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18.05.2012

Un progrès spectaculaire

gouvernement,femmes,activisme,personnalités«Belles, celles qui luttent», proclame un grand dessin bombé sur un mur de notre quartier du onzième arrondissement. Pendant la campagne présidentielle, les féministes avaient lutté pour la création d'un ministère des droits de la femme et pour la parité hommes-femmes au gouvernement. Elles ont doublement obtenu gain de cause.

En ce qui concerne la place des femmes dans l'équipe ministérielle, le progrès est même spectaculaire. Le gouvernement formé mercredi soir compte 17 hommes et 17 femmes. Dans sa dernière mouture, le gouvernement précédent (relire ici) comptait 24 hommes et 9 femmes.

Cependant des féministes toujours en lutte déplorent (ici) deux choses. Un seul maroquin régalien (la Justice) a été confié à une femme. Et on a vu «la reproduction du schéma consistant à confier aux femmes toujours le même type de portefeuilles (famille, personnes âgées, santé, etc.)». C'est une façon de voir les choses. L'autre est de constater qu'ont été confiées à des femmes certaines compétences qui, à en croire les sondages, correspondent aux préoccupations importantes de la population: le logement, l'environnement ou la lutte contre l'échec scolaire, par exemple.

Sinon, on peut remarquer que les premières polémiques concernant ce nouveau gouvernement visent toutes des ministres femmes.

Gouvernement, Femmes, Activisme, PersonnalitésL'écologiste Cécile Duflot, pour le jean qu'elle a osé porter au Conseil des ministres, hier (nous, on a du mal à s'en indigner). La radicale de gauche Christiane Taubira, pour son passé de militante indépendantiste (qui remonte à 30 ans: c'était en 1982). Et la socialiste Delphine Batho, pour son logement parisien à loyer modéré (dont elle est en train de déménager, a confirmé le Premier ministre, ce matin).

Trois ministres femmes aussitôt dans le collimateur: dès les premières 48 heures.

Mais sans doute n'est-ce qu'un hasard. Ou pas? On verra.

03.04.2012

Un déclassement, si symbolique

Culture, Littérature, Gouvernement, Paris, Elections présidentielles La nouvelle est passée largement inaperçue: noyée dans l'actualité de la campagne électorale. Elle a d'autant moins fait parler d'elle qu'il s'agit d'une info relative à la Culture. Or, les questions culturelles – comme les questions de politique internationale – sont, une fois encore, absentes des débats autour de ce scrutin présidentiel.

Cette nouvelle, c'est que, depuis dimanche en France, le livre, au sens générique, est déclassé. Il n'est plus officiellement considéré comme «un bien de première nécessité». Puisque, désormais, en vertu du dernier plan de rigueur en date, approuvé à l'automne, le livre ne bénéficie plus du taux ultra-réduit de TVA à 5,5%, qui est appliqué aux produits de première nécessité (les produits alimentaires comme le pain, ou le gaz et l'électricité, etc.). Dorénavant, un taux de 7% s'applique aux livres.

Preuve qu'il n'est pas très à l'aise avec cette décision si symboliquement lourde, dans cette France qui s'enorgueillit d'être le pays de l'exception culturelle: le gouvernement a reporté de janvier à avril l'entrée en vigueur de cette hausse de 1,5% de la TVA sur l'écrit. Cela, toutefois, n'a pas dissuadé le Syndicat de la librairie française de mettre le rétablissement de la TVA à 5,5% en tête des douze propositions qu'il a faites aux présidentiables.

Culture, Littérature, Gouvernement, Paris, Elections présidentielles Et cela n'a pas non plus calmé la Ville de Paris.

Dans la capitale, les librairies peinent déjà à survivre: face à l'explosion des loyers, face au grignotage des commerces des quartiers culturels traditionnels par les boutiques de fringues, Starbucks ou autres snacks à kebab. Hier, donc, la mairie a dit (ici) «sa très vive opposition» à cette mesure.

Sur laquelle, d'ailleurs, le socialiste François Hollande a déjà dit qu'il reviendrait, s'il était élu à l'Elysée le 6 mai.

29.03.2012

Une semaine crasseuse

Semaine radieuse à Paris, en ce qui concerne la météo. Mais semaine affreuse, crasseuse, poisseuse, en termes de pollution atmosphérique. On en avait parlé lundi, et c'est de nouveau le cas ce jeudi: les seuils d'alerte risquent une fois de plus d'être dépassés dans le courant de la journée, en matière de pollution aux particules fines.

Ces derniers jours, la préfecture de police de Paris a beaucoup communiqué sur le sujet. Cela donne: 6173 véhicules contrôlés en région parisienne rien que lundi, 2461 infractions constatées pour non-respect de la vitesse de circulation réduite de 20 km/h, mais aussi pour infractions aux normes de pollution ou aux règles relatives au contrôle technique. Sur les quatre jours de mars ayant entraîné, avant lundi, des dépassements du seuil d'alerte de la pollution, plus de 20.000 véhicules ont été contrôlés, la moitié de leurs conducteurs ayant été verbalisés.

