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17/06/2013

Un mot très ancien

«Le langage n’est-il qu’un outil?», «La science se limite-t-elle à constater les faits?», «Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique?», «Le travail permet-il de prendre conscience de soi?», «Que devons-nous à l’Etat?» Tels sont quelques-uns des sujets de l'épreuve de philo qui a lieu en France ce lundi, et consacre l'ouverture de l'édition 2013 du baccalauréat – diplôme tenté cette année par 664.709 candidats.

"Baccalauréat": ce mot a une origine très ancienne, a-t-on appris hier, à la faveur d'un JT de 20 Heures. Il vient du latin médiéval, et est à rapprocher de "bacca laurea": les baies de laurier.

Les baies, avant la couronne de laurier du vainqueur? Bon courage aux candidats, en tout cas; on préfère être à notre place qu'à la leur...

03/06/2013

Un relent xénophobe

Désagréables. Désagréables, ces commentaires entendus pendant tout le week-end, sur les suites de la vente aux enchères, jeudi et vendredi à l'Hôtel Drouot, d'une partie de la cave à vins de l'Elysée – ce dont on avait parlé dans ce blog, l'autre jour (ici). Des enchères qui ont rapporté 718.800€ à l'Etat, soit beaucoup plus que prévu. Certaines bouteilles ont trouvé acquéreurs à des prix astronomiques: 7.625€ par exemple pour un Petrus 1990, ou 4.625€ pour deux bouteilles de Château Latour, 1er grand cru classé, Pauillac, 1982.

Le problème, selon certains? Parmi les acheteurs, on a compté nombre de Chinois (voir ici, par exemple). C'était couru d'avance, vu la grande popularité des vins français dans ce pays et le pouvoir d'achat florissant de sa nouvelle bourgeoisie – moins frappée par la crise que son homologue en Europe. Du coup, en France, dans le camp de la droite souverainiste, des esprits chagrins ont d'autant plus maugréé contre cette dilapidation d'une partie du patrimoine vinicole national qu'elle est tombée en de telles mains. A les comprendre: des mains de nouveaux riches qui n'en seraient pas dignes.

Désagréables, décidément, les relents xénophobes de telles jérémiades.

10/05/2013

Un mot, plutôt qu'un autre

Comme chaque 10 mai depuis l'année 2001, ce vendredi est, en France, la Journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage. Qui sait François Hollande en profitera-t-il pour houspiller la droite et/ou lui reprocher de ne pas vouloir l'épauler dans l'accomplissement d'une de ses promesses électorales. Il s'agit de sa volonté de supprimer le mot "race" de la Constitution française – on en a déjà parlé, dernièrement: relire ici. Cette réforme nécessite un vote à la majorité des trois cinquièmes, au Congrès de Versailles. Dès lors, sans les voix de la droite, la gauche n'est numériquement pas en mesure de la faire passer.

Au sujet des mots qui fâchent et de cette page si douloureuse de l'Histoire, il est un autre terme qui est dans le collimateur de la gauche. D'ailleurs, la ministre de la Justice Christiane Taubira – qui est à l'origine de la loi de 2001 sur cette journée commémorative du 10 mai – a demandé à ses services de ne plus recourir à ce mot, dans les circulaires et documents officiels.

Il s'agit, pour distinguer la France continentale de celle d'outre-mer, du terme "métropole". Ses détracteurs veulent qu'il soit proscrit dans les usages officiels, car ils lui voient une connotation coloniale. Ce que confirme, du reste, «Le Robert»: il définit la métropole comme étant, dans cette acception, un «Etat, territoire d'Etat, considéré par rapport à ses colonies, aux territoires extérieurs». En ce sens, il serait nettement préférable de dénommer la France continentale en utilisant le terme "Hexagone" – lui complètement neutre, historiquement.

Pourquoi pas.

Si ce n'est que, bien sûr, la droite va une fois de plus se gausser du «politiquement correct de la gauche bien-pensante», selon son expression désormais consacrée.

