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02/02/2016

Un marketing curieux (encore et toujours)

cinéma,culture,publicité,commerce,etrangers,racisme,immigrationSortie en salles, demain mercredi, du film "Chocolat". Il narre le destin de Rafael Padilla (1865-1917). «Clown nègre», premier artiste noir de la scène française, coqueluche du tout-Paris à l'époque – il inspira même Toulouse-Lautrec. Succès probable, pour ce film, ne serait-ce que parce que le personnage de "Chocolat", nom de scène de cet artiste, est campé par Omar Sy: une des personnalités préférées des Français.

Puisque c'est bien dans le sujet de la représentation «des races» – comme dirait l'ex-ministre sarkozyste Nadine Morano –, signalons la chose, au passage: la poursuite de la distribution, dans les magasins de la chaîne Monoporix, d'un produit dont le marketing avait pourtant été très contesté, il y a six mois (relire ). Des tablettes de chocolat dont l'emballage est illustré par des photographies de visages de jeunes Africains ou Antillais. Le degré de noirceur de leur peau étant censé illustrer le type de chocolat vendu: au lait ou pas, etc.

Accusé de «racisme ordinaire», Monoprix avait assuré n'avoir jamais eu «aucune intention de heurter». Puis avait annoncé qu'elle était «en train de faire évoluer ce pack» controversé. Mais on trouve toujours ces chocolats présentés de la sorte dans les rayons de tous les Monop' de France et de Navarre, ainsi que (mais en partie seulement, à première vue) sur la boutique en ligne de cette enseigne. Seule différence: les réseaux sociaux, qui s'étaient beaucoup mobilisés sur l'affaire il y a six mois, sont, depuis, passés à autre chose.

L'histoire ne dit toujours pas si les clients et consommateurs de Monop' trouvent cela appétissant.

07/10/2015

Une figure honorée

Paris, Histoire, Personnalités, Immigration, EtrangersPuisque, ce mercredi, le parti sarkozyste statue sur le sort de l'eurodéputée et ex-ministre Nadine Morano – ses récents propos racialistes pourraient lui coûter son investiture aux élections régionales de décembre – , signalons cet hommage que la Ville de Paris vient de rendre.

Lundi, elle a baptisé une rue du dix-septième arrondissement en l'honneur d'une personnalité assez peu connue des Parisiens, mais qui a pourtant marqué, à sa façon, l'histoire de la "Ville lumière". Car c'est le premier et unique maire... «de race noire» (comme dirait Nadine Morano) que connut, mais oui, la capitale française.

Severiano de Heredia (1836-1901), c'est son nom. Mulâtre originaire de Cuba, naturalisé Français en 1870, il présida le Conseil municipal de Paris pendant six mois, en 1879, et fut aussi député et ministre des Travaux publics. Si l'on en croit ses biographes, pendant toute sa carrière, il dut se coltiner des injures racistes («le nègre du ministère», «nègre roublard aux grosses lippes», «ministre chocolat», etc.). Il repose désormais au cimetière des Batignolles. Et reste donc un cas unique, dans les annales de l'histoire de la capitale.

En tant que Parisien moyen, d'ailleurs, on ne mettrait pas d'office la main au feu qu'on connaîtra, de notre vivant, un maire de Paris qui, à nouveau, ne soit pas «de race blanche» (comme dirait Nadine Morano).

15/09/2015

Une cordialité dénoncée

Etrangers, Immigration, Personalités, Hidalgo, Le Pen, ParisLa maire de Paris, Anne Hidalgo, devrait porter le voile musulman. C'est la tenue que Marine Le Pen lui a conseillé d'arborer, hier soir, lors d'un meeting électoral tenu en banlieue de Paris. La patronne du FN ne décolère pas, après le tweet que la maire a envoyé, dans lequel elle souhaite la bienvenue aux candidats réfugiés politiques venus du Moyen-Orient, hébergés dans la capitale. Message de bienvenue rédigé en trois langues: français, anglais et arabe.

Depuis ce tweet, Anne Hidalgo est copieusement insultée par la mouvance d'extrême droite. «Collabo», pactisant avec «les envahisseurs» et «l'occupant», lui est-il même lancé. Non sans que, bien sûr, soient renvoyées à la figure de la maire ses propres origines étrangères (elle est issue de l'immigration espagnole), comme s'il s'agissait d'un stigmate infamant.

Ce matin, Marine Le Pen en a rajouté une couche. Sur une radio, elle a considéré qu'Anne Hidalgo incarnait «le summum des élus immigrationnistes», qui prêchent «l'intégration à l'envers». A savoir, si on a bien compris, qui se plient aux usages (linguistiques, ici) des nouveaux arrivants, alors que ce sont ces derniers qui devraient avant tout ce faire, pour s'intégrer à leur pays d'accueil.

On peut aussi considérer, sans en faire tout un plat comme ça, qu'accueillir des visiteurs dans leur langue est une simple marque de courtoisie. Une illustration de la chaleur et de la cordialité de l'accueil qu'on réserve à ces arrivants.

Bienvenue, donc, en effet. Et, pourquoi pas, dans toutes les langues.

