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20/06/2012

Un exemple, qui sait

Femmes, Immigration, Institutions, Elections législatives, ParisElle est jeune, brillante, belle. Elle vient de Paris. On trouve qu’elle est l'exemple le plus visible de ces nouveaux députés issus de l'immigration, qu'on évoquait hier dans ce blog. Mardi, jour de rentrée des parlementaires, elle deviendra la première, et l'unique, députée noire et d'origine africaine.

 

La socialiste Seybah Dagoma a été élue haut la main (70% des voix), dimanche à Paris. Fille d'immigrés tchadiens, née à Nantes il y a 34 ans, elle a grandi à Sarcelles – pas la banlieue la plus favorisée de Paris. Puis a gravi un à un les échelons. Jusqu'à devenir adjointe au maire de Paris, Bertrand Delanoë: chargée de l'économie solidaire et sociale. Et avocate spécialisée en droit des affaires, dans un grand cabinet américain. Sa carrière professionnelle, elle va la mettre entre parenthèses ces cinq prochaines années, pour siéger à l'Assemblée.

 

Elle ne se reconnaît pas dans l'étiquette de représentante de «la diversité». Ne veut pas s'y laisser cantonner. Elle dit encore moins souhaiter «passer pour la nouvelle Rama Yade de gauche» – en référence à l'ex-secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme et aux Sports: icône ultra-métiatisée du sarkozysme jusqu'à sa disgrâce, puis sa rupture avec l'UMP. Seybah Dagoma, plutôt que de revendiquer une étiquette, veut contribuer à «mettre en place une politique de justice sociale, de progrès partagé et d'émancipation des individus».

 

L’anti-Rama Yade, Seybah Dagoma? Elle ne la ramène pas. A l’air d’être dans le registre de la modestie et de la retenue. Et dit qu’elle ne cherchera pas spécialement à attirer l’attention des médias. On verra. Qui sait, malgré tout, cette jeune femme pourrait-elle, ces prochaines années, devenir un exemple pour tant d’autres, en France.

19/06/2012

Une nouveauté (à relativiser)

Kader, Seybah, Razzy, Malek, Kheira, Chaynesse ou Pouria. Ainsi se prénomment quelques-uns des nouveaux députés élus à la faveur des législatives qui se sont achevées dimanche. Leur particularité? Incarner «la diversité», comme on dit. Faire partie des «minorités visibles», comme on dit aussi. Bref: être issus de l'immigration.

Kader, Seybah, Razzy, Malek, Kheira, cela change des Dominique, Mathieu, Françoise, André, Jérôme ou autres prénoms bien français de souche qu'on avait plutôt l'habitude d'entendre jusqu'à présent, à l'Assemblée. Qui n'a jamais compté autant de députés aussi ostensiblement issus de l'immigration. Et qui plus est jeunes: certains n'ont pas même 40 ans.

Ces nouveaux venus font donc l'objet d'une intense couverture médiatique en France, depuis dimanche. On aurait aimé qu'à cette occasion, deux choses soient davantage rappelées, qui, trouve-t-on, relativisent fameusement cette nouveauté.

Un: il était vraiment temps que l'Hexagone à son tour colore enfin sa représentation parlementaire, tous les pays européens l'ayant fait depuis belle lurette – voir, notamment, la Belgique.

Deux: l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Ces députés issus de l'immigration sont, à tout prendre, au nombre d'une dizaine. Sur les... 577 membres de l'Assemblée. Celle-ci, dès lors, demeure ultra-majoritairement mâle (on l'écrivait hier), âgée, et... blanche – pour dire les choses telles qu'elles sont.

23/03/2012

Une ambiance pesante

Paris, Police, Sécurité, Immigration, Racisme, Histoire, EducationRue des Rosiers, au coeur du Marais juif. Le monde et l'animation commencent à revenir, a-t-on constaté ce matin. Ces derniers jours, en revanche, au moment et dans la foulée de la tuerie antisémite de Toulouse, il était vraiment frappant de constater combien l'ambiance était pesante jusque et y compris dans ce quartier de Paris.

Des rues beaucoup moins fréquentées qu'en temps normal. Des queues beaucoup moins longues que d'habitude devant les comptoirs à falafel. Des policiers qui patrouillent. Des riverains qui, par petits groupes, conversent à voix basse, la mine grave. Rue Pavée, à deux pas, on était passé l'autre jour devant la synagogue au moment où y prenait fin une cérémonie de mariage. Ni flonflons, ni coups de klaxon, ni ostentation: là aussi, des mines graves. A leur sortie de la synagogue, le soleil printanier resplendissait, les jeunes mariés étaient beaux comme des coeurs. Mais on voyait bien que l'heure était à la retenue dans l'expression de leur bonheur.

Triste et pesante aussi, l'ambiance jusqu'à hier aux abords des écoles de notre onzième arrondissement. Des policiers en armes pour surveiller l'arrivée et la sortie des écoliers dans le quartier Oberkampf/Saint-Maur. Quartier sensible: une mosquée, une école juive, etc. Des fourgons de police aussi dans le quartier Saint-Antoine, aux abords de l'église réformée protestante. Pas un policier, par contre, devant l'école catholique à Bastille. Rien que cette répartition géographique des forces de l'ordre placées en état d'alerte maximum rappelait le caractère odieusement stigmatisant des attentats de Toulouse.

