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25/04/2016

Une tension qui s'enracine (J-4)

Social, Paris, Activisme, GouvernementNuits décidément agitées en ce moment, dans notre 11e arrondissement. En marge de la mobilisation citoyenne "Nuit Debout", qui continue place de la République.

Ce week-end, pour tenter de calmer un peu les choses, les autorités ont été jusqu'à interdire la vente de boissons alcoolisées en soirée, aux alentours de l'esplanade. Cela n'a pas empêché de nouveaux heurts entre casseurs et forces de l'ordre, échauffourées qui sont monnaie courante dans le quartier, depuis trois semaines. Cette fois, en plus, des véhicules (de police, singulièrement) ont été brûlés.

La permanence du PS dans le 11e, rue Alexandre Dumas, a également été vandalisée. Précédemment déjà, avant même cette mobilisation, des antennes locales de ce parti avaient été victimes de tels agissements, tant en province (voir ici, ou ) que dans la capitale ().

A un an de la fin de son mandat, visiblement, la colère se dirige directement, et plus que jamais, vers François Hollande et tout ce qui le représente. Le maire du 11e a dénoncé cette vague de vandalisme anti-politique, y voyant un phénomène «très inquiétant pour la démocratie».

20/04/2016

Une séquence très visible

Grosse opération de communication du gouvernement, ces vingt-quatre dernières heures. Sur le front de la sécurité. Mais séquence trop visible pour être parfaite.

Acte un: le ministre de l'Intérieur, hier après-midi, détaille les nouvelles modalités du «schéma national d'intervention des forces de sécurité». Les modalités revues d'opération des trois unités d'élite du GIGN, du Raid et de la BRI. Une réorganisation qui vise à «répondre aux besoins d’urgence et d’efficacité engendrés par une menace terroriste protéiforme». Acte deux, ce matin, , Manuel Valls confirme que le gouvernement demandera au Parlement de prolonger l'état d'urgence de deux mois supplémentaires. Acte trois: dès ce matin et pendant toute la journée, histoire que l'opinion visualise bien la mobilisation des autorités face à la menace, tous les médias vont diffuser en boucle les images spectaculaires de l'intervention menée hier, en fin de soirée, par ces trois unités d'élite.

A Paris-Montparnasse. Quelque 150 membres du GIGN, du Raid et de la BRI ont, conjointement, mis hors d'état de nuire neuf terroristes qui avaient fait irruption dans la gare SNCF, puis pris des otages dans une consigne à bagages ainsi que dans deux rames de TGV. Les djihadistes ont été neutralisés. «Tout a parfaitement fonctionné, ce soir», s'est félicité le ministre de l'Intérieur, qui s'est rendu sur place vers 1h du matin. Bernard Cazeneuve s'est dit «particulièrement fier d'être aux côtés des chefs des trois unités ainsi que du préfet de police, qui sont tous rassemblés pour protéger les Français». 

Juste: ce n'était là qu'un exercice anti-terroriste. Une simulation à grande échelle.

Alors que, selon un sondage réalisé après les tueries de Bruxelles, 87% des Français s'attendent à ce qu’un nouvel attentat majeur frappe l’Hexagone, dans les prochains mois.

12/04/2016

Une amélioration qui tarde

Cela ne se dégrade pas vraiment. Mais cela ne s'améliore pas non plus considérablement.

C'est, en gros, la conclusion que l'on peut tirer du dernier rapport annuel en date sur la qualité de l'air à Paris et dans sa banlieue, qui a été rendu public il y a peu. Malgré tous les efforts entrepris, près d'1,5 million d'habitants de cette région restent quotidiennement exposés à une pollution atmosphérique qui excède les normes réglementaires. Il s'agit essentiellement des riverains qui résident à proximité des grands axes de circulation (le périph', etc.).

Si l'on regarde la situation polluant par polluant, cela s'améliore un peu en ce qui concerne le dioxyde d'azote. En revanche, la pollution aux particules fines, à l’ozone et au benzène stagne à des niveaux préoccupants.

Ce n'est évidemment pas un hasard politique: le jour même où ce bilan annuel – très moyen, donc – a été rendu public, la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal a fait un peu de com'. Elle a annoncé la publication de l'arrêté qui est censé gérer de manière plus réactive et efficace les épisodes de pollution atmosphérique, dans la capitale imposition moins compliquée qu'avant de la circulation automobile alternée, etc. Et, comme cela semble une habitude désormais, la mairie de Paris (voir ici ou ) a réagi tièdement à cette com' ministérielle. Pour l'Hôtel de ville, en effet, le gouvernement ne va toujours pas assez loin, en la matière.

