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17.02.2012

Un gros coup de vieux

Elections présidentielles, Sarkozy, Communication, PublicitéRetour de Haute-Savoie. Où on a fait un saut hier, pour couvrir le premier grand meeting de Nicolas Sarkozy, à Annecy. On a été frappé par le coup de vieux pris par l'intéressé, par rapport au souvenir qu'on avait gardé de lui aux présidentielles de 2007. Hier soir, c'était frappant notamment lorsqu'il est monté sur scène. La façon qu'il a eue de gravir les marches, le pas lent avec lequel il s'est dirigé vers le pupitre: on était très loin du présidentiable bondissant d'il y a cinq ans. Et même le débit de son discours était plus lent.

Nicolas Sarkozy y a notamment évoqué le poids de la charge présidentielle. Parlant de «cinq années qui pèsent si lourd dans la vie d'un homme», il a estimé que «les Français attendent un dévouement absolu» de leur Président, ce dernier devant donc «se donner tout entier à cette tâche». «Depuis le début de mon mandat, j'en ai éprouvé, jour après jour, toutes les exigences, toute la dureté», a-t-il ajouté.

Mercredi soir, déjà, selon certains exégèses de sa déclaration de candidature sur TF1, il avait fait allusion à son vieillissement. «À 57 ans, on n'est pas fichu, on n'est pas foutu, déprimé, chez soi à attendre l'âge de la retraite!», s'était-il exclamé. Officiellement, il parlait des couturières en fin de carrière de la société de lingerie Lejaby – dont une partie ont trouvé une possibilité de reconversion grâce à l'intervention du gouvernement. Selon certains, il parlait aussi voire surtout... de lui, qui est âgé de 57 ans.

Ce gros coup de vieux, il est visible aussi sur l'affiche de campagne du candidat Sarkozy. On l'a regardée de près, et c'est frappant combien apparaissent de cheveux blancs et de rides, sur le cliché de ce visage. Là aussi, on est très loin de la fameuse photo du Sarkozy juvénile et avenant qu'avait jadis faite pour lui le grand photographe de mode américain Peter Lindbergh, en noir et blanc.

Elections présidentielles, Sarkozy, Communication, PublicitéCes marques de la vieillesse, elles aurait parfaitement pu être retouchées. Si elles n'ont pas été «photoshopées», c'est, bien sûr, que l'armada de communicants entourant le Président sortant a choisi d'user de ce poids des ans comme d'un argument de campagne.

Pour que, aux yeux de l'électeur, leur candidat apparaisse comme quelqu'un qui a vieilli, qui a donc mûri, et qui dès lors s'est assagi.

CQFD.

31.01.2012

Un toupet

Nicolas Sarkozy n'est donc pas encore officiellement candidat à un nouveau mandat. Dimanche soir, à la télé, il a répété que sa priorité devait continuer à aller à la conduite du pays, par ces temps de crise. Mais, le moment venu, «je ne me déroberai pas», a-t-il aussi confirmé, et ce moment «approche». Aucune surprise à attendre, dès lors.

Nicolas Sarkozy n'est pas encore officiellement candidat, mais la page web intitulée http://www.nicolassarkozy2012.fr/, elle,existe déjà. Et elle est squattée par une intruse. La dame officie dans un tout autre domaine que la haute politique. Mais, avec un toupet assez comique, elle a manifestement jugé que cette usurpation de nom de domaine lui serait profitable, en termes de pub.

Cela fait des semaines, voire des mois, que l'effrontée sévit à cette page. Au vu et au su de tout le monde politique, et donc y compris des services de l'Elysée. Il n'empêche, malgré tout ce temps, les pandores (électroniques) ne l'ont visiblement pas encore délogée de cette adresse hautement fatidique.

D'où la question qui, plus que jamais, s'impose: mais que fait la police?

27.01.2012

Une logorrhée

24. On n'invente rien: on les a comptés et même recomptés ce matin, pour en être bien certain. Hier, l'UMP a diffusé... 24 communiqués de presse successifs. Chacun signé par un dirigeant différent, mais tous consacrés à une seule et même actu: le projet présidentiel du socialiste François Hollande. Un premier communiqué à 10h56, le deuxième à 11h01, ensuite un autre à 11h34, à 11h59, 12h28, 13h12, 13h15, etc. Jusqu'à 23h33 précisément: heure du dernier communiqué de l'UMP sur le sujet.