Paris, Police, Sécurité, Immigration, Racisme, Histoire, EducationRue des Rosiers encore, pour terminer. C'est là qu'il y a trente ans, le 9 août 1982, avait été perpétré un attentat antisémite meurtrier. Une fusillade et une grenade lancée devant le fameux restaurant juif Goldenberg. Six morts, une vingtaine de blessés.

Le restaurant a fermé. Comme tant de lieux symboliques de la mémoire juive du Marais, il a été remplacé par une boutique de fringues – une de plus. Mais la plaque commémorative en mémoire de cet attentat antisémite figure toujours sur l'immeuble.

Trente ans plus tard et particulièrement cette semaine, cela apparaît comme étant vraiment la moindre des choses.

03/11/2011

Un mépris affolant

Puisqu'on parlait hier d'enfantement et de bébé, ces propos d'un proche de Nicolas Sarkozy, qui datent d'il y a plusieurs jours déjà, mais dont on n'est toujours pas revenu.

Le sujet? Les Roms. L'orateur? Arno Klarsfeld, qui préside l'Office français pour l'intégration et l'immigration. Cela donne ceci – et on n'invente rien: c'était notamment dans une interview, ici. Les Roms «vivent avec huit enfants dans une pièce. Ils devraient s'abstenir d'avoir huit enfants! Lorsqu'on n'a qu'une pièce, on ne fait pas huit enfants!» Ou cela: «Pour que les enfants puissent s'intégrer, il faut que les parents puissent s'en occuper (...). (Les Roms) doivent savoir que leurs enfants vont être pris par les mafias, mis sur le trottoir». Et cette touche de psychologie du café du commerce: chez les Roms, «c'est inconscient. Ils sont de longue date les Misérables avec un grand M, chassés, pourchassés, mais ils sont aussi victimes d'eux-mêmes: responsables de ne pas avoir su susciter une véritable élite qui ne soit pas cette ploutocratie qui vit de trafics et n'a pas intérêt à sortir son peuple de l'horreur».

Donc, pour l'Office français de l'immigration, c'est clair, c'est net, c'est tranché: si on est Rom, on n'a d'office que deux possibilités, dans la vie. Soit on est «Misérable avec un grand M», victime de soi-même au point de mériter le psy, enfant de parents sexuellement obsédés et irresponsables (à stériliser, tant qu'on y est?). Soit on est mafioso-ploutocrate-proxénète-exploiteur sans scrupules. Il n'y a pas à sortir de là.

Dans la bouche d'un si haut responsable français, de tels propos auraient évidemment suscité un tollé s'ils avaient concerné non des Roms mais d'autres citoyens de l'Union européenne, et/ou d'autres groupes de population – au hasard: les Noirs, les juifs ou les arabes. Mais là, rien. Ces déclarations sont passées comme une lettre à la poste. A moins que cela nous ait échappé, pas l'ombre d'un tumulte. A peine la réaction de l'une ou l'autre association (ici).

Les Roms vus comme un sous-peuple non seulement en Roumanie et en Bulgarie, mais également en France – et en haut lieu, y compris?

 

PS: Actualisation, quelques heures plus tard. Tiens, non, en fait: cela a l'air de commencer à réagir, voire  

29/07/2011

Un appel à la censure

Prenant prétexte de la dramatique actualité de vendredi dernier en Norvège – on ne voit pas très bien le rapport, mais bon, passons – , un député UMP a donc demandé (voir ici) au gouvernement de prendre «des mesures» pour «censurer» les chansons de «certains groupes de musique rap issus de l'immigration». Groupes qui, selon lui, «sous couvert de la liberté d'expression», «se livrent à de véritables appels à la haine raciale et religieuse en proférant des paroles obscènes, racistes et misogynes». Hier, l'intéressé a fait le tour des médias, évidemment très interloqués par son initiative. Il y a étendu son appel à la censure à toute forme d'expression artistique qui inciterait à «la violence» et à «la remise en cause des institutions».

Il y aurait beaucoup à dire sur pareille préconisation, tout comme sur le contenu, parfois effectivement problématique, de certaines créations artistiques. On se contentera ici de suggérer à ce parlementaire de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Et de se replonger dans le répertoire artistique de ces dernières décennies. Où il pourra, très utilement, utiliser ses ciseaux de censeur.

Car, si on suit son raisonnement, Johnny Hallyday aurait dû voir son si populaire «Allumer le feu!» frappé d'interdiction de diffusion, puisqu'il peut être compris comme une incitation à la révolte. Boris Vian n'aurait pu publier «J'irai cracher sur vos tombes»: rien que le titre de cette oeuvre est si peu respectueux. Renaud, dans les années 80, n'aurait pu chanter «Votre République, moi j'la tringle (...) Plus de slogans face aux flicards, mais des fusils, des pavés, des grenades». Idem pour Brassens, qui, trente ans plus tôt, n'aurait pu rigoler à l'idée de gendarmes tués «à grands coups de mamelle», ni confesser adorer voir des «braves pandores sous la forme de macchabées». Et sans doute peut-on multiplier les exemples à l'infini.

Bref, notre ami député sarkozyste a du pain sur la planche. Très bien: cela lui laissera moins le temps de proférer des âneries.

