13/06/2013
Une «atonie générale»
Inondé de musique, le téléspectateur français moyen? On pourrait le penser, au vu du tapage des émissions de télé-crochet comme «The Voice». Et bien non. Un volumineux rapport montre que, en fait, la musique peine à trouver sa place sur le petit écran, dans l'Hexagone.
Seize chaînes télévisées (numériques hertziennes et câble-satellite) ont été passées au crible, pendant toute l'année 2012. Résultat? La «faiblesse de la programmation de concerts et «live plateau» sur les chaînes numériques hertziennes, avec une forte tendance à la diffusion sur la tranche horaire 0h-6h» – la tranche la moins regardée. Pareillement, les clips musicaux sont souvent «considérés comme une programmation nocturne». Et la présence à l'écran de musiciens en promotion, elle aussi, est «en fort recul». Quelques chiffres? Le volume d’heures de diffusion télévisée de «live plateau», en 2012: -45% par rapport à 2011. Le nombre de musiciens différents diffusés sur le petit écran: -8%. La musique à l'antenne: -7%. Le nombre d'émissions musicales différentes: -13%. Et cela fait plusieurs années que cela dure, s'inquiète le rapport: «Depuis le début de notre dispositif, en 2009, tous les indicateurs (nombre d’artistes, nombre de programmes et nombre de passages musicaux) sont à la baisse».
Les chaînes câblées et satellitaires ne sauvent pas, globalement, la mise, elles qui, sur ce créneau musical, souffrent de la concurrence du net et des sites de streaming. Dans ce secteur-là du PAF, c'est donc également «l'atonie générale» en matière de diffusion musicale. Hormis l'une ou l'autre exception – le groupe NRJ, note le rapport, se distingue par l'augmentation du nombre à la fois d'heures de programmes musicaux diffusés et de titres et artistes mis à l'écran.
Sinon, si l'on examine quel type de label musical est diffusé sur quelle télé, on remarque, évidemment, que ce média sert souvent d'outil de promo pour les productions musicales-maison. Ainsi, «les labels media obtiennent la part la plus forte sur TF1, avec 18,3% de part en diffusion, notamment la diffusion des vidéomusiques des Stentors, de Vincent Nicol et des Prêtres: tous édités sur le label TF1 Musique». De même, les titres sortis par M6 Music Label sont très diffusés sur les chaînes M6, W9 et MCM.
Plus que jamais, donc, la télé – et y compris la culture à la télé –, c'est aussi (surtout?) un business.
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15/04/2013
Un ascenseur social
On n'est pas encore au stade où un ancien chauffeur de bus devient chef de l'Etat, comme au Vénézuela. Il n'empêche, c'est un bel exemple de réussite. Qui montre que, parfois en France, il fonctionne tout de même encore bien, cet ascenseur social que l'on décrit depuis des lustres comme étant irrémédiablement en panne.
Ce lundi, Le Louvre voit son nouveau président entrer en fonctions. Et celui qui va diriger le plus grand musée du monde et gérer les 2200 membres de son personnel est un fils d'immigrés espagnols né il y a 49 ans dans un milieu très modeste. La mère de Jean-Luc Martinez, c'est son nom, était concierge d'immeuble, et son père facteur à La Poste. Il a passé toute sa jeunesse de l'autre côté du périph': en banlieue. Ce week-end, dans une interview, il a raconté une anecdote remontant aux années 90, alors qu'il était jeune prof d'histoire-géo à Montreuil. «J'ai emmené mes élèves au Louvre. Comme moi, c'était la première fois qu'ils venaient à Paris. Pourtant, il y a une ligne de métro, mais, quand vous habitez Montreuil, vous ne descendez pas en bas».
Se souvenant de ses origines, dans une sorte de renvoi d'ascenseur ici pour le coup très salutaire, le nouveau patron du Louvre a fixé parmi les priorités de son mandat non pas les projets somptuaires, mais le renforcement de l'accessibilité sociale de ce musée.
Bien.
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18/03/2013
Un appel, qui a été entendu
Un peu de culture, pour bien commencer la semaine. Il y a un petit temps (relire ici), on avait évoqué dans ce blog un appel à dons que Le Louvre avait lancé aux particuliers. Pour réunir 800.000€, aux fins d'acquérir deux statuettes en ivoire – une oeuvre (visible là) «d'une beauté exceptionnelle» – datant du Moyen-Age. Les résultats de cet appel à dons viennent d'être communiqués.
Et une fois de plus, le mécénat privé a été au rendez-vous. Les deux statuettes, en effet, ont pu être acquises. Ce qui permet au musée d'enfin compléter l’ensemble sculpté auquel elles appartenaient, et qu'il exposait, incomplet, depuis 1896. Cette «Descente de Croix» reconstituée 700 ans après avoir été sculptée est présentée comme un «joyau du XIIIème siècle». «Oeuvre majeure de l'art médiéval», c'est «le seul groupe sculpté complet de cette période parvenu jusqu’à nous dans un tel état de conservation». Il a donc été élevé au rang de «Trésor National» – l'enjeu de la campagne relevait aussi «de la sauvegarde du patrimoine national».