06/05/2013

Un pays de pessimisme

Société, Institutions, Economie, InternationalUne nouvelle pas très motivante, et qui ne donnera pas forcément le moral pour commencer la semaine. Les Français sont le peuple le plus pessimiste d'Europe. C'est ce qu'on entendait au saut du lit sur une radio (ici), ce matin, et c'est l'enseignement d'un sondage comparatif européen annoncé pour cet après-midi. Sept Français sur dix craignent que leurs enfants vivent moins bien qu’eux, soit un taux plus élevé encore que celui que l'on trouve dans des pays européens autrement plus touchés par la crise et l'austérité, comme l'Espagne ou l'Italie.

Corollaire de ce pessimisme: la défiance générale des Français envers les institutions. Et un rejet massif d'une institution en particulier: l'Europe. 80% des Français la jugent incapable de proposer des solutions, et 50% considèrent même l'Union européenne comme un handicap.

Jean Monnet – ou Robert Schuman – doit se retourner dans sa tombe.

03/05/2013

Une goutte d'eau dans la mer

On vit bien, décidément, à l'Elysée. Puisque, dans la cave à vins du palais présidentiel français, figurent des bouteilles dont la valeur souvent dépasse celle d'un salaire minimum – ainsi, ce Petrus de 1990 évalué à 2 200 €.

Si l'on peut se faire une idée de la richesse du patrimoine oenologique de l'Elysée, c'est parce que François Hollande a décidé de mettre en vente aux enchères (ici) une partie de la cave présidentielle: 1200 bouteilles, soit un dixième de la collection élyséenne. Cette vente, qui a été annoncée cette semaine, permettra le renouvellement de la cave, et en l'occurrence le réinvestissement «dans des vins plus modestes». Ce qui restera du produit des enchères «sera reversé au budget de l'État».

C'est sans doute de bonne guerre, en ces temps d'austérité budgétaire extrême.

Mais c'est peu dire que les quelques milliers ou dizaines de milliers d'euros qui retourneront ainsi dans les caisses de la Nation n'y pèseront que de peu de poids, face à l'ampleur de son déficit actuel (pour rappel: 87,2 milliards d'euros, en 2012). Une goutte d'eau – et non de grand cru, pour le coup –, dérisoire somme toute, dans la mer déficitaire budgétaire.

24/04/2013

Un nouveau surnom

Cinq. Ils sont donc cinq, les députés qui, hier après-midi, ont appuyé sur le mauvais bouton, au moment du vote du projet de loi sur le «mariage gay». Pour la postérité, il s'agit de Marcel Bonnot, Luc Chatel, Alain Chrétien, Marianne Dubois et Henri Guaino. Ils auraient voulu voter non; ils ont voté oui. Les erreurs de scrutin parlementaire ne sont pas rares, en France comme dans d'autres pays. C'est dû au fait que, si le moment du vote est annoncé longuement à l'avance (par une sonnerie retentissant dans toute l'Assemblée nationale, actionnée par le président de séance), l'opération de vote proprement dite, elle, est très rapide. Comme le règlement de l'hémicycle permet que l'on vote, outre pour soi, au nom d'un collègue absent, pendant les quelques secondes, pas plus, que dure le scrutin, certains – et pas seulement des députés de droite, bien sûr – s'emmêlent les pinceaux: appuient sur le mauvais bouton.

Le plus cocasse est que, parmi ces étourdis, ait figuré Henri Guaino: l'ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. En effet, il est est un des plus virulents contempteurs du «mariage pour tous». Parce que ce serait trop long, on s'abstiendra d'énumérer ici ses innombrables diatribes contre une réforme qui, si on l'a bien compris, va à peu près précipiter la civilisation entière vers le cataclysme terminal.

Hier, le net et les réseaux sociaux ont, évidemment, beaucoup ri de la mésaventure électorale électronique survenue à Henri Guaino. A qui, moins d'une heure après le vote fatidique, ils ont trouvé un nouveau surnom: Henri Gayyes. Gai-no, Gay-yes.

