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03/03/2016

Un changement, cousu de fil blanc

 Femmes, Famille, Gouvernement, Elections présidentiellesCe matin, cela n'apparaissait pas encore dans l'organigramme officiel du gouvernement. Mais c'est François Hollande lui-même qui l'annonce, dans une interview au magazine féminin "Elle". Un changement de dénomination de ministère va être opéré.

Il est dû à la polémique qui avait suivi le remaniement ministériel de février. Uu ministère "de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes" avait été créé. Cette dénomination, jugée péniblement stéréotypée (les femmes d'office assimilées à l'éducation des gosses), avait été largement dénoncée, par les mouvements féministes (relire ). François Hollande en a pris acte. Et a décidé qu'il faudrait désormais parler de "ministère des Familles".

Au passage, ce changement d'appellation n'est bien sûr pas anodin, à treize mois du premier tour de l'élection présidentielle. En effet, le terme retenu renvoie implicitement à la grande réforme du "mariage pour tous", en 2013. Qui avait consacré, fût-ce tardivement et incomplètement, la reconnaissance par la France de la pluralité des situations familiales – et reconnu, singulièrement, les familles homoparentales.

Trois ans plus tard, donc, le choix de cette dénomination ministérielle est un clin d'œil subliminal fait par le chef de l'Etat à cet électorat. Alors que, mois après mois, sa popularité ne cesse de dégringoler, a fortiori parmi les sympathisants de gauche qui l'ont élu en 2012. Cela paraît vraiment très gros, comme manœuvre. C'est cousu avec du fil blanc très voyant. Mais, qui sait, à force de se multiplier, ces gestes présidentiels d'amabilité catégorielle finiront-ils par porter leurs fruits.

A ce stade, cela dit, on serait bien le dernier à en prendre le pari.

20/05/2015

Une décontraction très nouvelle

Quand les magazines de papier glacé entrent en collision avec les débats à l'Assemblée. Hier après-midi, les députés sarkozystes ont mené la charge contre le gouvernement, qu'ils accusent de «complicité hypocrite» avec le «proxénétisme procréatif». C'est tout le débat à propos de la GPA, ou gestation pour autrui: le recours à l'étranger, par des Français, à des mères porteuses. Et voilà que ce matin, dans «Gala», un animateur télé de la chaîne M6 s'affiche, tous sourires (), avec son petit Elliot: enfant de trois mois issu d'une GPA menée aux Etats-Unis.

Ce n'est pas la première fois qu'une personnalité cathodique française a recours à une mère porteuse, mais jamais auparavant (à moins que cela nous ait échappé) cette démarche n'avait été rendue publique aussi ouvertement, et assumée avec autant de décontraction.

Du coup, il sera intéressant de voir si le gouvernement va faire semblant de rien. Ou, au contraire, faire en sorte que des poursuites soient diligentées contre l'intéressé. Puisque, théoriquement, il est passible de peines de prison et d'amende (voir ici). Intéressant aussi de voir la consigne que Nicolas Sarkozy va donner à ses troupes. Les envoyer descendre en flammes cet animateur télé? Ou, au contraire, ne pas faire trop de vagues sur ce cas précis, pour ne pas risquer de se mettre à dos l'électorat des jeunes accros à ce genre de programmes télévisés ainsi qu'à l'humour potache qu'affectionne ce présentateur.

Reste à voir également si un "coming out" de ce type est de nature, ou non, à faire évoluer le jugement que porte l'opinion sur le recours aux mères porteuses. Un jugement qui a basculé, à l'occasion de la grande bataille de 2013 sur le «mariage gay». Auparavant, les Français n'étaient pas spécialement opposés à la GPA. Mais, à présent (voir , par exemple), ils la désapprouvent majoritairement.

05/05/2015

Un grand n'importe quoi

Partis, Personnalités, Le Pen, Droit, Famille, FemmesPuisque, vu l'actualité d'hier soir, ce blog peut aujourd'hui difficilement parler d'autre chose que de la famille Le Pen – décidément, et plus que jamais, la famille Addams de la politique française –, peut-être quelqu'un devrait-il signaler deux choses à Jean-Marie Le Pen.

D'abord, puisqu'il veut «répudier» sa fille Marine et faire en sorte qu'elle ne puisse plus porter son patronyme, l'informer que la répudiation des femmes (qu'elles soient épouses ou filles) n'est pas permise, en droit français. S'agissant du mariage, cette façon de le dissoudre qui découle de la volonté unilatérale du mari, donc est par essence inégalitaire, ne peut jamais avoir cours en France, en tout cas entre époux Français "de souche" (pour prendre un terme bien lepéniste), les choses étant moins claires (voir par exemple ici) quand il s'agit de statuer sur la reconnaissance ou non, par la justice française, d'une mesure de répudiation prononcée à l'étranger.

