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03/02/2016

Une coquette somme

64,9 milliards d’euros. Le montant a été dévoilé dernièrement, par le gouvernement (). Il correspond aux achats que les Français ont effectués sur internet, en 2015. C'est une hausse de 14,3% en un an. Quelque 835 millions de transactions (+19%) ont été totalisées. Et 2,3 millions de nouveaux acheteurs supplémentaires recensés. En outre, à en croire la fédération française de l'e-commerce et de la vente à distance, «en 2015, le taux de satisfaction des clients a été de 98%» , autre chiffre record.

Tout irait donc bien et même dans le meilleur des mondes, pour l'e-commerce français. Mais ce tableau mirifique doit être doublement nuancé.

D'abord, comme nul ne l'ignore plus, une part importante de ces e-achats est réalisée auprès de filiales françaises de multinationales qui, grâce à de savants mécanismes d'optimisation fiscale, continuent de payer, dans l'Hexagone, un montant ridiculement peu élevé d'impôts et de taxes. Ensuite, ce boom de l'e-commerce français en 2015 est en partie artificiel, et même dramatiquement conjoncturel: lié aux attentats de la mi-novembre. Car, à Paris comme en province, ils ont vidé les grands magasins traditionnels, de nombreux acheteurs jugeant plus prudent de faire leur shopping de fin d'année sur le net.

Il n'en demeure pas moins que, à en croire un récent sondage, les Français imaginent le commerce de demain à la fois fortement dématérialisé et connecté. Pour sept sondés sur dix, on comptera beaucoup moins de magasins physiques en 2030 qu’aujourd’hui. Et près de huit Français sur dix considèrent que, dans ces rares commerces non virtuels qui subsisteront, les caisses physiques auront été remplacées par des systèmes de paiement dématérialisés.

Sans doute faut-il juger cette perspective merveilleuse.

02/02/2016

Un marketing curieux (encore et toujours)

cinéma,culture,publicité,commerce,etrangers,racisme,immigrationSortie en salles, demain mercredi, du film "Chocolat". Il narre le destin de Rafael Padilla (1865-1917). «Clown nègre», premier artiste noir de la scène française, coqueluche du tout-Paris à l'époque – il inspira même Toulouse-Lautrec. Succès probable, pour ce film, ne serait-ce que parce que le personnage de "Chocolat", nom de scène de cet artiste, est campé par Omar Sy: une des personnalités préférées des Français.

Puisque c'est bien dans le sujet de la représentation «des races» – comme dirait l'ex-ministre sarkozyste Nadine Morano –, signalons la chose, au passage: la poursuite de la distribution, dans les magasins de la chaîne Monoporix, d'un produit dont le marketing avait pourtant été très contesté, il y a six mois (relire ). Des tablettes de chocolat dont l'emballage est illustré par des photographies de visages de jeunes Africains ou Antillais. Le degré de noirceur de leur peau étant censé illustrer le type de chocolat vendu: au lait ou pas, etc.

Accusé de «racisme ordinaire», Monoprix avait assuré n'avoir jamais eu «aucune intention de heurter». Puis avait annoncé qu'elle était «en train de faire évoluer ce pack» controversé. Mais on trouve toujours ces chocolats présentés de la sorte dans les rayons de tous les Monop' de France et de Navarre, ainsi que (mais en partie seulement, à première vue) sur la boutique en ligne de cette enseigne. Seule différence: les réseaux sociaux, qui s'étaient beaucoup mobilisés sur l'affaire il y a six mois, sont, depuis, passés à autre chose.

L'histoire ne dit toujours pas si les clients et consommateurs de Monop' trouvent cela appétissant.

10/06/2015

Une (autre) idée reçue, contredite

Le petit commerce se porte mal. C'est ce qu'on entend dire et répéter depuis des années, à Paris en particulier. Singulièrement dans notre onzième arrondissement, où, dans certains quartiers (Saint-Ambroise, Chemin vert, etc.), le commerce de proximité a beaucoup souffert de l'extension de la mono-activité du textile de gros. Et bien non, il ne se porte pas si mal, ce petit commerce, dans Paris et sa région en tout cas.