Sans doute l'intéressé ne l'a-t-il pas volé.

04/04/2013

Un autre aveu, au passage

Il faudrait savoir. François Hollande dixit (ici) hier, à propos de son ministre déchu Jérôme Cahuzac: «Il a quitté le gouvernement, à ma demande». Le même François Hollande le 19 mars dernier ( et ), soit le jour du départ de l'intéressé: «Le président de la République a mis fin aux fonctions de M. Jérôme Cahuzac, à sa demande», et salue «la décision qu’il a prise de remettre sa démission».

En quinze jours, donc, le discours de l'Elysée concernant ce départ gouvernemental a complètement changé: la démission d'abord prétendument volontaire est devenue ensuite officiellement imposée.

Mais sans doute ne s'agit-il que d'un détail, personne à Paris n'ayant évidemment jamais cru à cette fiction (à... ce mensonge?) selon laquelle Jérôme Cahuzac avait quitté ses fonctions de son plein gré.

22/02/2013

Une ville où l'on se marie peu

Puisqu'on a tant et tant parlé du mariage en France, ces derniers mois, cette spécificité parisienne, que vient de rappeler (ici) l'Institut national de la statistique (Insee). A Paris, en dépit de son cliché de ville ultra-romantique, on se marie beaucoup moins qu'ailleurs: moins que dans sa banlieue – et, par extension, qu'en province.

A Paris intra muros, 61% des gens vivant ensemble sont mariés; ils sont 71% dans ce cas en région parisienne. Dans la capitale, un couple sur trois (33%) vit en union libre, contre seulement 24% en banlieue et 22% en province.

Pourquoi donc le mariage a-t-il moins la cote dans la «Ville lumière»? L'Insee explique cela par deux caractéristiques de la population parisienne. D'abord, elle est proportionnellement plus jeune que celle de banlieue et de province: les 18-34 ans sont plus nombreux dans la capitale que partout ailleurs, et plus d'un Parisien sur trois (35%) a moins de 35 ans, contre 30% en banlieue et 25% en province. Ensuite, parmi ces nombreux jeunes qui habitent Paris, on compte beaucoup plus d'étudiants qu'ailleurs: 73% des Parisiens de 18 à 24 ans sont scolarisés, contre seulement 57% des banlieusards et 49% des provinciaux.

Cela confirme donc que le mariage demeure une institution majoritairement vue/vécue comme étant destinée avant tout aux couples qui se sentent prêts à entrer dans la vie active: ont atteint un certain âge, et achevé leur formation.

Frigide Barjot n'a pas encore réagi.

12/02/2013

Un avis de disparition

Cet après-midi, donc, le vote solennel du «mariage pour tous»: par l'Assemblée, en première lecture. Au cours des 110 heures de débats que les députés ont consacrées à ce texte, par moments, il y avait de quoi se demander si on n'assistait pas plutôt au tournage d'une séance de la caméra cachée.

Ainsi, lorsque la droite a – le sourire en coin, tout de même – mis la majorité en garde contre une des conséquences que pourrait avoir, selon elle, cette réforme. A savoir, la création en France d'une nouvelle espèce (humaine) en voie de disparition: les... belles-mères.

Car, pour l'UMP, «ce texte a pour effet de supprimer les belles-mères (du Code civil), en les remplaçant par des beaux-parents 1 et 2». Aussi, convoquant «les mânes de Courteline, Feydeau, Labiche et Guitry», un député sarkozyste a imploré la gauche de ne «pas porter un coup terrible au théâtre de boulevard». Le verbatim des débats en atteste: à ce moment-là, une clameur s'est élevée des bancs de l'UMP: «Vive les belles-mères!» Ensuite, ce parti a tenté de réclamer la convocation illico en séance de la ministre de la Culture, pour qu'elle s'exlique sur «le préjudice que cela représentait pour tout le théâtre de boulevard: que serait-il sans belles-mères?»

