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03/03/2016

Un changement, cousu de fil blanc

 Femmes, Famille, Gouvernement, Elections présidentiellesCe matin, cela n'apparaissait pas encore dans l'organigramme officiel du gouvernement. Mais c'est François Hollande lui-même qui l'annonce, dans une interview au magazine féminin "Elle". Un changement de dénomination de ministère va être opéré.

Il est dû à la polémique qui avait suivi le remaniement ministériel de février. Uu ministère "de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes" avait été créé. Cette dénomination, jugée péniblement stéréotypée (les femmes d'office assimilées à l'éducation des gosses), avait été largement dénoncée, par les mouvements féministes (relire ). François Hollande en a pris acte. Et a décidé qu'il faudrait désormais parler de "ministère des Familles".

Au passage, ce changement d'appellation n'est bien sûr pas anodin, à treize mois du premier tour de l'élection présidentielle. En effet, le terme retenu renvoie implicitement à la grande réforme du "mariage pour tous", en 2013. Qui avait consacré, fût-ce tardivement et incomplètement, la reconnaissance par la France de la pluralité des situations familiales – et reconnu, singulièrement, les familles homoparentales.

Trois ans plus tard, donc, le choix de cette dénomination ministérielle est un clin d'œil subliminal fait par le chef de l'Etat à cet électorat. Alors que, mois après mois, sa popularité ne cesse de dégringoler, a fortiori parmi les sympathisants de gauche qui l'ont élu en 2012. Cela paraît vraiment très gros, comme manœuvre. C'est cousu avec du fil blanc très voyant. Mais, qui sait, à force de se multiplier, ces gestes présidentiels d'amabilité catégorielle finiront-ils par porter leurs fruits.

A ce stade, cela dit, on serait bien le dernier à en prendre le pari.

23/09/2014

Un concours de vacheries

C'était comique, hier, de voir Alain Juppé, sourire ironique aux lèvres, se dire «sensible aux paroles aimables à (son) égard» prononcées la veille au soir, à la télé, par Nicolas Sarkozy. L'ex-Président avait eu ces mots, le concernant: «Alain Juppé, je l'ai connu quand j'avais 20 ans. C'est un partenaire, c'est un ami, c'est un compagnon, c'est quelqu'un pour qui j'ai même de l'admiration. Et j'aurai besoin de lui». Sauf que ces échanges amicaux cachent évidemment un vrai concours de vacheries.

Ainsi, ce «Je l'ai connu quand j'avais 20 ans». C'est bien sûr une façon, pour Nicolas Sarkozy, de taper sur le clou du grand âge du maire de Bordeaux (69 ans), une ancienneté qu'en privé, les sarkozystes n'arrêtent pas de dénigrer. Quand on est soi-même quasi sexagénaire et qu'on précise, comme si de rien n'était, avoir fait la connaissance de quelqu'un il y a quarante ans, cela renvoie implicitement cette personne à un âge canonique.

De même, ce «J'aurai besoin de lui» sarkozyste: derrière son vernis amical, c'est d'une grande condescendance envers Alain Juppé. En effet, cela connote une relation hiérarchique: il a besoin de lui, comme l'on a besoin d'un collaborateur ou d'un adjoint. C'est d'ailleurs bien pour cela que le Bordelais, hier, sourire crispé, a rétorqué par un plus égalitaire «Nous aurons tous besoin les uns des autres», histoire de tenter de remettre les deux rivaux sur le même pied.

En tout cas, vu comme c'est d'emblée parti entre eux deux, cela promet d'ici à la présidentielle de 2017.

27/05/2014

Un grand train de vie

Elections présidentielles, Justice, Economie, Sarkozy, Gastronomie Les comptes de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 auraient donc été truqués, et pas qu'un peu. Le but de la manoeuvre? Eviter que ces dépenses électorales n'explosent trop, au risque de dépasser le plafond légal des dépenses maximales autorisées (22 millions d'euros, concernant chacun des deux participants au second tour). Certaines de ces dépenses auraient donc été payées, non sur le budget de campagne du candidat, mais par son parti: l'UMP. Qui, pour ce faire, aurait commis pour une dizaine de millions d'euros de fausses facturations.

Hier soir, dans une mémorable confession télévisée (ici), le directeur adjoint de la campagne du candidat Sarkozy, et en même temps bras droit du patron (démissionnaire) de l'UMP, Jean-François Copé, a personnellement confirmé l'existence d'un tel mécanisme. Et l'a justifié par «les dérives» des dépenses électorales sarkozystes de 2012. En substance, elles partaient tant en vrille qu'il fallait absolument trouver une solution comptable – fût-ce illégale – pour les ramener artificiellement à la baisse.

