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02/11/2015

Une impunité qui n'en finit pas

Cela s'est passé ce week-end en plein Paris, à Saint-Germain-des-Prés. Pendant quelques heures, la rue du Cherche-Midi a disparu. L'ONG Reporters sans frontières (RSF) l'a symboliquement rebaptisée, en placardant des étiquettes autocollantes sur le plaques de cette rue. A l'occasion de la Journée internationale de la fin de l'impunité des crimes commis contre des journalistes, qui est célébrée ce lundi..

L'ONG a rebaptisé douze rues de la capitale française où sont établies des ambassades de pays dans lesquels des journalistes ont été assassinés ou torturés, ou ont disparu. La rue du Cherche-Midi a été choisie car l'ambassade du Mali y est située. C'est dans le Nord de ce pays que, le 2 novembre 2013, il y a donc deux ans jour pour jour, Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été assassinés. Ils étaient les envoyés spéciaux de la radio RFI. Dès lors, RSF a rebaptisé la rue du Cherche-Midi "Rue Ghislaine Dupont-Claude Verlon". Ce lundi, le comité de soutien aux familles des deux journalistes va dénoncer les lenteurs de l'enquête et les carences de la coopération judiciaire franco-malienne.

«Plus de 90% des crimes commis contre les journalistes dans le monde ne sont jamais élucidés», rappelle RSF. Ces dix dernières années, 800 journalistes ont été tués dans l'exercice de leurs fonctions. Et rien qu'en cette année 2015, depuis le 1er janvier, 86 journalistes ou apparentés ont perdu la vie – la "Ville lumière" elle-même a vécu, si tragiquement, ce sinistre fléau: la tuerie, début janvier, à "Charlie Hebdo".

14/09/2015

Une certaine élégance

Télévision, Journalisme, PersonnalitésLe chiffre est tombé ce matin, et il était très attendu dans le petit monde médiatico-politique. Plus de 10 millions de Français ont, hier soir, regardé le dernier JT de 20 Heures de TF1 présenté par Claire Chazal.

Une longévité exceptionnelle (24 ans à la barre du 20 Heures) conclue donc par une audience record. Mais qui sait cet audimat faramineux était-il en partie motivé par un certain voyeurisme – l'intéressée allait-elle avoir la larme à l'oeil?

Mais non: son au revoir – même si jamais, avez-vous remarqué, elle n'a prononcé les mots «Au revoir», «A bientôt» ou «Adieu» – était parfaitement digne, a-t-on trouvé. Peut-être un rien longuet au moment du clip d'hommage qui a été diffusé en guise de générique de fin, mais globalement teinté d'une certaine élégance. Et au moins a-t-on évité la familiarité à la PPDA («Je vous embrasse tous»), qu'à l'époque, on avait trouvée assez déplacée.

A en croire un sondage publié hier, les Français avaient une bonne opinion de la présentatrice, ils trouvaient qu'elle faisait bien son travail au 20 Heures, mais, pour autant, ils ne la regretteront pas spécialement à cette fonction. Aux dernières nouvelles, mais les choses peuvent évoluer vite, elle conserve son bureau à TF1, compte demeurer dans cette maison, et est en attente d'une nouvelle affectation.

06/05/2015

Une «maladresse», on va dire

Une chaîne de télé française rappelée à l'ordre à propos d'un commentaire déplacé relatif à des citoyens belges. Ce n'est pas si fréquent, et pourtant cela vient de se passer.

Hier soir, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a fait savoir () qu'il était intervenu auprès de LCI: la chaîne d'info continue du groupe TF1. En cause, un sujet qu'elle a diffusé en boucle, relatif au scandale d'évasion fiscale qui éclabousse la banque suisse HSBC. Le journaliste de LCI, évoquant le type de clients de la banque impliqués dans cette affaire, a cru bon de les énumérer de la sorte: «Dans cette banque-là, il y avait des trafiquants d’armes internationaux, des trafiquants de drogue. Il y avait des gens qui ont financé Al-Qaïda. Il y a des diamantaires juifs d’Anvers qui avaient des comptes très importants à Genève».

Pour le "gendarme de l'audiovisuel", «faire état de la judéité des personnes mises en cause, dans une énumération faisant référence à des trafiquants d’armes, de drogue et des personnes ayant financé Al Qaïda, peut contribuer à alimenter les amalgames et à encourager les discriminations». Or, LCI et toutes les radios et télés françaises en général sont contractuellement tenues de «respecter les différentes sensibilités politiques, culturelles et religieuses du public» de «ne pas encourager des comportements discriminatoires en raison de la race, du sexe, de la religion ou de la nationalité», et de «promouvoir les valeurs d’intégration et de solidarité».

Le CSA attribue cet écart, non à une volonté délibérée, mais à la «maladresse» du commentateur concerné. Préférons, en effet, pour le bon moral de tout le monde dans ce pays, voir les choses sous cet angle.

29/04/2015

Un «métier d'avenir» (paraît-il)

Si d'aventure ce blog est lu par des étudiant(e)s en journalisme et en communication, voilà qui va les intéresser. En France, ces secteurs sont officiellement considérés comme des «métiers d'avenir». Puisqu'ils figurent dans le volumineux rapport sur "Les métiers en 2022", qu'a publié hier le très sérieux institut "France Stratégie": le nom un peu moins technocrate qui est désormais celui de l'ex-Bureau du Plan.