La gauche a peu apprécié la plaisanterie. «Nous tombons dans le mauvais théâtre de boulevard!», s'est énervée la communiste Marie-George Buffet: «Sans doute votre prochaine intervention portera-t-elle sur l’adultère et les amants dans le placard!» Sans état d'âme, l'amendement ad hoc qu'avait présenté l'UMP a été rejeté.

RIP, donc, les belles-mères.

11/02/2013

Un coût, à compenser

Institutions, Economie, Société, Histoire5h40. Il était donc 5h40 samedi matin, lorsque les députés ont enfin achevé l'examen du projet de loi sur le «mariage pour tous» – qu'ils adopteront en première lecture demain mardi. Il leur a fallu quelque 110 heures de discussions pour arriver au bout de ce texte. Dont d'innombrables heures de séance en soirée, la nuit et le week-end. Ce qui, au sens propre, va leur coûter cher.

Non pas que les parlementaires soient payés au tarif horaire. Mais tous les agents qui, la nuit ou le week-end, ont bossé dans les coulisses de l'hémicycle ont, eux, effectué des heures supplémentaires: les huissiers, greffiers, personnels chargés de l'intendance, de la technique, de la sécurité, etc. Le président de l'Assemblée, Claude Bartolone (PS), a déjà averti ses collègues: lorsqu'il s'agira de leur payer toutes ces heures sup', «pas un euro supplémentaire ne sera réclamé» pour la dotation budgétaire dont bénéficie l'institution. «S’il devait y avoir un coût supplémentaire, il sera compensé sur d’autres dépenses» inscrites au budget de l'Assemblée.

Tout au long de ce débat-marathon, les médias français ont beaucoup glosé sur ce rythme infernal de travail de l'Assemblée nationale. Ils ont la mémoire courte. En effet, c'est loin d'être une première que, par exemple, les députés siègent le dimanche.

Ce fut déjà le cas en 1995: pour le grand débat sur le projet de réforme de la sécurité sociale du Premier ministre de l'époque, Alain Juppé. Ce fut pareillement le cas en 1997: lors des bagarres sur les mémorables lois Debré, concernant les étrangers. Et ce fut toujours le cas en 1998: lorsque les députés s'étripèrent sur ...– tiens... – le Pacte civil de solidarité: le Pacs, le prédécesseur, en somme, du «mariage gay».

Il y a quinze ans déjà, donc, un tel sujet de société valut, outre des hauts cris, un rythme de travail échevelé à l'Assemblée, et lui occasionna un très coûteux paquet d'heures sup'. Comme en 2013. Rien ne change en France, décidément.

31/01/2013

Une molle réactivité

Jean-Marc Ayrault se réveille. Hier, le Premier ministre a adressé un bref communiqué aux médias, les priant d'avertir le grand public qu'«en raison du renforcement du plan Vigipirate, le jardin de l’Hôtel de Matignon ne sera pas ouvert au public le samedi 2 février 2013 après-midi». Il a donc fallu une semaine au chef du gouvernement pour réaliser que, si l'Elysée, pour les mêmes motifs sécuritaires, avait suspendu l'ouverture dominicale de son propre parc – ce dont on parlait l'autre jour, dans ce blog – , il y avait peut-être des raisons pour que le Premier ministre fasse pareil, s'agissant de Matignon.

Une semaine. Personne, entre-temps, n'a profité de cette molle réactivité pour frapper: pour s'attaquer au 57 rue de Varenne et/ou à son locataire. Sans doute les terroristes, jihadistes et autres «loups solitaires» présumés ont-ils, en ce moment, d'autres chats à fouetter.

30/01/2013

Un ou deux rappel(s), bienvenu(s)

Femmes, Histoire, InstitutionsHier après-midi, à l'Assemblée, le grand débat sur l'ouverture à tous les couples du mariage et de l'adoption (le verbatim, c'est ici), a donné lieu à quelques rappels qu'on a trouvé pas inintéressants. Sur l'évolution qu'a été celle du mariage, en France.

