03.05.2012
Un exercice pas si facile
A nouveau faisons dans la cuisine interne et les coulisses journalistiques, aujourd'hui. Ce n'est pas facile, pour les journalistes de quotidiens paraissant le matin, de couvrir des actualités comme le grand duel télévisé d'hier soir. Dans le feu de l'action, d'ailleurs, on s'est souvenu s'être déjà dit cela il y a cinq ans à la même époque: le soir du duel Sarkozy-Royal.
Au risque de paraître immodeste, ce ne sont pas tant les thèmes abordés dans le débat ni la technicité des sujets qui posent problème. Après deux mois de campagne électorale quasiment 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, on maîtrise les données principales, les grands enjeux, les chiffres-clé, et les argumentaires des deux côtés. La difficulté réside dans les conditions techniques dans lesquelles s'effectuent les bouclages d'éditions, dans la presse écrite quotidienne.
Hier soir, le texte pour la première édition devait avoir été envoyé à Bruxelles à 22 heures, au plus tard. Il a donc dû être rédigé alors que le duel n'avait qu'à peine commencé. Or, ce genre de débat peut, à chaque instant, complètement déraper, totalement changer de physionomie. Difficile, dès lors, de s'autoriser des pronostics sur l'issue du match, rien que sur la base de ses premiers échanges. En outre, deux actualisations du papier étaient prévues, pour les éditions suivantes: la première à 23 heures, la seconde à minuit. A ces moments, il a donc fallu faire deux choses différentes en même temps. D'une part, continuer à suivre attentivement les échanges se poursuivant: absolument ne pas louper ce qu'il se disait d'intéressant. D'autre part, rédiger tout aussi attentivement l'actualisation du papier: absolument ne pas oublier d'y inclure ce qu'il s'était dit d'intéressant, depuis la dernière version envoyée. Le cerveau coupé en deux, en somme. Et les yeux rivés en permanence sur l'heure: sur ces minutes qui, dans ces circonstances, ont toujours l'air de filer plus vite que l'éclair.
Pas simple. Assez acrobatique, même. Cela exige une concentration phénoménale et, dans le même temps, à la fois le plus grand calme et la réactivité maximale.
Mais c'est évidemment dans ces moments-là que le journalisme est le plus excitant.
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02.05.2012
Une agressivité
Quelle que soit son issue, dimanche soir, cette campagne présidentielle de 2012 restera dans les annales notamment pour ce qui fut une de ses particularités, jamais vue à ce point précédemment: l'agressivité envers la presse.
Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, avec leurs tirades médiaphobes énervées, avaient donné le ton. Nicolas Sarkozy a embrayé sans vergogne, en rangeant les médias dans ces «corps intermédiaires» qu'il abhorre. A chacun de ses meetings, il a des phrases très peu aimables sur les journalistes, réduits peu ou prou à des bobos égotiques, indignement donneurs de leçons, et complètement coupés des réalités. Parmi les slogans scandés par la foule, lors de ses meetings, figure d'ailleurs un très ironique et aigri «La presse, avec nous!»
«Journalistes, dégagez!» Ce slogan-là, on l'a entendu scandé hier: lors du défilé du 1er mai du Front national. On y a vu certains journalistes se faire très virilement bousculer par les sbires du service d'ordre frontiste. Qui trouvaient qu'ils ne dégageaient pas assez vite quand le cortège avançait et/ou qu'ils s'approchaient un peu trop près de la famille Le Pen: pour tenter de les photographier, de les interviewer, etc. Hier aussi, cerise sur le gâteau, une journaliste du site web d'info Mediapart (très antisarkozyste, donc très détesté dans «La France forte») a affirmé avoir été violentée en marge du meeting sarkozyste du Trocadéro. Selon ses dires, des militants l'ont bousculée, traitée de «sale gauchiste», lui ont arraché le badge d'accréditation qu'elle portait au cou, ont empoigné son appareil photo et l'ont fracassé par terre.
Il est temps, décidément, que cette campagne s'achève.
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30.04.2012
Un différence de traitement (culinaire)
On n'a pas gardé de souvenir de cela pour la campagne présidentielle de 2002. Mais, par contre, on se souvient bien qu'on s'était déjà fait la réflexion pendant celle de 2007. Côté coulisses, dans le genre donc très anecdotique, il y a une nette différence dans la manière dont les journalistes sont traités par les présidentiables. Une différence de traitement... culinaire.
Tous les candidats à l'Elysée ont l'habitude de garnir les salles de presse de leurs meetings de victuailles diverses et variées. Destinées sans doute à éviter que des journalistes y tombent d'inanition (ces meetings terminent souvent tard), ou qu'ils soient affamés/assoiffés au point que leurs compte-rendus de meeting s'en ressentent négativement. Or, entre les buffets de presse de Nicolas Sarkozy et ceux de François Hollande, il y a un monde de différence. Comme les buffets sarkozystes de 2007 n'avaient rien à voir avec ceux de Ségolène Royal.
Côté Sarkozy: les petits plats dans les grands. Petits fours et zakouskis. Miniardises et canapés garnis. Petites salades diététiques très chics. Macarons et viennoiseries venus des plus grandes pâtisseries. Cela sent la qualité comme l'opulence à plein nez. Et c'est servi par du personnel en livrée.
