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20/06/2012

Un exemple, qui sait

Femmes, Immigration, Institutions, Elections législatives, ParisElle est jeune, brillante, belle. Elle vient de Paris. On trouve qu’elle est l'exemple le plus visible de ces nouveaux députés issus de l'immigration, qu'on évoquait hier dans ce blog. Mardi, jour de rentrée des parlementaires, elle deviendra la première, et l'unique, députée noire et d'origine africaine.

 

La socialiste Seybah Dagoma a été élue haut la main (70% des voix), dimanche à Paris. Fille d'immigrés tchadiens, née à Nantes il y a 34 ans, elle a grandi à Sarcelles – pas la banlieue la plus favorisée de Paris. Puis a gravi un à un les échelons. Jusqu'à devenir adjointe au maire de Paris, Bertrand Delanoë: chargée de l'économie solidaire et sociale. Et avocate spécialisée en droit des affaires, dans un grand cabinet américain. Sa carrière professionnelle, elle va la mettre entre parenthèses ces cinq prochaines années, pour siéger à l'Assemblée.

 

Elle ne se reconnaît pas dans l'étiquette de représentante de «la diversité». Ne veut pas s'y laisser cantonner. Elle dit encore moins souhaiter «passer pour la nouvelle Rama Yade de gauche» – en référence à l'ex-secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme et aux Sports: icône ultra-métiatisée du sarkozysme jusqu'à sa disgrâce, puis sa rupture avec l'UMP. Seybah Dagoma, plutôt que de revendiquer une étiquette, veut contribuer à «mettre en place une politique de justice sociale, de progrès partagé et d'émancipation des individus».

 

L’anti-Rama Yade, Seybah Dagoma? Elle ne la ramène pas. A l’air d’être dans le registre de la modestie et de la retenue. Et dit qu’elle ne cherchera pas spécialement à attirer l’attention des médias. On verra. Qui sait, malgré tout, cette jeune femme pourrait-elle, ces prochaines années, devenir un exemple pour tant d’autres, en France.

19/06/2012

Une nouveauté (à relativiser)

Kader, Seybah, Razzy, Malek, Kheira, Chaynesse ou Pouria. Ainsi se prénomment quelques-uns des nouveaux députés élus à la faveur des législatives qui se sont achevées dimanche. Leur particularité? Incarner «la diversité», comme on dit. Faire partie des «minorités visibles», comme on dit aussi. Bref: être issus de l'immigration.

Kader, Seybah, Razzy, Malek, Kheira, cela change des Dominique, Mathieu, Françoise, André, Jérôme ou autres prénoms bien français de souche qu'on avait plutôt l'habitude d'entendre jusqu'à présent, à l'Assemblée. Qui n'a jamais compté autant de députés aussi ostensiblement issus de l'immigration. Et qui plus est jeunes: certains n'ont pas même 40 ans.

Ces nouveaux venus font donc l'objet d'une intense couverture médiatique en France, depuis dimanche. On aurait aimé qu'à cette occasion, deux choses soient davantage rappelées, qui, trouve-t-on, relativisent fameusement cette nouveauté.

Un: il était vraiment temps que l'Hexagone à son tour colore enfin sa représentation parlementaire, tous les pays européens l'ayant fait depuis belle lurette – voir, notamment, la Belgique.

Deux: l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Ces députés issus de l'immigration sont, à tout prendre, au nombre d'une dizaine. Sur les... 577 membres de l'Assemblée. Celle-ci, dès lors, demeure ultra-majoritairement mâle (on l'écrivait hier), âgée, et... blanche – pour dire les choses telles qu'elles sont.

18/06/2012

Une portion si congrue

Femmes, Institutions, Elections législativesC'est un léger mieux, mais il n'y a pas de quoi pavoiser. Les législatives qui se sont achevées hier soir ont porté 155 femmes à l'Assemblée nationale. Contre 107 qui y siégeaient dans la législature précédente. Jamais la France n'avait compté autant de députées.

Mais ce pays des droits de l'homme, comme on dit – puisque le terme droits humains peine à s'imposer dans le langage courant – reste encore très loin, si loin, de la parité: 155 femmes pour 422 hommes. L'Assemblée nationale sortante était à 81% masculine, écrivait-on l'autre jour (relire ici). Celle qui rependra ses travaux bientôt le sera à peine moins: 73%.

