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07.07.2011

Une (si bruyante) préparation

C'était hier, en début d'après-midi. Subitement, c'était le vacarme dans notre quartier Bastille. Le tapage semblant venir d'en haut, on levait les yeux au ciel. Et là, on n'en revenait pas.

Etait en train de nous survoler, à très basse altitude, un avion de ligne. Serré de très près, sur ses flancs, par deux avions de chasse. Etrange. Une alerte de sécurité à bord d'un vol à l'approche de Roissy ou d'Orly, alerte qui aurait nécessité l'intervention de l'armée de l'air? On n'y croyait pas trop, mais on se hâtait toute de même vers le bureau. Pour aller vérifier sur les dépêches d'agence de presse et les télés d'info continue que rien de grave ne s'était produit depuis ces dix minutes où, tentant une rarrissime pause-déjeuner, on s'était autorisé à interrompre le suivi en permanence et en temps réel de l'actualité.

Mais à peine avait-on fait trois pas que, dans le ciel, surgissait cette fois un énorme avion-radar de type Awacs, avec une espèce de grand plateau le surmontant. Puis, toujours dans un vacarme inouï, une escadrille de chasseurs, de gros avions cargo, des jets à nouveau, etc., etc. On comprenait alors. A une semaine du 14 juillet, c'était sans doute une sorte de répétition pour le grand défilé militaire sur les Champs.

Deux heures plus tôt, dans la Ville lumière, avait déjà retenti le hurlement, si lugubre, de toutes les sirènes d'alerte de la sécurité civile. Pas à cause d'une alerte, mais parce que, à Paris chaque premier mercredi du mois, à midi pile, ces sirènes sont actionnées à deux (interminables) reprises, pour que leur bon fonctionnement puisse être vérifié.

Les avions partis, le calme revenu dans le ciel azur de Paris, on poursuivait notre chemin. Se disant tout de même que ce boucan infernal, si belliqueusement connoté, ne conférait pas précisément à la capitale cette ambiance légère, insouciante et décontractée qui est le propre de la période estivale.

22.02.2011

Une (double) couardise

soldatclément.jpgGouverner et communiquer, cela va de soi. Gouverner et assumer, c'est moins évident. On vient d'en avoir un double exemple en France. L'exemple d'une pudeur qui confine à la couardise.

Premier exemple? Il y a des choses qu'il vaut mieux ne pas dire à l'opinion, pensent sans doute les grands communicants qui entourent les hauts dirigeants français. Ainsi, quel était l'âge du chasseur de première classe Clément Chamarier, qui a été tué en Afghanistan samedi? (Au passage, c'est le 54ème Français mort dans ce pays depuis que les troupes françaises y sont déployées, en 2001) Son âge n'est mentionné ni dans le communiqué du Président Sarkozy, ni dans celui du Premier ministre François Fillon, ni dans celui du ministre de la Défense Alain Juppé, tous trois diffusés ce week-end pour lui rendre hommage. Les télés françaises, samedi soir, ont en majorité parlé d'un soldat «âgé d'une vingtaine d'années». C'est faux. Comme l'armée de terre, elle, a le cran de le préciser (ici), Clément Chamarier était «âgé de 18 ans». Il était donc plus jeune encore que ce soldat français âgé de 20 ans tué il y a quasiment un an jour pour jour dans ce même pays, dont on avait parlé (là) dans ce blog à l'époque.

Pour clore ce premier exemple, on se contentera de reprendre textuellement (à deux chiffres près, relatifs à l'âge de l'intéressé) ce qu'on écrivait alors. «18 ans. Sans doute n’y a-t-il pas d’âge idéal pour mourir. Probablement ne faut-il pas réduire à ce genre de détail le débat sur l’engagement militaire français en Afghanistan, autrement plus complexe. Mais tout de même. 18 ans!»

Deuxième exemple? Il y a des choses qu'il vaut mieux que l'opinion oublie, pensent sans doute les grands communicants qui entourent les hauts dirigeants français. Oublier par exemple, au moment où le sang coule en Libye, le tapis rouge qui, en décembre 2007, avait été déployé à Paris en l'honneur du colonel Kadhafi. .

sarkozykadhaf.jpgAinsi, sur le site web de l'Elysée – sauf erreur: on n'a pas eu le temps, ce matin, d'y passer des heures –, on ne trouve plus trace de cette visite. Ni photo, ni vidéo, ni discours, ni la moindre déclaration. Une petite main du service de com' de l'Elysée aurait-elle donc, cette nuit, été chargée d'effacer tout cela? La Présidence a démenti, jurant que ces documents n'avaient jamais figuré sur le site. Y figure toujours, en revanche, une déclaration de janvier 2008: Nicolas Sarkozy y raille «le charivari un peu ridicule» provoqué par cette visite.

