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26/02/2016

Une envolée délirante

Sports, Football, EconomieC'est la classique loi de l'offre et de la demande. Mais là, tout de même, cela va loin. Plus de trois mois séparent encore la France du coup d'envoi de l’Euro 2016 de football. Mais, déjà, les tarifs des hôtels s'envolent, dans les dix villes qui accueilleront la compétition.
Du moins, s'il faut en croire les relevés effectués par une association de consommateurs. Elle a passé au crible 440 établissements, essentiellement des deux et trois étoiles, en comparant les tarifs en vigueur les soirs de match avec ceux affichés le même jour de la semaine qui précède. Résultat? En novembre, les tarifs avaient progressé en moyenne de 45%. Mi-décembre (après le tirage au sort des rencontres), la hausse globale était de 67%. Depuis le début de l'année, des envolées à trois chiffres sont carrément constatées.
Ainsi, à Marseille, «le jour du premier match, le 11 juin au stade Vélodrome (Angleterre-Russie), le prix de la chambre du Best Western Aéroport (un 3 étoiles) culmine à 1000€, contre 80,75€ la semaine précédente! Une augmentation de 1138%, qui dit mieux?» Idem, ou à peu près, dans d'autres villes du pays: +307% pour le Formule1 de Bordeaux Nord, +936 % pour l’Ibis Stade Ouest de Saint-Denis, etc.
Cet Euro 2016 est censé constituer «une fête populaire», qui «rassemble les Français partout sur le territoire» et au-delà de leurs moyens financiers. Encore heureux, dès lors, que le gouvernement a eu le nez fin. Lui qui a réservé d'emblée (relire ) 20.000 billets d'entrée gratuits, à l'attention des publics moins favorisés.
Sans doute était-ce la moindre des choses.

15/06/2015

«Une fête pour tous»

Football, Sports, Social, Gouvernement, EconomieC'est sans doute la moindre des choses, mais cela n'en reste pas moins une bonne idée. Le gouvernement a réservé 20.000 tickets d'entrée pour les matchs de foot qui se tiendront dans le cadre de l'Euro 2016, l'été prochain en France. Ces billets seront gracieusement offerts à «des publics en difficulté». Histoire que ce tournoi ne soit «pas réservé à quelques-uns», mais constitue réellement «une fête populaire», qui «rassemble les Français partout sur le territoire, au-delà des dix villes hôtes de la compétition».

Concrètement (voir ), ces 20.000 places viendront récompenser les meilleures initiatives associatives d'animation construites autour de cet événement, et qui visent les jeunes, les seniors, les handicapés, les personnes en difficulté sociale, ainsi que les habitants de zones urbaines sensibles.

De quoi dissiper sans doute un peu l'image, pour le coup très peu populaire, qui a été donnée, dernièrement: lorsque les tarifs des billets d'entrée à cette manifestation ont été dévoilés. Des tarifs qui, parfois, dépassent l'entendement. Ainsi, les meilleures places pour assister à la finale, à Paris, vaudront... 895€, soit pas loin d'un salaire minimum. Et les tickets les moins chers pour ce match seront à 85€, ce qui n'est tout de même pas rien – a fortiori quand, dans le cas des spectateurs venus de province, devra encore être ajouté à cette somme le coût du déplacement vers la capitale et de l'hébergement dans cette ville (aux tarifs de la haute saison touristique, qui plus est).

18/09/2014

Une analogie misérable

Journalisme, Médias, Presse, Corse, Sports, Football, Femmes, HistoirePuisqu'on évoquait le cas de journalistes ces deux derniers jours, poursuivons dans la même veine. Non pour évoquer la grande conférence de presse semestrielle de François Hollande, à partir de 17 heures ce jeudi à l'Elysée – sujet qu'il nous pardonnera de trouver un peu tarte à la crème –, mais pour relater le traitement qui a été infligé à une consœur. Cela s'est passé il y a plusieurs jours déjà, en Corse. Mais la nouvelle a mis un petit temps avant de faire du bruit en métropole, et elle continue à agiter les milieux journalistiques, dans l'île.

Samedi soir à Bastia, au stade de Furiani où avait lieu un match entre le Sporting Club local et l'équipe de Lens, plusieurs banderoles ont été déployées. L'une d'elle arborait le nom d'une consœur journaliste du quotidien «Corse Matin», suivi de ces mots: «En 45, on t'aurait tondu» (sic). Auparavant, l'intéressée avait couvert, pour son journal, le procès de quelques supporters de Bastia qui, dernièrement, ont été condamnés pour les incidents survenus en marge d'un match Bastia-OM, en août. La consœur a donc relaté cette actualité judiciaire. Samedi, cela lui a valu d'être rangée dans la catégorie des «journalistes complices d'Etat». Et d'être assimilée aux collabos de la dernière guerre, et plus particulièrement à ces Françaises tondues à la Libération pour avoir couché avec l'occupant allemand.