 

PS: «J'ai même fait un an d'arabe dialectal, à la fac. J'aggrave mon cas...» La réponse ce matin, à cette attaque de Marine Le Pen, d'Anne Hidalgo. Qui, visiblement, n'est pas du genre à se laisser impressionner, ni à courber l'échine.

11/09/2015

Une tension, à gauche aussi

La maire de Paris, Anne Hidalgo (PS), a annoncé hier la création de 540 places d'hébergement supplémentaires à l'attention des réfugiés. Elles seront aménagées dans six centres répartis dans la capitale. En juin, déjà, 1450 de ces migrants avaient été pris en charge par la ville, après l'évacuation par la police de plusieurs campements qu'ils avaient aménagés sur la voie publique – à Stalingrad, notamment.

Un bon millier de ces étrangers, toutefois, étaient restés sur le carreau. Ils campent depuis trois mois quai d'Austerlitz, et même sur le parvis de la mairie du 18e arrondissement, depuis quelques jours. Eux ne sont ni Syriens, ni Irakiens, mais Africains pour la plupart: essentiellement venus du Soudan, de Somalie ou d'Erythrée. Les laisser à la rue, alors que d'autres sont pris en charge? Délicat, politiquement et en termes d'image. Dès lors, ces étrangers-là y compris bénéficieront eux aussi des nouvelles capacités d'hébergement déployées à l'occasion de l'arrivée des déplacés du Moyen-Orient. «C'est une question de morale» qu'une telle égalité de traitement, a justifié la maire.

Qui, hier, n'a pas lésiné sur les grands couplets humanistes. Est-ce lié? Mardi soir, elle avait été prise à partie, sur sa gauche, concernant ce dossier.

Cela s'est passé dans notre onzième arrondissement, au Cirque d'Hiver précisément. Le PS y tenait un grand meeting consacré à ce thème des réfugiés – en compagnie, comme il se doit, de quelques people: Virginie Ledoyen, Jamel Debbouze ou Jane Birkin. A trois reprises, et notamment quand Anne Hidalgo discourait à la tribune, la réunion a été perturbée. Par des interventions d'activistes de collectifs associatifs venant en aide aux migrants parisiens regroupés dans ces campements de fortune (ici, notamment). Les trublions, avant d'être évacués sans ménagement par le service d'ordre du parti, ont eu le temps de brandir des banderoles et de scander des slogans hostiles au PS, auquel ils reprochent une «hypocrisie» et un réveil très tardif, sur ce dossier. «Hidalgo ne fait rien!», «Honte au PS!», «Ça suffit, ça suffit! Préfecture et mairie, tenez vos promesses!», «Ceci est un cirque!», a-t-on, ainsi, pu entendre.

Cela a évidemment jeté un froid, dans l'assemblée. Et a confirmé, si besoin, que la droite n'était pas la seule famille politique où cette question des migrants suscite des tensions et des divisions internes: c'est le cas à gauche également.

10/09/2015

Un tournant, qui sait

Etrangers, ImmigrationSans doute qu'avant de parler d'un basculement de l'opinion française, il serait prudent d'attendre la parution d'autres sondages allant éventuellement dans le même sens, ces prochains jours. Il n'empêche, dès ce stade, ce n'est pas banal. A en croire une enquête d'opinion rendue publique hier soir, les Français sont désormais majoritairement favorables à ce que l'Hexagone accueille sur son territoire «une part des migrants et réfugiés notamment en provenance de Syrie». Ce n'était pas du tout le cas jusqu'à présent.

En moins de dix jours, la part de l'opinion favorable à un tel accueil a bondi de 9%. Il est assez rare que les sondages enregistrent une variation aussi importante dans un laps de temps aussi court. L'opinion n'en reste pas moins très clivée, sur le sujet. Trois quarts des sympathisants de gauche et du centre sont favorables à la venue de ces migrants et réfugiés, mais celle-ci continue à rebuter une large majorité de sondés de droite et d'extrême droite.

A probablement fini par jouer sur l'opinion française la succession d'images fortes qu'elle a pu voir en boucle dans tous les médias, ces dix derniers jours. La photo de ce gamin découvert mort sur une plage, bien sûr. Mais aussi la solidarité qu'ont manifestée, le week-end dernier, les Allemands qui sont venus accueillir les premiers convois de réfugiés arrivés chez eux.

A cet égard, les Français ont-ils été touchés par, hier, les sourires, les mots de reconnaissance et, souvent, les larmes d'émotion des premières familles syriennes et irakiennes venues d'Allemagne, qui ont été accueillies en région parisienne? Les sondages de ces prochains jours le diront, et confirmeront peut-être ce basculement de l'opinion.

09/09/2015

Un effort à relativiser

François Hollande l'avait promis à Angela Merkel, ce week-end. Puis il l'annonça officiellement, lundi. Ce mercredi, arrivent en France les premiers convois de réfugiés syriens et irakiens, en provenance de Munich. Quelque 24.000 devraient suivre dans les deux ans à venir, fuyant comme eux les persécutions au Moyen-Orient.