Si la préfecture communique à ce point sur le sujet, c'est parce que, au fur et à mesure que les pics de pollution se succèdent, elle est de plus en plus critiquée. Selon ses détracteurs, l'autorité qui représente l'Etat central dans la capitale brille par sa «passivité» et son «inaction» en la matière. La semaine dernière, le maire en personne avait piqué une colère contre le gouvernement. Cette semaine, ce fut autour des Verts. Munis de masques blancs et d'une banderole où l'on pouvait lire «Poumons en détresse», une cinquantaine d'élus et de militants écologistes parisiens ont (brièvement) bloqué la circulation rue de la Cité, sous les fenêtres de la préfecture.

Selon un spécialiste qu'on entendait sur une radio ce matin, les conséquences sanitaires dues à la pollution atmosphérique en région parisienne coûtent en moyenne... 6 mois d'espérance de vie à chacun de ses habitants.

Bienvenue dans la «Ville lumière».

28.03.2012

Une déclaration puérile

Langue française, Gouvernement, Personnalités, Institutions, Sarkozy, Juppé, Police, SécuritéHier matin, on croyait que cela allait passer, donc on avait parlé d'autre chose, dans ce blog. Mais non: 24 heures plus tard, elle ne passe toujours pas, cette petite phrase d'Alain Juppé. Donc parlons-en.

Le ministre des Affaires étrangères était interrogé à propos de Mohammed Benalel Merah, le père du tueur de Toulouse et Montauban, qui a dit vouloir porter plainte contre la France «pour avoir tué» son fils lors de l'opération menée contre lui par le Raid. Dixit donc Alain Juppé: «Si j’étais le père d’un tel monstre, je me tairais, dans la honte». Variantes, pendant toute la journée d'hier: le socialiste François Hollande, qui lui aussi trouve que le père de l'assassin aurait mieux fait de «se taire», ou Nicolas Sarkozy, qui a dit son «indignation» qu'une telle plainte contre l'Etat français puisse être envisagée, de la part du père d'un individu aussi abject et auteur de crimes aussi nauséeux.

Sur la forme, d'abord, les mots ont un sens. Soyons donc «précis», comme Nicolas Sarkozy n'arrête pas de le réclamer de la part des journalistes. Mohammed Merah n'est pas «un monstre». Ni «un diable», comme on l'a aussi entendu, hier. Les «monstres» et les «diables», laissons cela aux contes pour enfants. Dans un langage non puéril mais adulte, ce tueur était, en termes idéologiques, un extrémiste fanatisé. Et, en termes psychiatriques, un psychopathe. Ce qui, bien entendu, n'enlève rien au caractère monstrueux de ses crimes.

Sur le fond, rendre un père responsable des actes de son fils quand ces actes dépassent à ce point l'entendement, relèvent du fanatisme illuminé et/ou du désordre mental, on trouve cela péniblement puéril. De la part de responsables politiques, on est en droit d'attendre des réflexions dépassant le niveau de propos du café du commerce (les «enfants bien élevés», etc.).

Langue française, Gouvernement, Personnalités, Institutions, Sarkozy, Juppé, Police, SécuritéEt puis, qu'est-ce donc ce 2 poids, 2 mesures? D'un côté, à Paris depuis une semaine, la classe politico-médiatique s'interroge sur le déroulement de l'opération du Raid à l'issue de laquelle Mohammed Merah a été tué. On parle même d'une mission parlementaire d'information. Mais, d'un autre côté, à Alger, le père de l'intéressé, lui, aurait juste le droit de «se taire»? De ne pas poser de questions? De ne pas demander d'éclaircissements?

N'en déplaise à Nicolas Sarkozy, on trouve que ce ne n'est pas insulter la République que de demander des comptes sur les actes posés par ses corps d'élite: c'est à l'honneur de toute démocratie. Ce n'est pas douter a priori du professionnalisme du Raid que d'accepter que ses opérations fassent l'objet d'une enquête a posteriori. Ce n'est pas minimiser les crimes de Mohammed Merah ni souiller la mémoire de ses victimes que d'estimer que la France a tout à gagner à ce que les conditions de la mort du tueur soient éclaircies. En revanche, oui, refuser que la justice, en toute indépendance et impartialité, enquête sur cette mort-là, c'est prendre le risque de nourrir le soupçon qu'il y aurait des choses à cacher.

Ce qui n'empêche qu'on a parfaitement le droit, bien entendu, d'éprouver de «l'indignation» en constatant que le père du tueur, hier, n'a, que l'on sache, pas condamné les crimes de son fils. Pour cela, oui, il devrait avoir «honte».

Mais ne mélangeons pas tout. Même à moins d'un mois des présidentielles.

26.03.2012

Un air (une fois encore) irrespirable

La chose est passée complètement inaperçue dans les médias ces dernières semaines, la campagne présidentielle et la tuerie de Toulouse ayant monopolisé l'actualité. Il n'empêche, à Paris au même moment, dans un registre beaucoup plus prosaïque et heureusement moins dramatique, un phénomène continue de prendre des proportions alarmantes.

On veut parler de la vague de pollution atmosphérique qui frappe en ce moment la capitale et sa région. Ces dernières semaines, jour après jour et quasi quotidiennement – et ce matin encore: voir ici – , les autorités chargées de surveiller la qualité de l'air ont dû déclencher la procédure d'alerte de la population, à cause du dépassement des seuils relatifs à tel ou tel polluant (les particules fines ou les poussières, le plus souvent). Ces alertes concernent au premier chef les personnes souffrant d'une pathologie chronique, les asthmatiques, les insuffisants respiratoires ou les cardiaques.