Le candidat Sarkozy a-t-il donc été exagérément dispendieux, il y a deux ans? A-t-il jeté l'argent par les fenêtres, lors de sa campagne élyséenne? En tout cas, on se souvient qu'à l'époque, on avait été frappé combien cette campagne menait grand train de vie.

Elections présidentielles, Justice, Economie, Sarkozy, Gastronomie Pour ne prendre que ce seul exemple – pas forcément représentatif de l'ensemble –, c'était saisissant pour tout ce qui concernait les dépenses relatives aux réceptions, aux traiteurs, à l'intendance, etc. On l'avait raconté dans ce blog, à l'époque (relire ): côté Sarkozy, c'était petits fours, miniardises et mets fins alors que, côté Hollande, c'était beaucoup plus frugal.

Si le restant du budget de sa campagne a été dépensé à l'avenant, l'ex-Président a du souci à se faire. Et on n'a pas fini d'entendre parler de cette affaire.

17/12/2013

Un pilier de la Sarkozie

C'est un pilier du système Sarkozy qui, depuis ce matin, avec Claude Guéant (ex-ministre de l'Intérieur et ex-n°2 de l'Elysée), est interrogé dans les locaux de la police judiciaire. A propos des soupçons pesant sur le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2007.

Même s'il est beaucoup moins connu à l'étranger que Claude Guéant, cet homme est pourtant un très proche de l'ancien Président. Son nom: Michel Gaudin.

Au n°77 de la rue de Miromesnil, dans le huitième arrondissement de Paris – là où Nicolas Sarkozy a installé ses bureaux, depuis qu'il a quitté l'Elysée –, c'est ce même Michel Gaudin qui dirige le cabinet particulier de l'ancien Président. A ce titre, il a la haute main sur son agenda, et connaît tous les secrets et les coulisses des multiples rencontres que Nicolas Sarkozy ne cesse d'avoir avec des personnalités. Auparavant, Michel Gaudin a été rien de moins que grand patron de la Police nationale (2002-2007), puis préfet de police de Paris (2007-2012).

A ce dernier poste, il régna d'une main de fer, ne lésinant notamment jamais sur les déploiements policiers impressionnants et sur les interpellations – ils s'en souviennent bien, tous ceux qui, pendant le quinquennat Sarkozy, ont manifesté dans Paris. Le voilà donc à présent, à son tour, placé en garde à vue: contraint de s'expliquer pendant des heures devant des policiers. Fameux retournement de situation.

15/06/2012

Une fin, ou un commencement

Dernière ligne droite de ce si long marathon électoral français de 2012: le deuxième tour des élections législatives, ce dimanche. Ce week-end, du reste, ce pourrait bien être la dernière fois que, dans ce pays, l'on organise ce type d'élections de cette façon.

En effet, des projets existent de modifier les modalités de ce scrutin – sans même reparler de la dose de proportionnelle que François Hollande a promis d'y instaurer, alors qu'il est aujourd'hui majoritaire. Qui sait la concrétisation de ces réflexions institutionnelles pourrait même être accélérée par le taux d'abstention astronomique qui a été enregistré dimanche dernier. Ainsi, on a beaucoup reparlé, ces dernières semaines, d'organiser dorénavant le même jour les scrutins législatif et présidentiel. Mais cela se heurterait au droit de dissolution de l'Assemblée dont dispose le chef de l'Etat, qui donc est susceptible de convoquer à tout moment des législatives.

Cette séquence électorale de 2012, du reste, a montré qu'il y avait d'autres sujets de réforme potentielle sur lesquels on pourrait utilement se pencher. Celui, par exemple, des 500 signatures de parrainage d'élus, réclamées de chaque candidat à l'Elysée – des parrainages à remplacer plutôt par une pétition de citoyens? Ou les inextricables difficultés que posent aux médias audiovisuels les règles si pointilleuses régissant le calcul et la répartition des temps de parole et d'antenne entre candidats.

Dimanche, donc, ce sera la dernière étape d'un interminable processus électoral. Mais ce sera aussi un commencement: le coup d'envoi donné au chantier de réforme éventuelle des règles électorales, chantier qui risque lui-même d'être très long, fastidieux, voire harassant.

13/06/2012

Un message, en boucle

Impressionnant, combien les autorités mettent le paquet: pour tenter que, dimanche, au second tour des élections législatives, le taux d’abstention soit moins historique qu’au premier tour.

 

Pour preuve, ce «message du gouvernement»: «Le dimanche 17 juin, vous allez élire votre député à l’Assemblée nationale. N’oubliez pas de voter: c’est important». Depuis trois jours, cette communication officielle est diffusée en boucle, sur toutes les radios de France. Sur les radios publiques comme privées. Et diffusée vraiment à longueur de journées: pas moyen d’y échapper – un vrai matraquage.