Si rien, bien sûr, n'est jamais totalement comparable, a fortiori d'une époque à l'autre, rappeler l'Histoire permet parfois d'éclairer le présent. Donc quelques chiffres. A l'attention particulière des personnalités et des partis qui s'épouvantent que l'Hexagone prenne une telle part dans l'accueil de cette «déferlante migratoire».

Dans les années 70, la France accueillit 120.000 à 130.000 "boat people", fuyant le Vietnam, le Cambodge et le Laos. Cinquante ans plus tôt, déjà, elle avait donné refuge à 120.000 Arméniens, rescapés du génocide. Et, à la fin des années 30 à nouveau, elle fut une terre d'asile. Franco ayant remporté la guerre civile espagnole, ce ne sont pas moins de 500.000 républicains qui, en quelques semaines, trouvèrent le salut en franchissant les Pyrénées. A cette occasion, certains départements français durent gérer un nombre de réfugiés qui était plus important que celui de leur propre population.

Des précédents historiques existent, donc. Certes, il ne se passèrent pas tous bien – comme l'a utilement rappelé un confrère, en début de semaine (voir ici). Mais ils permettent de relativiser l'ampleur de l'effort que la France va devoir accomplir, ces deux prochaines années.

 

PS: Effort qui, cela dit, dans son aspect financier, sera en (petite) partie pris en charge. Les europhobes de droite et d'extrême droite se gardent bien de le signaler, mais la France, pour chaque réfugié qu'elle accueillera sur son territoire, recevra une subvention de 6000€, versée par l'Union européenne.

08/09/2015

Un air du temps

Etrangers, Immigration, MédiasL'opinion française (ou, du moins, une partie de cette opinion) est-elle en train d'évoluer, sur la question des réfugiés et des migrations? Ce blog se posait la question hier, et, visiblement, c'est aussi le sujet principal d'interrogation dans les rédactions – les médias donnant même l'impression de sentir le vent dominant tourner.

Ainsi, ils accroissent leur couverture du sujet, puisqu'il semble passionner les foules. Exemple parmi d'autres: hier soir, l'édition spéciale que «Le Téléphone sonne», sur France Inter, a consacrée à cette thématique a battu tous ses records d'appels. Plus de 1500 auditeurs souhaitant prendre la parole à l'antenne ont téléphoné à la station.

La radio Europe 1, elle, depuis ce week-end, relaie auprès de son public les nombreuses initiatives qui ont fleuri ces derniers jours, en faveur des réfugiés. Elle répercute, par exemple, les appels à dons ou à bénévoles qui sont lancés par les associations.

Pourquoi pas. Juste, habituellement, sur cette même radio, éditorialement profilée très à droite – ce qui est parfaitement son droit –, se succèdent à l'antenne les chroniqueurs et éditorialistes qui, l'un après l'autre, maugréent contre la «pensée unique» de la politique «compassionnelle». Fustigent à longueur de journées «l'angélisme», en matière migratoire singulièrement. Dans la droite ligne des dénonciations du «droit-de-l'hommisme» qui firent les grandes heures des années Sarkozy.

Donc, avant que, par hypothèse, l'opinion française dans son ensemble évolue sur cette thématique des réfugiés, les médias de ce pays, déjà, se mettent à l'air du temps. Non sans, parfois, un certain opportunisme.

07/09/2015

Une évolution? Pas sûr

«Dignité humaine». «Pas en mon nom». «Ouvrons les frontières». «Tous humains». «Bienvenue». «Welcome refugees». «Je suis Syrien», inscrit sous une photo du petit Aylan: le gosse dont le cadavre a été retrouvé sur une plage de Turquie, la semaine dernière.

Quelques pancartes et slogans aperçus samedi en fin d'après-midi, place de la République. Où une demi-douzaine de milliers de personnes ont réclamé une politique d'accueil plus affirmée de la France envers les réfugiés fuyant les persécutions, en Syrie et ailleurs. Des rassemblements similaires ont eu lieu dans des villes de province, à Nantes ou à Strasbourg par exemple. Dans le même temps, ces derniers jours, nombre d'initiatives concrètes de solidarité envers ces migrants ont vu le jour, sur les réseaux sociaux ou dans des municipalités.

Du coup, tout au long du week-end, les médias ont glosé sur un changement qui serait en cours, en France. Pour résumer la manière dont ce pays est présenté: jusqu'à la semaine dernière, vu de l'étranger a fortiori, il passait pour en crise, fermé, crispé sur son identité, obsédé par sa sacrosainte laïcité au point d'en faire une lecture excluante envers les étrangers. A présent, il se découvrirait accueillant, ouvert, solidaire, épris de fraternité.

Pourquoi pas. Mais les sondages ne font pas du tout état d'une telle évolution.

