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18/12/2015

Un désintérêt manifeste

A partir de ce vendredi (mais dès hier, en Corse), les présidents de Régions élus ou réélus dimanche commencent à prêter serment. A propos des élections régionales, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) vient d'adresser une remontrance – parfaitement justifiée, selon nous – aux radios-télés. Pour la manière dont elles ont couvert un des volets de la campagne.

A savoir, la situation en outre-mer. Le CSA «déplore très vivement que les médias audiovisuels de métropole n’aient pas accordé plus d’attention aux enjeux et aux résultats électoraux» dans ces circonscriptions lointaines. D'autant que ces résultats n'ont pas été inintéressants: pas mal de changements. Dès dimanche soir (voir ), d'ailleurs, il semble que, dans les DOM-TOM, les réseaux sociaux se soient énervés de cette indifférence métropolitaine.

Indifférence dont ont aussi fait preuve, cela dit, des politiques. Et au plus haut niveau.

Ainsi, Manuel Valls a fait savoir qu'il avait téléphoné dès la fin du week-end dernier à toutes ces éminences régionales. Du moins, à celles élues ou réélues dans l'Hexagone. En revanche, le nouvel homme fort de la Corse (autonomiste il est vrai, une famille politique peu appréciée à Paris) a dû attendre jusqu'à ce matin pour recevoir le coup de fil de félicitations de Matignon. Et ses homologues d'outre-mer n'avaient pas davantage eu droit à cet honneur, pendant la semaine.

Après cela, on s'étonnera que plus de deux millions d'habitants d'outre-mer (et 300.000 Corses) aient parfois l'impression d'être considérés comme des Français de seconde zone.

14/12/2015

Un grand classique

Après avoir été pendant dix-sept ans à gauche, la région parisienne a donc basculé à droite hier soir, à l'issue du second tour des élections régionales. Vendredi, l'ex-ministre sarkozyste Valérie Pécresse deviendra la nouvelle présidente de région. Elle s'est imposée d'un cheveu (avec 60.000 voix d'avance, sur 3,8 millions de votants) face au candidat de la gauche, le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone (PS).

Mais, à Paris proprement dit, c'est ce dernier qui est arrivé en tête, et assez largement (49% contre 44%). Comme d'habitude, c'est dans les arrondissement de l'Est et du Nord de la capitale que la gauche a réalisé ses meilleurs scores: plus de 60% dans les 10e et 11e, ainsi que dans les 18e, 19e et 20e. Et, tout aussi classiquement, c'est dans l'Ouest parisien que la droite a cartonné: plus de 70% dans les 7e et 8e, près de 80% dans le 16e.

L'Est de Paris bobo/hipster et le Nord populaire qui votent plus que jamais à gauche. Les arrondissements les plus bourgeois de l'Ouest qui campent résolument à droite. Et le Front national qui, dans la capitale, a été réduit à un très maigre 6%. La couleur de la région a beau avoir changé, la cartographique politique de la "Ville lumière", elle, n'a pas évolué d'un iota.

11/12/2015

«Une immense fierté»

Elections régionales, Paris, Banlieues, TerrorismeLe second tour des élections régionales, ce week-end en France.

Donc, comme ce blog n'a pas encore eu l'occasion de le faire, depuis le premier tour, il est plus que temps de revenir rapidement sur la manière dont, dimanche dernier, ont voté les Parisiens (voir ) habitant le dixième et le onzième arrondissements. A savoir, les deux quartiers qui ont été endeuillés par les attentats du 13 novembre: il y a quatre semaines jour pour jour, ce vendredi.

Deux enseignements, pas inintéressants.

D'une part, les quelque 70.000 votants de ces deux quartiers ont fait partie des Parisiens qui ont le moins voté Front national. Alors que, dans tout le pays, ce parti a vu sa dynamique électorale renforcée, après les tueries. Le FN n'a recueilli que 7,3% et 7,5% des suffrages dans ces deux arrondissements, respectivement,. C'est très inférieur au score qu'il a réalisé dans l'ensemble de la capitale (9,7%). «Le peuple de Paris a défié la peur en répondant dans les urnes avec une dignité qui déjoue la stratégie des terroristes et qui m’inspire une immense fierté», a commenté la maire (PS), Anne Hidalgo, dimanche dernier.