Sans surprise – vu qu'elle s'en était elle-même excusée par avance – , c'est l'UMP sarkozyste qui coiffe le bonnet d'âne: parmi ses 194 députés, on compte... 167 hommes. A l'autre extrémité, figurent Les Verts. Qui font même mieux que la parité: 9 femmes pour 17 députés. Entre les deux, le PS: 106 de ses 280 élus sont des élues.

Les deux plus grands partis de France, qui trustent à eux seuls neuf dizièmes des sièges de l'Assemblée, n'ont donc même pas été fichus d'y élire autant de femmes que d'hommes.

Encore bravo.

15/06/2012

Une fin, ou un commencement

Dernière ligne droite de ce si long marathon électoral français de 2012: le deuxième tour des élections législatives, ce dimanche. Ce week-end, du reste, ce pourrait bien être la dernière fois que, dans ce pays, l'on organise ce type d'élections de cette façon.

En effet, des projets existent de modifier les modalités de ce scrutin – sans même reparler de la dose de proportionnelle que François Hollande a promis d'y instaurer, alors qu'il est aujourd'hui majoritaire. Qui sait la concrétisation de ces réflexions institutionnelles pourrait même être accélérée par le taux d'abstention astronomique qui a été enregistré dimanche dernier. Ainsi, on a beaucoup reparlé, ces dernières semaines, d'organiser dorénavant le même jour les scrutins législatif et présidentiel. Mais cela se heurterait au droit de dissolution de l'Assemblée dont dispose le chef de l'Etat, qui donc est susceptible de convoquer à tout moment des législatives.

Cette séquence électorale de 2012, du reste, a montré qu'il y avait d'autres sujets de réforme potentielle sur lesquels on pourrait utilement se pencher. Celui, par exemple, des 500 signatures de parrainage d'élus, réclamées de chaque candidat à l'Elysée – des parrainages à remplacer plutôt par une pétition de citoyens? Ou les inextricables difficultés que posent aux médias audiovisuels les règles si pointilleuses régissant le calcul et la répartition des temps de parole et d'antenne entre candidats.

Dimanche, donc, ce sera la dernière étape d'un interminable processus électoral. Mais ce sera aussi un commencement: le coup d'envoi donné au chantier de réforme éventuelle des règles électorales, chantier qui risque lui-même d'être très long, fastidieux, voire harassant.

14/06/2012

Un plaisir pas très partagé

Paris, Elections législatives, Personnalités, Femmes224. Ils sont 224 à avoir voté, dans notre 11ème arrondissement dimanche dernier, pour le si improbable Parti du plaisir, et en l'occurrence pour sa candidate: Isabelle Laeng, alias Cindy Lee – dont on parlait l'autre jour (relire ici).

224 électeurs, sur les quelque 44000 qui ont pris part au scrutin; ce n'est pas énorme (0,5% des suffrages). Et c'est quasi moitié moins que le score qu'avaient réalisé ce parti et sa candidate aux législatives de 2007, dans le même arrondissement. Le «vent d'hédonisme» n'a donc pas soufflé en rafales, dans l'est de Paris. La «société tolérante, fraternelle, solidaire et sans tabou» attendra.

Motifs de consolation, qui sait, pour Cindy Lee: elle a réuni bien plus de suffrages que ses adversaires du Nouveau parti anticapitaliste, de Lutte ouvrière, du Parti des Libertés, et de La Gauche anticapitaliste. Et elle a fini quasiment à égalité, à une poignée de voix près, avec les candidats du Nouveau centre (le courant de l'ex-ministre Hervé Morin), de Debout la République (le parti souverainiste de Nicolas Dupont-Aignan), et de Cap 21 (le mouvement écolo de l'ex-ministre Corinne Lepage). Comme quoi...

13/06/2012

Un message, en boucle

Impressionnant, combien les autorités mettent le paquet: pour tenter que, dimanche, au second tour des élections législatives, le taux d’abstention soit moins historique qu’au premier tour.

 

Pour preuve, ce «message du gouvernement»: «Le dimanche 17 juin, vous allez élire votre député à l’Assemblée nationale. N’oubliez pas de voter: c’est important». Depuis trois jours, cette communication officielle est diffusée en boucle, sur toutes les radios de France. Sur les radios publiques comme privées. Et diffusée vraiment à longueur de journées: pas moyen d’y échapper – un vrai matraquage.

