30.01.2012
Un gros retard français
Dès samedi, l'Elysée l'a annoncé, par un communiqué pas peu fier. Dimanche, l'entretien télé de Nicolas Sarkozy serait «disponible dans la soirée en rediffusion, traduit en langue des signes», sur son site internet. Et de préciser: «Cette initiative répond aux demandes d’associations de personnes sourdes et malentendantes».
En lisant ce communiqué, on s'est dit que, les sourds et malentendants étant des électeurs comme les autres, sans doute nombre d'entre-eux devaient vouloir suivre en direct l'intervention du chef de l'Etat, plutôt que d'attendre sa traduction en langues de signes, dans la soirée. Tous ceux-là n'ont eu d'autre choix que de se rabattre sur le télétexte.
En Belgique, en revanche, d'après le souvenir assez précis qu'on en a gardé, les allocutions du Roi, comme d'ailleurs tous les programmes d'information, sont diffusés avec, apparaissant en temps réel en bas de l'écran, un traducteur-interprète qui les restitue simultanément en langue des signes. Cela doit bien faire une vingtaine d'années que cela existe.
Samedi, dès lors, l'Elysée n'avait pas vraiment de quoi se vanter, dans son communiqué. La France, en effet, affiche un gros retard en la matière.
Mais sans doute n'est-il jamais trop tard pour bien faire.
PS: Cela dit, on trouve qu'hier soir, le grand parti sarkozyste a été un peu mou du genou. L'UMP, en effet, n'a diffusé que 16 communiqués de presse différents, saluant la prestation télé du chef de l'Etat. Seize, à comparer avec les 24 communiqués que le même parti avait consacrés jeudi à François Hollande. Besoin de vitamines?
11:43 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : télévision, sarkozy, handicapés, belgique
14.09.2010
Une inaccessibilité
Nicolas Sarkozy a reçu hier à l’Elysée les associations représentant un public dont on parle finalement assez peu en France: les personnes handicapées. A en croire ses hôtes, en ce qui concerne l'accessibilité des lieux publics aux moins valides, le chef de l’Etat aurait «reconnu les choses telles qu'elles sont en France: c'est-à-dire catastrophiques». La loi de 2005 sur le handicap impose pourtant des obligations d’accessibilité aux espaces publics. Mais le progrès à accomplir sur ce terrain reste «titanesque», selon l’Elysée. Le chef de l’Etat a donc prié ses ministres de se «mobiliser», afin «de rendre la France totalement accessible à toutes les formes de handicap».
On en est encore très loin. Pour preuve, à Paris, restent interdits d’accès aux moins valides y compris les lieux les plus emblématiques, visités chaque année par une demi-douzaine de millions de touristes venus du monde entier.
Cet été, a encore rappelé cette inégalité l’assignation en justice dont a fait l’objet la tour Eiffel. C’est la mère d’une jeune fille lourdement handicapée, Anne-Shirley, âgée de dix ans, qui est à l’origine de cette assignation. En août, elle a décidé de saisir la justice, après que sa fille et elle eurent été refoulées alors qu’elles voulaient visiter les étages de la célèbre tour. Elle reproche à la société d’exploitation du monument de ne pas avoir, comme l’impose la loi, installé des équipements spéciaux pour fauteuils roulants. La justice tranchera début octobre. La tour, elle, soutient qu’elle a jusqu’en 2015 pour mettre ses installations aux normes. D’ici là donc, sans doute sont priés de ronger leur frein tous les moins valides qui désireraient jouir eux aussi de l’incroyable panorama sur Paris qu’offrent les étages du fameux monument.
09:57 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, social, tourisme, handicapés
02.10.2009
Une image
On a déjà beaucoup parlé culture dans ce blog cette semaine, mais on va encore en rajouter une petite couche aujourd’hui. Parce que c’est une initiative vraiment bien qui a été prise à Paris. Parce qu’elle a vu le jour cet été et est curieusement passée un peu inaperçue. Et parce qu’on n’avait pas encore eu le temps, jusqu’à présent, de l’évoquer ici. Cela se passe à Beaubourg précisément. Et cela va grandement contribuer à rendre plus accessibles quelques-unes des innombrables merveilles que compte le Musée national d’Art moderne. Accessibles, en plus, à un public qui, par la force des choses, en était jusque ici complètement coupé. Et qui est encore trop souvent laissé pour compte dans le monde de l’art.
Car imaginez donc quelle doit être la frustration, immense, de personnes aveugles ou mal-voyantes qui entendent sans cesse parler du génie d’un Picasso, d’un Soulages, d’un Baselitz ou d’un Basquiat, mais qui n’ont jamais pu appréhender autrement que dans leur imagination les chefs-d’œuvre de ces artistes. Désormais, au Centre Pompidou, ces grands noms de la culture et quelques autres leur seront physiquement un peu moins inaccessibles. Tout cela grâce à des images, mais des images un peu particulières: des images tactiles, en fait.
Le musée, en effet, a équipé de telles images quelques pupitres qu’il a disposés à proximité d’une dizaine de tableaux de ses collections, pupitres que les aveugles sont invités à toucher. Les tableaux choisis sont des «œuvres phares d’artistes majeurs représentant des courants ou des tendances essentiels de l’histoire de l’art du vingtième siècle». Ces œuvres ont été gravées en relief sur des plaques en fibres synthétiques de format A3. Les historiens de l’art, les techniciens et les mal-voyants à l’origine de cette expérimentation y ont reproduit les tableaux de manière telle que les nuances de texture, de contours ou de teintes des œuvres soient perceptibles au toucher. Du coup, «en découvrant petit à petit les différents éléments constitutifs du relief, la personne déficiente visuelle va reconstituer mentalement l’image du tableau. Des notions aussi abstraites pour elles que la perspective ou la profondeur d’une peinture peuvent alors être abordées». Chaque plaque en relief est accompagnée d’une notice explicative en gros caractères et en braille, qui fournit des informations sur l’œuvre représentée, le peintre et le courant artistique qu’il incarne. En parcourant du doigt ces pupitres, les déficients visuels pourront dès lors avoir une perception beaucoup plus concrète qu’une simple description de ces chefs-d’œuvre de l’art moderne.
Excellente initiative, évidemment. Qui, au passage, confirme une fois de plus le dynamisme du Centre Pompidou dans sa politique d’accessibilité aux handicapés. Cette institution est notamment réputée pour le talent de ses guides-conférenciers dédiés aux publics spécialisés que sont les déficients visuels et auditifs. Les déficients mentaux, aussi. A ce propos, il y a longtemps déjà, un peu par hasard au détour d’une visite du musée, on était tombé un jour sur un de ces guides spécialisés, en train de faire visiter les collections à un groupe d’enfants handicapés mentaux. La façon dont il s’y prenait pour leur faire appréhender l’art ainsi que l’accueil enthousiaste que ces derniers lui réservaient avaient fait de cette rencontre fortuite un moment réellement fascinant d’observation.
10:44 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : culture, arts, musées, handicapés, paris



