culturelle, sans créer aucun nouveau soutien aux plus menacés». Ces opposants au gouvernement assurent ne «pas cautionner le piratage». Mais, «plutôt que de stigmatiser les consommateurs et d’envisager de couper des millions d’accès à internet», ils veulent que l’on réfléchisse à un système permettant «une diffusion des œuvres compatible avec les intérêts et les libertés de chacun, en assurant à la fois un accès à la culture pour le plus grand nombre et un financement équitable pour les artistes/créateurs».

 

Les deux camps sont sans doute, à ce stade en tout cas, irréconciliables. Tant le débat est passionnel. Et passionnant. Suite ce mercredi et ces prochains jours au Parlement.

20/04/2009

Un contraste

matrix.jpgNotre bonne vieille France, si fière d’incarner la «vieille Europe», va-t-elle un jour ressembler à «Matrix»? Non pas que l’on y croise en rue des héros de cinéma high-tech aussi mémorables que Neo-Keanu Reeves ou Trinity-Carrie Anne Moss. Mais, ces derniers temps, les nouvelles technologies y font spectaculairement irruption dans la vie quotidienne.

 

A Paris, dans le réseau du métro, il y avait déjà les panneaux publicitaires du troisième type, très contestés par les associations anti-pub. Ils sont si perfectionnés que leurs capteurs sont en mesure de comptabiliser le nombre de passages, devant eux, d’usagers du métro et donc de consommateurs potentiels. Ils peuvent aussi enregistrer les zones précises du visuel de l’annonce qui ont été regardées par les passants. Autre innovation techno, à Nice cette fois. Désormais, les passagers de l’aéroport de cette ville et à destination de Paris-Orly peuvent accomplir toutes les formalités d’enregistrement à l’aide de leur téléphone portable. Une petite puce collée à l’arrière de l’appareil ou insérée dans celui-ci permet à ces voyageurs, après avoir passé leur téléphone devant une bornée dédiée, d’accéder à la salle puis à la porte d’embarquement. Dans le même registre, à Metz cette fois et bientôt à Issy-les-Moulineaux (ville techno-branchée de la banlieue parisienne) pour se garer, les automobilistes n’auront bientôt qu’à décrocher leur portable: pour régler leur dû lorsqu’ils stationneront à des emplacements payants, il leur suffira de composer un numéro de téléphone affiché près de l’horodateur.

 

La France en pince donc, en ce moment, pour les technologies nouvelles. C’est l’occasion ou jamais de rappeler un fameux contraste: selon le dernier décompte d’une délégation interministérielle dite «à l’aménagement et à la compétitivité des territoires», décompte datant d’avril 2008, l’Hexagone comprend encore sur son territoire 364 communes... totalement privées de téléphonie mobile.

 

Ce sont les fameuses «zones blanches»: sorte de no man’s land technologique que l’on essaie de résorber depuis 2003 – dont coût global 600 millions d’euros, partagé par les opérateurs de téléphonie mobile, l’Etat et les collectivités locales. Les habitants de ces localités devront attendre 2011 avant d’avoir accès au réseau mobile. Et encore à cette date ne bénéficieront-ils que de la technologie 2G (voix et SMS, si on a bien compris). Pour l’envoi d’images et pour l’internet mobile, il leur faudra patienter quelques années supplémentaires.

 

Pour le coup, ici, on serait peut-être moins dans «Matrix» que dans ce bon vieux La Fontaine, genre «Le rat des villes et le rat des champs».

17/03/2009

Un emballement

Des semaines qu’on ne voit qu’elle à Paris: sur la plupart des panneaux publicitaires qui ornent les colonnes Morris ou les kiosques à journaux, dans les rues, ainsi que sur les affiches dans le réseau des transports en commun de la capitale. Elle? Emilie Dequenne, la comédienne belge. Qui marche dans la ville, sur fond d’un RER passant derrière elle, perché sur un viaduc. Dans le dernier film d’André Téchiné, qui sort demain en France (en Belgique aussi), elle incarne «La fille du RER». Avant de poursuivre plus bas la lecture de cette note, la bande de lancement de ce film.