D'autre part, les Verts – critiques à l'égard du virage ultra-sécuritaire de l'exécutif Hollande-Valls, après les attentats (l'état d'urgence, etc.) – ont réalisé leurs meilleurs scores parisiens notamment dans ces deux arrondissements ensanglantés, le mois dernier. 15,9% d'électeurs écologistes dans le dixième, 14,7% dans le onzième: loin devant le piètre score des Verts à l'échelon national. Du coup, au final, dans la capitale, le FN n'arrive qu'en quatrième position, derrière la droite sarkozyste, les socialistes et les écologistes.

Le Front n'en a pas moins recueilli plus de 18% des suffrages dans l'ensemble de la région parisienne. C'est deux fois plus qu'aux élections régionales de 2010. Et il a culminé jusqu'à plus de 30% en grande couronne parisienne: dans les zones rurales de la banlieue Est.

07/12/2015

Un certain relâchement (suite)

sécurité,police,terrorisme,paris,elections régionalesLégère surprise, tout de même, hier après-midi, devant et dans notre bureau de vote du quartier Saint-Sabin, dans le onzième arrondissement. Quartier, comme on le sait, une fois de plus endeuillé par la violence terroriste, le 13 novembre dernier.

Précisément, parmi les 615 bureaux de vote situés dans la capitale, ceux installés dans les 10ème et 11ème arrondissements avaient été identifiés comme «sensibles» par le ministère de l'Intérieur, paraît-il. A ce titre, ces bureaux étaient supposés bénéficier hier d'«une présence (policière) humaine, visible et renforcée, avec des patrouilles à l'extérieur de ces bureaux de vote, toute la journée». Des effectifs militaires avaient été appelés en renfort, avait-il été dit. Et la mairie de Paris, outre cette présence policière et le recours au personnel municipal, avait fait appel à 125 agents de sécurité privés, pour veiller au grain pendant ce scrutin.

Or, dans notre bureau de vote, on n'a rien vu d'un tel déploiement. A l'heure où on y est passé, en tout cas, un seul et unique agent municipal procédait à des contrôles très aléatoires des sacs. Aucune palpation de sécurité. Aucune vérification d'identité. Pas le moindre «filtrage systématique et rigoureux aux accès des bâtiments ou espaces recevant du public», comme l'impose pourtant le Plan Vigipirate à son degré de vigilance maximal. Juste trois policiers qui, une dizaine de mètres plus loin, bavardaient entre eux, très relax, les mains dans les poches, ne semblant pas prêter plus attention que cela au déroulement des opérations de vote.

Une fois des plus, donc, aurait-on eu une arme (arme à feu ou arme blanche) dans la poche de notre veste qu'elle aurait vraisemblablement franchi sans le moindre problème ce dispositif de sécurité très relatif. Et, dans ce bureau de vote, on aurait fait un carton.

Curieux, décidément.

12/11/2015

«Un Tchernobyl politique »

Elections régionales, Activisme, FemmesMoins d'un mois avant les élections régionales. Sauf énorme surprise, comme tant de scrutins précédents, elles devraient être marquées par un fort taux d'abstention et l'ampleur du vote de protestation.

N'échappant pas à une habitude bien ancrée en France, il s'agira d'un scrutin qui fera la part belle aux hommes. A en croire les calculs effectués par un confrère, sur les 132 listes qui sont candidates, seules 28 sont menées par des femmes. Mais, en région parisienne, la féminisation des têtes de listes est un peu meilleure: 30%, contre 21% de moyenne nationale.

Paris et sa banlieue qui, en outre, accueillent ce qui est sans doute la liste la plus improbable du scrutin: celle «des drogués, des putes et des exclus». Elle regroupe des activistes venus de milieux très divers: des défenseurs des free party, des militants pour les droits des gays et assimilés, des partisans de la dépénalisation du cannabis, des prostitué(e)s réclamant le droit au «travail du sexe», des adhérents du Parti pirate, des écologistes en rupture avec leur parti, etc. FLUO est le nom de cette liste, acronyme de «Fédération libertaire unitaire ouverte». Selon son fondateur, «ce qu’on est en train de faire, c’est vraiment Tchernobyl dans le milieu politique». Au programme – encore en cours d'élaboration, via une démarche bien sûr participative – , figurent le «soutien aux cultures alternatives», la mise sur pied d'une coopérative régionale pour la transition énergétique, la «régulation expérimentale du marché du cannabis dans le champ de l’économie sociale et solidaire», ou l'octroi du droit de vote aux étrangers.