Si cet émoi était «ridicule», c'était que, de l'avis de l'Elysée, cette grande pompe franco-libyenne était justifiable. Mais pas sûr qu'en haut lieu, beaucoup de gens le répéteront, trois ans plus tard.

07.07.2010

Un tabou (levé)

14juillet.jpgIl est des sans-culottes qui doivent se retourner dans leurs tombes, en ce moment. A quelques jours de la commémoration de la Révolution de 1789, en effet, dans une campagne de pub très voyante, un grand joaillier parisien s'accapare et détourne la prise de la Bastille. La Révolution proposée par ce vendeur de pierres précieuses ne se déroule pas à la place de la Bastille mais à la si chic place Vendôme, où sont établis de longue date les Chaumet, Van Cleef & Arpels, Bulgari et autres Cartier. Et les chiffres 1789 ne renvoient pas à une date historique mais au 17,89% de réduction proposés sur l'ensemble des collections de ce joaillier. Nos amis camelots de la pub, décidément, ne manquent pas de culot.

Sinon, puisqu'on évoque le 14 juillet, les faits sont venus démentir le constat qu'on avait fait l'autre jour dans ce blog, constat selon lequel la suppression éventuelle, en ces temps d'austérité, du défilé militaire annuel était vraiment une question tabou en France. Ce n'est plus le cas. Puisque, depuis, les élus Verts au Conseil de Paris ont prôné (ici) cette suppression. Rappelant notamment qu'«en Grèce, le gouvernement a déjà renoncé au traditionnel défilé militaire de sa fête nationale du 25 mars: il a ainsi économisé 5 millions d’euros». Et considérant que cette kaki pride annuelle constitue, outre «une aberration écologique», un «gaspillage financier inacceptable en période de grande restriction budgétaire».

Combien coûte ce défilé, au fait? Selon le chiffre donné l'autre jour par l'état-major de l'armée: 4 millions d'euros. Ce montant englobe les frais de déplacement, de carburant et de sonorisation, mais pas les salaires payés aux intéressés. 4 millions d'euros, ce n'est pas trop, estime-t-on en haut lieu. «Le 14 juillet, c'est la rencontre entre la nation et son armée», a ainsi plaidé, ce week-end, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino. «Le supprimer serait la marque d'un mépris pour ceux qui ont voué leur vie à la défense de la nation, de ses valeurs, de sa liberté».Vu sous cet angle, évidemment...

PatrouilledeFrance.jpgD'autres initiatives que ce défilé militaire seraient de nature à honorer ceux ayant voué leur vie à la nation? Sans doute. Indemniser plus largement les soldats victimes des essais nucléaires de l'armée, par exemple. Ou enfin relever le montant des pensions de retraite versées aux anciens combattants issus des ex-colonies. Mais c'est plus difficile et plus coûteux que de défiler au pas cadencé sur les Champs-Elysées.

PS: Hier après-midi, pour se sentir sur un champ de bataille, nul besoin d'aller assister à l'Assemblée à la guérilla parlementaire sur le «Woerthgate». Pendant des heures, dans le ciel de Paris, c'était «Apocalypse Now»: la répétition du défilé du 14 juillet, avec hélicos, avions de chasse et tout cela.

24.06.2010

Une goutte d'eau

C'est le débat politique du jour à Paris, ce jeudi. Hier, le Président Sarkozy a fait savoir que, par souci d'économies, la garden party du 14 juillet à l'Elysée serait supprimée. Pour la droite, la mise entre parenthèses de cette tradition républicaine annuelle, établie par Valéry Giscard d'Estaing il y a 32 ans, est une mesure certes symbolique mais néanmoins importante: elle montre qu'en ces temps de crise, l'Etat lui aussi se serre la ceinture. Pour l'opposition, ce n'est qu'un geste «dérisoire» (le FN), «un artifice» voire «un coup de pub» (le PS), une pathétique «diversion» (les Verts). Deux réflexions.

D'abord, trois chiffres qui nous semblent bien situer les enjeux. Premier chiffre: 700.000 euros, soit le montant de la facture de la garden party du 14 juillet 2009, soit donc globalement l'économie qui sera faite le 14 juillet prochain. Deuxième chiffre: 419 milliards d'euros, soit l'enveloppe totale des dépenses de l'Etat. Troisième chiffre: 149 milliards d'euros, soit le montant du déficit public cette année. La suppression des petits fours élyséens constitue donc, vraiment, une goutte d'eau dans la mer.

