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11/02/2016

Une collision douloureuse

Le projet de révision constitutionnelle adopté en première lecture hier, par les députés. A une majorité assez large, mais le fameux article relatif à la déchéance de nationalité pour actes terroristes, lui, est passé vraiment ric-rac: avec 14 voix d'avance seulement, sur quelque 300 votants. Cela promet, pour la suite du parcours parlementaire de ce texte.

Dans cette affaire de nationalité, il est frappant de constater combien, dans de nombreux cas, l'histoire personnelle et familiale vient entrer en collision avec l'histoire de la République en train de s'écrire. Un choc douloureux, qu'ont notamment exprimé trois élus, pour ne citer qu'eux, ces derniers jours.

Ainsi, ce député centriste (ici) qui, à la tribune de l'hémicycle, a peiné à retenir ses larmes. A l'évocation de son grand-père. Lui aussi député, qui avait voté contre les pleins pouvoirs au maréchal Pétain (grand utilisateur de la déchéance de la nationalité) et qui, parce qu'il était dans la Résistance, était «qualifié de terroriste, par l'occupant nazi». Ou cet autre élu (), lui eurodéputé sarkozyste, qui, sur un plateau de télé, brandit une copie d'un décret publié au Journal officiel en 1941, sous Vichy. Le décret qui priva de sa nationalité son grand-père, amiral dans les Forces françaises libres. Ou encore ce député socialiste (ici), descendant d'une famille ayant, en 1957, «fui l'Egypte parce que juifs». Et dont la propre mère fut longtemps apatride, «avant d'être naturalisée française, comme toute la famille».

Rarement avait-on vu autant d'élus, dans un laps de temps aussi court, évoquer d'une telle manière leur histoire personnelle.

Signe que, au-delà des stratégies parlementaires, des postures politiques et des clivages traditionnels, ce projet de réforme se distingue vraiment des autres. Car il ravive des souvenirs, rouvre des plaies, remue les âmes. Et remet en lumière les complexités de l'histoire nationale.

Ce que François Hollande et Manuel Valls, à l'évidence, n'avaient pas mesuré.

08/12/2015

Un anniversaire, bien d'actualité

C'était il y a trente ans, jour pour jour, hier. Le 7 décembre 1985. Un samedi. Vers 17h45, heure d'affluence dans les grands magasins parisiens, à l'approche des fêtes de fin d'année.

Boulevard Haussmann, au rayon vaisselle du premier sous-sol des "Galeries Lafayette", une bombe dissimulée dans un attaché-case explosait. Quelques minutes plus tard, autre explosion. Au rayon parfumerie du "Printemps", cette fois. Des explosifs cachés dans un sac en toile. Ces deux attentats, revendiqués par le Hezbollah libanais, firent une quarantaine de blessés, dont une demi-douzaine très grièvement atteints.

En février de la même année, déjà, le terrorisme proche-oriental avait frappé en plein coeur de Paris: au grand magasin "Marks & Spencer", une bombe avait fait un mort et quatre blessés. Furent ensuite visées et touchées, jusqu'à l'automne 1986, la galerie du Claridge, la librairie Gibert Jeune, la galerie du Point-Show ou la rue de Rennes. Au total, cette vague d'attentats fit 13 morts et plus de 300 blessés. Neuf personnes furent jugées (dont cinq par contumace) en Cour d'assises, et condamnées à la réclusion criminelle à perpétuité.

Pour la petite histoire, c'est de cette époque que date la refonte totale du dispositif antiterroriste français, alors peu organisé ni coordonné, voire franchement hétéroclite. La grande loi antiterroriste de décembre 1986 innova en deux points mémorables, dans la mesure où ils sont toujours d'actualité trente ans plus tard. D'une part, la mise sur pied, au sein du parquet de Paris, d'une cellule spécialisée, regroupant des magistrats entièrement dédiés à la lutte antiterroriste, jouissant d'une compétence étendue à l'ensemble du territoire national. D'autre part, la création, dans la capitale, d'une Cour d'assises spéciale (sans jury populaire), pour juger les affaires terroristes.

13/11/2015

Une réhabilitation historique (suite)

Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et, en l'occurrence, une page d'Histoire.

Ce blog avait évoqué la possibilité, l'autre jour (relire ), et elle semble se concrétiser. Si l'on en croit un des porteurs du projet (), la station de métro "Belleville" va effectivement être bientôt rebaptisée "Belleville-Commune de Paris 1871". Un consensus, en tout cas, semble s'être dégagé sur le sujet à la mairie de Paris, et la RATP ne serait pas opposée à cette évolution.

Qui ne changera bien sûr rien à la vie quotidienne des habitants de ce quartier de l'Est parisien. Mais qui, au moins, rendra hommage au rôle que le petit peuple de Belleville joua dans ce mouvement insurrectionnel parisien qui fit trembler la IIIe République.