Autant d'idées si décalées par rapport au courant idéologique dominant que, à moins que, tout d'un coup, les électeurs aient envie de se lâcher, au soir du premier tour, les résultats de cette liste seront probablement plus gris que phosphorescents.

03/11/2015

Un «rôdage» laborieux

Paris, Transports, Santé, Gouvernement, Environnement, Personnalités, Elections régionalesLe vent l'emportera... Et la pluie, aussi. La météo très automnale prévue ce mardi à Paris évitera que les politiques se prennent à nouveau les pieds dans le dossier de la circulation automobile alternée, pour cause de pollution atmosphérique.

Depuis dimanche, la maire de Paris, Anne Hidalgo, et la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, se renvoient la balle, dans un échange peu clair, concernant l'instauration d'une telle restriction de circulation. La maire la voulait () pour dès lundi. Ségolène Royal a refusé, puis, du bout des lèvres, a accepté l'idée pour, éventuellement, ce mardi. Jour où, toutefois, la météo venteuse et pluvieuse réduira la pollution. Donc, finalement, les deux éminences n'auront pas à – laborieusement – se mettre d'accord.

«On est encore en période de rôdage», a confessé la ministre, bien consciente du caractère peu glorieux de la séquence. Quant à la maire, elle considère avoir gagné la partie, puisque son interlocutrice a désormais explicitement confirmé que la circulation alternée serait automatiquement imposée en cas d'accord de la mairie et de la Région parisienne.

C'est peut-être un peu vite dit. Et c'est même, possiblement, un fameux boulet que va devoir traîner l'Hôtel de ville.

Paris, Transports, Santé, Gouvernement, Environnement, Personnalités, Elections régionalesEn effet, les élections régionales de décembre pourraient bien amener la droite sarkozyste au pouvoir, à la tête de cette Région. Une droite qui, on le sait, n'a pas du tout la même lecture des enjeux environnementaux que la majorité PS-Verts gouvernant Paris.

Dès janvier, donc, à chaque pic de pollution, Anne Hidalgo pourrait devoir mener un bras de fer avec une Région ayant basculé à droite, et pas fan de la restriction de la circulation.

Ce serait la répétition, en somme, de la longue cohabitation/confrontation que la maire et avant elle son prédécesseur, Bertrand Delanoë, eurent avec la préfecture (le bras armé du gouvernement) de 2002 à 2012, quand la droite était au pouvoir à l'échelon national – François Fillon singulièrement, lorsqu'il était à Matignon, a très régulièrement mis son veto, via la préfecture, à des projets (urbanistiques, notamment) de l'Hôtel de Ville.

02/06/2015

Une idée reçue, contredite

Voilà une étude qui tord le cou à un cliché que l'on applique souvent à la France. Pays dont on a coutume de dire qu'il concentrerait ses pauvres en périphérie – dans les banlieues, pour parler clair –, les centres urbains étant, eux, plus favorisés. Pays qui, donc, serait dans une situation exactement inverse de celle de la Belgique. Où les centres urbains sont fréquemment plus dégradés que les banlieues, elles pas rarement vertes et aisées.

Concernant la France, en tout cas, cette idée reçue est très largement à relativiser.

Ainsi, les dernières données en date de l'Institut de la Statistique (Insee) sur le niveau de vie des Français attestent que la pauvreté est également «très présente dans les villes-centres des grands pôles urbains». En effet, ces zones concentrent des catégories de population qui sont souvent les plus rapidement frappées par la crise et par le déclassement social: familles monoparentales, familles nombreuses et ménages jeunes. En termes de chiffres, voilà le tableau: «C'est généralement dans les villes-centres des grands pôles urbains, ainsi que dans les moyens et petits pôles, que la pauvreté pour ces catégories de ménages est la plus fréquente. Elle y concerne en moyenne autour de 27% des personnes parmi les ménages jeunes, 35% parmi les familles monoparentales, et, parmi les ménages de cinq personnes ou plus, respectivement 37% des personnes dans les villes-centres et autour de 27% dans les moyens et petits pôles» urbains.

C'est notamment en région parisienne que les disparités de niveaux de vie sont les plus marquées. C'est là que «se trouvent à la fois les départements ayant le plus fort et le plus faible taux de pauvreté». Paris, bien sûr, n'échappe pas à cette très grande dualité. Dans la «Ville lumière», «le niveau de vie au-dessus duquel se situent les 10% de personnes les plus aisées est en moyenne près de 6,7 fois supérieur à celui en dessous duquel se trouvent les 10% les moins aisés, contre un rapport de 3,5 en moyenne sur l'ensemble de la population» nationale.

