01.02.2012
Un irrespect grandissant
Cinq ans ce mercredi, jour pour jour, que la France a étendu l'interdiction de fumer notamment à tous les lieux de convivialité (bars, restos, boîtes, etc.). Cinq ans plus tard et d'année en année, cette loi paraît de moins en moins bien appliquée. A en croire un sondage, 32% des Français ont subi la fumée d'autrui dans de tels établissements. Un pourcentage qui grimpe à 60% pour le tabagisme passif enduré aux terrasses de cafés ou de restaurants.
Ce contournement de la loi, on en est témoin chaque jour quasiment, dans notre onzième arrondissement. Il est particulièrement flagrant, pour ne prendre que ce seul exemple, à l'heure des courses: tiercé, quarté et autres quinté plus. Dans les bars-PMU de quartiers populaires, a fortiori s'ils sont équipés d'écrans géants, au moment où les chevaux prennent le départ, la tabagie y est souvent à la hauteur de l'excitation des parieurs: à son comble.
Théoriquement, fumer en terrasse est autorisé uniquement lorsque celle-ci est complètement ouverte. Quand donc elle n'est pas recouverte en tout ou en partie par ces auvents de bâches en plastique transparent que l'on installe si souvent à Paris, dès que la belle saison est finie. Dans la plupart des cas, dans le onzième comme dans d'autres arrondissements, vous trouverez des fumeurs dans de tels espaces, même si ceux-ci sont entièrement clos.
Au passage, à propos des terrasses à Paris, une constatation qu'on a faite, cet hiver.
On y trouve toujours autant de braseros – a fortiori par ces temps de grand froids. Or, l'an dernier, la mairie avait parlé de progressivement interdire ces installations. Les parasols chauffants, en effet, s'ils assurent un confort aussi douillet qu'appréciable aux clients en terrasse, sont extrêmements énergivores, et donc peu écologiques. En outre, ils polluent énormément. Et dégageraient un air qui ne serait pas excellent pour la santé.
Un an plus tard, donc, exactement comme on en avait fait le pari à l'époque (relire ici), on n'a pas progressé d'un iota en la matière, à Paris.
12:06 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tabac, santé, environnement, art de vivre, paris
12.01.2012
Un «effet papillon»
C'est un exemple de la théorie selon laquelle «le monde est un village», désormais global. Une illustration de ce qui est appelé aussi l'«effet papillon»: «un battement d'aile de papillon à Paris peut provoquer quelques semaines plus tard une tempête sur New-York».
Cela se passe à Paris. Sur un sujet qui n'est pas d'un intérêt planétaire, mais qui, en un de ses aspects, renvoie à des logiques mondiales dépassant complètement le Parisien.
Cela concerne l'annonce faite en début de semaine par la mairie. Qui a déclaré la guerre... aux mégots de cigarettes. Chaque année, dans les rues ici, les services de nettoyage en ramassent... 315 tonnes. Une consoeur du «Figaro» a eu l'amabilité de faire le calcul: «Sachant qu'une cigarette pèse à peu près 90 grammes, cela représente plus de 350 millions de clopes» consommées chaque année dans Paris, leurs résidus étant ensuite jetés sur la voie publique. A terme, quiconque sera surpris en train de balancer un mégot dans le caniveau sera passible d'une amende de 35 euros.
Pourquoi pas. A ceci près que Paris diffère sur un point au moins d'autres capitales internationales qui, comme Singapour ou Tokyo, font la chasse aux fumeurs-pollueurs.
Dans la «Ville lumière», les cendriers publics sont rares. La mairie en est bien consciente, qui vient d'annoncer que, dans les mois à venir, leur nombre passera de 2.000 à 20.000.
On les trouvera sous la forme d'«éteignoirs». Il s'agit de ces petites plaquettes métalliques perforées qui sont apposées sur les cerclages supérieurs des poubelles, qui permettent de bien écraser sa cigarette, puis de s'en débarrasser dans ladite poubelle sans lui mettre le feu.
Très bien. Mais, la pollution des rues de Paris par les mégots ne datant pas d'hier, pourquoi donc les poubelles de rues ne sont-elles pas, depuis belle lurette, déjà équipées de tels «éteignoirs»? C'est ici que l'on retrouve notre «effet papillon».
