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26.03.2012

Un air (une fois encore) irrespirable

La chose est passée complètement inaperçue dans les médias ces dernières semaines, la campagne présidentielle et la tuerie de Toulouse ayant monopolisé l'actualité. Il n'empêche, à Paris au même moment, dans un registre beaucoup plus prosaïque et heureusement moins dramatique, un phénomène continue de prendre des proportions alarmantes.

On veut parler de la vague de pollution atmosphérique qui frappe en ce moment la capitale et sa région. Ces dernières semaines, jour après jour et quasi quotidiennement – et ce matin encore: voir ici – , les autorités chargées de surveiller la qualité de l'air ont dû déclencher la procédure d'alerte de la population, à cause du dépassement des seuils relatifs à tel ou tel polluant (les particules fines ou les poussières, le plus souvent). Ces alertes concernent au premier chef les personnes souffrant d'une pathologie chronique, les asthmatiques, les insuffisants respiratoires ou les cardiaques.

Vendredi, dans un communiqué énervé, le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, a sermonné le gouvernement. «Il est temps de passer de la parole aux actes. Depuis le début de l'année, le nombre de jours de pollution atmosphérique a dépassé les seuils d'alerte dans la métropole parisienne deux jours sur cinq. Face à cette situation, le gouvernement parle mais n'agit pas. C'est une illustration de la politique environnementale mise en œuvre depuis cinq ans, faite d'annonces jamais suivies d'effet». La capitale réclame notamment que, les jours d'alerte, la vitesse de circulation maximale autorisée soit baissée de 20 km/h et/ou que le trafic de transit des poids lourds soit interdit dans Paris intra muros.

Selon les relevés, en 2011, 2,7 millions d'habitants de la région parisienne ont été potentiellement exposés à des concentrations trop élevées de particules. C'est près de deux fois plus qu’en 2010. Quant à la pollution au dioxyde d'azote, elle touche 3,1 millions d'habitants, dont neuf Parisiens sur dix.

C'est cela aussi, la vie quotidienne dans la «Ville lumière»: pas tous les jours ni forcément reluisante, comme on le voit.

05.12.2011

Une concurrence, ou l'autre

paris,transports,environnement,delanoë,sarkozyOn l'a trouvé un peu aigri, Bertrand Delanoë ce matin, sur une radio. Le maire de Paris, qui a son caractère, déteste qu'on lui fasse de l'ombre. Ce matin, il donne le coup d'envoi à la grande marotte de son deuxième mandat: Autolib, le service de location de voitures électriques en libre-service. Mais, au même moment, se déroule un autre grand raout médiatique concurrent: celui que Nicolas Sarkozy consacre au RER, à La Défense. N'appréciant guère cette «indélicatesse», le maire de Paris ne s'est pas fait prier pour, ce matin, faire savoir que Nicolas Sarkozy et son gouvernement n'avaient «pas mis un euro» dans ces nouvelles rames du RER que le chef de l'Etat va inaugurer en grandes pompes...

Parlant de concurrence, cet Autolib ne fait pas que des heureux. Les compagnies de taxi et les sociétés de location de voitures sont folles de rage, et ont d'ailleurs porté plainte au tribunal administratif. Selon elles, on est clairement en présence d'une distorsion de concurrence. En effet, l'opérateur privé d'Autolib (le groupe Bolloré) a été aidé à hauteur de 250 millions d'euros par les pouvoirs publics parisiens pour développer ce service.

Les risques de concurrence, c'est aussi une des raisons pour lesquelles les Verts n'adorent pas ce dispositif. Selon eux, les Parisiens, pour leurs petits trajets en ville, risquent désormais de délaisser Vélib pour Autolib. «Cela remet en cause des années d'efforts pour réduire la circulation automobile», dans un centre-ville déjà notoirement sursaturé de bagnoles.

La concurrence, toujours, c'est ce que dénonce aussi le lobby des automobilistes parisiens. Pour l'instant, on ne compte que 250 stations Autolib à Paris et dans sa proche banlieue. Mais, à terme, le nombre de ces stations à l'allure de bulles à verre sera multiplié par quatre, qui proposeront au total 3000 véhicules de location. Autant d'engins qu'il faudra bien garer quelque part, donc autant de places de stationnement en moins destinées à l'automobiliste moyen – pour qui se garer dans Paris relève déjà si souvent du cauchemar quotidien.

20.07.2011

Une autre prohibition

Même si c'est un brin incongru vu la météo du moment, demain jeudi c'est la grande ouverture de «Paris Plage», dixième opération du nom. La préfecture de police, toujours elle – et qui, décidément, multiplie les mises en garde, ces jours-ci – vient d'en profiter pour rappeler quelques règles de bienséance aux futur(e)s estivant(e)s parisien(ne)s.

 

Textuellement: «L’été est là, le thermomètre monte, les tenues se font plus légères, mais Paris peut-il être un nouvel Eden pour Adam et Eve? Et bien non! Toute tenue qui laisserait entrevoir les parties génitales ou la poitrine constitue une exhibition sexuelle». Dès lors, toute personne n'ayant pas «un comportement conforme aux bonnes mœurs et à l’ordre public» s'expose à une amende de 38€. Voire carrément à une amende de 3 750€ et à deux mois de prison, si son «attitude équivoque» permet de soupçonner un «racolage passif».

 

Voilà prévenues notamment les adeptes du monokini.

 

Il y a quelques étés, en juillet 2006 précisément, l'écologiste Denis Beaupin, adjoint au maire Bertrand Delanoë, avait dénoncé un tel règlement vestimentaire, selon lui d’un autre âge. «Sur une plage, il est normal que les gens souhaitent profiter du soleil et porter un string ou se mettre en monokini!», s'était-il indigné. Dans la foulée, sur le site même de «Paris Plage», une poignée de manifestantes avaient, la poitrine découverte, protesté contre cette prohibition. Ce qui leur avait valu, outre une convocation à la police, un franc succès médiatique.

 

Cinq étés plus tard, pas le moindre raffut de la sorte. S'assagirait-on, à Paris?

28.04.2011

Une «vaguelette»

A propos de ces Tunisiens qui campent en bordure du périph', dont on parlait hier matin: la police a procédé à une vague d'interpellations parmi eux, pour le deuxième soir consécutif, hier soir. A l'heure précise où les associations étaient en train de leur distribuer à manger – vieille technique: les clandestins de la région de Calais peuvent en témoigner. Ces coups de filet ont l'air de mettre en fureur Bertrand Delanoë. Un peu partout dans les médias, le maire de Paris répète combien il trouve «moche», voire «minable», cet activisme policier. La préfecture, elle, se justifie (*). Répond qu'elle ne fait jamais que son travail. A savoir: interpeller, placer en garde à vue, puis reconduire à la frontière tous ceux qui, faute de titre de séjour en règle, n'ont «pas vocation» – comme le dit si joliment l'administration – à demeurer sur le territoire français.