Avant le choc suscité par l'affaire Aylan, une majorité solide (56%) de sondés s'opposait () à ce que la France accueille de nouveaux migrants et réfugiés en provenance de Syrie. Une opposition majoritaire dans quasiment toutes les catégories de la population. Les enquêtes d'opinion publiées depuis (voir par exemple ici ou ) confirment cette tendance. 55% des Français restent opposés à ce que leur pays, comme l’Allemagne, assouplisse ses conditions d’accueil des migrants. Six sondés sur dix considèrent que Syriens ne méritent pas un meilleur accueil en tant que réfugiés de guerre. Et 52% ne suivent pas Manuel Valls quand il affirme la nécessité d’accueillir les migrants qui «fuient la guerre, les persécutions, la torture, les oppressions».

 Il y a donc un réel décalage entre, d'une part, le sentiment majoritaire tel qu'il s'exprime dans les sondages et, d'autre part, celui qui, ces derniers jours, s'est manifesté dans la rue, sur le terrain local ou sur le web, et auquel les médias ont fait écho ce week-end.

03/06/2015

Un marketing curieux

Publicité, Commerce, Gastronomie, Etrangers, Immigration, RacismeLes produits, depuis, ont été retirés des rayons des magasins concernés, mais, puisqu'on n'a pas encore eu l'occasion de la signaler, évoquons cette faute de goût commise par l'enseigne Monoprix, dernièrement: Monop', les supermarchés préférés des bobos parisiens.

Dans sa gamme "Monoprix Gourmet", elle n'a rien trouvé de mieux que de commercialiser des tablettes de chocolat dont l'emballage a fait grimacer des associations de lutte contre le racisme. Le paquet de chocolat noir «72% de cacao» était illustré par une photographie d’un jeune homme noir. Le «chocolat au lait fondant» arborait le visage d'une métisse. Et sur l'emballage du «chocolat blanc, morceaux de spéculoos», une belle photo d'un bon petit Français "de souche"? Au visage bien pâle? Non, non: juste la représentation de carrés de chocolat de cette couleur.

Pourquoi donc, de ces trois chocolats Monop', seul le blanc n'est-il pas incarné, sur son packaging, par une personne? Est-ce une façon équitable de présenter les choses, a fortiori pour du chocolat censé issu du commerce équitable? Y a-t-il un message subliminal que ces visuels différenciés cherchent à faire passer? Si oui, lequel et au nom de quoi? Aux internautes et usagers des réseaux sociaux qui posaient toutes ces questions, voire dénonçaient un «racisme ordinaire chez Monoprix», l'enseigne n'a pas répondu précisément. Elle a assuré n'avoir jamais eu «aucune intention de heurter». Et a annoncé qu'elle était «en train de faire évoluer ce pack» controversé.

Cela fait un petit temps déjà que l'engagement a été pris. Depuis, cependant, – on l'a encore vérifié ce matin –, la boutique en ligne Monoprix propose toujours ces chocolats, présentés de la sorte.

L'histoire ne dit pas si les clients et consommateurs trouvent cela appétissant.

08/04/2015

Un geste «exceptionnel» et «provisoire»

Paris, Social, Economie, Etrangers, Immigration, Femmes, GouvernementCela ne concerne qu'une poignée de travailleurs, mais évoquons cette nouvelle, puisqu'ils sont à l'origine d'un conflit social d'une durée qu'on n'avait plus vue depuis longtemps à Paris. Et puisque leur sort a révélé des pratiques qu'on croyait d'un autre âge – ou, du moins, cantonnées à des pays qui ne revendiquent pas d'être la cinquième puissance économique mondiale.

Ils, ou plutôt elles. Car il s'agit de femmes. Les employées d'un salon de coiffure "afro" du Bd de Strasbourg, pas loin de la gare de l'Est, dans le 10ème arrondissement. La préfecture de police de Paris et le ministère de l'Intérieur ont décidé, à titre «exceptionnel», de leur octroyer des autorisations de travail provisoires (d'une durée de trois mois).

Depuis l'été 2014 (relire , notamment), une quinzaine de ces femmes occupent leur salon de coiffure, pour dénoncer l'exploitation dont elles ont longtemps été victimes. Elles y travaillaient tout en n'étant pas déclarées par leur employeur. Etaient payées "à la tâche", ce qui est illégal. Gagnaient un salaire de misère (400 euros par mois, environ), pour des semaines de travail de 7 jours sur 7, et des journées de 9 heures à 23 heures. Ces cadences de dingues et ce statut professionnel ultra-précaire ne facilitaient bien sûr pas les démarches en vue de leur régularisation – s'agissant d'étrangères sans-papiers. Après avoir très temporairement obtenu de leur employeur la reconnaissance de leur statut de salariées, elles ont vu leur salon mis en liquidation. La justice est désormais saisie de l'affaire. Plainte a été déposée pour, excusez du peu, traite d'êtres humains, faillite frauduleuse, escroquerie, conditions de travail indignes et abus de vulnérabilité. L'an dernier, le ministre de l’Intérieur lui-même, Bernard Cazeneuve, avait dit l'«indignation» que lui suscitait cette «affaire épouvantable» de «femmes exploitées dans des conditions indignes, par des véritables réseaux de la traite des êtres humains».