Les «éteignoirs» qui figuraient jusqu'à présent sur ces poubelles n'y ont pas subsisté longtemps: en majorité, ils ont été rapidement dérobés. Pourquoi? Parce que le métal les constituant, l'inox, a vu son cours flamber sur les marchés mondiaux. Du coup, ces plaquettes métalliques a priori si anodines, et toujours très crasseuses, sont très prisées par les malandrins, qui les dérobent, les stockent, puis les revendent en masse à des grossistes profitant de la flambée des cours mondiaux de l'inox.
La mairie de Paris prévoit donc que la prochaine génération d'«éteignoirs» ne sera plus en inox. Mais dans «un matériau composite» qui aura un double avantage. D'une part, il résistera aux températures très élevées des bouts de cigarette incandescents. D'autre part, il n'aura pas la moindre valeur marchande. Ce qui permettra d'«éviter le pillage en règle» de ces écraseurs de clopes.
Rien n'est jamais simple, décidément, dans la gestion de la cité.
12:21 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, propreté, environnement, santé, tabac, economie, art de vivre
10.01.2012
Une année d'énormes travaux (encore)
Il va falloir supporter encore plus le bruit des bétonneuses et des marteaux-piqueurs, à Paris cette année – comme s'il n'y avait pas déjà assez de vacarme dans cette ville...
C'est ce qu'on s'est dit hier soir, en passant place de la République. Où, soit dit en passant, cela va aussi bouchonner, klaxonner, s'énerver et polluer encore un peu plus qu'avant, cette année.
Hier lundi, en effet, ont débuté les travaux de réaménagement de la grande place de l'Est parisien. L'idée est de la transformer en vaste et belle «esplanade piétonne arborée». «De nouveaux arbres, un bassin, un miroir d'eau», et une circulation automobile complètement chamboulée, qui ne fera plus le tour de la place, comme depuis toujours, mais sera reléguée sur un de ses flancs. Pourquoi pas. On verra. C'est au printemps 2013 qu'on jugera cela.
Le vacarme des travaux toujours, et pour encore un sacré bout de temps, au centre-ville cette fois: aux Halles.
L'immense chantier de rénovation et de réaménagement du complexe commercial et de ses alentours n'en est qu'à ses débuts: il ne sera pas achevé avant 2016. La mairie nous promet monts et merveilles. «Un nouveau jardin convivial ; un quartier piéton étendu et des voiries souterraines restructurées; un nouvel édifice inspiré de la nature, La Canopée, qui reliera la ville du dessus à la ville du dessous; des cheminements simplifiés et plus confortables; une gare RER plus vaste et plus fonctionnelle; un Forum plus lumineux et moderne; des accès au Forum réorganisés… Avec un cœur de la métropole à l’image d’une capitale accueillante, vivante et dynamique, voilà le Paris de demain qui prend forme».
Mais, dans le quartier, il y a aussi des gens (là) pour qui ce projet pharaonique (802 millions de budget) est «absurde», «hideux», «exorbitant» et «interminable»: un vrai «scand'halles», en somme. Du coup, la bagarre se fait aussi devant les tribunaux. Et, s'il fallait donner le score de cet interminable match urbanistico-juridique, on dirait que c'est égalité 1 partout.
Côté pile, le tribunal administratif a rejeté le recours qu'avait introduit le comité de quartier contre le protocole financier, juteux, passé entre la ville de Paris et le consortium privé pilotant le projet: une filiale des groupes Axa et Unibail-Rodamco.
Mais, côté face, la mairie vient de voir annulé en justice l'avenant qu'elle avait conclu avec l'architecte de la Canopée: ce toit de verre géant – péniblement verdâtre, trouve-t-on, mais les goûts et les couleurs... – qui, à 14 mètres de haut, surplombera les futures Halles.
Les juges ont estimé que cet avenant augmentait de façon exagérément importante le montant du contrat initial. Le jugement «n'a nullement pour effet de remettre en cause l'opération des Halles, ni de suspendre ou retarder le chantier de la rénovation, qui se poursuit dans le calendrier prévu», a précisé illico (ici) la mairie.
A Paris, c'est sûr, on n'a pas fini d'en parler, de ce chantier.