Au passage, lors des élections régionales de décembre, il sera intéressant de voir comment la gauche va se débrouiller pour tenter de défendre un si piètre bilan, en termes de dualisation sociale de la région parisienne. Puisque ce sont les socialistes et leurs alliés qui gèrent cette région, depuis maintenant près de vingt ans (1998).

28/05/2015

Une fausse bonne idée?

Transports, Police, Economie, Personnalités, Elections régionales Obliger les usagers des transports publics à avoir une pièce d'identité sur eux. C'est l'une des idées de campagne de l'ex-ministre sarkozyste Valérie Pécresse. Qui, pour la droite, brigue la présidence de la région parisienne, en vue des élections régionales de décembre.

L'objectif affiché est de mieux lutter contre la fraude dans les transports. Aujourd'hui, neuf amendes sur dix infligées aux resquilleurs ne sont pas payées. Les intéressés donnant très souvent des identités et des adresses fantaisistes aux contrôleurs, les amendes ne leur parviennent jamais. Valérie Pécresse espère donc, via cette mesure, augmenter le taux de recouvrement de ces amendes.

Une partie de son raisonnement est d'une logique imparable: on peut très bien obliger les usagers du métro ou du RER à avoir une pièce d'identité sur eux, puisqu'on impose bien aux passagers des compagnies aériennes d'avoir leur passeport, et aux automobilistes de détenir leur permis de conduire et les documents du véhicule. Et il est vrai qu'en région parisienne, la fraude entraîne chaque année un manque à gagner de 400 à 500 millions d'euros, ce qui n'est pas rien pour les sociétés de transports. Mais une telle réforme, mine de rien, entraînerait un changement qui n'est pas mince.

Aujourd'hui, la loi permet aux contrôleurs des sociétés de transports ou autres vigiles et agents de sécurité de réclamer qu'on décline son identité. Mais elle ne les autorise pas le moins du monde à exiger que l'on produise une pièce d'identité, pour prouver celle-ci. C'est la prérogative des forces de l'ordre.

Transports, Police, Economie, Personnalités, Elections régionales Selon nombre de juristes, étendre cette possibilité à d'autres professions également nécessiterait probablement plus qu'une simple proposition de loi, et pourrait même poser des difficultés constitutionnelles.

Du reste, les syndicats des personnels des sociétés de transports ne sont globalement pas du tout demandeurs d'une telle évolution. Ils redoutent qu'elle conduise à terme à ce que des missions de police soient confiées à leurs agents, alors qu'ils n'ont aucunement été formés pour cela.

31/03/2015

Une absence (pour le moment)

Pas un seul. Dimanche, en région parisienne, le Front national n'a pas réussi à faire élire un seul conseiller départemental. Pourtant, c'est peu dire qu'en banlieue de Paris, ne sont pas absents les thèmes sur lesquels le FN prospère, électoralement: la précarité, le chômage, le déclassement social, les tensions intercommunautaires, l'insécurité, etc. Mais, autant au premier tour, dans nombre de cantons de la petite ou de la grande couronne parisienne, les candidats lepénistes n'ont pas rarement atteint les 30% des voix, voire ont frisé ou même dépassé les 40%, autant aucun n'a réussi à s'imposer au second tour.

C'est dû pour partie à la stratégie d'isolement choisie par le Front. Au premier tour, elle est très rentable pour lui. En effet, elle lui permet de ratisser tous les mécontents, en mettant la droite et la gauche (l'«UMPS») dans le même sac d'incompétence connivente – «les copains et les coquins», répète en boucle Jean-Marie Le Pen, depuis des décennies. Mais au second tour, sans le moindre allié à ses côtés, il est extrêmement difficile de dépasser la barre fatidique des 50%, et donc de s'imposer.

Cela dit, cette absence d'élus FN parisiens est due aussi, et pas marginalement, aux particularités du mode de scrutin départemental, pénalisantes pour les partis qui sont dans la configuration du FN. Aux élections régionales de décembre, en revanche, ce sera autre chose. En effet, il s'agira là d'un mode de scrutin très différent (forte dose de proportionnelle, prime octroyée au parti arrivé en tête, etc.). Dès lors, il serait très étonnant – et même a priori assez improbable – que, dans ce cadre-là, le Front ne parvienne pas à faire élire de candidats, à Paris et dans sa banlieue.