«On a tout à fait le droit de critiquer un article de presse, de l'estimer injuste et infondé et d'expliquer pourquoi, mais pas le droit d'écrire ce qui a été vu au stade samedi», s'est indigné le maire de Bastia, jugeant la banderole «lamentable». Le patron de la communauté urbaine d'agglomération s'est dit «scandalisé» et «écœuré». Le club lui-même s'est effaré de l'«inacceptable» analogie avec les collabos. Et la Ligue corse de foot a condamné «une banderole infamante, faisant référence à une période noire de notre histoire».

Journalisme, Médias, Presse, Corse, Sports, Football, Femmes, HistoireComble de la bassesse, le groupe de supporters «Bastia 1905», réagissant sur sa page Facebook, y a présenté «ses excuses pour la banderole qui fait actuellement polémique. En effet, il faut un "e" pour respecter l’accord»: il aurait fallu qu'y soit écrit «tondue», et non «tondu».

Misérable.

16/06/2014

Une punition levée

Sports, Paris, Football, SécuritéLa décision n'a rien à voir avec la victoire remportée par l'équipe de France hier soir, dès son premier match de Mondial, puisqu'elle a été prise avant cette rencontre. Mais sans doute les supporters jugeront-ils que cette décision tombe d'autant mieux, depuis cette victoire.

Finalement, des matchs pourraient bel et bien être diffusés en public et sur écrans géants, dans Paris. Ce qu'avaient pourtant exclu les autorités, encore récemment.

Ainsi, il y a deux semaines, la mairie avait annoncé qu'aucun dispositif grand public ne serait installé dans la capitale, relatif à ce Mondial. A l'inverse de ce qui s'était passé pour l'Euro 2012 ou lors de Coupes du monde précédentes. Raisons officielles invoquées: le manque d'engouement populaire pour l'équipe des Bleus, et l'austérité budgétaire. Dans les faits et surtout, les autorités ne voulaient pas prendre le risque de voir se reproduire les gros débordements qui, en mai 2013, avaient accompagné le sacre du PSG. A l'époque, des hordes de casseurs avaient déferlé sur les beaux quartiers du Trocadéro. Il était donc craint que des retransmissions publiques, au Champ de Mars par exemple, à nouveau tournent mal. D'autant que le décalage horaire avec le Brésil fait se dérouler certaines rencontres tardivement dans la soirée. Fin de la semaine dernière, toutefois, la mairie avait fait marche arrière. Un écran pourrait donc bien être installé place de l'Hôtel de Ville, à partir des huitièmes de finale. Si l'équipe de France s'y qualifie et donc si trop de public afflue devant la mairie, un deuxième écran serait installé au stade Charléty.

Ce serait, sans doute, de bonne guerre. S'agissant de la capitale d'un pays qui n'a plus eu, depuis longtemps, matières pour lesquelles s'emballer, collectivement.

Et cela lèverait l'impression désagréable donnée par la première décision de la mairie. Celle d'une punition collective – donc par nature injuste –: la majorité paie pour les conneries d'une minorité de casseurs.

13/06/2014

«Un mythe grotesque»

C'est toujours périlleux de donner des leçons de morale, parce qu'il faut être soi-même irréprochable. C'est néanmoins ce que vient de faire le Front national, à propos... du Mondial. Dans un communiqué diffusé hier, peu avant l'ouverture de la compétition, le parti de Marine Le Pen a enjoint aux joueurs de l'équipe de France d'avoir, au Brésil, «un parcours exemplaire, sur le terrain comme en dehors». «Qu’ils tiennent bien leur place, et ils sauront reconquérir le cœur des Français», a ordonné le Front national.

Chacun jugera si les plus hauts dirigeants de ce parti sont eux-mêmes «exemplaires». Quand, comme Jean-Marie Le Pen, ils lancent leurs habituelles tirades racistes et antisémites.

Le parti lepéniste s'est également permis de donner une consigne à l'ensemble de la classe politique. Il lui semble «souhaitable que les politiques renoncent à prendre le football en otage, en cherchant à instrumentaliser les futurs succès de l’équipe de France à des fins idéologiques. Que ceux qui seraient tentés, à l’instar de la ministre des Sports, de ressusciter le mythe grotesque de la France «Black, Blanc, Beur» de 1998 restent pour une fois à leur place».

L'histoire ne dit pas si, les soirs de matchs de foot, les dirigeants et sympathisants du Front vont, dégoûtés, détourner leur regard du téléviseur, quand les Bleus marqueront un but mais que ce sera le fait d'un joueur black ou beur.

