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30/01/2014

Un label, là aussi

C'est la préfecture de police de Paris qui nous l'apprend: la France, qui a toujours raffolé des normes, des certifications et des labels, a étendu jusqu'aux... commissariats de police l'application d'une de ces certifications. Dernièrement, ce «label Marianne», ainsi qu'il a été baptisé, a été décerné à la direction de la sécurité de proximité de Paris. La préfecture est aux anges: «C'est la première fois qu'une direction active de police est ainsi labellisée. Au total, ce sont 45 services de police parisiens qui ont été distingués pour la qualité de leur accueil».

Ce label, en effet, se veut «une reconnaissance de la qualité de l’accueil du public». Il est valable trois ans, et se décline en 19 engagements. Ceux-ci visent cinq grands objectifs: faciliter l’accès des usagers, accueillir les usagers «de façon attentive et courtoise», donner aux demandes «une réponse compréhensible» et «dans un délai annoncé», donner une réponse systématique aux réclamations, et «être à l’écoute des usagers, pour progresser». Concrètement, les 45 sites policiers de Paris désormais labellisés s’engagent à offrir au public «un accueil de qualité, dans des locaux plus conviviaux et qui favorisent la confidentialité, tout en simplifiant les demandes administratives».

Pourquoi pas.

En une dizaine d'années de vie à Paris, on n'a pas accumulé un grand vécu des commissariats de cette ville, donc on n'a aucune expertise en la matière. En revanche, on se souvient bien que, chaque fois qu'on a franchi les portes d'un commissariat, cela a pris des heures avant d'en resortir – un peu comme aux urgences des hôpitaux, en somme.

Notez que ce label ne comporte aucun engagement relatif au taux d'élucidation des méfaits amenant le public à s'adresser aux policiers. Sans doute ne faut-il pas rêver.

25/01/2012

Une confusion des rôles

Ce mercredi, les députés examinent une proposition de loi inspirée d'un cas dramatique. Elle vise à permettre à tout salarié de faire don de ses heures de congé ou de récupération (au titre de la réduction de temps de travail) à un collègue parent d'un enfant gravement malade, dont le pronostic vital est engagé. Si ce texte est adopté, il s'appellera la «loi Mathis».

Car tel était le prénom d'un enfant à qui, quand il avait dix ans, a été diagnostiqué un cancer du foie au stade 4. Il en est décédé. Son père n'a pu l'accompagner jusqu'à la mort que grâce à la solidarité de ses collègues. Il avait épuisé, au chevet de son enfant, tous ses jours de récup' et de congé. Il aurait donc dû reprendre le boulot. Mais ses collègues lui ayant fait don de 170 jours de récupération, il a pu rester au chevet de son enfant, jusqu'à sa mort. Aujourd'hui, la loi n'interdit pas un tel geste de solidarité dans l'entreprise, mais ne le réglemente pas non plus. En théorie, du coup, chaque employeur est en droit de refuser des faveurs de ce type entre ses employés. Demain, si la loi est votée, cette solidarité sera toujours permise et encadrée.

Très bien? On n'est pas trop à l'aise, en fait, envers une telle initiative législative.

On peut évidemment trouver parfaitement exemplaires les gestes de solidarité de ce type, posés entre collègues. Etant entendu que, dans le monde en général et dans le monde de l'entreprise notamment, sans doute n'y a-t-il jamais assez d'altruisme. Mais on trouve anormal que la présence d'un père au chevet de son gosse agonisant dépende de la générosité, ou non, de ses collèges. Ce n'est pas à des particuliers mais à l'Etat – l'Etat au sens large: les pouvoirs publics, l'assurance-maladie, etc. – à prendre en charge cela. A l'Etat de faire en sorte que le parent d'un gosse en train de mourir ne soit plus forcé de choisir entre, soit abandonner son enfant à son sort, soit perdre son boulot et donc ses moyens de subsistance.