Ce n'est donc sans doute plus qu'une question de mois. Avant que la Région parisienne, à son tour, se mette à l'unisson d'un pays qui, un scrutin après l'autre, voit grandir le nombre d'élus d'extrême droite.

22/03/2010

Une galère

Galère. Le mot du jour. Et celui d’hier. Galère en effet, dans les bureaux de vote de la capitale. Témoin, ce dialogue saisi au vol dans notre bureau du onzième arrondissement. Vers 18 heures, un jeune préposé accueille avec un «Bravo!» sonore, et un peu ironique, un quidam venu voter. «Bravo! Avec vous, on atteint enfin les 50% de votants». Dans le quartier, a-t-on donc beaucoup plus voté hier que dimanche dernier? «Non, c’était galère», répond le gamin: «A peine quelques votants en plus, à la même heure. Pffff quelle journée pénible, passée à attendre!» De fait, en région parisienne hier, le taux d’abstention a frisé les 53% -- bien plus élevé qu’à l’échelle du pays.

 

Galère de la démocratie, ensuite. Avec le Front National qui, hier soir, a spectaculairement confirmé son redressement. Les frontistes, on les retrouve y compris à Paris. Pas plus tard qu’il y a un quart d’heure, au kiosque du boulevard Voltaire, un acheteur de journaux s’emportait face au vendeur qui, faute de «Figaro», épuisé dès la première heure, lui proposait «Libé». «Ca va pas, non? La gauche? Et encore quoi!? Moi ce que je veux, c’est que le Front national passe!» Légère gêne du kiosquier, d’origine immigrée.

 

Galère au boulot pour nous, hier soir. Galère technique au bureau parisien de «La Libre», galère pour le collègue ayant suivi la nuit électorale à «Libé», galère pour les journalistes mobilisés à Bruxelles. Le système n’a pas peu cafouillé. Dès 18 heures, on était, informatiquement, coupé du monde. Sans doute le trafic de la bande passante qui a explosé suite à l’afflux de connections d’internautes français à la recherche, dès la fin de l’après-midi, des résultats électoraux sur les sites web d’info belges. Du coup, pas mal de sueurs froides pendant toute la soirée. C'est modérément intéressant, on en convient, cette cuisine interne. Mais cela illustre une fois de plus ce que le grand public sait peu de la presse, généralement. A savoir le temps incroyable passé par les journalistes non à faire leur boulot (recueillir l’info, faire attention à ce que l’on écrit, etc.) mais à se prendre la tête avec la technique. Heureusement que quatre valeureux informaticiens, mobilisés pendant toute la soirée à la rédaction de Bruxelles, sont parvenus à éviter un plantage général du système. Le journal de ce matin aurait eu l’air malin, avec six pages électorales françaises complètement blanches. N’empêche, si déjà le système sature avec des élections régionales qui n’intéressent personne, cela promet pour la soirée électorale du premier tour de la présidentielle, en 2012...

 

Galère encore, et enfin, dès ce soir en région parisienne. Ce n’est pas le moindre des paradoxes. La campagne électorale, dans la capitale, a été centrée sur les transports. Avec notamment la gauche, gagnante comme prévu, qui, dans son dernier tract, promettait d’«accélérer la révolution entamée» dans ce secteur, et singulièrement dans le RER. Or, dès ce soir, ce sera sans doute à nouveau l’horreur dans ces mêmes RER, vu un mouvement de grève pour la défense de l’emploi, des salaires, des retraites et de la fonction publique. A Matignon hier soir, on annonçait sereinement «la continuité» au sommet de l’Etat, malgré le fiasco électoral. Dès ce soir et demain sur le terrain parisien, pour des millions de banlieusards, ce sera la continuité oui: dans la galère.

19/03/2010

Un «transfert»

De la cuisine interne dans ce blog, aujourd’hui. Car c’est une journée de boulot un peu spéciale pour nous ce vendredi, avant-veille du dénouement des élections régionales françaises. En effet, professionnellement, on est… transféré. Comme une star de foot en plein Mercato; non non, pour beaucoup moins cher, et même pour pas un rond – mais on est quand même ravi de ce «transfert» ;-)

 

Explication. Aujourd’hui, on ne va pas passer la journée au bureau parisien de «La Libre», mais à la rédaction de «Libération». Transfert journalistique très ponctuel – rassurons ou désespérons, c’est selon, nos lecteurs. En effet, dans le cadre du partenariat rédactionnel, déjà ancien, unissant ces deux journaux, leurs deux hiérarchies, qui se connaissent bien, ont mis au point un projet de couverture un peu spéciale pour le second tour, dimanche, de ce scrutin hexagonal. Résultats dans les pages de «La Libre», version papier, samedi matin déjà, lundi matin surtout.