Vendredi, dans un communiqué énervé, le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, a sermonné le gouvernement. «Il est temps de passer de la parole aux actes. Depuis le début de l'année, le nombre de jours de pollution atmosphérique a dépassé les seuils d'alerte dans la métropole parisienne deux jours sur cinq. Face à cette situation, le gouvernement parle mais n'agit pas. C'est une illustration de la politique environnementale mise en œuvre depuis cinq ans, faite d'annonces jamais suivies d'effet». La capitale réclame notamment que, les jours d'alerte, la vitesse de circulation maximale autorisée soit baissée de 20 km/h et/ou que le trafic de transit des poids lourds soit interdit dans Paris intra muros.

Selon les relevés, en 2011, 2,7 millions d'habitants de la région parisienne ont été potentiellement exposés à des concentrations trop élevées de particules. C'est près de deux fois plus qu’en 2010. Quant à la pollution au dioxyde d'azote, elle touche 3,1 millions d'habitants, dont neuf Parisiens sur dix.

C'est cela aussi, la vie quotidienne dans la «Ville lumière»: pas tous les jours ni forcément reluisante, comme on le voit.

09.02.2012

Une pagaille d'anthologie (suite)

Economie, Gouvernement, Gastronomie, Art de vivreC'est certainement très anecdotique par rapport à la marche du monde et de la France, par ailleurs. Mais parlons tout de même de ce dernier rebondissement en date survenu dans la grande pagaille qui régit les taux de TVA en France, depuis leur modification en janvier. Parlons-en, parce qu'on trouve que cette anecdote illustre assez joliment la pesanteur, dans ce pays, d'une certaine technocratie.

On avait donc vu cela le mois dernier (relire ici): des taux de TVA différents s'appliquent désormais à un sandwich et à un panini, à un cornet de glace artisanale et à un cône glacé industriel, à un sandwich garni avec ou sans mayonnaise, ou à une quiche consommée chez le boulanger ou achetée à emporter. Encore plus fort: bientôt, existeront deux taux de TVA différents pour le chocolat, selon le type de chocolat.

On a entendu cela hier, sur une radio (là): «C'est une situation saugrenue: un taux de TVA différent pour le chocolat au lait et le chocolat noir. En effet, la hausse de la TVA ne concerne pas les produits alimentaires de base, qui eux, bénéficient d'un taux réduit de 5.5%. Sauf le chocolat au lait! Le prix de la tablette de chocolat au lait devrait donc augmenter en octobre. Le projet de loi de finances rectificative doit être présenté mercredi en conseil des ministres. Il prévoit notamment une hausse du taux de TVA de 19,6% à 21,2%».

Le chocolat au lait étant notoirement plus gras et plus sucré que le chocolat noir, donc le premier faisant davantage grossir que le second, au moins les nutritionnistes de France se réjouiront-ils de cette nouvelle trouvaille de l'administration. Sans doute est-ce déjà cela.

20.01.2012

Une flambée

paris,logement,economie,social,gouvernement164%. Le chiffre est sorti hier (ici), et il est saisissant. +164%: c’est l’évolution qu’ont connue les prix de l’immobilier à Paris, ces dix dernières années.

 

Dans la «Ville lumière», l’ère de l’euro aura donc été «particulièrement favorable aux propriétaires», en termes de plus-values en cas de revente de leurs biens, se réjouit l'agence immobilière en ligne Efficity. C’est une façon de voir les choses. Une autre est de prendre le point de vue des candidats-acquéreurs. Vu sous cet angle, «depuis 2000, l'écart entre l'augmentation des prix des logements et celle des revenus des ménages ne cesse de se creuser (+ 86% contre + 25% sur la période 2000-2009). La solvabilité des ménages français s'est donc nettement dégradée. Une famille qui se serait endettée sur 14 ans en 2000 aurait dû s'endetter sur 31 ans en 2008».

 

Avec des prix désormais situés entre, en gros, 6000 et 12000 euros le mètre carré, selon l’arrondissement, faut-il encore se demander pourquoi, en dix ans, Paris est devenue une ville de bobos? Du reste, selon la même étude, cette flambée de l’immobilier n’a pas concerné que la capitale. Ainsi, depuis 2000, «les prix ont progressé de 136% à Lille, 118% à Toulouse et 111% à Marseille».

 

Les sondages, de longue date (voir par exemple ici), indiquent que 65% des Français jugent difficile de trouver un logement. Cette proportion passe à 71% chez les 18-29 ans. 64% des primo-accédants ont rencontré des difficultés pour trouver un logement correspondant à leurs attentes. Ils sont presque aussi nombreux (57%) à avoir peiné à trouver un financement correspondant à leurs besoins, pour acquérir ce logement.

 

paris,logement,economie,social,gouvernementNotez que, malgré cette situation critique, le gouvernement ne compte pas même, en son sein, de ministre du Logement de plein exercice: juste un secrétaire d’Etat. Et, après cela, certains s’étonnent que, dans les sondages, les gens disent que leurs préoccupations premières ne sont pas assez prises en compte par leurs dirigeants... 

18.01.2012

Une vi(ll)e barricadée?