 

Ce rappel de la dernière échéance électorale de 2012 n’est pas inutile, à Paris y compris.

 

Certes, dans la capitale, dimanche dernier, on a un peu plus voté que dans le reste du pays. Comme aux législatives de 2007, le taux d’abstention a été de 40%, soit quasiment trois points de moins qu’à l’échelle nationale. Mais, dans la «Ville lumière» également, la chute de la participation a été énorme par rapport à l’élection présidentielle des deux mois derniers. Les Parisiens avaient pris part à concurrence de 80% au premier tour élyséen, en avril. Et, début mai, ils avaient été 83% à participer au match final entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. En un mois, donc, à peu près un électeur parisien sur cinq a choisi de ne pas retourner voter.

24/05/2012

Un dénigrement, oui. Une dérision, non

Elections législatives, Elections présidentielles, Communication, Médias, Audiovisuel, Télévision, Langue françaiseA peine en a-t-on fini avec les spots de la campagne officielle pour l'élection présidentielle que voilà les clips pour les législatives. Dans un récent règlement, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) fixe les modalités de cette communication, jusqu'au moindre détail – par exemple, le minutage de ces clips, à la seconde près. Dans ce texte, on trouve aussi la réponse à une question que l'on s'était posée, pendant la campagne présidentielle.

A plusieurs reprises, à la vue des spots électoraux – ou des tracts imprimés – vantant tel ou tel candidat à l'Elysée, on s'était dit que cette propagande allait tout de même assez loin. Assez loin dans le dénigrement de l'adversaire: à coups d'arguments de mauvaise foi, de raccourcis, et de caricatures. La pub électorale comparative et mensongère est-elle donc permise, en France? C'était la question que l'on s'était posée.

La réponse? Oui et non, si l'on décrypte bien la note du CSA.

Oui? Ce règlement n'interdit aucunement aux candidats de dénigrer leurs adversaires. Non? Il leur interdit de les «tourner en dérision». Nuance.

Cette nuance, tentons de la cerner à l'aide des synonymes que donne «Le Robert» pour les termes dénigrement et dérision. Pas de dérision permise? Dès lors, les clips électoraux ne peuvent donner dans le dédain, l'ironie, le mépris, le persiflage, la raillerie, la risée ou le sarcasme. Pas de dénigrement explicitement interdit? Du coup, ces spots peuvent parfaitement être dans le registre de l'attaque, la dépréciation, la critique, la médisance ou la calomnie.

Aux partis politiques de louvoyer dans ces subtilités de la langue française. Et au téléspectateur-électeur de se débrouiller avec elles, puis de voter en citoyen supposé éclairé.

15/05/2012

Une nouvelle ère (?)

Elections présidentiellesAu revoir Sarkozy, bonjour Hollande. Si d'aventure et par extraordinaire cela vous avait échappé, la France change donc de Président, ce mardi.

Exit l'homme du «travailler plus pour gagner plus», qui célébrait «le vrai travail». Place à l'homme qui a promis de «réenchanter le rêve français».

En somme, comme le dit un slogan facétieux qu'on voit pas mal sur les murs de notre onzième arrondissement de Paris, on passerait du «Métro, boulot, dodo» au «Dodo, vélo, disco».

Pas sûr, cependant, que, vu le contexte économique et social actuel, en France et en Europe, l'on soit autorisé à prendre ses désirs pour des réalités.

14/05/2012

Un (autre) candidat

L'ex-candidat Hollande sera donc investi en grande pompe, demain. Sera intronisé, en somme: le cérémonial de ces rituels républicains de passation de pouvoirs est tellement empesé que, demain, la France ressemblera plus que jamais à une monarchie républicaine. Et l'audimat des JT ou des retransmissions en direct des cérémonies montrera une fois de plus que les Français adorent cela.

L'ex-candidat Hollande s'efface donc, pour devenir le Président Hollande. Il faudra s'habituer à cette appellation.

Dans le même temps, dans les rues de Paris, les murs continuent d'être ornés d'affiches électorales appelant à voter pour... un candidat parfaitement inconnu, lui.

Personnalités, Elections présidentielles, Paris, Arts Il s'appelle Evelin Philibert. Nulle trace de lui dans les encyclopédies ou dans les dictionnaires de noms propres – à moins que cela nous ait échappé. Tout aussi inconnu au bataillon est son alter ego, dont le portrait est lui aussi affiché un peu partout sur les murs de la capitale, en ce moment: un certain Louison Rego.

Evelin et Louison. Physionomie surannée, patronymes désuets, obscurité de leur message: sur leurs affiches, pas un slogan, pas un engagement, pas un renvoi vers un site web, qui expliciterait la raison de leur présence ici, et dans une telle posture électorale.

