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21/03/2016

Un "Belgian bashing", évidemment

Tout au long du week-end, pas mal de "Belgian bashing", évidemment, dans les commentaires politico-médiatiques français. Après l'arrestation, vendredi soir à Bruxelles, de Salah Abdelslam.

Principale cible de ces leçons données, Molenbeek et autres quartiers bruxellois assimilés, amalgamés à un «Djihadistan» (variante également entendue: un «Bruxellistan»), donc à un Etat où les terroristes feraient la loi. Il est vrai, si on dresse la liste, qu'en sont originaires, ou y sont passés, les auteurs et complices à la fois des attentats de janvier et de novembre 2015 à Paris, de l'attaque de cet été contre le Thalys, de la tuerie au musée juif de Bruxelles, des attentats de Madrid en 2004, ou de l'assassinat du commandant Massoud, en 2001. Cela fait beaucoup.

Pour autant, cela ne permet pas de mettre dans le même sac djihadiste les quelque 100.000 habitants de cette commune. Dont tant de braves gens qui n'ont rien demandé à personne et qui n'aspirent qu'à vivre en paix, sans qu'un tel stigmate, en plus, pèse sur eux. Cela n'autorise pas non plus les comparaisons les plus caricaturales. «Molenbeek, c'est la bande de Gaza de l'Europe occidentale!», a-t-on entendu, ainsi, samedi. Dans la bouche d'un chroniqueur sévissant sur une grande radio privée française – on ne nommera ni l'un, ni l'autre, par charité. Il faut vraiment n'être jamais allé à Gaza pour proférer une telle ineptie. On n'est donc là pas loin, dans les commentaires de cet acabit, du niveau plancher, à la Eric Zemmour (son mémorable «La France devrait bombarder Molenbeek»).

Pas mal de critiques françaises également sur le fait que Salah Abdelslam se planqua visiblement longtemps à Molenbeek même, y bénéficiant donc de complicités en dépit de la gravité des crimes dont il est accusé. Assez peu de commentaires parisiens, en revanche, rappelant que cela avait été le cas aussi pour le Corse Yvan Colonna. Avant sa condamnation pour l'assassinat, en 1998, du préfet Erignac, il avait passé le plus clair de sa cavale dans son île.

Enfin, assez peu d'éloges français sur le fait que Salah Abdelslam a pu être capturé vivant. Ce n'est pourtant pas rien, puisque cela devrait permettre son procès. Or, une telle étape judiciaire est généralement considérée comme très importante, pour la reconstruction des victimes. Il aurait été élégant que davantage de voix françaises, ce week-end, soulignent ce succès policier belge. Près de quatre ans jour pour jour après la mort, à Toulouse, du djihadiste Mohammed Merah, tdans l'assaut policier qui lui a été donné. Ses victimes, elles, n'auront jamais droit à un procès.

04/03/2016

«Une prise de conscience de ses actes»

A Paris, cette semaine, les amateurs de la petite reine en ont beaucoup parlé. Le groupe français JC Decaux, numéro 1 mondial du vélo en libre-service, a dû rappeler 4 600 bécanes. Dans la capitale, mais aussi dans des villes comme Lyon, Toulouse, Nantes ou Marseille. En cause, «un problème de fabrication identifié par un fournisseur et pouvant affecter le bon fonctionnement de certains modèles de freins arrière». La société a pris soin de préciser qu'à ce jour, «aucun incident n'a été signalé». Et que tous les vélos  «qui demeurent accessibles en station ne sont pas concernés».

S'agissant de Vélib, une autre nouvelle est passée, elle, plus inaperçue, dernièrement. A savoir, l'application désormais aux adultes également du principe du «Tu casses, tu répares».

En termes juridiques, cela s'appelle la réparation pénale. Depuis 2013, en vertu d'une convention entre la mairie de Paris, le parquet et la protection de la jeunesse, les mineurs pris à dégrader ou à voler des Vélibs ont une alternative, s'ils veulent éviter de passer devant le juge. Travailler pendant deux jours dans les ateliers de réparation de la société. Ils y sont encadrés par un responsable de l’association qui est chargée d'appliquer cette réparation pénale ainsi que par un chef d’atelier formé au tutorat. Pendant ces deux jours, ils sont formés aux rudiments de la mécanique du vélo, puis prennent part à la réparation des cycles et des pièces endommagés.

«Cette mesure permet au jeune impliqué de prendre conscience de l’impact de ses actes», se réjouit-on, chez Vélib. «Depuis la mise en place du dispositif, aucun des mineurs accueillis en atelier n’a récidivé». Désormais, donc, une convention signée entre Decaux et le ministère de la Justice étend ce système de réparation aux adultes y compris. Toujours, bien sûr, sur base volontaire uniquement (il ne s'agit pas de travaux forcés), et sur le mode des travaux d'intérêt général.

Certaines années, jusqu'à 8 000 Vélib’ sont vandalisés ou volés (87% étant ensuite retrouvés), dans la capitale française.

09/02/2016

Une gêne, visiblement

Encore une réouverture d'un établissement de l'Est parisien qui a été frappé par les attentats du 13 novembre. Mais cette réouverture-là fait moins l'unanimité, et les médias n'en font pas des tonnes à son sujet. Comme si tout le monde était un peu gêné.