Rien de tel côté Hollande. Là, c'est la bonne franquette. Des sodas, du café, de l'eau, des jus de fruits, des chips, des biscuits standards: petits beurres, barquettes aux fraises, ou madeleines industrielles. L'essentiel y est, mais on ne passe pas des heures au buffet: on se sert son coca et, basta, on s'en va.
D'un strict point de vue culinaire (rien de politique là dedans), on préfère nettement la seconde formule. Lors des meetings sarkozystes, on n'ose à peine approcher le buffet des journalistes. Impression désagréable de jouer les pique-assiettes. Sensation dérangeante de se laisser cajoler. A la limite de la culpabilité.
Mais on ne jurerait pas que tel est aussi l'avis d'une majorité des journalistes couvrant cette présidentielle.
14:05 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : elections présidentielles, gastronomie, art de vivre, journalisme, médias, presse
22.04.2012
Une (autre) double casquette
Bonjour à celles et ceux qui, en ce dimanche électoral, débarquent sur ce blog pour y trouver avant l'heure les résultats du premier tour de la présidentielle. Comme on n'aura pas du tout le temps, dans les heures à venir, d'actualiser ce blog, ces infos seront regroupées sur le portail de Lalibre.be. Merci de votre passage ici. N'hésitez pas, pourquoi pas, à y revenir, maintenant que vous connaissez l'adresse.
A destination cette fois des habitués de ce blog, embrayons sur la note de vendredi, dans laquelle on s'énervait (un peu) de la manière dont Nicolas Sarkozy gère sa double casquette, concernant cette fameuse diffusion, ou non, des résultats électoraux avant l'heure légale. Pour ne rien cacher, on fait (un peu) moins le malin, deux jours plus tard. Parce que, nous aussi, on est affublé d'une double casquette pas trop glorieuse.
En tant que citoyen, on est contre cette publication prématurée des résultats. C'est d'ailleurs l'avis aussi de deux Français sur trois, selon un sondage vendredi. La loi, c'est la loi. A fortiori dans un pays dont les gouvernants professent la "tolérance zéro" à l'égard de toute infraction à la loi. Tout le monde a l'air de subitement trouver idiote cette disposition interdisant la diffusion des résultats avant 20 heures? Il fallait y penser avant. Cinq ans, au moins, qu'on aurait pu modifier cette loi.
En outre, le journalisme «réseausocialisé», en 140 signes et pas un de plus, l'hystérie de l'information, l'immédiateté des événements: c'est drôle un moment, mais cela finit par lasser. Il n'y a pas de honte, à un moment où l'autre, à vouloir prendre un peu du recul sur l'événement. A ne pas engloutir n'importe quelle info n'importe comment. Pas de honte à prendre (un peu) le temps.
Mais on n'est pas que citoyen: on est aussi journaliste. Donc, ce dimanche, on n'a pas le choix. En bon soldat, on va suivre sagement les consignes de la hiérarchie, et participer à l'hystérie informative et électorale du moment. Sans états d'âme. Chaque journaliste a un petit côté mercenaire.
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17.04.2012
Une (laborieuse) ouverture au monde
Ce n'est qu'au moment des présidentielles que la presse étrangère basée en France peut travailler dans des conditions correctes. C'est ce qu'on s'est (re)dit dimanche, au meeting géant de François Hollande, à Vincennes.
Hors périodes de campagnes élyséennes, la presse étrangère n'est «pas la priorité de communication» des politiques français. Qui le reconnaissent d'ailleurs sans ambages. Normal: les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs des médias étrangers ne votent pas en France. En périodes présidentielles, en revanche, cela change. Soucieux de se bâtir un minimum de stature internationale, les présidentiables sont un peu plus attentifs à la presse étrangère. François Bayrou avait été le premier à le faire, à la présidentielle de 2007, François Hollande l'a imité à celle de 2012: il a une attachée de presse spécifiquement chargée des médias internationaux. A Vincennes dimanche, on a même vu ce qu'on n'avait jamais vu lors d'aucune autre campagne présidentielle et chez aucun autre candidat.
Quelque 450 journalistes s'étaient accrédités pour couvrir l'événement. Parmi eux, l'on recensait 160 nationalités différentes. Dès lors, une (petite) section de la salle de presse était réservée à la presse internationale. Cela changeait de ces salles de presse de meetings où les journalistes étrangers ont juste le droit de passer après tous leurs collègues français, ne serait-ce que pour avoir une prise de courant, une ligne ADSL, ou simplement une chaise et un bout de table.
Cette attention des présidentiables à la presse étrangère connaît des limites, toutefois. A de très rares exceptions près, les grandes interviews restent, bien sûr, l'apanage de la presse hexagonale. Et, le plus souvent, seuls les journalistes français ont accès aux déplacements de présidentiables quand ceux-ci sont «poolés»: fonctionnent en «pools», avec un nombre minimum de journalistes, chargés ensuite de répercuter les infos auprès des confrères exclus de ces pools.