Ensuite, remarquez que, s'agissant des dépenses traditionnelles mais néanmoins somptuaires du 14 juillet dans lesquelles on pourrait faire des économies, il en est une qui n'est jamais mentionnée: le sacrosaint défilé militaire. Pourtant, en France comme dans tous les autres pays partageant cette tradition, cette «kaki pride» annuelle a pour seule utilité visible de flatter l'ego national. Et elle aussi doit coûter cher aux pouvoirs publics: les salaires des personnels militaire et policier mobilisés (un jour férié, en plus), les infrastructures (tribunes, réceptions, etc.), les dépenses en carburant (avions, etc.), le coût de la réparation du macadam des rues de Paris s'effondrant chaque année sous le poids des chars, etc. Mais toucher à cette dépense-là, ou simplement poser la question, semble inenvisageable. La République a décidément ses tabous.

02.04.2010

Une insubordination

battlefield1.jpg«On ne va pas se laisser intimider. Ce ne sont pas les petites crapules qui vont faire la loi». Dixit Brice Hortefeux hier, après le caillassage d’un bus en banlieue parisienne. En entendant cette déclaration si virile à la radio, on s’est demandé illico si le ministre de l'Intérieur n’était pas un peu imprudent à jouer ainsi les matamores. En tout cas, rien que dans le métro de Paris et pour un sujet infiniment moins grave, y compris les plus hauts gradés de l’armée française ne parviennent même pas à se faire respecter.

 

Dans certaines stations de la RATP, en effet, l’armée de terre est confrontée depuis des semaines à un cas d’insubordination caractérisée. Cela concerne toujours cette campagne de pub pour un jeu vidéo belliqueux, qui plagie le slogan de la dernière campagne de recrutement des militaires. Avec un «Devenez plus que vous-mêmes» renvoyant au «Devenez vous-mêmes» de l’armée de terre – on avait évoqué le sujet dans ce blog fin février: si vous aviez loupé cela à l'époque, relire ici, et .

 

Fin février donc, l’armée, embarrassée de voir sa com’ ainsi détournée au profit d’un jeu vidéo de guerre, avait réagi. En enjoignant la société commercialisant ce jeu d’enlever immédiatement ce slogan de ses affiches. Et, en effet, quelques jours après, dans nombre de stations du métro de Paris, ce «Devenez plus que vous-mêmes» un peu trop allusif avait disparu. Mais mais mais... a-t-on pu constater de visu ces derniers jours, plus d’un mois plus tard dans l’une ou l’autre station du réseau,  sont toujours placardées des affiches qui, elles, n’ont pas été modifiées dans le sens exigé par les militaires.

 

Mais que fait la police l’armée ?

24.02.2010

Un recrutement (encore)

«C’est un petit peu embêtant». Confidence d’un porte-parole de l’état-major de l’armée de terre, qu’on est finalement parvenu à joindre hier après-midi. A propos, toujours, de cette campagne de recutement si visible dans le métro de Paris actuellement, a fortiori depuis qu’elle y côtoie une campagne de pub elle en faveur d’un jeu vidéo très guerrier – ce dont on parlait hier encore. «Non seulement, ils détournent notre slogan sans nous avoir demandé la moindre autorisation, mais, en plus, ils pervertissent complètement le sens de notre message: pour l’armée, c’est clair, la guerre n’est pas un jeu!»

 

Dès lors, sitôt après avoir aperçu lundi matin dans le métro ces placards publicitaires virtuellement belliqueux, les hauts gradés ont sauté sur leurs téléphones et passé un savon au distributeur du jeu vidéo. Qui, finalement, a pris deux engagements. Dès la semaine prochaine, sera retiré de ses affiches le slogan «Devenez plus que vous-même» , qui renvoyait à la campagne de l’armée. Et, sur son site web, sera mentionné clairement – et «à un emplacement visible», espèrent les militaires – que «l’armée de terre n’a rien à voir avec ce jeu vidéo car, pour elle, la guerre n’a rien d’un jeu».

 

Hier, l’officier qu’on avait au téléphone, qui finissait par être touchant tant il avait l’air gêné aux entournures, insistait sur le fait que c’était vraiment par «pure coïncidence» que, dans nombre de stations de métro de la capitale, les affiches des deux campagnes se soient retrouvées placardées sur des panneaux voisins, voire contigus. Ce saisissant rapprochement est «totalement fortuit. L’armée n’a rien demandé, et elle est la première à déplorer cette situation».

 

Dans le cas inverse, il est vrai, la Grande muette aurait été prise en flagrant délit de duplicité. Difficile de se vanter de ne pas faire de la promo de la guerre réelle dans des jeux de guerre vituelle, puis de s’arranger en douce, via les plannings de réservation des panneaux de la régie publicitaire, pour que les deux genres se rejoignent par affichage interposé. On aurait vraiment frisé la rouerie.