Le restaurant "Casa Nostra", dans notre onzième arrondissement: rue de la Fontaine au Roi. Il a fait scandale quand, dans la foulée des tueries, des médias l'ont accusé – tournage en caméra cachée à l'appui – d'avoir vendu à la presse à sensation des images de vidéosurveillance du soir du 13 novembre. Cela conduisit la mairie de Paris à ne pas lui verser la subvention qu'elle a allouée aux autres commerces mis à l'arrêt par les attentats.

Le gérant de l'établissement a porté plainte en diffamation contre l'émission de Canal+ qui a fait ses choux gras de l'affaire. A l'en croire, les images qui l'incriminent ne sont qu'«un montage». L'homme estime avoir été piégé. Ces jours-ci, il tente une contre-offensive médiatique (, par exemple). La Justice tranchera.

En attendant, visiblement, on ne se bouscule pas, dans son restaurant. Alors que le grand public se précipita dans chacun des autres établissements endeuillés par les tueries, dès qu'ils rouvrirent.

27/01/2016

Une masculinité, plus que jamais

gouvernement,personnalités,femmes,justiceIls ne perdent pas de temps, décidément, les instituts de sondage. La ministre de la Justice, Christiane Taubira, a démissionné ce matin, et, en fin d'après-midi déjà, une enquête d'opinion est venue donner le sentiment des Français sur cette actualité. Dans le pays du monde qui, avec les Etats-Unis, est le plus grand consommateur de sondages politiques.

81% des personnes interrogées approuvent son départ du gouvernement. Mais, à gauche, ils sont moins nombreux (68%) à s'en féliciter. Sans surprise, pour une ministre aussi clivante, son bilan à la Justice est descendu en flammes par les sondés de droite et salué par ceux de gauche.

Puisque, tout au long de cette journée politiquement agitée, les médias français l'ont assez peu souligné, signalons deux conséquences annexes de cette démission. Un: le gouvernement Valls n'est plus paritaire, vu qu'il compte désormais davantage d'hommes que de femmes. Deux: dorénavant, en attendant un probable remaniement en février, tous les ministères régaliens (la Justice, l'Intérieur, les Affaires étrangères et la Défense) sont au mains d'hommes.

Sans doute est-ce le reflet du très mâle contexte sécuritaire ambiant, de mise depuis les attentats du 13 novembre.

19/01/2016

Un simple rappel à la loi

Arts, Culture, Justice, Musées, ActivismeSa garde à vue a été longue, mais, finalement, elle s'est conclue sans aucune suite judiciaire. Hier, la femme qui, ce week-end, devant le tableau "Olympia", s'était exhibée nue au musée d'Orsay – et que ce blog évoquait, hier – ne fera pas l'objet de poursuites. Elle a bénéficié d'un simple rappel à la loi, et a été remise en liberté. «Tout ça pour ça. On a voulu lui faire peur et l'intimider», n'en a pas moins dénoncé son avocat. Selon qui il est «urgent de réformer le texte réprimant l'exhibition sexuelle, pour ne pas confondre le geste d'un pervers sexuel et celui d'un artiste».

Dans l'immédiat, en tout cas, l'intéressée s'en tire bien. Puisque, théoriquement, sa «performance artistique» aurait pu la conduire en prison. Le Code pénal, en effet, punit (ici) d'un an d'emprisonnement et de 15.000 euros d'amende toute «exhibition sexuelle imposée à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public».

D'autres femmes, d'ailleurs, n'ont pas eu droit à une telle mansuétude. Ainsi, il y a un peu plus d'un an, la justice a condamné à un mois de prison avec sursis et 2000 euros d'amende une militante du groupe Femen jugée pour exhibition sexuelle. Quelques jours avant la Noël 2013, elle avait fait irruption, seins nus, dans l'église de la Madeleine, à Paris. Pour protester contre les projets de loi anti-IVG alors en préparation en Espagne. Le parquet avait requis jusqu'à quatre mois de prison (avec sursis) à son encontre. L'intéressée, à sa sortie du tribunal, s'était insurgée que son «acte militant féministe» soit qualifié d'exhibition sexuelle.

Arts, Culture, Justice, Musées, ActivismeOnt également été renvoyées en correctionnelle, pour le même motif, ses trois collègues activistes qui avaient fait sensation à l'ouverture du procès de Dominique Strauss-Kahn, en février dernier, à Lille. Elles s'étaient jetées sur sa voiture à son arrivée au palais de Justice, leurs corps maculés de slogans en faveur de la pénalisation des clients et des souteneurs des prostituées.

Rien de tel, donc, aucune poursuite en vue, concernant l'incident de ce week-end au musée d'Orsay.

Musée qui, au passage, avait vu juste. Pour sa fameuse exposition consacrée aux "Images de la prostitution, 1850-1910", celle-là même qui a servi de cadre à la «performance artistique» de samedi. Puisqu'une des affiches de promo de cette expo proclamait...: «Emmenez vos enfants voir des gens tout nus». Prémonitoire.

18/01/2016

Un samedi au musée

Une nouvelle sans doute un peu légère pour un début de semaine, mais elle est si improbable qu'on n'y résiste pas. En pensant à la tête qu'ont dû tirer les visiteurs du musée d'Orsay, ce week-end. A la vue d'une femme qui, samedi, s'est allongée... entièrement nue, devant "Olympia", le célèbre tableau d'Edouard Manet.

