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15/09/2015

Une cordialité dénoncée

Etrangers, Immigration, Personalités, Hidalgo, Le Pen, ParisLa maire de Paris, Anne Hidalgo, devrait porter le voile musulman. C'est la tenue que Marine Le Pen lui a conseillé d'arborer, hier soir, lors d'un meeting électoral tenu en banlieue de Paris. La patronne du FN ne décolère pas, après le tweet que la maire a envoyé, dans lequel elle souhaite la bienvenue aux candidats réfugiés politiques venus du Moyen-Orient, hébergés dans la capitale. Message de bienvenue rédigé en trois langues: français, anglais et arabe.

Depuis ce tweet, Anne Hidalgo est copieusement insultée par la mouvance d'extrême droite. «Collabo», pactisant avec «les envahisseurs» et «l'occupant», lui est-il même lancé. Non sans que, bien sûr, soient renvoyées à la figure de la maire ses propres origines étrangères (elle est issue de l'immigration espagnole), comme s'il s'agissait d'un stigmate infamant.

Ce matin, Marine Le Pen en a rajouté une couche. Sur une radio, elle a considéré qu'Anne Hidalgo incarnait «le summum des élus immigrationnistes», qui prêchent «l'intégration à l'envers». A savoir, si on a bien compris, qui se plient aux usages (linguistiques, ici) des nouveaux arrivants, alors que ce sont ces derniers qui devraient avant tout ce faire, pour s'intégrer à leur pays d'accueil.

On peut aussi considérer, sans en faire tout un plat comme ça, qu'accueillir des visiteurs dans leur langue est une simple marque de courtoisie. Une illustration de la chaleur et de la cordialité de l'accueil qu'on réserve à ces arrivants.

Bienvenue, donc, en effet. Et, pourquoi pas, dans toutes les langues.

 

PS: «J'ai même fait un an d'arabe dialectal, à la fac. J'aggrave mon cas...» La réponse ce matin, à cette attaque de Marine Le Pen, d'Anne Hidalgo. Qui, visiblement, n'est pas du genre à se laisser impressionner, ni à courber l'échine.

05/05/2015

Un grand n'importe quoi

Partis, Personnalités, Le Pen, Droit, Famille, FemmesPuisque, vu l'actualité d'hier soir, ce blog peut aujourd'hui difficilement parler d'autre chose que de la famille Le Pen – décidément, et plus que jamais, la famille Addams de la politique française –, peut-être quelqu'un devrait-il signaler deux choses à Jean-Marie Le Pen.

D'abord, puisqu'il veut «répudier» sa fille Marine et faire en sorte qu'elle ne puisse plus porter son patronyme, l'informer que la répudiation des femmes (qu'elles soient épouses ou filles) n'est pas permise, en droit français. S'agissant du mariage, cette façon de le dissoudre qui découle de la volonté unilatérale du mari, donc est par essence inégalitaire, ne peut jamais avoir cours en France, en tout cas entre époux Français "de souche" (pour prendre un terme bien lepéniste), les choses étant moins claires (voir par exemple ici) quand il s'agit de statuer sur la reconnaissance ou non, par la justice française, d'une mesure de répudiation prononcée à l'étranger.

Du reste, il est assez piquant de voir le chef historique d'une formation d'extrême droite en arriver à prôner une sanction relevant du droit musulman, alors que son parti dénonce en boucle «l'islamisation» de l'Hexagone.

Ensuite, signaler à Jean-Marie Le Pen que, s'il ne peut répudier sa fille, il peut, éventuellement, la déshériter. La procédure, cela dit, n'est pas simple, le Code civil français imposant traditionnellement, lors d'une succession, une part réservataire pour chacun des enfants – mais le processus d'harmonisation européenne pourrait bientôt nuancer cela (lire par exemple ).

Du reste, il serait assez piquant de voir Jean-Marie Le Pen en arriver à faire le malin sur la question de son héritage. Alors que lui-même est soupçonné d'avoir planqué en Suisse des millions d'euros, notamment en pièces d'or et en lingots – ses explications sur le sujet tardent à venir, d'ailleurs.

09/04/2015

Une ambiance assurément glaciale

Le communiqué restera dans les annales de la communication partisane française, pour sa brièveté. Une quinzaine de mots. Diffusé ce matin par le FN, il informe que «la rumeur d'un bureau exécutif (du parti) qui se déroulerait cet après-midi est totalement infondée». Ce ne sera donc pas dès ce jeudi que Marine Le Pen et son paternel, depuis hier officiellement en «rupture», laveront leur linge sale en famille.

L'ambiance doit assurément être glaciale en ce moment, au siège du parti – situé à Nanterre, en banlieue parisienne. Sans doute que chaque camp y compte les siens, et que le moindre cadre ou même simple employé se sent obligé de faire allégeance à l'un ou l'autre duelliste.