28/04/2011

Une «vaguelette»

A propos de ces Tunisiens qui campent en bordure du périph', dont on parlait hier matin: la police a procédé à une vague d'interpellations parmi eux, pour le deuxième soir consécutif, hier soir. A l'heure précise où les associations étaient en train de leur distribuer à manger – vieille technique: les clandestins de la région de Calais peuvent en témoigner. Ces coups de filet ont l'air de mettre en fureur Bertrand Delanoë. Un peu partout dans les médias, le maire de Paris répète combien il trouve «moche», voire «minable», cet activisme policier. La préfecture, elle, se justifie (*). Répond qu'elle ne fait jamais que son travail. A savoir: interpeller, placer en garde à vue, puis reconduire à la frontière tous ceux qui, faute de titre de séjour en règle, n'ont «pas vocation» – comme le dit si joliment l'administration – à demeurer sur le territoire français.

Mais à la mairie de Paris, on trouve ces interpellations policières d'autant plus «choquantes» qu'en fait de «vague» d'immigration en provenance du monde arabe, dont l'Europe se dit victime, il ne s'agirait, aux yeux de Bertrand Delanoë, que d'«une vaguelette». 20.000 à 25.000 migrants à tout casser et pour toute l'Europe, à comparer par exemple aux quelques centaines de milliers d'exilés libyens que la Tunisie, elle toute seule, a dû accueillir ces dernières semaines.

Au fond, s'agissant du poids de l'immigration en France, cette appréciation émanant d'une source (l'OCDE) qui ne passe pas pour être d'extrême-gauche, et qu'a relayée en début de semaine (ici) un média (le quotidien «Les Echos») qui ne passe pas pour être anti-sarkozyste primaire. «Avec un flux net de 100.000 personnes par an, la France est l'un des pays européens qui accueillent le moins d'étrangers». Précisément, cela donne 18 immigrés pour 1.000 personnes en Suisse, 10 en Norvège, 8 en Italie, 6 au Royaume-Uni, et... 3 en France.

(*) Préfecture de police qui, au passage, n'en fait pas des tonnes, en termes de communication, sur ces coups de filet. Alors qu'à longueur de journées, elle inonde la presse de communiqués à propos du moindre fait d'armes de ses pandores, concernant ce dossier tunisien, elle n'a pas encore (à cette heure, et sauf erreur) diffusé le moindre laïus aux médias. Le signe d'un léger malaise?

27/04/2011

«Une question de moyens»

tagmaghreb.jpgUne fois n'est pas coutume, en vignette de cette note, une illu qu'on a déjà utilisée. C'était en janvier (ici), à l'époque du grand mouvement de libération des peuples arabes. Parce qu'on a repensé à ce slogan, hier. Jour où des mots identiques («Liberté», «Solidarité» ou «Dignité» ) ont été vus sur les pancartes brandies par la centaine d'exilés tunisiens qui, en fin de matinée, ont manifesté aux confins de Paris. Dans un no man's land en bordure du périphérique, entre les portes de la Villette et de Pantin. Dans cette espèce de campement de fortune, limite bidonville, où, depuis des semaines, ils croupissent en attendant un jour meilleur. On voit aussi beaucoup de Tunisiens, en ce moment, le long du canal Saint-Martin. A la hauteur du quai de Jemappes, aux heures de distribution de la soupe populaire, aux côtés des SDF et des réfugiés afghans.

La situation, sanitaire notamment, des Tunisiens campant à la porte de la Villette devient vraiment préoccupante. Ils sont de 300 à 400. Certains sont malades. Beaucoup ne mangent pas à leur faim. Parmi eux, il y a des mineurs. Hier, constatant leur extrême précarité, la mairie de Paris a débloqué en urgence une enveloppe de 100.000 euros à destination de deux associations caritatives, qu'elle a mandatées pour leur venir en aide. Et le maire a dit (ici) l'«indignation» que lui inspire la façon dont le gouvernement gère ce dossier migratoire: «avec tant d’étroitesse», «si peu d’humanité», et tant d'«arrière-pensées évidemment électoralistes». Pour Bertrand Delanoë, les autorités devraient, au contraire, «répondre avec humanité et dignité à l’attente que des milliers de Tunisiens placent dans notre pays». Car «il serait très grave qu’en cette circonstance, quelques mois après la Révolution de Jasmin, l’Europe et la France passent, une fois encore, à côté de l’Histoire».

Hier en fin de journée, le n°1 de l'UMP, Jean-François Copé, lui a opposé une fin de non-recevoir catégorique. Selon le chef de file du grand parti sarkozyste, «il faut dire les choses telles qu'elles sont: la France n'a plus les moyens d'accepter une immigration à caractère social! En cette période de crise, ce n'est tout simplement plus possible! Ce n'est pas une question de xénophobie: c'est vraiment une question de moyens».

13/04/2011

Une horreur

On évoquait hier les tensions ravivées en ce moment au sein de la diaspora ivoirienne de Paris. En termes de gravité, elles ne sont rien par rapport à la violence effarante qui, ici, depuis maintenant plusieurs semaines, secoue une autre population d'origine étrangère: les communautés tamouls et srilankaises vivant dans la capitale française et sa banlieue.

