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31/03/2015

Une absence (pour le moment)

Pas un seul. Dimanche, en région parisienne, le Front national n'a pas réussi à faire élire un seul conseiller départemental. Pourtant, c'est peu dire qu'en banlieue de Paris, ne sont pas absents les thèmes sur lesquels le FN prospère, électoralement: la précarité, le chômage, le déclassement social, les tensions intercommunautaires, l'insécurité, etc. Mais, autant au premier tour, dans nombre de cantons de la petite ou de la grande couronne parisienne, les candidats lepénistes n'ont pas rarement atteint les 30% des voix, voire ont frisé ou même dépassé les 40%, autant aucun n'a réussi à s'imposer au second tour.

C'est dû pour partie à la stratégie d'isolement choisie par le Front. Au premier tour, elle est très rentable pour lui. En effet, elle lui permet de ratisser tous les mécontents, en mettant la droite et la gauche (l'«UMPS») dans le même sac d'incompétence connivente – «les copains et les coquins», répète en boucle Jean-Marie Le Pen, depuis des décennies. Mais au second tour, sans le moindre allié à ses côtés, il est extrêmement difficile de dépasser la barre fatidique des 50%, et donc de s'imposer.

Cela dit, cette absence d'élus FN parisiens est due aussi, et pas marginalement, aux particularités du mode de scrutin départemental, pénalisantes pour les partis qui sont dans la configuration du FN. Aux élections régionales de décembre, en revanche, ce sera autre chose. En effet, il s'agira là d'un mode de scrutin très différent (forte dose de proportionnelle, prime octroyée au parti arrivé en tête, etc.). Dès lors, il serait très étonnant – et même a priori assez improbable – que, dans ce cadre-là, le Front ne parvienne pas à faire élire de candidats, à Paris et dans sa banlieue.

Ce n'est donc sans doute plus qu'une question de mois. Avant que la Région parisienne, à son tour, se mette à l'unisson d'un pays qui, un scrutin après l'autre, voit grandir le nombre d'élus d'extrême droite.

30/03/2015

Une maigre consolation

Elections départementales, Banlieues, Gouvernement Puisqu'on évoquait ce double enjeu à la veille du week-end-électoral, signaler la chose, au lendemain de l'issue du scrutin départemental. En région parisienne, la gauche a donc réussi à sauver les deux départements dont le basculement à droite aurait été très emblématique, voire historique. Le Parti communiste conserve le Val de Marne, et les socialistes la Seine-Saint-Denis. Mais ce fut chaque fois avec une avance assez courte (de 3 cantons) sur la droite.

Surtout, ce doublé parisien ne cache nullement la bérézina que le PS et ses alliés ont subie à l'échelle du pays. Ils ont perdu près de la moité des départements qu'ils contrôlaient. Comme le résumait d'une manière éclairante un éditorialiste, ce matin: «François Hollande a perdu davantage de départements en un quinquennat que François Mitterrand en deux septennats».

Pour autant, Manuel Valls a dit et répété, hier soir, que rien, ou pas grand-chose, ne changera. En vertu de la grande règle politico-footballistique: «On ne change pas une équipe qui perd».

L'électorat appréciera. Ou pas – au prochain scrutin, on verra cela.

27/03/2015

Un dernier vestige en jeu

Ce week-end, en région parisienne, ce sera un des enjeux du second tour des élections départementales. Le maintien ou, au contraire, l'écroulement du dernier pan de ce qui, pendant près d'un siècle, a été un monument de la carte politique française: la «ceinture rouge» de Paris.

Ainsi que l'on dénommait les collectivités territoriales de la banlieue de la «Ville lumière» gérées par le Parti communiste. Cette «ceinture rouge» – expression née dès les années 1920 – a connu son apogée à la fin des années 1970. A l'époque, le PCF était à la tête de plus d'une centaine de villes de la petite et grande couronnes parisiennes. Cette «banlieue rouge» a commencé à s'effriter au début des années 80. Les élections municipales de l'an dernier ont consacré son basculement à droite. D'innombrables villes depuis très longtemps communistes ont été perdues par la gauche (Aulnay-sous-Bois, Bobigny, Saint-Ouen, Bagnolet, Le Blanc-Mesnil, Villepinte, etc.). Au fil des décennies, donc, la «ceinture rouge» d'antan est devenue «ceinture bleue». Et ce dimanche verra peut-être s'accomplir l'ultime étape de ce processus.

En effet, le dernier département de banlieue encore géré par les communistes, le Val de Marne, pourrait, à son tour, tomber à droite. Depuis sa création, en 1968, il a toujours été géré par le PCF (hormis pendant six ans, dans les années 70). Georges Marchais a été le député de ce département pendant un quart de siècle. Dimanche, à en croire les dernières estimations, le combat gauche-droite y sera extrêmement serré.

Un autre enjeu intéressant, cela dit, concernera tout autant la banlieue parisienne: la Seine-Saint-Denis. Outre que la gauche peut tout au plus espérer la conserver de justesse, c'est le département du pays où on a le moins voté, dimanche dernier. Quelque 63% des électeurs ont boudé le scrutin. Or, dans cette même Seine-Saint-Denis, à l'élection présidentielle de 2012, François Hollande avait réalisé son plus beau score métropolitain de second tour (65,3%), face à Nicolas Sarkozy. Qu'en reste-t-il, après trois ans? Un contraste frappant, qui en dit sans doute long sur un certain désenchantement.