Son ministère n'en vient pas moins de préciser que le geste en leur faveur ne constituait nullement une régularisation. Les personnes concernées «devront ensuite trouver un emploi déclaré, pour poursuivre la procédure» en vue de l'obtention d'un titre de séjour. Le syndicat qui défend ces travailleuses – et voit dans leur sort l'illustration d'un «système mafieux» – a décidé () de poursuivre l’occupation du salon. Au moins jusqu'à ce que les récépissés ad hoc aient bel et bien été adressés aux intéressées.

15/01/2015

«Un héros», à nouveau

Etrangers, Immigration, Médias, Internet C'est l'homme qui affole le web et les réseaux sociaux, en ce moment. En quelques jours à peine, une pétition en sa faveur a réuni un nombre considérable de signatures – elles étaient près de 280.000, ce matin.

Il s'appelle Lassana Bathily. 24 ans, de nationalité malienne et de confession musulmane. Vendredi, lors de la prise d'otages dans l'hypermarché casher de Paris, il a réussi à sauver plusieurs clients du magasin, qu'il a cachés dans la chambre froide. Pour le collectif d'associations blacks (CRAN) qui a lancé la pétition en sa faveur, c'est «un héros» et «un modèle». Lui, le musulman, a sauvé des juifs. Qui eux-mêmes, auparavant, l'avaient sauvé de la mort sociale, en lui proposant un job dans leur magasin. Le CRAN y voit donc «une formidable leçon sur les bénéfices de l'entraide et de la fraternité, ce qui est le sens profond de toute vraie religion».

Les médias, le web et les réseaux adorent bien sûr ce genre de si belles histoires. D'où le succès rencontré par la pétition demandant à l'Etat de faire un geste envers ce jeune sans-papiers. Les autorités, à moins que cela nous ait échappé, n'ont pas encore réagi.

En juin dernier, déjà, un autre «héros» sans-papiers avait fait parler de lui, et avait affolé les médias.

Etrangers, Immigration, Médias, Internet Mohssen, Tunisien, âgé de 26 ans. Lors d'un très violent incendie qui avait ravagé un immeuble d'habitations à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis, banlieue Nord de Paris), n'écoutant que son courage, il avait réussi à sauver plusieurs personnes des flammes. Vu l'intensité du brasier, auraient-elles dû attendre l'arrivée des pompiers qu'elles auraient probablement péri.

Leur bienfaiteur avait été légèrement blessé, dans les secours qu'il avait portés. Le gros écho médiatique donné à son exploit avait conduit les autorités à réagir. Mohssen avait été invité et reçu à la préfecture. Elle lui avait assuré que son dossier de demande de régularisation serait désormais étudié avec la plus grande bienveillance, «en récompense de sa bravoure». Au final, effectivement, le «héros» a obtenu un titre de séjour.

 

Actualisation 15h34 AFP Lassana Bathily sera naturalisé Français mardi 20 janvier, annonce jeudi le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve.

15/12/2014

Une si longue attente

Sept ans. Il aura donc fallu sept ans pour que le Musée de l'Histoire de l'Immigration soit inauguré: ce soir, par François Hollande. Il est ouvert depuis la fin 2007, mais jamais il n'avait eu droit à la moindre consécration officielle. Avant lui, aucune autre grande institution culturelle parisienne n'avait bien sûr jamais été traitée de la sorte.

Le si long délai avant cette reconnaissance s'explique par la thématique du musée, qui entend souligner les apports des migrants à la société française. C'était le projet qu'avait lancé jadis Jacques Chirac. Mais il aboutit alors que, à l'Elysée, venait d'être élu un Nicolas Sarkozy qui mit d'emblée la barre à droite toute, sur les questions d'immigration (l'époque Eric Besson, ministre «de l'Immigration et de l'Identité nationale», etc.). Dès lors, jamais il ne voulut inaugurer ce musée. Il faut dire que le comité scientifique qui l'encadre a connu pas mal de dissensions, notamment d'ordre politique. Enfin, pendant plusieurs semaines, l'immeuble fut occupé par des centaines d'étrangers sans-papiers y revendiquant leur régularisation, ce qui acheva de le rendre définitivement infréquentable, aux yeux des gouvernants.

Sept ans plus tard, donc, ce lundi, l'institution est enfin honorée officiellement. Qui sait cela attirera-t-il l'attention du grand public sur ce musée, qui, trouve-t-on, le mérite bien.

Pour son contenu, d'abord. On y a déjà vu l'une ou l'autre exposition thématique bien intéressante. Pour le contenant, ensuite. Le Palais de la Porte Dorée, qui l'accueille, est une splendeur de l'Art déco (notamment son bas-relief, sublime, de plus de 1000 m2). Et il a été si bien restauré qu'il fait désormais partie, à notre avis, des plus beaux édifices monumentaux de la capitale.

09/12/2014

Un «produit toxique»

Un coup d'éclat à Paris hier, lié à un fleuron de la culture belge. La bande dessinée, en l'occurrence. Et en particulier Tintin, et le débat lancinant sur les relents racistes que d'aucuns prêtent aux premiers albums que publia Hergé chez Casterman, dans les années 30.