Des faits divers atroces s'y sont déroulés, dignes de films d'horreur les plus gore. Des agressions d'une violence extrême: à la hache, au sabre, à la batte de baseball, etc. – on vous passe les détails. Pour la police, il s'agit de rixes entre bandes rivales pour le contrôle de territoires, sur fond de trafic et de racket. Mais, entendait-on ce matin, au saut du lit, sur une radio locale (reportage podcastable ici), il y a autre chose aussi derrière tout cela. Ces drames ont également une dimension pathétiquement dérisoire, désespérément banale: celle du désoeuvrement de bandes de gamins n'ayant d'autre perspective de vie que de se faire un remake à la parisienne, improbable et extrême, de «West Side Story». Des gamins: c'est bien le mot. Car, ce qui frappe notamment, c'est l'âge des victimes et des auteurs de ces violences intra-communautaires: une vingtaine d'années, pas plus.

Au fond, l'autre jour, lorsque l'on esquissait (ici) le bilan de la situation générale à Paris dix ans après l'accession de la gauche au pouvoir, on évoquait le gros point noir, si visible au quotidien, de la pauvreté. On aurait très bien pu en mentionner un autre, tout aussi ostensible dans tant de quartiers de cette «Ville lumière» décidément parfois si mal nommée. Le sentiment qu'une partie de la jeunesse y est en train de basculer (*). Ce que, à l'Hôtel de Ville ou partout ailleurs en haut lieu, tout le monde sans doute voit, sent et sait. Mais alors, pourquoi les choses donnent-elles tant l'impression de ne pas fondamentalement s'améliorer, année après année?

(*) Pour ne prendre que ce seul exemple, si frappant au quotidien: voir l'âge, de plus en plus jeune, des gens qui quêtent dans le métro ou le RER parisiens: tentant de glaner, passant de rame en rame, quelques piècettes auprès des usagers. Là encore, bien souvent, ce sont des gamins.

12/04/2011

Une tension

Un tyran renversé à Abidjan hier soir, et une tension ravivée à Paris. La diaspora ivoirienne établie en France, tout comme la population en Côte d'Ivoire même, est déchirée politiquement et ethniquement. On l'a encore bien vu hier dans la capitale française, sitôt tombée la nouvelle de l'arrestation de Laurent Gbagbo.

Dès la fin de l'après-midi, dans le dixième arrondissement, boulevard de Strasbourg notamment, quelques dizaines de partisans du Président Ouattara ont manifesté leur joie et leur émotion, et lancé des appels à la réconciliation nationale. En début de soirée, en revanche, c'est de la colère qu'ont laissé éclater les pro-Gbagbo, sur les Champs-Elysées eux. Plusieurs centaines de manifestants y ont protesté contre le rôle joué par la France dans la chute du Président sortant. A l'issue de la manifestation, des incidents les ont opposés aux forces de l'ordre. Sept policiers ont été blessés: par des projectiles et des coups de cutter notamment. Neuf manifestants ont été arrêtés. C'était déjà sur les Champs que, ces dernières semaines, les pro-gbagbistes de Paris avaient manifesté pour protester contre les frappes aériennes de la France et de l'Onu. «La France bombarde des civils! Il faut se mobiliser!», avait-on pu lire sur les pages Facebook des organisateurs de ces manifestations.

Ces derniers mois, dans la communauté ivoirienne de Paris et de sa banlieue, la tension était telle que des heurts ont opposé les partisans des deux camps. «Les gens se sont jeté des bouteilles à la figure!», avait témoigné la tenancière d'un restaurant africain, dans la dernière ligne droite de la campagne électorale en Côte d'Ivoire. L'autre jour, dans le huitième arrondissement, on a même vu cet avis scotché en grand à la vitrine d'un petit commerce ivoirien de fruits et légumes exotiques: «Ici, on ne parle pas politique!»

11/10/2010

Une occupation

Réunion importante et sans doute tendue ce lundi, au cabinet du ministre de l'Immigration. Où Eric Besson reçoit une délégation des quelque 600 travailleurs sans-papiers qui, depuis la semaine dernière, occupent rien moins que la Cité de l'Immigration. Leur choix de cet édifice si symbolique ne doit évidemment rien au hasard. Outre que le Palais de la Porte Dorée (situé dans le douzième arrondissement, à deux pas du Bois de Vincennes) abritait auparavant le Musée des Colonies, depuis sa reconversion, il est censé célébrer «la reconnaissance des parcours d’intégration des populations immigrées dans la société française et faire évoluer les regards et les mentalités sur l’immigration en France». Vaste programme. En attendant, le campement de sans-papiers qu'accueille désormais cette institution permettra à ses visiteurs de confronter la vitrine muséale de l'immigration hexagonale avec la réalité vécue dans ce pays par certains de ses immigrés.

 

Depuis le printemps dernier, ces travailleurs sont en grève pour obtenir leur régularisation. Après l'engagement pris par le gouvernement d'accorder un titre de séjour aux clandestins travaillant dans des secteurs très demandeurs de main-d'oeuvre, des centaines de dossiers de demande de régularisation avaient été introduits à la préfecture de Paris. Une cinquantaine seulement ont donné lieu à régularisations.