Qui sait les présidentiables français progresseront-ils dans leur ouverture au monde, à la présidentielle de 2017. Ou pas; on verra.
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11.04.2012
Un tabou brisé (un peu)
A chaque campagne présidentielle, on se pose la question (voir par exemple ici). Comment donc font ces présidentiables pour tenir le coup, physiquement? Ces jours-ci, d'ailleurs, à moins de deux semaines du premier tour, les marques d'épuisement sont nettement visibles, sur leurs visages. C'est à ce moment qu'un tabou commence à (très légèrement) se briser en France. Concernant un sujet ultra-délicat: le dopage en haute politique.
Ainsi, depuis lundi, on a pu entendre, voir et lire un peu partout, dans les médias français, les propos de Denis Demonpion et Laurent Léger: les auteurs d'un livre de «Révélations sur la santé des Présidents», qui vient de paraître (aux éditions Pygmalion). En marge du sujet principal (notamment l'affirmation selon laquelle François Mitterrand aurait, à sa demande, été euthanasié), ces deux journalistes ont tenu des propos qui, sauf erreur, n'avaient jamais été tenus auparavant.
Leur ouvrage étant consacré aux Présidents, leurs allégations n'ont concerné que le seul Nicolas Sarkozy, mais il n'y a bien sûr aucune raison de penser qu'il est le seul politique concerné.
Donc, cela a donné ceci, dans la bouche de ces deux journalistes. Avec l'accord de ses médecins, le Président-candidat prend «différents produits», qui «ne sont pas autorisés à la vente en France». Par exemple, des médicaments «testés par des labos, mais qui n'ont pas encore reçu le feu vert des autorités sanitaires françaises pour être mis sur le marché». Des produits en vente à l'étranger et/ou sur le net. Des «remontants». Des «substances énergisantes, que prennent en général des sportifs». Des «fortifiants très puissants». Des «produits pour être en forme», et/ou «pour se calmer un petit peu».
Remarquez comme tout cela est dit avec énormément de précautions. Et, qui plus est, sans aucune condamnation. Dixit un des deux auteurs de cet ouvrage, qu'on entendait hier sur une radio: «Après tout, le Président doit être en permanence et jour après jour en excellente forme». Remarquez aussi qu'aucun nom précis de molécule n'est cité. Et pour cause: accoler le nom de telle ou telle personnalité politique à celui de telle ou telle substance particulière, terminant en «ine» par exemple (créatine, amphétamines, et on en passe), c'est à coup sûr se prendre un procès en diffamation.
Ce débat naissant est donc extrêmement précautionneux. Mais au moins n'est-ce plus le silence complet, le tabou total.
Sans doute est-ce déjà cela.
12:51 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : elections présidentielles, personnalités, santé, sarkozy, journalisme, médias
27.02.2012
Un (gros) raté
«Raté!» Nathalie Kosciusko-Morizet en a convenu au micro illico: aussitôt après avoir commis le gros raté qui, ce week-end, a dû faire rire – ou s'effarer, c'est selon – pas mal de Parisiens. C'était vendredi soir, en direct sur une radio. L'ex-ministre des Transports était interrogée sur le prix du ticket de métro à Paris. Grand classique de campagne présidentielle en France, depuis qu'Edouard Balladur, en 1995, sécha sur la question. NKM fit pareil. Elle situa le prix de ce ticket à... 4€. Or, c'est 1€70. «Quand on est ministre, on prend rarement le métro, et, quand on le prend, c'est gratuit», a-t-elle tenté de se justifier. Sans évidemment parvenir à empêcher le «buzz» de démarrer, et d'enfler pendant tout le week-end.
Week-end que l'intéressée mit à profit pour essayer de se rattraper. Disant qu'elle avait confondu avec les 4€65 que coûte le billet de RER entre Paris et sa ville de Lonjumeau, en banlieue. Contestant aussi le bien-fondé de cette «question pour touriste anglais en vacances en France»: rappelant qu'en Région parisienne, les habitués du métro n'achètent pas de ticket à la pièce, mais au minimum par carnets de dix billets, voire ont le plus souvent un abonnement.
C'est vrai. C'est vrai aussi que c'est agaçant, ces journalistes qui croient malin de transformer des interviews de fond en quizz télé inquisitoriaux, style «Questions pour un champion». Comme si la valeur de telle ou telle personnalité politique pouvait se réduire à son aptitude à répondre, ou non, à telle ou telle question-piège sur le quotidien de l'électeur moyen.
Il n'empêche, autant on était agacé au moment où on entendait cette question tarte à la crème, autant, après avoir entendu la réponse, on s'est dit que ce n'était peut-être pas une mauvaise idée.
Car, 4€ au lieu d'1€70: elle n'y était pas du tout, là. Ce qui pose question, pour une ex-ministre des Transports.
En plus, que la porte-parole de campagne d'un Nicolas Sarkozy se présentant comme le «candidat du peuple» puisse ne serait-ce qu'imaginer le ticket de métro à 4€, soit à un tarif exorbitant et donc hors de portée de ce même «peuple», cela laisse songeur.