Dans tout cela, les communicants du FN essaient de sauver la face. Quitte à devoir jouer les mercenaires. Pour preuve hier, c'est le même directeur de la communication, Alain Vizier (originellement plus proche de Jean-Marie Le Pen que de sa fille), qui a envoyé aux médias les deux communiqués fatidiques de la journée. Celui du matin, dans lequel Marine Le Pen rompt avec un «Jean-Marie Le Pen (qui) semble être entré dans une véritable spirale, entre stratégie de la terre brûlée et suicide politique». Puis, en fin d'après-midi, le communiqué dans lequel le paternel reproche à sa fille et à son clan d'avoir «ouvert au Front National une crise qui pourrait être grave de conséquences». Et annonce à «la Présidente du Front National» qu'il entend bien rester jusqu'au bout «un homme politique responsable, libre, qui a toujours marché tête haute et mains propres».

On ignore si le processus frontiste de validation des communiqués officiels du parti prévoient ou non, avant leur envoi aux médias, leur relecture systématique par la présidente et sa garde rapprochée, y compris lorsqu'il s'agit des communiqués paternels. Si une telle règle existe, son application éventuelle a dû être glaciale, hier. Tant, en l'occurrence ici, «le drame familial rejoint le drame politique. C'est à la fois le Roi Lear et Dallas» – comme l'a assez bien résumé le documentariste Serge Moati, hier.

29/05/2013

Une désastreuse image

Journalismes, Médias, Télévisions, Personnalités, Le PenHier soir, à un JT de 20 heures. Un sujet sur Marine Le Pen, et plus spécialement sur son influence et audience qui seraient grandissantes, en France.

Le sujet illustre ce postulat notamment en montrant la n°1 du Front national dans les coulisses d'une chaîne de télé. Avant son passage à l'antenne: en train d'y converser très aimablement avec son intervieweur – une des vedettes du journalisme politique parisien – , en le tutoyant.

Aucune surprise de notre part, à la vue de ces images: cela fait plusieurs années déjà que l'on a pu constater que le duo se tutoie – et même se fait la bise, pour se saluer. Aucune surprise, mais néanmoins un léger frisson, à l'idée de l'effet potentiellement dévastateur de ces bruits et images de couloir, auprès du grand public.

Des anecdotes de cet acabit risquent évidemment de le renforcer encore un peu plus dans sa conviction/sensation de l'existence d'une caste politico-médiatique, à la tête du pays. Une sorte d'élite fonctionnant au copinage voire à la consanguinité, si loin des préoccupations des gens.

18/04/2012

Une discrète omission

elections présidentielles,personnalités,le pen,internationalQu'en termes élégants ces choses-là sont dites. C'est ce qu'on a pensé ce matin, en tombant, en rue, sur ce graffiti anti-Le Pen.

La détestation qu'on est en droit d'éprouver envers telle ou telle personnalité autorise-t-elle de s'en prendre à elle en des termes scatologiques? Se soucier de la bienséance des mots utilisés pour critiquer Marine Le Pen, est-ce la moindre des choses, ou de la pudibonderie déplacée? On vous laisse juges.

Sinon, à propos de Marine Le Pen, on a reçu des nouvelles d'elle, ce matin. Dans notre boîte aux lettres. En effet, y sont arrivées les «professions de foi» des candidats: leurs dépliants électoraux, qui sont envoyés à tous les électeurs avant chaque scrutin. Découvrant ces document (visible en pdf ici), on s'est empressé d'y vérifier une chose, pour voir si était confirmé ou démenti un bruit qui circulait ces derniers jours, à son propos. Et, effectivement, on a eu confirmation de cet écho. Dans ce document, on ne trouve nulle trace d'un point du projet lepéniste sur lequel, pourtant, l'intéressée a passé du temps, pendant sa campagne. A savoir, la sortie de l'euro et le retour au franc.

Sans doute cette discrète omission est-elle due aux sondages de ces dernières semaines. Qui, tous, ont montré combien l'opinion – et y compris une bonne part de l'électorat FN – redoutait les conséquences d'un éventuel retour au franc, sur le pouvoir d'achat.

elections présidentielles,personnalités,le pen,internationalMarine Le Pen a retenu la leçon. Une telle faculté d'adaptation n'est pas anecdotique. Venant d'une candidate qui, pendant toute sa campagne, n'a cessé de dénoncer tout à la fois les sondeurs, la fiabilité selon elle très discutable de leurs enquêtes, et la place à ses yeux démesurée prise par les sondages dans cette présidentielle.