C'est bien. C'est l'art urbain. Chacun y voit, ou pas, ce qu'il veut bien. Puis passe son chemin.

10/05/2012

Une participation en baisse

Elections présidentielles, Institutions, ParisPour en terminer avec les résultats de l’élection présidentielle dans la capitale, les Parisiens ont plutôt bien participé au scrutin. Dimanche, ils ont été environ 1 million à se rendre aux urnes, sur les quelque 1,2 million d’électeurs inscrits dans la capitale. Ce qui donne un taux de participation de 83% : légèrement supérieur à la moyenne nationale, et plus élevé qu’au premier tour, le 22 avril (80%).

 

Il n’en demeure pas moins que cette présidentielle 2012 a moins passionné les foules – à Paris comme dans le reste du pays – que celle d’il y a cinq ans. Ainsi, le 22 avril 2007, plus de 87% des Parisiens avaient voté.

 

Une participation en baisse donc, par rapport à il y a cinq ans. Dans notre 11ème arrondissement comme dans d’autres à Paris, pourtant, les derniers jours qui avaient précédé le premier tour, un collectif associatif avait placardé un peu partout sur les murs de la ville des affichettes appelant les électeurs à se réveiller et à exprimer leur volonté, via le vote.

 

«Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique». C’est la mention qui figure sur les cartes électorales qu’utilisent, pour voter, les citoyens français inscrits sur les listes d’électeurs. On souscrirait à 100% à cette assertion si le vote blanc était non seulement reconnu comme tel mais aussi pris en compte, en France – ce qui n’a jamais été le cas.

 

Voter est un droit ? Mais on ne peut nier à l’électeur le droit de ne pas se reconnaître dans l’offre électorale qui lui est proposée, les jours d’élection. Une partie sans doute des abstentionnistes ne sont pas des inciviques: ce sont des citoyens pour qui ne pas voter est un choix conscient, responsable, et revendiqué comme tel. Mais qui, le vote blanc étant méprisé, préfèrent encore voter avec leurs pieds, pour exprimer leur point de vue. Dans ces conditions, on trouve assez moyen d’ainsi les culpabiliser.

 

Mais ce n’est que notre avis.

09/05/2012

Un net progrès

A Paris, François Hollande en 2012 a fait beaucoup mieux que Ségolène Royal en 2007. Il y a cinq ans, le «ségolénisme», idéologiquement assez baroque, avait dérouté les Parisiens de (centre-) gauche. Et le maire socialiste, Bertrand Delanoë, avait soutenu avec des pieds de plomb la candidate. Qui, certes, s'était imposée dans 11 des 20 arrondissements. Mais, au global, pour l'ensemble des suffrages de la capitale, elle avait été battue, fût-ce de peu, par Nicolas Sarkozy: 50,19% contre 49,81%.

Dimanche, en revanche, François Hollande l'a emporté à Paris: du jamais vu pour le PS dans cette ville, à une présidentielle.

55,6% des voix: le socialiste y a devancé Nicolas Sarkozy de plus de 11 points, bien plus que l'écart national. Il s'est imposé dans 13 arrondissements: les 11 où Ségolène Royal l'avait emporté en 2007, plus deux arrondissements pourtant assez bourgeois: le neuvième et, surtout, le cinquième (le Quartier latin, fief de l'ex-maire de Paris Jean Tiberi, etc.)

Ses plus beaux scores, François Hollande les a réalisés dans les arrondissements du nord-est, les moins aisés: 67,6% dans le 19ème, 70,3% dans le 18ème, 71,8% dans le 20ème. Les bobos parisiens l'ont également plébiscité: 67,8% dans notre 11ème, 69,4% dans le 10ème (le canal St-Martin, etc) et 61,4% dans le troisième (le Haut-Marais).

Nicolas Sarkozy, lui, comme il se doit, a réalisé ses meilleurs scores dans les arrondissements à la fois les plus cossus et les plus traditionnellement à droite: 78% dans le 16ème, 72,5% dans le 7ème (l'arrondissement de Rachida Dati). Ces résultats impressionnants n'en sont pas moins en recul par rapport à il y a cinq ans. En 2007, le candidat de la droite avait fait 80,8% et 74,7% dans ces deux arrondissements, respectivement.

Nicolas Sarkozy a aussi régressé dans le très chic 6ème: 57,7%, contre 61,2% en 2007. Qui sait les électeurs de ces quartiers ont-ils été blessés par ce qui fut un leitmotiv de sa campagne: dans la plupart de ses meetings, le «candidat du peuple» a fustigé Saint-Germain des Prés, présenté comme l'exemple même de ces «élites parisiennes bien-pensantes» et abhorrées.