 

Dans un tout autre secteur mais dans le même registre revendicatif, à l'approche de cette nouvelle et énième grande semaine de mobilisation syndicale contre le projet gouvernemental de réforme des retraites, une autre occupation parisienne – brève mais néanmoins spectaculaire – a fait parler d'elle. Vendredi, une cinquantaine d'ouvriers du secteur de l'automobile ont forcé les entrées du Salon de l'Auto, qui bat son plein en ce moment au Parc des Expositions, Porte de Versailles. Et ont recouvert des voitures Peugeot de farine, de stickers et de confettis, pour protester contre le fait que la majorité des automobiles théoriquement françaises sont en fait construites et assemblées à l'étranger: dans les pays d'Europe à meilleure compétitivité salariale.

30/09/2010

Une affirmation

affichebessonquartierchinois.jpgBESSON STOP. C’est l’affiche qu’on a vue hier dans le quartier chinois de notre onzième arrondissement, placardée à la devanture d’un grossiste en textile, un Chinois lui aussi. BESSON STOP, en référence au ministre (musclé) de l’Immigration Eric Besson, dont le dernier projet de loi (musclé) sur les étrangers est débattu en ce moment à l’Assemblée. En apercevant cette affichette, on s’est demandé si elle n’illustrait pas un phénomène: l’affirmation politique grandissante de la diaspora chinoise de Paris.

 

Cette communauté a longtemps été décrite par ses détracteurs comme peu intégrée au reste de la société parisienne: exagérément repliée sur elle-même. Ces dernières années, cependant, les Chinois de Paris semblent à la fois davantage s’exprimer politiquement et être visible médiatiquement.

 

Cela a commencé à la campagne des élections présidentielles de 2007, en plein débat (déjà) sur l’immigration. Quand, pour la première fois, on a vu des Chinois dans les manifestations en faveur de la régularisation des sans-papiers. Puis quand ils ont médiatisé une de leurs façons de réagir aux descentes de police dans leurs quartiers, destinées à y débusquer des clandestins. Dans ces rues, retentissaient alors de brefs mais stridents coups de sifflet, non dus à des policiers mais à des riverains qui alertaient ainsi les clandestins de leur voisinage. Affirmation des Chinois de Paris encore, au printemps 2008. Quand, déjà par des affichettes placardées à leurs vitrines (relire ici), ils se sont mobilisés en faveur des JO de Pékin. Visibilité médiatique toujours, quand, à partir de 2009, les télés françaises ont commencé à s’intéresser aux marchands de sommeil qui, à Belleville, louent aux clandestins chinois des logements misérables à prix d’or. S’intéresser aussi aux «marcheuses»: ces mères de familles chinoises réduites, pour une bouchée de pain, à la prostitution amateure et occasionnelle – on les voit si souvent, par exemple, arpenter les rues du quartier Porte Dorée, en contrebas du périphérique, ou certains sentiers discrets en bordure du bois de Vincennes. Affirmation enfin, en juin dernier. Quand près de 10.000 Chinois de Belleville ont manifesté pour dénoncer un climat selon eux d’insécurité préjudiciable à leurs commerces. A l’époque, la mairie d’arrondissement avait vu dans ce cortège un signe "très positif d'intégration, la manifestation faisant partie des codes culturels français". 

 

Une communauté a l’air de sortir petit à petit de l’invisibilité, à Paris. Mais sans doute ce sujet mérite-t-il moins une note rapide de blog qu’une thèse fouillée en sciences politiques.

31/08/2010

Une récidive

Le temps passe, mais, à Paris, certains décidément n'évoluent pas. Vers la mi-juin, on avait évoqué (ici) l'émoi suscité dans la capitale – et au-delà: dans le reste du pays – par la tentative de groupuscules liés à l'extrême-droite de tenir un apéro géant dit «Saucisson & pinard» (clairement exclu aux musulmans, donc) à la Goutte d'or (quartier parisien à forte population issue de l'immigration). Depuis, près de trois mois ont passé. Mais d'aucuns ont envie de récidiver. On pourrait en avoir l'illustration ce samedi à Paris.

 

Ce jour-là, en effet, en plein centre-ville, est programmé un «grand apéritif républicain». Présenté comme en faveur d'«une certaine idée de la France». Pour que les choses soient claires, il s'agit de dénoncer «la montée de l'offensive islamiste sur le territoire français». Des initiatives du même acabit sont annoncées le même jour dans plusieurs villes de province: Bordeaux, Lyon, Strasbourg ou Toulouse. Parmi les organisateurs, on retrouve des ex-militants dévoyés d'une certaine «gauche» ultra-républicaniste, sécuritaire et anti-communautariste – genre Chevènement. Ils assurent que leur «conception de la Nation n’est absolument pas ethnique». Mais n'en condamnent pas moins le modèle français d'intégration des minorités issues de l'immigration, modèle qu'ils veulent remplacer par un régime d'«assimilation» pure et simple. Tout comme les amateurs de cochon et de vin rouge avaient, en juin, comparé à la Résistance aux nazis leur «entrée en résistance face à l'islamisation de la France», on a à nouveau droit à un alibi historique: l'apéro du 4 septembre se veut commémoratif de la journée du 4 septembre 1870, qui avait vu la proclamation de la IIIème République.

 

Le maire (écologiste) de l'arrondissement parisien où se tiendrait cette manifestation a demandé son interdiction à la préfecture de police.