Ce document examine les perspectives d’embauches par métier, d'ici à 2022. Il table sur «l’essor des métiers de la communication, de l’information, de l’art et des spectacles», étant donné la croissance attendue de la communication multimédia, des activités audiovisuelles, et de la consommation de services de loisir.

La France compte actuellement 170.000 professionnels de la communication et de l’information. 97.000 emplois supplémentaires devraient être créés dans ces métiers sur la période 2012-2022, «soit une hausse annuelle moyenne de 1,6%, bien supérieure à celle projetée pour l’ensemble des métiers (0,7%)». On n'embauchera pas spécialement dans la presse écrite, secteur «connaissant une crise depuis dix ans, en raison de la chute du nombre de lecteurs et de la mutation du modèle économique consécutive à l’avènement du numérique». En revanche, «les métiers de la communication et de la publicité, qui ont eux réussi à s’adapter au numérique», pourraient connaître des scénarios «de nature à dynamiser encore l’emploi».

Bien entendu, pour faire partie des heureux élus, il faudra avoir des «compétences numériques», qui «seront de plus en plus indispensables». Et habiter Paris plutôt que le Limousin, ces métiers étant «très concentrés géographiquement» («En 2010, l’aire urbaine de Paris regroupe 54% des professionnels de l’information et de la communication»).

Voilà donc les futurs grands communicants de demain prévenus.

 

PS: Juste, on trouve discutable d'amalgamer en une seule catégorie, comme le fait "France Stratégie", les «métiers de la communication, de l’information, de l'art et des spectacles». D'abord, que l'on sache, le journalisme est rarement de l'art. Surtout, l'associer aux spectacles donne l'impression de cautionner le désastreux engouement de la presse pour l'"infotainment" (= l'info divertissement), si misérablement racoleur.

13/02/2015

Une volée de bois vert

Parlons de cette actualité survenue hier en fin de journée, puisque les médias français, eux, l'ont globalement peu évoquée. Une discrétion que l'on trouve assez malsaine, tant elle risque de donner l'image d'une omerta corporatiste.

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) adresse en moyenne une quarantaine de remontrances par an aux radios et aux télés. Mais là hier, en un seul coup, il a carrément mis en demeure (ici) une vingtaine de ces médias. Une telle volée collective de bois vert, c'est sans précédent.

En cause, la manière dont ces radios et télés ont couvert l'actualité des attentats du mois de janvier. Le «gendarme de l'audiovisuel» estime que, dans le feu de l'action, elles n'ont pas peu dérapé.

Il a relevé précisément «36 manquements, dont 15 ont donné lieu à mise en garde et 21, plus graves, ont justifié des mises en demeure». Sont rappelées à l'ordre aussi bien des radios que des télés, et autant des chaînes publiques que des chaînes privées. Ce qu'elles se voient reprocher? «Manque de mesure», «maîtrise de l’antenne» très perfectible, diffusion d'«allégations inexactes», «atteinte au respect de la dignité de la personne humaine», non respect de «la nécessaire conciliation entre la sauvegarde de l’ordre public et le respect de la liberté de communication», révélation d'informations susceptibles de mettre en danger la vie d'autrui, et on en passe. En conséquence de quoi, hier, ces médias ont été mis en demeure de ne pas réitérer de tels manquements à leurs obligations.

Ils s'en tirent à bon compte. En effet, rien que s'agissant de la mise en danger de la vie d'autrui, si l'on voulait faire du juridisme étroit, les responsables de ces radios et télés pourraient être passibles de poursuites et de sanctions judiciaires – l'article 223-1 du Code pénal punissant la chose d'un an de prison et de 15.000 euros d'amende.

Encore bravo.

03/02/2015

Une réplique, bien trouvée

C'est la réponse du petit peuple de Paris à «Fox News»: l'ultra-conservatrice chaîne de télé américaine. Qui donc, le mois dernier, à l'époque des attentats, avait osé décrire des quartiers entiers de la capitale française comme étant des «no go zones». Des zones de non-droit, pas loin d'être des zones de guerre, où nul, hormis les fondamentalistes musulmans, n'oserait s'aventurer. Un regard journalistique si caricatural et à l'emporte-pièce qu'il vaut à «Fox» une plainte en justice, de la mairie de Paris.

Après les édiles, c'est au tour des habitants des quartiers concernés de réagir. Ils ont bien sûr été très choqués d'être stigmatisés de la sorte. Mais, pour autant, n'ont pas perdu ce sens si parisien de l'humour potache. Ils proposent donc désormais (ici) aux touristes étrangers des visites de ces zones urbaines présumées si périlleuses. Des tours de ville en toute convivialité, effectués en compagnie des habitants de ces quartiers.

La proposition s'adresse bien sûr avant tout aux Américains qui sont de passage à Paris. Selon des échos, elle rencontrerait un certain succès auprès d'eux, nombre de ces visiteurs venus d'outre-Atlantique ayant eux-même été estomaqués par cette si grossière propagande télévisuelle.