08/05/2012

Un défoulement

Elections présidentielles, Paris, Personnalités, Chanson française, Musique, SarkozyGros défoulement, à Paris depuis dimanche soir: sur les affiches électorales de l'ex-candidat Président. Et particulièrement dans des arrondissements comme le 11ème, où «La France forte» n'a vraiment pas fait recette, dans les isoloirs.

Le «TCHAO PANTIN» aperçu boulevard Richard Lenoir est encore le commentaire le moins désagréable de tous ceux qu'on a vus en rue. Les déclinaisons du «Casse-toi, pauv'con», du karsher, et de la racaille à nettoyer sont, bien sûr, légion. Beaucoup d'insanités, aussi. Le défoulement post-électoral passe visiblement par un langage en dessous de la ceinture.

Vu pas mal d'obscénités, aussi, sur d'autres affiches n'ayant, elles, aucun caractère électoral. C'est particulièrement frappant dans les couloirs et stations de métro, ces derniers temps. La personnalité qui en fait les frais est une vedette du show-bizz. Il s'agit de ... Johnny Hallyday.

Notre bon vieux Jean-Philippe Smet, l'autre jour, a fait savoir qu'il ne se mêlerait plus jamais de politique. Malgré ce revirement, cet ex-sarkozyste de choc semble toujours, dans l'esprit des gens, assimilé au Président sortant. Nombre de ses affiches annonçant ses prochains concerts sont maculées de slogans. Qui l'invitent à aller se faire voir – pour édulcorer... – par, chez, ou avec Nicolas Sarkozy.

L'histoire ne dit pas (encore) si elles subiront le même sort, les affiches faisant la promo d'autres artistes ayant soutenu, en 2007 ou en 2012, le candidat Sarkozy: les Faudel, Stéphane Freiss, Enrico Macias, Véronique Julie Lescaut Genest, Charlotte Rampling, ou autres Mireille Mathieu.

07/05/2012

Une liesse

elections présidentielles,parisBon, on ne va pas faire le malin: on n'avait jamais vu cela.

Jamais vu, depuis la bonne dizaine d'années qu'on vit à Paris: une telle liesse, une telle foule, une telle hystérie – pour dire les choses telles qu'elles sont.

Même lors de la victoire des Bleus à la Coupe du monde de foot, en 1998, la liesse à Paris n'avait pas été telle, d'après le souvenir qu'on en a gardé.

Dans notre onzième arrondissement, dimanche soir, aux alentours de minuit, seuls faisaient la tronche les CRS. Et les sans doute rares riverains qui avaient voté Sarkozy, et donc essayaient de dormir.

Juste, si l'on peut se permettre, deux trucs qu'on a trouvés plutôt moyens, dimanche soir à Bastille.

Pour circuler librement, dans le quartier, d'une de ses zones à l'autre, il fallait montrer patte blanche: il fallait... avoir été dûment accrédité, par le PS et/ou le QG Hollande. Sinon, pas moyen, par exemple, venant de Bastille, d'accéder aux boulevards Richard Lenoir ou Voltaire: gardés par les CRS. Une telle privatisation de l'espace public, par un parti censé de (centre-)gauche qui plus est, pose questions, à notre humble avis.

elections présidentielles,parisDeuxième constatation, dimanche soir : l'élection d'un socialiste à l'Elysée a entraîné illico, dans le quartier Bastille en tout cas, ... une fameuse flambée des prix.

Rue de la Roquette et ailleurs, par exemple, la cannette de Kro tiédasse, vendue à la sauvette par des marchands ambulants, se négociait, de haute lutte, aux alentours de 3€ pièce.

Cela promet.

Ou pas.

On verra.

06/05/2012

Un dénouement

Elections présidentielles, ParisFrançois Hollande.

Ou Nicolas Sarkozy.

Réponse à 20 heures.

Comme on l'avait fait il y a deux dimanches, un petit avis à l'attention de celles et ceux qui débarqueraient sur ce blog cet après-midi, dans l'espoir d'y découvrir le nom de l'heureux élu avant l'heure fatidique: vous devriez/pourriez plutôt trouver cela sur le site de la Libre (ici).

 

Sinon, une effervescence très perceptible, depuis 48 heures, dans notre onzième arrondissement parisien – terre socialiste, s'il en est. Au kiosque à journaux vendredi, à la boulangerie samedi, et ce midi encore au marché du boulevard Richard Lenoir, on a entendu des conversations très animées: échanges passionnés entre électeurs moyens, impatients de voir arriver l'heure du grand dénouement: le résultat du match de catch de l'année – comme le présente une facétieuse affiche aperçue en rue ce matin.

C'est à Bastille que se réuniront les sympathisants et électeurs socialistes ce soir, après l'annonce des résultats. Ils auraient voulu se rassembler à République, mais cette place est en travaux. C'est à Bastille, déjà, que le 10 mai 1981, le «peuple de gauche» avait fêté l'élection de François Mitterrand.