09/11/2012

Un jugement

Paris, Sécurité, Justice, Police, Sports, FootballQuatre mois de prison ferme, et l'incarcération immédiate. C'est la peine qu'a infligée le tribunal correctionnel de Paris à trois supporteurs de foot croates qu'il a jugés en comparution immédiate, pour avoir été mêlés au grabuge causé dans le quartier Bastille – dont on parlait en début de semaine. Les condamnés ont aussi écopé de cinq ans d'interdiction de séjour à Paris et en région parisienne. Ils étaient jugés pour participation à un groupement armé, formé en vue de commettre des violences et des dégradations.

Tout au long de leur comparution, les trois Croates ont nié appartenir à un groupe de supporteurs: ont prétendu être venus à Paris pour faire du tourisme. Cela n'a pas marché. Le tribunal a jugé qu'ils se trouvaient dans la capitale «pour en découdre, et uniquement pour cela». A joué en leur défaveur le fait d'avoir été arrêtés, sur les lieux de l'affrontement, en possession d'armes «par destination»: une béquille (sans raison médicale valable) ou une matraque télescopique, par exemple. Du côté des supporteurs du PSG, six ont été jugés. Trois ont été condamnés à de simples amendes (de 800 à 1.000€), les trois autres ont été relaxés.

On imagine d'emblée – parce que la France est un Etat de droit – que la disproportion entre ces sanctions, selon qu'elles frappent des hooligans croates ou français, est basée sur des éléments objectifs du dossier: ne doit rien, bien sûr, à la nationalité des intéressés.

Et on ne peut s'empêcher de trouver assez saisissant l'écart entre le nombre de condamnés (six, donc) et la masse de personnes ayant été interpellées par les policiers, dans ce dossier: une bonne centaine. La plupart de ces trublions présumés, après avoir été placés en garde à vue, en ont été quittes pour un simple et très symbolique rappel à la loi.

Au passage, cela illustre bien un grand classique policier. Quand cela commence vraiment à chauffer, on ne fait pas dans le détail: on embarque à peu près tout le monde, sans trop regarder – quitte à ce que la justice ensuite fasse le tri: sépare le bon grain de l'ivraie, comme on dit.

07/11/2012

Un gros déploiement policier

Police, Sécurité, Football, Sports, ParisGros déploiement policier dans notre quartier du onzième arrondissement, depuis 24 heures. Depuis qu'un spectaculaire coup de filet a été opéré hier à la mi-journée: dans un petit hôtel de la rue Saint-Sébastien – un de ces hôtels 2 étoiles sans façon, à 60€ la nuit, comme on en trouve tant à Paris. En effet, le hasard a voulu que ce soit cet établissement qu'avaient choisi, pour séjourner, les supporteurs de foot croates dont on parlait hier, qui ont commis du grabuge lundi soir dans le quartier Bastille.

Du coup, quelque 80 de ces hooligans ont été cueillis hier midi par les policiers, à leur sortie de l'hôtel. Le coup de filet a été mené conjointement par la préfecture de police de Paris et la division de la police nationale plus spécifiquement chargée de la lutte contre le hooliganisme. Il ne s'est pas passé sans mal. Des hooligans, en effet, ont réussi à prendre la poudre d'escampette dans le quartier, ce qui a donné lieu à deux bonnes heures de jeu du chat et de la souris avec les pandores, dans une ambiance sonore de «pin-pon» qui donnait l'impression d'être dans une sérié télé policière.

Les Croates ont été placés en garde à vue, pour avoir enfreint l'arrêté pris dimanche soir par le ministre de l'Intérieur, qui leur interdisait de circuler dans Paris jusqu'à mardi minuit. Ils ont rejoint leurs collègues supporteurs qui, depuis lundi soir, après les bagarres dans le quartier Bastille, sont poursuivis pour violences volontaires aggravées et participation à un attroupement armé.

Le maire de Paris a condamné les «scènes inacceptables» dont le quartier Bastille a été le théâtre lundi soir. Et a réclamé que soit mené un «travail d'investigation sans concession», pour «sanctionner fermement tous les auteurs et complices des ces débordements». Ce matin encore, de nombreux policiers sont déployés dans le quartier Saint-Sébastien.

06/11/2012

Une bataille rangée

Début de semaine nocturne agité, décidément, dans notre onzième arrondissement. Après l'assaut donné dimanche soir par la police au squat de mal-logés de la rue de Charonne, de violents incidents se sont déroulés hier soir dans les environs immédiats de la place de la Bastille. Cette fois, ce n'était pas le jeu du chat et de la souris entre activistes et forces de l'ordre. Mais un autre jeu: la course-poursuite entre bandes rivales de hooligans.