Adoptant la même position que le personnage du tableau, elle a revendiqué une performance artistique. «Elle portait une caméra portative, pour pouvoir filmer la réaction du public», a expliqué son avocat. Il y a deux ans, déjà, dans le même musée, l'intéressée s'était exhibée devant "L'origine du monde", de Courbet. Samedi, les agents d'Orsay ont fait évacuer la salle puis l'ont priée de se rhabiller. Devant son refus, ils ont appelé la police, qui l'a amenée et placée en garde à vue pour exhibition sexuelle - elle y est toujours, à cette heure. Son avocat y voit «l'expression d'une pudibonderie judiciaire inquiétante», selon lui de mauvais augure pour «tous les artistes performeurs qui souhaitent s'exprimer de manière trop libre dans l'espace public».

Au moins, dans ce cas présent, aucun dommage n'a été causé à la peinture. Contrairement à ce qui s'était produit à la Fondation Lambert, à Avignon, en 2007. Une jeune femme avait alors embrassé une toile du peintre américain Cy Twombly, invoquant «un acte d’amour et un acte artistique». Les traces de rouge à lèvres qu'elle avait laissées avaient nécessité la restauration du tableau. En instance puis en appel, l'"artiste" avait été condamnée à une amende, des dommages-intérêts, des travaux d’intérêt général et le remboursement des frais de restauration. "J'ai trouvé le tableau encore plus beau", avait-elle avancé, pour sa défense. Le commissaire de l'exposition, lui, avait qualifié son acte de «viol», et l'artiste s'était dit «horrifié».

08/12/2015

Un anniversaire, bien d'actualité

C'était il y a trente ans, jour pour jour, hier. Le 7 décembre 1985. Un samedi. Vers 17h45, heure d'affluence dans les grands magasins parisiens, à l'approche des fêtes de fin d'année.

Boulevard Haussmann, au rayon vaisselle du premier sous-sol des "Galeries Lafayette", une bombe dissimulée dans un attaché-case explosait. Quelques minutes plus tard, autre explosion. Au rayon parfumerie du "Printemps", cette fois. Des explosifs cachés dans un sac en toile. Ces deux attentats, revendiqués par le Hezbollah libanais, firent une quarantaine de blessés, dont une demi-douzaine très grièvement atteints.

En février de la même année, déjà, le terrorisme proche-oriental avait frappé en plein coeur de Paris: au grand magasin "Marks & Spencer", une bombe avait fait un mort et quatre blessés. Furent ensuite visées et touchées, jusqu'à l'automne 1986, la galerie du Claridge, la librairie Gibert Jeune, la galerie du Point-Show ou la rue de Rennes. Au total, cette vague d'attentats fit 13 morts et plus de 300 blessés. Neuf personnes furent jugées (dont cinq par contumace) en Cour d'assises, et condamnées à la réclusion criminelle à perpétuité.

Pour la petite histoire, c'est de cette époque que date la refonte totale du dispositif antiterroriste français, alors peu organisé ni coordonné, voire franchement hétéroclite. La grande loi antiterroriste de décembre 1986 innova en deux points mémorables, dans la mesure où ils sont toujours d'actualité trente ans plus tard. D'une part, la mise sur pied, au sein du parquet de Paris, d'une cellule spécialisée, regroupant des magistrats entièrement dédiés à la lutte antiterroriste, jouissant d'une compétence étendue à l'ensemble du territoire national. D'autre part, la création, dans la capitale, d'une Cour d'assises spéciale (sans jury populaire), pour juger les affaires terroristes.

02/11/2015

Une impunité qui n'en finit pas

Cela s'est passé ce week-end en plein Paris, à Saint-Germain-des-Prés. Pendant quelques heures, la rue du Cherche-Midi a disparu. L'ONG Reporters sans frontières (RSF) l'a symboliquement rebaptisée, en placardant des étiquettes autocollantes sur le plaques de cette rue. A l'occasion de la Journée internationale de la fin de l'impunité des crimes commis contre des journalistes, qui est célébrée ce lundi..

L'ONG a rebaptisé douze rues de la capitale française où sont établies des ambassades de pays dans lesquels des journalistes ont été assassinés ou torturés, ou ont disparu. La rue du Cherche-Midi a été choisie car l'ambassade du Mali y est située. C'est dans le Nord de ce pays que, le 2 novembre 2013, il y a donc deux ans jour pour jour, Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été assassinés. Ils étaient les envoyés spéciaux de la radio RFI. Dès lors, RSF a rebaptisé la rue du Cherche-Midi "Rue Ghislaine Dupont-Claude Verlon". Ce lundi, le comité de soutien aux familles des deux journalistes va dénoncer les lenteurs de l'enquête et les carences de la coopération judiciaire franco-malienne.

«Plus de 90% des crimes commis contre les journalistes dans le monde ne sont jamais élucidés», rappelle RSF. Ces dix dernières années, 800 journalistes ont été tués dans l'exercice de leurs fonctions. Et rien qu'en cette année 2015, depuis le 1er janvier, 86 journalistes ou apparentés ont perdu la vie – la "Ville lumière" elle-même a vécu, si tragiquement, ce sinistre fléau: la tuerie, début janvier, à "Charlie Hebdo".