Elections présidentielles, ParisNotre brave quartier va donc encore connaître des heures chaudes, ce dimanche. A fortiori si François Hollande est battu? Il y a cinq ans (relire ici, ou), la victoire de Nicolas Sarkozy avait été vécue chaudement, dans cette partie du onzième arrondissement. Pendant plusieurs soirées consécutives, de la casse et des déprédations avaient été déplorées.

Du reste, en passant à Bastille il y a une heure, on a pu constater qu'une bonne partie des rues aux alentours avaient été interdites au stationnement, par la préfecture de police. Aperçu aussi que pas mal de CRS avaient été déployés.

Pour l'anecdote, dans notre bureau de vote, les gens glissent leur bulletin dans l'urne sous le regard de... Nicolas Sarkozy. Pas le Sarkozy en chair et en os, bien sûr. Mais son portrait officiel de Président, accroché au mur de la classe de l'école primaire où ont été aménagés les isoloirs. La configuration des lieux a voulu que ce portrait trône juste en face de l'urne.

Même s'il ne peut être assimilé à de la propagande électorale (rigoureusement interdite dans et aux alentours des bureaux de vote), on l'aurait tout de même fait décrocher du mur, ce cadre, si on avait été président de bureau de vote. Qui sait ce regard solennel et muet a-t-il pu influencer des électeurs...

04/05/2012

Une différence, ou l'autre

Elections présidentielles, personnalités, Hollande, Sarkozy, Langue française.Mieux vaut tard que jamais. Reçu ce matin, dans la boîte aux lettres, les «professions de foi» et deux bulletins de vote aux noms des deux finalistes de l'élection présidentielle, dimanche. Ce ne sont sans doute que des détails relevant de l'anecdote, mais, rien que sur la forme de ces dépliants électoraux, sans donc s'attacher à leur fond, on a été frappé par deux, trois petites choses.

François Hollande a choisi une police et un corps de caractère très grands et lisibles. Son texte est très aéré. En une minute ou deux, on en a fait le tour. A-t-il estimé que les dés étaient jetés, jugé qu'il n'y avait donc plus grand-chose à ajouter, hormis les grandes lignes de ses principales idées? Le texte de Nicolas Sarkozy, en revanche, est beaucoup plus serré, il y a beaucoup plus à lire, et, rien que dans la police et la taille des caractères utilisés, l'accès n'est pas aisé. S'est-il dit que ce document était pour lui la dernière occasion qu'il avait d'enfin convaincre, et qu'il lui fallait donc être très complet?

Une autre différence réside dans la manière avec laquelle ces deux candidats entament leur missive. «Mes chers concitoyens», écrit François Hollande. «Mes chers compatriotes», écrit, lui, Nicolas Sarkozy.

«Le Petit Robert», dans lequel on a jeté un oeil ce matin, n'établit pas vraiment la différence entre les deux termes. Concitoyen? «Citoyen du même Etat, d'une même ville (qu'un autre)». Compatriote? «Personne originaire du même pays qu'un autre». Le dictionnaire renvoie ses lecteurs d'un terme à l'autre. Il ne fait pas état de connotations particulières qu'aurait l'un ou l'autre de ces deux mots. Mais on n'a pas été étonné en découvrant cette différence dans l'utilisation des mots. Celui renvoyant à la citoyenneté est utilisé par le candidat de gauche, celui renvoyant à la patrie et au patriotisme l'est par le candidat de droite: c'est assez conforme avec la «coloration» implicite que ces deux termes ont, dans notre esprit.

Une différence, enfin, dans l'écriture entre les deux candidats.

Elections présidentielles, personnalités, Hollande, Sarkozy, Langue française.Nicolas Sarkozy achève son plaidoyer par quelques lignes manuscrites. On n'a aucune compétence en graphologie, mais on a trouvé que son écriture cadrait assez bien avec l'image que dégage son personnage. Ses lettres et la façon dont il les assemble forment un ensemble haché, nerveux.

On ne découvre l'écriture de François Hollande que via sa signature, qui clôt le document. Pour autant qu'on puisse en juger à cette seule signature, on semble là davantage dans le registre de la rondeur.

Mais, on le répète, sans doute ne s'agit-il là que des détails.

03/05/2012

Un exercice pas si facile

A nouveau faisons dans la cuisine interne et les coulisses journalistiques, aujourd'hui. Ce n'est pas facile, pour les journalistes de quotidiens paraissant le matin, de couvrir des actualités comme le grand duel télévisé d'hier soir. Dans le feu de l'action, d'ailleurs, on s'est souvenu s'être déjà dit cela il y a cinq ans à la même époque: le soir du duel Sarkozy-Royal.