 

Ce rappel de la dernière échéance électorale de 2012 n’est pas inutile, à Paris y compris.

 

Certes, dans la capitale, dimanche dernier, on a un peu plus voté que dans le reste du pays. Comme aux législatives de 2007, le taux d’abstention a été de 40%, soit quasiment trois points de moins qu’à l’échelle nationale. Mais, dans la «Ville lumière» également, la chute de la participation a été énorme par rapport à l’élection présidentielle des deux mois derniers. Les Parisiens avaient pris part à concurrence de 80% au premier tour élyséen, en avril. Et, début mai, ils avaient été 83% à participer au match final entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. En un mois, donc, à peu près un électeur parisien sur cinq a choisi de ne pas retourner voter.

12/06/2012

Un changement? Pas vraiment

Paris, Elections législatives, Personnalités«Le changement, c'est maintenant», promettait le slogan présidentiel de François Hollande – cet appel au changement étant repris par les socialistes pour leur campagne législative. En l'occurrence, ce slogan risque peu de s'appliquer à notre brave 11ème arrondissement de Paris.

Le député sortant, en effet, le socialiste Patrick Bloche – par ailleurs maire du 11ème – s'achemine vers une confortable réélection. Dimanche, il est arrivé très largement en tête, avec 46,6% des suffrages. C'est quasiment dix points de plus que son score de premier tour des législatives de 2007 (37%). Et c'est plus de vingt points de plus que les maigre résultat (23%) réalisé dimanche par la candidate UMP. Il n'y aura donc probablement pas photo, au second tour de dimanche prochain.

Dans la capitale dans son ensemble, du reste, le paysage électoral se distingue par sa grande stabilité. Il ne sera pas bousculé, le clivage politique qui fracture depuis plus de vingt ans la «Ville lumière». A savoir, pour le résumer vite fait, la droite forte dans les arrondissements les plus cossus (l'ouest et le sud de Paris), la gauche majoritaire dans le nord (les arrondissements les plus populaires) ainsi que dans l'est et le centre parisiens (le «Paris bobo», pour faire court).

Le changement donc, à Paris, ce n'est visiblement pas pour maintenant.

11/06/2012

Un grand gagnant

C'était couru d'avance (voir la note de vendredi), et cela s'est bel et bien produit. Depuis le premier tour des législatives, dimanche, le premier parti de France, ce n'est ni le PS, ni l'UMP. C'est le parti ... des abstentionnistes. Hier, avec une participation autour de 57% seulement, on a de nouveau battu tous les records de démobilisation.

43% d'abstention, c'est assez abstrait et désincarné à première vue, comme chiffre. Mais on peut en tirer des conséquences qui, elles, sont politiquement vertigineuses.

A ces 43%, en effet, il faut ajouter les 6 à 7% de Français qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales, et qui ne votent donc jamais. Plus les habituels 1 à 2% de votes blancs ou nuls, qu'il y eut sans doute à nouveau dimanche.

Au total? Cela signifie que moins d'un Français sur deux a participé au scrutin. Autrement dit? Si cette démobilisation se confirme dimanche prochain, au second tour, la majorité parlementaire de demain – qui, en gros, sera élue avec la moitié des suffrages exprimés – ne serait désignée, en fait, que par... un quart des Français.

Cela promet.

07/06/2012

Une manne financière

Elections législatives, Institutions, Paris18! Reçu ce matin, dans la boîte aux lettres, 18 dépliants électoraux, correspondant chacun à un candidat briguant le seul et unique siège de député de notre circonscription parisienne, aux élections législatives de ces deux prochains dimanches, en France. Ils le briguent plus pour la beauté du geste qu'avec un réel espoir de l'emporter, du reste. Notre 11ème arrondissement étant un fief socialiste, il faudrait vraiment une énorme surprise pour que ne soit pas réélu le député PS sortant: Patrick Bloche, par ailleurs maire de cet arrondissement.

Deux choses frappent, en survolant ces tracts électoraux.