12:19 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, urbanisme, patrimoine, environnement, justice, transports
05.12.2011
Une concurrence, ou l'autre
On l'a trouvé un peu aigri, Bertrand Delanoë ce matin, sur une radio. Le maire de Paris, qui a son caractère, déteste qu'on lui fasse de l'ombre. Ce matin, il donne le coup d'envoi à la grande marotte de son deuxième mandat: Autolib, le service de location de voitures électriques en libre-service. Mais, au même moment, se déroule un autre grand raout médiatique concurrent: celui que Nicolas Sarkozy consacre au RER, à La Défense. N'appréciant guère cette «indélicatesse», le maire de Paris ne s'est pas fait prier pour, ce matin, faire savoir que Nicolas Sarkozy et son gouvernement n'avaient «pas mis un euro» dans ces nouvelles rames du RER que le chef de l'Etat va inaugurer en grandes pompes...
Parlant de concurrence, cet Autolib ne fait pas que des heureux. Les compagnies de taxi et les sociétés de location de voitures sont folles de rage, et ont d'ailleurs porté plainte au tribunal administratif. Selon elles, on est clairement en présence d'une distorsion de concurrence. En effet, l'opérateur privé d'Autolib (le groupe Bolloré) a été aidé à hauteur de 250 millions d'euros par les pouvoirs publics parisiens pour développer ce service.
Les risques de concurrence, c'est aussi une des raisons pour lesquelles les Verts n'adorent pas ce dispositif. Selon eux, les Parisiens, pour leurs petits trajets en ville, risquent désormais de délaisser Vélib pour Autolib. «Cela remet en cause des années d'efforts pour réduire la circulation automobile», dans un centre-ville déjà notoirement sursaturé de bagnoles.
La concurrence, toujours, c'est ce que dénonce aussi le lobby des automobilistes parisiens. Pour l'instant, on ne compte que 250 stations Autolib à Paris et dans sa proche banlieue. Mais, à terme, le nombre de ces stations à l'allure de bulles à verre sera multiplié par quatre, qui proposeront au total 3000 véhicules de location. Autant d'engins qu'il faudra bien garer quelque part, donc autant de places de stationnement en moins destinées à l'automobiliste moyen – pour qui se garer dans Paris relève déjà si souvent du cauchemar quotidien.
11:13 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, transports, environnement, delanoë, sarkozy
19.07.2011
Un grand classique (pour la forme)
Chaque été cela revient: c'est un grand classique de la saison. Un grand classique de l'été parisien mais pas seulement: de l'été français, plus largement. On veut parler des arrêtés interdisant la vente d'alcool après une certaine heure de la soirée: mesures destinées à limiter les libations nocturnes et alcoolisées en plein air, et donc à calmer un peu la colère des riverains des quartiers noctambules qui, à cette saison, ne ferment plus l'oeil.
Ces derniers jours, les médias français ont énormément parlé d'une telle prohibition que vient de décréter la mairie de Lyon. Ils ont moins dit que, depuis plusieurs semaines déjà, à Paris, des panneaux interdisant la consommation d'alcool après 21 heures ont fait leur apparition sur les rives de notre bon vieux Canal Saint-Martin. Canal qui, chaque été, est un haut lieu parisien de pique-nique, de musique et de convivialité, jusqu'à pas d'heure. Dans la foulée, a-t-il été confirmé hier, la préfecture de police de Paris a étendu cette interdiction en amont: autour du bassin de La Villette.
Pour La Villette on ne sait pas (on n'y est pas allé ces derniers soirs), mais pour le Canal Saint-Martin et le boulevard Richard Lenoir, son prolongement jusqu'à Bastille, pas de doute: cette prohibition n'est absolument pas respectée. Jusque tard le soir, des groupes de joyeux fêtards continuent d'y refaire le monde au coin de bouteilles de vin et de canettes de bière ou de faire des parties de pétanque aussi disputées que sonores.
Ah oui, aussi, ce témoignage lu avant-hier, dans un journal du dimanche, du gérant d'un bar fameux du quai de Loire: le «Bar Ourcq». C'est là où nombre d'usagers nocturnes du Canal ont l'habitude d'aller se réapprovisionner en alcool, avant de retourner continuer à faire la fête au bord de l'eau. «C'est le flou total autour de cet arrêté» préfectoral estival, selon l'intéressé. «Il est écrit noir sur blanc que l'on ne peut plus vendre d'alcool à emporter en soirée, mais les autorités nous assurent que ce texte ne sera pas appliqué».
De qui se moque-t-on?
PS. Sinon, Canal Saint-Martin toujours, on a remarqué que, cet été, avaient été installés des urinoirs provisoires, en plein air. Bien: cela réduira les puanteurs matinales insupportables. Juste: et les demoiselles, elles font comment? Pas le moindre lieu d'aisance, comme on disait jadis, ne semble prévu pour elles. Encore bravo, Messieurs de l'Hôtel de Ville.