23.02.2010

Un recrutement (suite)

battlefield1.jpgIl y a dix jours (si cela vous avait échappé, relire ici), on avait parlé dans ce blog de «Devenez vous-même»: la grosse campagne de recrutement lancée, dans le métro parisien notamment, par l’armée de terre française. On notait que les militaires, pour mieux toucher les jeunes, avaient poussé le luxe jusqu’à s’offrir des incrustrations des visuels de leur campagne dans des jeux vidéos. Mais pas d’incrustrations dans des jeux de guerre, tout de même. Désormais, cependant, le lien entre guerre réelle et guerre ludique, sur PlayStation ou autres Xbox, est fait. On a pu le constater hier midi, toujours dans le métro de Paris.

 

«Devenez vous-même», incitait l’armée de terre. «Devenez plus que vous-même», proclament depuis lundi des tas d’affiches de pub placardées dans le réseau de la RATP. Cette campagne-là fait la promo d’un nouveau jeu vidéo, qui sortira début mars. Jeu indéniablement de guerre, puisqu’il est intitulé «Battlefield: Bad Company 2»: tout un programme. Les visuels de la campagne en faveur de ce jeu sont d’ailleurs explicites. On y voit des soldats crapahuter en treillis de combat sur fond de chars, d’hélicos, et tout cela.

 

Par son slogan similaire, cette pub pour un jeu de guerre fait donc directement allusion à la campagne de recrutement de l’armée de terre. Du reste, dans nombre de stations du métro de Paris, les affiches de ces deux campagnes se font face, d’un quai à l’autre. Voire sont placardées sur des panneaux publicitaires situés côte à côte. Saisissant rapprochement.

 

Hasard des plannings de réservation des panneaux publicitaires? Ou habile sens de l’à-propos de la part des commerciaux de l’industrie du jeu vidéo? A moins que… Ce voisinage entre guerre réelle et guerre virtuelle aurait-il été voulu par l’armée de terre? Au fond, que pensent les militaires français du détournement de leur slogan au profit d’un jeu vidéo belliqueux? Hier, on n’est pas parvenu à obtenir de commentaires du service de com’ de l’armée de terre. Le cas échéant, on y reviendra dans ce blog.


battlefield2.jpg

En attendant, avis aux usagers du métro de Paris qui seraient allergiques à la couleur kaki: les couloirs et stations du métro de la capitale, en ce moment, ont vraiment un look très viril. Camouflage, sang, poussières, sueur, patrie et (l)armes. Inutile de dire qu’à côté de cette débauche d’iconographie guerrière, les affiches annonçant la rétrospective que consacre le Grand Palais au grand peintre anglais Turner, célèbre pour ses couchers de soleil, constituent de très pacifiques respirations visuelles.

17.02.2010

Un dégât collatéral

Pénible, la journée d’hier. Pénibles, les témoignages insoutenables de ces victimes des essais nucléaires français, qui attendent réparation depuis parfois trente ans et qui, soudainement, réapparaissaient hier dans les médias. A la faveur de la publication d’un rapport renforçant la thèse selon laquelle, à l’époque, ils ont sciemment été utilisés comme des cobayes par l’armée – si vous n’avez pas suivi cela, lire ici. Pénible de voir à la télé, sur les sites web d’infos ou en photos dans les journaux, ces irradiés aux visages à jamais défigurés. Pénible, la liste interminable de leurs maladies radio-induites, comme on dit: des affections dont rien que les noms font peur. Pénible, le calvaire qui fut celui des soutiers du nucléaire français et le si long délai qu’il a fallu à ce pays pour reconnaître ses torts envers eux. Et encore hier, le ministre de la Défense, du bout des lèvres, n’admettait-il que «des erreurs», dues au contexte de l’époque. On n’aurait pas trouvé déplacé d'entendre prononcés les mots excuses, regrets ou pardon.

 

Hier, en bossant sur ce dossier pour le journal, on est retombé, dans le fin fond de notre documentation, sur le compte-rendu d’un rapport parlementaire consacré à ces irradiés du nucléaire, rapport qui avait été publié en janvier 2002. Signé par des députés de droite comme de gauche, il concluait à un impact «dérisoire» des ces essais sur la santé des populations exposées ainsi que sur l’environnement des zones concernées. «Ces essais ne se sont pas réalisés sans altérer l’environnement des sites utilisés et sans prendre des risques humains», reconnaissaient ces parlementaires, mais «on peut considérer que ces effets ont été limités». Et, en tout état de cause, leurs incidences ont été «dérisoires» comparées à celles des essais américains et soviétiques.

 

Ce rapport parlementaire entretenait donc la fiction d’un nucléaire militaire français propre. Donnait l’impression que cette histoire d'irradiés n'était finalement qu'un dégât collatéral humain inévitable, et somme toute acceptable. Le prix à payer pour, dixit le ministre Hervé Morin, avec un lyrisme pénible, hier matin, «une magnifique épopée, symbole de la constance d’une nation à vouloir acquérir les moyens de sa propre souveraineté».

