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30/09/2014

Un homme si drôle

Comme quoi, tout arrive. Alain Juppé a beau n'avoir jamais eu la réputation d'être l'homme politique le plus comique de France, hier soir, il a néanmoins remporté le prix Humour & Politique 2014 (*). Grâce à cette répartie, il est vraie pleine de délicieuse autodérision venant de qui eut une carrière parsemée de tant de traversées du désert:«En politique, on n'est jamais fini. Regardez-moi!»

On peut d'ailleurs remarquer un changement d'attitude chez lui, depuis un petit moment. Depuis, précisément, qu'il a fait son coming-out présidentiable, à la fin août. Désormais, il prend soin de ponctuer chacune de ses interventions télévisuelles d'une petite phrase (un peu) rigolote. Histoire de bien montrer que, non, décidément, il n'est pas si austère.

Lui-même, du reste, avait un jour théorisé sur la nécessité qu'il avait de paraître moins techno, sévère, cassant, droit dans ses bottes. «C'est plus facile de sourire que de réformer. Mais puisqu'on me dit qu'il faut être aimable...», avait-il lancé. Avec un sourire un rien crispé.

 

(*) Prix dont plusieurs nominés méritent, trouve-t-on, les félicitations. Le ministre Michel Sapin, pour cette désarmante tentative de minimiser les manques gouvernementaux: «Quand on ne va pas assez loin, c'est déjà qu'on va quelque part». Son ex-collègue Arnaud Montebourg, que rien décidément n'arrête, pour son culot: «Je crois à un retour de Nicolas Sarkozy, mais menotté». Et le député UMP Henri Guaino, groupie sarkozyste, pour le comique involontaire de sa dévotion fayotte: «Si Nicolas Sarkozy n’avait pas été là, il n’y aurait plus de démocratie en France, en Europe et dans le monde».

23/09/2014

Un concours de vacheries

C'était comique, hier, de voir Alain Juppé, sourire ironique aux lèvres, se dire «sensible aux paroles aimables à (son) égard» prononcées la veille au soir, à la télé, par Nicolas Sarkozy. L'ex-Président avait eu ces mots, le concernant: «Alain Juppé, je l'ai connu quand j'avais 20 ans. C'est un partenaire, c'est un ami, c'est un compagnon, c'est quelqu'un pour qui j'ai même de l'admiration. Et j'aurai besoin de lui». Sauf que ces échanges amicaux cachent évidemment un vrai concours de vacheries.

Ainsi, ce «Je l'ai connu quand j'avais 20 ans». C'est bien sûr une façon, pour Nicolas Sarkozy, de taper sur le clou du grand âge du maire de Bordeaux (69 ans), une ancienneté qu'en privé, les sarkozystes n'arrêtent pas de dénigrer. Quand on est soi-même quasi sexagénaire et qu'on précise, comme si de rien n'était, avoir fait la connaissance de quelqu'un il y a quarante ans, cela renvoie implicitement cette personne à un âge canonique.

De même, ce «J'aurai besoin de lui» sarkozyste: derrière son vernis amical, c'est d'une grande condescendance envers Alain Juppé. En effet, cela connote une relation hiérarchique: il a besoin de lui, comme l'on a besoin d'un collaborateur ou d'un adjoint. C'est d'ailleurs bien pour cela que le Bordelais, hier, sourire crispé, a rétorqué par un plus égalitaire «Nous aurons tous besoin les uns des autres», histoire de tenter de remettre les deux rivaux sur le même pied.

En tout cas, vu comme c'est d'emblée parti entre eux deux, cela promet d'ici à la présidentielle de 2017.

28/03/2012

Une déclaration puérile

Langue française, Gouvernement, Personnalités, Institutions, Sarkozy, Juppé, Police, SécuritéHier matin, on croyait que cela allait passer, donc on avait parlé d'autre chose, dans ce blog. Mais non: 24 heures plus tard, elle ne passe toujours pas, cette petite phrase d'Alain Juppé. Donc parlons-en.

Le ministre des Affaires étrangères était interrogé à propos de Mohammed Benalel Merah, le père du tueur de Toulouse et Montauban, qui a dit vouloir porter plainte contre la France «pour avoir tué» son fils lors de l'opération menée contre lui par le Raid. Dixit donc Alain Juppé: «Si j’étais le père d’un tel monstre, je me tairais, dans la honte». Variantes, pendant toute la journée d'hier: le socialiste François Hollande, qui lui aussi trouve que le père de l'assassin aurait mieux fait de «se taire», ou Nicolas Sarkozy, qui a dit son «indignation» qu'une telle plainte contre l'Etat français puisse être envisagée, de la part du père d'un individu aussi abject et auteur de crimes aussi nauséeux.