17/09/2015

Un souhait de bonheur

Logement, Personnalités, Paris, JusticeManquait-elle vraiment aux Français? En tout cas, elle fait son retour (par la petite porte) sur la scène médiatique. Virginie Merle-Tellenne, alias Frigide Barjot: l'ineffable égérie du grand mouvement de contestation de 2013 contre le mariage pour tous.

«Je souhaite beaucoup de bonheur à ces cinq étudiants», a-t-elle déclaré, hier. S'adressant aux jeunes gens qui viennent d'être relogés dans le somptueux logement social (un triplex de 173m², près du Champ de Mars) qu'elle occupait avec sa famille, et dont la ville de Paris l'a expulsée, l'an dernier – on avait parlé, à l'époque (), du (petit) chahut que cela avait suscité. Le logement avait servi de QG opérationnel aux anti-mariage gay. Désormais, il héberge une colocation étudiante.

C'est sans doute de bonne guerre – mais un peu facile, a-t-on trouvé – : la mairie vient de faire une grosse opération de com' autour de la réaffectation de cette habitation. Elle a notamment fait savoir qu'il lui avait fallu investir 75.000 euros dans la rénovation de ce logement, «qui n’avait pas été très bien entretenu». Virginie Merle-Tellenne n'a pas apprécié, pas plus que d'être à nouveau présentée comme une fraudeuse. D'ailleurs, elle ne lâche pas le morceau. Elle a fait appel de la mesure d'expulsion l'ayant frappée. La justice examinera le dossier à la fin novembre.

Logement, Personnalités, Paris, JusticeEst-ce à dire que, si d'aventure elle obtient gain de cause, elle ferait à son tour expulser ces cinq braves étudiants à qui elle vient d'adresser ses souhaits de bonheur? Non. Virginie Merle-Tellenne se satisferait de dédommagements qu'elle obtiendrait de la mairie, et laisserait ces jeunes gens profiter à leur tour des lieux. «Ils y sont bien, tant mieux pour eux. J’espère qu’ils auront une vie aussi engagée et active que j’ai eue dans ce logement».

Madame est vraiment trop généreuse.

 

PS: La même Frigide Barjot fait publier, ce jeudi, dans l'hebdomadaire d'ultra-droite "Valeurs Actuelles", un sondage qu'elle a commandé à l'Ifop, sur la loi Taubira. A en croire cette étude d'opinions, seuls 46% des Français souhaiteraient qu'après la présidentielle de 2017, cette loi soit conservée telle quelle. C'est vraiment trop généreux de leur part.

02/09/2015

Une péripétie judiciaire, fût-ce pas banale

Justice, Sécurité, Politique, Front national, Elections municipales Pas mal d'agitation médiatique autour d'un procès – il est vrai pas banal – qui se tient ce mercredi, en banlieue de Paris. Devant le tribunal correctionnel de Meaux (Seine-et-Marne), comparaissent une demi-douzaine de personnes devant répondre d'association de malfaiteurs et de dégradation de biens. Parmi eux, un ex-responsable local du Front national. Avec ses amis, il menait des virées nocturnes dans sa ville, lors desquelles notamment il mettait le feu à des voitures. Pour ensuite mieux dénoncer l'insécurité ambiante.

Une activité criminelle (présumée) menée à des fins politiques: le FN est évidemment un peu gêné par l'affaire, même s'il a exclu l'intéressé de ses rangs et a lui-même informé la police de ses méfaits. A contrario, les adversaires du Front se réjouissent de l'embarras dans lequel le plonge ce dossier. Qui, effectivement, illustre que la "dédiabolisation" alléguée par ce parti connaît, pour le moins, quelques failles locales.

Il ne faudrait toutefois pas déduire de ce rocambolesque fait divers que les responsables locaux du FN sont tous des zozos s'empêtrant dans des agissements qui, comme cela semble le cas ici, relèvent plus de la pathologie que de la politique. Ce serait trop simple. Pour s'en convaincre, il suffit de se reporter au sondage qui, un an après les élections municipales de mars 2014, analysa le sentiment des habitants de la dizaine de villes qui sont désormais régies par le Front.

Il montra que sept habitants sur dix de ces localités étaient satisfaits de leur maire, «score supérieur à la moyenne constatée auprès de l’ensemble des habitants des communes de 10.000 à 100.000 habitants (66%)». Cette enquête confirma aussi la banalisation du FN, aux yeux d'une part grandissante de l'opinion: un «sentiment d’indifférence éprouvé par une majorité relative des personnes interrogées (42%) à l’égard du fait de vivre dans une commune dirigée par un maire frontiste» – indifférence que l'on retrouve y compris chez les sondés de gauche (37%).

Dès lors, la "lepénisation des esprits" semble bel et bien réelle. Et, au-delà de l'émoi médiatique du moment, elle ne devrait pas fondamentalement être affectée par cette péripétie judiciaire ponctuelle que le FN doit gérer – même si, évidemment, il s'en serait volontiers passé.

25/06/2015

Un (léger) désir

Personnalités, Strauss-Kahn, Justice, Economie, FemmesIls sont minoritaires dans l'opinion, mais tout de même pas en nombre négligeable. A en croire un sondage rendu public ce jeudi, 38% des Français souhaitent un retour de Dominique Strauss-Kahn dans la vie publique. L'électorat de gauche est partagé à parts égales sur cette éventualité, qui est majoritaire (54%) chez les sympathisants socialistes.