A force, cette logorrhée devenait (un peu) comique. Car, le fond de cette communication ne variant bien sûr pas – en gros: l'intéressé, son programme et son partis sont nuls –, cela donnait l'impression qu'au service de presse de l'UMP, on passait sa journée à éplucher, heure après heure et page par page, le dictionnaire des synonymes. Pour trouver des variantes lexicales à cette nullité socialiste alléguée: François Hollande est irresponsable, inconséquent, pas crédible, déraisonnable, dangereux, contradictoire, bancal, etc.

On n'a toujours pas compris l'avantage d'une telle stratégie de com'. A moins bien sûr de considérer que la presse est sourde et l'électorat débile (ou inversement), quel est l'intérêt de répéter 24 fois le même message en une seule et même journée? Cela a surtout donné de l'UMP l'image d'une armée mexicaine de cadres et dirigeants, chacun à l'ego si boursouflé qu'il voulait absolument dire lui aussi son petit mot sur le sujet, pour tenter d'exister médiatiquement. Espoir le plus souvent déçu. La plupart des journalistes, en effet, pour répercuter le point de vue sarkozyste, ont juste relayé la parole de Jean-François Copé, le n°1 du parti, et/ou de ses ministres les plus importants: François Baroin (Finances) ou Valérie Pécresse (Budget).

Donc au total, pour ce parti hier, tant de temps perdu, tant d'énergie gâchée, tant de mots, de papier et d'électricité en pure perte dépensés.

Mais que ne ferait-on pas en campagne électorale, à moins de cent jours de l'échéance?

07.12.2011

Un (double) air du temps

personnalités,bayrou,elections présidentielles,communicationCet après-midi, François Bayrou officialise sa candidature à l'élection présidentielle de 2012. Il avait déjà annoncé, répété et confirmé cette candidature à peu près 23 fois ces derniers mois, mais sans doute craint-il que des Français ne soient toujours pas au courant.

Le centriste se profile volontiers comme très différent des autres présidentiables, très au-dessus du lot. Ce mercredi, il n'en sacrifie pas moins, et doublement, à un très trivial air du temps.

Le lieu de son happening médiatique? La très sobre Maison de la Chimie, pas loin de l'Assemblée. Dans les rédactions, il se raconte qu'à l'origine, c'était plutôt l'Hôtel Lutetia que le patron du Modem avait choisi. Mais voilà: difficile de présenter une campagne élyséenne axée sur l'austérité budgétaire, dans un 4 étoiles dont la chambre la moins chère doit, à vue de nez, être facturée 250€ la nuit. Exit donc les salons Art Deco de l'hôtel de la rive gauche.

A 17h30, à l'issue de sa conférence de presse, François Bayrou tient ce que ses services de com' appellent une «twinterview». Késako? Une «séance de questions réponses aux internautes, via twitter», oui Madame.

personnalités,bayrou,elections présidentielles,communicationEn 140 signes, donc, résumer les enjeux de la crise des dettes souveraines, de l'après-pétrole, de la sortie ou pas du nucléaire, ou de la diplomatie française au Proche-Orient. 140 signes. En termes informatifs, ce sera du plus haut comique. Ou du grand n'importe quoi, assez pathétique. Chacun jugera.

28.10.2011

Un double comique

Sarkozy, Médias, Télévision, Journalisme, Communication, Langue françaiseIls sont comiques, au PS. Hier, ce parti a fustigé l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy avant même qu'elle ait lieu: non sur le fond, mais sur sa forme. Car l'émission a été entièrement réalisée par une boîte de prod' privée. Engagée pour l'occasion par l'Elysée, c'est elle qui l'a conçue, scénarisée, filmée, puis vendue aux chaînes de télé qu'ils l'ont diffusée. Pour le PS, c'est d'autant moins acceptable que cette boîte de prod' est une filiale du groupe Lagardère, dirigé par un proche de Nicolas Sarkozy.