Mais à la mairie de Paris, on trouve ces interpellations policières d'autant plus «choquantes» qu'en fait de «vague» d'immigration en provenance du monde arabe, dont l'Europe se dit victime, il ne s'agirait, aux yeux de Bertrand Delanoë, que d'«une vaguelette». 20.000 à 25.000 migrants à tout casser et pour toute l'Europe, à comparer par exemple aux quelques centaines de milliers d'exilés libyens que la Tunisie, elle toute seule, a dû accueillir ces dernières semaines.

Au fond, s'agissant du poids de l'immigration en France, cette appréciation émanant d'une source (l'OCDE) qui ne passe pas pour être d'extrême-gauche, et qu'a relayée en début de semaine (ici) un média (le quotidien «Les Echos») qui ne passe pas pour être anti-sarkozyste primaire. «Avec un flux net de 100.000 personnes par an, la France est l'un des pays européens qui accueillent le moins d'étrangers». Précisément, cela donne 18 immigrés pour 1.000 personnes en Suisse, 10 en Norvège, 8 en Italie, 6 au Royaume-Uni, et... 3 en France.

(*) Préfecture de police qui, au passage, n'en fait pas des tonnes, en termes de communication, sur ces coups de filet. Alors qu'à longueur de journées, elle inonde la presse de communiqués à propos du moindre fait d'armes de ses pandores, concernant ce dossier tunisien, elle n'a pas encore (à cette heure, et sauf erreur) diffusé le moindre laïus aux médias. Le signe d'un léger malaise?

29.03.2011

Un grand vide

shadock.jpgPour compléter et achever cette évocation des dix ans de règne de la gauche à Paris, cet avis de l'opposition sur le bilan de Bertrand Delanoë. Comme on a pu le lire l'autre jour dans une tribune dans «Le Figaro», signée par le ministre et conseiller de Paris Pierre Lellouche, ce n'est que du bout des lèvres que la droite crédite le maire de quelques réussites. «Des initiatives nouvelles ont été prises, telles que le tramway ou Vélib', qui ont ouvert des perspectives en matière de transport urbain». Et «la convivialité (a été) accrue dans notre ville, par l'instauration notamment de rendez-vous festifs dont l'exemple le plus notoire est Paris-Plages». Mais, pour le reste, tout serait à jeter.

La propreté? «Très médiocre». La gestion financière? «Tout sauf optimale». L'urbanisme? «Des caprices tels le chantier pharaonique des Halles», et «des dépenses mégalomanes». Sans oublier une «politique antivoiture idéologique» et «l'absence totale d'une réflexion sur le développement économique de notre capitale». Conclusion (ici)? Delanoë, ce sont «dix ans, dix flops»  –  et peu importe que les sondés parisiens ne soient pas de cet avis.

Ce sur quoi la droite parisienne ne s'étend pas, c'est sur l'énorme vide que l'on peut constater en son sein, dix ans après le basculement à gauche de la capitale. En effet, à ce jour, Bertrand Delanoë n'a, face à lui, toujours pas la moindre personnalité de l'opposition faisant l'unanimité dans son camp et donc susceptible d'incarner l'alternance.

Françoise de Panafieu, l'adversaire malheureuse du maire aux dernières municipales? Disparue de la circulation parisienne: en attente d'être recasée à l'échelon national – on parle d'elle pour le futur poste de Défenseur des droits. L'ex-Garde des Sceaux Rachida Dati? Ce n'est pas demain qu'elle arrivera à faire l'unanimité. Le député-médecin Bernard Debré? Pareil. La ministre de l'Economie Christine Lagarde? On en a parlé, un moment, et puis on n'en parle plus du tout. Jean-Marie Cavada, l'ex-star de la télé ? Disparu de la circulation, lui aussi. Le ministre Pierre Lellouche? Il a déjà eu toutes les peines du monde à entrer au gouvernement... Sa jeune collègue des Sports, Chantal Jouanno? Pas sûr qu'elle soit très connue à Paris en dehors du microcosme politico-médiatique.

clown.jpgDu coup, pour (tenter de) faire oublier (un peu) ce vide abyssal, l'UMP en est réduite à agiter régulièrement l'épouvantail sarthois du Premier ministre François Fillon. Et, en attendant, la régence des troupes sarkozystes parisiennes est assurée par l'ex-ministre des Sports Jean-François Lamour. Qui est le seul toléré par ses pairs pour cet interrègne, parce qu'il semble évident qu'il ne s'imposera jamais comme rival de Bertrand Delanoë.

Ce dernier donc, en dix ans, a fait le vide face à lui. Pratiquement, cela n'améliore en rien le vécu quotidien des Parisiens. Mais, politiquement, ce n'est pas le moindre des acquis du maire de Paris.

28.03.2011

Un satisfecit

Ne reparlons pas des élections cantonales: le taux d'abstention astronomique enregistré à nouveau hier a encore confirmé que les Français eux-mêmes n'en avaient pas grand-chose à faire. Parlons d'une élection qui, en revanche, à l'époque, avait passionné le pays, elle. Et d'un scrutin dont on vient de fêter l'anniversaire. C'était le 18 mars 2001. A la suite des élections municipales, Paris basculait à gauche pour la première fois de son histoire. Le socialiste Bertrand Delanoë s'installait dans le fauteuil de maire, mettant un terme à 25 ans de chiraquie.

Dix ans plus tard, l'intéressé a fêté très discrètement cet anniversaire. Pas de cérémonie ni de flonflons: à peine un édito dans la gazette municipale. Le maire y «mesure tout ce qui reste à faire» dans la capitale, reconnaît que «trop de Parisiens doutent et souffrent» encore aujourd'hui, convient que «plus que jamais», il est nécessaire «que Paris retrouve une certaine humanité».

Début mars, un sondage Ifop a indiqué que les Parisiens lui donnaient globalement satisfectit pour ses dix ans d'action. Sa gestion est saluée par 67% des sondés – et y compris par 42% des électeurs de droite. Avec, toutefois, quatre points noirs, jugés majoritairement insatisfaisants: le logement, la circulation, la sécurité et la propreté.