L'Etat et la Ville qui continuent à se chamailler. Et, en attendant, les Parisiens et les banlieusards qui respirent toujours aussi souvent un air empesté. Pas grand-chose ne change, donc, dans les faits.

29/03/2016

Un revirement, en douce

 Sécurité, Police, Transports, Terrorisme, GouvernementC'était dans l'air – ce blog l'avait écrit, la semaine dernière –, et cela ne semble désormais plus faire le moindre doute. Finalement, la SNCF et l’Etat ne donneront pas suite au projet d'équiper toutes les grandes gares de France de détecteurs de métaux et de scanners à rayons X.

Un tel filtrage de l'accès aux quais des TGV, des trains Intercités et même des RER, comme c'est le cas dorénavant pour les lignes Thalys, cumule les désavantages, est-il analysé, en haut lieu. Il est à la fois trop coûteux (en personnel de surveillance, singulièrement.) et trop perturbant pour le fonctionnement quotidien des gares (création de longues files d’attente, etc.).

Conséquence: à Paris, il était prévu de que de tels portiques soient testés, ces jours-ci, aux entrées de la gare de l’Est. Il n'en sera rien. Ce dispositif de sécurisation sera «mis en place autrement», a confirmé, l'autre jour (ici), un membre de la direction générale de la compagnie des chemins de fer. D'autres moyens sécuritaires, encore peu définis, seront privilégiés.

Pourquoi pas. Mais il est tout de même curieux qu'un tel revirement soit annoncé par un responsable d'entreprise publique. Et que pas le moindre membre du gouvernement ne s'en explique devant l'opinion publique, et donc assume politiquement ce changement de cap. Où est donc passée la ministre des Transports, Ségolène Royal, qui, il y a trois mois, se fit tant de pub, sur ce sujet?

16/03/2016

«Une iniquité à réparer»

Deux jours déjà qu'il a eu lieu, mais on continue à ne parler que de cela, à Paris. Parler du chahut si rugueux qui, lundi soir, a secoué l'habituellement si chic et paisible 16e arrondissement. A propos du projet d'y implanter, d'ici à l'été, un centre d'hébergement d'urgence de 200 places, pour les SDF.

«Une Jungle de Calais dans le bois de Boulogne», comme le dénoncent les riverains. Ils sont si remontés que, lundi soir, une réunion publique d'information sur le sujet a dû être interrompue, car elle manquait de tourner au pugilat général. Les orateurs et défenseurs du projet, dont la préfète (qui a signé le permis de construire), se sont notamment pris une nuée de quolibets et d'insultes tout sauf classe et distingués.

La chose a fait tant de bruit qu'elle a été évoquée à l'Assemblée nationale, hier (lire ici ou voir ). Manuel Valls s'est dit «profondément choqué». Il a jugé injustifiable «les insultes et les menaces dont la représentante de l’État a été l’objet», et intolérable «que le débat public soit manipulé» par les détracteurs du projet. Le Premier ministre a redit la détermination de l'Etat à mener ce projet à bien.  Et de conclure: «Il n’est pas possible, il n’est pas juste, que certains souhaitent se dérober à l’effort. En matière de solidarité et de lutte contre la pauvreté, chacun doit assumer ses responsabilités». Même tonalité à la mairie de Paris. Où l'on annonce qu'on ira «jusqu'au bout» pour «réparer une iniquité»: le 16e est «le seul arrondissement qui ne compte aucun centre d’hébergement d’urgence».

Des recours en justice sont annoncés. Donc, on n'a pas fini d'entendre parler de ce dossier. En attendant, il ne faudrait pas tomber dans la caricature: croire que tous les habitants du 16e d'office et sans exception sont aussi en pointe contre ce projet que leur maire d'arrondissement, le député sarkozyste Claude Goasguen – auteur d'une pétition à succès, sur le sujet. Il existe aussi des riverains qui sont profondément gênés par l'image désastreuse que ce chahut donne de leur quartier.

L'image d'un îlot d'aisance et d'égoïsme, indécrottablement replié sur lui-même et sur ses seuls petits privilèges. Insupportablement insensible à la détresse d'autrui.