 

Ce qui est comique, c'est que François Hollande n'est pas loin... d'avoir fait pareil, dernièrement. C'était l'autre jour, dans notre onzième arrondissement de Paris. Il tenait son dernier meeting de campagne dans la salle de spectacles du "Bataclan". Ses communicants y ont interdit toute prise de vue filmée par les médias. C'est une société engagée par le candidat socialiste qui a assuré la captation et la réalisation des images du meeting, ainsi que sa retransmission exclusive en direct, par signal vidéo, aux médias couvrant l'événement. En 2007 déjà, lors de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy faisait pareil pour tous ses grands meetings, afin de contrôler au maximum son image.

 

Ils sont comiques, à l'UMP. Hier, l'intervention télévisuelle présidentielle a reçu son lot habituel de critiques pour son caractère extrêmement encadré par l'Elysée (qui choisit les journalistes-intervieweurs, etc.). Pour beaucoup, un tel cadenassage de ce programme par le pouvoir fait qu'il relève moins de l'information que de la communication, moins de l'interview que de la tribune.

 

Ce qui est comique, c'est que les communiqués de presse louangeurs envoyés par l'UMP après l'émission ont eux-mêmes, involontairement et donc si maladroitement, confirmé le caractère artificiel, voire fictif, de cette supposée confrontation entre chef d'Etat et journalistes. En effet, ces communiqués vantaient «l'allocution» de Nicolas Sarkozy. Un terme qui, comme on l'a vérifié ce matin au «Robert», renvoie à celui de «discours», dénué donc de la moindre contradiction...

11.07.2011

Un caractère bien trempé

Elle est cash, Martine Aubry, que cela plaise ou pas. Elle s'embarrasse assez peu des conventions. Au passage, ce caractère bien trempé lui vaut la mésestime de pas mal de journalistes – qu'à plusieurs reprises, elle a envoyé balader sans ménagement. Pour ses détracteurs, son côté brut de décoffrage illustre son caractère revêche, teigneux, voire acariâtre. Pour ses partisans, cette singularité de ton est rafraîchissante à l'heure où la parole politique est en permanence si formatée au consensuel par les communicants.

Toujours est-il qu'on vient encore d'avoir une illustration de son tempérament. Avec l'avis, très peu dans l'air du temps, qu'elle a donné sur les réseaux sociaux. Même si elle reconnaît qu'ils ont été utiles lors des révolutions arabes, Martine Aubry ne les aime pas. «Facebook et Twitter, j'ai horreur de ça. C'est typique de cette société où chacun pense à son nombril. Et puis, tous ces faux amis... Ce n'est pas mon truc d'expliquer mes états d'âme». Et son entourage de renchérir: elle «ne va pas utiliser Twitter pour raconter sa vie. Elle est en adéquation avec son identité politique. Aubry n'est pas dans l'autoglorification».

Ce week-end, toute la galaxie tweetée et facebookée de l'UMP a moqué cette tirade. Qui confirmerait l'incroyable ringardise d'une socialiste déjà accusée par la droite d'avoir un projet politique digne des années 80.

Une chose est sure: qu'elle les aime ou pas, Martine Aubry ne pourra faire sans les réseaux sociaux, d'ici à la présidentielle de 2012. On l'entendait ce matin encore, sur une radio, à propos de la dernière livraison du «Twittoscope»: ce baromètre mensuel des personnalités en fonction du nombre de leurs citations sur les réseaux sociaux: «C'est l’explosion de la twittosphère politique! En juin, les 140 personnalités suivies dans ce baromètre ont suscité plus de 675.000 tweets, soit 250% de plus qu’en décembre!» Neuf mois avant le scrutin, donc, les réseaux sociaux sont d'ores et déjà, et plus que jamais, «en ébullition». Et cela ne fait sans doute que commencer.

10.05.2011

Un culte de la personnalité

rose.jpgEn l'honneur du trentième anniversaire du 10 mai 1981, jour de l'élection de François Mitterrand à l'Elysée, le PS fait très fort, en termes de marketing politique. Un parti français n'avait plus eu une idée aussi farce depuis l'été 2006. Depuis que l'UMP avait édité ses désormais légendaires tongs de plage ayant fait le bonheur de millions d'estivants: de Palavas-les-Flots à la Grande Motte, de Honfleur à Saint-Jean-de-luz, de Belle-Île à Trouville.