 

En voyant hier à la télé ces vétérans aux visages martyrisés, en les entendant à la radio raconter, si dignement, leurs souffrances, on se demandait ce que pensaient au même moment, si eux aussi suivaient cette actualité, tous ces parlementaires qui, en 2002, avaient conclu à l’impact sanitaire «dérisoire» de ces essais. Etaient-ils fiers d’eux ? Ou avaient-ils un peu honte?

11.02.2010

Un recrutement

Hier midi, deux heures à peine après avoir terminé la rédaction de la note à propos de ce jeune soldat français tué en Afghanistan, on prenait le métro et, sur le quai, on tombait nez à nez sur une affiche de la grande campagne de recrutement lancée cette semaine par … l’armée de terre. Qui cherche à embaucher 15.000 nouvelles recrues, désireuses de se lancer dans ce qui est «bien plus qu’un métier». D’où, première question que l’on s’est posée en tombant sur cette campagne s’adressant aux jeunes: à l’annonce hier de la mort de ce soldat âgé de 20 ans, certains hauts gradés ont-ils, en leur for intérieur, pesté contre cette fâcheuse coïncidence de l’actualité, qui pourrait dissuader nombre de candidats à s'enrôler?

 

Puis, pas mal de questions en observant l’affiche, qui développe une bien curieuse argumentation. Les slogans utilisés – imaginés pourtant par une grosse boîte de pub: TBWA – ont de quoi interpeller.

 

Le slogan principal, d’abord : «Devenez vous-même» (au passage, le trait d’union a été oublié sur les affiches). L’armée est-elle donc le seul endroit où l’on peut se réaliser, être soi-même? Les slogans annexes, ensuite. «Pour vous, c’est quoi la confiance?» Et quoi? C’est valable uniquement dans la vie militaire, la confiance? Ou «Depuis quand vous ne vous êtes pas dépassé?» L’armée ignore-t-elle que, dans la vie civile et particulièrement en cette période de crise, difficile pour nombre de Français, les gens doivent chaque jour se dépasser pour tenir le coup? Idem pour le «Vous faites comment pour qu’ils vous suivent?» Faut-il spécialement être militaire pour faire preuve de leadership et de force de persuasion?

 

Une des règles de base de la com’: tout message, a fortiori quand il est faiblard sur la forme, doit, pour bien passer, multiplier le nombre et la variété des supports sur lesquels il est décliné. Cela, visiblement, les généraux français l’ont compris.

 

Pour preuve, outre le nombre considérable d’affiches qui ont été placardées en grand format dans le métro de Paris –à première vue, elles sont présentes dans chacune des stations, –, cette campagne de recrutement dispose d’un site internet dédié ainsi que d’un numéro d’appel qui lui est spécialement consacré. Les candidats-soldats peuvent même recevoir des infos sur ce recrutement en envoyant un SMS à l’armée. Fin du fin, ont découvert récemment des confrères français (lire ici), le service de com’ de la Grande muette (SIRPA) s’est payé des «incrustations» des visuels de sa campagne dans… des jeux vidéo en ligne. Jeux dont, on le sait, les jeunes sont friands.

 

L’armée a toutefois eu la délicatesse de ne pas faire sa promo dans des jeux vidéos ultra-violents ni dans des jeux de guerre.

10.02.2010

Un âge

soldatfrançais.jpgHier en quittant le boulot, on avait prévu de parler de tout à fait autre chose dans ce blog, ce matin. Et puis, quelques heures plus tard, en écoutant une dernière fois les actus à la radio avant de sombrer dans le sommeil, on a appris une nouvelle qui, ce matin encore, au réveil, occupait notre esprit. Comme on pouvait difficilement se concentrer sur autre chose, on s’est dit qu’on allait traiter de cela aujourd’hui ici, même si c’est assez loin de Paris. Cette nouvelle, elle concernait l’âge du soldat français qui, a-t-il été annoncé hier, a trouvé la mort en Afghanistan. Ce quarantième soldat français tué dans ce pays depuis que Paris y a déployé ses forces avait… 20 ans.

 

20 ans. Sans doute n’y a-t-il pas d’âge idéal pour mourir. Probablement ne faut-il pas réduire à ce genre de détail le débat sur l’engagement militaire français en Afghanistan, autrement plus complexe. Mais tout de même. 20 ans! Avec toutes ces années de journalisme, on est devenu plutôt blindé par rapport au côté tragique de certaines actualités. Mais là, en entendant ce détail hier avant de s’endormir, on était tout retourné.