15/03/2016

Un vrai changement d'échelle

 Terrorisme, Institutions, GouvernementPuisque ce blog revenait hier sur les attentats du 13 novembre, ce chiffre qui a été rendu public il y a quelques jours, mais qu'on n'a pas encore eu l'occasion d'évoquer, ici. 2.200.

Soit le nombre de demandes d'indemnisation qui ont déjà été introduites par les victimes de ces si mémorables tueries perpétrées à Paris et Saint-Denis. Et encore, ne s'agit-il pas, à ce stade, d'un chiffre définitif. Selon le gouvernement, le nombre total de victimes du 13 novembre «pourrait aller jusqu'à 4.000».

C'est un très officiel Fonds de garantie qui indemnisera ces personnes. Cet organisme a été mis sur pied après les vagues d'attentats qui ont ensanglanté la France, dans le milieu des années 80. Il est chargé d'évaluer les préjudices (physiques, moraux ou économiques) subis par les blessés ainsi que par les ayants-droits des personnes décédées. Puis, il verse les indemnisations auxquelles ces personnes ont droit. Puisque les compagnies d’assurance traditionnelles ne couvrent pas ce type de préjudices liés au terrorisme, ne prenant en charge que les dommages matériels causés.

Il y a un mois, 1.200 dossiers de victimes du 13 novembre avaient déjà été traités par ce Fonds. Ce qui a donné lieu au versement de 18 millions d'euros d'indemnisations, à titre provisoire. L'organisme a à sa disposition une dotation d'1,2 milliard d'euros. Il «n’aura aucune difficulté à faire face» aux demandes des victimes du 13 novembre, assure en boucle le gouvernement.

Il n'empêche, c'est un vrai et fameux changement d'échelle, auquel les autorités sont confrontées. Etant donné la gravité sans précédent des tueries qui ont été commises dans la capitale, il y a quatre mois. Pour preuve, ces 4000 personnes qui devront probablement êtres indemnisées, cela correspond au nombre total de victimes que ce Fonds de garantie a eu à indemniser tout au long de sa trentaine d'années d'existence.

10/03/2016

Une vulgarité ordinaire

Les ministres femmes, victimes de la vulgarité machiste des parlementaires, suite (et certainement pas fin). Interpellée à l'Assemblée nationale, la ministre du Travail, Myriam El Khomri, a fait l'objet d'une répartie bien grasse, lancée par un député de l'opposition. Elle parlait du délai de «quinze minutes» (quinze jours, en fait: petit lapsus de sa part) que le gouvernement s'est donné, avant de présenter en Conseil des ministres cette réforme si controversée. «Quinze minutes, douche comprise!», lui a lancé un député, hilare. Si l'on en croit le compte rendu de la séance, le mufle ne s'est même pas fait rappeler à l'ordre pour le caractère sexiste de sa tirade. «Il est inutile de crier!», lui a juste lancé le président de séance.

Précédemment, déjà, la même ministre avait eu droit aux plaisanteries douteuses d'un autre député de l'opposition, orfèvre en la matière. Il avait rebaptisé sa loi El Khomri, « loi El Connerie». Puis, anticipant sur les retouches que le gouvernement va probablement apporter au texte, avait lancé: la loi «va être castrée, et je parle en urologue!». Même "Le Figaro", c'est dire, a jugé ses propos vulgaires.

Sans remonter jusqu'à Edith Cresson, au cours de cette législature-ci, dans le même hémicycle, Cécile Duflot et Najat Vallaud-Belkacem, déjà, avaient subi pareil traitement. La première, alors qu'elle répondait à l'interpellation d'un parlementaire, avait eu droit à des quolibets moqueurs, visant la robe qu'elle portait ce jour-là. Et la seconde avait fait l'objet d'un tweet graveleux, qu'un député avait envoyé en pleine séance: «NVB suce son stylo très érotiquement».

Les mâles de cette espèce font décidément honte au genre masculin. Et à l'image de la classe politique, accessoirement.

03/03/2016

Un changement, cousu de fil blanc

 Femmes, Famille, Gouvernement, Elections présidentiellesCe matin, cela n'apparaissait pas encore dans l'organigramme officiel du gouvernement. Mais c'est François Hollande lui-même qui l'annonce, dans une interview au magazine féminin "Elle". Un changement de dénomination de ministère va être opéré.

Il est dû à la polémique qui avait suivi le remaniement ministériel de février. Uu ministère "de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes" avait été créé. Cette dénomination, jugée péniblement stéréotypée (les femmes d'office assimilées à l'éducation des gosses), avait été largement dénoncée, par les mouvements féministes (relire ). François Hollande en a pris acte. Et a décidé qu'il faudrait désormais parler de "ministère des Familles".