En tant que Parisien moyen, on est plutôt d'accord avec ce constat. Hormis peut-être en ce qui concerne l'insécurité, qu'on ne ressent pas vraiment au quotidien – mais on vit dans un quartier central relativement aisé, et donc assez tranquille. Et hormis en ce qui concerne les embarras de circulation; on n'a pas trop d'avis sur la question vu qu'on est mauvais juge: non-motorisé, comme la majorité des Parisiens. On est plutôt d'accord avec cette évaluation sondagière, à ceci près qu'une grande absente manque, à nos yeux, dans cette liste de choses à améliorer.

C'est, au quotidien, ce qui a le plus ostensiblement empiré ces dix dernières années à Paris. Mais sans doute est-ce aussi le cas dans d'autres grandes métropoles du monde et, assurément, il serait injuste de l'imputer au seul Bertrand Delanoë: l'Etat central est le premier concerné. Cet échec si ostensible, cette horreur si présente en permanence à la vue de n'importe quel Parisien un minimum attentif à ce qui se passe autour de lui, c'est, évidemment, la pauvreté.

28.02.2011

Une mémoire courte

larme.jpgMichèle Alliot-Marie est décidément entêtée. Jusque dans sa lettre de démission, hier après-midi, elle a soutenu qu'«aucun manquement» ne pouvait lui être reproché, dans sa si peu glorieuse affaire de vacances tunisiennes. Accessoirement, l'ex-ministre des Affaires étrangères a aussi une très très mauvaise mémoire. «En politique, on ne pleure pas: on serre les dents et on sourit», avait-elle lancé, il y a quelques jours. Les médias hier, au moment où tombait la tête de la dame de fer, ont abondamment repris cette petite phrase, sans doute désireux de voir couler les larmes de l'intéressée. Ce ne serait pas une première, au demeurant. En effet, contrairement à ce que prétend «MAM», on ne compte plus les personnalités politiques qui, ces dernières années, ont fondu en sanglots. Au risque de commencer (un peu) tristement la semaine, petit florilège, pas forcément exhaustif, de ces grands moments d'émotion.

Pas plus tard que la semaine dernière, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a versé une larme en retrouvant sa chère Tunisie pour la première fois depuis la révolution. Le mois dernier, c'était le Premier ministre François Fillon qui avait été submergé par l'émotion, au moment de prononcer l'éloge funèbre de Philippe Séguin. En 2006, un de ses prédécesseurs à Matignon, le socialiste Lionel Jospin, avait marqué l'université d'été du PS, à La Rochelle, en contenant à peine ses larmes alors qu'il discourait sur la fameuse soirée du 21 avril 2002.

Des yeux (un peu) mouillés, on en aperçut paraît-il aussi chez Jean-Marie Le Pen, le mois dernier: au congrès du FN lors duquel il passa la main à sa fille. Une crise de larmes carrément, devant les caméras de Canal si on se souvient bien, c'est ce qui survint à l'UMP Françoise de Panafieu en 2008: lorsque, à l'issue du premier tour des élections municipales, elle se rendit compte qu'elle ne succéderait jamais à Bertrand Delanoë à la mairie. Autres sanglots médiatisés et mémorables: ceux de la députée catholique Christine Boutin (à l'Assemblée en 1998, lors du débat houleux sur le Pacs), de Rachida Dati (à son arrivée au ministère de la Justice, en 2007) ou de la socialiste Martine Aubry (quand elle dut quitter l'Assemblée en 2002, battue aux législatives dans le Nord). Bref, n'en déplaise à Michèle Alliot-Marie, en politique, on serre les dents souvent, on sourit tout le temps, à l'occasion on promet «du sang et des larmes», mais, parfois aussi, on pleure. Quitte à ce que, bien sûr, ce ne soient que des larmes de crocodile.

 

PS: Rien à voir avec la politique française, mais, si vous avez un jour la chance de tomber sur un exemplaire du livre «Crying Men», publié par le photographe Sam Taylor en 2005, n'hésitez pas. En effet, c'est un des livres de photos les plus saisissants édités ces dernières années – il connut d'ailleurs un succès tel qu'il est devenu introuvable et donc hors de prix. Ce photographe a demandé à toute une série de personnalités (Jude Law, Ed Harris, Benicio Del Toro, Willem Dafoe,etc.) de... fondre en larmes devant son objectif. On était tombé en arrêt devant ce livre il y a quelques étés, aux Rencontres internationales de la photographie d'Arles. Depuis, on a toujours regretté de ne l'avoir acheté. Ses clichés, en effet, sont le plus souvent absolument bouleversants.

09.02.2011

Un feu vert

C'est parti! Hier, le Conseil municipal de Paris a donné son feu vert au projet urbanistique (voir ici, en simulation icono notamment) qui, ces prochaines années, modifiera le plus visiblement la physionomie de la Ville Lumière – sans oublier, tout de même, l'immense rénovation du Forum des Halles, qui ne fait que commencer. Il s'agit de la «piétonisation» (partielle) des voies sur berges: cette interminable autoroute urbaine qui, depuis l'ère Pompidou, fait chaque jour longer la Seine par des dizaines de milliers de véhicules (4000 par heure, exactement).

Bertrand Delanoë a eu toutes les peines du monde à convaincre (vaguement) la préfecture de police et, derrière elle, l'Etat central. Qui craignent comme la peste que, rive gauche en tout cas, la limitation de la place accordée à la circulation en contrebas des quais reporte sur ceux-ci un trafic infernal, et donc d'inextricables embouteillages et une effarante pollution. Pour la même raison, la droite et les milieux d'affaires parisiens enragent. Hier encore, l'UMP a dénoncé «l’amateurisme» d’un «projet aux conséquences néfastes» et d'une majorité qui, à la marge, a modifié «dans l’urgence et dans la précipitation son projet», mais sans que les problèmes de report de circulation aient, selon elle, été réglés. La droite dénonce encore, outre un «gâchis financier» (près de 40 millions d'euros), «l'absence totale de concertation». La Ville, en revanche, fait état d'«un certain nombre de réunions publiques, d’ateliers, d’expositions», ainsi que d'une consultation via le web. Et d'un sondage, qui a montré que 71 % de la population approuvait cette grande réalisation, soit «un large plébiscite». Ce à quoi l'UMP a réagi en consultant à son tour les habitants du 7ème arrondissement (dont l'ex-ministre Rachida Dati est la maire): eux, en revanche, ont voté massivement contre le projet.