Cela rappellera aussi combien les Bellevillois(e)s eurent à souffrir, tout au long de la "Semaine sanglante". Lors de laquelle, fin mai 1871, le gouvernement versaillais envoya la troupe mater la révolte de la capitale. Car, si l'en croit les récits historiques, haletants, de cette terrible semaine (lire par exemple ici ou ), c'est à Belleville et dans les quartiers de La Villette et Charonne que se jouèrent les dernières heures, tragiques, de cette insurrection populaire. Le 28 mai 1871, précisément, tomba la toute dernière des barricades que les insurgés avaient érigées. Une impitoyable répression suivit.

Le quartier de Belleville «apparaîtra aux yeux des observateurs comme vaincu et terrorisé, mais toujours insoumis», écrivent les historiens Jean-Paul Haghe et Gérard Serra. «Un général écrira même, à son propos: "Le quartier entre la rue de Meaux et la rue de Belleville est le plus mauvais de Paris, les insurgés échappés ne craignent pas d’y manifester leur espoir de recommencer la partie...". Les injures aux agents de police et aux soldats sont monnaie courante et les arrestations de Bellevillois accusés d’avoir affirmé que la revanche viendra et que la Commune n’est pas morte vont se multiplier dans les mois et les années qui suivent la victoire des hommes de Versailles».

Près d'un siècle et demi plus tard, cela valait bien un hommage.

28/10/2015

Un changement si lent

Banlieues, Jeunesse, Histoire, Police, Sécurité, TransportsOn serait bien allé à Clichy-sous-Bois, hier. Ville de la banlieue de Paris qui a commémoré la mort, il y a dix ans, de Zyed Benna et Bouna Traoré. Les deux ados qui ont péri électrocutés dans un transformateur EDF le 27 octobre 2005, à l'issue d'une course-poursuite avec des policiers – le drame déclencha une vague mémorable d'émeutes urbaines, dans toute la France. On serait bien allé relater les cérémonies commémoratives de cet événement marquant, mais l'actualité par ailleurs en a décidé autrement.

Aurait-on eu le temps d'aller à Clichy qu'on aurait pu à nouveau remarquer combien, dix ans plus tard, tous les problèmes soulevés par cette crise des banlieues n'ont pas encore été réglés – loin s'en faut.

Ainsi, pour ne prendre qu'un seul exemple – mais bien concret, et qu'on trouve assez parlant – , l'enclavement de cette ville. Qui est dénoncé depuis des lustres par ses habitants, et qui les préjudicie fortement: pas simple, quand on vit dans une municipalité très mal desservie par les transports publics, de trouver un emploi, un stage, une formation, une crèche, une bonne école, ou tout le reste. C'était déjà le cas en 2005, et cela n'a pas changé en 2015. Il faut toujours compter au moins 1h30 de trajet si l'on veut se rendre en transports en commun à Paris, au départ de Clichy. Ville pourtant distante d'une vingtaine de kilomètres à peine de la capitale. Dix ans plus tard, on attend toujours que se concrétise le projet d'extension de la ligne de tramway T4 jusqu'aux villes de Livry-Gargan, Clichy-sous-Bois et Montfermeil. Ce tramway prolongé ne sera pas opérationnel avant 2018, au mieux.

Un délai si long. Un changement si lent. Il ne faut dès lors pas s'étonner que subsiste un sentiment très fort de relégation, chez ces habitants.

23/10/2015

Un vendredi si tragique

C'est loin de Paris, mais ce blog relatif à la France peut difficilement faire l'impasse sur une telle actualité. Puisque, depuis la catastrophe industrielle de l'usine AZF (une trentaine de morts, à Toulouse en 2001), jamais ce pays n'avait connu un vendredi aussi meurtrier qu'aujourd'hui.

Une quarantaine de morts, ce matin, dans un accident de la route en Gironde. Dans un virage dangereux d'une départementale sinueuse, au sommet d'une côte, une collision frontale entre un camion et un car transportant des personnes âgées.

Jamais, depuis plus de trente ans, l'Hexagone n'avait connu une telle catastrophe routière. Depuis le 31 juillet 1982: un carambolage sur l'autoroute A6, à hauteur de Beaune. Il avait impliqué deux cars et deux voitures, et avait coûté la vie à 53 personnes, dont 44 enfants. A la suite de cette catastrophe, plusieurs mesures mémorables relatives à la sécurité routière avaient été prises. L'abaissement à 110km/h de la vitesse maximale de circulation autorisée sur autoroute par temps de pluie, par exemple. Ou l'interdiction de tout transport scolaire par car les jours de grande transhumance estivale.

A l'époque, cette catastrophe avait provoqué une émotion considérable, dans le pays tout entier. Le Président Mitterrand lui-même avait assisté aux obsèques des victimes. Ce matin, son lointain successeur à l'Elysée, François Hollande, a tout de suite pris conscience de l'ampleur du drame. Quelques minutes à peine après son officialisation, alors qu'il effectue un déplacement à Athènes, il a dit sa «tristesse» après une telle «tragédie», et a salué la mémoire des victimes. Puis, il a immédiatement ordonné que les agendas ministériels soient modifiés, Manuel Valls et plusieurs ministres étant envoyés sur place.