11:44 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, transports, economie, personnalités, elections présidentielles, journalisme
23.02.2012
Une si irritante absence
L'histoire se répète, dramatiquement. Le jeune photoreporter français Rémi Ochlik, mort hier d'un tir de roquette à Homs, en Syrie, avait côtoyé Lucas Mebrouk Dolega, de son vivant: ce confrère qui perdit la vie, lui en Tunisie en janvier 2011. Les deux jeunes gens s'appréciaient, et partageaient la même passion pour le photojournalisme. Ils en sont morts tous les deux. Plutôt que se répéter, on renvoie à la note qu'on avait écrite à l'époque (ici). Rien, hélas, à ajouter.
Ou plutôt si, mais sur un autre point. Comme à chaque campagne présidentielle française, il est frappant de constater combien les grands dossiers de politique internationale sont assez largement absents de la campagne.
Que ferait François Hollande, s'il est élu en mai, pour que la France, au Conseil de sécurité de l'Onu, persuade la Russie à accepter des couloirs humanitaires en Syrie? Ou, pour ne pas se cantonner à ce seul pays, quel rapport le socialiste entretiendrait-il avec le controversé Abdoulaye Wade, s'il est réélu Président du Sénégal? Comment défendrait-il la liberté des journalistes de faire leur métier en Russie, en Chine ou en Birmanie? Rien. On n'en sait rien. Tout le monde à l'air de s'en moquer. Les électeurs français sont priés de ne s'intéresser qu'aux questions franco-françaises: strictement, étroitement, hexagonales.
Cette absence des questions internationales dans la campagne, elle était plus manifeste et irritante que jamais hier soir, au 20 Heures de France 2, où était reçu Nicolas Sarkozy.
Quelle affaire, quelle agitation, quelle sensation, que le mea culpa qu'il y bredouilla, à propos de sa fameuse soirée au «Fouquet's», en mai 2007. En revanche, le jour de la mort de Rémi Ochlik à Homs, il y avait une autre question qui fâche, qui aurait pu/dû être posée au Président sortant. Faisait-il également acte de contrition pour avoir, en 2008, reçu à Paris, en grandes pompes et avec tous les honneurs, son homologue syrien Bachar el-Assad?
Hier, David Pujadas n'a pas pensé (pas osé?) poser cette question à son invité.
Un pays n'a probablement que le buzz médiatique qu'il mérite.
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15.02.2012
Un terme inutilement violent
Le jour J de Nicolas Sarkozy, donc, ce mercredi. Ou comment, certainement, transformer en incroyable show médiatique et buzz frénétique ce qui, sur le fond, constitue tout de même un non-événement: la confirmation de sa candidature à un second mandat élyséen. On verra cela ce soir, au 20 Heures de TF1.
En attendant, on est tombé en arrêt, ce matin. Tombé en arrêt devant ces colonnes Morris où, dans notre onzième arrondissement comme dans tout Paris, apparaît notamment la couv' du numéro de cette semaine de l'hebdo «Marianne». Avec ce titre: «Le casse-tête de la droite: comment abattre Hollande».
Abattre, donc. Démolir, supprimer, détruire, anéantir, tuer, en somme. D'accord, ce verbe est souvent utilisé au sens figuré: abattre ses cartes, etc. Mais, en l'occurrence, dans un tel contexte, était-il vraiment nécessaire d'y avoir recours? «Comment battre Hollande» n'aurait-il pas suffi? Ou comment «l'emporter sur», «vaincre», «défaire» l'intéressé, etc.?
Cette campagne présidentielle (comme les précédentes) ne s'annonce-t-elle pas déjà suffisamment violente, pour que la presse doive encore rajouter de l'huile sur le feu? En recourant à des titres de «Une» aussi inutilement guerriers, à des accroches aussi pathétiquement viriles? Tout ça, pour mieux vendre.
On n'achètera ni ne lira «Marianne», cette semaine.
12:23 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : presse, médias, journalisme, elections présidentielles, langue française, sarkozy, hollande, publicité
06.02.2012
Une année faste
C'est un peu dur à écrire, alors que deux quotidiens («France Soir» et «La Tribune») viennent de disparaître des kiosques, mais, malgré tout, 2011 fut une année faste pour la presse quotidienne nationale (PQN) en France. Au passage, cela n'a pas l'air d'avoir été le cas en Belgique, où, si l'on se souvient bien d'une dépêche vue en coup de vent la semaine dernière, les chiffres relatifs à la diffusion payante des journaux ont, une fois de plus, été mauvais.
Dans l'Hexagone, en revanche, les quotidiens nationaux ont cessé de perdre des lecteurs (+0,04%). Dans le détail (voir ici ou là), cela donne +1,34% pour «Le Figaro», +2% pour «Le Monde», +3,3% pour «Les Echos», ou carrément +5,4% pour «Libération». L'autre jour, le directeur de ce journal, Nicolas Demorand, y est allé d'un cocorico (ici). Selon lui, cela indique «qu’il n’y a pas de fatalité. Qu’un titre de presse peut reconquérir des lecteurs, sur tous les supports. Qu’il peut faire entendre sa voix dans un paysage médiatique saturé».