Du reste, il est assez piquant de voir le chef historique d'une formation d'extrême droite en arriver à prôner une sanction relevant du droit musulman, alors que son parti dénonce en boucle «l'islamisation» de l'Hexagone.

Ensuite, signaler à Jean-Marie Le Pen que, s'il ne peut répudier sa fille, il peut, éventuellement, la déshériter. La procédure, cela dit, n'est pas simple, le Code civil français imposant traditionnellement, lors d'une succession, une part réservataire pour chacun des enfants – mais le processus d'harmonisation européenne pourrait bientôt nuancer cela (lire par exemple ).

Du reste, il serait assez piquant de voir Jean-Marie Le Pen en arriver à faire le malin sur la question de son héritage. Alors que lui-même est soupçonné d'avoir planqué en Suisse des millions d'euros, notamment en pièces d'or et en lingots – ses explications sur le sujet tardent à venir, d'ailleurs.

05/11/2014

Une inversion de tendance

Paris, Société, Femmes, FamillePrès de quarante ans que l'on n'avait pas vu cela, à Paris. Pour la première fois depuis 1975, la natalité est en baisse, dans la capitale française.

Selon les derniers chiffres publiés cette semaine (relatifs à l'année 2012), 28.945 bébés voient le jour chaque année, dans la "Ville lumière". C'est 1,2% de moins que l'année précédente. Et c'est à comparer avec les quelque 32.000 naissances qui ont été enregistrées à Paris dix ans plus tôt: en 2002.

De fortes disparités de natalité existent entre arrondissements parisiens. Ainsi, dans le si chic sixième arrondissement, la natalité progresse de plus de 10%. En revanche, dans le très bobo deuxième ou dans le bourgeois huitième, elle dégringole de 17% et de 10% respectivement. La mise en regard de ces tendances avec la sociologie des quartiers concernés, cela dit, n'est pas vraiment éclairante: aussi bien des arrondissements très aisés que des arrondissement moins bourgeois, voire populaires, enregistrent des hausses ou des baisses de natalité, selon les cas.

Dès lors, pour expliquer ce phénomène inédit depuis si longtemps, les démographes en sont réduits à le relier plutôt à des facteurs parisiens très globaux. Par exemple, la crise structurelle des modes de garde d'enfants, dans la capitale (manque chronique de places de crèches, etc.). Ou le coût du logement, qui a atteint des niveaux prohibitifs. Ou encore l'insécurisation du parcours professionnel des femmes, due à la crise économique, et qui les pousse à reporter les projets de maternité.

La région parisienne dans son ensemble affiche tout de même encore un taux de natalité qui est supérieur à la moyenne nationale. C'est très largement dû à la banlieue, et grâce à la part de sa population qui est issue de l'immigration.

22/05/2014

«Une petite phrase, au gré du débat politicien»

Incidents en série à l'Assemblée nationale, hier. Où toute la journée ainsi que la soirée ont été tendues, vu l'animosité de la droite à l'égard du projet de réforme de l'autorité parentale.

Entre deux altercations, un député UMP, qui, dans le civil, exerce la profession de psychiatre, s'en est pris à une ministre qu'il jugeait trop peu locace: «Après nous avoir répondu avec une perplexité anxieuse, vous êtes désormais dans un repli autistique particulièrement inquiétant, avec un relatif évitement du regard associé, signe d'un diagnostic assez grave». L'intéressée n'a pas apprécié. «Quand vous dites cela, je pense aux 100.000 familles qui, en France aujourd’hui, élèvent un enfant autiste. Je pense à leur souffrance. Je pense au mépris que vous exprimez à leur égard, en laissant entendre que la maladie de leur enfant peut être un quolibet, un nom d’oiseau, une petite phrase jetée au gré du débat politicien». Et la ministre de présenter ses excuses à tous ces parents, au nom du gouvernement – «parce que vous, M. le député, ne le ferez sans doute pas».

Le parlementaire sarkozyste a tenté de s'en sortir en jouant sur les mots. «Votre cabinet, Mme, aurait dû vous apprendre la différence entre un trouble envahissant du développement, syndrome autistique décrit par Kanner, et le repli autistique, qui concerne les psychoses de l’adulte. C’est une différence fondamentale, qu’il vous faudrait apprendre. Mon terme ne concernait en rien les enfants: ça, c’est une manipulation de votre part, à laquelle vous recourez parce que, depuis plusieurs heures, vous êtes en difficulté» dans ce débat parlementaire.