Au passage, ce changement d'appellation n'est bien sûr pas anodin, à treize mois du premier tour de l'élection présidentielle. En effet, le terme retenu renvoie implicitement à la grande réforme du "mariage pour tous", en 2013. Qui avait consacré, fût-ce tardivement et incomplètement, la reconnaissance par la France de la pluralité des situations familiales – et reconnu, singulièrement, les familles homoparentales.

Trois ans plus tard, donc, le choix de cette dénomination ministérielle est un clin d'œil subliminal fait par le chef de l'Etat à cet électorat. Alors que, mois après mois, sa popularité ne cesse de dégringoler, a fortiori parmi les sympathisants de gauche qui l'ont élu en 2012. Cela paraît vraiment très gros, comme manœuvre. C'est cousu avec du fil blanc très voyant. Mais, qui sait, à force de se multiplier, ces gestes présidentiels d'amabilité catégorielle finiront-ils par porter leurs fruits.

A ce stade, cela dit, on serait bien le dernier à en prendre le pari.

02/03/2016

Un serpent de mer, ranimé?

Puisque ce blog évoquait hier les projets parisiens qui mettent des années à aboutir, donner des nouvelles de ce qui est vraiment un serpent de mer. Et depuis des décennies, lui, carrément. Mais la tête de la bestiole semble enfin commencer à sortir tout doucement de l'eau.

La liaison CDG-Express, en l'occurrence. Ce train rapide qui, tous les quarts d'heure, relierait directement la "Ville lumière" à l'aéroport de Roissy CDG, pour un coût de réalisation évalué à 1,6 milliard d'euros. Dernièrement, alors qu'un coordinateur interministériel a été nommé, une ordonnance consacrée à ce méga-chantier est parue au Journal Officiel. Elle a attribué à une filiale de la SNCF ainsi qu'à la société Aéroports de Paris une «mission de conception, financement, réalisation et exploitation» du projet. Une «partie minoritaire du capital social de cette société de projet» pourra être ouverte à des tiers: au secteur privé, donc. Sachant que la construction de cette liaison de 32 kilomètres ne donnera lieu à aucune subvention de l'Etat. Vu l'état de la compagnie nationale de chemins de fer – lourdement endettée –, cette ligne pourrait être financée en partie par une taxe sur les billets d'avion, prélevée sur les passagers qui décollent de Roissy ou y atterrissent.

L'horizon est encore loin, puisque cet éventuel CDG-Express pourrait n'être opérationnel qu'en... 2023. Du moins, si le serpent de mer, d'ici là, n'a pas replongé dans les abysses de l'indécision politique.

On va donc encore pendant très longtemps entendre parler de ce projet. Voire se quereller, à son sujet. En effet, les oppositions ne manquent pas à l'encontre de ce CDG-Express qualifié par ses détracteurs (ici, par exemple) d'«inutile et coûteux». Eux lui préférerait une amélioration de la ligne du RER B, qui relie l'aéroport à la capitale – et qui, il est vrai, est dans un piètre état.

12/02/2016

Une masculinité, plus que jamais (suite)

Femmes, Gouvernement, PersonnalitésGrosse agitation dans la mouvance féministe, depuis hier soir (voir , notamment). Elle a réagi dès les minutes qui ont suivi l'annonce de la composition du nouveau gouvernement Valls. Le secrétariat d’Etat aux Droits des femmes y est désormais intégré au ministère de la Famille et de l’Enfance, et non plus aux Affaires sociales. Selon les protestataires, cela traduit «le mépris» du duo Hollande-Valls pour les femmes.

Y compris les milieux féministes proches du Parti socialiste sont vent debout. «Mettre sous un même ministère la famille, l’enfance et les droits des femmes, n’est-ce pas enfermer les femmes dans le rôle stéréotypé qui leur est assigné depuis des siècles: celui d’épouse et de mère?», a interrogé, ainsi, la présidente (PS) du Haut Conseil à l’Egalité. Et, sur les réseaux sociaux, évidemment, les femmes s'énervent. Imaginant, par exemple, sous un prochain gouvernement socialiste, un ministère «de la Famille, de lEnfance, des Droits des femmes, du Tricot, du Ménage et de la Cuisine».