19/10/2015

Une réhabilitation historique

Mieux vaut tard que jamais. Cette semaine, une statue d'un buste de femme va faire son apparition dans la célèbre salle des Quatre Colonnes, de l'Assemblée nationale. C'est une première, puisque, depuis la création de cette institution, seuls des bustes d'hommes y avaient été exposés. C'est la grande révolutionnaire et féministe Olympe de Gouges (1748-1793) – dont ce blog a déjà parlé: relire ici, par exemple – qui aura les honneurs de cette innovation. La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, qu'elle rédigea à l'époque, sera gravée sur le piédestal de sa statue.

Sinon, concernant l'Histoire toujours, et celle de Paris plus particulièrement, plus de 150 personnalités de la culture, des médias et du syndicalisme ont lancé un appel pour qu'une des stations de métro programmées dans le cadre des travaux du Grand Paris soit baptisée "Commune de Paris 1871". En hommage au soulèvement révolutionnaire (relire par exemple ) qui fit trembler la capitale et marqua tant cette époque.

«Il est temps, plus que temps, que la Commune retrouve toute la place qui lui est due dans la mémoire parisienne et nationale», estiment ces signataires. Parmi lesquels le chanteur Dominique A ou les comédiens Pierre Arditi, Michel Piccoli, Arianne Ascaride et Yvan Le Bolloch. Qui rappellent que «les communardes et les communards surent inventer des mesures démocratiques et sociales qui sont encore d’une brûlante actualité, de la séparation de l’Église et de l’État à l’école laïque, gratuite et obligatoire, de l’égalité des salaires des femmes et des hommes à la citoyenneté des étrangers, du droit du travail au droit au travail».

07/10/2015

Une figure honorée

Paris, Histoire, Personnalités, Immigration, EtrangersPuisque, ce mercredi, le parti sarkozyste statue sur le sort de l'eurodéputée et ex-ministre Nadine Morano – ses récents propos racialistes pourraient lui coûter son investiture aux élections régionales de décembre – , signalons cet hommage que la Ville de Paris vient de rendre.

Lundi, elle a baptisé une rue du dix-septième arrondissement en l'honneur d'une personnalité assez peu connue des Parisiens, mais qui a pourtant marqué, à sa façon, l'histoire de la "Ville lumière". Car c'est le premier et unique maire... «de race noire» (comme dirait Nadine Morano) que connut, mais oui, la capitale française.

Severiano de Heredia (1836-1901), c'est son nom. Mulâtre originaire de Cuba, naturalisé Français en 1870, il présida le Conseil municipal de Paris pendant six mois, en 1879, et fut aussi député et ministre des Travaux publics. Si l'on en croit ses biographes, pendant toute sa carrière, il dut se coltiner des injures racistes («le nègre du ministère», «nègre roublard aux grosses lippes», «ministre chocolat», etc.). Il repose désormais au cimetière des Batignolles. Et reste donc un cas unique, dans les annales de l'histoire de la capitale.

En tant que Parisien moyen, d'ailleurs, on ne mettrait pas d'office la main au feu qu'on connaîtra, de notre vivant, un maire de Paris qui, à nouveau, ne soit pas «de race blanche» (comme dirait Nadine Morano).

09/09/2015

Un effort à relativiser

François Hollande l'avait promis à Angela Merkel, ce week-end. Puis il l'annonça officiellement, lundi. Ce mercredi, arrivent en France les premiers convois de réfugiés syriens et irakiens, en provenance de Munich. Quelque 24.000 devraient suivre dans les deux ans à venir, fuyant comme eux les persécutions au Moyen-Orient.

Si rien, bien sûr, n'est jamais totalement comparable, a fortiori d'une époque à l'autre, rappeler l'Histoire permet parfois d'éclairer le présent. Donc quelques chiffres. A l'attention particulière des personnalités et des partis qui s'épouvantent que l'Hexagone prenne une telle part dans l'accueil de cette «déferlante migratoire».

Dans les années 70, la France accueillit 120.000 à 130.000 "boat people", fuyant le Vietnam, le Cambodge et le Laos. Cinquante ans plus tôt, déjà, elle avait donné refuge à 120.000 Arméniens, rescapés du génocide. Et, à la fin des années 30 à nouveau, elle fut une terre d'asile. Franco ayant remporté la guerre civile espagnole, ce ne sont pas moins de 500.000 républicains qui, en quelques semaines, trouvèrent le salut en franchissant les Pyrénées. A cette occasion, certains départements français durent gérer un nombre de réfugiés qui était plus important que celui de leur propre population.

Des précédents historiques existent, donc. Certes, il ne se passèrent pas tous bien – comme l'a utilement rappelé un confrère, en début de semaine (voir ici). Mais ils permettent de relativiser l'ampleur de l'effort que la France va devoir accomplir, ces deux prochaines années.