D'abord, le nombre de candidats se réclamant de partis dont on n'a pas gardé le souvenir qu'ils aient été très présents et/ou actifs dans la vie de notre quartier, ces dernières années: Cap 21 de Corinne Lepage, le Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin, ou l'Alliance écologiste indépendante de l'impayable chanteur Francis Lalanne, par exemple (*). Ensuite, l'existence de formations dont on ignorait jusqu'à l'appellation, avant ce matin. C'est le cas de «La Gauche anticapitaliste-Courant unitaire pour l'écosocialisme», ou du «Parti des libertés – Centre national des indépendants et paysans».

Cette inflation de candidats aux législatives ne doit pas qu'au désir civique irrépressible qu'ils auraient de participer au débat d'idées, et donc à la vie démocratique du pays. De basses considérations financières peuvent également entrer en ligne de compte.

En effet, chaque parti concourant aux législatives, même s'il ne parvient pas à faire élire le moindre député à l'Assemblée, est susceptible de bénéficier du financement public des partis. Pour avoir accès à cette dotation, il leur suffit de recueillir au minimum 1% des voix, et ce dans 50 circonscriptions différentes. Auquel cas, chaque suffrage porté sur ce parti lui rapportera en moyenne 1,60€ chaque année, et ce pendant cinq ans.

Ceci explique donc peut-être, en partie en tout cas, cela.

 

(*) Mais il nous revient que Cindy Lee, du si improbable «Parti du plaisir», elle, a distribué des tracts l'autre jour, au marché de Bastille...

04/06/2012

Un «sexisme ordinaire»

En région parisienne, les inégalités hommes-femmes n'ont pas vraiment évolué, ces dernières années. C'est ce que pensent 61% des habitants de cette région, à en croire un sondage Viavoice paru ce week-end, sur les discriminations dans la capitale française et sa banlieue. Pas même un Parisien sur trois (27%) considère que les inégalités hommes-femmes ont régressé. Le constat critique de la situation est fait beaucoup plus fréquemment par les femmes (68%) que par les hommes (55%). Plus on est jeune, plus on estime que les choses évoluent plutôt bien en la matière.

Femmes, Elections législatives, Personnalités, Paris, BanlieuesOn l'a déjà écrit dans ce blog: en ce qui concerne particulièrement l'égalité hommes-femmes dans la représentation politique, la France est à la traîne, et certains partis spécifiquement. A cet égard, «Le Monde» de samedi contenait un fameux coup de gueule, poussé par une élue parisienne: la députée UMP sortante et ex-ministre Françoise de Panafieu.

Car, dans la capitale, le parti sarkozyste n'a investi que des hommes, pour ses candidats aux législatives de ces deux prochains dimanches. Françoise de Panafieu trouve cela intolérable. «On n'a jamais vu ça! Aucune femme de droite ne sera élue à Paris en 2012! Depuis trente ans que je fais de la politique, je n'ai jamais connu Paris sans une femme députée (de droite). Ma mère, qui a été députée, non plus. L'UMP, ce grand parti du pays des droits de l'homme et du citoyen, s'assoit sur la loi qui exige la parité. Nous ne respectons pas la loi que nous avons nous-même élaborée et votée, et on s'étonne que les citoyens ne nous respectent pas!»

Selon un recensement effectué jeudi dernier par le collectif «Osez le féminisme», depuis le redécoupage électoral de 1988, plus de 70% des 577 circonscriptions françaises n'ont jamais élu de femme. A côté de ces 413 circonscriptions ayant, ces 25 dernières années, toujours envoyé un homme à l'Assemblée, seules 8 ont désigné cinq fois consécutivement une femme pour les représenter.

Femmes, Elections législatives, Personnalités, Paris, BanlieuesL'Assemblée nationale sortante était à 81,5% masculine, ce qui place la France au 18ème rang européen. Les estimations pour la nouvelle Assemblée donnent environ 30% de femmes élues. On progresse, donc. Mais on reste encore très loin de l'égalité.

Et, en attendant, pour «Osez le féminisme», le monde politique français continue à se distinguer par son «sexisme ordinaire».

Encore bravo.

01/06/2012

«Un peu de fantaisie»

Comme à chaque élection, c'est la candidate qui est la plus raillée par les passants, quand ils aperçoivent ses affiches sur les panneaux électoraux, celle qui se prend le plus de réflexions sexistes et machistes: Isabelle Laeng, alias l'ineffable Cindy Lee.