Sinon, au sein de ce gouvernement, la parité hommes/femmes a été rétablie. Elle qui n'était plus de mise depuis le départ de Christiane Taubira.

Mais, pour donner une idée de la répartition des rôles, les Affaires étrangères, la Défense, la Justice, l'Intérieur, l'Economie ou les Finances sont aux mains d'hommes. En revanche, c'est à des femmes qu'ont été confiés les secrétariats d'Etat en charge, au hasard, de l'Artisanat et de l'Economie sociale, de la Biodiversité, ou de l'«Egalité réelle» (?).

Encore bravo.

10/02/2016

Une «hauteur» de vues, vraiment ?

Institutions, Langue française, Gouvernement, Parlement«Etre à la hauteur». C'est ce que Manuel Valls ne cesse de réclamer à la classe politique, depuis les attentats du 13 novembre. Il le fit encore en boucle tout au long du débat parlementaire qui, ce mercredi, se conclut (provisoirement) par le vote des députés (en première lecture, seulement) sur le projet de révision constitutionnelle (déchéance de la nationalité pour les condamnés pour terrorisme, etc.) . Mais, dans le camp même du Premier ministre, on n'est pas toujours «à la hauteur». Deux exemples, issus des échanges que les députés ont eus cette semaine, à propos de ce cette réforme.

D'abord, les quolibets, dignes d'une cour d'école, que deux députés socialistes ont lancés à un de leur collègue sarkozyste. Qui venait de nuancer de la sorte «l'état de guerre» sans cesse invoqué par Manuel Valls, pour justifier ce texte: «La guerre étrangère désigne les conflits entre États-nations, auxquels nous ne sommes pas confrontés actuellement, grâce à Dieu». Sacrilège: invoquer le divin (fût-ce en une tournure de phrase très commune en langue française) dans le temple républicain de la laïcité qu'est l'Assemblée. Cela lui a valu des «Calotin!» et autres «À bas la calotte!».

Ensuite, la réplique qui a été faite à un autre député de droite, qui, lui, faisait l'analogie entre ce texte de loi et «un mauvais film, dont le titre est "Il faut sauver le soldat Hollande"». Puis prévenait le chef du gouvernement: «Ne comptez pas sur moi ni sur un nombre important de parlementaires de droite et de gauche pour être les figurants de ce film». Le chef de file des députés PS, piqué au vif, lui a lancé: «Il y a les soldats et les planqués, Monsieur!», «Planqué!».

Réduire ses contradicteurs à des tire-au-flanc. A des déserteurs, en somme. A des traîtres à la patrie, donc – alors même que l'on parle de déchéance de la nationalité. Outre que ce n'est pas «à la hauteur», le recours à de tels arguments d'autorité a un nom, et il est particulièrement malvenu, dans le contexte. Puisque ce n'est rien d'autre que du terrorisme intellectuel.

Encore bravo.

28/01/2016

Un remerciement fleuri

«Afin de remercier Madame Taubira d'avoir défendu avec force, conviction et passion l'égalité pour tous, déposons une rose rouge devant le ministère de la Justice, ce vendredi 29 janvier à partir de 18h».

C'est le message qui, hier, après l'annonce de la démission de la garde des Sceaux, a été posté sur Facebook. L'"event" est organisé par deux hommes; donc probablement deux bénéficiaires de la loi Taubira de 2013, qui a ouvert le mariage à tous les couples.

Ce matin, près de 500 participants à cette initiative s'étaient annoncés. C'est encore loin de représenter la grande popularité de l'ex-ministre, dans le communauté gay – où, il y a deux ans, furent même créés... des tee-shirts "Team Taubira". Mais si, demain, tous ces participants annoncés joignent effectivement le geste à l'engagement virtuel, cela fera tout de même un joli amoncellement de roses, devant son ex-ministère.

D'autres fleurs, cela dit, pourraient bien se joindre à cet hommage. Plus funèbres.

En effet, sur les réseaux sociaux, circule l'idée d'apporter demain plutôt des chrysanthèmes. En témoignage, là, de peine et de regret. Concernant, par exemple, le renoncement de François Hollande à "la PMA pour toutes" (procréation médicalement assistée). Ou les restrictions frappant les mariages de couples gays composés de Français et de ressortissants étrangers.

27/01/2016

Une masculinité, plus que jamais

gouvernement,personnalités,femmes,justiceIls ne perdent pas de temps, décidément, les instituts de sondage. La ministre de la Justice, Christiane Taubira, a démissionné ce matin, et, en fin d'après-midi déjà, une enquête d'opinion est venue donner le sentiment des Français sur cette actualité. Dans le pays du monde qui, avec les Etats-Unis, est le plus grand consommateur de sondages politiques.