 

PS: Parlant d'Europe et de Front national, on a pu encore le remarquer hier soir, lors du méga-meeting parisien de Marine Le Pen, au Zénith. Rien que dans sa scénographie, il a rappelé combien la frontiste se distingue de la plupart des autres présidentiables. A ses côtés, en effet, sur la scène, figuraient trois drapeaux. Mais uniquement des drapeaux tricolores: aucun drapeau étoilé européen.

12/04/2012

Un débarquement

Elections présidentielles, Personnalités, Activisme, Le PenLa droite extrême et l'extrême-droite débarquent dans notre onzième arrondissement. A toutes les élections, ces dernières années, les candidats de cette mouvance n'y ont fait que des scores ridiculement microscopiques – comme dans le reste de Paris, d'ailleurs: terre de (centre-)gauche s'il en est. Il n'empêche, les voilà donc qui débarquent au coeur de «Boboland».

Nicolas Dupont-Aignan est annoncé pour un meeting au «Bataclan», boulevard Voltaire. Ce candidat se revendique «gaulliste», affiche un look de bon père de famille jeune et dynamique, et tente de séduire les foules en prônant «un protectionnisme raisonné». Toutefois, il est plus radical qu'il n'en a l'air. Pour preuve, l'autre jour, il n'a pas hésité à déclarer que, dans le cas (très hypothétique) où il était élu à l'Elysée, il pourrait nommer... Marine Le Pen Premier ministre. Sa déclaration a fait tant de bruit que, depuis, le pauvre n'arrête pas d'essayer de faire marche arrière. A chacune de ses prestations médiatiques, il assure que oui oui, ses propos ont été déformés et sortis de leur contexte, promet que, non non, il n'a rien à voir avec le Front national, etc.

Le Front national, précisément: ces derniers jours, les lepénistes ont visiblement envoyé des escouades de militants-colleurs dans notre onzième arrondissement. Un peu partout, sur les murs, fleurissent les affiches de Marine Le Pen. Appelant à une «révolution bleu marine», s'exclamant «Oui! La France», vantant une candidate qui serait celle de «La France des oubliés». Ce débarquement lepéniste tranche avec la physionomie murale qui, jusqu'à présent, était celle de nos quartiers. Dont les façades étaient majoritairement maculées d'affiches rouges: celles du populiste Jean-Luc Mélenchon ou de la trotskiste Nathalie Arthaud.

Elections présidentielles, Personnalités, Activisme, Le PenMais les colleurs lepénistes n'ont pas toujours bien regardé où ils placardaient leur propagande.

Ainsi, boulevard Richard Lenoir, leur égérie s'affiche, comme si de rien n'était, sur une petite maison abandonnée depuis des lustres. Pourquoi pas. Mais l'immeuble est orné d'une immense fresque murale, qui représente un visage hurlant, sur fond de chaos urbain. Comme si ce visage criait sa colère contre la présence de telles affiches.

05/04/2012

Une incrédulité générale

Elections présidentielles, Politique, Personnalités, Sarkozy, Hollande, Bayrou, Le Pen, Joly«Les promesses n'engagent que ceux qui y croient», assure une vieille maxime, cynique, de la vie politique française. Manifestement, ils sont de moins en moins nombreux à y croire, dans l'opinion. C'est ce qu'indique une étude réalisée par l'institut TNS-Sofres.

On y découvre que 88% des Français considèrent que, d'une manière générale, les politiques ne respectent pas les engagements qu'ils prennent en campagne électorale. Parmi ces neuf Français sur dix incrédules, 38% des sondés affirment carrément que les intéressés ont l'habitude de ne pas du tout tenir leurs promesses.

Des dix candidats à l'Elysée, le centriste François Bayrou et le socialiste François Hollande sont perçus comme les plus crédibles dans leurs engagements. Mais, pour l'un comme pour l'autre, les sondés défiants sont plus nombreux que les confiants. La frontiste Marine Le Pen et l'écologiste Eva Joly apparaissent comme les moins fiables. Concernant Nicolas Sarkozy particulièrement – dont le leitmotiv de ses meetings de 2007, était, pour rappel: «Moi, je ne vous trahirai pas, je ne vous décevrai pas, je ne vous mentirai pas», etc. – , il ne s'en sort pas trop mal. En effet, le nombre de Français jugeant qu'il n'a ni mieux, ni moins bien tenu ses engagements que ses prédécesseurs (40%) dépasse, de peu, la proportion de Français considérant, au contraire, qu'il a plutôt moins bien respecté ses promesses qu'eux (36%).

Il n'empêche, globalement, les résultats de cette enquête d'opinions ne sont pas à l'honneur de la classe politique. Qui sait faudra-t-il se souvenir de ce sondage dans une quinzaine de jours: si d'aventure les résultats du premier tour de la présidentielle confirment ce qu'annoncent et prévoient déjà pas mal d'analystes: un très fort taux d'abstention.