11:31 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, art de vivre, environnement, jeunesse, sécurité, femmes
16.06.2011
Une «sécheresse sans précédent»
«Regarde le ciel», nous conseillait ce matin, sur le chemin du bureau, un pochoir aperçu sur le bitume, dans notre quartier du onzième arrondissement. On se disait que l'auteur de ce slogan avait bien raison. On a toujours trouvé incomparablement déstressant de s'octroyer une petite pause pour contempler le ciel, qu'il soit uniformément azur ou rempli de nuages. Les Parisiens, souvent si énervés, devraient faire cela plus souvent.
Ciel changeant voire un peu morose cela dit sur Paris, ces derniers jours. En le constatant ce matin, on se prenait à déjà regretter le printemps si sublimement estival auquel on a eu droit. Puis, on s'est ravisé: pensant à tous ces gens qui, dans cette région aussi, ont été très heureux qu'il pleuve un peu.
Car, oui, la région parisienne – en dépit de la caricature qu'on s'en fait souvent à l'étranger (en gros: la «Ville lumière» entourée de banlieues horribles et délinquantes) –, a elle aussi son agriculture. Et donc des gens qui, actuellement, sont touchés de plein fouet par la sécheresse. Très exactement 228.000 hectares du territoire de la région-capitale sont consacrés à l'agriculture: pour 60% à la culture des céréales. Ce paysage risque de ne pas perdurer éternellement. Selon la chambre régionale de l'agriculture (ici), «100.000 hectares de terres fertiles ont disparu en l’espace de 50 ans au profit de l’expansion parisienne. Ces dernières années, ce sont 1 300 hectares de terres agricoles qui sont transformées chaque année en espaces urbains».
Et, cette année, ces agriculteurs parisiens souffrent eux aussi de la sécheresse. Sécheresse qui ne date pas d'hier, du reste: cela fait plusieurs années (relire ici, par exemple) que sont mal en point les nappes phréatiques de la grande banlieue Est de Paris, qui alimentent la capitale en eau. Mais cette année, les céréaliers de l'Essonne, des Yvelines et du Val d'Oise trinquent plus que jamais. Ils estiment que le manque d'eau leur a déjà fait perdre... 40% de leur production! L'autre jour, la majorité de gauche qui gouverne la région parisienne a été sommée par la droite de réagir de manière «immédiate et adaptée» à cette «sécheresse sans précédent», en étant «aux côtés des agriculteurs». L'UMP demande au Conseil régional «de mettre en place une aide au transport et à l'achat de fourrage, d'intervenir auprès des banques pour bonifier les prêts aux agriculteurs, et de participer financièrement à la création de bassins de stockage des écoulements d'eau».
En guise de chute à cette note, quelques précisions qu'en bon Parisien moyen, donc indécrottablement urbain, on trouve délicieusement bucoliques. L'agriculture de la région parisienne est la première productrice nationale de cresson, de persil et d'azalées, et la deuxième pour ce qui concerne les plantes en pot. Elle produit aussi d'énormes quantités de «pois protéagineux» et de «féverole» – on ne voit pas même ce que c'est, donc rien que ces noms nous semblent furieusement exotiques.
12:23 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : météo, agriculture, environnement, economie
05.04.2011
Un besoin?
On l'avait entendue, cette réflexion à la radio. L'autre jour, en marge du grand débat sur le nucléaire qui a agité la France, comme d'autres pays, après la catastrophe de Fukushima. Et puis, on avait perdu cela de vue. Jusqu'à hier. Jusqu'à ce que, au hasard de nos pérégrinations dans le métro de Paris, on retombe sur un de ces nouveaux panneaux publicitaires qu'on a déjà pas mal évoqués dans ce blog (relire ici, là ou là). Un de ces panneaux lumineux et animés qu'on trouve désormais dans d'innombrables stations ici – et qui, au passage, font (un peu) mal aux yeux (*). Ce panneau-là, pour l'anecdote, arborait un slogan rageur («NO PUB») tagué sans doute par un militant d'une association luttant contre l'invasion de la réclame.
La réflexion émanait d'un dirigeant d'une association qui, pour faire vite, milite en faveur d'une société de consommation moins énergivore. «Il serait temps de réfléchir à notre consommation d'énergie», recommandait-il. «Par exemple, on trouve en ce moment, dans le métro de Paris, des écrans publicitaires vidéo lumineux qui consomment énormément d'électricité. En a-t-on vraiment besoin pour notre bien-être?»