Ainsi, grâce la ministre de la Justice, Christiane Taubira – qui a parlé une demie heure sans la moindre note –, on a appris quelque chose qu'on ignorait complètement. A savoir que, jadis en France, toutes les femmes n'étaient pas autorisées à se marier. Ainsi, avant la révision constitutionnelle de 1791, le mariage exluait «des professions, et notamment les comédiens, parce que la religion proclame qu’elle ne saurait reconnaître les pratiques infâmes des acteurs de théâtre. C’est d’ailleurs le comédien Talma qui va saisir la Constituante, parce que le curé de Saint-Sulpice refuse de publier les bans de son mariage avec une «mondaine», comme on disait à l’époque».

Deux autres rappels historiques, qu'a faits cette fois la ministre de la Famille, Dominique Bertinotti. Et qui, eux, devaient clairement être lus comme une critique du conservatisme et de la ringardise que la gauche reproche à la droite.

Ainsi, il a fallu attendre le régime du Front populaire, dans le milieu des années 30, pour que la France supprime ce qui figurait auparavant, noir sur blanc, dans le contrat de mariage: le devoir d'«obéissance» de la femme envers son époux.

Femmes, Histoire, InstitutionsEt, dans les années 70, quand a été voté le partage de l'autorité parentale entre le père et la mère (et non plus seulement bénéficiant au père), la droite était montée aux barricades, à l'Assemblée. Un de ses députés (Pierre Mazeaud, qui fut très proche de Jacques Chirac) avait agité l'épouvantail du «risque d’aggraver la dissolution de la famille, pourtant cellule de base de toute société». Et, invoquant ce qu'était alors l'avis de pédiatres et de psychanalystes, il avait eu ses phrases: «La mère exerçant l’autorité parentale, n’est-ce pas affirmer que l’enfant devient finalement l’arbitre des décisions qui le concernent? Je crains qu’il n’y ait des effets graves, d’ici quelques années».

En 2013, avec le recul, tout cela apparaît évidemment complètement daté, voire parfaitement dérisoire.

24/01/2013

Une fermeture, par sécurité

Institutions, Gouvernement, Sécurité, Police, PersonnalitésCela a été annoncé hier après midi, et c'était couru d'avance. On peut même s'étonner que la décision n'ait pas été prise beaucoup plus tôt: dès le rehaussement, il y a dix jours, du niveau d'alerte du plan de vigilance anti-terroriste. Stress sécuritaire national oblige, François Hollande a décidé de fermer à nouveau les jardins du palais de l'Elysée. Ceux-ci, depuis octobre – grand changement dans les usages du palais présidentiel –, étaient ouverts au public chaque dernier dimanche du mois. L'innovation a rencontré un grand succès de foule. Elle est donc temporairement suspendue, le temps que le climat se calme un peu.

On suppose que le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ne prend pas ombrage du fait que les jardins de Matignon, eux, jusqu'à nouvel ordre, restent ouverts au public. On imagine bien le chef du gouvernement en train de se dire que, si tel est le cas, non non ce n'est pas du tout parce que tout le monde s'en ficherait qu'un attentat, par extraordinaire, soit perpétré contre lui. C'est juste parce que les institutions de la Vème République, régime ultra-présidentiel, consacrent la toute puissance de l'hôte de l'Elysée (le chef du gouvernement n'étant jamais qu'un super chef de cabinet), et parce que, parfois, cette prééminence s'illustre jusqu'à et y compris de petits détails organisationnels comme la gestion des grands jardins républicains.

A moins que cette différence de traitement sécuritaire entre Président et Premier ministre résulte simplement d'un retard à l'allumage de ce dernier, qui serait juste moins rapide sur la balle que le premier, pour réagir à l'actualité.

24/10/2012

Une autorisation, bucolique

Puisqu'on évoquait l'Assemblée nationale dans ce blog hier, cette autorisation qu'a donnée son nouveau président, le socialiste Claude Bartolone. Un feu vert certes infiniment anecdotique, mais néanmoins joliment bucolique. L'accord que, sur le toit du Parlement, l'on installe... des ruches.