26/07/2010

Un délit de faciès

Aujourd'hui, un sujet parfaitement de saison mais néanmoins pénible. En France visiblement, le racisme et l'intolérance ne prennent pas de vacances. Même en ces temps estivaux synonymes théoriquement d'insouciance, même dans des lieux de villégiature à l'atmosphère censée conviviale, décontractée et bon enfant, certains Français continuent de subir des discriminations liées à leurs origines. C'est ce que vient d'à nouveau montrer SOS-Racisme.

Ce week-end, en effet, la section départementale des Alpes maritimes de cette association a procédé à sept opérations de testing dans différents campings de la Côte d'Azur, opérations ayant été enregistrées avec des caméras ou des micros cachés. Des tests pareils à ceux souvent pratiqués par cette association aux entrées de discothèques. Cette fois donc, des campings étaient testés. Se présentaient successivement à la réception des candidats campeurs fictifs parfaitement similaires. Similaires par leur âge, leur apparence vestimentaire, leur courtoisie et leur capacité d'élocution, leur situation administrative en règle, leur équipement ou leur requête d'hébergement: un emplacement pour une tente. Différait juste leur faciès: certains de ces testeurs étaient issus de l'immigration, maghrébine ou africaine. Dans deux cas sur sept – ce qui n'est tout de même pas rien –, il a été répondu à ces campeurs-là que le camping était complet. Mais quand, immédiatement après (et sans qu'entre-temps, un emplacement ait été libéré), des testeurs blancs se présentaient à la même réception, comme par miracle, le camping n'était plus complet et un emplacement était disponible.

«Nombre de Français continuent chaque jour d'être victimes de ce qu'il faut bien appeler un délit de faciès», a déploré ce matin le président de SOS-Racisme, Dominique Sopo. A savoir sont victimes d'«une série de stéréotypes et de préjugés» projetés sur eux simplement en raison de la couleur de leur peau ou de leur l'origine géographique familiale, réelle ou supposée. Un tel comportement discriminatoire, qu'il ait lieu au camping ou ailleurs, est passible de peines allant jusqu'à trois ans de prison et 45.000 euros d'amende. Théoriquement. Si la justice et la police ne sont pas elles aussi parties à la plage.

21/06/2010

Une attaque

crroixrouge.jpgIl vole bas en ce moment, l'argumentaire de certains activistes militant sur le terrain parisien. Il vole bas, et manipule des termes historiquement si lourds qu'ils laissent pantois par l'amalgame qu'ils opèrent. C'est ce qu'on s'est dit ces derniers jours, en empruntant le métro de Paris. En y constatant qu'aux entrées de plusieurs stations de notre onzième arrondissement, des pochoirs ont été apposés, si visibles, sur le trottoir. Pochoirs qui, en utilisant le terme de «collabos», renvoient à la même période de l'Histoire que ces «identitaires» d'extrême droite dont on parlait l'autre jour dans ce blog – qui assimilent leur lutte contre «l'islamisation» de la France au combat, il y a 70 ans, de la Résistance contre les nazis.

Cette fois, l'analogie si douteuse avec les années 40 vise la Croix-Rouge française, dont la quête annuelle vient de s'achever. «Pas de fric pour les collabos», clament les pochoirs, ainsi que pas mal de blogs (ici ou ). Qui veulent dissuader les gens à donner leur obole à «une société qui prospère sur le dos de la misère humaine et aide les gouvernements, quels qu’ils soient, à trier, enfermer, déporter toutes celles et ceux qu’ils ont décrétés indésirables». «Au-delà de son image humanitaire», accusent ces opposants, la Croix-Rouge est «aussi une entreprise qui participe à l’enfermement et à l’expulsion des sans-papiers», via son rôle d'observateur dans la zone d’attente de l'aéroport de Roissy ou lors des reconduites à la frontière.

La Croix-Rouge a déjà été plusieurs fois mise en cause dans ce dossier, ces dernières années (ici, par exemple). «Seul l'intérêt des enfants guide le dévouement et la disponibilité inconditionnelle» de ses agents, a-t-elle déjà dû se justifier publiquement. Tandis que son président – un ex-ministre chiraquien –, soupçonné de cautionner la chasse aux sans-papiers, a déjà dû () mettre les points sur les i: rappeler que la Croix-Rouge, «fidèle à sa neutralité, s’interdit de porter un jugement sur les politiques des États. C’est de la responsabilité du pouvoir de dire si c’est bien ou mal de renvoyer les gens chez eux. Il nous revient à nous de veiller à ce que chacun soit considéré comme une personne avant d’être un clandestin».

On a bien sûr le droit d'être convaincu ou pas par la position de cette association. Le droit aussi de juger que son principe fondateur de neutralité la conduit, sur le terrain, à une certaine complicité avec la politique migratoire du gouvernement. Politique dont on le droit de contester l'humanité. Mais de là à traiter de «collabos» les 52000 bénévoles de cette association... L'attaque, en tout cas, ira droit au coeur de ceux parmi ces bénévoles qui, en ce moment, viennent en aide aux inondés du Var ou aux sinistrés d'Haïti.