Bien sûr, le résultat de ces consultations est si prévisible qu'il en perd de son intérêt. Quand, dans les 1400 sondés du panel de l'Ifop, figurent 1100 Parisiens, il ne faut pas s'étonner que l'avis global ressortant de l'enquête soit favorable au projet, puisque la majorité des Parisiens ne sont pas motorisés. Et quand votent les habitants du si chic 7ème, il ne faut pas s'étonner que ce soit contre le socialiste Delanoë, puisque cet arrondissement est un bastion de la droite.

Mais cela montre, en tout cas, que si d'aventure la droite revenait au pouvoir à Paris aux prochaines élections municipales (2014), elle pourrait revenir sur cette réalisation, et rouvrir donc, en tout ou en partie, les voies sur berges aux voitures. Ce qui est certain, en tout cas, c'est qu'à Paris, on n'a pas fini d'en parler.

03.09.2010

Une sélection

Sourions un peu, pour bien terminer la semaine. Car hier, le Press Club de France a dévoilé sa sélection des nominés à son Prix annuel récompensant la personnalité politique qui, dans l'année écoulée, s'est distinguée par une tirade (volontairement ou non) magistralement comique – Prix qu'on a déjà évoqué à plusieurs reprises dans ce blog, ces dernières années (relire ici, ou ).

Le millésime 2010 n'est pas mal. Pour notre part, si on était membre du jury, notre palmarès serait le suivant. Sur la troisième marche du podium, l'eurodéputée écologiste et ex-juge de choc Eva Joly, pour cette répartie qui fit hurler (hurler de rage, pas de rire) ses alliés socialistes: «Je connais bien Dominique Strauss-Kahn : je l'ai mis en examen». La médaille d'argent, on l'octroierait bien volontiers au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand: ex-star de la télé, dont le débauchage par Nicolas Sarkozy fit jadis grand bruit, mais qui, depuis, se révèle être un ministre un peu pâlichon. Sa petite phrase nominée pourrait d'ailleurs être prise comme un aveu implicite: «Quand on m'appelle Monsieur le ministre, j'ai toujours l'impression que Jack Lang va surgir derrière moi!» Notre Grand Prix de l'humour politique, on le décernerait sans une seconde d'hésitation à la si bling bling ex-ministre de la Justice Rachida Dati, désormais exilée à Strasbourg mais dont on continue à voir la bobine à peu près chaque semaine dans les kiosques de Paris, au rayon des magazines de papier glacé. Rachida Dati donc, selon nous Médaille d'or pour cette impayable déclaration: «Je n'ai jamais cherché à attirer l'attention des médias».

Espérons en tout cas que la petite phrase cocasse qui l'emportera cette année sera aussi mémorable que celle qui, l'an dernier, avait été couronnée: la réflexion si désabusée mais si réaliste du maire de Paris, Bertrand Delanoë: «Le vrai changement au PS, ce serait de gagner».

22.07.2010

Une (double) évacuation

Joli – ou affreux, c'est selon – catapultage de l'actualité, ces derniers jours à Paris. Par catapultage, on entend la rencontre fortuite entre deux actualités survenant au même moment, n'ayant théoriquement rien à voir l'une avec l'autre, mais dont la coïncidence fait sens. Ces deux actualités parisiennes ont la Seine pour point commun.

D'une part, le long des voies sur berges, vient d'être lancée la neuvième édition de Paris Plages. Comme chaque fin juillet, pour laisser la place à l'animation vedette de l'été, les flots incessants de voitures qui, à longueur d'années, monopolisent les rives du fleuve ont été repoussés sur les quais en hauteur. D'autre part, autre évacuation, au même moment et aux abords du même fleuve, mais cette fois sur le bras de la Seine qui, passé le port autonome de Bastille, devient le canal Saint-Martin. Là, sous l'oeil des CRS, ont été évacués non des bagnoles, mais des gens: les quelque 200 «habitants» du mini-bidonville qui, depuis plusieurs mois, avait été érigé sous deux ponts de ce canal. Là, sous ces tentes et abris de fortune, (sur)vivaient quelque 200 étrangers, pour la plupart venus d'Afghanistan et candidats réfugiés politiques. La mairie comme le tribunal administratif ont estimé que ce campement posait de graves problèmes de salubrité et de sécurité publiques. Les exilés ont été orientés vers des centres d'hébergement.

L'installation de Paris Plages et l'évacuation d'un bidonville. «Ca n'a rien à voir», a bougonné le maire Bertrand Delanoë, agacé d'être interrogé par les médias sur la coïncidence entre ces deux événements. Dans le compte-rendu télévisuel de ces deux actualités, en effet, on a pu voir que cela n'avait rien à voir. D'un côté, on parlait sable chaud et palmiers, brumisateurs et ambre solaire, murs d'escalade, compétition de skate et ateliers smoothies. C'était le visage le plus souriant, le plus insouciant, le plus léger de l'été à Paris. De l'autre côté, on parlait hygiène et insalubrité, exil et asile, errance et désespérance. C'était la face la plus glauque de la réalité estivale dans la capitale. A la télé, de JT en JT, on passait sans crier gare d'un sujet à l'autre. Avec une fluidité et une décontraction totalement décomplexées. C'était vraiment bien, cette aisance télévisuelle. C'était très confortable.

01.04.2010

Une précarité

Le maire de Paris traîné devant un tribunal, qui plus est par des agents de la ville. Hier après-midi, 137 vigiles, affectés à la surveillance de bâtiments administratifs dans la capitale, ont annoncé avoir porté plainte contre Bertrand Delanoë devant le tribunal administratif. Outre des dommages et intérêts, ils lui réclament la bagatelle d’un million d'euros pour une histoire de non-paiement de primes salariales. Anecdotique? Ce n’est pas la première fois que la capitale connaît des conflits sociaux motivés par la colère de salariés (du public comme du privé) revendiquant soit des hausses de leur salaire qu’ils considèrent comme de misère, soit des améliorations a priori basiques de leurs conditions de travail. Et cela en dit long sur la précarisation d’un certain salariat dans la Ville lumière, au-delà du cliché paillettes qui est souvent accolé à celle-ci. Rapide tour d’horizon de quelques mouvements sociaux de cet ordre.

 

On en avait parlé à l’époque (relire ici, par exemple): des employés de Cyclocity, la filiale du groupe Decaux gérant Velib, ont dû en arriver à faire grève pour simplement obtenir des locaux pourvus de sanitaires ou des équipements corrects (gilets de sécurité, sac à dos costauds pour transporter leur matériel de réparation des vélos, etc.).