Une part de ces inconditionnels de DSK doit sans doute considérer qu'il a été victime d'une machine médiatico-judiciaire qui, pendant trois ans, l'a broyé, pour finalement le relaxer. En revanche, à moins que le scabreux, voire le glauque, soit devenu tendance en France, il est plus douteux que cette envie de lui soit stimulée par l'aperçu de sa vie privée qu'a donné ses comparutions judiciaires. On peut d'ailleurs noter que les femmes (33%) sont moins nombreuses que les hommes (44%) à vouloir son retour.

Sans doute, donc, est-ce avant tout l'économiste Strauss-Kahn qui est regretté par ses supporteurs. Qui ont la «nostalgie de sa parole économique», dixit le sondeur Bernard Sananès.

C'est parfaitement leur droit, mais c'est tout de même assez piquant, et doublement.

D'une part, et principalement, autant plus grand monde au PS ne se réclame de l'homme Strauss-Kahn – jugé définitivement trop sulfureux – , autant la ligne politico-économique qu'il incarne (le social-libéralisme, pour dire vite) est majoritaire, dans ce parti comme au gouvernement. Les Valls, Macron et autres Sapin font-ils autre chose que du strauss-kahnisme? On ne peut donc pas dire qu'il y ait un vide doctrinal à combler, en la matière. D'autre part, et accessoirement, les hasards de l'actualité veulent que ce sondage tombe au lendemain de la publication des derniers chiffres mensuels en date du chômage, qui, une fois de plus, sont mauvais. Et donc illustrent bien l'efficacité très perfectible de cette ligne économique social-libérale.

26/05/2015

Une belle affiche

Justice, Cinéma, Gouvernement, Personnalités, TaubiraLe film n'a pas eu la Palme d'or, dimanche soir. Mais l'affiche pourrait être belle, ce soir.

«La Tête haute», qui a fait tant parler de lui au Festival de Cannes, raconte l'histoire d'un jeune en rupture familiale et sociale ainsi que d'une juge pour enfants et de son éducateur, ceux-ci se battant pour qu'il ne sombre pas encore davantage dans la délinquance. Le rôle de la magistrate est interprété par Catherine Deneuve. Comédienne qui, ce soir, pourrait bien s'afficher avec... le membre certainement le plus haut en couleurs du gouvernement Valls.

Sur le coup de 19h30, en effet, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, a prévu de se rendre au cinéma "Etoile Saint Germain", à Saint-Germain-des-Prés. Elle y assistera à la projection de «La Tête haute», suivie d'un débat. Des professionnels de la justice des mineurs participeront aux échanges, de même que des jeunes qui sont pris en charge par la Protection judiciaire de la Jeunesse, ainsi que l’équipe du film.

Est-ce pour ménager le suspense? La présence de la diva du cinéma français – par ailleurs icône, depuis tant d'années, de Saint-Germain des Prés – n'a pas été précisément annoncée, par le cabinet de la garde des Sceaux. Mais sûr que, auquel cas, la rencontre des deux femmes, vu leur forte personnalité à chacune, ne manquerait ni de relief, ni de piquant.

 

PS: On n'est jamais assez prudent. Comme il y aura vraisemblablement pas mal de journalistes à cette séance de ciné particulière, et vu que, dans la salle et sur scène, des mineurs délinquants seront présents, le service de com' du cabinet Taubira a bien pris soin de conditionner l'accréditation des représentants des médias à leur engagement formel de «respecter les dispositions en vigueur concernant l’anonymat des mineurs». La grande ordonnance de 1945 sur la justice juvénile et la loi de 1881 sur la presse interdisent «de divulguer toute information concernant l'identité et la personnalité des mineurs délinquants». Dès lors, à l'"Etoile Saint Germain" ce soir, les médias seront tenus de «garantir, lors de la diffusion, l’anonymat physique et patronymique de tous les mineurs filmés et de leur famille». Pas mal de floutage en vue, du coup.

20/05/2015

Une décontraction très nouvelle

Quand les magazines de papier glacé entrent en collision avec les débats à l'Assemblée. Hier après-midi, les députés sarkozystes ont mené la charge contre le gouvernement, qu'ils accusent de «complicité hypocrite» avec le «proxénétisme procréatif». C'est tout le débat à propos de la GPA, ou gestation pour autrui: le recours à l'étranger, par des Français, à des mères porteuses. Et voilà que ce matin, dans «Gala», un animateur télé de la chaîne M6 s'affiche, tous sourires (), avec son petit Elliot: enfant de trois mois issu d'une GPA menée aux Etats-Unis.

Ce n'est pas la première fois qu'une personnalité cathodique française a recours à une mère porteuse, mais jamais auparavant (à moins que cela nous ait échappé) cette démarche n'avait été rendue publique aussi ouvertement, et assumée avec autant de décontraction.

Du coup, il sera intéressant de voir si le gouvernement va faire semblant de rien. Ou, au contraire, faire en sorte que des poursuites soient diligentées contre l'intéressé. Puisque, théoriquement, il est passible de peines de prison et d'amende (voir ici). Intéressant aussi de voir la consigne que Nicolas Sarkozy va donner à ses troupes. Les envoyer descendre en flammes cet animateur télé? Ou, au contraire, ne pas faire trop de vagues sur ce cas précis, pour ne pas risquer de se mettre à dos l'électorat des jeunes accros à ce genre de programmes télévisés ainsi qu'à l'humour potache qu'affectionne ce présentateur.