La demande avait été faite par un député UMP, dont le suppléant est lui-même apiculteur. Pour ce parlementaire, ce faisant, «la représentation nationale, montrant comme il se doit l’exemple, participerait concrètement à la protection d’une espèce en difficulté et pourtant essentielle à la conservation de la biodiversité»: les abeilles. Ce sera donc chose faite.

L'histoire ne dit pas si ce miel provenant d'un Parlement désormais majoritairement à gauche sera, ou non, accessible à toutes les bourses. S'il sera, par exemple, plus abordable qu'un autre nectar issu lui aussi de toits parisiens fameux: le miel de l'Opéra Garnier.

Qui, à 15€ les 125 grammes, doit être le miel le plus cher et le plus chic du monde. A ce prix-là, il peut bien être bon.

17/10/2012

Un menu appétissant (suite)

Santé, Art de vivre, Gastronomie, Institutions, Histoire, Personnalités, Mitterrand, Giscard, Chirac, Hollande, Sarkozy7 millions de Français sont obèses. Et 15 millions sont en surpoids. Si l'on en croit une étude publiée hier, on continue à manger trop et/ou mal dans l'Hexagone. Même si l'obésité y est comparativement moindre qu'aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, et même si sa progression, en France, semble ralentir – mais pas chez les jeunes de 18 à 24 ans.

Malgré ces chiffres pas réjouissants, reparlons gastronomie, aujourd'hui. Et partons à nouveau dans les coulisses de l'Elysée, côté cuisines – qu'on évoquait l'autre jour (relire ici). Car, depuis la rédaction de cette note, on a retrouvé, dans le fin fond de nos archives, un long papier qu'on avait jadis rédigé sur la petite histoire du palais présidentiel: il y dix ans, à l'occasion des élections présidentielles de 2002. On y a trouvé quelques détails complétant utilement ce sujet aussi prestigieux qu'appétissant.

Ainsi, l'Elysée a beau avoir toujours compté parmi les meilleures tables de France, y travailler comme cuisinier doit être stressant. En effet, les exigences du protocole sont souveraines. L'une d'elles, par exemple, impose qu'un dîner d'Etat soit obligatoirement servi en 55 minutes chrono: pas une minute de plus.

En outre, bien évidemment, les chefs travaillant au palais doivent satisfaire les caprices culinaires du locataire des lieux. Nicolas Sarkozy, par exemple, soucieux de sa ligne – ce qui ne l'empêchait pas d'avoir toujours du chocolat sur son bureau –, avait banni le fromage de la table présidentielle. Fromage qui, paraît-il, a fait sa réapparition dans les menus de l'Elysée depuis que François Hollande y a été élu, en mai. Un quart de siècle plus tôt, François Mitterrand avait l'habitude, dit-on, de commander du homard à ses cuisiniers, à toute heure du jour voire de la nuit. Jacques Chirac, lui, c'est bien connu, carburait plus modestement: aux plats régionaux – la fameuse tête de veau – arrosés de bière mexicaine. Quant à Valéry Giscard d'Estaing, la légende élyséenne assure qu'il avait fait interdire les décorations de gâteaux et de pâtisseries en forme de roses, qui lui rappelaient trop l'emblème du Parti socialiste.

Deux anecdotes encore, issues elles du livre «L'Elysée – Histoire secrète et indiscrète des origines à nos jours», de l'historienne Claude Pasteur (Editions Tallandier, 2002).

santé,art de vivre,gastronomie,institutions,histoire,personnalités,mitterrand,giscard,chirac,hollande,sarkozyD'un point de vue culinaire, Valéry Giscard d'Estaing «se démarquait de ses prédécesseurs, en n'attachant pas la même importance aux plaisirs de la table. En dehors des repas officiels, il se contentait volontiers de fruits et de légumes». Quant à François Mitterrand, il fit «moderniser les grandes cuisines de l'Elysée, sans que cette modernisation ait fait disparaître les cuivres traditionnels, gravés du monogramme de Louis-Philippe ou de l'aigle impériale de Napoléon III».