Bien.

 

PS: On ignore si un avatar russe de la formule est en préparation. Puisque, au même moment, une chaîne de télévision publique de ce pays avait, dans un reportage, présenté Barbès comme un quartier où «pratiquement personne ne parle français», et où «une femme sur deux porte la burqa et le niqab».

20/01/2015

Un refus d'être stigmatisé

C'est une gifle envoyée par des citoyens de base à un des plus grands organes de la presse nationale française. Un droit de réponse adressé au «Figaro» par vidéo interposée – vidéo qui, en quelques jours à peine, a déjà été visionnée à plus de 70.000 reprises.

Jeudi dernier, le quotidien avait consacré un reportage à Grigny, la ville (banlieue de Paris) dont est originaire Amedy Coulibaly: l'assassin de la policière municipale de Montrouge et de quatre clients de l'épicerie casher de Paris. Nombre d'habitants ont été «choqués» par le portrait que le journal a dressé de leur ville, présentée comme particulièrement sujette à la fois au discours complotiste à propos des attentats et à la parole antisémite.

Dans son papier, «Le Figaro» avait notamment utilisé le terme «herbes folles». La réponse fuse, via cette vidéo: «Nous refusons d'être comparés à des herbes folles, condamnées à devenir des mauvaises graines». Plus globalement, les habitants récusent le sempiternel «amalgame: jeune, noir, arabe, musulman = terroriste, antisémite, délinquant inculte, anti-républicain et anti-Français». Ils assurent être «solidaires de toutes les victimes». Et proclament leur désir de «vivre en paix», sans avoir à constamment «se justifier».

Ce mardi, le ministre de la Jeunesse et de la Ville a prévu de rencontrer le collectif de «reporters citoyens» qui est à l'origine de cette vidéo. Le thème des échanges, tel qu'annoncé par son cabinet? «Le rôle de l'Etat, mais aussi des médias, pour donner des quartiers populaires une image plus juste». Vaste programme. Quant au «Figaro», à moins que cela nous ait échappé, il n'a pas encore écrit le moindre mot sur la colère des habitants de Grigny envers son reportage, qu'ils jugent rempli «de préjugés et de clichés».

Si ça tombe, quand le quotidien sarkozyste finira par évoquer la polémique, il se justifiera en invoquant... son droit à la caricature.

14/01/2015

Une semaine après

Paris, Presse, Journalisme, Arts Rue Nicolas Appert, ce matin. A l'heure précise où, il y a une semaine jour pour jour, a été perpétré l'attentat contre «Charlie Hebdo».

La mairie de Paris et l'ambassade des Etats-Unis en France venaient d'y faire déposer des couronnes de fleurs. Le collègue de CNN enchaînait les directs, dans lesquels, en boucle, il fustigeait la France pour les lacunes «impensables» de ses services de renseignement, dans la surveillance des trois islamistes avant qu'ils passent à l'acte. A deux pas, une jeune fille, Libanaise, précisant être de confession musulmane, posait pour les photographes avec, en main, le numéro spécial de «Charlie» qui est sorti ce matin.

Le petit carrefour donnant sur la rue Appert a été rebaptisé, par des quidams, «Place de la Liberté d'expression». Sur les murs, des touristes du monde entier sont venus apposer des petits mots de sympathie – on en a même lu en japonais. Un artiste de rue a réalisé un collage assez fort: un montage de photos des rues environnantes, maculées de taches de sang écarlates.

Dans la masse des messages, des dessins et des caricatures de soutien qui s'accumulent sur le bitume, on voit notamment un petit mot consacré au dessinateur Cabu (qui a été inhumé, ce matin): «Bon anniversaire 13 janvier 1938-13 janvier 2015. Même pas mort». On lit aussi des extraits du «Chant des partisans». Un «J'écris ton nom, Charlie». Ou un «Aimons-nous les uns les autres».

Dans le quartier, évidemment, comme dans l'ensemble de la capitale et dans le pays tout entier, dès les premières heures de la matinée, plus un «Charlie» n'était disponible en kiosque. Et, à 10 heures, dans cette partie du onzième arrondissement, on ne trouvait même plus le moindre «Libé» ni le moindre «Canard Enchaîné». Les Français, visiblement, se remettent à la lecture de la presse. Sans doute est-ce déjà cela.

Paris, Presse, Journalisme, Arts La tuerie, c'était donc il y a une semaine: le mercredi 7 janvier. Rien à voir, mais, une semaine plus tard, à quelques kilomètres à peine de là, Paris inaugure en grandes pompes, ce 14 janvier, La Philarmonie: l'immense nouvel ensemble culturel de la Porte de la Villette, dédié à la musique classique.

La musique adoucit les moeurs, assure l'adage. Pour le coup, si d'aventure il venait à s'appliquer, cela tomberait plutôt bien.

11/01/2015

Un quartier au centre d'une journée historique

Paris, Police, Sécurité, Journalisme Quelques coulisses de cette journée historique qu'a vécue Paris, ce dimanche. Vus depuis notre quartier du onzième arrondissement, plus que jamais concerné puisqu'il a été le premier endeuillé par la si meurtrière semaine écoulée.