 

Il s’agit d’une histoire vraie. Celle de «la fausse agression du RER D», comme on l’a appelée à l’époque. L’histoire de Marie L., une fille de banlieue un peu paumée, un peu mytho. Qui, en juillet 2004, inventa de toutes pièces une agression à caractère antisémite dont elle disait avoir été victime dans son train de banlieue, en compagnie de son bébé en poussette. Un récit assorti de détails particulièrement abjects. Ainsi, ces croix gammées qui, avait-elle dit, avaient été gravées sur son ventre par ses agresseurs. Ainsi encore, la passivité des nombreux usagers du RER qui, selon elle, n’avaient pas réagi à son calvaire.

Cette affaire fut à l’origine d’un des plus spectaculaires emballements médiatiques et politiques de ces dernières années en France. Les médias et les politiques réagirent au quart de tour à ce fait divers, prirent pour argent comptant les déclarations de la jeune femme. On était alors deux ans après la campagne présidentielle de 2002, qui s’était focalisée sur l’insécurité, et un an avant la flambée des banlieues. Problème? Les dirigeants eurent beau dire tout l’«effroi» que leur inspirait cet acte «ignoble», ce dernier s’avéra rapidement être… une affabulation. Quelques mois plus tard, la jeune femme fut jugée pour dénonciation de délit imaginaire. Elle encourait six mois d'emprisonnement et 7 500 euros d'amende. Finalement, elle fut punie de quatre mois avec sursis et de deux ans de mise à l'épreuve avec obligation de soins. «Je voulais qu'on s'occupe de moi», s’excusa l’affabulatrice. «J'avais conscience du mensonge, mais je ne pensais pas que ça allait aller aussi loin». Commentant plus tard l’affaire, qu’il jugea «regrettable», le Président Chirac estima qu’elle était « une «séquelle du «mauvais climat en France».

Cinq ans plus tard, donc, André Téchiné consacre un film à «la fausse agression du RER D». Y risque même un casting totalement à contre-emploi: ainsi, Catherine Deneuve en mère de famille banlieusarde habitant un petit pavillon modeste. On est curieux de voir comment le cinéaste, qu’on aime généralement plutôt bien, va s’en sortir dans l’adaptation cinématographique de cette affaire déjà en soi si rocambolesque. On n’est pas sûr qu’entre-temps, le climat en France – en termes de de rapports humains et de respect mutuel, notamment  – se soit fondamentalement amélioré.

23/02/2009

Un comble

Ce week-end encore plus que les autres, le Forum des Halles a été bondé de jeunes venus de la banlieue parisienne. La plupart se rendaient à l’énorme complexe de cinéma ‘UGC Cité Ciné’. Mais, ce faisant, la majorité de ces spectateurs avaient les boules, et manifestaient d’ailleurs ostensiblement leur énervement. En cause, la dernière polémique cinématographique en date qui agite la France, et en même temps le sujet de conversation incontournable en banlieue parisienne en ce moment, tout comme le topic favori des blogs et forums des ados de Créteil, Rosny ou Noisy: une décision un peu bizarre du groupe UGC.

 

Ce réseau, en effet, a décidé de ne pas programmer en banlieue parisienne le dernier film produit par Luc Besson: le deuxième volet de «Banlieue 13» – la saga d’anticipation musclée, et assez culte chez les ados, qui décrit l’embrasement des cités. Ce week-end donc, pour voir ce film, les gamins des banlieues ont dû se taper Les Halles, Bercy ou les Champs. Cette décision a littéralement rendu fou de colère Luc Besson, qui accuse UGC de «racisme» et de «discrimination» à l’encontre «des jeunes, des habitants de la banlieue, des beurs, des noirs et des chômeurs». Selon lui, le groupe UGC aurait délibérément pris cette décision de non-programmation «pour assainir le public de ses salles». Une accusation relayée par Axiom. Le rappeur, qui a signé la BO du film, s’est scandalisé qu’«on empêche les jeunes des quartiers d’accéder à leur propre culture, c’est-à-dire la culture urbaine». Les associations SOS Racisme et AC le feu ont été saisies.