Reste à voir également si un "coming out" de ce type est de nature, ou non, à faire évoluer le jugement que porte l'opinion sur le recours aux mères porteuses. Un jugement qui a basculé, à l'occasion de la grande bataille de 2013 sur le «mariage gay». Auparavant, les Français n'étaient pas spécialement opposés à la GPA. Mais, à présent (voir , par exemple), ils la désapprouvent majoritairement.

13/05/2015

Un réseau condamné

Condamnés à de la prison ferme, pour des vols. La Justice a-t-elle considéré qu'il fallait frapper fort, alors que, ces dernières années à Paris, ont successivement éclaté plusieurs scandales du même acabit (relire par exemple ici ou )? Toujours est-il qu'elle vient de condamner à des peines de prison les piliers d'un réseau qui sévissait à Orly.

 

Des bagagistes de cet aéroport pillaient les valises des voyageurs. Trois d'entre eux dévalisaient les soutes des avions, pendant que le quatrième faisait le guet sur le tarmac. Leur manège a duré pendant au moins deux ans, entre 2009 et 2011, certains ayant même avoué l'avoir débuté dès 2007. Articles de maroquinerie, bijoux, téléphones, tablettes, consoles de jeu, caméscopes ou appareils photo numériques: leur larcin, quand il a été mis au jour par les policiers, ressemblait à une véritable caverne d'Ali Baba, haut de gamme.

 

L'autre jour, donc, les quatre piliers de ce réseau ont été condamnés à des peines de prison ferme (allant de six à neuf mois) ainsi qu'à des amendes et à trois ans d'interdiction de travailler dans un aéroport. Treize autres personnes, sous-fifres du réseau, ont écopé de prison avec sursis et d'amendes, pour abus de confiance et recel.

 

Un jugement qui, en tout cas, ne tombe pas à n'importe quel moment: à l'approche des vacances, qui vont drainer des millions de voyageurs à Roissy et à Orly.

20/04/2015

Une deuxième condamnation

paris,social,logement,justiceL'affaire avait fait grand bruit, à l'époque (relire ici). Dans notre onzième arrondissement, où elle se déroulait, mais aussi au-delà: à Paris et même dans l'ensemble du pays. C'était à la fin 2013. Devant le tribunal d’instance du onzième, avait comparu un propriétaire ayant loué un logement d'...1,56 mètre carré. Surface louée 330 euros, ce qui donne le mètre carré à 211,5 euros. C'est bien entendu illégal. En effet, un décret ministériel de 2002 interdit la mise en location d'un logement dépourvu d'«au moins une pièce principale ayant soit une surface habitable au moins égale à 9 mètres carrés et une hauteur sous plafond au moins égale à 2,20 mètres, soit un volume habitable au moins égal à 20 mètres cubes». Ce propriétaire s'était donc fait condamner. Dernièrement, il a de nouveau été jugé, en appel cette fois.

Et, à son tour, la cour d'appel de Paris l'a sanctionné. De même que l'agence immobilière qui gérait le logement – si tant est qu'on puisse appeler de la sorte un tel gourbi. Propriétaire et agent immobilier devront solidairement rembourser au locataire les 18 290 euros de loyer qu'il a payés pendant cinq ans, ainsi que lui verser 1 000 euros de préjudice moral et 816 euros en guise de remboursement de ses frais de réinstallation dans un logement digne.

Ce cas n'est pas unique. L'an dernier (), un autre, du même acabit, s'était produit dans le dix-septième arrondissement. Et, dans «Le Monde» de ce week-end, un responsable de la Fondation Abbé Pierre notait qu'en 2014, dans la seule ville de Paris, cette association avait engagé 56 procédures de ce type, visant des Thénardier des temps modernes.

04/03/2015

Une si longue attente

Paris, Histoire, Terrorisme, Justice33 ans que l'on attendait cela, dans le Marais et, au-delà, à Paris et dans tout le pays. Plus de trois décennies après l'attentat antisémite de la rue des Rosiers, la justice française a émis trois mandats d'arrêt internationaux, visant les suspects de cette tuerie qui, en 1982, avait ensanglanté le Marais juif et plongé la France entière dans l'effroi.

Ces trois individus vivent à présent en Norvège, en Palestine et en Jordanie. La France va tenter d'obtenir leur extradition. Si elle arrivait à ses fins, ce serait le deuxième très vieux dossier terroriste parisien qui, coup sur coup, avance spectaculairement, après une interminable attente. En novembre dernier, déjà, avait été extradé vers Paris le Canadien d'origine libanaise Hassan Diab. Il est soupçonné – mais nie catégoriquement – d'avoir fait exploser une moto piégée devant la synagogue de la rue Copernic, dans le 16eme arrondissement, le 3 octobre 1980.

Deux ans plus tard, le 9 août 1982, c'était donc dans le Marais que les terroristes avaient frappé.

Au n°7 de la rue des Rosiers, à l'heure de la pause-déjeuner, un homme avait fait irruption dans le restaurant Jo Goldenberg – adresse fameuse, à l'époque –, puis avait dégoupillé et lancé une grenade dans la salle, qui était bondée. Quatre de ses comparses avaient ensuite ouvert le feu sur les passants, dans la rue. Le bilan avait été terrible: six morts, 22 blessés.