Rue Saint-Sabin ainsi que dans quantité d'autres artères à proximité, il ne fallait vraiment pas être allergique à la couleur bleu marine. Dès les premières heures de la matinée, ces rues étaient entièrement, sur toute leur longueur, réservées aux véhicules de gendarmes, de CRS et de policiers.

Boulevard Richard Lenoir, des policiers lourdement armés et vêtus de gilets pare-balles ont, pendant toute la journée, stationné y compris... dans la cour intérieure de l'immeuble où se trouve le bureau parisien de «La Libre». Non pas, bien sûr, pour protéger ses modestes occupants. Mais parce que la même résidence héberge également un habitant qui, en ces temps, est susceptible de constituer une cible de choix, pour les poseurs de bombes et autres tueurs en puissance. Pour raison de sécurité – même si on doute un peu que les islamistes lisent «Paris Libre»... – , on ne s'étendra pas sur l'identité de l'intéressé.

Le hasard a voulu qu'aux grilles d'entrée de ce même immeuble – tout proche du lieu de l'attentat contre «Charlie» –, les gens du quartier, dès mercredi, aient commencé à déposer des bougies, des fleurs, des mots et des dessins en hommage aux victimes. Jour après jour, ce lieu de recueillement n'a cessé de grandir. A présent, c'est devenu un des plus imposants du quartier. Du coup, on ressent désormais une impression un peu bizarre – celle de pénétrer dans un mausolée – chaque fois que l'on franchit les grilles de l'immeuble, direction le bureau pour aller y travailler.

Sur ce même boulevard Richard Lenoir cet après-midi, sur le coup de 16 heures, la foule amassée était si dense qu'à pied, il fallait compter en moyenne une bonne minute pour chaque mètre parcouru. Avancer plus vite était physiquement impossible. Imaginez la facilité d'aller et venir, de réaliser un reportage sur une manifestation, dans de telles conditions.

Boulevard Voltaire à la même heure, et même dès une heure auparavant, on avait beau être muni de tous les badges et accréditations officiels nécessaires, on avait beau s'armer de son plus grand sourire, on avait beau parlementer longuement, surjouer l'amabilité et/ou jurer d'une indéfectible admiration de toujours pour la corporation des policiers, on n'était plus autorisé à franchir le moindre cordon de sécurité. Là aussi, pas facile de travailler.

On va dire qu'au moins, cela a eu l'avantage et l'intérêt de constituer une mémorable nouveauté, dans les usages journalistiques en République: un pass tout ce qu'il y a de plus officiel (délivré par le palais de l'Elysée) qui permet... de ne passer nulle part.

07/01/2015

Un carnage, si proche

Douze morts. Quatre blessés dans un état d'«urgence absolue». Et une vingtaine d'autres, moins grièvement atteints. C'est le dernier bilan que vient de dresser le procureur de Paris, François Molins. Le bilan de l'attentat terroriste qui a été commis ce matin à Paris – le plus grave jamais perpétré en France depuis plus de cinquante ans.

Pour l'anecdote – mais c'est si anecdotique, vu la gravité des événements –, cet attentat s'est déroulé à deux pas du bureau parisien de «La Libre». En effet, la rédaction de «Charlie Hebdo», qui a été visée, est située rue Nicolas Appert, dans le onzième arrondissement. Cette petite ruelle se trouve juste aux pieds de la résidence où «La Libre» a établi ses quartiers, depuis maintenant plus de dix ans.

On revient à l'instant du lieu de la tuerie. Le quartier est, bien sûr, complètement sous le choc. C'est même très troublant de voir ainsi si lourdement endeuillé ce qui est notre cadre quotidien de travail et de vie, et qui est d'habitude un environnement si paisible et tranquille.

PLANTU.jpgEn quelques heures, tout a basculé. L'atmosphère y a complètement changé. Plusieurs dizaines de véhicules de police, de gendarmerie, de pompiers et du Samu sont déployés dans toutes les rues environnantes. «Il y a encore des blessés à intuber! Il y a encore des blessés à intuber!», hurlait, tout à l'heure, complètement affolé, un secouriste qu'on a croisé. L'accès à l'ensemble de la zone est interdit. L'agence Pôle Emploi est grillagée: fermée. Les enfants de l'école Saint-Sébastien sont cantonnés à l'intérieur de l'établissement. De même que les journalistes de «Charlie» n'ont pu encore quitter leur rédaction.

«Je ne peux pas rester longtemps au téléphone, là. Je vais bien. Veille sur les enfants. Je te rappelle». C'est ce qu'on a entendu tout à l'heure, rue Appert. Dans la bouche d'une consoeur de «Charlie» qui n'était pas présente au bureau au moment de la fusillade, et qui, accourue sur place, rassurait ses proches. «Je vous en supplie! Laissez-moi passer!», hurlait, peu après, une autre jeune femme, s'adressant aux gendarmes assurant le cordon de sécurité qu'elle voulait franchir. Conjointe d'un journaliste de l'hebdomadaire, sans nouvelles de lui depuis ce matin, et donc morte d'inquiétude, elle voulait à tout prix aller à la rédaction vérifier qu'il était bien indemne. Il fallut de longues tractations avant qu'elle soit autorisée à franchir le cordon de sécurité.