Le père de Mathis, dans les médias ces derniers jours, en a témoigné – et c'était particulièrement émouvant. Après avoir épuisé les trois mois et demi d'arrêt auxquels il avait droit, il a été convoqué par l'assurance-maladie. Où un fonctionnaire lui a dit: «Monsieur, c'est votre enfant qui est gravement malade, pas vous! Vous, vous allez bien. Donc, vous reprenez le travail!»

On peut évidemment voter une telle loi, mais il faudrait d'abord et avant tout s'attaquer aux comportements obtus d'une certaine administration, arc-boutée jusque dans l'indignité sur la réglementation. Après, lorsque l'Etat aura rempli son rôle et modifié à la fois ses pratiques et ses textes, dans le sens de plus d'humanité, alors il sera toujours temps de demander aux citoyens de faire preuve, à leur tour, de générosité. Et l'on pourra alors, sans réserve, saluer cet altruisme.

Mais ce n'est que notre avis.

15/06/2011

Une modernisation (incomplète)

L'administration française a évolué, depuis Courteline. On a pu s'en rendre compte dernièrement, puisqu'on avait des problèmes de paperasserie à régler avec la préfecture de police de Paris. Ainsi, celle-ci s'est mise à l'heure des nouveaux médias. On peut désormais prendre rendez-vous par mail avec un fonctionnaire. Qui vous avertit par texto quand le document officiel qu'on lui a demandé (carte d'identité, passeport, certificat d'immatriculation, etc.) est prêt et que vous pouvez donc venir le retirer. Mais...

Mais, pour l'anecdote, ledit SMS renvoie... à un numéro surtaxé, commençant par un 08. Dès lors, pour prendre connaissance du message de l'administration, il faut payer. Sans doute que, dans la fonction publique également, il n'y a pas de petit profit: le moindre centime d'euro compte.

Mais, plus fondamentalement, cette modernisation n'évite pas les files d'attente au guichet: elle ne fait que les réduire (un peu). Et ces queues si souvent interminables énervent les gens. Pour preuve, on a remarqué hier un avis placardé bien en vue, dès l'entrée, à l'antenne de police de notre onzième arrondissement. Il avertit l'usager de ce service public que toute insulte, menace ou acte de violence de sa part envers un fonctionnaire sera systématiquement poursuivi et puni. Le fait qu'un tel écriteau ait été apposé là atteste probablement que de tels cas s'y sont déjà présentés.

A la préfecture de Paris comme dans tant d'administrations en France, une meilleure répartition des fonctionnaires voire quelques embauches supplémentaires permettraient certainement de réduire les délais d'attente au guichet, de servir plus dignement le public, et d'améliorer les conditions de travail des agents. Mais c'est évidemment plus compliqué voire onéreux que de se mettre au goût du jour (pour la frime l'alibi?) en recourant aux nouvelles technologies...

12/01/2011

Une fermeture

L'ouverture des hostilités en France ce mercredi: le lancement des soldes d'hiver. Et donc le début de la saison de l'hystérie voire des empoignades dans les grands magasins de Paris, une des capitales mondiales du shopping comme chacun sait. Une de ces collisions de l'actualité comme on les aime veut que, sur la plus chère artère commerciale de Paris et de France, ce jour d'ouverture coïncide avec... une fermeture.

Ce soir à 19 heures, ferme le seul et unique bureau de poste des Champs-Elysées. Hier midi, à l'appel d'un syndicat, des salariés de La Poste ont déposé une gerbe devant l'immeuble et prononcé une oraison funèbre, en hommage à ce service public bientôt disparu de «la plus belle avenue du monde». L'entreprise justifie sa décision de quitter les lieux par la flambée des loyers commerciaux dans ce quartier. Ils dépassent désormais les 10.000€ le m2; La Poste ne peut plus suivre. Le propriétaire de ses locaux, désireux de tirer lui aussi profit de la frénésie immobilière, avait décidé de faire passer le loyer mensuel de 15.000 à... 108.000€.