 

Au point qu’au réveil ce matin, on voulait ne serait-ce que connaître le nom et le visage de ce jeune homme, dont on savait juste qu’il appartenait au bataillon de chasseurs alpins de Chambéry. Mais, s’est-on alors rendu compte, ni le communiqué de l’Elysée,  ni celui du ministre de la Défense diffusés hier ne le précisaient. Sont-ce donc des détails humains sur lesquels, vis-à-vis de l’opinion, il n’est pas bon, pour les autorités, de s’étendre?

 

Ce n’est pas davantage dans la presse écrite qu’on a trouvé l’information. Rien dans «Libé» ce matin à propos de ce décès. Quelques lignes anodines dans «Le Figaro». Quant au «Parisien», on n’a même pas voulu l’acheter au kiosque ce matin. Après avoir vu sa Une («Marre de cet hiver!») qui, par rapport à cette actualité dramatique, nous semblait tellement anodine, décalée, débile. Finalement, c’est sur sur un blog spécialisé qu’on a trouvé le visage du jeune homme ainsi que son nom. Il s’appelait Enguerrand Libaert. Il était «enthousiaste, agréable à commander, unanimement apprécié de ses camarades», précise le confrère. Et est donc décédé à l’âge de 20 ans.

 

Hier, Nicolas Sarkozy a rendu hommage à ce soldat, qui «a payé de sa vie l’engagement de la France au service de la paix et de la sécurité du peuple afghan». D’après le dernier sondage en date, conforme à tous les précédents consacrés à ce sujet ces dernières années, une nette majorité de Français (56%) réclame que leurs soldats quittent l’Afghanistan. Et 85% des sondés jugent que la situation dans ce pays est en train de se détériorer.

14.07.2008

Une fierté

Quinze jours après la «gay pride», la «kaki pride» ce lundi à Paris. C’est le grand patron des armées lui-même, le général Georgelin, qui (bien involontairement sans doute) a implicitement placé le traditionnel défilé militaire du 14 juillet sous le même registre démonstratif que celui de la Marche des fiertés. Pour le chef d’état-major, ce 14 juillet est «le jour où les forces armées sont fières de se montrer au pays». C’est «le jour de l’année où l’opinion perçoit le mieux le Président de la République en tant que chef des armées». Bref, «le jour de la rencontre de l’armée avec la nation».

Fête nationale ou pas, il apparaissait toutefois bien penaud, ledit général 5 étoiles, à la télé ce matin. Lorsque son intervieweur lui demandait le coût de ce défilé militaire. «Vous me posez une colle, là...», balbutiait  le chef d’état-major, avant de se dire totalement incapable de citer un chiffre.

Curieux, tout de même, que le grand chef de l’armée ne puisse pas répondre à une question aussi simple. Peut-être qu’en ces temps de disette budgétaire (et de fermetures annoncées de casernes militaires), il n’est pas de bon ton de s’appesantir outre mesure sur le coût de ce défilé. D’autant que ce coût n’est pas anodin. D’abord, vu l’ampleur de la manifestation: 5000 hommes, 312 véhicules, 675 avions et une trentaine d’hélicoptères mobilisés. Ensuite, vu l’explosion récente du prix des carburants, ce qui a sans doute dû accroître encore un peu plus la facture.

Tiens, il est une facture de la «kaki pride» dont on parle assez peu: la facture écologique. C’est paradoxal, au moment où campagne après campagne, on n’arrête pas, depuis des mois, de culpabiliser le Français moyen sur le coût écologique que représentera son misérable aller-retour annuel en avion à la plage. Et alors que ce 14 juillet, rien qu’en 1h30, les dizaines de Gazelle, Tigre, Cougar, Puma, Super Frelon, Panther Fennec, Rafale, Alpha Jet, Mirage 2000 et autres Falcon 50M qui survoleront les Champs-Elysées à eux seuls réchaufferont sans doute  bien plus la planète que des centaines de charters de quidams partant au soleil de Benidorm. Mais la fierté, comme chacun sait, cela n’a pas de prix.

PS: Lignes écrites au moment précis où les avions et hélicos à destination ou de retour des Champs-Elysées survolent notre bon vieux quartier Bastille, dans un vacarme impressionnant. On se croirait à «Apocalypse Now». C’est charmant.

17.06.2008

Une armée, ou l’autre

2e6287e2378d34b813427bc221f191dc.jpgL’armée française au régime. Nicolas Sarkozy l’annonce ce matin: 54.000 emplois en moins, 50 régiments supprimés, des bases aériennes fermées, moins de chars, des dizaines d’avions, d’hélicos et de camions datant de Mathusalem envoyés à la casse, etc. L’objectif est de faire mieux avec moins d’argent, d’avoir une armée moins pléthorique (moins mexicaine?) mais mieux équipée.