Très exactement 3571 donateurs privés ont pris part à cette collecte de fonds. En ces temps de crise, que des particuliers en si grand nombre contribuent financièrement à cette cause culturelle n'est, en soi, pas inintéressant. Cela dit, le mécénat de tous ces amateurs d'art n'a pas permis à lui seul de récolter les 800.000€. La société des Amis du Louvre a donc été mise à contribution, et une grande compagnie d'assurance (très active dans le domaine de l'assurance des oeuvres d'art...) a signé un gros chèque. L'obole de ces deux grands mécènes a représenté 65% du coût de l'acquisition.
Qui, si cela vous intéresse, sera présentée au grand public à partir du 18 avril – dans la section de l'aile Richelieu du musée qui est consacrée aux objets d'art.
12:04 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musées, art, culture, economie
05/03/2013
Une grande et belle cause
L'info est passée complètement inaperçue. Et c'est bien dommage, trouve-t-on. Depuis quelques jours, la France a une «Grande cause nationale». Ce label, en effet, vient d'être attribué par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Concrètement, il permet par exemple à des associations de diffuser gratuitement, sur les chaînes de radio-télé publiques, des campagnes de sensibilisation, appels à dons, etc. Le label «Grande Cause Nationale pour 2013» a été décerné à la lutte contre l’illettrisme.
On évalue à 2,5 millions le nombre d'adultes qui, en France aujourd'hui, sont illettrés. A savoir, des personnes qui ont été scolarisées mais qui, malgré tout, ne maîtrisent pas assez la lecture, l'écriture et le calcul pour être autonomes dans des situations de la vie courante. 2,5 millions de personnes, cela fait 7% de la population. Ce taux monte à 18% si, au-delà de cet illettrisme au sens strict, on englobe les personnes qui éprouvent de «graves ou fortes difficultés» quotidiennes dans au moins un des quatre domaines que sont la lecture, la compréhension, l'écriture et le calcul.
Quelque 9% des 18-25 ans sont considérés comme illettrés. Ce n'est pas rien, dans un pays dont le Président a, pour rappel, fixé deux priorités majeures à son quinquennat: la jeunesse et l'éducation.
«L’illettrisme est un obstacle dans toutes les sphères de la vie familiale, citoyenne et professionnelle», a estimé le chef du gouvernement. Qui a émis le souhait que «chacun puisse acquérir les compétences fondamentales nécessaires pour accéder au savoir, à la culture, à l’emploi, à la formation professionnelle, et pour participer pleinement à la vie démocratique».
Y contribuerait déjà le fait que, tout au long de l'année 2013, les médias français daignent accorder à ce sujet de fond une place plus importante que les si maigres entrefilets ou brèves qu'ils lui ont consacrés, ces derniers jours. A peine quelques secondes d'attention à 2,5 millions de personnes, dans le tumulte en permanence hystérisé de l'actualité.
12:18 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société, education, langue française, culture, gouvernement, médias
12/02/2013
Un avis de disparition
Cet après-midi, donc, le vote solennel du «mariage pour tous»: par l'Assemblée, en première lecture. Au cours des 110 heures de débats que les députés ont consacrées à ce texte, par moments, il y avait de quoi se demander si on n'assistait pas plutôt au tournage d'une séance de la caméra cachée.
Ainsi, lorsque la droite a – le sourire en coin, tout de même – mis la majorité en garde contre une des conséquences que pourrait avoir, selon elle, cette réforme. A savoir, la création en France d'une nouvelle espèce (humaine) en voie de disparition: les... belles-mères.
Car, pour l'UMP, «ce texte a pour effet de supprimer les belles-mères (du Code civil), en les remplaçant par des beaux-parents 1 et 2». Aussi, convoquant «les mânes de Courteline, Feydeau, Labiche et Guitry», un député sarkozyste a imploré la gauche de ne «pas porter un coup terrible au théâtre de boulevard». Le verbatim des débats en atteste: à ce moment-là, une clameur s'est élevée des bancs de l'UMP: «Vive les belles-mères!» Ensuite, ce parti a tenté de réclamer la convocation illico en séance de la ministre de la Culture, pour qu'elle s'exlique sur «le préjudice que cela représentait pour tout le théâtre de boulevard: que serait-il sans belles-mères?»
La gauche a peu apprécié la plaisanterie. «Nous tombons dans le mauvais théâtre de boulevard!», s'est énervée la communiste Marie-George Buffet: «Sans doute votre prochaine intervention portera-t-elle sur l’adultère et les amants dans le placard!» Sans état d'âme, l'amendement ad hoc qu'avait présenté l'UMP a été rejeté.
RIP, donc, les belles-mères.
10:55 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société, institutions, culture, humour
08/02/2013
Un poète très courtisé
Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et ces vers qu'on a beaucoup entendus, à Paris cette semaine: «Nous les gueux/ nous les peu/ nous les rien/ nous les chiens/ nous les maigres/ nous les Nègres/ Qu’attendons-nous/ pour jouer aux fous/ pisser un coup/ tout à l’envi/ contre la vie/ stupide et bête/ qui nous est faite?» Signé Léon-Gontran Damas. Un poète guyanais qu'adore la ministre de la Justice Christiane Taubira, elle aussi d'origine guyanaise. Poète qui – mais oui, tout arrive – a eu droit de cité... à l'Assemblée nationale.