Mais ses merveilleuses tongs sarkozystes ne laissaient sur le sable que le logo du grand parti présidentiel. Et non le portrait du Président en personne – cela, ce sera peut-être pour l'été prochain, pré-campagne présidentielle de 2012 oblige. Le PS, lui, vient de franchir un pas supplémentaire, si délicieusement nord-coréen, dans le culte de la personnalité. Il propose carrément une appli iphone (qui a l'air gratuite, en plus) permettant rien moins que de devenir l'ami, sonore et iconographique, de François Mitterrand.

Vous secouez votre smartphone et, hop hop, vous entendez un passage célèbre d'un discours de l'ex-Président. Vous le resecouez, et hop, voici dans vos petites oreilles une autre de ses petites phrases mémorables. Grâce au parti de Martine Aubry, vous pouvez même «vous prendre en photo avec François Mitterrand»! Il vous suffit de télécharger l'application contenant les clichés fameux de l'intéressé, puis, hop hop, en un tour de main, d'afficher avec ravissement votre propre bobine à la place de celle de la personnalité qui, sur la photo, apparaît aux côtés du défunt Président. On peut donc, par exemple, se retrouver à la place d'Helmut Kohl à Verdun en 1984, sur la fameuse photo montrant ce dernier main dans la main avec François Mitterrand.

Ca fait vraiment rêver.

22.04.2011

Un champion (du gazouillis)

twittoscope.jpgIl a beau être impopulaire comme jamais un Président français ne l'a été à un an d'un scrutin présidentiel, dans ce domaine au moins, il demeure le n°1. Nicolas Sarkozy reste, et de loin, la personnalité politique la plus tweetée de France. Il totalise à lui seul un petit tiers (82.500) des 280.000 tweets enregistrés dans le dernier «Twittoscope» de la Sofres. Le chef de l'Etat fait quasiment deux fois mieux que la deuxième du classement, la frontiste Marine Le Pen (45.000).

Dominique Strauss-Kahn décroche la médaille de bronze (17.600 tweets). Six personnalités dépassent les 10.000 tweets mensuels: les socialistes Ségolène Royal et Martine Aubry, le leader de l'UMP Jean-François Copé, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant, son collègue des Affaires étrangères Alain Juppé, et le bon vieux Jacques Chirac.

Nuance: un nombre élevé de tweets ne signifie pas automatiquement une forte adhésion. Car, a calculé la Sofres, quatre cinquième des tweets analysés sont de simples échanges d'information: ils se bornent à évoquer la personnalité concernée ou son actualité, sans contenir d'opinion positive ou négative à son égard. Seul un sixième (16%) des tweets sont critiques. Sans surprise, les personnalités suscitant beaucoup de tweets critiques sont les si sulfureux ministres Claude Guéant ou Eric Besson. Particularité: «les personnalités qui obtiennent des scores de tweets positifs sensiblement plus élevés que la moyenne sont toutes issues de formations de gauche». Un hasard? Non, se hasarde la Sofres. Cela «pourrait laisser à penser que l'e-démocratie trouverait plus facilement sa place à gauche, du fait d'une culture partisane plus discursive et/ou d'un personnel politique plus accoutumé au dialogue horizontal».

Ce qui est sûr, en tout cas, c'est qu'il y a de l'effervescence dans tout cela. «A un peu plus d'un an de la présidentielle, l'agora politique que constitue Twitter a largement dépassé le demi-million de tweets mensuels, sur les 140 personnalités suivies». Plus que jamais, donc, la vie politique française suscite un intense gazouillis. Et, bien sûr, cela ne fait que commencer.

01.04.2011

Un message

séropo.jpgCoup d'envoi, ce vendredi, du Sidaction, huitième du nom. Les donateurs ont jusqu'au 4 avril pour aider la recherche et les malades. Pour avoir une idée, rien que 40€ – soit à peine le prix d'un resto moyen à Paris – permettent de financer «la prise en charge médicale et le traitement d’un enfant pendant un mois au Burundi».