La pompe, le faste, et le respect de la tradition, jusque dans les moindres détails.

18/09/2012

Un menu appétissant

Culture, Cinéma, Radio, Gastronomie, Art de vivre, Institutions, Mitterrand Sortie en salles dans l'Hexagone, demain mercredi, du film «Les saveurs du Palais», qui s'annonce assez appétissant. Avec Catherine Frot, qu'on a toujours adorée. Et l'ineffable Jean D'Ormesson, qui débute sa carrière cinématographique en campant rien de moins qu'un Président de la République inspiré de François Mitterrand. Le film raconte l'histoire d'une dénommée Hortense Laborie: Périgourdine au caractère bien trempé, qui, du jour au lendemain, est bombardée cuisinière particulière du chef de l'Etat.

Son personnage est directement inspiré de celui de Danièle Mazet-Delpeuch, qui fut la cuisinière personnelle de François Mitterrand de 1988 à 1990. L'autre jour, elle racontait son expérience à la radio, et sa description des coulisses de l'Elysée côté cuisines était passionnante. Si vous avez une heure de libre et voulez entendre cela, c'est podcastable ici.

C'est l'occasion d'évoquer «On va déguster»: l'émission gastronomique dominicale de France Inter. L'impeccable François-Régis Gaudry, l'épatante chroniqueuse Elvira Masson, le malicieux oenophile Dominique Hutin: le dimanche matin, on ne raterait pour rien au monde leur exploration du monde de la cuisine. Ici, pas de nappe blanche ni de chichis, pas non plus de ton cocardier énervé à la Jean-Pierre Coffe, ni parisianisme ni provincialisme: semaine après semaine, on trouve décidément impeccable le ton de cette émission. A découvrir, donc, si vous ne la connaissez pas: c'est une exquise mise en bouche, pour un beau début de dimanche.

19/07/2012

Un machisme ordinaire

Cécile Duflot s'est donc pris des sifflets et des quolibets, en pleine séance à l'Assemblée nationale. Ces comportements machistes ont, une nouvelle fois (relire ici), été le fait de députés sarkozystes. Qui se sont lâchés à la vue de la robe – parfaitement décente, au demeurant – que portait la ministre écologiste du Logement.

Le compte-rendu officiel des débats (ici) fait pudiquement l'impasse sur ces dérapages. Tout au plus relate-t-il des «rires et exclamations sur les bancs du groupe UMP». Mais le confrère de l'AFP accrédité à l'Assemblée, lui, a été plus transparent (). Dès hier après-midi, l'affaire a enflammé les réseaux sociaux. Ce matin, sur une radio (), Cécile Duflot a, très dignement, trouve-t-on, tourné la page de ce si pénible incident.

Le rappeler n'est ni les minimiser, et encore moins les excuser: ces dérapages sexistes sont un grand classique de la vie parlementaire française. Pour ne prendre que ce seul exemple, la socialiste Edith Cresson en témoigna, plusieurs fois. Lorsqu'elle était Premier ministre (dans le milieu des années 80) et apparaissait en jupe dans l'hémicycle, elle se prenait régulièrement des quolibets et des sifflets. Surtout lors des reprise de séances: en début d'après-midi, vers 14h30 ou 15h, quand les députés revenaient avinés de leur pause-déjeuner.

L'homme, décidément, parfois – souvent? – , est désespérant.

13/07/2012

Une première, depuis si longtemps

Le premier 14 juillet de François Hollande, demain. Mine de rien, cela faisait vraiment longtemps qu'un socialiste n'avait plus trôné comme le «Président normal» le fera demain  à la place d'honneur de la tribune présidentielle installée sur les Champs-Elysées, devant laquelle passera le traditionnel défilé militaire de fête nationale. Cela faisait exactement... 18 ans. Puisque la dernière fois que cela s'était produit, c'était le 14 juillet 1994: l'ultime défilé qu'avait présidé François Mitterrand.