Paris, Histoire, Terrorisme, JusticeCe mercredi matin, réagissant à ce rebondissement inopiné survenant dans ce si vieux dossier, le président de la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), visiblement ému, à eu ces phrases: «Aucun criminel, aucun terroriste ne peut se cacher. Où qu'il soit, il est susceptible d'être arrêté, jusqu'à la fin de ses jours. Au-delà de cette affaire, c'est un message envoyé aux terroristes mais également aux victimes, pour garder foi en la justice».

26/11/2014

Une croisade qui n'en finit pas

Quarante ans plus tard, la France se remémore l'âpre combat qu'elle a dû mener pour l'avortement. La loi Veil, qui dépénalisa l'IVG, n'a été votée qu'au début de l'année 1975, mais c'était dans ces jours de la fin novembre 1974 que le Parlement avait débuté le débat houleux relatif à ce texte de loi. Cet après-midi, l'Assemblée votera une résolution solennelle, qui réaffirmera «le droit fondamental» à l'IVG et la nécessité de continuer à veiller à son accès effectif, pour toutes les femmes.

Un accès contre lequel, quarante ans plus tard, certains continuent de militer. Au sein d'une mouvance anti-IVG qui est sortie galvanisée de la grande croisade des anti-«mariage pour tous», en 2013 – les activistes «pro-vie» (anti-IVG, en clair) ayant d'ailleurs toujours constitué un des piliers constitutifs majeurs de «La Manif pour tous».

A Paris, la justice a eu à statuer sur un des hérauts de cette cause anti-IVG, dernièrement. Le Dr Xavier Dor, octogénaire, pédiatre à la retraite, et dirigeant d'une association de défense des «tout-petits». L'homme a un lourd casier judiciaire, lui qui a déjà été condamné une dizaine de fois pour des actions anti-IVG. Cette fois, il était rejugé en appel pour avoir fait intrusion à deux reprises, en juin 2012, dans des locaux parisiens du Planning familial. Il y avait abordé une femme qui attendait de consulter en vue d'une IVG, et lui avait donné une médaille de la Vierge Marie ainsi qu'une paire de chaussons pour bébés. Xavier Dor a une nouvelle fois été condamné en appel, comme il l'avait déjà été en première instance. Condamné à 10.000€ d'amende, pour délit d'entrave à l'IVG.

L'an dernier, ce délit a été durci, et son champ étendu (voir par exemple ). A l'origine, il ne s'appliquait qu'aux actes «commis en vue d’empêcher ou de tenter d’empêcher une interruption volontaire de grossesse», au sein des établissements médicaux. Désormais, il punit également l'entrave au libre accès à l'information sur cet acte médical, ainsi que les tentatives de blocage des centres qui le pratiquent.

04/11/2014

Une «agression psychologique»

Dans la boîte électronique, un courriel assez improbable. Expéditeur? «Les Z'Amis de Frigide Barjot». Le comité de soutien à l'ineffable Virginie Merle-Tellenne, ex-égérie de la croisade contre le «mariage pour tous». Mercredi dernier, elle et sa famille ont été définitivement expulsées du logement social qu'elles occupaient, à Paris. Un (très) vaste appartement, et accessoirement aussi le QG de «La Manif pour Tous» de la fin 2012 au printemps 2013. Un an plus tard, ces «Z'Amis» ne décolèrent pas. Et, au passage, réécrivent l'histoire.

Ainsi, à les en croire, la famille Merle-Tellenne a été expulsée «en raison de son engagement pour la filiation biologique dans le respect de toutes les familles». Ils sont donc des «boucs émissaires» victimes d'«une décision politique». Ce déménagement forcé n'est rien d'autre qu'«une agression psychologique, qui vise à traumatiser, pour mieux la faire taire, le leader historique et avec lui tous les citoyens qui proposent une alternative réaliste, et garante des droits des couples homosexuels, à la loi Taubira». Conclusion enflammée du comité de soutien: «C'est vous tous qui êtes muselés, et derrière la négation du courant que vous formez, c’est le pluralisme de la démocratie qui est bafoué».

C'est, pour le moins, une façon tronquée de présenter les choses. La famille Merle-Tellenne a été expulsée de son logement pour avoir sciemment enfreint les règles du bail social qui le régissait. En effet, une partie de cette habitation était sous-louée à la (florissante) société de production et d'édition du mari de Madame, le dénommé Bruno-«Basile de Koch». En outre, cette décision d'expulsion a fait l'objet d'un très long processus juridique, au cours duquel Frigide Barjot a eu toutes les occasions de faire valoir ses arguments. Processus à l'issue duquel les magistrats ont pleinement validé la mesure la frappant.

Les fans de l'intéressée qui seraient chagrinés par «l'agression psychologique» dont elle serait victime n'en sont pas moins, à présent, invités à donner leur obole () à son mouvement, afin de lui assurer «un nouveau départ». Direction? Les élections prévues en 2017. Motivation? «Soutenir le seul candidat qui s'engagera, dans sa profession de foi et son programme, à réformer la filiation de la loi Taubira, dans le respect de tous les couples».

Cela promet.