Arrivé sur place dès 12h45, en compagnie de la maire de Paris, François Hollande a qualifié la fusillade contre «Charlie Hebdo» d'«acte d'une exceptionnelle barbarie», et a fait rehausser le plan d'alerte antiterroriste «Vigipirate» à son degré de vigilance maximal.

Après avoir vu et écouté le Président détailler le bilan si effarant de la tuerie, Guillaume, retraité du quartier, ayant longtemps tenu une droguerie très populaire rue Saint-Sabin, n'en revenait pas. Complètement sous le choc, il ne parvenait qu'à répéter, hagard: «Mais quelle société de sauvages! Mais quelle société de sauvages!»

On ne savait trop quoi lui répondre.

11/12/2014

Une si grande amabilité

Le groupe Canal+ adore visiblement Nicolas Sarkozy. Ou, en tout cas, il table sur sa victoire à l'élection présidentielle de 2017, et donc essaie d'emblée de se faire bien voir par lui.

Pour preuve, sa chaîne de télé D8 diffuse ce soir «Little french songs in America». Il s'agit d'un documentaire sur les coulisses de la tournée aux Etats-Unis de Carla Bruni. Nicolas Sarkozy lui-même y apparaît, bien sûr. Et, évidemment, sous un jour éminemment favorable, bien dans le ton dominant du documentaire: si aimable.

Il y a un an, déjà, la même chaîne D8 avait diffusé, en prime time, un documentaire sur le couple Sarkozy-Bruni, signé par une amie intime de l'ex-Première Dame: la réalisatrice et ex-top model Farida Khelfa. Le film – le publi-reportage, devrait-on plutôt écrire – relatait la vie quotidienne et familiale du célèbre couple. Il dégoulinait tellement de complaisance envers l'ex-Président qu'à l'époque, il avait fait beaucoup jaser.

Bis repetita, donc, ce soir. A nouveau, Canal contribue au «story-telling» sarkozyste.

Le procédé devient si voyant qu'on ne trouverait pas complètement idiot que le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) enfin se prononce sur la chose. Ces publi-reportages successifs de D8 ne doivent-ils pas être pris en compte dans le calcul du temps d'antenne consacré par cette chaîne à la droite sarkozyste?

01/12/2014

Une obligation permanente de «mesure»

Télévision, Médias, JournalismeElles continuent décidément de faire débat, les règles qui obligent les télés françaises à traiter dignement y compris les actualités les plus dramatiques et macabres: les actes et faits de guerre, et, plus globalement tout ce qui a trait à la souffrance humaine. Pour preuve, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) vient à nouveau d'intervenir à deux reprises sur la question. Il s'agit encore et toujours de cette charte qu'on a déjà évoquée dans ce blog (relire ici ou , par exemple). Elle interdit notamment aux télés de «présenter de manière manifestement complaisante la violence ou la souffrance humaine», et leur impose de faire preuve de «mesure» lorsqu’elles diffusent des images «concernant une victime ou une personne en situation de péril ou de détresse».

Cela oblige souvent les chaînes à recourir au floutage. Ce que n'a pas totalement fait, cet été, I>Télé. A l'occasion d'un reportage sur la Syrie, elle a diffusé des images non floutées de cadavres de soldats, gisant au sol. Ce qui lui a valu une plainte. Le CSA a cependant dédouané la chaîne. Car les visages des victimes, eux, étaient bel et bien floutés, un avertissement sur le caractère choquant de la séquence avait été préalablement adressé aux téléspectateurs, la diffusion était «justifiée par les nécessités de l’information», et les journalistes avaient «fait preuve de réserve s’agissant de l’authenticité des images diffusées». Le plaignant, dès lors, a été débouté.

En revanche, le «gendarme de l'audiovisuel» a été plus nuancé s'agissant d'une séquence relative à un fait divers diffusée dans le magazine «Enquête exclusive», sur M6. Elle montrait les derniers instants d'une jeune touriste en vacances à l'île de La Réunion, victime d'un grave accident de canyoning. Ses proches avaient saisi le CSA, «profondément meurtris» d'avoir vu, à la télé, l'agonie de l'intéressée. M6 n'a pas été rappelée à l'ordre, car elle avait correctement flouté le visage de la victime. Néanmoins, «comprenant le désarroi que la diffusion de cette séquence a suscité chez les plaignants», le CSA a fait en sorte que la séquence ne soit plus jamais rediffusée, et qu'elle soit même retirée de l’offre de programmes disponibles en télévision de rattrapage.

24/09/2014

Une stigmatisation, odieuse

Immigration, Religion, International, Presse, JournalismeA longueur de journées et depuis des mois, dans tous les médias, les plus hauts responsables de l'organe représentatif du culte musulman en France ne cessent de dire et de répéter combien ils condamnent, et le plus fermement qui soit, les horreurs perpétrées par les islamistes en Irak et en Syrie. Manifestement, cela ne suffit pas.

Pour preuve, cette phrase lue dans l'édito du «Figaro» du jour: «Quand donc verra-t-on des milliers de musulmans manifester dans les rues de nos villes pour dire que l'islamisme est contre l'islam?» Phrase qui suit une autre, évoquant elle la présence en France «d'une cinquième colonne d'égorgeurs en puissance, trop souvent protégés par le silence des communautés dans lesquelles ils vivent».