 

PS: Effort qui, cela dit, dans son aspect financier, sera en (petite) partie pris en charge. Les europhobes de droite et d'extrême droite se gardent bien de le signaler, mais la France, pour chaque réfugié qu'elle accueillera sur son territoire, recevra une subvention de 6000€, versée par l'Union européenne.

01/09/2015

Une royale commémoration

Une fois n'est pas coutume, dans ce blog, une petite plongée dans le passé. En ce jour de rentrée scolaire et sur un thème qui figurera sans doute dans les cours d'histoire géo qui seront dispensés aux élèves, cette année. Un anniversaire, en l'occurrence. Le tricentenaire de la mort de Louis XIV. Puisque c'est le 1er septembre 1715 que le monarque succomba.

Des évocations sont prévues dans les médias, tout au long de cette journée et de la soirée. En région parisienne, forcément, l'on ne manquera pas de commémorer l'événement: à Versailles bien sûr (voir ici), mais aussi dans nombre de villes (). Pour l'occasion, le fameux château du Roi Soleil a mis en place un dispositif numérique (ici) qui a retracé les derniers jours du souverain. Depuis la mi-août, le compte Twitter de l’institution diffuse des messages relatifs notamment à sa santé et aux coulisses de la vie quotidienne dans son palais – façon, en somme, de revivre comme en temps réel cette si historique disparition.

La commémoration dépasse même les frontières de la région parisienne, s'étendant à des lieux et à des types d'initiatives a priori assez improbables. Ainsi, ce mardi, la ville des Sables-d’Olonne (Vendée) va-t-elle... faire sonner le tocsin. Faire sonner les cloches de l'ensemble de ses églises, tout au moins. Entendu ce matin sur une radio, le maire de cette localité, très impatient de ce moment, le justifiait par l'importance à la fois politique, économique et artistique qu'eut, pour la France, ce si mémorable souverain.

Moins drôle: ne manquera sans doute pas de se faire entendre, dans ou en marge de ce cycle de commémorations, la parole des "déclinologues". Ces souvent si sinistres oiseaux de mauvais augure, qui passent leur temps à annoncer toujours le pire pour le pays et à regretter son passé révolu. Le ton aigri de leurs considérations, en tout cas, tranchera avec le caractère globalement plutôt joyeux que prend, dans ce pays passionné par l'Histoire, ce moment national de commémoration royale.

11:37 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : histoire, culture

14/07/2015

Un apanage assez récent

Le kaki et le bleu marine plus que jamais couleurs dominantes, à Paris ce 14 juillet. Dans le défilé militaire bien sûr, mais aussi dans le dispositif de sécurité qui l'entoure – vu le contexte d'alerte anti-terroriste. Pas moins de 11.200 membres des forces de l'ordre sont mobilisés pour assurer la sécurité sur la voie publique. Rien que le long du parcours du défilé, 3000 policiers vont veiller au grain, dont bon nombre d'agents en civil. Sans compter que, pour contenir la foule, encadrer ses allées et venues et empêcher les stationnements de véhicules, 10.000 barrières métalliques, carrément, ont été déployées. Soit l'équivalent d'une longueur totale de «près de 25 kilomètres», a calculé la préfecture de police de Paris.

C'est donc peu dire que, ce mardi, on ne va pas déambuler où et quand on veut, sur les Champs et à leurs alentours.

Une artère que le grand public associe d'office à cette "kaki pride" estivale annuelle, or, pour la petite histoire, elle n'a pas toujours eu l'apanage de ce défilé.

Ce n'est même que depuis l'année 1980 que celui-ci se déroule systématiquement sur la «plus belle avenue du monde». De 1974 à 1979, en revanche, sous le septennat Giscard donc, le lieu de célébration de la parade militaire a varié. Les Parisiens eurent ainsi droit à des défilés de 14 juillet au Cours de Vincennes (1975), à l'École militaire (1977), et même sur l'axe majeur de notre bon vieux onzième arrondissement, pourtant à l'origine – il y a vraiment très longtemps – une terre de gauche pas rarement antimilitariste. Ainsi, en 1974, le défilé se déroula entre Bastille et République. Et, en 1979, dans le sens inverse, il partit de "Répu" pour aboutir à Bastille.

François Hollande, lui, en matière de défilé du 14 juillet, reste donc les deux pieds bien plantés dans la tradition post-giscardienne – n'en déplaise à son grand slogan de campagne de 2012 («Le changement, c'est maintenant»).

13/07/2015

Une précaution, élémentaire

«Il ne s’agit pas d’un défilé au rabais». C'est ce que dit et répète en boucle, depuis des jours, le ministère de la Défense. A propos du défilé militaire de fête nationale, demain sur les Champs-Elysées. Cette "kaki pride" sera plus courte (d'un quart d'heure) que les éditions précédentes. Sa phase motorisée sera «quelque peu raccourcie» (25 à 30% en moins). Certains fleurons de l'équipement militaire tricolore (les chars de combat AMX Leclerc, par exemple) brilleront par leur absence. Et les «présentations publiques» du matériel à la population, menées habituellement dans l’après-midi et «prolongeant le lien armée-Nation», n’auront pas lieu.