Cette anicroche politico-psychiatrique n'apaisant pas l'atmosphère, les débats ont continué à s'enflammer et à s'étirer. Au point que, vers 1h30 du matin, 361 amendements étaient encore à examiner. Le gouvernement a alors compris que, dans de telles conditions, ce texte ne pourrait jamais être voté mercredi prochain, comme il était prévu. Dès lors, il a dû faire suspendre le débat, et reporter sine die l'adoption de la réforme.

07/05/2014

Un (si) léger mieux

Les plans gouvernementaux successifs de lutte contre les violences conjugales commenceraient-ils enfin à produire leurs effets? Selon des chiffres officiels diffusés ce matin, en France en 2013, 121 femmes sont décédées sous les coups de leur conjoint, et 25 hommes ont été victimes de violences mortelles émanant de leur compagnon ou ex-compagnon. Cela fait 28 décès en moins, par rapport à l'année précédente.

«C'est une tendance à la baisse qui encourage le gouvernement à poursuivre son action», ont commenté les ministres de l'Intérieur et des Droits des femmes. Qui ont redit leur détermination à «mettre en œuvre tous les dispositifs nécessaires pour lutter plus efficacement contre ces violences, qui brisent chaque année trop de vies et de familles».

«Une tendance à la baisse», oui, mais cela fait tout de même encore quelque 150 morts par an, dues à des violences exercées dans le cadre du couple. Et il faut leur ajouter 13 enfants victimes de violences mortelles émanant de leur père ou mère.

Ce macabre décompte, dès lors, même s'il traduit une légère amélioration de la situation, continue d'en dire long sur le degré de sauvagerie quotidienne de la société actuelle – mais, bien sûr, ce n'est nullement propre à la France.

25/04/2014

Une revendication, «comique»

Europe, Elections européennes, Famille Dans le programme de l'UMP pour les élections européennes, que ce parti a présenté hier, on trouve notamment la revendication d'«une Europe qui concentre son action là où elle est vraiment utile». En clair: «Il est indispensable de redéfinir la répartition des missions entre les États membres et l’Union européenne. Cette dernière ne doit agir que dans les domaines où une politique euro­péenne sera plus efficace qu’une politique nationale afin de défendre les intérêts des Européens. Nous pensons que l’Europe ne doit pas intervenir dans les politiques familiales et sur les ques­tions de société».

Il faut sans doute voir là un signal amical envoyé par les sarkozystes à la mouvance catholique conservatrice: les associations familiales, le collectif «La Manif pour tous», etc.. Qui ont toujours soupçonné l'Europe de vouloir propager, sur les questions de société, des projets, idées ou doctrines jugés exagérément libertaires, limite dépravés (la «théorie du genre», etc.).

Cette revendication de l'UMP est donc cousue de fil blanc, politiquement. Le problème? «Les politiques familiales ne sont pas de compétences européennes». C'est ce que nous assurait, hier, une très éminente consoeur de la rédaction européenne de «La Libre», à Bruxelles. Et qui, du coup, trouvait Jean-François Copé «comique»: «Il demande à l'Europe de ne pas faire quelque chose qu'elle ne fait pas!»

Cela en dit sans doute long sur le degré d'expertise des hommes politiques français, concernant les questions européennes.

07/12/2012

Un côté préhistorique

Société, Famille, Personnalités, BelgiqueSur la forme, il n'y est pas allé de main morte, Elio di Rupo. Cette semaine, le Premier ministre belge a évoqué en ces termes le débat en France sur le projet du «mariage pour tous»: «En France, pays de la liberté ou des libertés, pays de la Révolution et des Lumières, les débats témoignent d’un conservatisme et d’une ignorance absolument inimaginable».

On est donc loin de la langue de bois diplomatique: de cet usage qui veut que, quand un officiel s'exprime publiquement sur un pays ami, il y mette les formes. Au passage, que n'aurait-on dit en Belgique si c'était un Premier ministre français qui, en de tels termes, avait sous-entendu l'arriération du pays voisin, sur telle ou telle réforme en train d'y être débattue? On les entend déjà d'ici, les dénonciations d'une France arrogante, méprisante, donneuse de leçons, etc. Passons.

