25.01.2012
Une confusion des rôles
Ce mercredi, les députés examinent une proposition de loi inspirée d'un cas dramatique. Elle vise à permettre à tout salarié de faire don de ses heures de congé ou de récupération (au titre de la réduction de temps de travail) à un collègue parent d'un enfant gravement malade, dont le pronostic vital est engagé. Si ce texte est adopté, il s'appellera la «loi Mathis».
Car tel était le prénom d'un enfant à qui, quand il avait dix ans, a été diagnostiqué un cancer du foie au stade 4. Il en est décédé. Son père n'a pu l'accompagner jusqu'à la mort que grâce à la solidarité de ses collègues. Il avait épuisé, au chevet de son enfant, tous ses jours de récup' et de congé. Il aurait donc dû reprendre le boulot. Mais ses collègues lui ayant fait don de 170 jours de récupération, il a pu rester au chevet de son enfant, jusqu'à sa mort. Aujourd'hui, la loi n'interdit pas un tel geste de solidarité dans l'entreprise, mais ne le réglemente pas non plus. En théorie, du coup, chaque employeur est en droit de refuser des faveurs de ce type entre ses employés. Demain, si la loi est votée, cette solidarité sera toujours permise et encadrée.
Très bien? On n'est pas trop à l'aise, en fait, envers une telle initiative législative.
On peut évidemment trouver parfaitement exemplaires les gestes de solidarité de ce type, posés entre collègues. Etant entendu que, dans le monde en général et dans le monde de l'entreprise notamment, sans doute n'y a-t-il jamais assez d'altruisme. Mais on trouve anormal que la présence d'un père au chevet de son gosse agonisant dépende de la générosité, ou non, de ses collèges. Ce n'est pas à des particuliers mais à l'Etat – l'Etat au sens large: les pouvoirs publics, l'assurance-maladie, etc. – à prendre en charge cela. A l'Etat de faire en sorte que le parent d'un gosse en train de mourir ne soit plus forcé de choisir entre, soit abandonner son enfant à son sort, soit perdre son boulot et donc ses moyens de subsistance.
Le père de Mathis, dans les médias ces derniers jours, en a témoigné – et c'était particulièrement émouvant. Après avoir épuisé les trois mois et demi d'arrêt auxquels il avait droit, il a été convoqué par l'assurance-maladie. Où un fonctionnaire lui a dit: «Monsieur, c'est votre enfant qui est gravement malade, pas vous! Vous, vous allez bien. Donc, vous reprenez le travail!»
On peut évidemment voter une telle loi, mais il faudrait d'abord et avant tout s'attaquer aux comportements obtus d'une certaine administration, arc-boutée jusque dans l'indignité sur la réglementation. Après, lorsque l'Etat aura rempli son rôle et modifié à la fois ses pratiques et ses textes, dans le sens de plus d'humanité, alors il sera toujours temps de demander aux citoyens de faire preuve, à leur tour, de générosité. Et l'on pourra alors, sans réserve, saluer cet altruisme.
Mais ce n'est que notre avis.
12:10 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, santé, famille, fonction publique
04.06.2010
Une «obscénité»?
Le Front National, paraît-il, se modernise. Se banalise. Se civilise. Et, paraît-il, ce sera encore plus vrai l'an prochain, lorsque Marine Le Pen sera probablement à sa tête. Le FN se modernise, ah oui? Ce n'est pas si évident, au vu de l'actualité judiciaire qui, lundi, sera celle d'un membre du «comité central» de ce parti – au passage, pour une formation d'extrême droite, ce terme, si communisant, de «comité central» sonne tout de même un peu bizarrement.
Le hiérarque lépéniste en question – dont on taira le nom, car on ne tient pas spécialement à lui faire de la pub – comparaît lundi devant la septième chambre de la Cour d'Appel de Versailles. Pour avoir, le 2 décembre 2006, déchiré et dégradé une baudruche gonflable de onze mètres de haut en forme de préservatif géant. Baudruche que la mairie de sa petite ville de banlieue parisienne avait érigée à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida. Pour ce dirigeant frontiste, cette opération de prévention était une «obscénité publique, qui constituait de toute évidence un attentat à la pudeur, un outrage aux bonnes moeurs et un objet de scandale notamment pour les jeunes enfants». Et l'intéressé, dès lors, d'appeler «tous les patriotes qui le souhaitent» à venir nombreux au tribunal lundi, pour le «soutenir dans (son) combat pour avoir voulu simplement défendre et protéger la vue des jeunes enfants, la pudeur, les bonnes moeurs et la morale publique».
On ne sait pas si cet élu FN a ou non des enfants. Mais, si oui et si ce sont des garçons, on leur souhaite bonne chance et bon courage quand, lorsqu'ils seront ados, ils devront aborder avec un père aussi péniblement rétrograde les questions du premier rapport sexuel, de la contraception et de la prévention des infections sexuellement transmissibles.
11:26 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, sida, justice, famille, jeunes, le pen
17.09.2008
Une pratique
Cette ministre, l’autre jour, a signé au nom de la France, l’appel lancé par le Conseil de l’Europe contre le recours à la pratique de la fessée dans l’éducation des enfants. L’association familiale ne décolère pas. «Sans se prononcer ni pour ni contre la fessée», elle estime que «les parents sont les meilleurs experts de l’éducation à donner à leurs enfants». La ministre est donc sommée de «s’occuper des questions qui la regardent, par exemple le pouvoir d’achat des familles, au lieu de disqualifier les parents par de telles prises de position!»
L’association en profite pour ressortir les résultats d’une enquête sur les châtiments corporels, qu’elle a réalisée l’an dernier auprès de 685 grands-parents, 856 parents et 776 enfants. Il en ressort que la pratique de la fessée est très courante: 95% des grands-parents, 95% des parents et 96% des enfants ont déclaré avoir déjà reçu une fessée. 84% des grands-parents et 87% des parents ont reconnu en avoir déjà donné une. Ce sondage indique également qu’une majorité de grands-parents (61%) et de parents (53%) – mais seulement une minorité d’enfants (39%) – s’opposent à l’interdiction de la fessée.
«Qu’ils soient pour ou contre les fessées, les adultes interrogés ont demandé massivement que les pouvoirs publics se mêlent de ce qui les regarde», écrit l’Union des familles, partant du principe que «chacun éduque son enfant comme bon lui semble, sans abus bien sûr». Du reste, «beaucoup font la distinction entre la fessée bien méritée, qui n’a jamais tué son monde, et les autres châtiments corporels. Les familles ajoutent que ce qui vaut pour un enfant ne vaut pas forcément pour un autre». Plus de sept parents sur dix (77%) considèrent que les fessées qu’ils donnent ont une visée strictement éducative. Mais 21% des parents reconnaissent qu’il y chez eux aussi une part de défoulement dans l’octroi de cette punition. Un point de vue que partage plus d’un enfant sur quatre (28%).
28%. Ce chiffre est vraiment interpellant. On n’a pas vraiment de souvenir particulier, mais cela doit être vraiment bizarre, quand on est un enfant, d’avoir le sentiment et d’éprouver la sensation que son propre corps est en train de servir d’objet de défoulement, à ses parents qui plus est.
10:55 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Education, Famille, Gouvernement



