22.02.2012
Une insatisfaction persistante
Grosse agitation des journalistes et des politiques, ces jours-ci. A propos des sondages. Toute la question est évidemment de savoir si l'entrée en campagne de Nicolas Sarkozy, mercredi dernier, a fait, ou non, bouger les lignes. Pour l'instant, ce n'est pas clair – et même parfaitement contradictoire. Selon certains instituts, le Président-candidat ne parvient pas à rattraper son retard sur le socialiste François Hollande. Selon d'autres enquêtes, au contraire, à peine deux points les séparent désormais, pour le premier tour.
Beaucoup moins commentée mais plus intéressante, trouve-t-on: cette confirmation de l'insatisfaction d'une grande partie de l'électorat envers la manière dont se déroule la campagne. En janvier, déjà (relire ici), plus de sept Français sur dix avaient déploré qu'elle n'apporte que des réponses jugées très éloignées de leurs préoccupations: emploi, pouvoir d'achat, etc. Un mois plus tard, rien n'a changé. 59% des Français considèrent (ici) que, jusqu'à présent, cette présidentielle ne donne pas lieu à une campagne de qualité.
Ce sentiment critique «est davantage perceptible parmi les cibles se montrant traditionnellement les plus intéressées par le débat politique: les hommes (61% vs 56% des femmes), les cadres (66%) et les personnes les plus diplômées (66% des personnes de niveau Bac+4 et plus vs 56% parmi celles ayant un diplôme inférieur au baccalauréat)», note l'institut LH2. Qui souligne aussi que «les ouvriers, dont les attentes sont fortes aujourd’hui, se montrent également très critiques: 62% estiment que la campagne n’est pas de bonne qualité».
Faut-il faire un lien? Lundi soir, le premier volet de la série d'émissions en prime time que TF1 consacre à la présidentielle a été un échec retentissant, en termes d'audience. Elle avait le centriste François Bayrou et l'écologiste Eva Joly comme invités. Elle n'a été suivie que par 2,2 millions de téléspectateurs. Soit seulement 8,9% de parts de marché. Soit, d'après les spécialistes, «le pire score de la chaîne en prime time depuis 1991».
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21.02.2012
Une certaine jubilation
Dominique Strauss-Kahn à la caserne de la gendarmerie de Lille, depuis ce matin. Il y a été placé en garde à vue pour complicité de proxénétisme aggravé et recel d'abus de biens sociaux. Comme il le réclamait depuis octobre, l'ex-grand patron du FMI va donc pouvoir s'expliquer sur ses parties fines (comme on dit...) en compagnie de prostituées.
Dans l'entourage du chef de l'Etat, certains ne semblent pas mécontents du retour de cette affaire bien crapoteuse à la Une de l'actualité, à soixante jours du premier tour de l'élection présidentielle.
Ainsi, l'autre soir à Annecy, en marge du premier meeting de campagne de Nicolas Sarkozy, plusieurs de ses acolytes jubilaient ouvertement – devant la presse, y compris. DSK était même le sujet de plaisanterie du moment. Ces sarkozystes, en effet, faisaient mine de s'interroger sur la présence du mari d'Anne Sinclair ce soir-là, dans la cité savoyarde. Qu'aurait-il donc fait là? Parmi les nombreux hôtels d'Annecy, il y en a un qui, selon ces sarcasmes, a certainement les faveurs de l'ex-n°1 du FMI. Cet établissement est situé sur la place en face de la gare SNCF. Qu'a-t-il donc de spécial? Il s'appelle... le «Carlton». Soit le même nom que le palace lillois dans et autour duquel ont été organisées les agapes qui valent aujourd'hui à DSK d'être gardé à vue. Du coup, bien sûr, clins d'yeux et éclats de rires bien gras, parmi les sarkozystes d'Annecy ce soir-là.
Entendant cette hilarité, on a pensé demander à ces rieurs si, par le plus grand des hasards, la ville savoyarde ne comptait pas aussi une brasserie baptisée «Le Fouquet's». Au dernier moment, on s'est ravisé. Cela aurait cassé l'ambiance.
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17.02.2012
Un gros coup de vieux
Retour de Haute-Savoie. Où on a fait un saut hier, pour couvrir le premier grand meeting de Nicolas Sarkozy, à Annecy. On a été frappé par le coup de vieux pris par l'intéressé, par rapport au souvenir qu'on avait gardé de lui aux présidentielles de 2007. Hier soir, c'était frappant notamment lorsqu'il est monté sur scène. La façon qu'il a eue de gravir les marches, le pas lent avec lequel il s'est dirigé vers le pupitre: on était très loin du présidentiable bondissant d'il y a cinq ans. Et même le débit de son discours était plus lent.