En tout cas, cela indique qu'en 2011, l'actu a été porteuse pour la «grande presse». Ainsi, c'est la saga DSK qui a permis à «Libé» de réaliser ses dix meilleurs ventes de l'année. Au-delà de cette rocambolesque affaire et rien qu'au plan franco-français – sans rappeler donc les révolutions arabes, la crise mondiale, etc – l'an dernier, l'actu chaude, ici, n'a pas arrêté. Le «Karachigate», les procès Chirac et Villepin, l'«affaire Bettencourt-Woerth», la libération des deux journalistes otages des talibans, les élections cantonales, les déboires tunisiens de Michèle Alliot-Marie, le scandale sanitaire du «Mediator», les primaires socialistes, etc, etc.
Bref, les journalistes PQN de France n'ont pas arrêté, l'an dernier. Le public a suivi, donc. Tant mieux (pour eux); quitte à bosser...
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19.01.2012
Un soupçon de connivence
Plein de choses intéressantes, comme chaque fois, dans le «Baromètre de la confiance dans les médias» réalisé chaque année par la TNS-Sofres, et publié ce matin (ici) dans le journal «La Croix».
Internet est toujours bon dernier (et la radio toujours en tête) dans le degré de confiance accordé par le public aux différents types de médias, mais la crédibilité et la fiabilité informatives de la toile, jadis proches de zéro, commencent à progresser. Le goût des Français pour l'info croît. Tant mieux: les journalistes ne feront pas des heures supplémentaires pour rien, dans les six mois de campagne présidentielle qui viennent. Les médias se voient reprocher de parler exagérément des candidats à l'Elysée dominants, et pas assez des petits candidats. Et le grand public trouve que les journalistes en ont beaucoup trop fait sur les des deux grands feuilletons qui ont alimenté l'actu, l'an dernier: les aventures juridico-sexuelles de DSK, et les ennuis politico-fiscaux de la milliardaire Liliane Bettencourt. En revanche, les Français auraient aimé que les médias leur parlent davantage du sommet de Durban sur le climat, ou de la reconnaissance de l'Etat palestinien par l'Unesco. On n'est pas loin d'être d'accord avec eux.
Enfin, près de six Français sur dix continuent de douter de l'indépendance des journalistes: de leur indépendance à la fois à l'égard des décideurs politiques et envers les «pressions de l'argent». Cette défiance est une vieille constante de ces baromètres, et elle ne s'arrange pas fondamentalement, d'une année à l'autre.
Ce soupçon de connivence avec les puissants, pris à l'échelle individuelle, est sans doute injuste (insultant?) pour le petit journaliste moyen: celui qui, sans la ramener, loin donc des vedettes de l'info, essaie juste de faire chaque jour le plus correctement possible un travail qui, en soi, n'est pas facile et qui, d'année en année, se déroule dans des conditions de plus en plus difficiles. Mais, à l'échelle de la corporation, cette confiance très relative de l'opinion est plutôt saine, trouve-t-on. Car elle force la profession journalistique à sans cesse s'interroger, et à être vigilante sur ses pratiques et sur son éthique.
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16.12.2011
Un «fiel mensonger»
Terminons la semaine plus légèrement, sur un coup de sang. Un coup de colère de Ségolène Royal, en l'occurrence – dont on sait, depuis son mémorable face-à-face télévisé avec Nicolas Sarkozy, entre les deux tours de la présidentielle de 2007, que, pour elle, il y a «de saines colères».
Ségolène Royal soigne le blues de sa récente humiliation politique, aux primaires socialistes, en voyageant de par le monde. Ainsi, l'autre jour, elle était au Vietnam. A son retour, plusieurs médias qui comptent dans sa région de Poitou-Charentes («La Charente Libre», «Centre Presse» et «La Nouvelle République du Centre-Ouest») l'ont épinglée. Pour avoir, selon eux,«exigé que l’ambassadeur de France à Hanoï vienne la chercher au pied de la passerelle de l’avion, à son arrivée» dans cette ville.
Cette semaine, l'intéressée a sorti un communiqué furibard, dénonçant une énième «boule puante» à son encontre. «L’ambassadeur de France au Vietnam lui-même a adressé un démenti formel à ces journaux. Il a procédé à l’accueil républicain habituel, lors de la venue d’une ancienne Ministre. Sa voiture était stationnée à l’extérieur de l’aéroport. Les formalités habituelles d’entrée sur le territoire vietnamien ont été accomplies». Dès lors, si ces médias médisants avaient pris la peine de vérifier leurs «allégations malveillantes» avant de les diffuser, il auraient appris que «ces soi-disant faits sont totalement faux».
L'ex-candidate à l'Elysée n'a pas du tout apprécié cette légèreté journalistique – et elle a parfaitement raison. Elle a donc «décidé d’attaquer en justice les journaux qui ont diffusé cette fausse information», ainsi que, à l'avenir, «tous ceux qui la reprendront». Car «la campagne électorale n’autorise pas tous les aigris à avoir accès à la presse pour déverser leur fiel mensonger».
Voilà les plumitifs, et les opposants à l'intéressée, avertis.