 

Plus récemment, on a vu des cuisinières scolaires, chargées de préparer les repas pour les gosses déjeunant à la cantine de leur école, descendre dans la rue et y brandir des pancartes dénonçant leur sort salarial. Certaines de ces contractuelles (donc non titularisées), employées à temps partiel évidemment contraint, gagnaient à peine… 300€ par mois.

 

Plus médiatisé, car relatif à un lieu emblématique de la capitale, un mouvement concernant des vigiles a déjà touché, il n’y a pas si longtemps, la tour Eiffel. Ces agents de sécurité réclamaient par exemple des tenues chaudes pour l’hiver: blousons, bonnets, etc. Ou des vestiaires séparés pour les femmes et pour les hommes – à l’époque, les employés des deux sexes devaient se changer dans un seul et même local mis à leur disposition par leur employeur, sur le Champ de Mars. Ils demandaient aussi des temps de pause allongés: «On travaille debout et dehors pendant sept heures et demie, avec seulement une demi-heure de pause par jour», avait témoigné, à l’époque, un de ces vigiles. Qui réclamait aussi un coup de pouce salarial: il disait gagner 1150€ par mois.

 

Depuis, ces agents de sécurité ont globalement obtenu satisfaction. Et n’ont donc pas eu besoin, comme à présent leurs collègues travaillant pour la ville de Paris, de traîner leur employeur devant un tribunal. Ce qui n’empêche évidemment pas que l’on compte toujours d’innombrables Parisiens, travailleurs précaires, n’ayant d’autre choix que de devoir (essayer de sur)vivre dans cette ville avec des salaires mensuels autour de 1150€, voire moins parfois. Vu le coût de la vie souvent affolant ici, on s’est d’ailleurs toujours demandé comment ils faisaient.

 

C’était la note non-glamour de la semaine. C’est cela aussi, Paris.

09.06.2009

Un raz de marée

tournesol.jpgOn savait déjà que, sociologiquement, en habitant dans le onzième arrondissement à la frontière du troisième (côté Haut Marais), on vivait au cœur parisien de «Boboland»: la capitale des bobos. Dimanche soir, cela s’est confirmé politiquement également. Dans ces deux quartiers parisiens, le résultat des élections européennes est même saisissant. Et constitue un camouflet retentissant pour le maire de Paris, le socialiste Bertrand Delanoë.

 

En effet, les Verts sont désormais - et de loin - la première force politique dans ces deux arrondissements. Les Parisiens de notre quartier ont même voté massivement pour la liste de Daniel Cohn-Bendit: 34,8% dans le onzième et 36,7% dans le troisième. Ce sont les plus beaux scores réalisés par les Verts dans la capitale française. Sensation supplémentaire: avec respectivement 17,9% et 17,1% des voix seulement, le PS y est désormais historiquement rélégué à la troisième position, derrière l’UMP. Ajoutons que, dans notre quartier, la gauche radicale (la liste anticapitaliste d’Olivier Besancenot + celle du Front de gauche) a totalisé 10% des suffrages. Dimanche donc, à «Boboland», il restait décidément peu de progressistes pour voter socialiste.

 

C’est une triple gifle pour Bertrand Delanoë. D’abord, parce que c’était un de ses proches qui menait la liste socialiste en région parisienne: l’eurodéputé sortant (et réélu, tout de même…) Harlem Désir. A cet égard, peut-être le résultat socialiste aurait-il été moins mauvais dans la capitale si le casting avait été différent: si ce parti y avait investi à la tête de sa liste son porte-parole Benoît Hamon, qui la réclamait et est identifié comme étant plus à gauche qu’Harlem Désir. Ensuite, parce que les mairies d’arrondissement du onzième et du troisième sont aux mains de socialistes. Enfin, parce qu’aux dernières élections municipales à Paris, les Verts avaient lourdement régressé par rapport aux socialistes.

 

Comme quoi, en politique, rien n’est jamais définitivement acquis. Y compris dans les bastions, fiefs et autres baronnies.

18.11.2008

Une réticence

Mauvaise période, décidément, pour le maire de Paris. Bertrand Delanoë vient de spectaculairement échouer dans la course à la direction du PS. Voilà à présent que, sur le terrain parisien, une de ses marottes urbanistiques est en train de prendre l’eau: les tours.

 

Les tours ou plutôt les «immeubles de grande hauteur», comme dit pudiquement le néologisme. Confronté à un problème d’espace dans la capitale, la mairie a commis six grands projets de tours, dont le plus connu, la pharaonique tour Triangle, est actuellement soumis à consultation – et fait d’ailleurs l’objet d’une mobilisation associative. Ce faisant, le maire a balayé d’un revers de la main l’avis majoritaire des Parisiens. Ceux-ci, dans une consultation en 2004, s’étaient opposés à plus de 60 % au retour des gratte-ciel dans la capitale. Sur ce point, Bertrand Delanoë a aussi fait exploser sa majorité, les Verts refusant de cautionner ses vues urbanistiques. Depuis, est survenue la grande crise économique et financière actuelle, qui va forcément ralentir les méga-programmes immobiliers. Dernière mauvaise nouvelle en date sur ce sujet pour le maire: un sondage publié hier a montré que sont également réticents aux tours leurs premiers occupants présumés (s’agissant majoritairement de projets de bureaux), à savoir les entreprises.

 

Selon cette enquête Médiamétrie, seules 17% des 979 entreprises parisiennes consultées se déclarent prêtes à s’installer dans un gratte-ciel à Paris. La mairie biaise en rétorquant que les entreprises sondées sont surtout des PME ; or ce sont les grandes sociétés qui sont les premiers clients visés par les promoteurs de tours. Il n’empêche, le rejet des gratte-ciel est massif. Les raisons pour lesquelles les entrepreneurs parisiens refusent les tours sont, dans l'ordre, leur taille inhumaine, leur proximité avec le périphérique, leur coût trop important (charges, etc.), leur non-conformité avec la physionomie traditionnelle du tissu parisien, et (malgré tous les progrès qu’on a accomplis dans ce domaine) le fait qu’une tour est toujours plus énergivore et donc moins écologique qu’un bâtiment de taille plus raisonnable.

 

«ll y a une grande dimension psychologique dans ce refus des tours», expliquait en substance un spécialiste de l’urbanisme, à la radio ce matin. «Quand une société veut que son siège soit à Paris, c’est beaucoup pour une question de prestige et d’image de marque. Elle va donc vouloir s’installer dans les beaux quartiers centraux. Et pas dans une tour, aussi belle soit elle, dont les occupants disposeront d’une vue imprenable… sur le périphérique et sur la banlieue». 