81% des personnes interrogées approuvent son départ du gouvernement. Mais, à gauche, ils sont moins nombreux (68%) à s'en féliciter. Sans surprise, pour une ministre aussi clivante, son bilan à la Justice est descendu en flammes par les sondés de droite et salué par ceux de gauche.

Puisque, tout au long de cette journée politiquement agitée, les médias français l'ont assez peu souligné, signalons deux conséquences annexes de cette démission. Un: le gouvernement Valls n'est plus paritaire, vu qu'il compte désormais davantage d'hommes que de femmes. Deux: dorénavant, en attendant un probable remaniement en février, tous les ministères régaliens (la Justice, l'Intérieur, les Affaires étrangères et la Défense) sont au mains d'hommes.

Sans doute est-ce le reflet du très mâle contexte sécuritaire ambiant, de mise depuis les attentats du 13 novembre.

26/01/2016

Une impopularité, et comment

Déjà envolé, le regain de popularité dont le duo Hollande-Valls a bénéficié après les attentats du 13 novembre, dû au durcissement de sa politique sécuritaire. A en croire le dernier sondage en date, publié ce mardi, tant le chef de l'Etat que son Premier ministre perdent à nouveau cinq points. Ils sont désormais redescendus à seulement 22% et 35% d'opinions favorables, respectivement.

Plus grave, le chef du gouvernement vient de déposer plainte pour... menaces de mort, après des messages particulièrement hostiles et violents reçus sur sa page Facebook. Cela s'est passé la semaine dernière, mais la chose n'a été dévoilée qu'aujourd'hui – non par un communiqué officiel (silence total en haut lieu, sur le sujet), mais par une fuite dans la presse.

La police judiciaire de Paris a confié l'enquête à sa brigade de répression de la délinquance contre la personne. L'auteur des messages menaçants encourt deux ans de prison et 30.000 euros d'amende.

21/01/2016

Une si grande demande

Paris, Terrorisme, Gouvernement, SantéCe jeudi, Christiane Taubira dresse un bilan de la prise en charge des victimes des attentats du 13 novembre. A cette occasion, la ministre de la Justice a prévu de rencontrer les dirigeants de la nouvelle association qui vient de se créer, baptisée "13 novembre fraternité et vérité" (voir notamment ). Elle regroupe des rescapés ainsi que des familles et des proches des personnes tuées dans ces attentats.

A ce sujet, ce chiffre qu'on a découvert un peu par hasard, l'autre jour, alors qu'on parcourait distraitement la gazette locale de notre onzième arrondissement.

1500. Soit le nombre de riverains et de témoins directs des tueries du 13 novembre à Paris, qui, tout au long du mois qui a suivi, ont été accueillis et pris en charge par la cellule d'urgence médico-psy mise en place à la mairie du 11e, aussitôt après les attentats. 1500 personnes «non blessées physiquement mais choquées», qui avaient donc grand besoin des conseils des spécialistes réquisitionnés pour cette cellule: psychiatres, psychologues et infirmiers.

1500 personnes prises en charge en un seul mois, soit une cinquantaine de consultations chaque jour. C'est dire – s'il en était besoin – la grande demande d'assistance qu'il y eut dans le quartier, et la détresse qu'y provoqua cette actualité si traumatique.

14/01/2016

«Un impact concurrentiel négatif»

Les langues régionales, oui. Mais le flamand, non. C'est, en substance, la position du gouvernement Valls, qui vient d'être rappelée () à l'Assemblée nationale. N'en déplaise aux éventuels lecteurs nordistes de ce blog. Ainsi qu'aux quelque 30.000 locuteurs estimés de cette langue régionale de la Flandre française, recensés dans la zone de Dunkerque-Armentières, en région Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

A ce jour, cet idiome n'est enseigné que dans trois collèges privés et six écoles de France. C'est beaucoup trop peu, pour le député du coin, Jean-Pierre Decool (droite souverainiste). Selon qui, «au-delà de l’outil éducatif et culturel, la connaissance du flamand est un outil de développement économique et de valorisation du territoire», ainsi qu'«un pont vers l’apprentissage de toutes les langues qui entourent le Nord: l’anglais, le néerlandais et l’allemand».