La droite UMP, en effet, a tenté de récupérer ce chantre de la négritude. A voulu l'annexer à son combat contre le «mariage gay» et contre, plus globalement, la volonté des minorités de «chercher à imiter les majorités», dans une «volonté d’identification jusqu’à l’artificiel, jusqu’au factice». «Ce poète a très souvent exprimé l’idée que les différences entre les personnes ne devaient pas être niées, mais assumées, acceptées et promues», a ainsi plaidé le député et ex-ministre UMP Hervé Mariton. «Bref, il considérait que la différenciation était préférable à l’identification». Et d'interpeller Christiane Taubira: «Vous qui citez un poète prônant que, face à des situations différentes, l’on refuse une assimilation ne correspondant pas à la réalité des choses, pourquoi cautionnez-vous cette construction extravagante» du «mariage gay»?
Le sang de la bouillante garde des Sceaux n'a fait qu'un tour. «Je n’avais jamais assisté à tel détournement de son œuvre!», a-t-elle fulminé. «Effectivement, Damas est le poète de la différence et du respect. Mais, chez lui, jamais la différence n’est un prétexte justifiant l’inégalité des droits! Ne pas accorder l’égalité des droits, ne pas reconnaître la liberté, cela revient à dire aux Français: "Qu’attendez-vous pour jouer aux fous contre la vie stupide et bête qui vous est faite"!»
Soucieux de ne pas allonger encore un peu plus des débats qui, déjà, n'en finissent pas, le président de l'Assemblée a alors clos cette petite discussion littéraire, remerciant l'UMP d'avoir «permis la rencontre de la justice et de la poésie». Et les députés ont repris leurs travaux parlementaires, autrement plus austères.
11:28 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société, littérature, culture, personnalités, taubira
08/01/2013
Une inexorable évolution
Il se joue en ce moment: le sort du Virgin Megastore des Champs-Elysées. Il se joue au comité d'entreprise extraordinaire du groupe Virgin, qui se déroule ces deux jours-ci à Paris. Et il faudrait vraiment un miracle pour que la procédure de dépôt de bilan entamée par Virgin épargne la grande surface de produits culturels qui, depuis son ouverture en 1988, au numéro 52-60 de la célèbre artère, était devenue un des symboles des Champs.
Si tout se passe comme il est attendu, les 27000 m2 de surfaces du Megastore devraient être occupées prochainement soit par un show-room de Volkswagen, soit par l'enseigne londonienne Harrod's. L'affaire sera sans doute très profitable pour le propriétaire du bâtiment: le fonds d'investissement qatari QIA, qui a racheté l'édifice (pour la bagatelle d'environ 500 millions d'euros) à la mutuelle française d'assurances Groupama – qui, après la crise de la dette grecque, avait un besoin urgent de liquidités. Très profitable, car le nouveau locataire se verra probablement imposer un loyer beaucoup plus élevé que son prédécesseur; on parle de 6 millions d'euros par an.
Outre qu'une disparition du Megastore serait fatale à ses 185 employés actuels, elle constituerait un nouveau mauvais coup porté à la place de la culture dans la «Ville lumière». Après, déjà, la fermeture du centre Virgin du Louvre, la reconversion de la FNAC Bastille en Club Med Gym, et la disparition ou les menaces pesant sur les cinémas «UGC Triomphe», «Le Balzac» ou «Le Lincoln».
En revanche, sur les Champs, l'univers de la fripe mondialisée (Gap, Levi's, Abercrombie, Adidas, etc.) continue de se porter à merveille, merci pour lui. Tout comme à Saint-Germain des Prés il est parvenu à phagocyter une bonne part des surfaces culturelles, ce qu'il est en train de réussir aussi dans le Marais – dans une indifférence quasi-générale.
Sans doute a-t-on la capitale que l'on mérite.
12:20 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, economie, culture, art de vivre
14/12/2012
Un système assez injuste
Chacun jugera si c'est, ou non, paradoxal: au moment où Le Louvre inaugure sa si fameuse et coûteuse extension à Lens – qu'on évoquait l'autre jour – , il lance un appel à dons, à destination du grand public. Pour qu'il l'aide à enrichir ses collections. Il avait déjà fait un tel appel il y a quelques années, avec succès. Cette fois, l'objectif est de récolter 800.000€. Pour acquérir deux statuettes d'ivoire «d'une beauté exceptionnelle», datant du Moyen-Age. A ce stade de la campagne, 60% de la somme recherchée a été récolté.
Le musée remerciera ses mécènes en fonction de la largesse de leur obole. 200€: le droit à une visite privée des collections. 300€: le libre accès pendant un an à l'ensemble du musée. 500€: une invitation à la grande cérémonie de présentation de l'oeuvre acquise. Et ainsi de suite. «Des dispositifs de reconnaissance spécifiques sont proposés pour les dons exceptionnels», a annoncé Le Louvre. Mais sans donner davantage de détails sur la nature de ces gratifications – le peuple n'a sans doute pas à le savoir.