L'an dernier déjà, la seule et unique pharmacie des Champs avait dû fermer ses portes, après l'annonce du doublement du montant de son loyer. Plus haut sur la même avenue, le géant McDonald's y compris est aux prises avec la folie immobilière: il a engagé une procédure judiciaire contre son bailleur, qui veut lui aussi doubler son loyer.

«La plus belle avenue du monde ne comptait déjà pas la moindre librairie», remarquait, amère, une habitante des Champs, entendue à la radio locale ce matin. «Voilà maintenant qu'elle n'aura même plus de bureau de poste. Bientôt, il n'y aura plus que des magasins de fringues ici...» Sans doute, oui. Mais les fashionistas, eux, sont ravis: les enseignes Abercrombie, Banana Republic ou Levi's sont d'ores et déjà annoncées. Sans doute est-ce un grand progrès pour la ville.

PS: Sinon, puisque l'on parle de folie, on a vu ce week-end, en vitrine d'une boutique pour dames – c'était à Nice, mais on aurait très bien pu voir cela à Paris –, une paire de bottes vendue... 2499€. Très bling: pleines de dorures et de broderies. 2499€. Par comparaison, le montant du salaire minimum en France, que touchent quelque 2,5 millions de salariés et qui a été (très) légèrement rehaussé début janvier, est, net, de 1.073€.

21/05/2010

Un (petit) exemple

Une anecdote, pour bien terminer la semaine. En guise d'exemple de combien, parfois, la France décidément n'est pas pour rien le pays de Courteline – qui écrivit des pages et des pages sur les mésaventures de citoyens aux prises avec une administration cafouilleuse.

 

Fin avril, on découvrait un matin dans la boîte aux lettres deux mises en demeure envoyées par un cabinet d'huissiers de justice, pour le compte de la Direction générale des finances publiques. Elles nous invitaient à «payer immédiatement» deux factures, précisant qu'«à défaut, toutes les mesures d'exécution seront engagées sans autres avis». On était un peu surpris: on n'avait le souvenir ni d'être en retard du moindre paiement, ni d'avoir reçu le moindre rappel. Après quelques recherches, on découvrait qu'il s'agissait en fait de la note de deux vieilles consultations médicales dans un grand hôpital public parisien. Consultations à l'issue desquelles on nous avait dit: «Non, non, ne payez rien: vous recevrez la facture à domicile». On n'avait jamais rien reçu, et on avait perdu cela de vue. Jusqu'à l'arrivée donc de ces mises en demeure. Maugréant contre La Poste, on avait obtempéré illico. Dans l'heure, on avait payé nos dettes par carte bleue via le central téléphonique du fisc.

 

Et puis ce mercredi, dans la boîte aux lettres, deux «avis de mise en opposition administrative» cette fois. Portant sur exactement les mêmes montants. Et nous avertissant carrément qu'à défaut de paiement immédiat, «la Direction générale des finances publiques engagera sans délai ni autre avis une procédure de blocage de compte et salaire auprès de votre banque ou employeur». Bigre. On retéléphonait donc au fisc, bien décidé cette fois à ne pas se contenter d'un automate mais à parler à un humain. Une fois l'agent en ligne, on lui certifiait avoir déjà réglé ces factures fin avril, par carte bancaire au même numéro de téléphone. L'homme vérifiait, mais ne trouvait nulle trace de ces paiements. On lui assurait qu'à l'époque, la «machine» nous avait pourtant bien dit, de sa voix métallique si agréable, que nos opérations avaient été enregistrées. «Oui, cela arrive de temps en temps», rétorquait notre interlocuteur laconiquement. On repayait donc. Puis, pour tout de même tirer  au clair cette curieuse affaire, on demandait comment était-il possible d'être mis en demeure de payer des factures jamais reçues auparavant. «Alors ça, ça arrive très souvent», expliquait l'huissier, toujours aussi philosophe. On apprenait donc que l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris – «débordée ou désorganisée, on n'a jamais très bien su», précisait notre homme – , au lieu de facturer elle-même ses patients, chargeait «fréquemment» les agents du fisc de recouvrer à sa place les sommes dues, via l'envoi aux gens de si charmantes mises en demeures et autres commandements à payer.