Sur le fond, c'est vrai que, vu de Belgique, ce débat français est complètement rétrograde, voire préhistorique. Cela fait tant d'années que pareille réforme y est entrée en vigueur. Et, bien sûr, sans que cela ait ouvert la porte... à la polygamie, à la zoophilie, à l'inceste voire au terrorisme politique. Pour reprendre des arguments que brandissent, sans rire, les plus excités des politiques ou religieux français opposés au «mariage pour tous». Si tant est, cela dit, que l'on puisse parler d'arguments, tant ils sont ineptes: cela se saurait si, en Belgique ou ailleurs, une telle réforme avait contribué à «ébranler les fondements majeurs de la société», comme s'en épouvantent des Français anti-«mariage gay». A cet égard, et a fortiori vu de Belgique, ce débat français a un côté si nombriliste qu'il en devient, c'est vrai, très fatiguant.

Société, Famille, Personnalités, BelgiqueNous, toutefois, on est autrement plus préoccupé par le côté si fréquemment haineux de ce débat en France, ce pays qui se pique de «Liberté, Egalité, Fraternité». Car, tout de même, brandir l'épouvantail de la polygamie, de la zoophilie ou de l'inceste, ce n'est pas rien. Ces derniers mois en France, et encore pendant tous ces mois que prendra l'adoption de cette réforme, combien donc de jeunes gens, en recherche ou en souffrance sur leur orientation sexuelle, ont-ils dû être blessés, meurtris, voire durablement perturbés? De voir ainsi leur identité peu ou prou assimilée à de telles pratiques?

Pour tout dire, et au risque de passer pour vraiment tartouille, on pense souvent à eux, en ce moment.

25/01/2012

Une confusion des rôles

Ce mercredi, les députés examinent une proposition de loi inspirée d'un cas dramatique. Elle vise à permettre à tout salarié de faire don de ses heures de congé ou de récupération (au titre de la réduction de temps de travail) à un collègue parent d'un enfant gravement malade, dont le pronostic vital est engagé. Si ce texte est adopté, il s'appellera la «loi Mathis».

Car tel était le prénom d'un enfant à qui, quand il avait dix ans, a été diagnostiqué un cancer du foie au stade 4. Il en est décédé. Son père n'a pu l'accompagner jusqu'à la mort que grâce à la solidarité de ses collègues. Il avait épuisé, au chevet de son enfant, tous ses jours de récup' et de congé. Il aurait donc dû reprendre le boulot. Mais ses collègues lui ayant fait don de 170 jours de récupération, il a pu rester au chevet de son enfant, jusqu'à sa mort. Aujourd'hui, la loi n'interdit pas un tel geste de solidarité dans l'entreprise, mais ne le réglemente pas non plus. En théorie, du coup, chaque employeur est en droit de refuser des faveurs de ce type entre ses employés. Demain, si la loi est votée, cette solidarité sera toujours permise et encadrée.

Très bien? On n'est pas trop à l'aise, en fait, envers une telle initiative législative.

On peut évidemment trouver parfaitement exemplaires les gestes de solidarité de ce type, posés entre collègues. Etant entendu que, dans le monde en général et dans le monde de l'entreprise notamment, sans doute n'y a-t-il jamais assez d'altruisme. Mais on trouve anormal que la présence d'un père au chevet de son gosse agonisant dépende de la générosité, ou non, de ses collèges. Ce n'est pas à des particuliers mais à l'Etat – l'Etat au sens large: les pouvoirs publics, l'assurance-maladie, etc. – à prendre en charge cela. A l'Etat de faire en sorte que le parent d'un gosse en train de mourir ne soit plus forcé de choisir entre, soit abandonner son enfant à son sort, soit perdre son boulot et donc ses moyens de subsistance.

Le père de Mathis, dans les médias ces derniers jours, en a témoigné – et c'était particulièrement émouvant. Après avoir épuisé les trois mois et demi d'arrêt auxquels il avait droit, il a été convoqué par l'assurance-maladie. Où un fonctionnaire lui a dit: «Monsieur, c'est votre enfant qui est gravement malade, pas vous! Vous, vous allez bien. Donc, vous reprenez le travail!»

On peut évidemment voter une telle loi, mais il faudrait d'abord et avant tout s'attaquer aux comportements obtus d'une certaine administration, arc-boutée jusque dans l'indignité sur la réglementation. Après, lorsque l'Etat aura rempli son rôle et modifié à la fois ses pratiques et ses textes, dans le sens de plus d'humanité, alors il sera toujours temps de demander aux citoyens de faire preuve, à leur tour, de générosité. Et l'on pourra alors, sans réserve, saluer cet altruisme.

Mais ce n'est que notre avis.

