21.02.2011
Une apostrophe
«Ca suffit!» C'est ainsi que les médias français ont, ce week-end, traduit le «Jalas!» qu'a donc osé lancer le nouvel ambassadeur de France à Tunis, Boris Boillon, à une journaliste tunisienne à qui il voulait clouer le bec. Car elle avait la mauvaise idée de l'interroger sur «des trucs débiles» selon lui: la longue complaisance de Paris envers le despote Ben Ali, les vacances à la plage et les voyages en jet privé de la ministre Alliot-Marie, etc. Si d'aventure cela vous avait échappé, ce langage si peu diplomatique, dans la bouche d'un jeune diplomate censé brillantissime, a provoqué un gros buzz sur le net. Il a aussi conduit des centaines de Tunisiens à manifester, pour réclamer le départ de l'«arrogant» jeune homme. Et a contraint ce dernier à présenter ses excuses à la télévision tunisienne.
«Ca suffit!», donc. Contrairement à Boris Boillon, on n'est pas arabophone, donc on peut se tromper. Mais, de nos voyages dans le monde arabe, jadis, on a tout de même gardé un souvenir assez net que ce «Jalas!», dans le langage courant, était un terme beaucoup plus rude que le «Ca suffit!» français. Une apostrophe très méprisante, même. Du genre de celles que l'on lance aux importuns pour les prier de dégager vite fait , d'aller se faire voir (pour rester poli) ailleurs.
Qui sait peut-on traduire ce «Jalas!» par «Casse-toi, pauvre con!» Par «Casse-toi, pauvre conne!», en l'occurrence. Cela tomberait bien, finalement, cette version arabe et féminisée de la célèbre apostrophe agricole sarkozyste, dans la bouche d'un diplomate qui se définit lui-même comme un «Sarko boy».
11:17 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : france, international, art de vivre, sarkozy, langue française