 

Pendant tout le week-end, UGC s’est efforcé d’apaiser la polémique. Le groupe a démenti tout boycott de ce film de sa part. Et a jugé «ridicule» le procès qui lui est fait de vouloir réduire en douce le nombre de jeunes de couleur parmi le public de ses multiplexes. Le réseau explique la diffusion limitée de ce film pour sa non-conformité à sa «politique éditoriale». Plutôt qu’un «Banlieue 13» jugé trop noir et violent, UGC préfère promouvoir et diffuser largement des films dont il considère qu’ils véhiculent des valeurs plus positives, comme «Slumdog Millionaire» ou «Gran Torino», le dernier Clint Eastwood.

 

Soit. Mais, il n’empêche, c’est assez peu compréhensible, cette décision de ne pas diffuser en banlieue un film sur les banlieues et joué notamment par des jeunes comédiens issus de ces quartiers. C’est même un comble. Car enfin, toutes proportions gardées et d’un strict point de vue géographique  –  sans donc mettre en parallèle les qualités cinématographiques de ces différents films  – , c’est un peu comme si «Amélie Poulain» n’avait pas été projeté dans le cinés de Montmartre. Comme si aucun cinéma de Montparnasse n’avait, à l’époque, programmé «Cléo de 5 à 7». Ou comme si les habitants du quartier Bastille avaient dû se taper un multiplexe de banlieue pour voir le «Chacun cherche son chat» de Klapisch. A l’époque, on aurait trouvé cela énorme, non?

17/11/2008

Un pugilat

Cela a volé bas, samedi.  On ne parle pas des coups bas entre camarades socialistes réunis en congrès à Reims. Au moins ces affrontements-là ne furent-ils que verbaux – du moins si l’on excepte l’un ou l’autre gnon perdu dans les bousculades médiatiques. En revanche, à Paris le même jour, c’est carrément à coups de poings, de barres de fer, de battes de base-ball et de bombes de gaz lacrymogène que l’on s’est affrontés.

 

C’était en plein centre-ville, en fin de journée. Cela s’est passé au Forum des Halles – lieu que, décidément, on n’aime pas –, Porte Lescot précisément, sous les regards médusés de centaines de badauds. C’était deux bandes rivales qui s’affrontaient: l’une réunissant des gamins de la banlieue ouest de Paris, l’autre des gosses du même âge mais originaires eux de la banlieue nord de la capitale. Résultat? Un pugilat général dans lequel furent impliquées plus de 70 personnes, sans compter une trentaine de policiers débordés, des vitrines et du mobilier cassés, des blessés et une dizaine des jeunes interpellés, dont certains âgés à peine de seize ans. Avant de faire le coup de poing aux Halles, ces hurluberlus avaient déjà, il y a plusieurs mois, semé la panique dans le quartier de la gare du Nord et à Pigalle.

 

Coïncidence: c’est juste au lendemain de ce week-end houleux que le centre commercial des Halles inaugure, ce lundi, ses illuminations de fin d’année. Pour l’occasion, dès la nuit tombée et jusqu’à début janvier, le Forum s’illumine tout en rose, avec notamment un sapin de Noël de dix mètres de haut installé sur la place basse du mall. Les organisateurs promettent une «frénésie rose», qui transportera les usagers et visiteurs des Halles «dans un tourbillon de rêve et de lumières». Si au moins cette animation pouvait en calmer un peu quelques-uns, ce ne serait déjà pas mal.

 

Dans la foulée, puisque la culture, comme la musique, adoucit les moeurs, on ne peut que se réjouir de la réouverture aux Halles, début décembre, du "Forum des Images" entièrement rénové après trois années de travaux. Cette très belle réalisation – dont la déco intérieure fait elle aussi largement appel au magenta – proposera au public une bibliothèque du cinéma, un restaurant, un bar et cinq salles de projection différentes. On ne sait si, au vu des incidents de ce week-end, les programmateurs oseront ou non programmer «West Side Story».

24/09/2008

Une réprimande

Dans les colonnes du journal «Le Parisien» hier matin, Xavier de Rosnay et Gaspard Auge, les deux musiciens du groupe électro-pop français Justice, revenaient pour la première fois en longueur sur la furieuse polémique à propos de leur clip « Stress». En résumé (si vous avez loupé la controverse, relire ici ou ), ce clip ultra-violent, qui montrait des jeunes de banlieue en train de faire le coup de poing, a été accusé de propager une vision caricaturale et xénophobe de la jeunesse des «quartiers», comme on dit maintenant. Ce qui vaut au groupe d’être traîné en justice.