Paris, Sécurité, Police, Etrangers, GouvernementC'est le chiffre qui a marqué, hier, et a fait parler de lui: +17%. Soit l'augmentation du nombre de cambriolages, l'année dernière en France. Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant – qui, décidément, a toujours un petit mot sympa envers les étrangers... – , a donné notamment cette explication: «Nous devons nous adapter à des phénomènes nouveaux, par exemple les cambriolages qui sont conduits par des bandes venant des pays d’Europe centrale et orientale».

Paris n'échappe pas à la tendance générale du pays. L'an dernier, très exactement 12.595 cambriolages y ont été déclarés aux autorités. Cela fait quand même plus d’un millier de vols par effraction chaque mois, près de 35 chaque jour. D'après les statistiques plus détaillées, notre cher onzième arrondissement figure dans le peloton de tête des quartiers parisiens les plus visités par les Arsène Lupin. Bien avant des arrondissements pourtant infiniment plus cossus, comme le seizième ou le septième.

A dire vrai, on n'a pas été trop étonné par ces chiffres, hier. Rien que parmi nos voisins les plus proches, trois ont été victimes d'un cambriolage, l'an dernier. L'un d'eux, habitant un duplex, a même eu la mauvaise surprise, un matin en descendant de sa chambre à coucher, de constater que tout le rez de son appart' avait été dévalisé pendant la nuit, alors qu'à l'étage, il dormait à poings fermés...

Depuis, dans le quartier, et probablement au-delà, dans Paris tout entier, la profession qui se frotte les mains, en ce moment, ce sont les installateurs de systèmes d'alarme.

Vivre barricadé. Dans une ville que l'on trouve déjà truffée de digicodes. On ne s'est pas encore fait à l'idée.

17.01.2012

Un bilan assez éclairant

18. C'est, depuis la mi-avril, le nombre de femmes qui, à Paris et dans sa proche banlieue, ont été verbalisées par les policiers pour infraction à la fameuse loi qui, depuis le printemps, interdit le port du voile intégral musulman (niqab, etc.) sur la voie publique. «Au total, il a été procédé à 28 contrôles» dans cette région, lit-on dans le dernier point qu'a fait la préfecture de police sur la question: «douze contrôles à Paris, dont six verbalisations, cinq dans les Hauts-de-Seine et autant de verbalisations, onze contrôles en Seine-Saint-Denis dont sept verbalisations, aucun contrôle ni verbalisation dans le Val-de-Marne».

18 femmes verbalisées, donc. En 10 mois d'application de la loi.

Cela relativise assez bien, trouve-t-on, les cris d'orfraie qu'avaient poussés certains ministres et parlementaires sarkozystes l'an dernier, selon lesquels le port du niqab était en train de prendre des proportions affolantes en France, et y menaçait l'ordre public.

Dommage, cela dit, que la préfecture n'informe pas davantage sur les circonstances ayant donné lieu, à Paris, à ces six verbalisations. Cela permettrait de vérifier si, parmi ces femmes verbalisées, ont figuré, ou pas, ces très riches et respectables touristes intégralement voilées venues des Emirats ou autres, qui sont les hôtes de marque réguliers des palaces multi-étoilés de la capitale ainsi que des maroquineries, joailleries et boutiques de haute couture de l'avenue Montaigne ou de la place Vendôme.

Juste pour savoir si le rétablissement de l'autorité républicaine dans les «zones de non-droit» – ainsi que les plus hautes autorités de l'Etat ont jadis désigné les banlieues difficiles – a concerné également, et équitablement, les quartiers les plus chics du pays.

16.01.2012

Une comparaison (débile)

Personnalités, Gouvernement, Parti socialiste, Copé, HollandeC'était sur une télé d'info continue, ce matin. Le ministre de la Défense, Gérard Longuet, n'a rien trouvé de mieux que de comparer le candidat socialiste à l'Elysée, François Hollande, au capitaine du bateau de croisière «Costa Concordia», qui a fait naufrage ce week-end en Italie. Pour lui, «il y a des capitaines qui frôlent trop les côtes et qui conduisent leurs bateaux sur les récifs. Je trouve que François Hollande côtoie et tutoie les déficits publics avec beaucoup de complaisance».

Comparer le présidentiable du premier parti de l'opposition à un homme qui sera vraisemblablement poursuivi pour homicides involontaires. A un incompétent qui, d'après les témoignages des survivants de la catastrophe, sabrait le champagne avec son second dans un bar VIP alors que leur navire se dirigeait tout droit vers les récifs. A un couard qui, selon ces mêmes sources, a abandonné ses passagers et sauvé sa peau en s'enfuyant dans un des premiers canots de sauvetage.

Alors, on a parfaitement le droit de ne pas apprécier, et même de détester, François Hollande, son parti et son programme. Mais une comparaison de cet acabit est profondément débile. Et, s'il s'agit d'un trait d'humour, il est indigne d'un ministre de la République, sachant que des Français figurent parmi les disparus de la catastrophe.

Précédemment, déjà, des pontes de l'UMP avaient traité le présidentiable socialiste d'«homme dangereux». Comme on dit d'un criminel échappé de prison qu'il est considéré comme un homme dangereux. Et, l'autre jour, le président de l'Assemblée nationale en personne, l'UMP Bernard Accoyer, a estimé que, si François Hollande était élu à l'Elysée, les conséquences économiques et sociales, pour le pays, seraient comparables à celles d'«une guerre».