26/03/2015

Une obligation, surveillée de près

Elections départementales, Audiovisuel, MédiasDernière ligne droite, pour la campagne électorale. Et elle donne parfois lieu à des petites choses un peu comiques, dans les médias.

Ainsi, la diffusion, en radio ou en télé, de telle ou telle séquence, mettant en scène telle ou telle personnalité politique, mais séquence dont l'intérêt informatif ne saute pas immédiatement aux yeux. Ou même carrément l'annonce à l'antenne – on l'a encore entendu hier matin, sur une radio – de la nécessité de passer quelques secondes d'un son de tel ou tel élu, candidat ou responsable politique, pour «respecter parfaitement les obligations» imposées à ce média.

Ces contraintes ont trait à l'équité des temps de parole et d'antenne qui sont octroyés aux formations politiques en lice aux élections. Quotidiennement, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) procède à un relevé extrêmement minutieux, à la minute près, de ces temps de parole et d'antenne. Il adresse ensuite ses relevés aux médias concernés, et leur demande de corriger le tir, si besoin. A la clôture de la campagne, les comptes sont faits, et les médias qui n'ont pas été équitables sont rappelés à l'ordre. D'où, dans les dernières heures de la campagne, les tentatives de toutes les radios et télés de se mettre in extremis en conformité avec leurs obligations. Quitte à devoir diffuser des séquences pas très intéressantes, sur le fond – qu'elles relatent des anecdotes, ou donnent la parole à des intervenants mineurs.

Dans sa dernière analyse en date (là), le «gendarme de l'audiovisuel» se félicite: «Les déséquilibres constatés lors des relevés intermédiaires ont pour la plupart été corrigés». Sans doute lui-même conscient de la lourdeur de la tâche qu'il impose aux médias, il «salue l’implication des radios et des télévisions, en particulier des chaînes d’information en continu, de la plupart des antennes locales du service public ainsi que de nombreuses télévisions locales hertziennes», dans l'application de ces contraintes.

Voilà un compliment qui, en tout cas, tranche avec le ton, très sec, des remontrances que ce même CSA, le mois dernier, avait adressées aux médias, relatives à leur couverture des attentats.

25/03/2015

Une mise entre parenthèses

C'était très prévisible et c'est parfaitement légitime, mais cela n'en reste pas moins spectaculaire, comme impact. La catastrophe aérienne d'hier matin, dans les Alpes, a eu pour effet de mettre complètement entre parenthèses la fin de la campagne électorale pour les élections départementales – dont le second tour a lieu dimanche. Seule l'une ou l'autre petite phrase assez misérable, de tel ou tel, ont bien tenté de poursuivre dans le registre politicien, mais elles n'ont suscité qu'une désapprobation assez générale.

Le drame a même complètement éclipsé les tractations de dernière minute d'hier après-midi. Lorsque, à 16 heures au plus tard, les candidats ayant franchi le premier tour ont dû confirmer leur candidature pour le second tour ou, au contraire, opter pour le retrait, le désistement et/ou l'appel à voter. En temps normal, ces petits arrangements auraient passionné les médias. Là, ils y ont peu fait écho.

Il est vrai qu'une catastrophe d'une telle ampleur, qui plus est si mystérieusement inexpliquée – dans un pays où un avion Airbus décolle toutes les deux minutes, entendait-on sur une radio, ce matin –, cela relativise immédiatement l'importance de tout le reste.

Le débat de cette fin de campagne, au demeurant, était devenu inintéressant au possible. Résumé, en gros, à des attaques ad hominem, au ras des pâquerettes: untel traité d'«excité de service», un autre invité à «se reprendre tranquillement, sans être nerveux», un troisième prié de «rentrer (se calmer) chez lui et s'enfermer à double tour». Au vu de la manière dont cette campagne avait évolué, dans sa dernière ligne droite, sa subite mise entre parenthèses ne privera sans doute pas l'électeur de grand-chose.

20/03/2015

Une tentative sans doute vaine

Communication, Gouvernement, Elections départementales Les Français votent dimanche, ainsi que dimanche prochain. Les Français, mais – pour des raisons institutionnelles dont on vous fait grâce – pas les Parisiens, pas les Lyonnais, ni d'ailleurs les Martiniquais et les Guyanais. Tous les autres Français votent pour renouveler leurs assemblées départementales. Enfin, tous les autres Français... ceux qui le veulent bien. Et ils risquent d'être très peu nombreux. Une fois de plus, l'on s'attend à des records d'abstention.

Aussi, ces derniers temps, le gouvernement a tenté un peu tout et n'importe quoi pour donner aux électeurs potentiels l'appétit de voter.

Samedi dernier, dans la soirée, le compte twitter du ministère de l’Intérieur a profité de la diffusion du télé-crochet «The Voice» pour publier un message d’appel aux urnes parodiant ce programme. «Il y a ceux qui donnent de la voix et ceux qui peuvent au moins la faire entendre. La plus belle voix, c'est forcément la vôtre», disait-il. Précédemment, la communication gouvernementale avait déjà saisi une autre accroche d'actualité décalée: le «Mondial du tatouage», qui battait son plein à Paris. Un message officiel avait alors été lancé, sous la forme d'une photo de biceps tatoué des mots «Oui je vote»: l'intitulé du site web gouvernemental dédié à ce scrutin.

Pourquoi pas. Ces gadgets de com' électorale ne peuvent sans doute pas faire de mal. Et peut-être auront-ils fait sourire l'un ou l'autre électeur. De là à motiver des abstentionnistes à aller voter, c'est déjà beaucoup plus illusoire.