Bonne question.
(*) Panneaux publicitaires, qui, toutefois, à ce stade en tout cas, sont silencieux. Mais ne désespérons pas. Un de ces jours, l'un ou l'autre responsable de la régie publicitaire de la RATP proposera certainement qu'on leur ajoute le son. Ce sera vraiment merveilleux. Les dix millions d'usagers quotidiens des transports publics parisiens auront le privilège de profiter à longueur de journées de slogans publicitaires hurlés à tue-tête. Et les espaces sur ces panneaux se vendront encore plus chers aux annonceurs.
12:17 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, métro, publicité, environnement
04.04.2011
Un bilan toujours aussi mauvais
«Contrairement à nos espoirs, les choses s'améliorent, mais pas assez vite ». C'est ainsi que les dirigeants de l'organe de contrôle de la qualité de l'air en région parisienne ont résumé leur dernier bilan annuel, qu'ils viennent de publier. La situation reste préoccupante. Pour preuve, «entre 1,8 et 3,6 millions» d'habitants de la région parisienne «sont potentiellement exposés à des niveaux de pollution qui ne respectent pas la réglementation, principalement le long du trafic et dans le coeur de l'agglomération parisienne».
Cela vaut d'ailleurs de gros ennuis à la France. L'Europe lui réclame des comptes à propos de la pollution au dioxyde d'azote: un gaz très irritant, qui pénètre au plus profond des plus fines ramifications des voies respiratoires. En région parisienne, la teneur moyenne en dioxyde d'azote est deux fois supérieure aux normes européennes, et touche 9 Parisiens sur 10. Idem pour la pollution due aux particules fines. La directive européenne autorise 35 jours lors desquels la barre des 50 microgrammes /m3 est dépassée. Or, dans certaines villes de la région parisienne comme Saint-Denis, on a recensé... 176 jours de dépassement en 2010. Cette situation perdurant depuis 2003, elle vaut désormais à la France un gros contentieux avec l'Europe, qui compte bien lui imposer des amendes d'un montant faramineux.
A propos de ces particules fines, précisément, c'était vraiment frappant, ces dernières semaines à Paris et dans sa région: frappant, le nombre de jours où la pollution de ce type a été telle que la procédure d'information du grand public a dû être déclenchée. Pendant le seul mois de mars, six jours ont été dans ce cas de figure. A en juger à l'historique des alertes pour ce polluant, rien que pendant les trois premiers mois de 2011, a été dépassé le nombre total d'alertes déclenchées pendant les deux années précédentes...
Mais cela n'empêchera assurément pas d'innombrables touristes du monde entier de venir respirer le bon air de la Ville lumière, à la faveur de ces premiers beaux week-ends de printemps.
10:38 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, environnement, paris, europe, art de vivre
18.03.2011
Une surveillance
Une semaine jour pour jour, ce vendredi, que les événements dramatiques au Japon replongeaient la terre entière, la France y compris, dans, à tout le moins, l'interrogation à propos du nucléaire. Une énergie qui est surveillée également en dehors des centrales atomiques. Et y compris au coeur de Paris et de sa banlieue. Le montre bien le chapitre que le rapport annuel de l'Autorité de sûreté nucléaire (l'ASN, dont on parlait hier) consacre à la capitale française et à sa région.
Aucune centrale nucléaire n'est située à Paris – on ne voit pas très bien où on trouverait la place d'en construire une ... – ni dans sa banlieue. Pour autant, ils ne chôment pas, les 22 agents de la division parisienne du «gendarme du nucléaire» français. En effet, leur incombe la surveillance d'innombrables activités qui sont regroupées sous le vocable de «nucléaire de proximité». A savoir: quelques dizaines de services de radiothérapie, de médecine nucléaire ou de scanographie, plusieurs milliers d'appareils de radiodiagnostic médical ou dentaire, ou une dizaine de sociétés de radiologie industrielle. Sans oublier les opérations de transport de matières radioactives, ou les travaux de recherche menés par les centres du Commissariat à l'énergie atomique qui sont situés en banlieue parisienne, à Saclay ou Fontenay-aux-Roses.