«Chez nous, c'est massacre à la tronçonneuse!», dans nos critiques envers le PS, s'était amusé, la semaine dernière, le n°1 de l'UMP, Jean-François Copé. Il a tort. Ce n'est même pas un film d'horreur de série B. C'est à la politique ce que Max Pecas doit être au cinéma: du grand n'importe quoi.

Encore bravo.

06.01.2012

Une pagaille d'anthologie

Difficile d'achever la semaine sans évoquer l'incroyable pagaille qui, depuis le 1er janvier, règne dans nombre de magasins – à Paris comme en province. Pagaille due au changement intervenu dans les taux de TVA, dans le cadre du dernier plan de rigueur gouvernemental. Le relèvement (de 5,5% à 7%) du taux de la TVA réduite pour toute une série de produits, mais pas pour toute une série d'autres, a plongé nombre de commerces dans une confusion considérable. A Paris ces derniers jours, c'était parfaitement notable dans les boulangeries, par exemple.

Le client doit désormais se voir facturer un taux de TVA distinct selon notamment que les aliments achetés sont destinés soit à être emportés, soit à être consommés sur place. Déjà pas trop simple à gérer au moment du passage en caisse. Exemple? La quiche emportée froide est frappée d'une TVA à 5,5%. Mais, si elle est réchauffée dans le micro-ondes de la boulangerie, sa TVA passe à 7%. Même différence entre le sandwich et le panini. Mais les chocolats ou macarons vendus dans la même boulangerie continuent, eux, à être taxés à 19,6%. «Nous sommes totalement perdus. En terme de complexité, je crois qu'on ne peut pas mieux faire», s'est énervé, dès le début de la semaine, le patron de la confédération de la boulangerie-pâtisserie française.

En milieu de semaine, constatant la pagaille, le ministère de l'Economie a sorti une note explicative (30 pages!) censée simplifier le casse-tête. Il en résulte que le cornet de glace acheté chez le glacier et le cône industriel Igloo ou Ola acheté au supermarché seraient frappés de deux taux de TVA différents. Idem pour le sandwich s'il est garni ou non de mayonnaise. Idem pour une boisson selon qu'elle est vendue dans un gobelet en carton ou en canette. En revanche, les chips et viennoiseries auraient toujours le même taux de TVA, qu'ils soient achetés ici ou là.

Tout cela au conditionnel, parce que la note de Bercy a eu l'effet exactement inverse de celui qu'elle recherchait: dans les petites commerces (ceux de notre quartier, en tout cas), le fouillis est tel que plus personne ne s'y retrouve: ni le commerçant, ni le client.

Encore bravo.

04.01.2012

Une communication déconcertante

Rien ne change, d'une année à l'autre. Une fois de plus, en ce début d'année, on a été (un peu) déconcerté par la manière dont les autorités ont communiqué, depuis dimanche, à propos du bilan sécuritaire du réveillon du Nouvel An. Déconcerté doublement.

Déconcerté, d'abord, par les cocoricos du ministère de l'Intérieur, dus au fait que deux fois moins d'interpellations, et globalement de dégradations, ont été déplorées par rapport à l'an dernier. Certes. Mais, ce sur quoi le gouvernement se garde bien d'insister, c'est sur le fait que, pour en arriver là, il a fallu, pour la deuxième année consécutive, déployer des moyens policiers considérables: 60.000 hommes, dont 10.000 rien qu'à Paris et dans sa région. C'est une réelle inflation, en termes de mobilisation. Pour mémoire (relire ici ou ), quelque 7000 et 4000 hommes avaient respectivement été déployés à Paris les 31 décembre 2009 et 2008. Ce résultat correct, donc, apparaît tout de même comme la moindre des choses.

Déconcerté, ensuite, par cette même question de vocabulaire gouvernemental qu'on avait déjà soulevée l'an dernier à cette époque (ici). «Pas d'incidents notables»: c'est ce qu'a répété en boucle le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, ces deux derniers jours. Mais 250 personnes ont tout de même été interpellées par les policiers en une seule nuit, dont 171 rien qu'à Paris et dans sa banlieue. Or, de deux choses l'une.

Soit toutes ces personnes ont été interpellées pour avoir bel et bien été été mêlées à des «incidents notables». Auquel cas de tels incidents ont bien eu lieu, donc le gouvernement, dans sa com', enjolive la réalité.

Soit, effectivement, comme le dit le gouvernement, aucun «incident notable» n'a été déploré samedi soir. Mais alors, si ces 250 personnes ont été interpellées pour moins qu'un incident, et encore moins un incident notable, pour quoi/pourquoi l'ont-elles été? En France en 2012, on interpellerait donc pour moins qu'un incident? Pour une bricole, alors? Pour une broutille? Pour trois fois rien? Là, pour le coup, il n'y aurait pas trop lieu de s'en réjouir.

Mais ce n'est que notre avis.

23.12.2011

Une efficacité «pas globalement démontrée»

police,sécurité,paris,gouvernementPlus que jamais, il faudra marcher droit, dans Paris. Cette semaine, le Premier ministre François Fillon en personne a fait le point sur le développement de la vidéosurveillance dans la capitale – ce qui, au passage, confirme que le chef du gouvernement est bel et bien déjà en campagne électorale, lui qui ambitionne de se présenter à Paris aux législatives du printemps prochain. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'Etat est plus décidé que jamais à mettre les bouchées doubles dans la «vidéoprotection», comme il dit.