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10.11.2011
Un gros coup de blues
On n’a pas du tout le moral, en ce moment. Alors, précisons illico: le «on» ne concerne pas notre petit individu – on ne se permettrait pas d’étaler nos états d’âme personnels dans un blog professionnel… – mais notre corporation. Les journalistes, en effet, n’ont pas le moral. C’est ce qu’on a découvert dans le Baromètre du moral des journalistes – mais oui, ça existe… – réalisé par l’institut CSA, qui a sondé 5930 confrères français.
Il en ressort que, si 85% des journalistes adorent toujours, à la base, leur métier, une majorité (53%) sont insatisfaits des conditions dans lesquelles ils l’exercent. «En quatre ans, cet indicateur enregistre une très forte hausse, de 23 points», note CSA. Ce taux majoritaire d’insatisfaction enregistre ses plus hauts niveaux dans, tiens donc, la presse écrite (57%).
Au global, 76% des journalistes interrogés considèrent que l'exercice de leur métier a évolué plutôt négativement ces dernières années. Dans l’ordre décroissant, ils attribuent cette évolution aux difficultés économiques que connaissent les groupes de presse, à l'essor du journalisme multimédia, ou à la dégradation concrète et quotidienne de leurs conditions de travail. Les atteintes à la protection du secret des sources des journalistes ne sont citées que par 20% des répondants, mais six confrères sur dix considèrent que les garanties apportées à leur liberté dans leur travail se sont plutôt déteriorées.
«Pensez-vous qu'en matière d'éthique et de déontologie, les journalistes français font bien ou mal leur travail?». A cette question, seule une courte majorité de sondés (49%, contre 47%) a répondu positivement. A titre de comparaison, en 2007, une nette majorité de journalistes (68%) estimait que la profession faisait bien son travail.
Ce n'est pas qu'on veuille à tout prix faire et penser comme tout le monde, mais là, en l’occurrence, aurait-on été sondé qu'on aurait répondu exactement comme la majorité de nos confrères.
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28.10.2011
Un double comique
Ils sont comiques, au PS. Hier, ce parti a fustigé l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy avant même qu'elle ait lieu: non sur le fond, mais sur sa forme. Car l'émission a été entièrement réalisée par une boîte de prod' privée. Engagée pour l'occasion par l'Elysée, c'est elle qui l'a conçue, scénarisée, filmée, puis vendue aux chaînes de télé qu'ils l'ont diffusée. Pour le PS, c'est d'autant moins acceptable que cette boîte de prod' est une filiale du groupe Lagardère, dirigé par un proche de Nicolas Sarkozy.
Ce qui est comique, c'est que François Hollande n'est pas loin... d'avoir fait pareil, dernièrement. C'était l'autre jour, dans notre onzième arrondissement de Paris. Il tenait son dernier meeting de campagne dans la salle de spectacles du "Bataclan". Ses communicants y ont interdit toute prise de vue filmée par les médias. C'est une société engagée par le candidat socialiste qui a assuré la captation et la réalisation des images du meeting, ainsi que sa retransmission exclusive en direct, par signal vidéo, aux médias couvrant l'événement. En 2007 déjà, lors de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy faisait pareil pour tous ses grands meetings, afin de contrôler au maximum son image.
Ils sont comiques, à l'UMP. Hier, l'intervention télévisuelle présidentielle a reçu son lot habituel de critiques pour son caractère extrêmement encadré par l'Elysée (qui choisit les journalistes-intervieweurs, etc.). Pour beaucoup, un tel cadenassage de ce programme par le pouvoir fait qu'il relève moins de l'information que de la communication, moins de l'interview que de la tribune.
Ce qui est comique, c'est que les communiqués de presse louangeurs envoyés par l'UMP après l'émission ont eux-mêmes, involontairement et donc si maladroitement, confirmé le caractère artificiel, voire fictif, de cette supposée confrontation entre chef d'Etat et journalistes. En effet, ces communiqués vantaient «l'allocution» de Nicolas Sarkozy. Un terme qui, comme on l'a vérifié ce matin au «Robert», renvoie à celui de «discours», dénué donc de la moindre contradiction...
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20.09.2011
Un soupçon de connivence
On parlait hier des soupçons populaires de connivence entre politiques et journalistes. Ces soupçons risquent d'être renforcés par une actu qui, ces derniers jours, a eu autrement moins de retentissement médiatique que le vacarme suscité dimanche soir par l'interview de DSK par l'amie de son épouse, Claire Chazal. Pour preuve de la discrétion du traitement médiatique de cette actu-là: ce week-end, on n'a vu, à son sujet dans la presse, qu'un minuscule articulet: 10 lignes, dans le «JDD».
C'est à propos de cette «niche fiscale» qui, depuis des lustres, bénéficie aux journalistes en France. Elle leur permet de chaque année déduire 7650€ de leur revenu imposable, au titre d'«allocation pour frais d'emploi». On a déjà dit dans ce blog (relire ici) ce qu'on pensait – pas trop de bien – de ce cadeau fiscal.