Les mécènes les plus généreux fastueusement mis en avant; les moins fortunés poliment remerciés, mais priés tout de même de rester dans la piétaille des petits donateurs. On trouve peu sympathique – et, pour tout dire, assez injuste – un tel système de renvoi d'ascenseur: basé sur le montant du chèque.
Car, c'est l'évidence: 200€, cela n'a pas la même valeur selon qu'un tel don est fait par un modeste amateur d'art, ou par un nanti assujetti à l'impôt sur la fortune. Nous, on serait président du Louvre qu'on remercierait nos mécènes en fonction non du montant de leur don, mais de la proportion que celui-ci représente par rapport à leurs revenus. Mais bon, on en convient bien volontiers, on ne présidera jamais Le Louvre.
12:07 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musées, art, culture, economie
04/12/2012
Une inauguration, réjouissante
Dix ans qu'on l'attendait, et il sera inauguré aujourd'hui, par François Hollande: le Louvre-Lens, l'annexe du plus grand musée du monde, délocalisée dans le pays minier du Nord-Pas de Calais.
L'unanimisme est rarement ce qu'il y a de plus intéressant en politique. Il n'empêche, pour le coup, on n'a rien à redire à ce projet. Sans même avoir encore eu le temps de faire un saut à Lens pour visiter ce nouveau musée, on applaudit des deux mains à sa création. Tout comme on avait trouvé très bien son jumeau: le Centre Pompidou-Metz. On voit même quelque chose de fondamentalement rassurant dans le fait que ces deux projets d'extension en régions d'institutions culturelles nationales aient été lancés à l'époque par le Président Chirac, et soient aujourd'hui assumés par son successeur Hollande. Cela veut dire que, par delà la traditionnelle fracture politique gauche-droite, il y a une double conviction commune.
Celle que, en Culture comme dans tout le reste, il n'y a rien de plus pénible que le parisianisme – et c'est un parigot qui l'admet, bien volontiers. Et la conviction que, oui, la Culture aussi peut servir comme outil de revitalisation économique de territoires longtemps délaissés, et effectivement léprosés. Pour être déjà allé quelque fois à Lens, on connaît un peu cette ville et cette région difficiles, et on ne peut que leur souhaiter de connaître une ascension aussi fulgurante que, par exemple, celle que connut ces dix dernières années l'Espagnole Bilbao, grâce au Guggenheim.
Alors, oui, il y a bien, entendait-on ce matin, sur l'une ou l'autre radio, les réserves qu'émettent quelques esprits chagrins. Qui s'irritent du coût de tels grands projets, en ces temps d'austérité budgétaire extrême. Ou qui s'attendent déjà à ce que le nouveau musée nordiste serve péniblement, ces prochains mois, de faire-valoir à tous les barons socialistes locaux ou régionaux, qui s'y précipiteront dans l'espoir de ramener la couverture politicienne à eux. Peut-être. Sans doute.
Mais, face aux enjeux qu'un tel investissement représente pour ces régions, face à l'importance symbolique que revêt aujourd'hui cette inauguration, ces controverses ne parviennent pas à entamer notre satisfaction.
11:56 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, régions, musées, arts
22/10/2012
Un prix à payer
Un nouveau cinéma ouvrira ses portes ce mercredi, à Paris: Porte des Lilas. A cette occasion, une étude interne vient d'être remise à la mairie, consacrée aux évolutions du paysage cinématographique dans la capitale, de 2000 à 2015. Elle gratifie la «Ville lumière» d'«un tissu de salles unique au monde», qui ferait de cette ville la «capitale mondiale du cinéma».
Concrètement, dans les trois ans à venir, «si tous les projets annoncés (d'ouverture de salles) voient le jour», Paris comptera 431 écrans de cinéma. Soit un pour 6000 habitants, et 62 de plus qu'en 2000. Pour autant, le nombre de cinémas parisiens ne s'est pas envolé: 88 en 2015, contre 89 il y a douze ans. Explication? Les nombreuses salles qui ont fermé dans la capitale ces dix dernières années ne comportaient le plus souvent qu'un seul et unique écran – jamais plus de trois, en tout cas. En revanche, les établissements ouverts pendant la même période, eux, sont des multiplexes: cumulant plusieurs écrans.
Qui dit multiplexes dit souvent gestion par de grands groupes, et pas rarement programmation standardisée, voire commerciale. La mairie ne nie pas ces «phénomènes de concentration liés au développement des multiplexes». Mais les juge inévitables. Les onze fermetures de salles ces deux dernières années dans la capitale ont été dues à des «facteurs économiques (augmentation très importante dans certains quartiers des baux commerciaux) et architecturaux (impossibilité de rénover ces salles dans de bonnes conditions). Vu l’importance des investissements nécessaires à la création de nouvelles salles il est logique de retrouver, comme porteurs de ces projets, les trois grands circuits de l’exploitation parisienne»: les groupes UGC, Pathé-Gaumont, et MK2.