Sur la forme, d'abord, les mots ont un sens. Soyons donc «précis», comme Nicolas Sarkozy n'arrête pas de le réclamer de la part des journalistes. Mohammed Merah n'est pas «un monstre». Ni «un diable», comme on l'a aussi entendu, hier. Les «monstres» et les «diables», laissons cela aux contes pour enfants. Dans un langage non puéril mais adulte, ce tueur était, en termes idéologiques, un extrémiste fanatisé. Et, en termes psychiatriques, un psychopathe. Ce qui, bien entendu, n'enlève rien au caractère monstrueux de ses crimes.

Sur le fond, rendre un père responsable des actes de son fils quand ces actes dépassent à ce point l'entendement, relèvent du fanatisme illuminé et/ou du désordre mental, on trouve cela péniblement puéril. De la part de responsables politiques, on est en droit d'attendre des réflexions dépassant le niveau de propos du café du commerce (les «enfants bien élevés», etc.).

Langue française, Gouvernement, Personnalités, Institutions, Sarkozy, Juppé, Police, SécuritéEt puis, qu'est-ce donc ce 2 poids, 2 mesures? D'un côté, à Paris depuis une semaine, la classe politico-médiatique s'interroge sur le déroulement de l'opération du Raid à l'issue de laquelle Mohammed Merah a été tué. On parle même d'une mission parlementaire d'information. Mais, d'un autre côté, à Alger, le père de l'intéressé, lui, aurait juste le droit de «se taire»? De ne pas poser de questions? De ne pas demander d'éclaircissements?

N'en déplaise à Nicolas Sarkozy, on trouve que ce ne n'est pas insulter la République que de demander des comptes sur les actes posés par ses corps d'élite: c'est à l'honneur de toute démocratie. Ce n'est pas douter a priori du professionnalisme du Raid que d'accepter que ses opérations fassent l'objet d'une enquête a posteriori. Ce n'est pas minimiser les crimes de Mohammed Merah ni souiller la mémoire de ses victimes que d'estimer que la France a tout à gagner à ce que les conditions de la mort du tueur soient éclaircies. En revanche, oui, refuser que la justice, en toute indépendance et impartialité, enquête sur cette mort-là, c'est prendre le risque de nourrir le soupçon qu'il y aurait des choses à cacher.

Ce qui n'empêche qu'on a parfaitement le droit, bien entendu, d'éprouver de «l'indignation» en constatant que le père du tueur, hier, n'a, que l'on sache, pas condamné les crimes de son fils. Pour cela, oui, il devrait avoir «honte».

Mais ne mélangeons pas tout. Même à moins d'un mois des présidentielles.

27/10/2011

Une mémoire courte

Par tradition et par nature, en France comme ailleurs, le langage diplomatique est la quintessence même de la mesure et de la délicatesse, ce qui en fait souvent de la langue de bois par excellence. Parfois, cependant, il y a des exceptions à cette règle séculaire. Ce fut le cas mardi à Paris, lors du briefing de presse quotidien du ministère des Affaires étrangères.

 

Un «film d’horreur». «Des morts, des gens emprisonnés par milliers, des enfants, des femmes, des vieillards qui sont tués». «Une répression de tous les instants». «Un quadrillage policier du pays tout à fait insupportable». Une «dérive meurtrière, mortifère». «Une situation absolument intolérable». Ces expressions ont été utilisées par le porte-parole du quai d'Orsay pour décrire la situation en Syrie. Dans la foulée, hier matin sur une radio, Alain Juppé s'est affolé d'«une des répressions les plus barbares» que l'on puisse redouter: «On torture des enfants, on tue des dizaines et des dizaines de manifestants pacifiques tous les jours», s'est insurgé le chef de la diplomatie française.

 

On peut se féliciter d'un langage diplomatique soudain aussi franc. Mais on a aussi le droit de ne pas avoir la mémoire courte.

 

On est donc autorisé à se souvenir qu'en juillet 2008, le même protagoniste syrien de ce «film d'horreur» avait été reçu avec tous les égards à Paris: il avait même été l'invité d'honneur du défilé militaire du 14 juillet. Ce jour-là, d'ailleurs, les forces de l'ordre avaient interpellé sans ménagement les manifestants «droits-de-l'hommistes» qui, devant l'ambassade de Syrie à Paris, protestaient contre un tel accueil fait à un tel tyran.

 

Autres temps, autres moeurs, comme dit l'adage.