C'est «la conséquence de l’engagement actuellement très intense des militaires», sur le terrain et en France même: l'opération "Sentinelle", en cours depuis les attentats de janvier. C'est aussi dû au degré d'alerte et de vigilance anti-terroriste: à son niveau maximum en ce moment, en région parisienne notamment. Nul besoin de prendre encore des risques supplémentaires, en faisant s'éterniser les rassemblements de foule sur la voie publique.

Défense, Armée, Institutions, Folklore, HistoireEn termes de risques, après un long bras de fer, il a été décidé de ne pas en faire courir aux invités d'honneur de ce défilé: les trois forces de réaction aux attentats (GIGN, Raid et BRI), qui s'illustrèrent en janvier.

Elles insistaient pour que leurs membres défilent cagoulés, afin que leur anonymat soit protégé. Mais, en termes de symbole, cela paraissait un peu difficile. Un compromis a donc été trouvé. Ces unités d'élite défileront coiffées de leurs casques avec visières de protection, ce qui rend leurs membres difficilement reconnaissables. Et l'on peut imaginer que des instructions ont été données en haut lieu aux réalisateurs de télé qui filmeront le défilé, pour qu'ils ne zooment pas sur les intéressés.

On doit cette prudence à un précédent mémorable, qui remonte à plus de dix ans. Il avait suivi le plus haut fait d'armes du GIGN.

A savoir, en décembre 1994, sur le tarmac de l'aéroport de Marignane (Marseille), l'assaut donné au commando du GIA algérien qui s'était emparé de l'Airbus Air France assurant la liaison Paris-Alger. Après cette mission réussie, les membres du GIGN avaient été reçus en grandes pompes à l'Elysée, et les médias les avaient amplement photographiés, dans les salons comme sur le perron du palais présidentiel. Ces clichés, plus tard, avaient été découverts, placardés aux murs d'une cellule islamiste qui avait été démantelée. Et certaines de ces photos étaient même assorties de la mention de l'identité et d'adresse des intéressés, que les islamistes étaient parvenus à retrouver sur base des photos des visages. Ce qui avait évidemment fait de ces hommes des cibles potentielles toutes désignées.

30/06/2015

Une double peine

Les petits vieux et les personnes fragiles vont doublement déguster, à Paris. Une canicule: 40° en journée, et pas moins de 25° la nuit. Et, en plus, un épisode de pollution atmosphérique. Les particules fines ne sont, cette fois, pas en cause: c'est une pollution à l'ozone. Comme déjà vendredi et comme encore demain mercredi, les seuils d'alerte devraient être atteints, voire dépassés, ce mardi, dans la capitale française.

Les autorités sont évidemment sur les dents. Nul n'a oublié la conséquence sanitaire de la canicule historique de l'été 2003: 19.000 décès prématurés. Depuis, des mesures ont été prises, tant en termes d'organisation des pouvoirs publics que de sensibilisation de l'opinion et d'équipement des maisons de repos. Mais c'est peu dire que la situation ne s'est pas vraiment améliorée aux services des urgences des hôpitaux. «On est au bord de la rupture!», s'alarmait le dirigeant du syndicat des médecins urgentistes, ce matin sur une radio.

C'est donc là encore et toujours que, ces jours prochains, cela pourrait à nouveau coincer. Avec, comme il y a douze ans, des conséquences dramatiques?

24/06/2015

Une apparition très inattendue

Plus grand-chose ne nous étonne, en politique française. Mais là, on l'avoue, on ne s'y attendait pas du tout, donc on a été un peu surpris. L'apparition, dans le débat hexagonal, ... de Gandhi.

C'est au centriste François Bayrou que l'on doit cette apparition inattendue. Ce matin, l'ex-ministre de l'Education – très lettré, et qui aime le rappeler – a raconté que l'Indien, chaque matin, quand il s'installait à sa table de travail, ne manquait jamais de saluer à haute voix «les espions». Manière de leur faire savoir, ainsi qu'à leurs commanditaires, qu'il n'était pas dupe de la surveillance dont il faisait l'objet. On avoue platement qu'on ignorait cette anecdote historique.

François Bayrou l'a narrée en réagissant au scandale qui a éclaté hier soir: la révélation, dans le cadre de WikiLeaks, de la mise sur écoutes de trois Présidents français (François Hollande, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac), par la NSA américaine. Révélation qui, évidemment, depuis, suscite un tombereau de réactions indignées, à Paris.

«Un jeu de rôles», «du théâtre»: c'est ce que relativisaient, assez justement, quelques éditorialistes en train de débattre sur une télé, ce matin. Le portable d'Angela Merkel elle-même ayant été longtemps écouté – à supposer qu'il ne le soit plus, actuellement –, nul, bien sûr, en haut lieu à Paris, n'imaginait une seule seconde qu'un traitement différent avait été réservé aux plus hauts dignitaires français.