Pour autant, assurent les autorités, «les salles de cinéma art et essai indépendantes résistent bien». Paris en compte aujourd'hui 38. Et le prochain «Louxor» (vieux cinéma Art déco du quartier Barbès, restauré) sera confié à un exploitant indépendant. Son inauguration, au printemps, sera un événement: la dernière ouverture de salle de ciné parisienne indépendante remonte à... 1996.
Cela dit, le «maintien d’une exploitation art et essai indépendante, véritable spécificité parisienne et gage d’une diversité de l’offre cinématographique», n'est rendu possible que grâce aux aides et subventions de fonctionnement que les pouvoirs publics accordent à ces salles. Sans cela, le circuit indépendant ne survivrait pas, face au gros business du ciné commercial. Et soutenir ce secteur à bout de bras a un coût, non négligeable, pour les finances municipales: près de 950.000€ chaque année.
Le prix à payer, sans doute. Pour, à Paris, conserver une certaine diversité dans le monde du ciné.
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04/10/2012
Un rappel si bienvenu
«Un campement de gens du voyage, en bordure de Paris: porte de Choisy». Ce sont les premiers mots de la journée qu'on a entendus: au radio-réveil, ce matin. Pas bien réveillé, on en a déduit qu'une fois de plus, un camp de Roms avait été évacué à l'aube par les autorités, en banlieue parisienne. Et bien non: pas du tout.
Cela rappelait ce que furent les conditions de vie d'un gamin, qui, néanmoins, devint un des plus grands noms de la musique française du siècle dernier.
Django Reinhardt, en l'occurrence. Qui, dans les années 20, après sa naissance à l’arrière de la roulotte familiale, dans la campagne belge, passa son enfance dans un bidonville de «La Zone», ainsi qu'étaient dénommés, à l'époque, les taudis squattant l'aire des anciennes fortifications de Paris, avant qu'on y construise le périph'. La (décidément épatante) Cité de la Musique consacre une expo à ce grand musicien. Outre qu'elle a l'air passionnante, elle tombe à merveille, se disait-on ce matin.
Car, honorer la mémoire de celui qui joua sur scène avec Duke Ellington ou Dizzy Gillespie, c'est rappeler aux Français, de manière si bienvenue, que la culture et le monde des gens du voyage, cela ne peut se résumer à l'image, si stigmatisante et dégradante, qu'en donne l'actualité dans ce pays, ces dernières années: la misère, la délinquance, la crasse.
12:02 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, arts, musique, expositions, social, pauvreté
19/09/2012
Une visite particulière
La présentation cette semaine – aux autorités et aux médias – du nouveau département du musée du Louvre. Consacré aux Arts de l'Islam, il ouvrira samedi au grand public. Pour ne s'attacher qu'au contenant, il est marqué par un spectaculaire geste architectural. Ces collections, en effet, sont abritées sous une vaste verrière ondulante, qui surplombe la Cour Visconti: «voile doré de verre et de métal, qui respecte les façades historiques tout en ornant le bâtiment d'un élément d'une grande originalité». Pour la direction du Louvre, ces 2800 m2 de nouveaux espaces d'exposition et la manière dont on les a agencés représentent «une étape décisive dans l'histoire architecturale du palais et dans le développement du musée, plus de vingt ans après la création de la Grande pyramide» de Ieoh Ming Pei.
C'est l'aboutissement d'un projet vieux de plus de dix ans. Projet que Jacques Chirac, quand il était aux affaires, avait toujours appuyé.
Aujourd'hui, cependant, les médecins et l'entourage de l'ancien Président (1995-2007) l'ont jugé trop affaibli pour qu'il participe aux cérémonies et autres mondanités d'inauguration du nouveau lieu. Aussi, très discrètement, à la fin de la semaine dernière, une visite guidée particulière a été organisée rien qu'à son attention. Il a donc eu tout le loisir de découvrir les lieux à son rythme, en compagnie du grand patron du Louvre ainsi que de la ministre de la Culture. Et loin des caméras.
11:19 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : arts, culture, architecture, musées, personnalités, chirac
18/09/2012
Un menu appétissant
Sortie en salles dans l'Hexagone, demain mercredi, du film «Les saveurs du Palais», qui s'annonce assez appétissant. Avec Catherine Frot, qu'on a toujours adorée. Et l'ineffable Jean D'Ormesson, qui débute sa carrière cinématographique en campant rien de moins qu'un Président de la République inspiré de François Mitterrand. Le film raconte l'histoire d'une dénommée Hortense Laborie: Périgourdine au caractère bien trempé, qui, du jour au lendemain, est bombardée cuisinière particulière du chef de l'Etat.
Son personnage est directement inspiré de celui de Danièle Mazet-Delpeuch, qui fut la cuisinière personnelle de François Mitterrand de 1988 à 1990. L'autre jour, elle racontait son expérience à la radio, et sa description des coulisses de l'Elysée côté cuisines était passionnante. Si vous avez une heure de libre et voulez entendre cela, c'est podcastable ici.