Les deux musiciens – eux aussi originaires de la banlieue parisienne, mais plutôt côté chic – assurent que le clip ne véhicule pas le moindre «message politique». Devant l’accusation de racisme, ils tombent des nues et lèvent les yeux au ciel. «Ce clip était juste l’illustration d’un morceau générant du stress, du malaise. Si on avait été Anglais en 1977, on aurait mis en scène des punks attaquant des petites vieilles ou des sosies de la reine d’Angleterre». Avant sa diffusion, la vidéo a été testée sur différents publics, y compris blacks ou beurs, sans poser de problèmes.

Il n’empêche, filmer des Noirs de banlieue attaquant des Blancs de la capitale n’allait-il pas forcément choquer? Le duo déplore une lecture raciale du film de Romain Gavras. Les jeunes voyous filmés «ne s’en prennent pas qu’à des Blancs», rappellent-ils. «La première personne qui se fait attaquer, c’est un Noir et c’est la seule à défendre une autre victime. Après, on y voit ce que l’on veut. Il n’y a pas que des Noirs dans ce clip. Non. Il n’y a que des Français. Le premier pas vers le racisme, c’est de faire une segmentation par race. Ceux qui résument le clip à cela révèlent un malaise sur le visage de la France d’aujourd’hui».

«Stress» n’a dû son formidable succès d’audience qu’à internet. Ce clip, en effet, n’a jamais été montré à la télé. Parce qu’il a été censuré par les diffuseurs, car jugé trop violent? Pas du tout, démentent Xavier de Rosnay et Gaspard Auge. «Des choses fausses ont été écrites. La vidéo n’a jamais été bannie de la télévision. Elle n’était que sur internet pour que les gens aient le choix de la voir ou pas».

 

De toute manière, si «Stress» leur avait été proposé, il y a fort à parier que les télés françaises y auraient regardé à deux fois avant de le diffuser. En effet, elles sont soumises à une très stricte surveillance de la part du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

Pour preuve, tout récemment encore, le gendarme du PAF a adressé une très sèche réprimande à «Virgin 17», une chaîne de la TNT. En cause, la diffusion, un mercredi après-midi, d’un clip du fameux (et plutôt doué) rapeur américain Kanye West. Ce clip (plutôt vulgaire) illustre le morceau (plutôt moyen) «Flashing Lights». «En raison de la violence suggérée par la dernière scène», le CSA a sermonné la chaîne pour avoir diffusé ce clip accompagné uniquement  d’une signalétique de catégorie II (déconseillé aux moins de 10 ans). Pour l’organe de contrôle, le clip ne doit carrément pas être diffusé en journée, et a fortiori pas le mercredi, lorsque les gosses sont en congé. Le CSA vient donc de sommer «Virgin 17» de faire preuve désormais «de davantage de vigilance» dans sa programmation muscicale, sous peine d’être sanctionnée.

Le clip controversé ci-dessous, pour que chacun puisse juger. Dans la version qui circule sur internet, il est précédé – à l’inverse de «Stress» de Justice – d’un avertissement précisant qu’il ne s’agit que d’une expression artistique et invitant le spectacteur au discernement. Comme manifestement cela ne suffisait pas, une deuxième version, soft, du clip a été tournée et est désormais diffusée sur la plupart des télés. Toute trace de violence y a disparu: on n’y voit que des bimbos sculpturales se trémoussant lascivement. Le CSA n’a pas encore réagi.

 

23/07/2008

Une rumeur

A chaque été dans la capitale française, sa grande (ou petite, c’est selon) polémique culturelle. Cette année, la controverse porte sur une des occupations favorites des Parisiens pendant les chaudes soirées de juillet et d’août: les séances de cinéma en plein air, au festival «Paris Quartier d’été» ou «Cinéma au clair de lune» par exemple. Et surtout au cycle «Cinéma en plein air», qui chaque soir d’été depuis 18 ans maintenant, réunit des milliers de gens sur la grande pelouse du Parc de la Villette.

