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09.06.2009

Un raz de marée

tournesol.jpgOn savait déjà que, sociologiquement, en habitant dans le onzième arrondissement à la frontière du troisième (côté Haut Marais), on vivait au cœur parisien de «Boboland»: la capitale des bobos. Dimanche soir, cela s’est confirmé politiquement également. Dans ces deux quartiers parisiens, le résultat des élections européennes est même saisissant. Et constitue un camouflet retentissant pour le maire de Paris, le socialiste Bertrand Delanoë.

 

En effet, les Verts sont désormais - et de loin - la première force politique dans ces deux arrondissements. Les Parisiens de notre quartier ont même voté massivement pour la liste de Daniel Cohn-Bendit: 34,8% dans le onzième et 36,7% dans le troisième. Ce sont les plus beaux scores réalisés par les Verts dans la capitale française. Sensation supplémentaire: avec respectivement 17,9% et 17,1% des voix seulement, le PS y est désormais historiquement rélégué à la troisième position, derrière l’UMP. Ajoutons que, dans notre quartier, la gauche radicale (la liste anticapitaliste d’Olivier Besancenot + celle du Front de gauche) a totalisé 10% des suffrages. Dimanche donc, à «Boboland», il restait décidément peu de progressistes pour voter socialiste.

 

C’est une triple gifle pour Bertrand Delanoë. D’abord, parce que c’était un de ses proches qui menait la liste socialiste en région parisienne: l’eurodéputé sortant (et réélu, tout de même…) Harlem Désir. A cet égard, peut-être le résultat socialiste aurait-il été moins mauvais dans la capitale si le casting avait été différent: si ce parti y avait investi à la tête de sa liste son porte-parole Benoît Hamon, qui la réclamait et est identifié comme étant plus à gauche qu’Harlem Désir. Ensuite, parce que les mairies d’arrondissement du onzième et du troisième sont aux mains de socialistes. Enfin, parce qu’aux dernières élections municipales à Paris, les Verts avaient lourdement régressé par rapport aux socialistes.

 

Comme quoi, en politique, rien n’est jamais définitivement acquis. Y compris dans les bastions, fiefs et autres baronnies.

08.06.2009

Un désert

On n’a pas du tout été étonné en apprenant hier soir le taux d’abstention record qui a caractérisé les élections européennes en France – et à Paris y compris. En milieu de journée, en effet, dans notre bureau de vote du onzième arrondissement, c’était… le désert. Dans la cour de la petite école réquisitionnée pour l’occasion, il y avait à peine un couple de petits vieux qui prenait paisiblement le soleil sur un banc. Tandis qu’à l’intérieur, à côté des isoloirs et derrière les grandes tables sur lesquelles s’alignaient sagement les piles de bulletins de vote, les préposés bâillaient aux corneilles.

 

Il faut dire que, pour le Parisien de la rue, ce week-end, l’événement était moins ce scrutin que… la visite si médiatisée de la famille Obama. En tant qu’habitant du centre ville, d’ailleurs, on a pu suivre l’évolution, heure par heure, de ce séjour présidentiel sans même devoir se brancher sur les infos à la radio: il suffisait d’écouter le vacarme plus ou moins important fait dans le ciel par les hélicoptères qui supervisaient la sécurité des déplacements de la famille présidentielle américaine.

 

Des hôtes de marque qui, pour des raisons de sécurité, ont eu droit à ce à quoi n’importe quel Parisien n’oserait jamais rêver. Visiter Notre-Dame, vidée de ses cohortes de touristes bruyants, dans un silence… de cathédrale. Et admirer les merveilles du Musée d’art moderne de Beaubourg puis du Louvre alors que ceux-ci, évacués également de leur foule habituelle, devaient ressembler à un désert de calme et de sérénité.

 

Pour cette famille, jouir de ces lieux magnifiques dans de telles conditions dut être vraiment formidable. Mais, pour le coup,  vu la quiétude qui y régnait, leur atmosphère n’était pas le moins du monde typiquement parisienne. Quelque part, cela doit être (un peu) frustrant.