Et hop, voilà donc, en quelques lignes publiées en Une d'un des quotidiens nationaux les plus lus du pays, une demi-douzaine de millions de Français musulmans peu ou prou soupçonnés de silence coupable envers l'ignominie, voire de complicité et même de sympathie avec elle.

Et cette stigmatisation collective – pas loin d ailleurs de l'incitation à la haine sur base religieuse – , ne provoque même pas plus de réactions que cela. Un vague écho dans l'une ou l'autre revue de presse matinale, puis on passe à autre chose.

Ce pays va vraiment mal.

18/09/2014

Une analogie misérable

Journalisme, Médias, Presse, Corse, Sports, Football, Femmes, HistoirePuisqu'on évoquait le cas de journalistes ces deux derniers jours, poursuivons dans la même veine. Non pour évoquer la grande conférence de presse semestrielle de François Hollande, à partir de 17 heures ce jeudi à l'Elysée – sujet qu'il nous pardonnera de trouver un peu tarte à la crème –, mais pour relater le traitement qui a été infligé à une consœur. Cela s'est passé il y a plusieurs jours déjà, en Corse. Mais la nouvelle a mis un petit temps avant de faire du bruit en métropole, et elle continue à agiter les milieux journalistiques, dans l'île.

Samedi soir à Bastia, au stade de Furiani où avait lieu un match entre le Sporting Club local et l'équipe de Lens, plusieurs banderoles ont été déployées. L'une d'elle arborait le nom d'une consœur journaliste du quotidien «Corse Matin», suivi de ces mots: «En 45, on t'aurait tondu» (sic). Auparavant, l'intéressée avait couvert, pour son journal, le procès de quelques supporters de Bastia qui, dernièrement, ont été condamnés pour les incidents survenus en marge d'un match Bastia-OM, en août. La consœur a donc relaté cette actualité judiciaire. Samedi, cela lui a valu d'être rangée dans la catégorie des «journalistes complices d'Etat». Et d'être assimilée aux collabos de la dernière guerre, et plus particulièrement à ces Françaises tondues à la Libération pour avoir couché avec l'occupant allemand.

«On a tout à fait le droit de critiquer un article de presse, de l'estimer injuste et infondé et d'expliquer pourquoi, mais pas le droit d'écrire ce qui a été vu au stade samedi», s'est indigné le maire de Bastia, jugeant la banderole «lamentable». Le patron de la communauté urbaine d'agglomération s'est dit «scandalisé» et «écœuré». Le club lui-même s'est effaré de l'«inacceptable» analogie avec les collabos. Et la Ligue corse de foot a condamné «une banderole infamante, faisant référence à une période noire de notre histoire».

Journalisme, Médias, Presse, Corse, Sports, Football, Femmes, HistoireComble de la bassesse, le groupe de supporters «Bastia 1905», réagissant sur sa page Facebook, y a présenté «ses excuses pour la banderole qui fait actuellement polémique. En effet, il faut un "e" pour respecter l’accord»: il aurait fallu qu'y soit écrit «tondue», et non «tondu».

Misérable.

17/09/2014

Un rappel à l'ordre

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), qu'on évoquait hier, a décidément la main leste, en ce moment. En termes de rappels à l'ordre et de réprimandes adressés à la corporation journalistique. Ainsi, il vient de faire la leçon (ici) à la journaliste Caroline Fourest, à propos d'une émission qu'elle a diffusée sur France Culture en mai dernier.

L'intéressée y évoquait la guerre en Ukraine, et notamment les exactions prêtées aux séparatistes pro-russes. Elle crut bon de relater que certains paramilitaires seraient allés jusqu'à «arracher avec un couteau les globes oculaires» d'officiers ukrainiens. Le CSA a considéré que «cette information – eu égard à sa sensibilité – n’avait pas fait l’objet de vérifications préalables suffisantes». Il a enjoint Radio France à «faire preuve de davantage de vigilance et de rigueur, notamment pour des sujets sensibles d’actualité». Et a rappelé au groupe audiovisuel public les règles relatives au traitement médiatique des guerres et conflits internationaux. Elles recommandent notamment aux journalistes (relire ) de s'abstenir de présenter la violence ou la souffrance humaine de manière complaisante.

Bien. Les auditeurs de France Culture, et le grand public en général, n'ont sans doute pas besoin d'échos aussi gore – a fortiori insuffisamment vérifiés – pour appréhender l'actualité.

16/09/2014

Une sèche mise en garde

Journalisme, Médias, Télévision, JusticeLes journalistes français abusent-ils de la caméra cachée? En tout cas, ils en usent, et pas qu'un peu. Rien que hier soir, dans le seul JT de 20 Heures de France 2, on a eu droit à trois (trois!) sujets tournés de cette manière. En abusent-ils? Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) vient d'adresser une mise en garde cinglante à la chaîne de télé D8 (groupe Canal+).