Intérêt à marcher droit, donc, car, à terme, ce ne sont pas moins de 2500 policiers qui, dans les commissariats des vingt arrondissements parisiens, auront l'oeil rivé en permanence sur les écrans de télé retransmettant les prises de vues effectuées sur la voie publique. Dans les six mois qui viennent, très exactement 1105 caméras seront implantées dans Paris, sans compter les 10.000 caméras figurant déjà dans les réseaux de transport – auxquelles les autorités auront également accès en temps réel. En la matière, Paris restera loin de Londres, couverte elle par un réseau de 65.000 caméras. Il n'empêche, ce plan de «vidéoprotection» représente «un investissement très important», reconnaît-on à la préfecture de police de Paris: 90 millions à charge de l'Etat et 5 millions supportés par la ville de Paris.

Pour les autorités, une telle dépense se justifie, car «la vidéoprotection de voie urbaine permet de réduire le niveau de délinquance et a un effet préventif significatif». A la préfecture, on prend l'exemple de la flambée de vols de smartphones dans les transports publics: les caméras de surveillance lui auraient été d'une grande utilité pour la combattre et la faire diminuer.

Problème? La Cour des Comptes elle-même ne semble pas persuadée du bien-fondé d'un investissement aussi massif dans cette technologie. Ainsi, dans un rapport qui, à l'époque, fit un certain bruit, elle a considéré que l'importance des investissements en jeu «justifie que l’efficacité des dispositifs de vidéosurveillance de la voie publique soit évaluée». Or, «les différentes études conduites à l’étranger, notamment au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en Australie, ne démontrent pas globalement cette efficacité». Et «la France se caractérise par la quasi-absence d’enquête concluante sur le sujet. Une seule étude a été menée par le ministère de l’Intérieur essentiellement à partir des statistiques de la délinquance. Cependant, ses résultats contradictoires autant que sa méthode ne permettent pas d’en tirer des enseignements fiables».

police,sécurité,paris,gouvernementMais, aux yeux du gouvernement, peu importe et pas de doute: il faut mettre les bouchées doubles en la matière.

Marchons droit, donc. Et sourions, puisqu'on va être filmé, re-filmé et sur-filmé sous tous les angles et de tous côtés, prochainement. Sourions...ou pas, c'est selon.

13.12.2011

Un remerciement, ou l'autre

télévisions,technologie,médias,gouvernement,publicitéOn ne l'a pas loupé, ce placard de pub du gouvernement qui, depuis plusieurs jours, s'étale en pleines pages dans tous les quotidiens de France. «Nous tenons à remercier absolument tous les Français», dit-il. Les remercier, car «la France est passée à la télévision tout numérique». «Bravo et merci à tous»: «Depuis l'arrivée de la couleur, le passage au tout numérique a été le projet le plus ambitieux de l'histoire de la télévision».

Merci? Mais de rien: nous, depuis ce basculement au numérique, on... n'a plus la télé. On avait amplement narré cette saga, à l'époque (relire notamment ici). Depuis, cela ne marche toujours pas, et on a laissé tomber. Désormais, c'est sur internet qu'on suit les seuls programmes télé que, de toute manière, on regardait sur le petit écran: les grandes émissions d'actu et les JT.

Enfin, on les regarde sur le net: quand ça marche.... Rien qu'en quelques mois d'usage, on pourrait écrire un bouquin sur la calamité qu'est, en France, la diffusion des programmes télé sur le web.

«Buffering» qui s'éternise. Vidéos indisponibles. Vidéos qui, quand elles sont dispos, sautent des passages entiers du programme, voire reviennent en arrière. Vidéos qui, si régulièrement, se figent subitement, sans raison apparente, laissant immobiles les personnages apparaissant à l'écran: bouche bée, yeux clos ou écarquillés, toujours ridicules. Sans oublier ce décalage permanent entre le son et l'image: décalage d'une petite seconde à peine, mais qui suffit à donner l'impression bizarre que tous les programmes que l'on regarde sont doublés.

Mais, c'est vrai, on l'admet, il y a une chose qui marche toujours et admirablement bien, dans la télé sur le web. C'est... la pub. Elle, elle ne subit jamais le moindre problème technique. Vous relancez trois fois la vidéo d'un JT qui patine, vous ne pourrez jamais être sûr que vous parviendrez, in fine, à la regarder. En revanche, vous pouvez être certain que la plage de pub, elle, ça oui, vous la verrez trois fois.

Rien que pour cela, donc, «bravo et merci». Cela nous manquait vraiment, dans notre vie: encore un peu de pub en plus.

12.12.2011

Un anonymat (levé)

Avec l'entrée en vigueur des nouveaux horaires de la SNCF, cela a été LA grosse info sur laquelle ont tartiné tous les médias français, pendant tout le week-end: François Fillon a donc été démasqué!

Pour résumer – l'affaire est racontée plus en détails ici par exemple –, le Premier ministre était sur Twitter, mais sous un pseudonyme. Figurer comme follower lambda sur cette plateforme de micro-blogging lui permettait de garder un oeil, en douce, sur l'activité de ses ministres qui y sévissent. Cela le renseignait ausssi sur ce que les journalistes tweetaient de ses activités en tant que Premier ministre. Et, cerise sur le gâteau, cela l'informait de tout le mal que pense, dit et n'arrête pas de répéter Rachida Dati de son projet de s'implanter dans sa circonscription parisienne.