17/06/2010

Une provocation

L'extrême droite a de la suite dans les idées. Hier après-midi, la préfecture de Police de Paris a interdit l'apéro géant «Saucisson & pinard» (clairement exclu aux musulmans, donc) que des groupes identitaires comptaient organiser vendredi dans le quartier parisien (à forte population issue de l'immigration) de la Goutte d'or. Quelques heures plus tard, cependant, ces jeunes «patriotes» en lutte contre «l'islamisation de la France» – qui se retrouvent notamment sur Facebook (pas envie de faire ici un lien: les lecteurs que cela branche trouveront bien) – ont réagi. Des tentatives d'organisation de rassemblements du même acabit ont essaimé ça et là en France. Ainsi, un autre apéro géant de ce type est annoncé à Toulouse, Place du Capitole. Un apéro baptisé «Rosette & Pinard» est programmé à Lyon. On parle même d'un «Apéro géant Saucisson & Bières» à Molenbeek – commune bruxelloise à forte densité immigrée.

A Paris, ne reculant pas devant une nouvelle provocation, les identitaires appellent désormais leurs sympathisants à se réunir vendredi soir à la place de l'Etoile. En cette veille de commémoration de l'appel du 18 juin lancé par le général de Gaulle, ils prennent soin de préciser que ce lieu de manifestation n'a pas été choisi au hasard. A cet endroit du quartier des Champs-Elysées, en effet, «le 11 novembre 1940, malgré la publication d’un communiqué de la préfecture de police affirmant qu’aucune démonstration publique ne sera tolérée, 2000 lycéens et étudiants eurent le courage de se réunir pour défier l’occupant». En se réunissant place de l'Etoile 70 ans plus tard, les activistes d'extrême droite entendent symboliser leur «entrée en résistance face à l'islamisation de la France».

Le lien est donc fait, par et dans ces pauvres esprits, entre l'Occupation nazie d'hier et l'immigration musulmane d'aujourd'hui. Entre la Résistance et leur résistance. Minable.

31/05/2010

Un ramassis de clichés

On parlait des préjugés la semaine dernière dans ce blog, à l'occasion de la remise des «Ya bon awards» – où le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a été largement distingué. Manifestement en France, il y a encore beaucoup de boulot à faire en matière de lutte contre les clichés racistes, antisémites, xénophobes ou homophobes. Témoin, ce sondage de l'institut BVA réalisé pour l'Union des étudiants juifs de France et SOS Racisme, dont les résultats effarants ont été dévoilés hier à l'occasion des Assises de la lutte contre les préjugés.

 

Ainsi, 27,6 % des Français voient les gens issus de l'immigration maghrébine comme des délinquants; c'est plus du double de l'an dernier (12%)  – encore bravo et merci à Eric Zemmour. Pour quasiment un sondé sur deux (49 %), «les étrangers savent mieux profiter du système de protection sociale que les autres». Plus du quart des Français (28 %) assurent que les Noirs sont des êtres plus forts physiquement que les autres. Pour près d'un Français sur trois (30 %), les juifs ont plus d'influence que les autres dans la finance et les médias. Et 12% de l'opinion (contre 8% l'an dernier) pensent que les homos «sont plus obsédés par le sexe» que les hétéros.

 

Les clichés les plus éculés, les préjugés les plus arriérés, restent donc bel et bien ancrés dans une bonne part de l'opinion. Mais faut-il vraiment s'en étonner?

26/05/2010

Un trophée

yabonbanania.jpgAprès le sujet un peu sinistre d'hier, une note d'humour aujourd'hui. Car, parfois, sans doute vaut-il mieux réagir à la crétinerie par l'humour et la dérision. C'est en tout cas la conviction des «Indivisibles». Ce collectif lutte contre les préjugés ethno-raciaux et contre la dévalorisation voire la négation de l'identité nationale des Français issus de l'immigration. Chaque année, il remet un trophée à la personnalité qui, à ses yeux, s'est distinguée par des propos ayant alimenté les stéréotypes ou le dénigrement des «Français non-Blancs». Ce prix, c'est le «Y'a bon award» – en référence au slogan et au visuel si controversés de la marque de boisson chocolatée Banania. Et il sera décerné demain soir à Paris.

 

Parmi les nominés, on trouve nombre de personnalités ayant dit des stupidités assez effarantes. Ainsi, la ministre de la Famille Nadine Morano, avec sa fameuse tirade sur le «jeune musulman» qui, «quand il est Français» et «aime son pays», y «trouve un travail», «ne parle pas le verlan» et «ne met pas sa casquette à l'envers». Ou Jacques Séguéla – le publicitaire bling-bling convaincu que «quand on n'a pas de Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie» –, pour sa réflexion sur «la force de l'Africain, c'est de savoir garder cette part enfantine que les autres adultes effacent». Ou encore l'ineffable député UMP Eric Raoult, qui avait déjà remporté haut la main le concours en 2009 (voir ici), pour cette si fine observation selon laquelle «en Outre-mer, on a le sang chaud». Difficile donc de départager tous ces gens: chacun mériterait un prix. Sans parler du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, évidemment nominé lui aussi pour sa mémorable petite blague adressée à un jeune Maghrébin rebaptisé Auvergnat: «Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes».

 

De tout cela, mieux vaut rire que pleurer, pensent donc les «Indivisibles». A moins que, comme disait Desproges, l'on puisse rire de tout certes, mais pas avec n'importe qui.