Au risque de paraître immodeste, ce ne sont pas tant les thèmes abordés dans le débat ni la technicité des sujets qui posent problème. Après deux mois de campagne électorale quasiment 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, on maîtrise les données principales, les grands enjeux, les chiffres-clé, et les argumentaires des deux côtés. La difficulté réside dans les conditions techniques dans lesquelles s'effectuent les bouclages d'éditions, dans la presse écrite quotidienne.

Hier soir, le texte pour la première édition devait avoir été envoyé à Bruxelles à 22 heures, au plus tard. Il a donc dû être rédigé alors que le duel n'avait qu'à peine commencé. Or, ce genre de débat peut, à chaque instant, complètement déraper, totalement changer de physionomie. Difficile, dès lors, de s'autoriser des pronostics sur l'issue du match, rien que sur la base de ses premiers échanges. En outre, deux actualisations du papier étaient prévues, pour les éditions suivantes: la première à 23 heures, la seconde à minuit. A ces moments, il a donc fallu faire deux choses différentes en même temps. D'une part, continuer à suivre attentivement les échanges se poursuivant: absolument ne pas louper ce qu'il se disait d'intéressant. D'autre part, rédiger tout aussi attentivement l'actualisation du papier: absolument ne pas oublier d'y inclure ce qu'il s'était dit d'intéressant, depuis la dernière version envoyée. Le cerveau coupé en deux, en somme. Et les yeux rivés en permanence sur l'heure: sur ces minutes qui, dans ces circonstances, ont toujours l'air de filer plus vite que l'éclair.

Pas simple. Assez acrobatique, même. Cela exige une concentration phénoménale et, dans le même temps, à la fois le plus grand calme et la réactivité maximale.

Mais c'est évidemment dans ces moments-là que le journalisme est le plus excitant.

02/05/2012

Une agressivité

Elections présidentielles, Médias, Journalisme, PresseQuelle que soit son issue, dimanche soir, cette campagne présidentielle de 2012 restera dans les annales notamment pour ce qui fut une de ses particularités, jamais vue à ce point précédemment: l'agressivité envers la presse.

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, avec leurs tirades médiaphobes énervées, avaient donné le ton. Nicolas Sarkozy a embrayé sans vergogne, en rangeant les médias dans ces «corps intermédiaires» qu'il abhorre. A chacun de ses meetings, il a des phrases très peu aimables sur les journalistes, réduits peu ou prou à des bobos égotiques, indignement donneurs de leçons, et complètement coupés des réalités. Parmi les slogans scandés par la foule, lors de ses meetings, figure d'ailleurs un très ironique et aigri «La presse, avec nous!»

«Journalistes, dégagez!» Ce slogan-là, on l'a entendu scandé hier: lors du défilé du 1er mai du Front national. On y a vu certains journalistes se faire très virilement bousculer par les sbires du service d'ordre frontiste. Qui trouvaient qu'ils ne dégageaient pas assez vite quand le cortège avançait et/ou qu'ils s'approchaient un peu trop près de la famille Le Pen: pour tenter de les photographier, de les interviewer, etc. Hier aussi, cerise sur le gâteau, une journaliste du site web d'info Mediapart (très antisarkozyste, donc très détesté dans «La France forte») a affirmé avoir été violentée en marge du meeting sarkozyste du Trocadéro. Selon ses dires, des militants l'ont bousculée, traitée de «sale gauchiste», lui ont arraché le badge d'accréditation qu'elle portait au cou, ont empoigné son appareil photo et l'ont fracassé par terre.

Il est temps, décidément, que cette campagne s'achève.

30/04/2012

Un différence de traitement (culinaire)

On n'a pas gardé de souvenir de cela pour la campagne présidentielle de 2002. Mais, par contre, on se souvient bien qu'on s'était déjà fait la réflexion pendant celle de 2007. Côté coulisses, dans le genre donc très anecdotique, il y a une nette différence dans la manière dont les journalistes sont traités par les présidentiables. Une différence de traitement... culinaire.

Tous les candidats à l'Elysée ont l'habitude de garnir les salles de presse de leurs meetings de victuailles diverses et variées. Destinées sans doute à éviter que des journalistes y tombent d'inanition (ces meetings terminent souvent tard), ou qu'ils soient affamés/assoiffés au point que leurs compte-rendus de meeting s'en ressentent négativement. Or, entre les buffets de presse de Nicolas Sarkozy et ceux de François Hollande, il y a un monde de différence. Comme les buffets sarkozystes de 2007 n'avaient rien à voir avec ceux de Ségolène Royal.

Côté Sarkozy: les petits plats dans les grands. Petits fours et zakouskis. Miniardises et canapés garnis. Petites salades diététiques très chics. Macarons et viennoiseries venus des plus grandes pâtisseries. Cela sent la qualité comme l'opulence à plein nez. Et c'est servi par du personnel en livrée.