10.10.2008

Un chiffre

Puisqu’on parlait de fric hier, poursuivons dans le même registre. Et évoquons ce qui fut assurément la mauvaise nouvelle de la semaine, pour le portefeuille des Parisiens. Oh, bien sûr, dans cette ambiance médiatique de fin du monde, elle paraîtra bien anodine. Il n’empêche, elle va peser sur le pouvoir d’achat des habitants de la capitale, qui n’en demandaient sans doute pas tant.

A sa décharge, il avait prévenu. Avant les élections municipales de mars, Bertrand Delanoë avait joué cartes sur tables: il avait annoncé une hausse des taxes municipales, après six ans de stabilité, s’il était élu. Une hausse légère, avait-on retenu. Mais le chiffre sorti cette semaine de la mairie de Paris est vraiment tout sauf léger: c’est en fait de 9% que les impôts, d’un coup, vont augmenter. En moyenne, pour un locataire, cela correspondra à un surcoût annuel de 35€ (le prix d’un resto, en gros). Pour un propriétaire, ce sera 140€  (un lunch à une table étoilée, pour le coup). Ce n’est tout de même pas rien.

L’opposition, estomaquée, a dénoncé «un coup de massue». Selon elle, la mairie a besoin de ce surplus de recettes fiscales pour financer «la politique de poudre aux yeux de Bertrand Delanoë, qui a laissé filer les dépenses de la mairie». L’Hôtel de ville, pour essayer de mieux faire passer la douloureuse, promet en tout cas que le produit de ces nouveaux impôts ne sera pas affecté à l’augmentation du nombre de fonctionnaires municipaux. Celui-ci restera stable, à 48.000 personnes.

Tiens, arrêtons-nous un instant à ce chiffre. 48.000, donc. Cela confirme qu’à elle seule, la ville de Paris (sous Delanoë comme du temps de Chirac ou de Tiberi) emploie davantage de personnel que toute la Commission de Bruxelles (32.000 fonctionnaires), voire que l’ensemble des institutions européennes (40.000), dans les 27 pays de l’Union. C’est décidément une réalité et un chiffre qu’il faudrait plus souvent rappeler à tous ces politiciens français eurosceptiques, qui ne cessent de dénoncer le poids et la gabegie financière de la bureaucratie eurocrate.

20.05.2008

Un transport

Décidément, cela ne va pas très fort en ce moment, dans les transports. Côté train, aucun Thalys ne circule ce mardi entre la France et la Belgique, pour cause d’un mouvement de grève des cheminots belges. Et jeudi, c’est en France cette fois que les transports seront à l’arrêt, à l’occasion de la journée syndicale d’action sur l’emploi et les retraites. Côté bateau, la plupart des ports de l’Hexagone – et bientôt les dépôts de carburant ? –  sont bloqués par les marins en colère contre la flambée du prix du gasoil. Côté voiture, ce n’est pas la joie non plus: même les automobilistes roulant au gasoil sont désormais dans la galère puisque, entendait-on ce matin à la radio, l’écart moyen entre le litre du gasoil et le litre d’essence sans plomb n’est plus que de trois centimes. Côté taxi, enfin, ce matin c’était carrément l’énorme pagaille à l’aéroport de Roissy, à la suite d’un mouvement de protestation des taxis officiels contre les clandestins.

Trains, bateaux, bagnoles et taxis en carafe: comparativement, le vélo, lui, se porte comme un charme. C’est particulièrement vrai à Paris. Avant même de fêter son premier anniversaire (en juillet), Vélib’ compte désormais 70.000 utilisateurs par jour en moyenne et vient de dépasser le cap des 20 millions d’utilisations. Les Vélibeurs sont globalement ravis, si l’on en croit un sondage réalisé par la mairie de Paris, qui pointe 94% d’opinions tout à fait ou plutôt satisfaites. C’est évidemment une façon très avantageuse de présenter les choses, et qui cache mal une réalité plus nuancée. En effet, six utilisateurs de Vélib sur dix trouvent qu’il y a des progrès à faire en ce qui concerne la disponibilité des places pour déposer son vélo en station et la disponibilité des vélos attendant le client en station. Et près d’un sur d’eux (44%) réclame des améliorations en ce qui concerne l’état général des vélos.

Les deux premières récriminations reposent le problème de l’insuffisante régulation de Vélib. En clair, et en gros, tous les Parisiens empruntent et remettent les vélos globalement aux mêmes endroits et aux mêmes heures de la journée, ce qui entraîne en permanence des stations soit désertes, soit qui débordent. Parmi les stations désertes, la centaine (sur les 1200) qui sont situées sur les hauteurs de Paris: au sommet de la Butte Montmartre, des Buttes-Chaumont, de Ménilmontant ou de Belleville. Il fallait s’y attendre: autant les cyclistes sont ravis d’emprunter des Vélib’ pour dévaler ces collines (d’où des stations bondées à leurs pieds), autant la plupart des Parisiens préfèrent les remonter en métro plutôt qu’à vélo. Cela oblige les régulateurs de Decaux à remonter à longueur de journées des camions entiers de bicyclettes au sommet de ces collines.

Du coup, la mairie va essayer d’arranger cela en lançant, courant juin, un nouveau système de gratification. Cela s’appelle «V’+» et cela fonctionne avec des «stations bonus». Ces stations sont précisément celles installées en hauteur de Paris. Les Vélibeurs qui y rendront leur vélo se verront récompenser de leurs efforts physiques par un crédit temps gratuit et cumulable.

En mai 2007, Nicolas Sarkozy s’était fait élire avec son slogan «Travailler plus pour gagner plus». En mai 2008, Bertrand Delanoë en invente une déclinaison parisienne, sportive et écologique: «Pédaler plus pour payer moins». Cet homme, décidément, ira loin.

05.05.2008

Une grande réussite

990a38778ecba3510f484c690d76dfd2.jpgAprès avoir été aisément réélu maire de Paris en mars dernier, Bertrand Delanoë se lance dans sa grande opération de conquête du Parti socialiste, les yeux probablement rivés sur l’élection présidentielle de 2012. Cette semaine, un texte de réflexion dans la perspective du congrès du PS en novembre. Puis un livre d’entretien dans lequel il dévoilera sa vision pour la France. Ensuite une campagne de com’ en béton et une tournée de promo dans tout le pays. Et enfin une journée d’étude fin mai rassemblant tous ses soutiens. La mécanique Delanoë est bien rôdée et, dans les semaines à venir, elle va montrer toute son efficacité.