A propos d'un reportage diffusé fin mai, et intitulé «J’ai infiltré une section du Front national». Il suivait, en caméra cachée donc, un candidat du FN menant campagne pour les élections municipales. Aux yeux de la chaîne, le recours à cette technique de tournage était justifié car le parti avait refusé sa demande officielle de reportage. Le CSA, en revanche, a jugé que posaient problème à la fois la dissimulation du journaliste sous une fausse identité, l'utilisation de la caméra cachée dans des lieux et au cours de moments strictement privés, et l'apparition à l'écran de personnes insuffisamment floutées, donc parfaitement reconnaissables. Et de rappeler que «le recours aux procédés permettant de recueillir des images et des sons à l'insu des personnes filmées ou enregistrées doit être limité aux nécessités de l'information du public». Sous-entendu: cela ne peut servir à des fins de mise en scène racoleuse de l'info.

Sans aucun sous-entendu, lui, et même très frontalement, le FN, hier, réagissant à cette décision du CSA, a dénoncé «les méthodes barbouzardes», «les procédés abjects» et «le manque de déontologie» de l'émission dont question, ainsi que de la chaîne de télévision. Qu'il a accusées de pratiquer du «journalisme inféodé»: «loin de toute neutralité», de se livrer à «de la propagande politique, sous prétexte d’information». Le parti de Marine Le Pen a porté plainte, et entend bien que les juridictions pénales aillent dans le même sens que le gendarme de l'audiovisuel.

12/09/2014

Un univers toujours aussi masculin

Femmes, Médias, Télévision, Radio, JournalismeCela n'a décidément pas progressé, en un an. Comme chaque année, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a fait analyser () quelle était la place occupée par les femmes dans les programmes d'information des chaînes de télé et de radio, en France. Et le bilan n'est pas plus mirobolant que celui qui avait été dressé l'an dernier, déjà très mitigé (relire ici).

Au global, de l'étude des programmes informatifs des télés et radios généralistes (TF1, France Télévisions, Canal+, RTL, Europe 1, etc.) et des chaînes d’info continue (BFM TV, iTélé, LCI), il ressort que «la présence des femmes reste marginale». Ainsi, pour les télés généralistes, si «le taux moyen des femmes intervenant à l’antenne dans les journaux de 20 heures et d’avant soirée a dépassé, en 2014, le seuil des 20%, alors qu'il était de 18,9% en 2013», «la place des femmes intervenant dans les sujets, qu’elles soient témoins ou expertes, en plateau ou en reportage, reste marginale».

De même, si la médiatisation des personnalités féminines a un peu progressé (20,2%, contre 17,8%), les femmes «restent tout aussi peu visibles à l’antenne Elles sont quatre fois moins présentes que les hommes, et les trois quart de ces personnalités féminines sont des politiques». En outre, «à l’inverse des hommes, elles sont totalement absentes de certains domaines comme la religion, la santé ou la société». En revanche, pour ce qui est de la répartition des sujets traités par les journalistes selon qu'ils soient masculins ou féminins, est à nouveau confirmée la vieille règle selon laquelle «les femmes restent toujours un peu plus présentes sur les sujets de société, de santé et d’éducation, moins sur les sujets concernant le sport ou les sciences et la technique» – eux traités en majorité par des journalistes hommes.

Plus que jamais, donc, les médias audiovisuels restent un univers avant tout masculin. C'est d'autant plus singulier que, dans le même temps, la profession journalistique, elle, année après année, ne cesse de se féminiser – et c'est valable aussi ailleurs qu'en France.

Ainsi, «la population des femmes journalistes est en constante augmentation depuis 2000, et a progressé dans tous les secteurs d’activité (presse, télévision, production audiovisuelle)». Parmi les détenteurs de la carte de presse en France, on compte désormais 46% de femmes et 54% d’hommes: On approche donc, tout doucement, de la parité.

Femmes, Médias, Télévision, Radio, JournalismeEn revanche, on est encore très loin de l'égalité pour ce qui concerne la répartition hommes-femmes des postes à responsabilités, dans les médias: les fonctions de direction y sont occupées à 62% par des journalistes hommes, contre 37% seulement par des femmes.

Et on ne parierait pas que le rapport 2015 du CSA sera franchement meilleur.

09/05/2014

Un respect très inégal

International, Médias, Journalisme, TélévisionLe Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) est intervenu (ici) auprès de la télé d'info continue i>Télé. Pour un reportage qu'elle a diffusé, consacré à la guerre en Centrafrique, et qui montrait notamment un homme en train d'être lynché. A cette occasion, la chaîne a manqué deux fois à ses obligations. Elle n'a pas flouté le visage de la victime, et a donc enfreint l'interdiction de «présenter de manière manifestement complaisante la violence ou la souffrance humaine, lorsque sont diffusées des images de personnes tuées ou blessées». Et elle a omis de «veiller à ce que la diffusion de sons et/ou d’images difficilement soutenables soit systématiquement précédée d’un avertissement explicite au public, destiné à protéger les personnes les plus vulnérables de leur éventuel impact».

Les médias audiovisuels français, en effet, sont astreints à un certain nombre d'obligations (), quand ils informent de conflits internationaux, de guerres civiles, ou d'actes terroristes. Dans leur pratique quotidienne, cela dit, ils respectent très inégalement cette charte.