30/04/2010

Une cérémonie

Comme quoi parfois, le temps n’efface pas le souvenir. Cela se passe demain matin à Paris. C’est une cérémonie d’hommage qui y a lieu sans exception chaque premier jour de mai, depuis quinze ans maintenant. Depuis ce 1er mai 1995, jour où Brahim Bouarram, un jeune beur sans histoire, âgé de 29 ans, périt noyé dans la Seine après y avoir été jeté par des militants d’extrême droite en débandade, de retour du défilé annuel du Front National – le parti de Jean-Marie Le Pen n’a jamais voulu reconnaître la moindre responsabilité dans ce drame. Depuis, chaque premier jour de mai, se réunissent au pont du Caroussel, d’où le jeune homme a été précipité dans les flots, anonymes et associations pour rendre hommage aux victimes de crimes racistes en France.

 

Une année ou l’autre, on a déjà été témoin de cette cérémonie, passant là à ce moment. On en a gardé le souvenir que c’était très digne. Davantage silencieux que revendicatif. Emouvant, même. Invariablement, les Parisiens présents achèvent cet hommage en descendant des quais vers les berges de la Seine. Où ils déposent des gerbes de fleurs qui ensuite s’en vont, colorées, dérivant paisiblement dans le gris du fleuve. A l’époque, on s’en souvient, on avait trouvé que la délicatesse de ce geste et la permanence de ce souvenir contrastaient heureusement avec la sauvagerie sans nom de ce crime. 

16/04/2010

Un enterrement

Tiens, puisqu’on parlait hier de la restauration rapide: il y a du neuf dans cette grosse affaire du mois dernier, à propos des hamburgers halal expérimentés par Quick dans quelques-uns de ses restaurants (si vous n’aviez pas suivi cela à l’époque, c’est ici, et ). En effet, a-t-on appris en fin de cette semaine, les opposants à cette initiative n’ont pas été suivis par la justice.

 

Ainsi, avant de se raviser quelques jours plus tard, le maire (PS) de Roubaix (Nord), une des villes concernées par l’expérimentation, avait porté plainte contre Quick pour discrimination. Argument: dans ses fast-food halal, la fourniture de services (= de burgers) serait illégalement subordonnée à l’appartenance ou non à une communauté religieuse. La police judiciaire de Lille avait été chargée de l’enquête. Mais finalement, vient-on d’apprendre, cette plainte a été classée sans suite par le parquet. Le procureur, en effet, a considéré que l'infraction n'était «pas constituée» puisque, dans ces Quicks servant des burgers halal, sont disponibles aussi, pour les clients non-musulmans, des salades ainsi que des sandwiches au poisson ou au fromage: autant de menus non halal.

 

Enterrement judiciaire de la polémique, donc. Dès le début, on s’était dit que le tumulte autour de ces burgers «muslim friendly» était tellement exagéré qu’il en devait insensé, voire suspect ou carrément très peu sympathique politiquement.

 

 

 

PS : Sinon, même si cela n’a strictement rien à voir, du neuf aussi hier dans un autre feuilleton ayant déjà pas mal alimenté ce blog. Une saga elle beaucoup plus grave puisque meurtrière. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un incendie s’est déclaré dans un campement de gens du voyage de Gagny (banlieue ouest de Paris). Un garçonnet âgé de cinq ans y a trouvé la mort. Brûlées à 80%, sa sœur, âgée de deux ans, et sa mère ont dû être hospitalisées et sont dans un état très grave. C’est au moins la cinquième fois que, ces dernières années, pareil drame se produit en région parisienne. Si une telle série noire donnait envie de chantonner, on pourrait sans doute reprendre Cabrel: «Et ça continue, encore et encore. C'est que le début d'accord, d'accord».

09/03/2010

Une cochonnerie

Décidément, même plusieurs semaines après l’expérimentation lancée par Quick, ils restent bien indigestes pour certains, ces burgers halal. Ainsi, comme nous l’apprenait hier le journal «Le Progrès» de Lyon (ici), ce week-end, une bande de jeunes issus de la mouvance d’extrême droite a envahi le Quick de Villeurbanne, un de ces quelques fast-food français qui ne servent plus que de la viande halal. Ces manifestants arboraient des masques de cochons. Parmi leurs slogans: «Tout est bon, dans le cochon!», «Quick halal, non merci: islamisation, ça suffit!», «On est chez nous!», ou «Première, deuxième, troisième génération: nous sommes tous des mangeurs de cochons!»

 

Le déguisement animalier de ces trublions ne devait évidemment rien au hasard, la consommation de porc étant prohibée pour les musulmans. C’était donc un accoutrement et un geste politique clairement insultants.

 

Voilà qui ramène le débat politique à un niveau pas loin de la porcherie. Ce n’est pas la première fois que la communauté musulmane de France doit subir de telles cochonneries politiques et verbales. Georges Frêche, le leader populiste (et alors encore socialiste) languedocien, traita jadis les harkis (les supplétifs musulmans des troupes françaises pendant la guerre d’Algérie) de «sous-hommes» mais aussi de «cochons». A peu près à la même époque, des groupuscules d’extrême droite distribuèrent à Paris une «soupe populaire au cochon», pour dénoncer la part trop importante selon eux de musulmans parmi les SDF bénéficiant de l’aide caritative.

 

Après la soupe au cochon, après les cochons de harkis, voici donc le fast-food halal envahi par des cochons d'extrême droite. C’est vraiment la France rance. Celle que, décidément, on aime le moins.