Rien de tel côté Hollande. Là, c'est la bonne franquette. Des sodas, du café, de l'eau, des jus de fruits, des chips, des biscuits standards: petits beurres, barquettes aux fraises, ou madeleines industrielles. L'essentiel y est, mais on ne passe pas des heures au buffet: on se sert son coca et, basta, on s'en va.

D'un strict point de vue culinaire (rien de politique là dedans), on préfère nettement la seconde formule. Lors des meetings sarkozystes, on n'ose à peine approcher le buffet des journalistes. Impression désagréable de jouer les pique-assiettes. Sensation dérangeante de se laisser cajoler. A la limite de la culpabilité.

Mais on ne jurerait pas que tel est aussi l'avis d'une majorité des journalistes couvrant cette présidentielle.

27/04/2012

Un «humour» vraiment pénible

Elections présidentielles, Personnalités, Femmes, HumourCe qui est parfaitement admissible et même franchement comique dans la bouche d'un humoriste-imitateur (relire ici) ne l'est pas du tout dans celle d'un politique. On l’a bien vu hier.

 

Le député sarkozyste Lionnel Luca (figure de proue de l'aile la plus à droite de l'UMP) s'en est pris, lors d'un meeting, au présidentiable socialiste en ces termes: «Hollande, qui a retrouvé une femme: Valérie "Rottweiler". Et c'est pas sympa pour le chien, ça!» Cette tirade en suivait d’autres, du même acabit sexiste et machiste, visant d'anciennes ministres sarkozystes et la candidate écologiste à la présidentielle. «Fadela Amara, ben moi j'ai toujours préféré Rachida Dati, d'abord parce qu'elle est moins moche et parce qu'elle a fait campagne pour le Président ». Eva Joly, «le seul truc à récupérer chez elle, c'est ses lunettes, elles sont modernes. Eva Joly, ouverte, généreuse... J'ai une pensée émue pour ceux qui sont passés entre ses mains».

 

Nicolas Sarkozy en personne, hier soir à la télé, s’est dit «désolé» de ce dénigrement de la compagne de son adversaire. Auparavant, plusieurs caciques de l’UMP, assez gênés, avaient déploré des propos qui «ne sont pas du niveau d'une campagne électorale». Et la propre porte-parole du candidat UMP, Nathalie Koscisuko-Morizet, avait sèchement rappelé que «misogynie et insultes ne peuvent tenir lieu d'argumentaire politique».

 

Le plaisantin n’a pas du tout apprécié d’être ainsi désavoué dans et par sa propre famille politique. «Cinq minutes de plaisanteries, sur 1h20 de conférence!», a-t-il fulminé. «Si on ne peut plus faire de l'humour, même si on le trouve discutable, la France est vraiment mal barrée!», s'est-il indigné.

 

C'est surtout «La France forte» qui, avec d'aussi pénibles individus, nous semble vraiment mal barrée. En termes de dignité.

26/04/2012

Un grand gaspillage

Dimanche, on se l'est encore dit: quel énorme gaspillage de papier que chaque élection en France. Enorme gaspillage, dû simplement au Code électoral

En effet, il impose à l'électeur d'entrer dans l'isoloir avec, en main, au moins deux bulletins de vote différents, puisés dans les piles de bulletins aux noms de chacun des candidats que l'on trouve à l'entrée du bureau de vote. Au moins deux bulletins, car, avec un seul, chacun présent dans le bureau à cet instant saurait pour qui l'électeur s'apprête à voter, et donc le caractère secret du vote serait enfreint. En effet. Mais 44 millions d'électeurs prenant chacun et chaque fois au moins un bulletin en trop, cela donne au minimum 44 millions de bulletins retrouvés chiffonnés dans les poubelles des bureaux de vote, à la fin de la journée.

C'est le si curieux candidat Jacques Cheminade – lanterne rouge du scrutin, dimanche: 0,25%, pas même 90.000 suffrages – qui a fait cette proposition pourtant elle très sensée: changer complètement ce système, pour, justement, moins gaspiller.

L'électeur voterait sur une feuille de format A4 où figureraient les noms de tous les candidats. Il cocherait le nom de son choix. Puis plierait deux fois la feuille et la glisserait dans l'urne. Du coup, plus besoin de prendre des bulletins qu'on n'utilise pas. Et donc autant d'économies de papier. Plus besoin même de prévoir la petite enveloppe bleue dans laquelle on met son bulletin de vote avant de la glisser dans l'urne. Et donc autant de manipulations épargnées, et autant de temps gagné dans le dépouillement.

D'innombrables pays (dont la Belgique) votent de cette manière depuis d'innombrables années, et cela fonctionne très bien. Pourquoi pas la France?