Au magasin FNAC du Forum des Halles, le «Groupe d’intervention contre le racisme» a mené un raid contre «Tintin au Congo». Une cinquantaine de ses militants ont, sur tous les albums de cette BD qui figuraient en rayons, apposé des stickers où l'on pouvait lire: «Produit toxique, relents racistes, peut nuire à la santé mentale». Le fait que cette action militante survienne à ce moment de l'année ne doit bien sûr rien au hasard: il s'agit de toucher le plus de consommateurs possibles, en cette période de fêtes «où l’on vend le plus d’albums pour la jeunesse».

Depuis deux ans, les anti-«Tintin au Congo» français réclament aux éditions Casterman et à la société Moulinsart qu'elles insèrent dans cette BD un encart avertissant les lecteurs de son caractère «raciste et colonialiste». Leur requête s'est toujours heurtée à un mur. Les éditeurs de Tintin basent leur refus sur une décision de la justice belge, qui, en 2012, a débouté un étudiant congolais porteur de la même demande. Au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, en revanche, les albums «Tintin au Congo» sont vendus précédés d'une préface ou accompagnés d'un bandeau avertissant les lecteurs du contexte historique et idéologique particulier de l'époque où ils ont été créés.

A moins que, par extraordinaire, cela nous ait échappé, la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, n'a pas réagi à cette action, ni à cette requête. Elle se tait même dans toutes les langues. Evidemment, s'agissant en France d'un sujet bien trop brûlant pour permettre des postures politiques consensuelles.

10/09/2014

Un air de déjà-vu

Personnalités, Cinéma, Etrangers, Gouvernement, Activisme, Social, ParisDes stars de cinéma qui se mobilisent pour les sans-papiers. Cela a un côté furieusement «vintage», qui rappelera des souvenirs aux lecteurs les plus âgés de ce blog. Ceux qui n'ont pas oublié ces images mémorables de l'année 1996, quand Emmanuelle Béart avait été embarquée par les CRS expulsant les sans-papiers de l'église Saint-Bernard, dans le quartier de la Goutte d'Or.

Cela a un petit air de déjà-vu, donc, mais cela revient visiblement à la mode.

Pour preuve, hier, les membres du «Collectif des cinéastes pour les sans papiers» (voir , par exemple) ont pris fait et cause pour des travailleurs immigrés en lutte dont on avait parlé avant les vacances (relire ici): les employés des secteurs de l'onglerie et des salons de beauté afro, qui, depuis des semaines maintenant, luttent (voir , par exemple) pour leurs droits, dans le quartier Château d'Eau. Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement, des comédiens comme Mathieu Amalric, Josiane Balasko, Régis Wargnier, Jeanne Balibar ou Romain Goupil ont réclamé l'attribution de titres de séjour à ces travailleurs «victimes d'esclavage moderne» – plusieurs de ces sans-papiers ont déposé plainte contre leurs employeurs pour, outre faillite frauduleuse et travail dissimulé, traite d'êtres humains.

La nouvelle ministre de la Culture, Fleur Pellerin, n'a, bien sûr, pas réagi. Passionnée des nouvelles technologies, elle devait probablement, au même moment, être davantage intéressée par le show médiatique mondial d'Apple.

Chacun, sans doute, se donne les priorités qu'il peut/veut.

24/06/2014

Un début d'évolution de fond?

Mine de rien, c'est peut-être tout un secteur de l'économie parisienne qui commence à changer. Et à s'humaniser, dans ses pratiques sociales. En tout cas, c'est la deuxième fois que des travailleurs en grève obtiennent gain de cause, alors qu'ils opèrent dans un secteur où, pas rarement, la loi de la jungle prédomine, l'employé ayant juste le droit de la fermer.

Dans l’Est de Paris (les environs du Boulevard de Strasbourg et le quartier Château d'Eau), les employées de deux salons de beauté afro sont entrées en résistance. Elles étaient payées au lance-pierre: au pourcentage et au compte-goutte, quand leur patron le voulaient bien. Ce statut professionnel ultra-précaire ne facilitait bien sûr pas leurs démarches en vue d'une régularisation, s'agissant d'étrangères sans-papiers. Dernièrement, après avoir fait grève pendant plusieurs jours, elles ont obtenu un contrat de travail en bonne et due forme, et des modes de rémunération légaux. Au printemps, déjà, un mouvement social analogue avait eu pour cadre une boutique d'onglerie et de manucure du dixième arrondissement, cette fois dans la communauté asiate. Les employés y travaillaient sans avoir été déclarés (certains depuis plusieurs années), ils étaient payés à la tâche, et subissaient des retards de salaire pouvant s'étaler sur plusieurs mois. Pendant plusieurs semaines, ils ont occupé les lieux, jour et nuit. Et ont fini par obtenir un contrat de travail et des fiches de paie, y compris rétroactives.

Dans les deux cas, un syndicat, la CGT, s'est mobilisé aux côtés de ces grévistes, ce qui n'a pas peu contribué à leur victoire. Au passage, l'on peut noter que, à de rares exceptions près (ici, par exemple), ces actions syndicales de défense des travailleurs exploités, parfaitement louables, sont infiniment moins médiatisées que les mouvements de grève menés par ces mêmes organisations – voir, ces dix derniers jours, le rouleau compresseur médiatique sur la «prise en otages» des usagers des chemins de fer par la CGT notamment, la «capacité de nuisance» de ce syndicat, etc.