Nicolas Sarkozy y a notamment évoqué le poids de la charge présidentielle. Parlant de «cinq années qui pèsent si lourd dans la vie d'un homme», il a estimé que «les Français attendent un dévouement absolu» de leur Président, ce dernier devant donc «se donner tout entier à cette tâche». «Depuis le début de mon mandat, j'en ai éprouvé, jour après jour, toutes les exigences, toute la dureté», a-t-il ajouté.
Mercredi soir, déjà, selon certains exégèses de sa déclaration de candidature sur TF1, il avait fait allusion à son vieillissement. «À 57 ans, on n'est pas fichu, on n'est pas foutu, déprimé, chez soi à attendre l'âge de la retraite!», s'était-il exclamé. Officiellement, il parlait des couturières en fin de carrière de la société de lingerie Lejaby – dont une partie ont trouvé une possibilité de reconversion grâce à l'intervention du gouvernement. Selon certains, il parlait aussi voire surtout... de lui, qui est âgé de 57 ans.
Ce gros coup de vieux, il est visible aussi sur l'affiche de campagne du candidat Sarkozy. On l'a regardée de près, et c'est frappant combien apparaissent de cheveux blancs et de rides, sur le cliché de ce visage. Là aussi, on est très loin de la fameuse photo du Sarkozy juvénile et avenant qu'avait jadis faite pour lui le grand photographe de mode américain Peter Lindbergh, en noir et blanc.
Ces marques de la vieillesse, elles aurait parfaitement pu être retouchées. Si elles n'ont pas été «photoshopées», c'est, bien sûr, que l'armada de communicants entourant le Président sortant a choisi d'user de ce poids des ans comme d'un argument de campagne.
Pour que, aux yeux de l'électeur, leur candidat apparaisse comme quelqu'un qui a vieilli, qui a donc mûri, et qui dès lors s'est assagi.
CQFD.
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16.02.2012
Un soutien (ou un boulet?)
L'ineffable publicitaire Jacques Séguéla a annoncé hier que, comme en 2007, il voterait pour Nicolas Sarkozy aux présidentielles. «J’ai voté 50 ans à gauche, ça fait cinq ans que je vote à droite, il me reste donc 45 ans à voter à droite pour faire l’équilibre», a-t-il commenté. Et d'ajouter: «Si les Français pouvaient le connaître mieux… Il est le contraire de ce que l’on croit. Il ne la ramène pas du tout. Il est très cultivé, sur tout. Et surtout, il veut faire son métier le mieux possible, et a la France dans la peau».
Un tel soutien, venant d'un pubard qui s'était couvert de ridicule avec une petite phrase bling-bling restée mémorable («Quand on n'a pas sa Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie»), est-ce vraiment un atout pour le Président sortant désormais officiellement candidat?
Ou, plutôt, un boulet?
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15.02.2012
Un terme inutilement violent
Le jour J de Nicolas Sarkozy, donc, ce mercredi. Ou comment, certainement, transformer en incroyable show médiatique et buzz frénétique ce qui, sur le fond, constitue tout de même un non-événement: la confirmation de sa candidature à un second mandat élyséen. On verra cela ce soir, au 20 Heures de TF1.
En attendant, on est tombé en arrêt, ce matin. Tombé en arrêt devant ces colonnes Morris où, dans notre onzième arrondissement comme dans tout Paris, apparaît notamment la couv' du numéro de cette semaine de l'hebdo «Marianne». Avec ce titre: «Le casse-tête de la droite: comment abattre Hollande».
Abattre, donc. Démolir, supprimer, détruire, anéantir, tuer, en somme. D'accord, ce verbe est souvent utilisé au sens figuré: abattre ses cartes, etc. Mais, en l'occurrence, dans un tel contexte, était-il vraiment nécessaire d'y avoir recours? «Comment battre Hollande» n'aurait-il pas suffi? Ou comment «l'emporter sur», «vaincre», «défaire» l'intéressé, etc.?
Cette campagne présidentielle (comme les précédentes) ne s'annonce-t-elle pas déjà suffisamment violente, pour que la presse doive encore rajouter de l'huile sur le feu? En recourant à des titres de «Une» aussi inutilement guerriers, à des accroches aussi pathétiquement viriles? Tout ça, pour mieux vendre.
