14.04.2011
Un petit coup de fatigue?
Un petit coup de fatigue des politiques français, en ce moment? Un grand besoin de vacances? Ces derniers temps, en tout cas, s'accumulent, en haut lieu à Paris, les absences, pataquès et lapsus. Et encore aura-t-on la charité de ne pas s'appesantir sur le cas de Rachida Dati. Qui, décidément, n'en rate (verbalement) pas une, ce qui a l'air de faire rire la terre (internet) entière... Au-delà donc de l'ex-garde des Sceaux, on a eu droit, depuis le début de cette semaine, à un festival d'étourderies.
Il y a d'abord eu la (décidément impayable) ministre Nadine Morano. De grand matin en direct sur une radio, elle était interrogée sur Carlos Ghosn: le PDG de Renault, le constructeur automobile actuellement en plein scandale. Le plus sérieusement du monde, la ministre a dit ne pas connaître... une chanson d'un tel titre, du chanteur Renaud. Encore bravo. Il y a eu aussi, hier à l'Assemblée nationale, ce lapsus de François Fillon. Le Premier ministre s'exprimait sur l'exploitation des gaz de schiste. Mais sa langue a fourché: il a parlé de... «gaz de shit». Il y a eu enfin, hier toujours, cette bourde lors de la déclaration de candidature à l'Elysée de Nicolas Hulot. C'était à propos du nucléaire. L'animateur télé lui-même n'a pas évoqué le sujet – ce qui, au passage, était un peu curieux. Mais l'hôte de son grand raout médiatique, maire écologiste d'une ville de la banlieue parisienne, a, lui, fait allusion à la catastrophe de Fukushima. Il en a même parlé à deux reprises. Mais au lieu de dire Fukushima, il a chaque fois prononcé... Fujiyama. Ce qui n'a évidemment rien à voir: c'est le nom de Fuji-san, la montagne sacrée et le symbole du pays du soleil levant. Encore bravo, là aussi, venant qui plus est d'un élu Vert...
Fujiyama, pour Fukushima. Cela nous a rappelé ce lapsus qu'avait commis naguère le président de l'Assemblée, Bernard Accoyer. Il prononçait un petit discours de bienvenue à l'attention d'une délégation de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, qu'il accueillait ce jour-là. Cette délégation était conduite par un Turc, un certain Mevlüt Cavusoglu. Mais Bernard Accoyer avait écorché son nom. Et l'avait rebaptisé Mevlüt... «Ceaucescu», du nom de l'ex-dictateur roumain...
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28.02.2011
Une mémoire courte
Michèle Alliot-Marie est décidément entêtée. Jusque dans sa lettre de démission, hier après-midi, elle a soutenu qu'«aucun manquement» ne pouvait lui être reproché, dans sa si peu glorieuse affaire de vacances tunisiennes. Accessoirement, l'ex-ministre des Affaires étrangères a aussi une très très mauvaise mémoire. «En politique, on ne pleure pas: on serre les dents et on sourit», avait-elle lancé, il y a quelques jours. Les médias hier, au moment où tombait la tête de la dame de fer, ont abondamment repris cette petite phrase, sans doute désireux de voir couler les larmes de l'intéressée. Ce ne serait pas une première, au demeurant. En effet, contrairement à ce que prétend «MAM», on ne compte plus les personnalités politiques qui, ces dernières années, ont fondu en sanglots. Au risque de commencer (un peu) tristement la semaine, petit florilège, pas forcément exhaustif, de ces grands moments d'émotion.
Pas plus tard que la semaine dernière, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a versé une larme en retrouvant sa chère Tunisie pour la première fois depuis la révolution. Le mois dernier, c'était le Premier ministre François Fillon qui avait été submergé par l'émotion, au moment de prononcer l'éloge funèbre de Philippe Séguin. En 2006, un de ses prédécesseurs à Matignon, le socialiste Lionel Jospin, avait marqué l'université d'été du PS, à La Rochelle, en contenant à peine ses larmes alors qu'il discourait sur la fameuse soirée du 21 avril 2002.
