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04/09/2006

Une absurdité sans nom

medium_preservatif.jpgLundi matin, donc. Et lendemain de la veille. Ce dimanche a été un peu fatigant, consacré pendant toute la journée à un reportage pour «La Libre» sur l’inauguration houleuse par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, de la nouvelle «place Jean-Paul II», puisque tel est désormais le nom du parvis de Notre-Dame.

Dès 10 heures du matin jusqu’au milieu de l’après-midi, face à un dispositif sécuritaire d’une rare ampleur et passablement stressé, il a fallu jouer des coudes, déjouer les barrages policiers, montrer une dizaine de fois ses documents de presse, s’armer de sourires angéliques et de patience, parlementer avec les pandores pour, simplement, pouvoir faire son travail de journaliste et informer ses lecteurs de la controverse entourant cette inauguration.

Bertrand Delanoë a échappé au pire. Le plan initial des manifestants, en effet, était de déployer sur les hauteurs de la cathédrale, pendant son discours, devant toutes les caméras de France donc, une banderole fustigeant sa «TRAHISON SOCIALISTE». Ladite banderole a été confisquée par les policiers dès les premières heures de la matinée. Tout comme ont été saisis 300 préservatifs que ces opposants voulaient distribuer aux passants pour attirer leur attention sur la nécessité absolue de continuer à se protéger contre le sida, quels que soient les préceptes de l’Eglise en la matière.

On peut trouver plus ou moins de bon goût la distribution de préservatifs aux abords d’un lieu si emblématique de la chrétienté qu’est Notre-Dame. On peut être pour ou contre cette «place Jean-Paul II», pour ou contre ce maire socialiste homosexuel décidément si atypique, pour ou contre son alliance avec la droite parisienne dans ce dossier, pour ou contre les arguments de ses opposants: partis écologistes, associations de lutte contre le sida, mouvements féministes ou homosexuels, défenseurs de la laïcité, etc., qui contestent le legs de Jean-Paul II et l’opportunité de lui rendre hommage par une place à son nom. Mais que l’on soit dans un camp ou dans un autre, ou plus vraisemblablement que l’on se situe quelque part entre ces deux camps, on ne peut que trouver profondément absurde que ces 300 préservatifs pourrissent désormais, au titre de saisie conservatoire, dans l’un ou l’autre tiroir de bureau d’un obscur fonctionnaire de la préfecture de police.

Paris fait partie des capitales européennes les plus touchées par le VIH. L’an dernier, la France a enregistré un record jamais égalé: 7.000 nouvelles contaminations par le sida, majoritairement des jeunes et des femmes hétérosexuelles. 7000! Si l’on a bien calculé, cela fait donc une contamination toutes les 90 minutes.

Dès lors, au-delà de toute considération politique, on ne peut qu’estimer que ces 300 préservatifs n’ont rien à faire dans un bureau de fonctionnaire et doivent impérativement être rendus aux associations pour être distribués dans le grand public. Pour lutter contre une épidémie qui, chaque jour, chaque soir, fait ses ravages silencieux dans la capitale.