A propos du sida, l'autre jour dans notre onzième arrondissement, on est tombé en arrêt devant une affiche. «Faites passer le message», disait-elle. Quel message? «On n'attrape pas le sida en embrassant une personne séropositive». En voyant cela, on s'est dit que cette campagne, prise dans un sens ou dans un autre, avait un côté assez déprimant.

Soit n'importe quel Français moyen sait parfaitement bien, comme cela nous paraît, à nous, si évident et depuis si longtemps, que le virus du VIH-sida ne se transmet bien sûr pas par un tel contact physique. Auquel cas, une campagne de ce genre, c'est vraiment de l'argent jeté par les fenêtres. De l'argent qu'on aurait mieux fait de consacrer à faire passer des messages sur d'autres aspects de l'épidémie: le dépistage, les traitements post-exposition, la coinfection VIH-VHC, ou les pratiques sexuelles à risques.

Soit, comme c'est plus probable, les concepteurs de cette campagne ont bien fait leur travail: ils l'ont fait précéder d'études précises et fouillées sur l'état des connaissances du grand public à propos de cette maladie. Auquel cas, si un tel message (*) a été choisi, c'est  parce que ce type d'idées reçues complètement débiles (=on peut choper le sida en embrassant un-e séropo) existe encore bel et bien en France – et probablement ailleurs également.

30 ans après le début de l'épidémie et 25 millions de morts plus tard, cette désinformation populaire a quelque d'assez affolant, a fortiori dans un pays comme la France, où le niveau d'éducation est élevé et l'accès aux moyens d'information généralisé. Affolant, car cela en dit long, et doublement.

Cela en dit long, d'abord, sur les carences de l'Etat français, dans sa politique d'éducation à la santé. En dit long, ensuite et surtout, sur un certain je-m'enfoutisme, et donc un manque d'altruisme, des gens, envers ce qui constitue pourtant un enjeu crucial de santé et de société à l'échelle de la planète toute entière.

(*) Un tel message, ou ses variantes, également visibles sur des affiches à Paris en ce moment: on n'attrape pas le sida «en serrant la main d'une personne séropositive», «en partageant le repas d'une personne séropositive», «en utilisant les mêmes toilettes qu'une personne séropositive».

30.03.2011

Un «esprit d'équipe»

Elle est décidément impayable, cette grande campagne de pub que l'on voit un peu partout, à Paris en ce moment: sur d'innombrables panneaux d'affichage du métro, en doubles pages dans tous les grands journaux, etc. Le slogan? «Rien n'est plus beau que l'esprit d'équipe». Le visuel? Selon les déclinaisons de la campagne: une brigade de valeureux pompiers, un groupe de médecins et d'infirmières, un quatuor de petites filles en tutus apprenant la danse classique, etc. Le message subliminal? On se serre les coudes, on s'entraide, on se vient en aide mutuellement, c'est parce qu'on est tous unis qu'on est plus forts, et bla bla blaaa. Ce que souligne le deuxième slogan de la campagne: «Développons ensemble».

Qu'y a-t-il donc d'impayable à cela? L'annonceur. C'est la Société Générale: la SOC GEN, la grande banque française.

Il y en a un qui, en ce moment, en voyant cette campagne de pub, doit hésiter entre éclater de rire ou fondre en larmes: Jérôme Kerviel. Lui qui eut tant le loisir d'expérimenter combien «rien n'est plus beau que l'esprit d'équipe». L'an dernier, au moment du procès retentissant de ce jeune trader, tout comme quand éclata le rocambolesque scandale portant son nom, il ne trouva personne, lui, au sein de cette banque. Personne, parmi ses collègues d'hier, pour l'épauler. Personne, parmi sa hiérarchie de l'époque, pour endosser ne serait-ce qu'une infime partie des responsabilités de la perte de 4,9 milliards que ses placements hasardeux causèrent à la SOC GEN. C'est tout seul qu'il dut faire face à la justice. Et c'est lui seul qui dut payer, au moment du jugement. Qui paya le maximum, en plus.

C'est sans doute cela, cet «esprit d' équipe» que vante aujourd'hui, avec tant de tapage, la grande banque française. Encore bravo.

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