Oui, mais non, vient de lui répondre le gouvernement. Dixit le ministre en charge de la réforme territoriale, c’est «avec discernement» que l'Education nationale «conduit l’examen de la situation» de cette langue. Car «accepter son intégration dans un cursus classique pourrait créer un impact concurrentiel négatif avec le néerlandais, langue véhiculaire et de communication avec la Flandre belge et les Pays-Bas, dont il est un dialecte».

Pas cool, pour le député Decool. Selon qui cette position réaffirmée de l'exécutif Hollande-Valls «apportera de la tristesse dans la Flandre». Et s'explique par la méconnaissance qu'on a de ce dossier, à Paris: on y «confond flamand et flamingant», les régionalistes rabiques, or «le flamand occidental est une langue régionale sans connotation régionaliste».

Line Renaud et Dany Boon, les icônes de la région d'Armentières, n'ont pas encore réagi.

18/12/2015

Un désintérêt manifeste

A partir de ce vendredi (mais dès hier, en Corse), les présidents de Régions élus ou réélus dimanche commencent à prêter serment. A propos des élections régionales, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) vient d'adresser une remontrance – parfaitement justifiée, selon nous – aux radios-télés. Pour la manière dont elles ont couvert un des volets de la campagne.

A savoir, la situation en outre-mer. Le CSA «déplore très vivement que les médias audiovisuels de métropole n’aient pas accordé plus d’attention aux enjeux et aux résultats électoraux» dans ces circonscriptions lointaines. D'autant que ces résultats n'ont pas été inintéressants: pas mal de changements. Dès dimanche soir (voir ), d'ailleurs, il semble que, dans les DOM-TOM, les réseaux sociaux se soient énervés de cette indifférence métropolitaine.

Indifférence dont ont aussi fait preuve, cela dit, des politiques. Et au plus haut niveau.

Ainsi, Manuel Valls a fait savoir qu'il avait téléphoné dès la fin du week-end dernier à toutes ces éminences régionales. Du moins, à celles élues ou réélues dans l'Hexagone. En revanche, le nouvel homme fort de la Corse (autonomiste il est vrai, une famille politique peu appréciée à Paris) a dû attendre jusqu'à ce matin pour recevoir le coup de fil de félicitations de Matignon. Et ses homologues d'outre-mer n'avaient pas davantage eu droit à cet honneur, pendant la semaine.

Après cela, on s'étonnera que plus de deux millions d'habitants d'outre-mer (et 300.000 Corses) aient parfois l'impression d'être considérés comme des Français de seconde zone.

17/12/2015

Une réutilisation, de bon aloi

Transports, Sécurité, Terrorisme, Police, Gouvernement, BelgiqueSégolène Royal en visite en gare de Paris-Nord, ce jeudi matin. Jusque là, pas grand-chose de très intéressant, on vous l'accorde.

Si ce n'est que la ministre des Transports s'y rend afin de «féliciter la SNCF pour la mise en place du premier portique de sécurité». Dans le cadre du renforcement de la sécurité ferroviaire, en ces temps d'état d'urgence.

La ministre avait promis que de tels portiques seraient installés sur les voies du Thalys avant les fêtes de fin d'année. Etant encore passé à cette gare l'autre jour et n'ayant rien vu qui s'apparentait à des travaux d'installation de tels portiques, on commençait à se demander si cette promesse allait bien être tenue dans les temps. Et bien oui, donc. La ministre assure même que, «dès le 20 décembre, les premiers portiques de sécurité et des scanners seront en état de marche pour les trains Thalys, en gares du Nord et à Lille».

Cela a été rendu possible, en fait, par une petite entourloupe qu'a trouvée le gouvernement. Qui va faire... de la récup'. En clair, comme l'explique Ségolène Royal, «cette mise en œuvre opérationnelle et rapide du dispositif a pu être réalisée grâce à la réutilisation de l'équipement de sûreté ayant servi dans le cadre de la COP 21 organisée au Bourget», la conférence de l'Onu sur le réchauffement climatique.

Il suffisait d'y penser.

03/12/2015

Un certain relâchement (assez habituel)

 Terrorisme, Sécurité, Education, Tourisme, GouvernementOn n'est pas d'un naturel anxieux. Et encore moins du genre à voir le danger partout, dès qu'on met le pied dehors. Mais on s'est tout de même fait à nouveau la réflexion pas plus tard que ce matin. Et ce n'est pas la première fois, ces quinze derniers jours.