 

Cela tombe bien: pour changer ainsi de lieu de travail aujourd’hui, on ne devra vraiment pas aller bien loin. La rédaction de «Libé», en effet, est située à deux pas des locaux parisiens de «La Libre». Entre ces derniers, situés pas loin de Bastille, et le siège du grand quotidien français, derrière la place de la République, il y a dix minutes à pied, à tout casser. Un voisinage géographique qui relève du pur hasard. Mais qui, en ces journées si chargées, tombera à point nommé.

18/03/2010

Une nébuleuse

royalistes.jpgA chaque élection, cela ne rate pas: une kyrielle de petits partis tentent de séduire l’électorat censé déçu par les formations traditionnelles. Ces élections régionales n’échappent pas à la règle. Mais dimanche, cette nébuleuse politique alternative n’a pas du tout mobilisé l’électorat. Ainsi, l’«Alliance écologiste indépendante», écologistes de droite menés par des people comme le chanteur Francis Lalanne ou l’ex-M.Météo Patrice Drevet, n’a récolté au premier tour que 40.000 voix en région parisienne, soit 1,4% des 3 millions de votants. Fiasco encore pire pour «Emergence», la «liste aux couleurs de la France des banlieues», issue du milieu associatif des «quartiers» comme on dit, et qui voulait remplacer «le disque rayé de la démocratie»: 12.000 voix, 0,4% de l’électorat.

 

A Paris dimanche, les électeurs pouvaient aussi voter pour une liste… anti-avortement. Cette «Liste chrétienne» revendiquait le soutien d’une association militante baptisée d’un acronyme qui en dit long: AMEN, comme «Arrêtons le massacre des enfants à naître». Pendant la campagne, les candidats de cette liste avaient été dénoncés comme étant «des fous de Dieu»  par le Front de gauche. Mais, alors que la France vient de fêter le trente-cinquième anniversaire du vote de la loi Veil ayant, en 1975, dépénalisé l’IVG, ces «fous de Dieu» ont fait un flop: 24.000 voix en région parisienne, soit 0,8% de l’électorat.

 

Tiens, dans la même mouvance idéologique, ces derniers jours dans le onzième arrondissement, «Les Volontaires du Roi» ont collé des stickers dans les rues de notre quartier. Ces «Volontaires» fleurdelysés sont le «Groupe d’Action Royaliste». Eux n’étaient pas candidats aux élections régionales. On ne saura donc pas combien de Français prônent, comme eux, l'abolition d’«un système politique décadent», la montée sur le trône de «l'héritier légitime de la couronne de France» (le «prince Jean de France, duc de Vendome»), l'«abrogation du regroupement familial, la restriction drastique du droit d’asile, la récupération du contrôle de nos frontières», etc. Sans oublier: «débarrasser le débat éducatif des idéologies pernicieuses», en particulier de «l’idéologie dite soixante-huitarde»  -- sur ce dernier point au moins, Nicolas Sarkozy en personne applaudira.

 

Dommage, dans un sens, que ces «Volontaires du Roi» n’aient pas été candidats aux élections: on aurait pu voir si les royalistes de France sont, ou non, aussi groupusculaires que les républicains de Belgique, qui prônent le rattachement de la Wallonie à la France. 

17/03/2010

Une coupure

Plus que jamais, depuis dimanche, la capitale française est coupée en deux. Politiquement, s’entend. En effet, les résultats du premier tour des élections régionales ont largement confirmé la vieille division électorale qui sépare Paris en deux parties. Cette fracture électorale parisienne est verticale. Tracez une ligne séparant Paris de part en part, du haut vers le bas. A gauche de cette verticale, à l’Ouest de la capitale donc (en gros, les beaux quartiers), on vote massivement à droite. Alors qu’à droite de cette verticale, dans l’Est parisien donc (pour faire vite: les quartiers populaires), on vote largement à gauche. Cela n’a rien de neuf, ce clivage sociologico-politique parisien? D’accord, mais, quand on regarde de près les résultats électoraux de dimanche, cela reste tout de même assez spectaculaire.