05.06.2009

Une langue

esperanto.jpgOn a au moins appris une chose, au cours de cette campagne pour les élections européennes de ce dimanche. Appris qu’en 2009, il se trouve encore en France des gens pour militer en faveur… de l’espéranto, cette langue à vocation universelle inventée vers 1890 par le Dr Zamenhof. Pour preuve, sur la plupart des panneaux électoraux de Paris en ce moment, sont placardées les affiches du parti «Europe Démocratie Espéranto» (EDE), une liste qui prône l’instauration de cette «langue commune indépendante, riche, et équitable comme ciment de la citoyenneté européenne et comme clé de voûte d’un multilinguisme équilibré».

 

L’espéranto, selon ce parti, devrait être enseigné dans toutes les écoles européennes. Car, s’agissant du plus «équitable et accessible» des langages internationaux, cet idiome constituerait «la solution la plus adaptée pour rendre effectif l’accès à la communication internationale, qui est un droit pour tous les citoyens européens».

 

Aux élections européennes de 2004, la liste EDE avait recueilli très exactement 25.067 voix dans toute la France, soit un maigre 0,15% des suffrages. Cinq ans plus tard, a-t-on pu constater dans le quartier, les affiches d’EDE ne sont pas rarement la cible de graffitis hostiles. Ainsi, à l’endroit de l’affiche invitant les électeurs à favoriser, par leur vote dimanche, «une langue équitable, qui respecte nos langues et nos cultures», des opposants à l’espéranto ont pris l’habitude de rageusement griffonner: «le français».

 

Au passage, rappelons tout de même qu’en France, il n’y a pas que le français. On y compte aussi près de 80 langues régionales, dites «minoritaires» (l’alsacien, l’occitan, le breton, le corse, etc.). A l’école, elles sont étudiées (le plus souvent dans le cadre de cours à option) par près d’un demi-million d’élèves. Pourtant, le gouvernement Fillon tarde à respecter sa promesse d’inscrire d’une façon ou d’une autre ces langues dans la Constitution, ne serait-ce que pour reconnaître leur indéniable valeur patrimoniale. Ainsi, la ministre de la Culture, Christine Albanel, avait-elle jadis promis, mordicus, de faire procéder à cette inscription en 2009. Et s’était engagée à prendre des mesures pour promouvoir l’enseignement de ces langues, leur utilisation dans la création artistique, dans les médias, etc. Finalement, a-t-il été annoncé récemment, le tout vient d’être reporté à 2010 au plus tôt, officiellement pour cause d’«encombrement parlementaire».

 

Si déjà le picard ou le flamand passent si mal à Paris, c’est peut-être un brin utopique d’espérer y lancer l’espéranto.

04.06.2009

Un aperçu

Il n’y a pas que les affiches des partis politiques traditionnels que l’on voit en ce moment sur les panneaux électoraux de Paris, en prévision du scrutin européen de dimanche. L’un ou l’autre petit parti sollicite également les suffrages des électeurs. D’ailleurs, ces petites formations folkloriques disons originales, pour ne pas être dénigrant, sont très visibles sur les panneaux. Et pour cause: il s’agit souvent pour elles de la seule façon de se faire connaître. En effet, leur manque de moyens les empêche pour la plupart d’imprimer les tracts que l’administration, ces jours-ci, envoie aux électeurs. Vite fait, un petit aperçu de ces micro-listes s'affichant sur les panneaux de notre quartier.

 

La liste la plus visible, d’abord: on voit un peu partout le grand globe terrestre qui figure sur ses affiches. “La terre sinon rien” est son nom. «Ni de droite, ni de gauche: de la terre», est son slogan. Le programme? «D’avant-garde». Il a été conçu pour… les «amoureux de la vie». Et se place sous le patronage spirituel de rien moins que Léonard de Vinci, Einstein, Gandhi, Gorbatchev, Pythagore, Marguerite Yourcenar, Cioran ou Boris Cyrulnik. “La terre sinon rien” préconise l’établissement en Europe d’un «nouvel indicateur de croissance» en lieu et place du Produit intérieur bruit (PIB): «le Bonheur intérieur brut». A l’en croire, le remplacement d’un PIB «devenu obsolète sinon mortifère» par ce BIB «permettra de déclencher un cercle vertueux dans l’économie des 27 Etats membres». Car, «pour apaiser nos sociétés», il faut, outre créer des emplois, «créer du sens dans nos économies» et «reconsidérer la richesse».