20/05/2014

Une relaxe

On avait évoqué le cas de cet individu, il n'y a pas si longtemps (relire ). Parisien, habitant le quartier de la place de la République, il avait été renvoyé devant le tribunal correctionnel, accusé d'avoir aspergé de produit corrosif des Roms dont il était incommodé par la présence: ils campaient sur le trottoir, en bas de chez lui. A son encontre, le parquet avait requis trois mois de prison avec sursis et 1500€ d'amende. Hier, l'homme a été fixé sur son sort judiciaire. Il a été relaxé.

Lors de son procès, il avait assuré avoir, le soir de l'incident, voulu uniquement nettoyer le trottoir, sans jamais avoir ni touché ni visé les Roms. Il s'était dit «absolument désolé pour le symbole» du procédé employé pour ce faire, dont il n'aurait «pas mesuré la portée». Et son avocate avait convenu que ce procédé était «désagréable». Le tribunal a entendu ces arguments. Il a aussi estimé que la préméditation du jet de liquide n'était pas établie. Et les expertises dudit produit ont montré qu'il ne s'était agi que d'un mélange artisanal d'eau de Javel et de savon noir. Autant d'éléments qui, selon les magistrats, justifient la relaxe.

Sans avoir eu accès au dossier complet, on se gardera bien de faire un commentaire définitif sur un tel jugement. On se bornera juste à espérer qu'une telle jurisprudence ne va pas inciter tous les Parisiens incommodés par la présence de Roms en bas de chez eux à faire eux-mêmes le ménage, et de la sorte: à coups d'eau de Javel. Sinon, dans certains quartiers de Paris – et particulièrement dans notre onzième arrondissement –, l'atmosphère risque de rapidement devenir assez irrespirable.

09/04/2014

Un «humour décomplexé»

«Voler des poules, c’est cool». «Une petite pièce, pour ma Mercedes». «Plutôt voleur que travailleur». «Des bidonvilles pour tous». «+ d'enfants = +d'argent».

Quelques-uns parmi les slogans entendus place de la République, hier midi. A l'occasion d'un «happening militant» organisé à la faveur de la Journée internationale des Roms. Ce sont des jeunes Roms eux-mêmes qui ont scandé ces slogans. Car, aux yeux d'un responsable des «Enfants du Canal», l'association à l’origine de la manifestation, le fait que les intéressés eux-mêmes reprennent de façon ironique les accusations dont ils sont si souvent l'objet «est le meilleur moyen pour tordre le cou aux préjugés qui circulent à l’égard des Roms». Des préjugés qui ont la vie dure: «A chaque publication dans les médias au sujet de cette population, nous retrouvons toujours ces mêmes clichés, dans les commentaires des internautes: les Roms ont de belles voitures, les Roms sont des voleurs de poules… Ce midi, nous avons également prouvé que les Roms savent manier l’humour, être décomplexés, et qu’ils ont la volonté de s’intégrer».

Moins drôle: lundi, un habitant de Paris a été jugé en correctionnelle, pour avoir agressé un couple de Roms qui campait sur le trottoir en bas de chez lui. Non loin, d'ailleurs, de cette même place de la République. L'individu était poursuivi pour violences volontaires. En janvier, il avait aspergé le matelas de ces Roms d'un produit corrosif à base d'eau de Javel, qu'il avait fabriqué lui-même. A la barre, sa défense a certifié qu'il ne fallait pas voir la moindre connotation raciste à son geste. Juste l'exaspération, qui serait légitime, d'un riverain confronté trop souvent à ce type de cohabitation avec des SDF. Trois mois de prison avec sursis n'en ont pas moins été requis contre lui, ainsi qu'une amende de 1500€.

04/04/2014

Un souvenir encore vivace

Personnalités, Histoire, Etrangers, Chirac Dix-huit mois plus tard, il est toujours là, sur la porte d'un immeuble de notre quartier Saint-Sébastien. Ce pochoir qu'on a déjà évoqué (là), représentant le visage de ce bon vieux Jacques Chirac. Depuis qu'il a été apposé, il a été légèrement modifié. Un(e) anonyme, passant par là, y a ajouté deux termes, très connotés en politique française: "bruit" et "odeur".

A l'attention des lecteurs les plus jeunes de ce blog, précisons que cela renvoie à un mémorable dérapage verbal qu'avait commis l'intéressé. C'était en 1991. A l'époque, il n'était pas encore considéré, comme à la présidentielle de 2002, tel un rempart républicain face au Front national. Maire de Paris, il dirigeait un RPR pur et dur, ne répugnant pas à piétiner les terres de l'extrême droite. Dans un discours, à Orléans, Jacques Chirac avait évoqué le sort du Parisien moyen habitant un HLM dans un quartier populaire, comme la Goutte d'Or. Infortuné travailleur se crevant à la tâche et gagnant peu, alors que son voisin de palier, immigré, vit grassement de prestations sociales. "Le bruit et l'odeur" de ce voisinage, ajoutés à cette cohabitation, et "il devient fou", l'honnête travailleur. C'est ce qu'avait lancé Jacques Chirac, sous les ricanements de son auditoire. "Et ce n'est pas être raciste que dire cela!", avait-il même ajouté. 