On n'achètera ni ne lira «Marianne», cette semaine.
12:23 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : presse, médias, journalisme, elections présidentielles, langue française, sarkozy, hollande, publicité
14.02.2012
Une si belle fête
Vu ce matin, au supermarché du coin, dans notre onzième arrondissement. Au rayon dentifrices, shampoings, mousses à raser, etc., un produit particulièrement mis en valeur, cette semaine. Lancé par un fabricant dont on aura la charité de taire le nom. Un «gel-douche aphrodisiaque». A «base de gingembre». C'est complètement idiot? C'est, par excellence, un attrape-nigauds? Mais non: c'est la Saint-Valentin.
Entendu hier soir, sur une radio. Selon un sondage, plus d'un Français sur cinq juge que c'est Dominique de Villepin le candidat à l'Elysée le plus sexy. C'est effarant, de sonder les présidentiables sur un tel critère? C'est consternant, que des médias puissent dépenser des milliers d'euros pour un tel sondage? Mais non: c'est la Saint-Valentin.
Une demi-heure plus tard, hier soir toujours, à la télé cette fois. Christine Boutin renonçait à sa candidature à l'Elysée, et annonçait son ralliement à Nicolas Sarkozy. La très conservatrice et catholique ex-candidate, croisée de la lutte contre l'égalité des droits, a justifié son retrait par le refus sarkozyste de l'homoparentalité et de l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. Accessoirement, elle a monnayé son renoncement contre la promesse que son micro-parti pourrait présenter une centaine de candidats, aux élections législatives de juin. Pas très glorieux, ce Pacs Boutin-Sarkozy? Assez rance pour tout dire, une telle alliance? Mais non, c'est la Saint-Valentin.
Quelle belle fête, décidément.
12:11 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, personnalités, elections présidentielles
27.01.2012
Une logorrhée
24. On n'invente rien: on les a comptés et même recomptés ce matin, pour en être bien certain. Hier, l'UMP a diffusé... 24 communiqués de presse successifs. Chacun signé par un dirigeant différent, mais tous consacrés à une seule et même actu: le projet présidentiel du socialiste François Hollande. Un premier communiqué à 10h56, le deuxième à 11h01, ensuite un autre à 11h34, à 11h59, 12h28, 13h12, 13h15, etc. Jusqu'à 23h33 précisément: heure du dernier communiqué de l'UMP sur le sujet.
A force, cette logorrhée devenait (un peu) comique. Car, le fond de cette communication ne variant bien sûr pas – en gros: l'intéressé, son programme et son partis sont nuls –, cela donnait l'impression qu'au service de presse de l'UMP, on passait sa journée à éplucher, heure après heure et page par page, le dictionnaire des synonymes. Pour trouver des variantes lexicales à cette nullité socialiste alléguée: François Hollande est irresponsable, inconséquent, pas crédible, déraisonnable, dangereux, contradictoire, bancal, etc.
On n'a toujours pas compris l'avantage d'une telle stratégie de com'. A moins bien sûr de considérer que la presse est sourde et l'électorat débile (ou inversement), quel est l'intérêt de répéter 24 fois le même message en une seule et même journée? Cela a surtout donné de l'UMP l'image d'une armée mexicaine de cadres et dirigeants, chacun à l'ego si boursouflé qu'il voulait absolument dire lui aussi son petit mot sur le sujet, pour tenter d'exister médiatiquement. Espoir le plus souvent déçu. La plupart des journalistes, en effet, pour répercuter le point de vue sarkozyste, ont juste relayé la parole de Jean-François Copé, le n°1 du parti, et/ou de ses ministres les plus importants: François Baroin (Finances) ou Valérie Pécresse (Budget).
Donc au total, pour ce parti hier, tant de temps perdu, tant d'énergie gâchée, tant de mots, de papier et d'électricité en pure perte dépensés.
Mais que ne ferait-on pas en campagne électorale, à moins de cent jours de l'échéance?
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26.01.2012
Une terre de (centre-)gauche
Plus que jamais terre de gauche, notre 11ème arrondissement. Enfin, de gauche: de centre-gauche on va dire, s'agissant du PS. Parti dont le candidat à l'Elysée, François Hollande, présente ce jeudi ses 60 propositions, et il a choisi le 11ème pour ce faire. Et même un lieu emblématique de cet arrondissement si populaire jadis: la Maison des Métallos.