 

Résumé. On a donc 1)une administration qui, pas fichue de faire son boulot, le refile à une autre 2)cette deuxième administration qui n'est pas fichue de faire correctement ce même boulot vu qu'elle a remplacé des fonctionnaires par des automates inopérants.

 

C'est probablement très anecdotique, et donc pas d'un intérêt fou. Mais, dans ce grand pays de «réforme» – réforme de la fonction publique notamment (non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, etc) – qu'est la France depuis 2007, cela méritait assurément deux grands bravos.

27/11/2009

Une fronde

centre pompidou.jpgUn peu de culture pour bien terminer la semaine, écrit-on souvent dans ce blog le vendredi, avant une note consacrée à la culture. Mais à Paris, cette semaine culturelle qui s’achève a vraiment été très mauvaise. Par milliers, en effet, des gens ont vainement patienté puis ont dû rebrousser chemin devant le Centre Pompidou, qui, depuis lundi, est en grève et fermé au public. Pendant une journée, le Musée des Arts décoratifs a lui aussi été perturbé. Sans parler des bibliothèques de la ville de Paris qui, dans un autre dossier, ont également fermé leurs portes. Et la semaine prochaine risque bien d’être encore pire. Dès mercredi, en effet, un mouvement de grève reconductible pourrait carrément toucher une centaine d’établissements culturels: bibliothèques, théâtres et musées dont les plus fameux: le Louvre, Orsay, etc.

 

Pour faire court, les grévistes protestent contre les conséquences de l’application aux institutions culturelles de la grande règle générale fixée par le gouvernement pour l’ensemble de la fonction publique: le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Pour eux, dans les musées, les bibliothèques ou les théâtres, cette règle va «menacer l’avenir du service public de la culture». Le conflit social est parti de Beaubourg parce que la situation y est particulière. En vertu de cette politique de dégraissage des effectifs de la fonction publique, le Centre Pompidou devrait perdre 26 postes en 2010, puis 23 autres en 2011. Ce qui annulera quasiment les 65 emplois qui avaient été créés dans cette institution en 2006, à l’issue, déjà, d’un mouvement de grève – qui, lui, avait duré deux semaines.

 

Ces derniers jours, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a vaguement tenté de calmer la fronde. Sans y parvenir. En effet, il n’entend pas du tout – et, de toute manière, n’a pas le poids politique pour imposer ce revirement à la majorité – revenir sur ce sacrosaint non-remplacement d’un agent sur deux. La culture devra donc elle aussi, comme tous les autres départements de la fonction publique, faire mieux avec moins d’argent.

 

escalator beaubourg.jpgC'est une coïncidence embarrassante pour le gouvernement: hier, au moment où tombait la nouvelle du préavis de grève illimitée déposé pour le 2 décembre contre ce régime d’austérité imposé à l’administration, était publié un rapport (consultable ici) très sévère. Selon lequel «malgré la crise, le train de vie du gouvernement ne cesse de progresser». Ce document a été rédigé par le député apparenté socialiste qui, ces dernières années, s’est fait une réputation pour sa traque des finances opaques et gaspillages au sommet du pouvoir, à l’Elysée particulièrement. A n’en pas douter, ses chiffres seront contestés par la majorité. Il n’empêche, hier, ils ont dû interpeller les grévistes. A les en croire, en 2009, les effectifs des cabinets ministériels ont… augmenté de 11,1%. Ce que ce parlementaire juge «inadmissible, au moment où ces mêmes cabinets recommandent à toutes les administrations de diminuer leur nombre de fonctionnaires».

 

Deux poids, deux mesures dans la fonction publique? Dans les couloirs de Beaubourg aujourd’hui, ce rapport, à n’en pas douter, va faire un tabac.