 

Ainsi, dans le seizième arrondissement, bastion chic de l’Ouest parisien s’il en est, l’UMP a cartonné à plus de …60% des voix, ne laissant que des miettes aux socialistes et aux écologistes (20% à eux deux). Idem dans le tout aussi select septième arrondissement, celui de Rachida Dati, aux pieds de la tour Eiffel: 54% pour l’UMP, 14% pour le PS, 12% pour les Verts. En revanche, de l’autre côté de cette verticale politique, dans l’Est parisien donc, le rapport de forces est exactement inverse. Dans le très populaire vingtième arrondissement par exemple (Ménilmontant, porte de Bagnolet, et tout cela), le score de l’UMP dégringole à…14%: dix points de moins que les Verts et deux fois moins que les socialistes.

 

Confirmation aussi, dimanche, d’une tendance électorale elle plus récente, qui s’était déjà manifestée aux élections européennes de l’an dernier (relire ici): le fort ancrage des Verts dans le Paris dit bobo. Deux exemples particulièrement éclairants. Dans le dixième arrondissement (les berges du canal Saint-Martin, etc.), les Verts (28,3%) font quasiment jeu égal avec les socialistes (29,7%). Et dans le deuxième arrondissement (les petites rues piétonnes du quartier Montorgueil, etc.), les amis de Daniel Cohn-Bendit, avec 28,9%, devancent de plus de trois points le PS. Et confirment leur position de premier parti.

16/03/2010

Une disparition

FNParis.jpgPoursuivons notre petite exploration des résultats des élections de dimanche dans notre quartier, et à Paris en général. Dans la capitale française, ce premier tour du scrutin régional s’est traduit notamment par la confirmation d'un phénomène politique qui ne date pas d'hier: le manque total d’ancrage de l’extrême droite – ce qui, au passage, n’empêche pas les militants de cette mouvance de s’illustrer, à l’occasion, dans le quartier (relire ici ou ). Dimanche à Paris, le parti de Jean-Marie Le Pen a, une fois de plus, fait des résultats désatreux. Ainsi, dans notre onzième arrondissement, le candidat frontiste n’a recueilli que 1.864 voix, sur quelque 38.000 suffrages exprimés, soit 4,8%. Manifestement, le slogan principal du FN, «Les Français premiers servis!», chez nous, n’a pas beaucoup plu.

 

Le onzième, assez bobo même s’il l’est moins que la caricature qu'on en fait souvent, n’est pas forcément représentatif de la sociologie de l’électorat parisien en général. Voyons donc le score du Front national ailleurs dans la capitale. L’on peut constater que, même dans les arrondissements les moins nantis de Paris (en gros, ceux au Nord: le dix-huitième, le dix-neuvième ou le vingtième), l’extrême droite n’a jamais engrangé plus de 6% des voix. Ses meilleurs scores parisiens, le parti de Jean-Parie Le Pen les a réalisés en fait dans les quartiers les plus chics, qui sont aussi des bastions de la droite, comme le seizième (7%).

 

En Région parisienne au sens large, le FN n’a pas davantage cartonné, malgré des scores nettement plus élevés dans certaines banlieues qu’à Paris: 12% par exemple en Seine Saint Denis et dans le Val d’Oise. Du coup, à l’échelle de la Région, le parti d’extrême droite, avec 9,2% des suffrages au total, n’a pas résussi dimanche à atteindre la barre fatidique des 10%, qui permet de se maintenir au second tour. Conséquence? C’est carrément la disparition prochaine de l’extrême droite du Conseil de la Région Ile-de-France, où elle compte à présent 9 élus.

 

Pour la capitale, c’est tout de même une évolution politique qui n’est pas complètement banale.

15/03/2010

Un désert

C’est peu dire qu’on n’a pas du tout été étonné hier soir, quand est tombé le chiffre astronomique relatif à l’abstention enregistrée dimanche, au premier tour des élections régionales. En effet, dans notre propre petit bureau de vote du onzième arrondissement parisien, dans le quartier Saint-Sébastien, c’était… le désert. Pas la moindre queue d’électeurs devant les isoloirs. Pas un chat et un silence de mort dans la cour de la petite école élémentaire réquisitionnée pour l’occasion. Et, dans les bureaux de vote, du personnel qui bayait aux corneilles. Frappant aussi: la moyenne d’âge des rares électeurs qu’on y a croisés tournait autour des 50 ans – là aussi, on n’a pas été étonné d’entendre le soir même les commentaires selon lesquels parmi les abstentionnistes, avaient figuré nombre d’électeurs jeunes et citadins.