04/06/2010

Une «obscénité»?

Le Front National, paraît-il, se modernise. Se banalise. Se civilise. Et, paraît-il, ce sera encore plus vrai l'an prochain, lorsque Marine Le Pen sera probablement à sa tête. Le FN se modernise, ah oui? Ce n'est pas si évident, au vu de l'actualité judiciaire qui, lundi, sera celle d'un membre du «comité central» de ce parti – au passage, pour une formation d'extrême droite, ce terme, si communisant, de «comité central» sonne tout de même un peu bizarrement.

 

Le hiérarque lépéniste en question – dont on taira le nom, car on ne tient pas spécialement à lui faire de la pub – comparaît lundi devant la septième chambre de la Cour d'Appel de Versailles. Pour avoir, le 2 décembre 2006, déchiré et dégradé une baudruche gonflable de onze mètres de haut en forme de préservatif géant. Baudruche que la mairie de sa petite ville de banlieue parisienne avait érigée à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida. Pour ce dirigeant frontiste, cette opération de prévention était une «obscénité publique, qui constituait de toute évidence un attentat à la pudeur, un outrage aux bonnes moeurs et un objet de scandale notamment pour les jeunes enfants». Et l'intéressé, dès lors, d'appeler «tous les patriotes qui le souhaitent» à venir nombreux au tribunal lundi, pour le «soutenir dans (son) combat pour avoir voulu simplement défendre et protéger la vue des jeunes enfants, la pudeur, les bonnes moeurs et la morale publique».

 

On ne sait pas si cet élu FN a ou non des enfants. Mais, si oui et si ce sont des garçons, on leur souhaite bonne chance et bon courage quand, lorsqu'ils seront ados, ils devront aborder avec un père aussi péniblement rétrograde les questions du premier rapport sexuel, de la contraception et de la prévention des infections sexuellement transmissibles.

17/09/2008

Une pratique

On a toujours bien aimé les vieux dictons populaires. Ce matin, en arrivant au bureau, on était donc ravi d’en trouver un dans notre boîte mail, un joli en plus: «Charbonnier est maître chez lui». C’est l’association «Union des familles en Europe» qui, dans un communiqué assez comiquement virulent, vient de rappeler cette maxime à la ministre française de la Famille, Nadine Morano.

Cette ministre, l’autre jour, a signé au nom de la France, l’appel lancé par le Conseil de l’Europe contre le recours à la pratique de la fessée dans l’éducation des enfants. L’association familiale ne décolère pas. «Sans se prononcer ni pour ni contre la fessée», elle estime que «les parents sont les meilleurs experts de l’éducation à donner à leurs enfants». La ministre est donc sommée de «s’occuper des questions qui la regardent, par exemple le pouvoir d’achat des familles, au lieu de disqualifier les parents par de telles prises de position!»

L’association en profite pour ressortir les résultats d’une enquête sur les châtiments corporels, qu’elle a réalisée l’an dernier auprès de 685 grands-parents, 856 parents et 776 enfants. Il en ressort que la pratique de la fessée est très courante: 95% des grands-parents, 95% des parents et 96% des enfants ont déclaré avoir déjà reçu une fessée. 84% des grands-parents et 87% des parents ont reconnu en avoir déjà donné une. Ce sondage indique également qu’une majorité de grands-parents (61%) et de parents (53%) – mais seulement une minorité d’enfants (39%) –   s’opposent à l’interdiction de la fessée.

«Qu’ils soient pour ou contre les fessées, les adultes interrogés ont demandé massivement que les pouvoirs publics se mêlent de ce qui les regarde», écrit l’Union des familles, partant du principe que «chacun éduque son enfant comme bon lui semble, sans abus bien sûr». Du reste, «beaucoup font la distinction entre la fessée bien méritée, qui n’a jamais tué son monde, et les autres châtiments corporels. Les familles ajoutent que ce qui vaut pour un enfant ne vaut pas forcément pour un autre». Plus de sept parents sur dix (77%) considèrent que les fessées qu’ils donnent ont une visée strictement éducative. Mais 21% des parents reconnaissent qu’il y chez eux aussi une part de défoulement dans l’octroi de cette punition. Un point de vue que partage plus d’un enfant sur quatre (28%).

28%. Ce chiffre est vraiment interpellant. On n’a pas vraiment de souvenir particulier, mais cela doit être vraiment bizarre, quand on est un enfant, d’avoir le sentiment et d’éprouver la sensation que son propre corps est en train de servir d’objet de défoulement, à ses parents qui plus est.