Des yeux (un peu) mouillés, on en aperçut paraît-il aussi chez Jean-Marie Le Pen, le mois dernier: au congrès du FN lors duquel il passa la main à sa fille. Une crise de larmes carrément, devant les caméras de Canal si on se souvient bien, c'est ce qui survint à l'UMP Françoise de Panafieu en 2008: lorsque, à l'issue du premier tour des élections municipales, elle se rendit compte qu'elle ne succéderait jamais à Bertrand Delanoë à la mairie. Autres sanglots médiatisés et mémorables: ceux de la députée catholique Christine Boutin (à l'Assemblée en 1998, lors du débat houleux sur le Pacs), de Rachida Dati (à son arrivée au ministère de la Justice, en 2007) ou de la socialiste Martine Aubry (quand elle dut quitter l'Assemblée en 2002, battue aux législatives dans le Nord). Bref, n'en déplaise à Michèle Alliot-Marie, en politique, on serre les dents souvent, on sourit tout le temps, à l'occasion on promet «du sang et des larmes», mais, parfois aussi, on pleure. Quitte à ce que, bien sûr, ce ne soient que des larmes de crocodile.
PS: Rien à voir avec la politique française, mais, si vous avez un jour la chance de tomber sur un exemplaire du livre «Crying Men», publié par le photographe Sam Taylor en 2005, n'hésitez pas. En effet, c'est un des livres de photos les plus saisissants édités ces dernières années – il connut d'ailleurs un succès tel qu'il est devenu introuvable et donc hors de prix. Ce photographe a demandé à toute une série de personnalités (Jude Law, Ed Harris, Benicio Del Toro, Willem Dafoe,etc.) de... fondre en larmes devant son objectif. On était tombé en arrêt devant ce livre il y a quelques étés, aux Rencontres internationales de la photographie d'Arles. Depuis, on a toujours regretté de ne l'avoir acheté. Ses clichés, en effet, sont le plus souvent absolument bouleversants.
11:02 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, gouvernement, fillon, dati, jospin, delanoë, panafieu, arts
15.11.2010
Une belgitude?
Il y a comme une certaine belgitude dans le processus ayant abouti hier soir à la formation du nouveau gouvernement français – le gouvernement Fillon V dit-on, Fillon XIII en fait, si l'on calcule bien tous les mini-réajustements ministériels intervenus depuis l'accession de l'intéressé à Matignon, en 2007. Une belgitude? C'est en tout cas ce qu'estimait, dès hier midi, l'influent, l'omniprésent en tout cas, commentateur politique Alain Duhamel. Qui, à la télé, jugeait (s'effarait?) en substance que ce remaniement ministériel français ait «des airs de remaniement belge». Puisque ce qui caractérisait selon lui cette opération, c'était la longueur des tractations l'ayant précédée, digne d'un système politique non majoritaire mais à la proportionnelle, où chaque famille a l'habitude de longuement négocier ses aires d'influence.
Ce qui est sûr et était spectaculaire, en tout cas, c'est que la France, ce week-end, a vécu avec un gouvernement en régime d'affaires courantes. Ce qui est très habituel en Belgique, mais est rarissime dans l'Hexagone.
En haut lieu, d'ailleurs, on ne semble pas encore tout à fait remis de cette innovation. Ainsi, en milieu de matinée ce lundi, sur le portail web officiel du Premier ministre (ici), à la sous-rubrique "Composition du gouvernement", la liste de l'équipe au pouvoir ne comportait encore et toujours, comme toute la journée dimanche, ... qu'un seul et unique nom. Celui de François Fillon, seul à avoir été confirmé dès dimanche matin dans ses fonctions. Aucune trace, en revanche, des 30 collègues du Premier ministre. Officiellement donc, électroniquement en tout cas, le gouvernement français est constitué en tout et pour tout d'une seule personne...
Sans doute le webmaster de Matignon n'a-t-il pas entendu son réveil, ce matin.
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