C'est ce que montre une étude, publiée dernièrement. Elle indique que, depuis 2002, le nombre de commerces de proximité n'a pas baissé à Paris et dans les trois départements de la petite couronne, mais a légèrement augmenté (+2%). La région totalise précisément 107.825 boutiques, ce qui n'est pas rien, le pompon de la densité commerciale revenant bien sûr à la capitale (31,1 commerces pour 1000 habitants: près du double qu'en banlieue).

Alors, évidemment, tout n'est pas uniformément rose. Certains types de commerces ont flambé: les supérettes alimentaires (+148%!), les services à la personne (écoles de conduite, aide aux personnes âgées, coaching scolaire, etc.), la restauration rapide, ou les commerces des soins du corps. A contrario, a régressé le nombre de boutiques dédiées au jardinage, à l'équipement de la maison, au secteur automobile et deux roues, ou à la culture et aux loisirs. Dans ce dernier secteur, cette baisse (de 12%) du commerce de proximité (petites librairies, etc.) est due à la fois au développement des grandes enseignes et à la concurrence d'internet (vente de musique et de livres en ligne, etc.)

Cela dit, les retournements de situation peuvent être très rapides, voire brutaux.

On l'a bien vu avec les boutiques de téléphonie mobile. Dans les années 2000, leur nombre a explosé, à Paris: +24,7%. Cela a été très frappant notamment dans notre 11e arrondissement. Mais, depuis un an ou deux, la suroffre a conduit nombre de ces boutiques à fermer. Ou à se reconvertir dans le dernier eldorado en date du petit commerce urbain de proximité: la cigarette électronique et ses produits dérivés.

03/06/2015

Un marketing curieux

Publicité, Commerce, Gastronomie, Etrangers, Immigration, RacismeLes produits, depuis, ont été retirés des rayons des magasins concernés, mais, puisqu'on n'a pas encore eu l'occasion de la signaler, évoquons cette faute de goût commise par l'enseigne Monoprix, dernièrement: Monop', les supermarchés préférés des bobos parisiens.

Dans sa gamme "Monoprix Gourmet", elle n'a rien trouvé de mieux que de commercialiser des tablettes de chocolat dont l'emballage a fait grimacer des associations de lutte contre le racisme. Le paquet de chocolat noir «72% de cacao» était illustré par une photographie d’un jeune homme noir. Le «chocolat au lait fondant» arborait le visage d'une métisse. Et sur l'emballage du «chocolat blanc, morceaux de spéculoos», une belle photo d'un bon petit Français "de souche"? Au visage bien pâle? Non, non: juste la représentation de carrés de chocolat de cette couleur.

Pourquoi donc, de ces trois chocolats Monop', seul le blanc n'est-il pas incarné, sur son packaging, par une personne? Est-ce une façon équitable de présenter les choses, a fortiori pour du chocolat censé issu du commerce équitable? Y a-t-il un message subliminal que ces visuels différenciés cherchent à faire passer? Si oui, lequel et au nom de quoi? Aux internautes et usagers des réseaux sociaux qui posaient toutes ces questions, voire dénonçaient un «racisme ordinaire chez Monoprix», l'enseigne n'a pas répondu précisément. Elle a assuré n'avoir jamais eu «aucune intention de heurter». Et a annoncé qu'elle était «en train de faire évoluer ce pack» controversé.

Cela fait un petit temps déjà que l'engagement a été pris. Depuis, cependant, – on l'a encore vérifié ce matin –, la boutique en ligne Monoprix propose toujours ces chocolats, présentés de la sorte.

L'histoire ne dit pas si les clients et consommateurs trouvent cela appétissant.

19/12/2013

Un secteur particulièrement surveillé

Une nouvelle bien de saison, à l'heure où toute la France s'hystérise dans les magasins pour le rituel annuel des courses de Noël. Les services chargés de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ont été priés de se bouger: d'intensifier leurs contrôles. Afin d'éviter que, comme on dit (ici) au gouvernement, les consommateurs «soient victimes de négligences ou d’abus, durant cette période d’activité commerciale intense».