30/10/2014

Une humiliation judiciaire

Justice, Transports, Métro, ArtsC'est une gifle judiciaire qui a été assénée à la RATP, hier. Le tribunal correctionnel de Paris a purement et simplement annulé les poursuites que la régie des transports parisiens avait intentées à un artiste de rue avec lequel elle est en conflit. Les juristes de la RATP avaient si mal ficelé le dossier, en termes de procédure, que les magistrats ont carrément décrété la nullité totale de leur citation.

Le justiciable en question était Thoma Vuille, un artiste-graffeur franco-suisse âgé de 37 ans. Alias «M. Chat». Depuis la fin des années 90, il dissémine son gros chat jaune et hilare (inspiré du «grinning cat» d'«Alice au pays des Merveilles») un peu partout dans l'environnement urbain. Il a acquis une notoriété internationale lorsque, en 2004, le grand cinéaste Chris Marker a consacré un «street movie» («Chats perchés») à cet artiste ainsi qu'à son personnage. Depuis, Thoma Vuille expose dans des galeries jusqu'à New York ou Hong Kong. Ce qui lui vaut d'être régulièrement dénigré par nombre de street artists, qui le jugent complètement récupéré par le système (commercial).

Mercredi, il était donc traîné en justice par la RATP. Sur la base de la loi punissant « le fait de tracer des inscriptions, signes ou dessins sans autorisation préalable sur des façades, véhicules, voies publiques ou mobilier urbain». Auparavant, il avait refusé de payer les 1.800 euros d'amende que lui réclamait la RATP. L'objet du délit? Une dizaine de têtes de matous qu'il avait dessinées en mai dernier, sur les murs de la station de métro «Châtelet-Les Halles» en cours de rénovation. «Une blague», pour «faire sourire les usagers du métro». Une intervention éphémère, présentée comme recouvrant avantageusement «des murs gris tristes» qui, de toute façon, étaient sur le point d'être recouverts de carrelage. «Je ne suis pas quelqu'un de malveillant: je respecte les gens et les lieux où je peins», s'était-il justifié. «J'ai juste humanisé un lieu, un couloir de transit complètement gris, juste mis de la couleur. Les gens qui disent que mon graffiti est sale ne prennent jamais le métro».

Justice, Transports, Métro, ArtsLa RATP n'a rien voulu entendre. Comme elle l'a fait – mais là, sans succès – avec «M. Chat», elle dépose systématiquement plainte contre X, pour dégradation, chaque fois qu'elle découvre des interventions de ce type. Plainte «sans appréciation de la qualité artistique des actes concernés». Et que ces interventions plaisent au public, ou non; dans ce dossier, 20.000 personnes ont signé une pétition en ligne de soutien à Thoma Vuille.

La société de transports consacre chaque année un budget de 20 millions d'euros – ce qui n'est tout de même pas rien – à la traque et au nettoyage des tags et autres interventions commis dans son réseau, puis à la remise en état de ses installations.

28/10/2014

Un silence, si assourdissant

Personnalités, Gouvernement Environnement, Royal, Police, JusticeOù est passée Ségolène Royal? Elle est habituellement très avide des médias. Mais là, cela fait deux jours qu'elle se tait sur un sujet qui, pourtant, agite tout le pays et est du domaine de ses compétences. La mort d'un jeune manifestant, en marge d'une manifestation écologiste, ce week-end, contre un projet de barrage, dans le Tarn.

A l'heure en tout cas où ces lignes sont écrites, la ministre de l'Ecologie, à moins que cela nous ait échappé, n'en a pas encore dit le moindre mot.

Qu'elle ne s'exprime pas sur l'enquête judiciaire en cours – pour déterminer les circonstances exactes, et donc les responsabilités, de cette mort –, c'est parfaitement légitime, et même très sain: que la Justice fasse son travail, sans intrusion du politique. Mais qu'elle se taise y compris sur un projet d'infrastructure avec lequel elle avait elle-même, jadis, pris (un peu) ses distances, c'est déjà moins normal. De même, hier, elle a laissé s'exprimer seuls les deux experts qu'elle avait mandatés pour évaluer l'intérêt de ce projet («médiocre», selon eux). Enfin, que, deux jours plus tard, la ministre de l'Ecologie n'ait même pas ne serait-ce que publiquement accusé réception des demandes qui lui sont faites de retirer le label d'utilité publique dont bénéficie ce barrage, c'est assez sidérant.

Ce silence traduit probablement l'embarras de Ségolène Royal. Embarras dû notamment au fait que ce sont des élus socialistes, ses propres camarades, qui, dans le Tarn, sont derrière ce projet. Politiquement, donc, l'absence médiatique de l'intéressée sur ce sujet (*) est parfaitement explicable.

Personnalités, Gouvernement Environnement, Royal, Police, JusticeIl n'empêche, ce silence, on le trouve, pour tout dire, un peu lâche.

Il est d'ailleurs si assourdissant qu'il ne pourra probablement pas durer encore très longtemps.

 

(*) Silence sur ce sujet, mais, depuis dimanche, Ségolène Royal a publié au moins une demi-douzaine de communiqués de presse, sur «la préfiguration de l’Agence française pour la biodiversité»,«la Conférence internationale sur le changement climatique», et blabla. Politiquement, évidemment, ce sont des thèmes plus confortables.