En 2009, l'équipe parisienne de l'ASN a procédé très précisément à 241 inspections. Et 78 «événements» ont été rapportés aux autorités. L'écrasante majorité de ces dysfonctionnements (71 cas) ont concerné «la radioprotection des travailleurs, des patients, du public ou de l’environnement». Les plus sérieux de ces accrocs ont été classés au niveau 2 de l’échelle d'évaluation utilisée dans ce domaine – qui compte 6 degrés de gravité. Dans quelques cas, ces «événements» ou résultats d'inspections ont amené l'ASN à prendre des sanctions.
Ainsi, à Poissy-St-Germain (département des Yvelines), l’activité d'un service de radiothérapie a été suspendue d'autorité. Car «un système important pour la radioprotection des patients ne fonctionnait plus de manière satisfaisante, depuis plusieurs mois». Idem à Corbeil- Essonnes (Essonne): l'activité du service de médecine nucléaire d'un hôpital a été suspendue pendant près d’un mois, «le temps pour le service d’effectuer les actions correctives nécessaires pour respecter la réglementation en vigueur en matière de radioprotection des travailleurs et de l’environnement».
Ces incidents survenus dans la banlieue de Paris ne sont évidemment en rien comparables, en termes de gravité et de dangerosité, avec la catastrophe qui endeuille le Japon. Néanmoins, à leur petite échelle, sans doute viennent-ils rappeler, eux aussi, l'exigence constante de professionnalisme, de prudence et d'éthique qu'impose le recours à l'énergie nucléaire.
11:26 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, environnement, technologie, sécurité
17.03.2011
Un peu de tourisme (nucléaire)
Aujourd'hui, une note à l'attention des Parisiens qui souhaiteraient mieux connaître le merveilleux patrimoine des environs. Ou qui auraient été frappés par la proximité (240 km) entre la mégapole de Tokyo et la fameuse centrale de Fukushima Daiichi. En termes de proximité géographique, Paris fait mieux que Tokyo. Puisque 120 km à peine séparent la capitale française de la centrale nucléaire la plus proche.
C'est la centrale de Nogent-Sur-Seine. Elle occupe un site de 212 hectares à 1h30 de route, à tout casser, de la Ville lumière, dans le département de l'Aube. Exploitée par EDF, cette bonne vieille centrale, construite en 1982 (*), compte deux réacteurs à eau pressurisée, d'une puissance chacun de 1300 Mwe. Quelque 700 agents EDF et 200 partenaires industriels permanents y travaillent quotidiennement.La présence de ces réacteurs vaut à 20.300 habitants de 29 communes environnantes d'avoir à leur disposition des comprimés d’iode stable. Ce qui leur permet d'être «acteurs de leur protection en cas d’accident nucléaire», comme le disent si joliment les communicants d'EDF.
Assez complet, le site web de cette centrale omet cependant d'indiquer la teneur de la notice qui lui a été consacrée dans l'édition 2009 du rapport annuel de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN): le «gendarme de l'atome» dans l'Hexagone.
L'ASN y considérait que les résultats du site étaient «globalement satisfaisants», notamment dans les domaines de la sûreté ou de l’environnement. Mais elle réclamait aussi «des améliorations dans le domaine du confinement et dans la qualité des contrôles périodiques associés». Dans le détail, cela donnait ceci: «Le suivi des actions correctives n’est pas assez rigoureux, notamment dans le domaine du génie civil, où certains défauts détectés par le site il y a plusieurs années ne sont toujours pas réparés. Les échéances associées aux actions correctives définies à la suite des événements significatifs ou des inspections de l’ASN sont souvent dépassées, malgré les multiples relances au service Sûreté Qualité du site EDF, qui n’ont pas été prises en compte. Cette année encore, les inspections de chantiers réalisées lors de la visite décennale ont révélé des lacunes en matière de propreté radiologique, de sécurisation des chantiers, d’évacuation des déchets et de la lutte contre l’incendie».
Cela n'a pas empêché 4000 touristes d'un jour de visiter la centrale de Nogent, l'an dernier. Si une telle excursion touristique vous tente, pour un de ces prochains week-ends de printemps, un numéro vert (appel gratuit depuis un poste fixe en France) est à votre disposition: 0800 37 94 27. D'ores et déjà, on vous souhaite une excellente visite.
(*) Centrale construite en 1982, donc. Du coup, notons que, si Nogent se trouvait non en France mais en Allemagne, sa centrale aurait, cette semaine, frisé la fermeture. Puisque les autorités allemandes ont décidé de suspendre les activités de toutes les centrales les plus vieilles, à savoir celles ayant été construites avant et jusqu'en 1980...
11:20 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : technologie, environnement, santé, paris