La surveillance a été renforcée notamment dans le secteur des produits alimentaires des réveillons de fin d’année. Dans le viseur des contrôleurs, à la fois les fabricants, les grossistes, les importateurs et les distributeurs. Pour les amateurs de chiffres, 13.500 vérifications ont déjà été effectuées sur des foies gras, des huîtres, des bûches, etc. Elles ont porté à la fois sur le respect des règles d’hygiène (dates limites de consommation, températures de conservation ou propreté des locaux) et sur «la loyauté de l’information mise à disposition des consommateurs» (étiquetage, véracité des labels et appellations d’origine, réalité des annonces promotionnelles, etc.). Résultat? 3.000 manquements ont déjà été relevés, soit un «taux d’anomalie» de 22 %.

L'an dernier, à cette époque, il n'était que de 18,5%. L'histoire ne dit toutefois pas (encore) si ce taux cette année plus élevé d'infractions constatées traduit un relâchement des professionnels de la filière alimentaire, ou simplement une plus grande efficacité des opérations de surveillance les concernant.

18/03/2009

Un imbroglio

Pas simple de s’y retrouver, sur les Champs-Elysées. Et plus spécifiquement sur la question si délicate de l’autorisation ou non du travail du dimanche en France. La célèbre avenue parisienne, en son édifice portant le n°101, illustre bien toutes les cacophonies actuelles sur le sujet, exacerbées par la décision de la majorité UMP, vu ses divisions, de reporter aux calendes grecques tout débat clair et franc au Parlement sur cette question.

 

Au 101 Champs-Elysées, la confusion a probablement atteint son comble dimanche dernier, et ce sera sans doute à nouveau le cas ce dimanche. A ce numéro de la célèbre allée, on  trouve le plus grand magasin au monde de la marque de luxe française Louis Vuitton. Cette enseigne bénéficiait depuis plusieurs années d’une autorisation préfectorale d’ouverture le dimanche. Mais, il y a quelques jours, tranchant un imbroglio juridique de plusieurs années, le Conseil d’Etat annula cette autorisation d’ouverture. Pour autant, dimanche sur les Champs, la boutique Vuitton était… bel et bien ouverte. En effet, cette enseigne estime être dans son bon droit puisque, d’après elle, l’autorisation préfectorale annulée n’était plus en vigueur et puisque, depuis, elle a été remplacée par une autre, lui permettant d'ouvrir le dimanche pendant trois ans et elle «pas concernée par ce jugement». Vuitton a donc ouvert ses portes.

 

Résultat des courses, le syndicat CFTC crie à «la mauvaise foi» et somme le préfet de retirer son autorisation à Vuitton. A l’UMP locale, en revanche, on estime «dommage d’obliger une enseigne qui porte le savoir-faire français à fermer le dimanche». Mais, à l’Assemblée, ce même parti peut difficilement confirmer légalement cela, tiraillé qu’il est, en son sein, entre libéraux en faveur de l’ouverture des magasins le dimanche et opposants réclamant le respect de la pause dominicale. Et, pendant ce temps, la préfecture et le ministère des Affaires sociales, qui ont vraisemblablement d’autres chats à fouetter en cette veille de grande journée de grève générale, se taisent dans toutes les langues.

 

Résultat, sur les Champs, plus grand monde ne comprend grand-chose. Seuls les touristes étrangers fortunés, grands consommateurs des célèbres sacs griffés français, trouvent peut-être cocasse cette confusion administrative si courtelinienne, et donc à cet égard si hexagonale. Les autres passent leur chemin, plutôt indifférents. Se disant probablement que, de toute manière, vu la crise actuelle, ce genre d’achats leur est hors de portée.

 

 

 

PS : Quand on écrivait hier, dans ce blog, que le climat de convivialité en ce moment à Paris, et dans le reste de la France, n’était pas terrible: cette nuit encore, dans le quartier Montmartre, des heurts ont opposé des CRS en tenue anti-émeute à des jeunes, en marge d’une manifestation étudiante. Actes de vandalisme, bris de verre, bombes lacrymo, vitrines brisées, insultes: un avant-goût de la grande journée de mobilisation de demain?