Et bien figurez-vous qu'en 2012, cet abattement va une fois de plus échapper à l'effort de rigueur budgétaire. En effet, à l'inverse de toutes les autres exonérations fiscales, il ne sera pas raboté de 10% par le gouvernement. Dixit le «JDD»: «Bercy explique que seuls les crédits ou les réductions d'impôts sont concernés (par les mesures d'austérité), pas les modalités de calcul exceptionnelles».
Les journalistes ont donc le privilège de passer au travers des mailles du filet de la rigueur budgétaire, sur cet aspect-là en tout cas. Et ils se gardent bien d'en informer très largement l'opinion, si l'on en juge à la taille microscopique du seul entrefilet qu'on a vu dans les médias sur ce sujet.
Dès lors, la presse ne devra pas s'étonner si, dans une certaine opinion toujours prompte à casser du journaliste, resurgissent des procès en connivence avec la classe politique. Pas s'émouvoir si ce cadeau gouvernemental est décrypté comme révélateur du souci de politiques d'amadouer – de ne pas trop se mettre trop à dos, en tout cas – une caste influente de commentateurs, éditorialistes ou autres faiseurs (supposés) d'opinions. A la veille de l'année électorale cruciale que sera 2012. Encore bravo.
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19.09.2011
Un «soupçon de connivence»
Hier, soir, Claire Chazal aurait-elle dû se mettre en retrait du 20 Heures de TF1 et passer le relais à un(e) collègue pour la fameuse interview de Dominique Strauss-Kahn? Puisque la journaliste a elle-même reconnu publiquement la «tendresse» qu'elle éprouve envers Anne Sinclair, une femme qui, selon elle, a géré de manière «assez admirable» les mésaventures de son époux. C'est évidemment la question qui, pendant tout le week-end, a agité la classe politico-médiatique parisienne. Et qui, ce matin, continuait à alimenter le débat. Ainsi, le néo-centriste Hervé Morin, pour ne citer que lui, a relayé les «soupçons de connivence» existant à ses yeux entre l'interviewé et l'intervieweuse.
Chaque journaliste agit selon sa conscience. Nous, en tout cas, aurait-on été dans la situation de Claire Chazal que, clairement, on se serait mis de côté. Mais on est bien conscient d'être dans une position très confortable pour ainsi l'asséner, tant on n'était pas et on ne sera probablement jamais dans ce cas de figure.
Ladite interview était-elle connivente? Sur le moment, il ne nous a pas semblé que, globalement, elle avait été menée avec indignité. Sauf qu'à trois moments précis, on a quand même été assez mal à l'aise pour notre éminente consoeur.
Quand, d'entrée de jeu, elle a salué son invité avec un «Bonsoir Dominique Strauss-Kahn» dit d'un ton si doucereux qu'il a pu donner l'impression d'être affectueux.
Quand, à aucun moment, elle n'a fait grief à son interlocuteur de se livrer, sur des points factuels, à une lecture très personnelle, donc partielle et partiale, du rapport du procureur new-yorkais l'ayant innocenté.
Et quand, à la fin de l'entretien, tout le monde a pu constater que jamais la question qui tue n'avait été explicitement posée: «Ce soir, Dominique Strauss-Kahn, présentez-vous vos excuses?» En soi, cette carence si voyante fait naître le soupçon qu'elle résultait d'une négociation préalable avec l'interviewé. Ce qui, le cas échéant, serait bien sûr injustifiable, journalistiquement.
11:05 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : médias, journalisme, télévision, strauss-kahn
05.08.2011
Une absence (bien involontaire)
Pendant une vingtaine d'heures, «Paris Libre» a complètement disparu du monde (du web). En effet, dans la nuit de jeudi à vendredi, une opération de maintenance technique de la plateforme Blogspirit, donc bien indépendante de notre volonté – et qui avait été annoncée comme totalement inoffensive – , a... réduit ce blog à néant. À son issue, ne s'affichait plus qu'une très vieille version: au look vintage et au contenu rédactionnel remontant aux années 2006-2007.
Les choses, paraît-il, sont rentrées dans l'ordre à présent. Jusqu'au prochain bug?
On a pris le parti de ne pas/plus s'énerver pour cela. Mais décidément, cela dit juste en passant, ils nous fatigueront toujours, ces caprices récurrents de l'électronique. Qui semblent toujours imprévisibles et qui, quand ils surviennent, paraissent décontenancer y compris les spécialistes en la matière. Au risque de passer définitivement pour has been, on ne s'y fera sans doute jamais, à ce monde-là.
17:51 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : technologie, médias, journalisme, internet
01.07.2011
Une grande cruauté
L'actualité est décidément d'une grande cruauté. Cruelle, par son côté rouleau compresseur qui n'arrête jamais: écrase en permanence, en continu voire en temps réel toute certitude, par ses nouveaux et incessants développements. Cruelle, parce que, par définition, avec elle rien n'est jamais définitif ni immuable: tout est toujours susceptible d'être remis en question par de nouveaux événements. Cruelle, parce que cette machine qui s'alimente au combustible de toujours possibles rebondissements peut, du jour au lendemain, remettre complètement les choses à plat. Rendre ridicules les thèses qui, la veille encore, semblaient ne pas faire le moindre doute. Et, ce faisant, laisser tout le monde a quia, comme on dit en français daté: sans répartie, sans voix.