 

Voisine idéologiquement, et tout aussi détonnante, est la liste du PPLD: le “Parti pour la Décroissance”. Cette liste – qui a choisi le sympathique animal qu’est l’escargot comme symbole – affirme vouloir «placer l'économie au service de l'homme et non pas l'inverse». Elle soutient qu’«une croissance infinie n’est pas possible dans un monde fini!» Et propose notamment aux électeurs d’opter pour «une société de la sobriété». En clair? «Il appartient à l’Europe,  dont la surconsommation nuit gravement à l’ensemble de l’humanité, de rétablir un équilibre qui commence par la sobriété de nos modes de vie: programmes d’économie d’énergie, relocalisation de l’ensemble de nos activités pour limiter les transports, réforme de l’agriculture, privilégier le durable au jetable, réduction des limites autorisées de pollution», etc.

 

Encore plus fumant: un «nouveau parti alternatif» baptisé “Cannabis sans frontières (alternative écologique) ”. Il milite «pour une nouvelle politique des drogues audacieuse et innovante». Et s’indigne: «Comme des milliards d’autres personnes pour des milliers d’autres raisons, les usagers de cannabis sont stigmatisés, marginalisés, discriminés, en étant désignés comme des criminels. Imaginerait-on qu’il faille se cacher pour déguster un verre de bon vin rouge? Que, l’alcool étant interdit, les gens se remettent à acheter sous le manteau de la gnôle frelatée, sans être capables de savoir de quoi elle est faite?» Ce parti  demande aux pouvoirs publics de «reconnaître ce que la culture du chanvre peut apporter comme alternative écologique dans le domaine de la construction, du textile, des soins médicaux, ou en termes d’impôts, de création d’emploi ou d’apaisement social».

 

Dans notre onzième arrondissement si bobo, et donc supposément libertaire, on est curieux de voir combien d’électeurs vont voter dimanche pour un tel programme.

03.06.2009

Un guignol

lalannedrevet.jpgUn visage connu ce matin au coin de la rue, émergeant de la grisaille des panneaux électoraux. Celui de Patrice Drevet, encore tout récemment Monsieur Météo sur France 2, dont il est désormais retraité. A ses côtés, un autre visage encore plus connu: celui du chanteur Francis Lalanne. Ces deux «people» s’affichent sur les panneaux électoraux de Paris en vue des élections européennes de dimanche, pour la liste de l’Alliance écologiste indépendante, un agglomérat de trois petits partis écologistes de droite. Mais ils sont candidats dans le Grand Sud-Ouest et dans le Grand Sud-Est. Aucun électeur parisien ne pourra donc voter pour eux dimanche. Dès lors, l’apparition de leurs visages sur les panneaux dans la capitale relève de la pure campagne de notoriété – et d’un gaspillage vraiment peu écologique de papier?

 

A propos, Francis Lalanne a publié dernièrement un petit livre-programme politique à mourir de rire. Ou à pleurer, c’est selon. Il s’agit d’une «Mise en demeure à Monsieur le Président de la République française», dont il critique la dérive «monarchique». Au fil d’une soixantaine de pages écrites, excusez du peu, entièrement en vers, le «poète engagé» adjure l’hôte de l’Elysée de n’être pas sourd. «Ecoutez-moi! Je vous en prie! Ecoutez la voix du poète! Entendez quand le peuple crie! Et ne détournez plus la tête!»