Mais voilà, l'hôte de Matignon avait eu l'imprudence de confier à un député UMP qu'il faisait partie, sous pseudonyme, de ses followers. Ledit parlementaire a illico twitté la confidence, et promis une bouteille de champagne à qui démasquerait le pseudo du chef du gouvernement. Le défi a été relevé, et remporté haut la main par un quidam: François Fillon était dissimulé derrière le nom d'un village où il possède une maison.

«Et maintenant à quoi aller-vous occuper vos journées? Trouverunnouveaujeu», a réagi, sur son compte, le chef du gouvernement – dont, au passage, on ignorait qu'il était à ce point fâché avec l'orthographe.

Un nouveau jeu, donc. Mais est-il vraiment temps de jouer?

09.12.2011

Une augmentation impressionnante

paris,transports,economie,gouvernementC'est la mauvaise nouvelle de la semaine, pour les Parisiens utilisant les transports en commun. Le gouvernement a refusé d'exonérer les transports publics de Paris du passage de 5,5% à 7% du taux réduit de TVA, que le Parlement a récemment voté dans le cadre du dernier plan de rigueur en date. Du coup, les tarifs de ces transports vont eux aussi, dès début janvier, être augmentés: de 1,5%. En haut lieu, on n'a rien voulu entendre de l'argument de la majorité (de gauche) au pouvoir au Conseil régional, selon lequel «les transports publics font partie des produits de première nécessité, comme le chauffage ou l'alimentation», et auraient donc dû continuer à bénéficier d'une TVA à 5,5%.

Au total, quelques 8,5 millions de personnes sont concernées par cette augmentation. En juillet dernier déjà, comme chaque année à cette date, les tarifs des transports avaient été revus à la hausse. Et ce sera à nouveau le cas en juillet prochain – la mesure entrant en vigueur en janvier se superposant, bien sûr, aux augmentations annuelles.

Cela nous mettra le carnet de 10 billets à 12€70, et le billet à l'unité à 1€70.

Pour illustrer l'augmentation impressionnante des tarifs des transports publics en région parisienne, ce pourcentage, qui est confirmé par le STIF, l'autorité organisant ces transports. 42,8%. Avant même cette hausse de TVA, le prix du carnet de métro dans la capitale a crû de 42,8% entre 2000 et 2010.

C'est cela aussi, la vie quotidienne à Paris.

30.11.2011

Un lapsus (caviardé)

C'était hier après-midi à l'Assemblée nationale. Et c'était un merveilleux lapsus: autrement plus sensible politiquement que ce dérapage inflationniste de Rachida Dati qui, il y a quelques mois, suscita tant de rires gras. Ce lapsus, il a été commis par le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant – qui était visiblement plus touché qu'il ne l'affichait par les attaques socialistes sur son bilan, objectivement très mitigé, en matière de lutte contre l'insécurité.

«Monsieur le député, je ne sais pas dans quel domaine vous excellez le plus: est-ce celui de la prestidigitation ou bien celui de la mystification?» C'était le début de sa contre-attaque au député socialiste Manuel Valls. Deuxième salve: «Une fois de plus, vous essayez de nous démontrer que le bilan du gouvernement depuis 2002 est un échec et que votre échec a été un succès!» Jusque là, rien à redire. Mais, dans la phrase suivante, une lettre a suffit pour que le ministre soudain s'empêtre: «Eh bien moi, je vous répète – une fois de plus, puisque manifestement vous n’entendez pas les arguments et ne voulez pas voir la vérité – que depuis 2002, chaque année, la délinquance a recruté, alors que, sous la gauche, elle a explosé, progressant de 17%!»

«Recruté», donc. Au lieu de «reculé».

Hier soir, les télévisions se sont fait un plaisir de diffuser en boucle cette bourde. Qui, bien sûr, n'apparaît nullement dans le compte-rendu officiel de l'altercation: les petites mains du service de l'Assemblée chargé de la retranscription des débats ont corrigé les propos ministériels, et caviardé le lapsus.

L'histoire ne dit pas si ces scribes ont fait la rectification d'initiative, sur ordre du Président (UMP) de l'Assemblée et/ou sur injonction de l'entourage du ministre.

29.11.2011

Un «profond sentiment d'injustice»

tourisme,international,transports,gouvernement,art de vivreCe mardi, le gouvernement divulgue les résultats du premier «Baromètre international sur les points forts et points faibles de l’accueil des touristes en France». Un sujet important, ce pays restant, bon an mal an, la première destination touristique mondiale. Pour l'occasion, le ministre ad hoc organise ce matin un grand raout médiatique dans les salons de... Roissy. Cet aéroport qui, une enquête de satisfaction internationale après l'autre (relire ici ou ), n'en finit plus de se faire descendre en flammes.

Tout récemment encore, Roissy-CDG s'est vu décerner le titre d'«aéroport le plus détesté au monde». Cette distinction lui a été octroyée par une étude pour CNN. Si les aéroports de Los Angeles et de Londres Heathrow ne font guère mieux que lui, le premier aéroport parisien est sanctionné notamment pour la saleté de ses toilettes, la médiocrité de ses restaurants ou le manque de clarté de sa signalétique. Est également épinglé le caractère pas rarement «dédaigneux» qui serait celui de son personnel..