 

Cet été, c’est le tumulte à la Villette. Pour la première fois, en effet, l’accès aux séances n’est plus gratuit mais facturé 2 euros par personne. Du coup, une pétition circule contre cette innovation. Elle a déjà recueilli plus de 2000 signatures.

 

La direction de la Villette présente cet accès payant comme «nécessaire pour continuer le cinéma en plein air que nous aimons». En effet, renoncer à la gratuité permettrait au festival de ne pas tomber sous le coup d’un règlement qu’aurait pris le Centre national de la cinématographie (CNC), et qui imposerait des contraintes aux organisateurs de séances gratuites de cinéma en plein air, en termes de programmation par exemple. L’objectif de ce texte est de limiter le nombre de ces manifestations, afin de ne pas faire trop concurrence aux exploitants de cinémas. Assez curieusement, toutefois, on ne trouve nulle trace dudit règlement dans la communication du CNC, et il ne paraît pas s’appliquer aux autres festivals.

 

Du coup, la rumeur qui court dans Paris en ce moment (et qui a notamment été relayée par «Télérama» récemment) met la fin de la gratuité des pelouses cinéphiles de La Villette plutôt sur le compte… de «la pression» en ce sens qu’aurait exercée MK2. MK2: le groupe spécialisé dans le cinéma d’auteur, qui possède dix multiplexes à Paris parmi lesquels les MK2 Quai de Loire et Quai de Seine, dont on parlait encore ici jeudi dernier. Ces cinémas sont situés de part et d’autre du bassin de la Villette, et donc à deux pas du parc du même nom. Selon cette thèse (qui émeut pas mal de festivaliers parisiens), MK2 aurait intrigué pour rendre payantes les soirées cinéma de La Villette, afin que les chiffres de fréquentation de ses propres salles ne souffrent pas trop de cette concurrence gratuite pendant la durée du festival.

 

Marin Karmitz, à qui on en parlait hier, ne décolère pas contre cette rumeur. Le fondateur et patron du groupe l’attribue à «une volonté délibérée, qui existe depuis un certain temps, de salir MK2». Il ne voit pas en quoi ce festival lui poserait des problèmes et, si c’était le cas, comment il réussirait  à lui faire renoncer à la gratuité. Marin Karmitz dément d’ailleurs l’existence même du fameux règlement attribué au CNC. Et soupçonne les responsables de La Villette de «faire porter à d’autres leur propre responsabilité», ce festival lui semblant «désormais entré dans un système marchand», comme l’illustreraient les tarifs prohibitifs imposés aux annonceurs pour les spots de pub projetés avant les films.

 

Une guerre estivale du cinéma à Paris? Les salles payantes contre les pelouses gratuites? Pas du tout, se défend le patron de MK2. Les fédérations d’exploitants ont conclu, il y a plusieurs années déjà, un pacte avec les municipalités organisatrices de festivals en plein air, portant notamment sur la programmation. Le deal est le suivant : aux salles payantes les films récents ou en cours d’exploitation, aux pelouses gratuites la mémoire du septième art. Chacun, en gros, s’y retrouverait plutôt. «Lorsqu’elles mettent en valeur l’Histoire du cinéma, les projections gratuites de films en plein air ne nuisent absolument pas au circuit commercial», soutient Marin Karmitz. «Au contraire, elles sont bienvenues: elles assurent la transmission de la mémoire et de la découverte du cinéma. Donc, globalement, elles donnent plus envie aux gens d’aller voir des films et remplissent une véritable mission d’éducation culturelle».

 

Une mission de service public qui, à La Villette en tout cas, est désormais moins bien assurée. Deux euros la place de cinéma, cela peut sembler peu par rapport aux tarifs pratiqués dans les salles parisiennes. Mais cela doit sans doute peser dans le budget des familles nombreuses qui ne partent pas en vacances et veulent malgré tout offrir des moments privilégiés à leurs enfants. A fortiori quand ces familles viennent des alentours de la Villette: les quartiers Stalingrad, Jaurès et tout cela, qui malgré le début de leur «boboïsation», ne font tout de même pas encore partie des plus privilégiés de Paris, loin s’en faut.