Laissé à l'abandon pendant les décennies où la droite chiraquienne régna sur Paris, ce temple des luttes d'ouvrières d'antan a été rénové, plutôt bien, par la mairie et la Région (toutes deux désormais socialistes, pour rappel), et est devenu un centre socio-culturel. L'automne dernier, déjà, c'est dans le 11ème que le favori à la présidentielle avait tenu le dernier meeting de sa campagne pour les primaires en vue de l'investiture socialiste. C'était à la salle de spectacles du Bataclan, boulevard Voltaire.
Mais, dans les rues de ce onzième, comme un pied de nez adressé au parti dominant de l'opposition, les petits partis de gauche ont, ces dernières semaines, collé, recollé et surcollé des tas d'affiches électorales. Cette intrusion picturale gauchiste est même assez impressionnante.
Les Parisiens du coin ont donc pu faire connaissance avec Nathalie Arthaud: qui a pris la succession d'Arlette Laguiller à Lutte Ouvrière, mais qui tarde à se faire un nom. Depuis dimanche, cela dit, les affiches de LO ont été détrônées par celles du Front de gauche. Un parti qui, au vu du nombre de ses affiches placardées sur les murs de notre quartier, y a envoyé une grosse escouade de colleurs.
On n'a pas compris, d'ailleurs, le slogan d'une de ses affiches: «C'est le moment de prendre parti pour LA RÉPUBLIQUE». Et quoi? Désormais, la formation du tribun populiste Jean-Luc Mélenchon constituerait le seul et unique parti républicain? Au printemps, les électeurs qui voteront pour un autre candidat et/ou voteront à droite ne serviront ni n'honoreront la République?
Cet accaparement, cette préemption somme toute, c'est, bien sûr, totalement abusif. Et péniblement prétentieux.
11:49 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections présidentielles, parti socialiste, personnalités, patrimoine, activisme
24.01.2012
Une propagande impressionnante
Les boîtes aux lettres vont déborder en France, ces prochaines semaines. En effet, à désormais moins de trois mois du premier tour des présidentielles (le 22 avril), les deux partis dominants viennent d'annoncer coup sur coup qu'ils allaient écrire au Français moyen.
Les chiffres ont de quoi donner le tournis. Le PS va imprimer 15 millions d'exemplaires (15 millions!) du projet que son candidat à l'Elysée, François Hollande, a ébauché en meeting au Bourget dimanche, et qu'il détaillera ce jeudi à Paris. L'UMP ne sera pas en reste. Le grand parti sarkozyste a confirmé hier qu'il allait tirer à 6 millions d'exemplaires un argumentaire pour «rétablir la vérité» sur le bilan du Président sortant, bilan qui, selon la droite, est en permanence injustement voire ignoblement critiqué.
Toute cette pub électorale – cette propagande, en somme – qui va bientôt débarquer dans les boîtes aux lettres, constituera-t-elle autant de lectures passionnantes? On jugera sur pièces. En tout cas, ces deux mailings gigantesques auront au moins un avantage: ils donneront du travail à pas mal de gens (postiers, imprimeurs, etc.). En termes de chômage, la situation en France en ce moment n'ayant jamais été aussi mauvaise depuis douze ans, sans doute est-ce déjà cela.
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09.01.2012
Un éloignement
Pas mal d'agitation, ce week-end et en ce début de semaine, à propos du dernier sondage Ifop en date (ici), relatif aux intentions de vote pour l'élection présidentielle. Et pour cause: à la fin de cette semaine, on ne sera plus qu'à 100 jours de l'échéance du premier tour. Du coup, les écarts qui se resserrent, les avances qui fondent comme neige au soleil, les hémorragies stoppées ou les remontées confirmées – pour reprendre le lexique des sondeurs –, tout cela passionne le monde politico-médiatique.
A tout prendre, on trouve bien plus intéressant un autre sondage (là), sur les présidentielles toujours, qui a été publié lui dans les derniers jours de décembre – mais a fait bien moins de bruit.
Aux yeux du Français moyen, a confirmé cette enquête, la campagne électorale élyséenne telle qu'elle se déroule en ce moment apporte des réponses assez éloignées, voire très éloignées, de ses préoccupations premières, qui sont le maintien de l'emploi, la lutte contre la hausse des prix des produits de première nécessité, et le maintien de l'accès à des soins de santé de qualité. Plus de sept Français sur dix (72%) sont de cet avis.
Cela promet, le jour du vote.
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