Elle se présente dans la septième circonscription de Paris, qui englobe notre 11ème arrondissement. Son «Parti du plaisir» milite «pour qu'un vent d'hédonisme souffle sur la France». Sa candidate-présidente ambitionne d'«apporter un peu de fantaisie et disons-le, de charme» à la campagne électorale:«Avec les armes qui sont les miennes, mon sourire, mon culot, j’entends continuer à livrer bataille au service d’une cause: notre bien-être à tous. Parce que je suis convaincue que l’homme doit être remis au centre de l’action politique, qu’il nous reste beaucoup de choses à faire pour aboutir à une société tolérante, fraternelle, solidaire et sans tabou».

Au delà de ces grands mots et du côté olé-olé du personnage, le programme électoral du «Parti du plaisir» (lire ici) est, finalement, assez sage et classique, hormis une proposition elle pas du tout consensuelle – «donner un statut social aux prostituées et abroger la loi sur la pénalisation des clients». Sinon, pas mal d'idées dans l'air du temps y figurent: le durcissement de la loi imposant aux communes de construire un minimum de logements sociaux, le non-cumul des mandats politiques, la baisse progressive de la part du nucléaire dans la production d’énergie, etc.

Rangée parmi les candidats «folkloriques», Isabelle Laeng n'en est pourtant pas à sa première tentative électorale. Aux législatives de 2007, déjà, elle s'était présentée dans notre 11ème arrondissement parisien. Son score électoral? 1,06% des suffrages. Soit, tout de même, 430 voix.

30/05/2012

Un fameux toupet

A dix jours du premier tour des législatives, on s'étonne un peu de ne pas encore avoir reçu, comme lors de précédentes campagnes électorales, de coups de fil intempestifs à la maison, émanant de politiques faisant leur promo par téléphone. Via des automates, qui invitent à taper sur la touche X ou Y pour entendre le message prétendument personnel laissé par tel ou tel candidat à tel ou tel mandat. A l'époque, on n'avait pas trop bien pris cette intrusion politique dans notre brave petite vie quotidienne. Et on avait raccroché, illico.

Pas encore subi de démarchage électoral par téléphone, mais, visiblement, affluent les plaintes d'électeurs relatives à des mails indésirables de ce type.

C'est qu'a annoncé la Commission de l'informatique et des libertés (CNIL), hier. Elle a adressé une «recommandation» aux candidats députés et à leurs partis, pour que soient mieux respectés les droits des personnes en matière de communication électronique. Cet organe dit avoir enregistré «de fortes réactions» d'électeurs ayant reçu des messages politiques non sollicités. Ainsi, tout particulièrement, «les Français de l'étranger, dont les adresses électroniques figurent sur les listes électorales consulaires librement consultables par les partis politiques, ont adressé de nombreux témoignages» irrités à la CNIL.

Qui a donc sommé les partis de rappeler deux règles à leurs candidats. La nécessité d'un consentement préalable de la part des destinataires des messages de sollicitation à caractère politique. Et le droit de toute personne à «s'opposer, sans frais, à la collecte ou à l'utilisation de son identité et de ses coordonnées», électroniques y compris.

Cela paraît le bon sens même, mais ce n'est manifestement pas toujours mis en pratique par les candidats. En témoignent les exemples assez effarants cités (ici) par la la CNIL. Et qui montrent bien le toupet, fameux, dont sont capables certains politiciens, pour parvenir à leurs fins.

24/05/2012

Un dénigrement, oui. Une dérision, non

Elections législatives, Elections présidentielles, Communication, Médias, Audiovisuel, Télévision, Langue françaiseA peine en a-t-on fini avec les spots de la campagne officielle pour l'élection présidentielle que voilà les clips pour les législatives. Dans un récent règlement, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) fixe les modalités de cette communication, jusqu'au moindre détail – par exemple, le minutage de ces clips, à la seconde près. Dans ce texte, on trouve aussi la réponse à une question que l'on s'était posée, pendant la campagne présidentielle.

A plusieurs reprises, à la vue des spots électoraux – ou des tracts imprimés – vantant tel ou tel candidat à l'Elysée, on s'était dit que cette propagande allait tout de même assez loin. Assez loin dans le dénigrement de l'adversaire: à coups d'arguments de mauvaise foi, de raccourcis, et de caricatures. La pub électorale comparative et mensongère est-elle donc permise, en France? C'était la question que l'on s'était posée.