En même temps, cette machine peut aussi connaître de spectaculaires ratés. Vient d’en témoigner, sur le plan européen, le sort qui a été réservé ces derniers jours par les électeurs aux trois personnalités politiques auxquelles le maire de Paris a ostensiblement apporté son soutien.

Ce fut d’abord, à la mi-avril, Walter Veltroni, longtemps maire de Rome et grand ami du maire de Paris, que ce dernier est venu soutenir dans la dernière ligne droite de sa campagne en tant que leader de la gauche italienne aux élections législatives. Résultat: Veltroni a été battu à plates coutures par Silvio Berlusconi. Ce fut ensuite le ministre italien de la Culture Francesco Rutelli, qui était candidat de la gauche aux municipales de Rome et auquel Bertrand Delanoë a officiellement apporté son soutien. Résultat: lundi dernier,  après vingt ans de gestion de gauche, la mairie de Rome a basculé à droite, tombant même aux mains d’un post-fasciste, Gianni Alemanno. Ce fut enfin, la semaine dernière, Ken Livingstone, le maire travailliste de Londres, qui briguait un troisième mandat et auquel, le dernier week-end d’avril, Bertrand Delanoë avait rendu visite. Résultat: ce week-end, «Ken le Rouge» a été spectaculairement battu par son opposant conservateur.

La diplomatie du maire de Paris affiche donc une grande réussite: trois soutiens, trois déroutes. Bertrand Delanoë n’y est sans doute pas personnellement pour beaucoup. Il n’empêche, ne serait-ce que sur le plan symbolique, son ego et son plan de carrière auraient sans doute espéré autre chose avant de se lancer à son tour dans la bataille.

10.04.2008

Une sanction?

2a6db410e866802d136f6694ba661619.jpgCe soir, les dirigeants du Paris Saint Germain (PSG) sont convoqués devant la commission de discipline de la Ligue française de football professionnel. En cause évidemment, l’affligeante banderole haineuse et insultante contre les Ch’tis déployée fin mars en plein match. En guise de sanction, le club de foot parisien risque une amende, un match à huis clos ou le retrait d’un point – ce qui n’arrangera rien aux mauvais comptes du PSG, déjà chroniquement menacé de relégation.

En outre, deux mesures de rétorsion supplémentaires, au moins aussi potentiellement préoccupantes pour le club, sont en cours d’étude dans d’autres instances. Sans parler des poursuites judiciaires dont font l’objet les idiots ayant conçu, réalisé et déployé la fameuse banderole: trois personnes ont été placées en garde à vue ce matin.

D’une part, le ministère de l’Intérieur envisage la dissolution administrative des «Boulogne Boys»: l’association de supporteurs la plus radicale, la plus ancienne et la plus importante (elle compte plusieurs centaines de membres) du PSG. Ses dirigeants, en effet, auraient au minimum fermé les yeux sur la confection et le déploiement de la banderole. D’autre part, le Conseil de Paris est à nouveau saisi d’une demande de suspension de la subvention (de plus de 3,5 millions euros) versée chaque année par la ville au club de foot.

Cela fait plusieurs années que ce genre de requête de sanction financière revient régulièrement, portée par des élus écologistes ou UMP. Cette fois c’est un conseiller et sénateur centriste, Yves Pozzo di Borgo, qui remonte au créneau. Il juge que «l’affaire de la banderole injurieuse montre une fois de plus que ce club ne remplit pas ses engagements de prévention et de lutte contre les discriminations». Or, l’octroi des millions de la mairie au PSG est désormais explicitement lié à l’engagement de ce club d’agir contre le hooliganisme, le racisme et les discriminations. Cette charte avait même été renforcée à la suite de la mort, fin 2006, d’un jeune supporteur parisien, en marge d’affrontements entre les hooligans du PSG et des supporteurs du club israélien de Hapoël Tel-Aviv.

Mais le maire de Paris a toujours refusé de couper les vivres au PSG en suspendant le «partenariat exigeant», selon ses mots, qui unit la Ville et le club parisien. Son argument massue? La convention porte «sur la mise à disposition des jeunes Parisiens de places de foot et le financement de mesures de sécurité et de prévention». En clair, l’arrêt du subventionnement public du PSG ferait plus de victimes collatérales innocentes que de tort aux hooligans.

Soit. Mais alors, on fait quoi?

17.03.2008

Une vedette

adb1e0ef8cd4e3b9383a50ff8afbd8d4.jpgHier, incontestablement, ce fut lui la vedette de la soirée électorale dans la capitale: l’ancien maire de Paris (1995-2001) Jean Tiberi, qui, avec 225 voix d’écart seulement, a réussi in extremis à conserver sa mairie du cinquième arrondissement. Ce fut lui la vedette bien plus que Bertrand Delanoë, qui a certes rempilé à l’Hôtel de Ville mais n’est pas parvenu à faire basculer à son profit l’un ou l’autre arrondissement supplémentaire et donc surtout pas ce fameux cinquième. Il se raconte d’ailleurs que, derrière ses sourires de façade, Bertrand Delanoë, hier soir, était fou de rage de voir sa candidate socialiste dans le cinquième, Lyne Cohen-Solal, à nouveau défaite par ce décidément indéboulonnable Jean Tiberi: depuis 25 ans maire et depuis 40 ans député du cinquième.

Il faut dire que c’est un lascar, cet homme-là. On s’en était rendu compte lors de la campagne pour les législatives de 2002. On l’avait alors suivi toute une journée sur le terrain, dans son fief aux pieds du Panthéon. On en avait gardé un très bon souvenir.

Car Jean Tiberi est un homme vraiment très drôle. Il n’a jamais sa langue (de vipère) en poche, il est mordant, roublard et fielleux à souhait, il a tant de répartie qu’il accepte sans problème d’être chambré, il a une mauvaise foi délicieusement crasse, il a toujours dans sa poche une anecdote dévastatrice et un bon mot assassin. Tutoiement facile, main constamment sur l’avant bras de son interlocuteur, clins d’yeux permanents, larges sourires dévoilant ses dents de la chance: il a aussi ce contact très physique, limite charnel, avec les gens qui est l’apanage des grands professionnels de la politique.

C’était un moment plaisant mais aussi très instructif. Rue Mouffetard ou place de la Contrescarpe, Tiberi connaissait absolument tout le monde, faisait la bise à quasiment chaque passant, tutoyait tous les commerçants, appelait la plupart des gens par leur prénom sans jamais se tromper. Et malgré le train d’enfer de sa campagne, il prenait interminablement le temps de répondre à toutes les sollicitations des habitants croisés, notait soigneusement la moindre de leurs demandes dans son petit cahier,  promettait faveurs, services et interventions à longueur de journée. Un modèle de «proximité», se vantait-il. Un sommet de «clientélisme», selon ses détracteurs. Du grand art, en tout cas.