Protagonistes de cette bataille rangée: les supporteurs des deux équipes de foot qui s'affrontent ce soir au Parc des Princes, pour un match jugé à haut risque (sécuritaire): le Paris St-Germain et le Dinamo Zagreb. Hier soir en ville, des heurts ont opposé les partisans des deux camps. Heurts que la police a décrits comme ayant été très violents. Passages à tabac, jets de pétards et de fumigènes, vitrines cassées et poubelles incendiées: aux alentours de minuit, le quartier Bastille a vraiment eu chaud. Certains passants, cernés par les belligérants déchaînés, n'ont eu d'autre choix que de prendre leurs jambes à leur cou et de trouver refuge, complètement affolés, dans des cafés qui, heureusement, n'avaient pas encore fermé.

Ces échauffourées ont fait, outre les dégâts matériels, deux blessés dont un grave. Et elles ont donné lieu à 24 interpellations – de supporteurs croates, essentiellement.

Cela promet pour l'ambiance en ville, ce soir: en marge et à l'issue du match.

18/05/2010

Une gratuité

«La femme est l'avenir de l'homme», assurait Aragon. En France comme ailleurs, est-ce également vrai dans le milieu encore assez machiste que sont le sport en général et le foot en particulier? Plus précisément, les femmes peuvent-elles constituer une partie de la réponse au fléau du hooliganisme et de sa violence bestiale – majoritairement mâle cette violence, cela dit. Autant de questions qui seront posées à Paris ce mardi, jour où le PSG présente son grand «plan de pacification» du Parc des Princes.

 

En effet, le club de foot parisien (endeuillé ces dernières années par la mort de deux de ses supporteurs) semble avoir pensé qu'augmenter la présence de femmes dans les tribunes au moment des matchs contribuera à y pacifier le climat. Du coup, à en croire les journaux qui, comme «L'Equipe», faisaient leurs choux gras de cette innovation ce matin, le club parisien a décidé d'instaurer la gratuité d'entrée au stade pour les femmes. Dans le même objectif de diversifier son public, afin que les éléments violents y soient numériquement minorisés, les enfants bénéficieront d'un droit d'entrée réduit (6€) et des «espaces famille» seront spécialement aménagés dans l'enceinte et les tribunes du Parc des Princes.

 

La femme comme remède à la violence, donc. Voilà qui contraste avec le maelstrom médiatique auquel on a assisté en France ces derniers mois, la plupart des télés, radios et journaux ayant inondé leurs publics avec d'innombrables reportages alarmistes (et probablement alarmants) sur la recrudescence de la violence des filles, singulièrement des jeunes filles des quartiers difficiles des banlieues.

26/11/2009

Une bassesse

L’homme, parfois, peut décidément être odieux. A fortiori lorsqu’il est en groupe, où là il ne tombe pas rarement dans la bassesse. On vient encore de le voir dans le milieu du foot en France – ce qui ne veut évidemment pas dire que ce milieu ait l’apanage des comportements indignes. On l’a vu dans une affaire sur laquelle se penche aujourd’hui  la commission de discipline de la Ligue de football professionnel. Cette commission pourrait décider de sanctions contre l’Olympique de Marseille, qui pourrait même faire l’objet de poursuites judiciaires.

 

Cela s’est passé l’autre jour, dans une tribune du stade Vélodrome, lors du match OM-PSG. Des hurluberlus parmi les supporters du club marseillais n’ont rien trouvé de mieux que de déployer deux banderoles particulièrement odieuses.

 

La première disait «Trois ans sans Julien, trois ans qu'on est bien». Par allusion à Julien Quemeneur. Il y a trois ans (c’était le 23 novembre 2006), ce jeune supporter parisien avait été accidentellement tué par un policier, en marge d’un match de coupe de l’UEFA. Outre cette banderole salissant sa mémoire, pendant le match, à en croire des supporters parisiens, des chants contre le jeune Julien ont été entendus dans la tribune des Marseillais.

 

La deuxième banderole disait «Auteuil, c'est renversant». Allusion moqueuse cette fois à un autre jeune supporter parisien prématurément et tragiquement décédé. C’était le mois dernier, lors des incidents ayant suivi l’annulation de la rencontre du match OM-PSG pour cause de grippe A-H1N1. Le jeune homme, membre du groupe des supporters d’Auteuil, avait succombé après avoir été renversé (d’où, sur la banderole, le terme «renversant») par une voiture. Pour que tout le monde comprenne bien que c'était ce drame que la banderole visait, un autre calicot, à côté d'elle, montrait un supporter du PSG en train de s’encourir à toutes jambes devant une voiture.

 

C’est d'une telle bassesse, cela en dit tellement long sur le niveau de crétinerie atteint par certains groupes de supporters que cela en devient vraiment affolant. Quitte à se pencher jusqu’à la logorrhée sur les dérives du foot, comme ces derniers temps à propos de la main de Thierry Henry, parler de cela dans les médias n’aurait pas été inintéressant.