Ce fut certainement un des épisodes les moins glorieux de sa carrière. Ces deux mots, "bruit" et "odeur", ajoutés par un passant de notre onzième arrondissement sur le pochoir de son visage, témoignent que, près de vingt-cinq ans plus tard, tout le monde n'a pas oublié.

21/10/2013

Un mot qui fâche

A propos de cette «affaire Leonarda» qui agite la France depuis bientôt une semaine – du nom de cette jeune fille sans-papiers, expulsée vers le Kosovo –, ces subtilités lexicales qui, si elles ne concernent que la forme, en disent long, trouve-t-on.

Ainsi, cette tournure de phrase particulière utilisée par François Hollande, samedi: «Si elle en fait la demande et veut poursuivre sa scolarité en France, un accueil lui sera réservé». Le chef de l'Etat se serait exprimé en langage courant qu'il aurait dit quelque chose du genre: «Elle sera accueillie en France», ou «La France l'accueillera». Non. Les communicants de l'Elysée ont sans doute jugé que ces dernières tournures étaient trop connotées affectivement – comme quand on se fait une joie d'accueillir un visiteur, etc. La jeune Leonarda a donc eu droit à une formule beaucoup plus désincarnée, comme administrative et donc abstraite, dénotée de la moindre connotation affective: «Un accueil lui sera réservé». On a déjà vu invitation plus cordiale, bristol plus chaleureux.

Mais ce n'est rien par rapport aux circonvolutions des dirigeants pour ne jamais, au grand jamais, devoir utiliser le grand mot qui fâche: le terme "expulsion". De longue date, la France n'expulse plus les sans-papiers. En langage administratif, les clandestins ont longtemps été «refoulés», voire, plus rarement, «renvoyés» dans leurs pays d'origine. Sous Nicolas Sarkozy, l'on parlait de «reconduites à la frontière». Comme quand on reconduit une personne après avoir passé une chouette soirée avec elle. A présent, sous François Hollande, on parle d'«éloignement» des sans-papiers. Comme quand un souci se dissipe, un tracas s'égare.

On pourrait appeler cela de la couardise lexicale.

18/10/2013

Une invasion identitaire

Activisme, Paris, Racisme, Etrangers, Sécurité C'est sans doute le degré zéro de l'engagement politique, mais cela donne un résultat assez visible, donc c'est bon au moins pour la notoriété: placarder l'espace public de stickers vantant telle ou telle idée. L'extrême droite (comme l'extrême gauche, d'ailleurs) a souvent recours à ce genre de procédé, et c'est particulièrement le cas de sa mouvance dite «identitaire».

Ainsi, depuis plusieurs années maintenant (on en a déjà parlé jadis dans ce blog: ici), à intervalles réguliers, ses militants effectuent des descentes sur Paris. Et y maculent des quartiers entiers de leurs slogans indignés.

On vient encore d'en faire l'expérience dans notre quartier St Sébastien/St-Sabin. Où, depuis quelques jours, on ne peut plus faire un pas sans tomber sur leur propagande identitaire. Cela donne, par exemple, des slogans aussi accueillants que «Vivre ensemble, oui mais sans eux!», ou «Défends-toi. Ici, c'est chez toi».

Activisme, Paris, Racisme, Etrangers, Sécurité Les Parisiens ont toujours très peu voté à l'extrême droite: beaucoup moins que la moyenne nationale française. Et c'est particulièrement le cas dans les quartiers bobos-chics-branchés comme le onzième arrondissement. Pas sûr, dès lors, que cet investissement militant des «Identitaires» soit très rentable électoralement, dans des quartiers comme le nôtre en tout cas.

Sans doute ces colleurs de stickers en sont-ils les premiers conscients, mais cela ne les empêche pas de persévérer dans ce genre d'opération.

Qui leur donne aussi la possibilité de rebondir et de s'exprimer sur des faits d'actualité. Ainsi, dans cette dernière vague de collages en date, nos «Identitaires» ont bien veillé à mettre en valeur leurs stickers prônant l'autodéfense. Du style: «Oui à l'autodéfense: défendre son commerce n'est pas un crime!»

Activisme, Paris, Racisme, Etrangers, Sécurité Cela fait bien sûr allusion au dramatique fait divers qui s'est produit à Nice, dernièrement: un commerçant qui a tué à coups de fusil un jeune qui venait de braquer son magasin. Ce sticker en faveur de l'autodéfense renvoie d'ailleurs directement à la section locale des Identitaires de Nice, dont il donne l'adresse complète.

En exposant aussi visiblement leur origine géographique, ces colleurs militants s'exposent à ce que les Parisiens qui n'adhèrent pas à leurs idées leur retournent en pleine face, et cette fois à leur détriment, leur propre slogan: «Vivre ensemble, oui mais sans eux!»