 

Ce qui risque d’être très artistique aussi, voire carrément baroque, c’est la cohabitation qui va se nouer dès demain sur les bancs du Conseil de Paris entre Jean Tiberi – multirécidiviste patenté de la mise en examen et des affaires: «Tiberi en prison!» ont scandé ses opposants hier  soir  –  et sa collègue voire possible chef de groupe UMP Rachida Dati, ministre de la Justice. On ne trouvera pas plus beau contraste politique entre ce vieux Corse adepte de la politique et des méthodes de papa, très quatrième République en somme, et l’égérie de la modernité sarkozienne.

10.03.2008

Une confirmation, ou l'autre

On n’a pas le moins du monde été surpris en apprenant hier soir que les Parisiens avaient très peu voté dimanche, au premier tour des élections municipales. Dans 18 des 20 arrondissements de la capitale, le taux d’abstention a dépassé 40% - 45% même dans une demi-douzaine d’arrondissements. Ce résultat n’a fait que confirmer le pressentiment qu’on avait eu la semaine dernière, en nous basant simplement sur le nombre de nos connaissances parisiennes qui soit n’étaient pas à Paris dimanche (les congés scolaires ne s’y sont achevés que ce matin), soit que ce scrutin faisaient bâiller d'ennui et qui ne paraissaient dès lors pas très motivées pour aller voter. On s’était dit alors que si notre entourage était plus ou moins représentatif de l’électorat de base, l’élection n’allait pas briller par son taux de participation. Cela s’est vérifié.

L’annonce hier soir du taux d’abstention élevé à Paris a aussi confirmé ce qu’on avait pu constater dimanche sur le terrain. Sur le coup de midi, l’école qui abritait notre bureau de vote était quasiment déserte, sa petite cour n’accueillant que de rares passants fuyant sous la pluie. En revanche, au même endroit en mai 2007, à l’occasion des élections présidentielles, on avait vu s’étirer pendant toute la journée des queues interminables d’électeurs. Dans notre bureau de vote dimanche, seules trois personnes patientaient devant nous. Du coup, notre premier vote en France, qu’on attendait depuis si longtemps, fut expédié en moins de trois minutes.

Ce vote a d’ailleurs aussi confirmé une autre impression qu’on avait depuis longtemps mais qu’on n’avait jamais eu l’occasion d’expérimenter: le système de vote français est tout de même plus pratique que le système belge. Des élections dans le plat pays, on a gardé le (lointain) et épique souvenir de listes encombrantes comme des cartes routières qu’il fallait déplier dans l’isoloir, du temps mis à retrouver le nom du ou des candidats de prédilection sur ces listes kilométriques, et de l’écriteau interdisant aux électeurs de mâchonner le crayon rouge utilisé pour voter. Le tout ne dégageait pas une grande impression d’efficacité, de commodité et de modernité. En France, c’est tout différent. On explique pour les lecteurs qui n’y habitent pas: en entrant dans le bureau de vote, on prend sur une table toutes les listes (format A4) se présentant aux suffrages des électeurs, on se rend dans l’isoloir, on met la liste de son choix dans une mini-enveloppe, on jette les autres à la poubelle, on met l’enveloppe dans l’urne, et basta. Ce système, hier, nous a semblé plus commode et plus rapide que son homologue belge. Mais pas sûr qu’il soit très écologique, en termes de consommation de papier. Ainsi, rien que dans notre onzième arrondissement par exemple, où l’on a compté 47.591 votants et sept listes en présence, on a jeté à la poubelle hier quelque … 280.000 feuilles de papier A4!

Mais le second tour dimanche prochain, en tout cas, sera plus écologique dans cet arrondissement, puisqu’on ne votera carrément pas, le maire ayant été élu dès le premier tour. Encore une confirmation donc apportée par le scrutin hier: l’est parisien vote à gauche. Comme bon nombre d'habitants de la capitale d’ailleurs, si l’on en juge au score de maréchal que s’est offert hier soir Bertrand Delanoë.

05.03.2008

Une lettre

5575df38f5befcb15831c695e8fbdb55.jpgDans la boîte aux lettres ce matin, la fameuse carte d’électeur qui va nous permettre de voter aux élections municipales. On n’espérait plus trop la recevoir. On a dès lors été ravi en la découvrant. Dès dimanche, grâce à elle, on se sentira encore un peu plus Parisien.

Dans la même boîte aux lettres, le même jour, une lettre du député Patrick Bloche, tête de liste socialiste et probable futur maire de notre onzième arrondissement. Avec une grande photo de lui et du maire de Paris, Bertrand Delanoë. Dans son courrier, ledit Patrick Bloche nous félicite d’avoir, en tant que «citoyen d’un pays de l’Union européenne», choisi de vivre à Paris et dans cet arrondissement précis. Il se réjouit de notre inscription sur les listes électorales, «symbole fort du renforcement de la citoyenneté européenne et de l’entente entre nos pays respectifs». Il nous présente ses «sentiments très cordiaux et très européens». Nous assure combien, depuis l’arrivée de Bertrand Delanoë à l’Hôtel de Ville en 2001, Paris a «voulu prendre toute sa part dans le grand dessein européen». Nous annonce que «de nombreux citoyens européens figurent sur les listes» socialistes à Paris. Et conclut ainsi: «Nous comptons sur votre soutien» dimanche.

On a été assez estomaqué en découvrant ce courrier. Qu’en tant qu’inscrit sur les listes électorales, l’on reçoive désormais la littérature politique de tous les partis et candidats à une élection, rien que de très normal. Mais de là à recevoir un seul et unique courrier électoral invitant à voter en faveur de la liste du maire, le jour même où arrive la fameuse carte d’électeur signée par le même maire, on a trouvé cela, comment dire, assez gonflé. Que les fichiers d'électeurs circulent dans les partis en période électorale, nul ne s'en étonnera. Mais que le bureau des élections de la mairie, qui s’occupe d’enregistrer les Parisiens européens sur les registres électoraux, dispose de connexions aussi privilégiées et efficaces avec le QG de campagne de Bertrand Delanoë, on a trouvé cela, disons, pas anodin. Ce bureau transmet-il aussi rapidement les coordonnées des nouveaux électeurs aux autres candidats que le maire sortant? C’est en tout cas la question que, ce matin, on s’est posée.