 

Se comparant  au «poète décapité par la fureur d’un Robespierre», le preux Lalanne somme le grand Sarkozy de mettre un genou en terre: «Prince dénommé Président! Dressant un constat de carence, Le citoyen indépendant Vous somme de rendre à la France Les pouvoirs qui, se confondant, sont d’un monarque entre vos mains!» Signant son adresse sous le nom de plume un rien ronflant d’Archilogue Magistophore, le barde le plus célèbre de France lance un avertissement solennel aux peuples probablement extatiques ainsi qu'au tyran certainement apeuré: «Je me battrai comme il se doit. Au nom de la Constitution. Car c’est mon devoir De résister à l’oppression». Et, que les choses soient claires, l’intéressé ne craint «ni Catilina, Ni les intérêts praticiens, Ni les proconsuls de l’ENA, Ni Antoine et ses miliciens!»

 

220 ans après 1789 et la prise de la Bastille, les murs du quartier parisien du même nom affichent donc Francis Lalanne comme candidat prêt à «monter la garde nationale Et mener la lutte finale». Il n’y a pas à dire, elle est vraiment en de belles mains, la Révolution.

02.06.2009

Une «amitié»

Les élections européennes, dimanche. Un scrutin dont, d’après tous les sondages, se contrefiche une majorité de Français. Et il est probable que la catastrophe aérienne ayant endeuillé hier les familles des 228 personnes à bord du vol Air France AF 447 Rio-Paris détournera encore un peu plus l’attention de l’opinion de ce scrutin européen.

 

Les partis semblent avoir intégré cette indifférence dans leur stratégie électorale. Leur propagande, en tout cas, ne lésine pas sur les moyens détournés pour créer une appétence. On se l’est encore dit ce matin au moment de quitter la maison pour aller au boulot, en découvrant dans la boîte aux lettres un courrier électoral qui, a-t-on trouvé, pour convaincre l’électeur de base, agissait sur des ressorts décidément un peu particuliers.

 

«Je vous dis ma confiance et, si vous le permettez, mon amitié», nous écrivait Marielle de Sarnez, bras droit de François Bayrou et médiatique chef de file de la liste centriste en région parisienne. Son «amitié», donc. D'emblée, on a trouvé ce «si vous le permettez» vraiment délicieux. Au demeurant, il n'est pas inutile. L'intéressée, en effet, ne nous connaît évidemment ni d’Eve, ni d’Adam. Tout au plus n’a-t-on dû que se croiser dans le cadre de nos activités professionnelles, ces dernières années. Son «amitié» proclamée est dès lors une pure figure de style. C’est un moyen de créer la connivence, une façon de susciter la complicité, une tentative de glisser du débat politique vers le registre affectif. On est ici dans l’ordre de la mondanité. Ce n’est pas trop le discours de fond convaincant et mobilisant qu’on attend d’un(e) candidat(e) à une élection? Si le Modem a recours à ce genre de formule épistolaire, c’est sans doute que ses communicants l’ont testée et jugée efficace.

 

Sa «confiance», en prime. C’est curieux, comme terme. D’abord, ce mot a une connotation, disons, si parentale: comme un père qui reproche à son fils adolescent d’avoir trahi sa confiance après qu’il a fait une connerie. Ensuite, si on prend ce terme dans son acception politique – l’Assemblée renouvelle sa confiance au gouvernement, etc. –, ici, il donne l’impression d’avoir été utilisé à l’envers. Habituellement, si on a bien compris, c’est l’électeur de base qui octroie sa confiance en l’élu pour lequel il vote, dans l'espoir que celui-ci le représente bien. Dans ce courrier-ci, en revanche, c’est l’élu qui dit sa confiance en l’électeur de base. Qui lui dit donc, stricto sensu, qu’il se fie à lui pour bien agir le jour J. Un peu comme si voter dimanche en faveur d'un autre candidat relevait de la connerie d’adolescent.