Ainsi, ils se plient majoritairement à l'obligation qui leur est faite de «préserver la dignité des personnes prises en otage, notamment lorsque leur image ou tout autre élément permettant de les identifier est utilisé par les ravisseurs». C'est pourquoi, quand les médias diffusent des vidéos ou des photos d'otages, documents provenant de leurs ravisseurs, les visages de ces otages apparaissent le plus souvent floutés.

International, Médias, Journalisme, TélévisionEn revanche, les télés françaises se contrefichent visiblement de leur obligation de respecter la dignité également des personnes réagissant à la mort de leurs proches. On l'a encore bien vu, et doublement, dernièrement. Quand, à tous les JT et pendant plusieurs jours, ont défilé les images des familles éplorées par le naufrage du ferry coréen et, précédemment, par la disparition de l'avion malaisien. Si la recommandation du CSA avait été respectée à la lettre, les visages de ces personnes endeuillées auraient systématiquement dû apparaître floutés, à l'antenne.

On se demande d'ailleurs où était l'organe régulateur de l'audiovisuel, tous ces jours-là. Puisque, à moins que cela nous ait échappé, il n'a jamais réagi à ces infractions.

Encore bravo.

07/04/2014

Un moment d'hésitation, révélateur

Un sondage de popularité assez moyen pour l'exécutif Hollande-Valls, publié ce matin (ici). Le hasard a voulu qu'on ait fait partie du panel des personnes interrogées. A dû jouer aussi le fait que nos téléphones n'étant pas sur liste rouge, on est sollicité à longueur de journées par des démarcheurs de toutes sortes, dont des sondeurs. Comme chaque fois, cela a été assez comique de répondre aux questions de la petite main qui, samedi matin, pour l'institut OpinionWay, nous a appelé en vue de cette enquête d'opinions.

Ainsi, la formulation d'une de ses questions en disait long sur l'ambiance anti-politique du moment, dans la population: «De quel parti politique vous sentez-vous le plus proche, ou, disons, le moins éloigné?» Parmi les formations qui étaient suggérées comme réponses à cette question, on a même eu droit au petit parti «Chasse, Pêche, Nature et Traditions», qui, pourtant, a depuis longtemps disparu de la circulation. Parmi les personnalités dont on était prié de dire si on était satisfait («assez ou très») ou mécontent («assez ou très»), figurait un certain... Nicolas Sarkozy. Qui a théoriquement quitté la politique active. On a aussi découvert que, parmi les questions destinées à établir le profil socio-économique du sondé (nécessaire, s'agissant d'une enquête par quotas), figurent, outre les interrogations habituelles (taille et composition du ménage, dernier diplôme obtenu, etc.), une question relative... au permis de conduire: la possession ou non de ce titre, et le nombre de points y figurant – on n'a pas bien vu le rapport.

Surtout, comme chaque fois qu'on a en ligne quelqu'un d'un institut de sondages, on a eu droit à ce délicieux petit moment d'hésitation de notre interlocuteur, après l'énoncé de notre profession. Puis à une requête de sa part de bien vouloir patienter quelques secondes, suivie d'un blanc. Soit sans doute le moment, pour lui, d'interroger son supérieur: sur la catégorie socio-professionnelle dans laquelle il pouvait bien classer cette occupation de journaliste (employé? cadre? profession supérieure?).

En ces temps de précarisation grandissante de la corporation journalistique (relire , par exemple), on n'est jamais assez prudent.

19/02/2014

Une perte de repères

Le journalisme à la française, sujet décidément perpétuel d'étonnement. Dernier exemple en date, hier soir, tard: une séquence entendue sur une radio très écoutée. En trois minutes, les sons importants de la journée, le condensé des actualités qu'il ne fallait pas manquer.

Un jeune jihadiste français, combattant en Syrie, disait prendre comme «modèle» Mohammed Merah: le Toulousain auteur, en 2012, de sept assassinats antisémites, dont des enfants abattus dans une école juive. Et promettait que, de retour en France, lui aussi ferait «tout péter». Venaient ensuite, dans cette séquence, un médaillé olympique français de Sochi se plaignant de ses ligaments croisés du genou, un médecin confirmant qu'une crise de goutte (comme celle qu'a subie Jacques Chirac, lundi soir), c'est extrêmement douloureux, et ainsi de suite. Entre autres sons de la journée, hop, emballé c'est pesé/diffusé, et on passe au flash météo.

Non.

On ne mélange pas comme cela, dans une sorte de zapping de ce qui a buzzé depuis le début de la journée, une apologie du crime antisémite, et tout le reste. On n'aligne pas de la sorte, sans le moindre commentaire, des actualités aussi dissemblables, dans leur degré de gravité. Au risque que le grand public en vienne, à son tour, à mettre tout cela sur le même pied. La haine antisémite se retrouvant reléguée au rang d'ingrédient comme les autres de «la soupe» des agitations médiatiques de la journée.

Une actualité chasse l'autre, certes. Mais tout ne se vaut pas. Et a fortiori quand on est un média du service public, qui compte l'éducation parmi ses missions.

Il y a décidément, dans le journalisme contemporain – mais sans doute n'est-ce pas propre à la France –, une perte de sens et de repères qui est absolument effarante.