16/10/2008

Un refrain

Dans tout ce tumulte suscité hier par cette histoire de «Marseillaise» sifflée au Stade de France, on était plutôt d’accord avec ceux qui trouvaient que Lââm n’avait pas manqué de cran, mardi soir. La chanteuse avait été prévenue que l’hymne national qu’elle interpréterait risquait d’être sifflé par la foule. Elle ne s’est pas débinée pour autant. Et ne s’est pas laissée démonter lorsque, en effet, elle a été chahutée. Cela dit, et au-delà de cela, mardi soir, devant notre télé, en l’entendant et en la voyant chanter, on s’est tout de même demandé si elle n’avait pas commis une grosse faute de goût.

 

Lââm, en effet, a cru bon de faire des effets de voix et des vocalises sur la dernière strophe du refrain de «La Marseillaise». Sur le passage fameux et si controversé de l’hymne national qui appelle à ce «qu’un sang impur abreuve (les) sillons» de la France. On n’est pas sûr que c’était forcément une bonne idée d’insister à ce point vocalement sur ces quelques mots.

 

Alors, évidemment, il faut replacer les choses dans leur contexte historique. Lorsqu’il composa «La Marseillaise», Rouget de Lisle (1760-1836) écrivit forcément un hymne, comme tout hymne d’ailleurs, par nature cocardier, nationaliste, voire carrément guerrier, puisque son but originel était de galvaniser les foules. Mais enfin, trois siècles plus tard, en ces temps d’exaltation de l’«identité nationale» en France et de boucheries menées en Europe même au nom de la purification ethnique, cette stigmatisation de l’impureté sanguine fait tout de même assez froid dans le dos.

 

Du coup, a resurgi hier l’idée de modifier les paroles de ce refrain. Ainsi, le journaliste et écrivain François de Closets a dit sa «honte que ce pays n’ait pas encore modifié les paroles de son hymne national». Selon lui, c’est d’ailleurs «la stupidité» insigne de ce passage du refrain sur le sang des sillons qui a poussé des générations entières d’écoliers à le tourner en dérison en le ponctuant de la rime: «queue de cochon!».

 

En tout cas, si d’aventure les Français devaient un jour se pencher sur les paroles de leur hymne national, on ne saurait trop leur conseiller d’aller au-delà de ces fameux sillons. Et de relire attentivement la version longue de «La Marseillaise» (ici). Y sont notamment dénoncées les «cohortes étrangères» qui «feraient la loi dans nos foyers».

 

Ces termes si connotés de «cohortes» (ou de «hordes») d’étrangers sont vociférés en boucle à la tribune de tous les meetings de Jean-Marie Le Pen ou de Philippe de Villiers et applaudis à tout rompre par des foules racistes et xénophobes en délire. Du coup, ce n’est pas manquer de respect à «La Marseillaise» que de poser la question: des exhortations aussi haineuses ont-elles vraiment leur place dans cet hymne? – hymne qui plus est d’un pays se proclamant  urbi et orbi comme la patrie des droits de l’homme.

10/06/2008

Une clameur

C’était hier soir, en plein centre de Paris. A un moment, une énorme clameur a retenti. S’est échappée des fenêtres des appartements, le plus souvent ouvertes vu le beau temps. Et s’est répandue de rue en rue. On se disait bien que cela devait être lié au foot. Mais on ne comprenait pas trop le tumulte vu qu’à cette heure, si on avait bien saisi, la France avait déjà achevé depuis belle lurette son mauvais match. On s’est mis la radio à l’oreillette, histoire ne serait-ce que de ne pas mourir idiot si on était écrasé par une voiture en traversant au prochain carrefour. Et on a découvert que la dite ovation avait salué en fait la victoire des Pays-Bas.

 

Mais les gens exultant hier soir dans Paris étaient trop nombreux pour être des touristes hollandais. C’est donc plutôt la défaite de l’Italie qui, à ce moment, était applaudie par les Français. L’Italie, ce maudit pays qui, il n’y a pas si longtemps, priva l’Hexagone de la Coupe du Monde. Et plongea la France dans un mémorable psychodrame national avec l’épisode du coup de boule de Zidane. Sportivement, a-t-on déduit, un peu déçu, de cette clameur, le peuple de France est décidément très rancunier et pas très fair-play.

 

Il est très prudent aussi – limite timoré, pour le coup. Cela saute aux yeux quand on se promène les soirs de match dans Paris. Lors de la Coupe du Monde, la plupart des bistrots de la capitale avaient décoré leurs vitrines avec des scènes ou des joueurs de foot, des grands écrans avaient été installés un peu partout, et les drapeaux tricolores étaient omniprésents. Hier soir, en revanche, peu de monde, peu d’ambiance et encore moins de drapeaux. Les Français, dont tous les sondages indiquent qu’ils ont en ce moment le moral au plancher, ont l’air d’être très pessimistes en ce qui concerne le football également.