 

Enfin, en ouvrant ce courrier, on s’est demandé, sourire en coin, où diable Marielle de Sarnez avait-elle donc bien pu dénicher notre adresse privée. Vu qu’on ne l’a jamais donnée ni au Modem, ni à un autre parti, ni au moindre responsable politique de France ou de Navarre. Vu qu’on n’a jamais contacté ce parti ni un autre pour une démarche particulière et personnelle. Vu qu’on ne lui a jamais adressé le moindre chèque de soutien. Vu qu’on n’a jamais envoyé un petit mot de félicitations à François Bayrou, ni un bouquet de fleurs à Marielle de Sarnez. Vu qu'on n'a jamais invité l'un et/ou l'autre à prendre l'apéro un soir à la maison. On figure malgré tout dans les fichiers de l’état-major centriste. Par quel plus grand des hasards? Par quel biais est-on arrivé un jour là? Ce serait amusant de le savoir. Le courrier du bras droit de François Bayrou ne précise nulle part si la loi Informatique et libertés s’applique ou non aux partis politiques. Et donc si n’importe quel quidam recevant nommément de la propagande électorale dans sa boîte aux lettres peut ou non exiger d’accéder aux fichiers du parti expéditeur pour vérifier les données y figurant qui le concernent, et éventuellement les corriger. Dans l’affirmative, de toute manière, sans doute n’aurait-on jamais décroché notre téléphone et pris la peine d’appeler Marielle de Sarnez. On n’est pas flippé des fichiers. Et, comme elle, on n’a pas que cela à faire.

27.05.2009

Une sous-représentation (bis)

panneauxelectorauxparis.jpgDepuis lundi matin, ouverture de la campagne officielle oblige, les trottoirs de Paris (et du reste de la France) sont hérissés de panneaux électoraux. Et, petit à petit, ces panneaux se garnissent des portraits des candidats aux élections européennes du 7 juin prochain. Sans que cet affichage intéresse visiblement grand monde. On est loin des portraits de Nicolas Sarkozy, de Ségolène Royal ou d’Olivier Besancenot qui, aux élections présidentielles de 2007, n’étaient pas rarement lacérés par les partisans de leurs adversaires. Et encore plus loin des bagarres entre colleurs qu’on avait vues en France lors du référendum européen si passionné de 2005.

 

Comme à chaque campagne électorale, en voyant ces panneaux, on n’a pas pu s’empêcher de faire la même constatation. On va donc à nouveau y consacrer une note quitte, comme chaque fois, à se prendre des commentaires agacés de lecteurs pour qui le simple fait de souligner ce constat revient à prôner l’instauration de quotas. Donc, c’est frappant dès le premier coup d’œil jeté sur ces panneaux électoraux: en matière de représentation (politique, cette fois) de ces «minorités visibles» dont on parlait dans ce blog lundi, la situation en France ne semble pas avoir évolué d’un iota. Dans notre quartier, c’est bien simple, à l’une ou l’autre exception (alibi?) près – comme le socialiste Harlem Désir (*) ou bien sûr l’UMP Rachida Dati  –,  la majorité des visages affichés sont blancs.

 

La France occupe toujours la «position de lanterne rouge des pays développés pour la représentation des minorités visibles en politique», vient d’ailleurs de déplorer le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), après avoir épluché les listes déposées dans l’Hexagone pour ce scrutin européen. Les Noirs de France considèrent qu’au point où on en est, «seules des mesures fortes sont de nature à lever les conservatismes en matière de diversité dans le champ politique». Entre autres dispositions, ils réclament «le conditionnement des remboursements des dépenses électorales aux partis politiques à des exigences minimales en matière de diversité».

 

Sûr que, si une telle mesure était prise, elle gênerait pas mal de partis.

 

 

 

(*) Harlem Désir qui, il y a quelques mois, était vendu par certains communicants du Parti socialiste comme étant «le Barack Obama français». Depuis, cependant, il semble que le PS la ramène un peu moins avec cette comparaison – il est vrai d’une prétention sans nom.