Aéroports de Paris (ADP), la société qui exploite Roissy et Orly, n'a pas officiellement communiqué sur cette distinction. Tout au plus une de ses porte-parole a-t-elle lâché, dans l'un ou l'autre média, que ce titre si peu enviable suscitait un «profond sentiment d'injustice» parmi le personnel d'ADP. Et d'ajouter: «Nous travaillons beaucoup pour nous améliorer».

ADP investit même aussi beaucoup, dans ce domaine. Dans les cinq ans à venir, elle consacrera un milliard d'euros à l'amélioration des installations de Roissy.

Ce chiffre, cela dit, peut prêter à deux lectures. Côté pile: il montre qu'en effet, les choses bougent. Côté face: l'ampleur de ce budget confirme à elle seule combien il y a du pain sur la planche, à Roissy-CDG, en matière de modernisation. Ce qui, finalement, n'est pas anormal, s'agissant d'un aéroport qui à la fois n'est plus tout jeune (1974) et qui, année après année, est de plus en plus sollicité (60 millions de passagers l'an dernier).

28.11.2011

Un indicateur, si révélateur

Si d'aventure d'aucuns doutaient encore de la précarisation grandissante de toute une partie de la France – sans doute ne mettent-ils jamais le nez dehors... –, cet indicateur que l'actualité du jour vient nous apporter. Il s'agit d'un pourcentage. Et il concerne l'activité des Restos du Coeur, dont la 27ème campagne d'hiver débute ce lundi.

L'association caritative fondée par Coluche fait état de «25 % de personnes accueillies en plus au cours des trois dernières années». Rien que l'an dernier, ses 60.000 bénévoles ont distribué 109 millions de repas, à plus de 860.000 personnes – soit à 20.000 bénéficiaires de plus qu'un an auparavant. Et il ne fait guère de doutes qu'à la fin de cet hiver 2011-2012, l'association aura, une fois de plus, explosé tous ses records en termes de personnes aidées.

Pareils chiffres relativisent, pour le moins, le bilan des politiques sociales en vigueur. Lorsqu'on les interroge sur cet indicateur, si révélateur, que constitue le succès croissant remporté année après année par les Restos du Coeur, les responsables de la majorité ont l'habitude de botter en touche. Ils assurent que, dans les pays voisins, les associations analogues sont tout autant débordées, la paupérisation galopante n'étant pas l'apanage de la seule France.

Comme si un tel argument rendait le constat moins révoltant.

17.11.2011

Une apathie agaçante

culture,cinéma,histoire,gouvernement,mitterrandMais à quoi donc Frédéric Mitterrand occupe-t-il ses journées? Il y a de quoi être passablement agacé, à propos du ministre de la Culture – une fois de plus (relire ici, ou ).

Depuis hier, dans un territoire entier de France, un film de cinéma n'est pas diffusé dans le circuit commercial. Il est visible partout ailleurs dans le pays, mais là pas. Cela fait suite à la décision prise par le seul et unique exploitant de salles de l'endroit. On savait depuis des semaines que cela allait arriver. Mais, à moins que cela nous ait échappé, le ministre s'est tu dans toutes les langues sur ce dossier. Et, que l'on sache, n'a pas bougé le plus petit doigt pour éviter qu'on en arrive là.

On veut bien sûr parler du dernier film du réalisateur et acteur français Mathieu Kassovitz: «L'Ordre et la Morale». Très controversé, il revient sur un épisode dramatique de l'histoire de l'outre-mer français: le drame d'Ouvéa (*), en Nouvelle-Calédonie. Le seul cinéma de Nouméa a décidé de ne pas le mettre à l'affiche, son propriétaire le jugeant trop polémique. Du coup, les habitants de l'archipel en sont quittes pour le voir dans des conditions artisanales: dans des médiathèques, des salles de spectacle, en tribu, etc.

Imaginons l'un ou l'autre cas de figure hypothétiques: certes peu vraisemblables, mais qui seraient parfaitement analogues dans leur impact.

Toutes les salles obscures de la capitale qui boycotteraient un film consacré à la Commune de Paris. Les Corses qui seraient dans l'incapacité d'aller au cinéma voir un long métrage sur l'assassinat du préfet Erignac. Ou un film controversé sur la méga-catastrophe AZF, à Toulouse en 2001, qui ne serait projeté dans aucune salle de la Ville Rose. Aurait-on eu droit à la même apathie ministérielle? Non, bien sûr.

Il est vrai que, vu de Paris, la Nouvelle-Calédonie, c'est si loin. Et que ce n'est jamais que l'outre-mer.

Encore bravo.

culture,cinéma,histoire,gouvernement,mitterrand(*) Petite explication, à l'attention des lecteurs les plus jeunes de ce blog.

En Nouvelle-Calédonie en avril 1988, dans la grotte dite d'Ouvéa, s'était replié un commando d'indépendantistes après avoir pris des otages lors de l'attaque meurtrière d’une gendarmerie. En mai, à l'avant-veille du second tour de l'élection présidentielle (entre Mitterrand et Chirac), ordre avait été donné à l'armée de donner l'assaut. Deux gendarmes avaient péri dans l'opération, ainsi que dix-neufs mélanésiens – dont plusieurs, ont attesté nombre de témoignages, ont été abattus de sang-froid et a posteriori, par des militaires.