 

Ce qui n’empêche qu’ils refont les matchs en boucle et à longueur de journées. C’est devenu une grande spécialité française, la solution de facilité journalistique par excellence: donner la parole au public, qui est invité à commenter après coup le match du jour ou de la veille. Cela s’appelle l’interactivité entre les médias et l’opinion. C’est la grande mode. Le matin par exemple, dans les tranches d'info à la radio, il n'y a quasiment plus que cela.

 

En termes informatifs, évidemment, cela n’a strictement aucun intérêt d’entendre M. Machin jouer au sélectionneur, M. Trucmuche se croire entraîneur et Mme Michu noter les joueurs. C’est même souvent insupportable. Il n’y a rien de plus fatigant que ces donneurs de leçons qui utilisent le «On» («On aurait dû…», «On n’a pas eu de chance… », «On a été gêné par la chaleur…», etc.), qui savent toujours tout mieux que tout le monde, qui sont si prompts aux lazzis. Alors que le seul exploit de ces sportifs de canapé a été de se goinfrer de bières et de chips devant leur télé.

04/06/2008

Un incident

Décidément, ce milieu du foot est vraiment pénible. Sexisme (comme encore souligné ici avant-hier), racisme, homophobie, hooliganisme: les raisons de désespérer du monde footeux ne manquent pas, et hier soir encore s’est ajoutée la bêtise politique la plus effarante.

L’incident s’est déroulé au Stade de France, à l’occasion du match de préparation à l’Euro entre la France et la Colombie. Le comité de soutien à Ingrid Betancourt, la Franco-Colombienne détenue en otage en Colombie depuis des années, voulait profiter de cette occasion pour sensibiliser l’opinion au sort des otages, sans perturber le moins du monde le match. Mais à leur arrivée au stade, les militants de ce comité ont vite compris qu’ils n’étaient pas les bienvenus.

Leurs pancartes ont été confisquées par les services de sécurité. Pour pouvoir gagner les tribunes, ils ont dû enlever leurs tee-shirts arborant le portait d’Ingrid Betancourt et le slogan «No más secuestros» («Plus jamais de prise d’otages»). D’autres tee-shirts formant le mot «Libertad», que les militants étaient parvenus à faire entrer dans le stade, ont ensuite été confisqués. Finalement, si la banderole «Ingrid, Courage» a bien pu être déployée par des supporteurs, le lâcher de colombes qui était prévu a dû être annulé.

Du coup ce matin, les membres du comité de soutien à Ingrid Betancourt ne peuvent que se dire «amers et confus»: «Nous ne pouvons pas comprendre que l’on nous interdise de réclamer la libération des otages, sans la moindre agressivité ni la moindre politisation du thème. Nous trouvons incroyable que les valeurs de courage et d’abnégation, si chères au sport, aient été laissées de côte pour mieux rendre absents Ingrid et les otages de ce match».

Sans doute quelques bonnes âmes vont-elles encore justifier l’attitude des forces de sécurité en ressortant le couplet du sport qui ne doit jamais être mêlé à la politique. Il n’empêche, on en arrive à des situations tout de même insensées dans les stades français. Des banderoles haineuses traitant de dégénérés les habitants de toute la partie nord du pays peuvent y pénétrer sans problèmes et y être déployées, ou des caméras de vidéosurveillance tomber miraculeusement en panne (comme ce fut le cas au stade de Bastia) lorsque des abrutis déploient des banderoles avec des slogans racistes, panne qui du coup ne permet pas leur identification. En revanche, des messages de soutien à des compatriotes martyrisés à l’étranger y sont purement et simplement déclarés indésirables. Curieux pays, décidément.

02/06/2008

Un macho

Envers les femmes, tout le monde n’a pas l’élégance du regretté Yves Saint Laurent. On a pu encore le constater ce week-end, avec la première grande interview de Charles Villeneuve, le nouveau président du Paris Saint-Germain.

Sur TF1 déjà, pendant des années, ce journaliste nous avait infligé, à longueur de numéros du «Droit de Savoir», des publireportages exagérément virils à la gloire des forces de l’ordre. A présent, à la tête du club de foot, il confirme qu’il ne détonnera en rien dans le monde si macho du sport parisien.