C'est l'occasion d'évoquer «On va déguster»: l'émission gastronomique dominicale de France Inter. L'impeccable François-Régis Gaudry, l'épatante chroniqueuse Elvira Masson, le malicieux oenophile Dominique Hutin: le dimanche matin, on ne raterait pour rien au monde leur exploration du monde de la cuisine. Ici, pas de nappe blanche ni de chichis, pas non plus de ton cocardier énervé à la Jean-Pierre Coffe, ni parisianisme ni provincialisme: semaine après semaine, on trouve décidément impeccable le ton de cette émission. A découvrir, donc, si vous ne la connaissez pas: c'est une exquise mise en bouche, pour un beau début de dimanche.
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14/09/2012
Une disparition
Jean Garretto est décédé, a-t-on appris ce midi. Il était âgé de 80 ans. Ce nom ne dira sans doute rien aux lecteurs les plus jeunes, mais c’était vraiment une personnalité très marquante du monde français de la radio.
Avec son complice de toujours, Pierre Codou, il avait découvert un très grand nombre de jeunes talents, qui, depuis, sont devenus de grandes voix des ondes. L’émission mythique qu’il créa, «L’Oreille en coin», sur France Inter, qui n’a jamais été vraiment remplacée, fut un espace de liberté et de créativité très innovant, pour l’époque. Et l’on doit à ce duo la station FIP Radio, qu’il créa il y a quarante ans – et dont on a déjà eu l’occasion (ici) de dire tout le bien qu’on en pense.
Pendant toute la journée, cette radio musicale rendra sans doute de nombreux hommages à son co-fondateur. Une occasion de plus d’y aller laisser traîner ses oreilles.
14:09 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : radio, culture, musique, personnalités
29/06/2012
Un hommage, une réparation
Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Cela s’est passé le jour de la Fête de la musique, à Paris. Dans le 18ème arrondissement, a été inauguré un square au nom d’Alain Bashung. Avant sa mort, en mars 2009, l’auteur d’«Osez Joséphine» et de «Ma petite entreprise» habitait une ruelle pas loin du quartier populaire de la Goutte d'Or. Cet espace vert de 1500 m2 honore donc, désormais, sa mémoire.
C’est un hommage que Paris lui fait, mais on peut aussi le voir comme une sorte de réparation. En 2009, en effet, un pénible sort avait été réservé à la sépulture du chanteur, au Père Lachaise.
A l’époque, la mairie de Paris a moins communiqué sur cette question-là, mais, après l’enterrement fastueux, qui avait été retransmis sur écran géant, le caveau du défunt s’était réduit, pendant des semaines, à de vulgaires et très anonymes plaques de béton. Chloé Bashung, sa veuve, avait dû saisir le Tribunal de grande instance pour que l’entrepreneur de pompes funèbres consente à poser, sur la sépulture, la stèle qui lui avait été commandée et payée. Auparavant, toutes les mises en demeure que lui avait adressées la famille étaient restées sans réponse. Chloé Bashung, «atterrée et attristée» que «la mémoire d'Alain (soit) bafouée, trahie», n’avait eu d’autre choix que d’alerter les médias et de saisir la justice, pour que le différend soit réglé.
Ce n’est dorénavant plus qu’un mauvais souvenir. Outre une sépulture digne, l’artiste disparu a désormais un lieu qui rappelle à tous son talent.
15:03 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, musique, paris
03/04/2012
Un déclassement, si symbolique
La nouvelle est passée largement inaperçue: noyée dans l'actualité de la campagne électorale. Elle a d'autant moins fait parler d'elle qu'il s'agit d'une info relative à la Culture. Or, les questions culturelles – comme les questions de politique internationale – sont, une fois encore, absentes des débats autour de ce scrutin présidentiel.
Cette nouvelle, c'est que, depuis dimanche en France, le livre, au sens générique, est déclassé. Il n'est plus officiellement considéré comme «un bien de première nécessité». Puisque, désormais, en vertu du dernier plan de rigueur en date, approuvé à l'automne, le livre ne bénéficie plus du taux ultra-réduit de TVA à 5,5%, qui est appliqué aux produits de première nécessité (les produits alimentaires comme le pain, ou le gaz et l'électricité, etc.). Dorénavant, un taux de 7% s'applique aux livres.
Preuve qu'il n'est pas très à l'aise avec cette décision si symboliquement lourde, dans cette France qui s'enorgueillit d'être le pays de l'exception culturelle: le gouvernement a reporté de janvier à avril l'entrée en vigueur de cette hausse de 1,5% de la TVA sur l'écrit. Cela, toutefois, n'a pas dissuadé le Syndicat de la librairie française de mettre le rétablissement de la TVA à 5,5% en tête des douze propositions qu'il a faites aux présidentiables.
Et cela n'a pas non plus calmé la Ville de Paris.
Dans la capitale, les librairies peinent déjà à survivre: face à l'explosion des loyers, face au grignotage des commerces des quartiers culturels traditionnels par les boutiques de fringues, Starbucks ou autres snacks à kebab. Hier, donc, la mairie a dit (ici) «sa très vive opposition» à cette mesure.