Beaucoup plus habituel, et même très terre-à-terre: demain, comme chaque 14 juillet et comme ce sera le cas pour tant d'autres Parisiens, on va être prématurément tiré du lit. Par un vacarme. Celui produit dans le ciel par le ballet incessant des avions de chasse, gros transporteurs ou autres hélicoptères de combat cheminant vers les Champs-Elysées et/ou en revenant. Pour ce faire, cette énorme flotte doit survoler une bonne partie de la capitale – dont notre quartier Bastille, en tout cas.

Dans le même registre, anecdotique, cette «kaki pride», vu la foule populaire qu'elle va déplacer, nécessitera le déploiement de plus de 3000 policiers et militaires: pour sécuriser les lieux. Les amateurs de chiffres seront ravis d'apprendre que 12,5 kilomètres de voies de circulation devront, dans la capitale, être neutralisées pour l'occasion. La préfecture de police de Paris l'a précisé, hier: cela nécessitera le déploiement très précisément de 9 130 barrières métalliques, «soit 22,8 kilomètres, représentant en poids quelque 21 tonnes».

05/07/2012

Une ambiance de potaches

Ces cinq prochaines années à l'Assemblée nationale, la droite sera aussi pugnace, frondeuse voire chahuteuse que l'a été la gauche entre 2002 et 2012: ces dix années pendant lesquelles ses députés siégèrent sur les bancs de l'opposition. On a eu un aperçu de cet état d'esprit vindicatif dès mardi, à l'occasion de la déclaration de politique générale du Premier ministre. Le spectacle fut bien plus souvent dans l'hémicycle qu'à la tribune – la sobriété de Jean-Marc Ayrault ayant rendu son discours passablement terne. Le compte-rendu officiel de cette séance (ici), plutôt drôle, dépeint assez bien cette ambiance de potaches.

«Bla-bla-bla!», «C’est pathétique!», «Lamentable!», «On rêve!», «Quelle honte!», «Baratin!» Dès les premières phrases prononcées par le chef du gouvernement, ces interpellations fusèrent, des bancs de la droite. Elles furent suivies d'une kyrielle d'autres, tout au long de la bonne heure et demie que dura l'allocution du Premier ministre. «C’est creux!», «N’importe quoi!», «Ben voyons!», «Démago!», et ainsi de suite. On eut même droit à un «Irresponsables!», à un «C’est pitoyable!», et à un «Ça suffit! C’est minable!»

Si l'ensemble de session parlementaire est de cet acabit, au moins l'ambiance sera au rendez-vous au Palais Bourbon, jusqu'en 2017.

02/07/2012

Un chiffre, une ouverture, une allégresse

Hollande, Gouvernement, Folklore, Institutions, Langue françaiseUne allégresse très perceptible samedi, dans Paris. Parmi les dizaines de milliers de participants à la Pride – la «Marche des fiertés», dit-on désormais. Or, par contraste, ces dernières années particulièrement, dans ce cortège, l'humeur dominante n'était pas rarement à la rancoeur et à l'acrimonie: à l'égard du pouvoir en place. Cet été, en revanche, nombre de participants affichaient – en sticker, en badge, etc. – le chiffre à l'origine de leur contentement.

31. Comme le 31ème des 60 engagements de l'ex-candidat devenu Président, François Hollande. Cette 31ème promesse prévoit l'ouverture à tous les couples du mariage et de la parentalité. L'égalité des droits, donc. Le «mariage homosexuel», autrement dit, pour employer une expression usuelle, mais si incongrue –lire ici.

C'était assez drôle à voir: cette allégresse collective a plus énervé que jamais la poignée de militants d'extrême droite qui, chaque année, tentent de perturber la Marche: barricadés derrière les grilles de l'église Saint-Nicolas du Chardonnet, la paroisse des traditionalistes catholiques, dans le cinquième arrondissement, devant laquelle passent chaque année les marcheurs. Cet été, sous la protection d'innombrables CRS, ils ont vociféré de plus belle leurs quolibets homophobes. Mais sont passés largement inaperçus, dans la liesse ambiante. Et ne sont jamais parvenus à gâcher l'ambiance.