La réponse? Oui et non, si l'on décrypte bien la note du CSA.

Oui? Ce règlement n'interdit aucunement aux candidats de dénigrer leurs adversaires. Non? Il leur interdit de les «tourner en dérision». Nuance.

Cette nuance, tentons de la cerner à l'aide des synonymes que donne «Le Robert» pour les termes dénigrement et dérision. Pas de dérision permise? Dès lors, les clips électoraux ne peuvent donner dans le dédain, l'ironie, le mépris, le persiflage, la raillerie, la risée ou le sarcasme. Pas de dénigrement explicitement interdit? Du coup, ces spots peuvent parfaitement être dans le registre de l'attaque, la dépréciation, la critique, la médisance ou la calomnie.

Aux partis politiques de louvoyer dans ces subtilités de la langue française. Et au téléspectateur-électeur de se débrouiller avec elles, puis de voter en citoyen supposé éclairé.

21/05/2012

Un air penaud

La parité au sein du nouveau gouvernement: on en parlait vendredi. En revanche, l'UMP inaugure sa période d'opposition en se distinguant, une fois encore, par son non-respect des obligations légales en termes de parité hommes-femmes, pour les élections législatives de juin. Sur ses listes, ne figurent que 28% de femmes.

«Je plaide coupable avec regret», «Ce n'est pas de gaité de coeur»: le n°1 du parti sarkozyste, Jean-François Copé, était moins sûr et fier de lui que d'habitude ce lundi, alors qu'une matinale radio-télé l'interrogeait sur ce point. «C'est un arbitrage que nous avons eu à rendre et qui était difficile», a-t-il tenté de justifier, penaud. L'ex-parti majoritaire craint de perdre des dizaines de sièges, à l'Assemblée. Dès lors, dans nombre de circonscriptions, plutôt que de faire de la place à des femmes sur ses listes, il a réinvesti des candidats (mâles) sortants. «Il était extrêmement difficile de les sacrifier. Chacun doit comprendre que, dans la période qui est la nôtre, il nous faut absolument avoir le maximum de députés et que cela passe par le poids, l'ancrage local de beaucoup d'entre nous», dixit Jean-François Copé. Dont le parti, pour ne pas avoir respecté la loi, devra payer plusieurs millions d'euros de pénalités.

Globalement, les autres formations respectent mieux l'obligation légale de parité. Il n'empêche, selon le ministère de l'Intérieur, on ne compte que 40% de femmes parmi les 6.591 candidats en lice au premier tour. C'est moins qu'aux législatives de 2007, où elles avaient été 41,6%.

07/03/2012

«Une tuerie» à venir?

Toutes les télés de France, hier soir, en ont évidemment fait leurs choux gras. Les députés qui étaient présents à l'Assemblée nationale dans l'après-midi ont passé le plus clair de leur temps... à se photographier. En effet, c'était la dernière séance de la législature. Du coup, toutes celles et ceux qui ne sont pas certain(e)s d'être réélu(e)s aux législatives de juin ont hier, dans l'hémicycle, sorti leur smartphone. Pour, par précaution, immortaliser leur présence dans ces honorables travées – ce sera joli, dans l'album-photos familial.

A en croire les échos, nombre d'élus de la majorité sarkozyste ne donnent pas cher de leur peau. «Ça va être une tuerie!», aurait même confié l'un d'eux (ici) hier. Avant de prédire qu’un tiers seulement des 317 députés UMP sortants retrouveront leur siège, fin juin.

On verra. En attendant, c'est l'heure du bilan du travail législatif accompli.

Très exactement 264 lois ont été votées, ces cinq dernières années. Mais toutes sont-elles bien entrées en application? Bonne question. «Nous en sommes, à ce jour, à 88,2% des décrets d’application (des lois) publiés», s'est félicité, hier, le ministre des Relations avec le Parlement. «Il reste encore 34 mesures en instance. Au mois d’avril, nous aurons pris 90% des décrets d’application de toutes les lois votées depuis 2007. C’est le meilleur résultat obtenu par un gouvernement depuis le début de la Ve République».

Au moins ils trouveront là un motif de consolation, tous ces députés qui seront sanctionnés par l'électorat, dans trois mois. Sans doute, pour elles et eux, est-ce déjà cela.