Pour preuve, dans cette interview (très mâlement titrée «Il faudra m’obéir ou partir»), à la question de savoir s’il écoutera son instinct en tant président du PSG, Charles Villeneuve a eu cette réponse sidérante: «L’instinct, le sens… Je laisse ça aux femmes. Moi, je ne suis pas une gonzesse…»

Mais comment donc peut-on encore dire des âneries pareilles? Toutes ces antiques théories sexistes sur l’hémisphère gauche et l’hémisphère droit du cerveau, sur les pauvres femmes qui seraient cérébralement réduites à l’intuition, au sensitif et à l’imaginatif alors que les hommes, eux, seraient par nature doués pour le raisonnement et pour l’intellect, tout cela est évidemment complètement remis en cause par les scientifiques et donc totalement dépassé depuis d’innombrables années. S’il écoutait un peu moins son instinct de macho, Charles Villeneuve aurait eu le droit de le savoir.

07/09/2006

Un air d'été

medium_chaleur.jpgD'accord, le sujet n'est pas trop passionnant (*). Mais l'effet était saisissant. Hier à Paris, sans crier gare, on s'est retrouvé brutalement projeté deux mois en arrière.
Les terrasses des bistrots à écran plasma bondées jusque tard dans la soirée. Le silence dans les rues mais les exclamations par toutes les fenêtres ouvertes. Les "Oh!", les "Ah!", les "Ouais!", les "Nooooooon!", les "Bien joué!", les "Zidane, il va marquer!" (non, quand même). Tout un pays rivé devant le téléviseur (12 millions de téléspectateurs pour TF1). Les concerts de klaxon pour aller se coucher. Et avant cela, pendant toute la journée, le bonheur de la canicule de juillet retrouvé: 31 degrés au compteur et le retour des ventilateurs, les bermudas et les petites robes d'été, un sentiment d'infinie légèreté.
On n'est pas du genre nostalgique. Pas la nostalgie dégoulinante du Voulzy des "Derniers baisers", en tout cas ("Le soleil soudain est plus pâle/Et nous n'irons plus danser/Quand vient la fin de l'été/Sur la plage").
Il n'empêche, dix jours à peine après la rentrée, on retournerait déjà bien en juillet. Et on se le referait bien, cet été.
B.DL.

(*)Et ce n'est pas le sujet du jour, c'est clair. Mais bon, que penser de cette fusion Suez-Gaz de France?
-De ces dizaines d'heures annoncées de joutes parlementaires enfiévrées, alors que tout le monde sait très bien que l'issue des débats est pliée?
-De ce gouvernement qui présente le texte comme vital pour le pays, mais dit si peu que sans l'accord de l'Europe et des actionnaires (encore à venir), il sera réduit à néant?
-De ces syndicats qui jurent que seul le maintien de GDF dans le public empêchera une flambée des tarifs, alors que ce même statut public n'a pu empêcher une hausse de 30 % des tarifs ces deux dernières années?
-De cette droite chiraco-sarkozienne qui va batailler pour le projet, alors qu'elle avait promis en 2004 de ne jamais le mener et que nombre de ses hiérarques, en privé, confient leur scepticisme?
-De cette gauche socialiste qui va monter aux barricades, alors qu'il y a quelques années à peine, aux affaires, les Strauss-Kahn et Fabius conduisaient une politique qui, philosophiquement, menait tout droit à cette issue?
Et l'on s'étonnera que l'opinion n'y comprenne rien, ou si peu.

12/07/2006

Une question d'honneur, donc

medium_mousquetaire.jpgFrance Info le répète en boucle depuis 7 heures du matin, donc c'est que cela doit être un peu vrai. Aujourd'hui, le pays tout entier (nous aussi dès lors, en déduit-on) est "suspendu aux lèvres de Zinedine Zidane". Qui, chez Denisot à 20 heures ce soir, doit s'expliquer sur son fameux "coup de sang" (comme on dit ici) de dimanche.
On est assez rarement d'accord avec Yves Thréard. Mais ce matin, on trouve que l'éditorialiste du "Figaro" voit plutôt juste lorsqu'il s'énerve un peu que, cent ans jour pour jour après la réhabilitation du capitaine Dreyfus, le 12 juillet 1906, l'Hexagone se passionne surtout pour "l'honneur d'un autre capitaine": celui des Bleus.
Cette passion commence d'ailleurs à franchement faire délirer certains. On ne parle pas tant de Bernard-Henri Lévy, qui, dans le "New York Times", transforme cette pitoyable affaire de coup de boule en véritable drame de la mythologie antique: cette vision des choses et ce style si ampoulé sont finalement plus comiques que tragiques. On se réfère par exemple au papier signé ce matin dans "France Soir" (d'accord, c'est "France Soir"), par Gilbert Collard (d'accord, c'est Gilbert Collard).
L'ineffable star du barreau trouve carrément que "Zidane, en réagissant ainsi, a agi en homme d'honneur". Décrète que la maîtrise de soi est "souvent l'alibi de la trouille" et est l'apanage du quidam qui "a une petite idée de soi-même". Qualifie ce coup de tête de "grandiose" car il "remet d'un coup les valeurs à leur place". Et conclut en rangeant le capitaine des Bleus dans l'histoire littéraire française: "Zidane est sorti par la très grande porte où devaient l'attendre, ravis, les trois Mousquetaires et Cyrano de Bergerac".
On s'est bien couché un peu tard hier, mais là, on se pince tant on croit être encore en train de rêver.
B.DL.