 

Sur les quelque 80.000 électeurs inscrits de notre onzième arrondissement,  38.000 seulement ont glissé un bulletin dans l’urne. Dès vendredi soir, on a eu la puce à l’oreille de ce désintérêt général en constatant, à notre modeste niveau, que pas mal de nos copains étaient en partance pour le week-end, sans avoir pris leurs dispositions pour se faire représenter électoralement. Samedi, même constatation au téléphone avec les copains qui étaient restés à Paris: peu avaient l’air décidés à aller voter le lendemain. Un brunch, un footing, une expo, un ciné, une grande balade: on nous a parlé de tout sauf d’élections. Et dimanche, dans la cour de la maison, à la question de la journée entre voisins qui se croisaient (« Hello! Ca va? Tu vas voter, toi?»), on a surtout entendu des «Ouais, bof/ Peut-être, nsais pas/Non, je crois pas/On verra».

 

Hier donc, électoralement parlant, notre entourage a été parfaitement raccord avec la tendance globale du Français moyen. On ne sait pas trop si on doit se réjouir de cette dominicale harmonie.

12/03/2010

Un désintérêt

Dernier jour ouvrable avant un week-end électoral: dimanche en France, c’est le premier tour des élections régionales. Hier soir, c’était la grosse animation politique dans le quartier, a-t-on constaté en rentrant à la maison. Pour son dernier meeting de campagne, en effet, le PS avait réquisitionné le Cirque d’Hiver, la grande salle de spectacles du boulevard des Filles du Calvaire. Les socialistes y ont fait salle comble. La veille au soir déjà, au même endroit, les Verts et leurs leaders (Daniel Cohn-Bendit, José Bové, etc.) avaient réuni la grande foule.

 

L’affluence de militants constatée à ces grands meetings parisiens cache mal, toutefois, le large désintérêt de l’électorat pour ce scrutin. Le taux d’abstention qui sera annoncé dimanche soir le confirmera sans doute, mais d’ores et déjà, dans la vie quotidienne à Paris, on a pu constater cette assez faible mobilisation des foules.

 

Ainsi, c’était frappant hier soir devant le Cirque d’Hiver. Le PS avait déployé un écran géant sur la façade de l’édifice, sur lequel le grand public pouvait suivre en temps réel les interventions prononcés au même moment à la tribune par les orateurs. Sur le coup de 22 heures, c’était Martine Aubry qui était en train de discourir sur cet écran géant. Pour autant, à ce moment, les passants n’ont pas ralenti le pas pour l’écouter. Les riverains n’ont pas afflué pour la voir. Les fêtards des bars et restaurants du coin n’ont pas interrompu leurs agapes pour assister à ce moment. Et l’apparition sur grand écran de la patronne des socialistes n’a évidemment pas provoqué d'embouteillages sur le boulevard.

 

«Ces élections, ça n’intéresse personne!», nous avait dit, quelques heures plus tôt, le kiosquier d'un boulevard un peu plus loin, chez qui on va acheter la presse chaque matin avant d’arriver au bureau. La veille, il avait dû jeter à la poubelle «des dizaines d’exemplaires» d’un supplément électoral édité par un quotidien: «C’était gratuit, mais les gens ne le prenaient même pas». De même, dans notre quartier du onzième arrondissement, de nombreux panneaux électoraux, ce matin encore, étaient complètement vides. Et on n’a jamais vu, ces dernières semaines, des affiches électorales vandalisées, raturées, taguées, commentées, détournées, arrachées – comme c’était si fréquent aux présidentielles de 2007. Enfin, ces derniers dimanches matins, sur les marchés du quartier, on a bien croisé l’un ou l’autre militant en train de distribuer des tracts. Mais, on l'a vu, ils ne devaient pas rarement insister auprès des gens pour qu’ils les acceptent de les prendre. Et jamais on n’est tombé sur des discussions improvisées mais passionnées, en plein marché, entre militants ou électeurs de bords politiques opposés.

 

Du coup, si tant est que ces quelques petits indices de la vie quotidienne parisienne soient révélateurs d’un climat général, on ne serait pas du tout étonné que les bureaux de vote soient plutôt déserts, dimanche.