12.05.2009

Un raid

produitskasher.jpgDans les rayons des supermarchés de notre onzième arrondissement, on trouve des tas de produits ostensiblement labellisés kasher. C’est d’ailleurs le cas aussi dans les quartiers de Paris moins proches du Marais. Tout comme, dans la capitale française, des snacks de kebab servent de la viande exclusivement hallal. Et comme, en banlieue parisienne, des fast-food proposent uniquement des burgers certifiés par les autorités religieuses musulmanes. En région parisienne donc, cette diversité alimentaire est entrée dans les mœurs. Mais elle ne plaît visiblement pas à tout le monde.

 

Ainsi ce week-end, un hypermarché ‘Carrefour’ du Val d’Oise (banlieue parisienne) a été la cible d’un raid de militants d’associations et de partis pro-palestiniens, anti-capitalistes et écologistes, certains arborant un tee-shirt où était indiqué «Palestine vivra». Aux cris de «Boycott Israël!» et «Carrefour complice!», la soixantaine d’activistes participant à cette opération coup de poing ont vidé les rayons du supermarché de tous les produits en provenance d’Israël. Et exigé que ces produits n’y soient désormais plus mis en vente.

 

On est resté assez pantois en apprenant cela. On peut évidemment avoir été horrifié par les victimes civiles et la boucherie de la guerre de Gaza. On peut être catastrophé par le résultat des dernières élections législatives israéliennes. Et choqué par le fait que le chef de la diplomatie de ce pays, récemment reçu avec embarras à l’Elysée, est un leader de l’extrême droite habitué aux discours populistes et haineux. Mais en quoi retirer des tomates cerises ou des pomelos israéliens des rayons des ‘Franprix’ ou ‘Shopi’ de Paris va-t-il arranger cela? En quoi compliquer (un peu) l’achat, dans les magasins de proximité, de bougies pour Hanouka par la communauté juive du Marais et d’autres quartiers parisiens apaisera-t-il les souffrances des enfants de Gaza? En quoi ce boycott fera-t-il progresser le processus de paix israélo-palestinien? A moins qu’il s’agisse surtout de stigmatiser des consommateurs qui, en France, n’y peuvent rien? A moins qu’il s’agisse de jeter l’opprobre sur une communauté juive supposée être, de par le monde, d’office solidaire et complice des horreurs commises au Proche-Orient?

 

franprix.jpgCes activistes de supermarché justifient le boycott des produits israéliens en rappelant le précédent historique de l’embargo ayant jadis frappé l’Afrique du Sud de l’apartheid et ayant abouti à la chute de ce régime (qu'ils comparent à Israël). Mais il est aussi dans l'Histoire des sanctions commerciales qui ont spectaculairement échoué: l’embargo frappant Cuba depuis plus de 50 ans, singulièrement. Cela devrait donc inciter à la prudence dans le maniement de cette arme. A fortiori que, dans le cas d’Israël, une dimension communautaire vient clairement s’ajouter à la dimension politique. Dimension qui n'est pas anodine dans un pays comme la France, cycliquement en proie à des flambées d’antisémitisme.

 

Pour finir, les partisans français du boycott des produits israéliens invoquent également «la suspension et le gel des relations commerciales entre l’Union européenne et Israël», votée par le Parlement européen en 2002. Une disposition qui, dénoncent-ils, n’a été appliquée par «aucun pays». Rappeler ainsi, en pleine campagne électorale, que des décisions de Strasbourg restent toujours lettre morte sept ans après leur adoption, ce n’est pas forcément le meilleur argument pour inciter les Français à aller voter aux élections européennes du 7 juin.

 

 

 

PS : Remarquez la différence de traitement, médiatique notamment. Il y a quelques années, le gérant d’un ‘Franprix’ situé en banlieue parisienne avait fait scandale en annonçant qu’il allait vider ses rayons de tous les produits qui n’étaient pas hallal. A l’époque, la classe politique et les médias avaient tempêté contre cette initiative communautariste et excluante. Et l’intéressé avait dû reculer. Cette fois, ce sont tous les produits kasher qui ont été retirés des rayons d’un ‘Carrefour’. L’un dans l’autre, c’est donc assez voisin comme démarche. Mais, ici, à peine quelques mots dans l’un ou l’autre média et pas le moindre commentaire de leader politique.