Le seul poste militaire qui verra son budget s’accroître dans les années à venir sera celui du renseignement: les satellites espions, les centres d’écoute ultra perfectionnés, et tout cela. «Ouais, c’est cela: on va donner de grandes oreilles à notre armée, mais on va lui couper les bras et les jambes», grommelait un commentateur particulièrement bougon, à la radio ce matin.

A Boboland, en tout cas, c’est une autre armée qui est en train de se déployer, en ce moment. Ces derniers jours, les murs du onzième arrondissement sont envahis par un régiment d’armes nouvelles et menaçantes. Il y a le chou vert dont le cœur cache une mine hérissée de picots menaçants. Il y a la marguerite dont les pétales sont autant de revolvers. Il y a l’arum dont le pistil ressemble à un missile. Il y a la rose protégée d’une couronne de barbelés d’épines. Etc.

b4fc057c40e45c93154c946452ea3532.jpgCes créatures étranges sont l’œuvre d’un jeune graphiste parisien, un certain Ludo, qui est manifestement un peu perturbé par le devenir de la planète. Avec cette série de dessins muraux intitulée «Nature’s Revenge», il interroge le passant sur la morphologie qu’adopterait le monde végétal s’il devait un jour réagir et se défendre contre les errances technologiques d’une modernité si peu respectueuse de l’environnement. Ses armes végétales perturbent le regard. Vues de loin, elles semblent complètement anodines. Plus on se rapproche, plus on sent que quelque chose, dans leur physionomie, ne va pas. Quand on se retrouve nez à nez avec elles, le détail dérangeant saute aux yeux et l’on ne voit plus que cela. Un univers morbide et obsessionnel. Sinistre, lugubre voire glaçant les jours gris ou les soirs de pluie.

26.05.2008

Une course

736e9df65fe0eff74b6c0180b71df539.jpgC’était dimanche. C’était le lieu de rendez-vous de pas mal de Parisiens mordus de course à pied, qui auraient été ravis de courir hier les 20 kilomètres de Bruxelles – une course manifestement assez populaire y compris en France – mais qui s’y étaient pris trop tard et n’avaient donc pu s’inscrire. C’était un semi-marathon. Cela se passait en banlieue parisienne… sur une base aérienne de l’armée, au cœur donc d’un immense domaine militaire, protégé sur tout son long par d’imposantes clôtures de barbelés. Et c’était assez drôle.

L’ambiance, en effet, rappelait immanquablement le film «Top Gun». Il y avait en fond sonore, et à tue-tête, de la mauvaise musique de variétoche telle que celle écoutée par Tom Cruise dans le bar où il essaie d’emballer sa supérieure. Il y avait, évoluant dans ce décor spartiate (vestiaire à ciel ouvert sur le tarmac, pas de douches, ravitaillements réduits au minimum, etc.), des militaires en treillis patrouillant en jeeps ou en compagnie de molosses patibulaires, des officiers aviateurs impeccables et multi-galonnés, et des athlètes galbés comme des médaillés olympiques. Il y avait aussi un cockpit d’avion de chasse dans lequel on pouvait s’asseoir et se faire photographier, un stand où l’armée de l’air essayait d’appâter de futures recrues, et même une tombola où l’on gagnait des baptêmes de l’air.

3a7835aee8f0e04c9f51e29b74b0b573.jpgOn n’avait jamais couru, auparavant, sur les pistes d’un aérodrome. Ce fut assez impressionnant d’aligner, sur 21 bons kilomètres, les plaques de bitume invariablement toutes identiques et rigoureusement ponctuées de diodes lumineuses bleues. Sur les bas-côtés des pistes, parmi les graminées, des coquelicots poussaient et des lapins gambadaient. L’horizon de cet aéroport, si infiniment plat et ras à perte de vue, ne mettait que plus en valeur les constructions boursouflées d’un ciel tourmenté de nuages d’orage.

Nombre de participants à cette course étant visiblement des militaires, le niveau a été assez rapide. Les quinze premiers kilomètres ont été sublimes. Déjà, d’habitude, il n’y a rien de tel, pour se laver l’esprit de ses soucis, que de se concentrer pendant environ 1 heure et demi sur le seul rythme de ses foulées (inspirer sur deux pas, expirer sur trois pas, et ainsi de suite, un nombre incalculable de fois). Mais là hier, le silence impressionnant qui régnait aux confins de cette base militaire immense n’était que plus propice à l’évasion des préoccupations. Les quatre kilomètres suivants ont été plus pénibles. Les deux derniers ont été carrément atroces. A de tels degrés d’épuisement, on implorerait tous les Dieux de la terre, on maudirait même père et mère pour que cela s’arrête.

c7d5a0067001fec7628b1ae6ebc96ef0.jpgLa ligne d’arrivée franchie, sous un soleil de plomb et dans un état second, on est resté une à deux minutes limite groggy, comme anéanti par la violence physique de l’effort, prostré et persuadé qu’on n’arriverait jamais plus à se relever. C’est ensuite seulement, quand le pouls se calme, quand le souffle s’apaise, que la sensation la plus fabuleuse qui soit s’immisce petit à petit. Puis, de seconde en seconde, envahit le corps et l’esprit. C’est à ce moment qu’on le sent: on revit. Ressentir ce plaisir si intense est, chaque fois, un moment vraiment fascinant.