10:50 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Football, Zidane

07/07/2006

Un flottement

medium_karcher.jpgOù est donc Nicolas Sarkozy? Le grand patron de l'UMP, d'habitude médiatiquement si omniprésent, est un peu absent de toute l'agitation politico-médiatique autour du Mondial de foot. Ainsi, à l'inverse de Chirac et Villepin, on ne l'a pas encore vu parader dans les tribunes officielles des stades ou poser pour les paparazzi et les caméramen avec la sacrosainte écharpe des Bleus autour du cou.
Officiellement, l'intéressé fait son métier de "premier flic de France": il évite que les soirées de liesse populaire ne dégénèrent trop. Certains murmurent toutefois que le ministre de l'Intérieur a été victime de la prudence exagérée de ses conseillers en communication. Dès le début du Mondial, ceux-ci lui auraient conseillé de ne pas trop associer son image au parcours des Bleus, qu'on croyait à l'époque peu prometteur, et d'axer plutôt sa com estivale sur le tour de France, sportivement moins risqué. Le ministre peinerait à présent à inverser cette stratégie médiatique qui s'est avérée trop pessimiste.
Une autre thèse circule pour illustrer sa discrétion. Depuis les violences urbaines de l'automne et ses dérapages au karcher, Sarkozy est fâché avec l'un ou l'autre pilier bleu, Lilian Thuram singulièrement. La popularité de la sélection française dans les banlieues prendrait un peu trop à contre-pied celle de Nicolas Sarkozy et expliquerait ses flottements de communication. Un calicot brandi l'autre jour sur les Champs, et filmé par toutes les télés de France, a bien résumé la difficulté du travail d'image actuel du ministre. Il disait: "Les racailles vont vous ramener la coupe du monde. C'est pas magnifique?".
Le ministre peut d'autant plus être embarrassé qu'il doit se coltiner en ce moment le délicat dossier des jeunes sans-papiers promis à l'expulsion, et qui sont pour une bonne part de la même origine que ces footballeurs "black-beur" adulés par l'opinion. Dans la gestion de ce dossier, d'ailleurs, Sarkozy cafouille. Début de semaine déjà, il avait dû remettre au pas son médiateur national Arno Klarsfeld, qui s'était imprudemment engagé à ce que, à la prochaine rentrée scolaire, pas une chaise d'écolier ne soit inoccupée dans les salles de classe. Hier à nouveau, il a dû corriger un haut fonctionnaire de la préfecture de police cette fois, qui avait assuré que plusieurs milliers de familles seraient régularisées.
Deux gros flottements politico-médiatiques en Sarkozie, en quelques jours seulement. Cest assez rare pour être souligné. Et cela témoigne peut-être, effectivement, d'un certain malaise de l'intéressé.
B.DL.

12/06/2006

Une habitude

medium_boc_04_pizza_pix.jpgOn l'a entendu ce matin au saut du lit, dans la bouche d'un chroniqueur économique des plus sérieux: à peine entamé, le Mondial de foot a déjà modifié les habitudes de consommation des Français.
Ainsi, depuis jeudi soir, les chiffres de vente... des pizzas (achetées en supermarchés ou livrées à domicile) ont explosé. Ces derniers jours, ils ont enregistré une croissance de 50 à 60 pc, selon l'intérêt du match du soir diffusé à la télé. Très logiquement, les spécialistes s'attendent à ce que, pour l'entrée en lice des Bleus demain, cette croissance tourne au boom: + 100 pc!
La pizza, donc. On aime assez. Surtout celle à la roquette et au jambon fumé, avec les copains du mardi soir, près des Beaux-Arts. Mais par ces temps caniculaires (32 degrés aujourd'hui à Paris), on est franchement moins pizza que tomate-mozzarella ou melon Serrano. On se l'est encore dit samedi soir, lors d'un délicieux plan pétanque-pique-nique au bassin de la Villette. A minuit au bord du canal, les pieds dans l'eau ou presque, on se serait cru à la plage.
Mais là aussi, les habitudes, des Parisiens cette fois, ont changé. Encore relativement paisibles il y a dix ans, les berges du canal St-Martin, du parc de la Villette jusqu'à République, sont désormais noires de monde dès les premiers beaux jours, et ce jusque tard dans la nuit. Pour l'intimité et l'originalité donc, les Parisiens champêtres (ils existent, oui) vont devoir trouver un autre endroit.
B.DL.

10:30 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Football, Paris