Sur laquelle, d'ailleurs, le socialiste François Hollande a déjà dit qu'il reviendrait, s'il était élu à l'Elysée le 6 mai.
12:35 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, littérature, gouvernement, paris, elections présidentielles
24/11/2011
Une croisade, une condamnation
Revenons sur le terrain strictement parigot-parisien. Pour relever que la France compte désormais un ex-Garde des Sceaux... condamné en justice. Comme elle avait déjà un ministre de l'Intérieur ayant connu le même sort (Brice Hortefeux, reconnu coupable d'injure raciale).
Cette fois, c'est de Rachida Dati dont il s'agit. Il y a quelques jours, l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, par ailleurs député européen et maire du septième arrondissement parisien, a été reconnue coupable de diffamation. Elle a été condamnée à une amende (avec sursis) de 2000€ et au paiement de 7000€ de dommages et intérêts et de frais de justice.
C'est le couple Clara et Marek Halter (elle artiste, lui écrivain bien connus) qui est à l'origine de ce camouflet judiciaire. En cause, le "Mur de la Paix", qu'ils ont créé sur le Champ de Mars à l'occasion des festivités pour le passage à l'an 2000. Dû au grand architecte Jean-Michel Wilmotte, inspiré librement du Mur des Lamentations de Jérusalem, il est constitué de douze panneaux de verre déclinant le mot "Paix" en 32 langues et 13 alphabets différents. Des messages peuvent être glissés dans des interstices ménagés entre les panneaux.
Rachida Dati déteste cette oeuvre. Elle a même lancé une pétition contre elle. Elle juge illégal le maintien de ce monument qui, à l'origine, n'était que temporaire. Et considère qu'il obstrue la perspective, classée, qui va de l'Ecole militaire jusqu'à la Tour Eiffel.
Dans sa croisade contre ce Mur, l'ex-ministre de la Justice a publiquement accusé les époux Halter de «méthodes et déclarations mensongères», et leur a reproché de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». A la suite de ses propos, les dégradations infligées au site (graffitis antisémites, etc.) ont redoublé.
En riposte à cette campagne, a vu le jour une association pour la pérennisation de l'installation. Elle regroupe quantité de personnalités du monde artistique (Anouk Aimée, Daniel Mesguich, Marie-Christine Barrault, etc.), intellectuel (Edgar Morin, Philippe Sollers, Julia Kristeva, etc.) ou politique, de gauche (comme Martine Aubry ou Lionel Jospin) et de droite (comme Jean-François Copé, les ministres Bachelot et Bertrand, ou l'ex-Premier ministre Raffarin). Tous prônent le maintien ad vitam, au Champ de Mars, de cet «hymne à la vie, dédié à un mot universel et chaque jour plus nécessaire», d'autant qu'il s'agit là «de l'unique monument pour la paix, dans un pays où abondent les monuments aux victimes des guerres».
Mais Rachida Dati n'est pas du genre à se laisser faire. Elle n'en démord pas. Dès qu'il est tombé, elle a donc fait appel du jugement la condamnant, que son avocat a qualifié de «jugement invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit».
Dès lors, le débat va continuer de faire rage. A Paris, on n'a pas fini de s'énerver sur le sujet, dans les beaux quartiers.
12:19 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, patrimoine, culture, arts, personnalités, dati
18/11/2011
Une (autre) apathie agaçante
Pour en finir, à ce stade, avec cette censure – puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom – du film «L'Ordre et la Morale» en Nouvelle-Calédonie, censure commerciale en tout cas, soulignons tout de même que Frédéric Mitterrand n'a pas été le seul à s'illustrer par sa mollesse.
Ainsi, on attend toujours la réaction des associations de défense de la création artistique (comme celle-ci), d'habitude très promptes à monter au créneau. Sans doute est-il plus consensuel, en ce moment en France, de dénoncer les catholiques traditionalistes qui font du grabuge devant les théâtres où se jouent des pièces qu'ils jugent blasphématoires.
L'opposition ne s'est pas davantage bougée sur le sujet. Cela fait des semaines qu'au Parlement par exemple, elle aurait pu ne serait-ce que demander au ministre de la Culture son avis sur les obstacles mis à la distribution de ce film dans l'archipel. Mais non: rien. Pas la moindre allusion à cette affaire aux dernières séances d'interpellation du gouvernement sur l'actualité, ni à l'Assemblée, ni au Sénat – séances où, pourtant, ont eut tout le temps d'évoquer des sujets a priori plus anodins.
Le PS lui-même a attendu mercredi, jour de la sortie du film en salles, pour se fendre d'un rapide communiqué. Il y prié la ministre de l'Outre-mer de «veiller» à ce que les Néo-Calédoniens puissent voir «L'Ordre et la Morale», au moins pour qu'ils puissent «débattre et se faire une opinion» sur ce qui fut un événement marquant de leur histoire contemporaine.