23.05.2008

Une alerte

On a vraiment cru qu’on avait la berlue. C’était hier. Soudain, dans tout Paris ainsi que dans trois départements de la petite couronne parisienne, les sirènes du Réseau national d’alerte ont retenti. Ces sirènes, qui datent de la guerre 40-45, sont supposées alerter la population en cas de catastrophe majeure: nuage toxique, accident nucléaire, etc. Du  coup, évidemment,  la brigade des sapeurs-pompiers de Paris a reçu d’innombrables coups de téléphone de gens angoissés. Des citoyens d’autant plus inquiets qu’on était un jeudi. Or, ce n’est pas le jeudi mais le mercredi, à midi pile, qu’une fois par mois, sur tout le territoire national, ces sirènes sont testées par un signal d’essai. Donc, dans l’esprit des gens appelant les pompiers, ces sirènes ne pouvaient retentir que pour signaler une catastrophe et non un essai.

 

Finalement, il ne s’agissait que d’une fausse alerte. Ni à Paris ni ailleurs hier, aucun nuage toxique n’a jamais pointé à l’horizon et aucune catastrophe industrielle majeure n’a été déplorée. L'origine de cette fausse alerte n'a pas été déterminée ni communiquée.

 

Voilà qui va de nouveau faire jaser sur l’état des 4500 sirènes d'alerte constituant ce Réseau, dont près de la moitié n’ont pas été remplacées depuis les années 40. Au début des années 2000, un vaste programme de rénovation de ces sirènes avait été élaboré, mais il était longtemps resté dans les cartons faute de budget. A l’époque, plusieurs problèmes avaient été diagnostiqués: anodins en temps normal, mais potentiellement embarrassants en cas de catastrophe.

 

Ainsi, le système de télécommande des sirènes obligeait les préfets à déclencher celles-ci sur l’ensemble du territoire du département - et donc à affoler quantité de gens - même et y compris quand le danger était circonscrit à un seul village ou quartier d’une ville. Autre problème: les sirènes installées dans les usines cataloguées Seveso (établissements à risque élevé, essentiellement dans le secteur de la chimie ou de la pétrochimie) n’étaient pas reliées au réseau général. C’est ce qui explique pourquoi, lors de catastrophe meurtrière de l’usine AZF à Toulouse en 2001, aucune sirène n’a retenti immédiatement après l’explosion, la sirène de l’usine AZF ayant été soufflée par la déflagration.

 

Depuis, le plan de rénovation des sirènes est censé avoir été mis en œuvre. L’incident de jeudi, toutefois, de même que le manque de transparence sur son origine et ses causes, ne rassureront pas les plus paranoïaques sur l’état de la défense civile en région parisienne.

19.09.2007

Un test

C’est une info tellement décoiffante qu’au début, on a cru que c’était un gag. Mais non, cela a l’air vrai. C’est d’ailleurs une dépêche de la très sérieuse Agence France Presse qui la relate.

Le ministère de l'Intérieur l’a annoncé hier: il va tester un prototype de drone (avion sans pilote) ultra-léger «qui pourrait un jour être utilisé notamment pour surveiller des manifestations ou d’éventuelles violences dans les banlieues». Ce drone sera livré en décembre prochain. Il remplira trois missions: «surveillance de jour comme de nuit de rassemblements et de manifestations, aide aux forces de l’ordre lors de violences urbaines, recueil d’informations avant une intervention délicate».

Sans vouloir bien sûr fâcher les hauts gradés, juste trois questions:

1) L’annonce de ce projet militaire hier, le jour même où le Président Sarkozy adjurait la nation à conclure «un nouveau contrat social», traduit-il le pessimisme de l’état-major sur l’évolution des relations sociales dans ce pays – et singulièrement dans ses cités – ces prochains mois?

2) L’envoi à Clichy sous Bois, Juvisy, La Courneuve ou Ris Orangis d’avions militaires utilisés chaque jour contre les terroristes islamistes dans des pays aussi riants que l’Afghanistan ou l’Irak n’est-il tout de même pas, sur le plan des symboles, un geste très lourd?

3) Comme il n’arrive pas rarement que de tels avions sans pilote s’écrasent, si une telle catastrophe aérienne survenait demain dans une cité surpeuplée de banlieue, ses victimes seraient-elles reçues à l’Elysée?