19/06/2015

Un talent qui manquera

Littérature, Culture, Personnalités, Paris, Histoire«La foule ondule et fait ressac. Soudain, elle s'égrappe, bouscule, emporte le policier, submergé par la vague. Il recule et tangue dans la débandade, le corps serré contre des édredons de poitrines, des poings prêts à cogner ou des rebonds de ventre. Il s'emboîte et se rebiffe. Mais peine perdue. Ce n'est plus lui qui gouverne. C'est le courant. C'est la mer.

Il perd la direction qui le mène. Il hume des odeurs d'aisselles, des transpirations intimes, des haleines d'oignon et de vin. Il rouspète mais il n'est rien.

La vague est plus forte. La mer est plus forte.

Il est tiré à diable et le peuple l'emporte».

Ne pas achever la semaine sans saluer la mémoire de Jean Vautrin, décédé mardi. Car, à notre sens, il fait partie des écrivains qui ont le mieux décrit Paris. Et, avec sa monumentale fresque (plus de 600 pages) «Le cri du peuple», il a inscrit en lettres d'or dans le patrimoine littéraire français le si passionnant moment historique que fut La Commune de Paris: ce soulèvement populaire qui, au printemps 1871, fit trembler la «Ville lumière», puis fut réprimé dans le sang.

Plus de dix ans déjà qu'on a lu ce livre – adapté ensuite en BD par Tardi – et on en garde encore un souvenir vivace. Incroyable roman: foisonnant, truculent, prenant. On y repense chaque fois que le hasard de nos pérégrinations dans Paris nous conduit à Butte aux Cailles ou dans d'autres quartiers ayant vécu si intensément La Commune, quartiers que Vautrin narra si bien.

Littérature, Culture, Personnalités, Paris, HistoireQuelques lignes de lui encore, donc, pour le plaisir.

«Fosses communes. Horribles fosses du square de la Tour-Saint-Jacques, du Père-Lachaise, noirs suaires, entassements de cercueils. Salle des fusillés, tombereaux de cadavres, champs de massacrés! Au pied des murs, le long des ruisseaux, devant les hôpitaux, les frères assassinés reposent.

Les minutes béquillent. La morale fane. Les corps sont blasés. En tous points de la capitale monte une horreur visible».

05/06/2015

Un patrimoine parisien séculaire

Economie, Patrimoine, Histoire, Paris, Gouvernement Ne pas achever la semaine sans faire écho à ce qui est une bonne nouvelle, pour notre quartier Bastille. Un de ses savoir-faire séculaires pourrait se voir reconnu à sa juste valeur, et protégé en conséquence.

Le gouvernement, en effet, vient de faire paraître un décret qui étend le dispositif de reconnaissance régissant les Appellations d'origine contrôlée (AOC): le label qui distingue et protège les spécialités gastronomiques régionales (le chabichou du Poitou, la noix du Périgord, le brie de Meaux, etc.). Désormais, cette démarche compte une déclinaison appelée les «Indications géographiques». Celles-ci reconnaissent et protègent les produits manufacturés et ressources naturelles «liés à un territoire par des caractéristiques, un savoir-faire ou un procédé de fabrication». La porcelaine de Limoges, par exemple, ou le savon de Marseille, ou encore la dentelle de Calais.

Le rapport avec notre bon vieux quartier Bastille? Ce label pourrait s'appliquer au Faubourg Saint-Antoine. En l'occurrence, aux meubles et produits d'ébénisterie traditionnelle créés par les artisans qui travaillent dans les ateliers situés dans les cours et passages donnant sur la rue du Faubourg Saint-Antoine: le boulevard qui relie les places de la Bastille et de la Nation.

Pour la petite histoire, la tradition de ces artisans parisiens remonte à très longtemps. Dès 1657, autorisés à ce faire par Colbert, ils adaptèrent les créations des ateliers royaux et, s'écartant du seul recours à l'essence de chêne, innovèrent en recourant également à l'acajou, à l'ébène et même au bronze et à la marqueterie. La production de la corporation des ébénistes du Faubourg Saint-Antoine atteint son apogée à la fin du XVIIIe, puis survécut vaille que vaille, au fil des siècles.

Economie, Patrimoine, Histoire, Paris, Gouvernement Aujourd'hui encore, dans les vieux passages du XIe arrondissement (passages du Chantier, des Trois frères, de la Bonne graine, etc.), ces artisans perpétuent cette si vieille tradition.

Leurs ateliers donnent une idée pittoresque de ce qu'était le XIe populaire avant sa boboïsation et son invasion par le commerce mondialisé: les Nike, Gap, Zara, H&M, Starbucks, etc.