Devant faire une course en vitesse dans un grand magasin, on a pu constater qu'on y entrait comme dans un moulin. Pas la moindre fouille de sacs. Pas le moindre vigile en vue. Pas le moindre dispositif de contrôle apparent. Rien. Heureusement qu'on n'était pas venu avec une kalachnikov. Entre les rayons de décorations de Noël, les étalages de foie gras, et les empilements de jouets pour gamins, on aurait fait un carnage.

De même, hier, passant dans le Marais, on s'est demandé si le dispositif de sécurité entourant la grande synagogue de la rue Pavée n'était tout de même pas un peu léger. Un militaire en faction, un autre une dizaine de mètres plus loin. Juste deux hommes, donc. Les traits tirés, visiblement fatigués, qui avaient l'air de trouver le temps très long.

Manifestement, malgré l'état d'urgence, la priorité sécuritaire du moment est davantage au Bourget, autour des négociateurs de la COP 21, que dans les arrondissements centraux parisiens.

Sinon, hier, le gouvernement a mis fin prématurément () à l'interdiction des sorties et des voyages scolaires en région parisienne, qu'il avait décrétée au lendemain des attentats du 13 novembre. Après les tueries de janvier, déjà, il n'avait pas attendu très longtemps avant de prendre une même décision (relire ).

 Terrorisme, Sécurité, Education, Tourisme, GouvernementToutefois, les visites des lieux très touristiques avec des groupes d'écoliers sont déconseillées (*). Les chefs d'établissements devront informer préalablement l'Education de chaque sortie scolaire. Et les équipes encadrantes ont été invitées à faire preuve de la plus grande vigilance.

Dans la droite ligne de la teneur de la circulaire qui a été envoyée à tous les inspecteurs d'académie et directions d'école après les attentats. Elle leur impose «le déploiement systématique de l'ensemble des outils de prévention et de protection des élèves et des personnels».


(*) Les déplacements dans les lieux très touristiques qui sont déconseillés aux groupes d'écoliers, donc. Mais à part cela, et dans le même temps, Manuel Valls qui vient de lancer un «message à tous ces touristes qui ont annulé, ces derniers jours, leur déplacement à Paris»: «Venez à Paris, les conditions de sécurité sont assurées!». On comprend que les touristes aient un peu de mal à s'y retrouver, face à ces deux postures pour le moins contradictoires.

10/11/2015

Un changement de comportement, semble-t-il

Deux petites nouvelles concernant le tabac, alors que le Parlement s'apprête à boucler l'examen du Projet de la loi Santé, qui énerve tant les buralistes – notamment parce qu'il leur impose, avec plusieurs années d'avance sur la législation européenne à venir, le paquet de cigarettes neutre (dépourvu de logos, de décorations attractives, etc.)

D'abord, à l'échelle de la France, près du quart de la population (24%) fume quotidiennement. C'est ce qu'indique une étude internationale, parue dernièrement. C'est davantage que dans la moyenne des Etats industrialisés (20%), et presque deux fois plus que la proportion de fumeurs dans des pays comme l'Australie ou la Suède – où, cela dit, les cigarettes sont vendues à un prix carrément prohibitif. «La France doit s’inspirer des mesures prises par ces pays pour réduire davantage la consommation de tabac», lui recommande donc l'OCDE.

Ensuite, à l'échelon parisien, ce premier bilan qui a fuité, sur la nouvelle réglementation punissant d'amende tout mégot jeté par terre. Rien que pendant son premier mois d'application, elle a donné lieu à la verbalisation de 350 contrevenants. Ce n'est pas rien, même si cela reste une goutte d'eau dans la mer, par rapport aux centaines de milliers de fumeurs quotidiens que doit bien compter la capitale française, dont bon nombre sans doute jettent leurs mégots dans le caniveau.

De moins en moins, cela dit. Ces dernières semaines, dans nos contacts quotidiens avec des fumeurs parisiens en tout cas, on a pu constater comme un changement de comportement. Visiblement, le ramdam médiatique fait autour de cette prohibition est parvenu à leurs oreilles. Non que, désormais, on ne les voit plus jamais jeter de mégots par terre. Mais, du moins, nombre de ces fumeurs y regardent dorénavant à deux fois avant de récidiver: s'assurent au moins qu'à proximité, ne figure pas au mieux une poubelle avec éteignoir ou un cendrier public, au pire un pandore prêt à les verbaliser.

Sans doute est-ce déjà cela.