A noter que le PS prit bien soin de préciser que, dans ce communiqué, il n'exprimait pas le moindre avis «sur la thèse soulevée par le film, ni sur le traitement par celui-ci des responsabilités des différents acteurs des événements». Et pour cause. Il n'y a pas que la droite qui a de quoi être embarrassée par cette évocation cinématographique du drame d'Ouvéa. A l'époque, c'était certes Jacques Chirac qui était à Matignon, mais c'était François Mitterrand qui était à l'Elysée.
Cette gêne assez généralisée de la classe politique, à droite comme à gauche, à l'égard des faits relatés dans ce film explique d'ailleurs probablement – évidemment? – le peu de bruit fait par sa censure commerciale.
12:09 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : histoire, culture, cinéma, parti socialiste
17/11/2011
Une apathie agaçante
Mais à quoi donc Frédéric Mitterrand occupe-t-il ses journées? Il y a de quoi être passablement agacé, à propos du ministre de la Culture – une fois de plus (relire ici, là ou là).
Depuis hier, dans un territoire entier de France, un film de cinéma n'est pas diffusé dans le circuit commercial. Il est visible partout ailleurs dans le pays, mais là pas. Cela fait suite à la décision prise par le seul et unique exploitant de salles de l'endroit. On savait depuis des semaines que cela allait arriver. Mais, à moins que cela nous ait échappé, le ministre s'est tu dans toutes les langues sur ce dossier. Et, que l'on sache, n'a pas bougé le plus petit doigt pour éviter qu'on en arrive là.
On veut bien sûr parler du dernier film du réalisateur et acteur français Mathieu Kassovitz: «L'Ordre et la Morale». Très controversé, il revient sur un épisode dramatique de l'histoire de l'outre-mer français: le drame d'Ouvéa (*), en Nouvelle-Calédonie. Le seul cinéma de Nouméa a décidé de ne pas le mettre à l'affiche, son propriétaire le jugeant trop polémique. Du coup, les habitants de l'archipel en sont quittes pour le voir dans des conditions artisanales: dans des médiathèques, des salles de spectacle, en tribu, etc.
Imaginons l'un ou l'autre cas de figure hypothétiques: certes peu vraisemblables, mais qui seraient parfaitement analogues dans leur impact.
Toutes les salles obscures de la capitale qui boycotteraient un film consacré à la Commune de Paris. Les Corses qui seraient dans l'incapacité d'aller au cinéma voir un long métrage sur l'assassinat du préfet Erignac. Ou un film controversé sur la méga-catastrophe AZF, à Toulouse en 2001, qui ne serait projeté dans aucune salle de la Ville Rose. Aurait-on eu droit à la même apathie ministérielle? Non, bien sûr.
Il est vrai que, vu de Paris, la Nouvelle-Calédonie, c'est si loin. Et que ce n'est jamais que l'outre-mer.
Encore bravo.
(*) Petite explication, à l'attention des lecteurs les plus jeunes de ce blog.
En Nouvelle-Calédonie en avril 1988, dans la grotte dite d'Ouvéa, s'était replié un commando d'indépendantistes après avoir pris des otages lors de l'attaque meurtrière d’une gendarmerie. En mai, à l'avant-veille du second tour de l'élection présidentielle (entre Mitterrand et Chirac), ordre avait été donné à l'armée de donner l'assaut. Deux gendarmes avaient péri dans l'opération, ainsi que dix-neufs mélanésiens – dont plusieurs, ont attesté nombre de témoignages, ont été abattus de sang-froid et a posteriori, par des militaires.
11:04 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : culture, cinéma, histoire, gouvernement, mitterrand
09/11/2011
Une libéra(lisa)tion
30 ans. Ce mercredi, cela fait exactement trente ans qu'a été signée, le 9 novembre 1981, la grande loi ayant mis fin au monopole d'Etat sur la radiodiffusion en France. Trente ans donc, jour pour jour, de libéra(lisa)tion de la bande FM.
Cela paraît tout bête aujourd'hui, mais, à l'époque, cela avait été un sacré chambardement. A la fin des années 70, en effet, chaque irruption sur les ondes, sans autorisation, d'une radio privée – qu'on appelait alors «radio pirate» – mettait l'Etat en fureur. Pour la petite histoire, et pour nos lecteurs les plus jeunes, les écologistes avaient été parmi les premiers à enfreindre le sacrosaint monopole, avec leur «Radio verte». Et, avant de devenir Président, François Mitterrand en personne avait joué les forbans radiophoniques: au titre de premier secrétaire du PS, avec «Radio Riposte», «la radio des socialistes».
Assez curieusement ce matin, trente ans donc après le Jour J, on n'a pas entendu la moindre radio commémorer cette libéralisation. Qui, en termes quantitatifs en tout cas – en termes qualitatifs, c'est plus discutable, trouve-t-on – est un vrai succès. En effet, la bande FM est plus que jamais plébiscitée dans l'Hexagone: plus la moindre de ses 6 000 fréquences n'est disponible, et pas moins de 43 millions de Français l'écoutent chaque jour.
11:36 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : histoire, culture, médias, mitterrand, radios