Alors, sûr que, pour continuer à survivre, les vieilles corporations comme celle des ébénistes du Faubourg Saint-Antoine ont besoin de bien d'autres choses encore que juste d'un label: une politique globale en faveur de l'artisanat, par exemple, davantage de formations pour les jeunes désireux de se lancer dans ces métiers, etc. Mais sans doute est-ce déjà cela.

27/05/2015

Une éternité encore à attendre

Vingt ans que cela n'était plus arrivé. Ce mercredi, les cendres de deux femmes, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion, entrent au Panthéon. Elles figurent parmi les quatre héros de la Résistance qu'a choisi d'honorer François Hollande. La dernière fois qu'une femme avait été panthéonisée, c'était le 20 avril 1995. François Mitterrand avait alors fait entrer Marie Curie – et son époux, Pierre Curie – au Panthéon.

Ce soir et d'un seul coup, le nombre de femmes reposant dans ce temple républicain des «grands hommes» aura carrément doublé. Puisque, jusqu'à aujourd'hui, elles n'étaient que deux à y figurer: Marie Curie, donc, et Sophie Berthelot – et encore, cette dernière y repose en qualité d'épouse du chimiste Marcellin Berthelot. Au total, parmi ces honorables sépultures, on compte à peu près 17 fois plus d'hommes que de femmes.

A l'époque où François Hollande avait fait connaître son choix (relire par exemple ici ou ), les féministes avaient dit leur satisfaction. Il n'empêche, au rythme d'une panthéonisation par Président, on vous laisse calculer le nombre de quinquennats qu'il faudra encore, avant que la parité hommes-femmes règne également dans cette institution.

11/05/2015

Une faute de goût réparée

L'initiative se justifie bien sûr en soi, mais elle peut aussi être vue comme l'implicite réparation d'une grosse faute de goût.

L'Assemblée nationale vient de lancer le cycle de cérémonies commémorant Olympe de Gouges (1748-1793): grande figure de la Révolution, guillotinée sous la Terreur. C'est à elle que l'on doit la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, et notamment cette formule célèbre: «La femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune». Il y a quelques mois, des énergumènes des services de l'Assemblée avaient cru bon, pour rendre hommage à cette féministe, de réaliser à son effigie... un tablier de cuisine (). Intégré à la boutique en ligne de l'Assemblée, l'article n'y était resté que quelques heures, puis en avait été retiré vu le tollé. On a encore vérifié ce matin, en parcourant en vitesse les rayons de ce magasin, on n'y trouve désormais plus trace de cette initiative si douteuse, ni du moindre article pouvant paraître péniblement sexiste.

En lieu et place de cette bévue, le président de l'Assemblée a, l'autre jour, dans un discours solennel, vanté les qualités et le legs de cette «femme extraordinaire, qui eut l'audace, dans cette période troublée de la Révolution, de réclamer des droits pour les esclaves, les indigents et les femmes». Et d'annoncer qu'en octobre prochain (à l'occasion de la célébration du 70e anniversaire de l'élection des premières femmes députées), un buste de cette figure historique serait officiellement installé, dans l'enceinte de l'Assemblée.

Il n'est jamais trop tard pour bien faire, 222 ans après la mort de l'intéressée.

21/04/2015

Une pratique physique – et ses à-côtés?

Puisque le sport est à la mode en ce moment à Paris – voir le récent accord donné par les élus de la capitale à une candidature aux JO de 2024 –, cette étude () sur l'importance de la filière sportive, pour l'économie parisienne. Les 19.300 clubs sportifs dénombrés dans la région occupent 100.000 emplois, ce qui est loin d'être négligeable. D'après ces données (ici), plus de six Parisiens et banlieusards sur dix (62%) pratiquent régulièrement une activité sportive. C'est le cas également de 54% des plus de 55 ans (bien!) et de 72% des 15-25 ans.

Sans doute est-ce parmi ces quelque 7 millions de sportifs de la région-capitale (dont 2,4 millions de licenciés) que l'on retrouve la majorité des partisans de la tenue des JO de 2024 dans la «Ville lumière». L'engouement populaire pour ce projet, cela dit, n'est ni inconditionnel, ni massif – à cette heure, en tout cas. Selon un récent sondage, 38% des habitants de Paris et de sa région s'opposent à une telle candidature. Sans doute est-ce dû à l'image très perfectible des Jeux, dans l'opinion. Ils sont considérés comme étant souvent «trop coûteux» (pour 84% des sondés), «trop marketing» (70%), voire «associés à des scandales de corruption» (50%).

A cet égard, n'a pas dû améliorer cette image la confidence que Marie-George Buffet a faite à une télé (), la semaine dernière. Un souvenir remontant à 2001, alors qu'elle était ministre des Sports dans le gouvernement Jospin. Paris tentait alors de décrocher les Jeux de 2008. «Il faut mesurer ce que j’ai vécu comme pressions (à ce moment), par rapport à la loi dopage...», a rappelé l'ex-ministre. Et de narrer qu'à l'époque, le CIO lui demanda de s'engager par écrit à ce que sa loi antidopage... ne soit pas appliquée pendant ces Jeux, si Paris obtenait leur organisation. Elle refusa de ce faire, et avertit le chef du gouvernement qu'elle démissionnerait illico, s'il exigeait qu'elle prenne un tel engagement. Il n'en fit rien. Les Jeux furent attribués à Pékin.