On en a un exemple parfait – ou effroyable, c'est selon – ce matin, avec l'«affaire DSK ». Et c'est spécialement «Le Figaro» qui, spectaculairement, en fait les frais.
Il a vraiment l'air malin, ce matin, le grand quotidien de droite. Qui, sur une page entière, revient sur ce feuilleton DSK qu'il a «reconstitué minute par minute», sur base de la thèse de l'accusatrice «femme sérieuse et fiable». Problème? Le procureur lui-même trouve désormais que l'intéressée a un côté tellement louche que, cette nuit, il a convoqué en urgence une comparution de DSK, cet après-midi. Audience à l'issue de laquelle l'ex-n°1 du FMI «pourrait être remis en liberté» – ainsi que devait bien l'admettre ce matin... le même «Figaro», en Une de son site internet, cette fois.
Le mot de la fin – fin de cette note, pas de la saga – à Eric Fottorino, l'ex-grand patron du quotidien «Le Monde», qu'on entendait ce matin sur une radio. En substance, ce rebondissement spectaculaire «nous amène (nous, journalistes) à nous interroger et à réfléchir sur comment donner et traiter l'information à chaud, ce qui est évidemment compliqué».
On est vraiment curieux de voir si telle réflexion de la presse française il y aura, et, si oui, ce qu'elle donnera – ou pas.
11:33 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : presse, journalisme, médias, personnalités, strauss-kahn
30.06.2011
Un contraste embarrassant
Chaque fois que l'on passait Place des Vosges – un des nombreux endroits de Paris où leurs portraits avaient été affichés –, on voyait leurs visages. Ceux de ces deux confrères qui, ce matin, sont donc enfin revenus à Paris après avoir été retenus otages pendant 18 mois en Afghanistan. Un an et demi de captivité, juste pour avoir fait son métier: chaque fois qu'on apercevait leurs visages, en ville ou à la télé, on était effaré du sort qui leur était réservé. Leur retour, c'est la meilleure nouvelle de ce début d'été.
Le hasard a voulu que ce même mercredi où leur libération a été annoncée, est tombée une nouvelle elle nettement moins bonne pour la corporation journalistique, voire catastrophique pour son image de marque.
Mercredi matin, en effet, «Le Canard Enchaîné» a relancé et précisé ses accusations sur les compromissions qui auraient été celles de plusieurs grands noms de la presse française – davantage des patrons de groupes de presse que des journalistes, cela dit – avec le régime tunisien du temps du despote Ben Ali. Résumé de l'hebdo satirique: «Billets d'avion, hôtels de luxe et voitures avec chauffeur. En retour, floraison d'articles élogieux sur le généreux dictateur».
Cet hiver, la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, avait dû démissionner vu le tumulte suscité par la révélation de ses accointances avec l'un ou l'autre sbire fortuné du régime benaliste. Cet été, c'est à peine si font quelques vaguelettes des accusations analogues, touchant cette fois plusieurs barons du journalisme parisien.
En tant que journaliste (de base), on trouve ce contraste, disons, embarrassant.
12:11 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : presse, journalisme, médias, international
06.06.2011
Une violation flagrante
Encore une journée importante pour DSK aux Etats-Unis, ce lundi. Et donc encore une journée d'agitation, voire de cirque, médiatique en France. Les journalistes français, qui fustigent à longueur de journées la presse tabloïde new-yorkaise pour sa facon de traiter cette actu, feraient bien, parfois, de s'interroger sur leurs propres pratiques. On se l'est encore dit pas plus tard que ce matin.
En entendant une radio (RMC, pour ne pas la nommer) inviter avec enthousiasme les auditeurs de sa tranche matinale d'info à donner leur avis sur le cas DSK, au moyen par exemple de votes par SMS – surtaxés, bien sûr: il n'y a pas de petits profits. La question du jour qui était posée à ces auditeurs était la suivante: «Est-ce que vous pensez DSK coupable ou pas?» Problème? Procéder à un tel «sondage» est totalement illégal: c'est une violation flagrante de la loi française protégeant la présomption d'innocence – une violation de plus de la part des médias français, dans cette saga DSK. Cette loi, en effet, interdit explicitement (ici) «de réaliser, de publier ou de commenter un sondage d'opinion, ou toute autre consultation, portant sur la culpabilité d'une personne mise en cause à l'occasion d'une procédure pénale ou sur la peine susceptible d'être prononcée à son encontre».
Une violation flagrante, donc. Mais sans doute le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) se contentera-t-il tout au plus d'un vague rappel à l'ordre. Dont tous les médias, sans doute, se ficheront totalement.
Encore bravo.
PS: Une fois n'est pas coutume, aucun lien ne figure dans cette note, renvoyant à cette misérable consultation. Car, outre qu'on n'en a aucune envie, on n'en a pas le droit. La même loi, en effet, interdit aussi «de publier des indications permettant d'avoir accès à des sondages ou consultations» de cet acabit.
11:17 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médias, journalisme, justice, personnalités, strauss-kahn