Ni le CIO lui-même, ni ses dirigeants de l'époque n'ont contesté cette allégation. Qui, du reste, n'a pas recueilli un très grand écho médiatique. Comme si tout le monde considérait que cette anecdote était sans grand intérêt. De l'histoire ancienne, en somme. Voire une pratique de lobby si habituelle, dans le monde olympique?

27/03/2015

Un dernier vestige en jeu

Ce week-end, en région parisienne, ce sera un des enjeux du second tour des élections départementales. Le maintien ou, au contraire, l'écroulement du dernier pan de ce qui, pendant près d'un siècle, a été un monument de la carte politique française: la «ceinture rouge» de Paris.

Ainsi que l'on dénommait les collectivités territoriales de la banlieue de la «Ville lumière» gérées par le Parti communiste. Cette «ceinture rouge» – expression née dès les années 1920 – a connu son apogée à la fin des années 1970. A l'époque, le PCF était à la tête de plus d'une centaine de villes de la petite et grande couronnes parisiennes. Cette «banlieue rouge» a commencé à s'effriter au début des années 80. Les élections municipales de l'an dernier ont consacré son basculement à droite. D'innombrables villes depuis très longtemps communistes ont été perdues par la gauche (Aulnay-sous-Bois, Bobigny, Saint-Ouen, Bagnolet, Le Blanc-Mesnil, Villepinte, etc.). Au fil des décennies, donc, la «ceinture rouge» d'antan est devenue «ceinture bleue». Et ce dimanche verra peut-être s'accomplir l'ultime étape de ce processus.

En effet, le dernier département de banlieue encore géré par les communistes, le Val de Marne, pourrait, à son tour, tomber à droite. Depuis sa création, en 1968, il a toujours été géré par le PCF (hormis pendant six ans, dans les années 70). Georges Marchais a été le député de ce département pendant un quart de siècle. Dimanche, à en croire les dernières estimations, le combat gauche-droite y sera extrêmement serré.

Un autre enjeu intéressant, cela dit, concernera tout autant la banlieue parisienne: la Seine-Saint-Denis. Outre que la gauche peut tout au plus espérer la conserver de justesse, c'est le département du pays où on a le moins voté, dimanche dernier. Quelque 63% des électeurs ont boudé le scrutin. Or, dans cette même Seine-Saint-Denis, à l'élection présidentielle de 2012, François Hollande avait réalisé son plus beau score métropolitain de second tour (65,3%), face à Nicolas Sarkozy. Qu'en reste-t-il, après trois ans? Un contraste frappant, qui en dit sans doute long sur un certain désenchantement.

17/03/2015

Une disparition, si symbolique

La nouvelle avait été éventée à la fin février, et elle vient d'être confirmée: Saint-Germain des Prés va définitivement perdre ce qui a toujours été la librairie le plus célèbre de ce quartier.

La Hune avait été fondée en 1949, par des intellectuels issus de la Résistance. Longtemps située Boulevard Saint-Germain, entre les fameux cafés de "Flore" et des "Deux Magots", elle incarna, pendant des décennies, l'esprit originel de la rive gauche. Ce Paris de la culture et des lettres, renommé dans le monde entier. Ce Saint-Germain mythique, avant que, dès les années 2000, il soit grignoté puis quasi intégralement phagocyté par le business de la fripe mondialisée (les H&M, Zara, etc.).

Rachetée par Flammarion en 1976, La Hune avait quitté son siège historique en 2012, pour s'établir quelques artères plus loin: au coin de la rue de l'Abbaye. Ce qui permit à Madrigall (le groupe né du rachat de Flammarion par Gallimard) de louer à prix d'or (à Vuitton) sa surface du Boulevard. Mais la clientèle de la librairie n'a jamais vraiment suivi. L'évolution des habitudes de consommation culturelle (succès des librairies en ligne, etc.) a achevé de faire plonger le chiffre d'affaires. La direction a alors tenté de redresser les comptes, en réduisant les effectifs. Cela n'a pas suffi. Dès cet été, donc, La Hune devrait fermer ses portes. Et céder la place, possiblement, à une galerie qui vend de la photo bon marché.

Les habitants du quartier et les amateurs de littérature sont, évidemment, consternés. Comme tous ceux qui se faisaient encore une idée (passéiste?) d'un certain Paris. La maire et son équipe ont été saisies par l'opposition de gauche, houspillées pour que la Ville (propriétaire des locaux de la rue de l'Abbaye) se bouge, sur ce dossier. S'arrange pour, au minimum, «garantir la présence pérenne d'une librairie à l'emplacement de La Hune».

C'est encore loin d'être acquis. Mais sans doute serait-ce déjà cela.