22/03/2012

Une grande forme

Une matinée avec Marine Le Pen. Trop chouette. Au saut du lit, d'abord: en écoutant l'énième matinale radio dont elle était l'invitée. Puis, hop, un rapide saut au bureau et le métro illico: pour, cette fois, rencontrer l'intéressée de visu. Ce matin, la candidate et présidente du FN était reçue par la presse étrangère basée à Paris.

On a pu le constater: elle est en grande forme. Pendant près de deux heures, sans une pause ni une note ni une hésitation ni un mot bafouillé, elle a débité son discours bien rôdé avec une impressionnante pugnacité. Et sans du tout se démonter quand des questions assez sèches lui étaient posées, par des confrères de médias de pays arabes. Bravache, devant une centaine de représentants de médias du monde entier, la frontiste a descendu en flammes une France qu'elle a décrite comme, en gros, gouvernée par un pouvoir corrompu et mou, inconscient que les barbus sont partout, voire complaisant avec eux.

«Quand je serai Présidente de la République...» Marine Le Pen a commencé plusieurs fois ses phrases de la sorte. A ces moments, le plus instructif était de constater que, dans l'assistance, personne ne pouffait de rire.

A Paris à la mi-avril 2002, Jean-Marie Le Pen avait lui aussi rencontré la presse étrangère. Ce jour-là, il lui avait notamment assuré que, sur foi de sondages privés qu'il détenait, il serait présent au second tour. Le dimanche qui avait suivi, le 21 avril 2002, il avait devancé Lionel Jospin. Dix ans plus tard, ce jeudi matin, l'anecdote a été narrée à sa fille. Qui y a réagi ainsi: «D'après mes informations, les trois candidats en tête des sondages (Nicolas Sarkozy, François Hollande et elle) sont, en fait, beaucoup plus proches les uns des autres qu'on ne le dit...»

On verra ça le 22 avril. Dans un mois, pile. On verra ça, ou pas.

29/09/2011

Une sanction prévisible

C'est un jugement populaire largement injustifié, mais sans doute était-il couru d'avance avec cette actualité en France qui, depuis, la rentrée, associe si souvent la classe politique à des histoires d'enveloppes d'argent liquide, de valises de billets de banque venues d'Afrique, de commissions occultes, voire d'association de malfaiteurs. La sanction est là: selon un sondage TNS- Sofres, trois quart des Français (72%) jugent désormais que, d'une manière générale, leurs élus et dirigeants politiques sont plutôt corrompus.

 

On atteint un pic en la matière, puisque «ce jugement critique est le plus fort jamais mesuré depuis 1977, date à laquelle la question a été posée pour la première fois par TNS Sofres. Il est en outre en augmentation de 4 points par rapport à juillet 2010, qui était déjà un record». Cette défiance se retrouve majoritairement dans toutes les couches de la population, mais est proportionnellement plus élevée chez les jeunes que chez les séniors.

 

Quelques jours avant cette enquête, un autre sondage avait déjà donné une idée de l'impact que pourrait avoir ce climat délétère sur, cette fois, le résultat du premier tour de l'élection présidentielle, dans sept mois. «Marine Le Pen en nette progression»: là aussi, c'était sans doute couru d'avance. Comme le note Jérôme Sainte-Marie, de l'institut CSA, la présidente du Front national, «portée par une actualité favorable et une forte présence médiatique, progresse, passant de 15% au mois d’août à, selon le candidat socialiste testé, 18, 19 ou 20%. Ce mouvement est remarquablement élevé dans les catégories populaires et chez les jeunes».

01/08/2011

«Une écoute et une ouverture»?

france-belgique.jpg52% des Wallons excluent un rattachement à la France. En revanche, 60% des Français sont favorables, «en cas d'éclatement de la Belgique, au rattachement de la Wallonie, c'est-à-dire des provinces francophones», à l'Hexagone. C'est ce qu'a affirmé un sondage hier. Près de quatre Français sur dix (38%) sont «plutôt favorables» à cette éventualité, 22% se montrant même «tout à fait favorables». 30% des sondés refusent cette option, 10% préfèrent ne pas se prononcer.

On remarque cela sans vouloir fâcher quiconque, mais on peut tout de même difficilement ne pas rappeler cette actualité: six Français sur dix sont donc, sur cette question, sur la même longueur d'ondes que Marine Le Pen. Qui, la veille du 21 juillet, fête nationale belge, avait estimé (ici) que, «si la Belgique venait à éclater, si la Flandre prenait son indépendance, hypothèse de plus en plus crédible, la République française s’honorerait d’accueillir en son sein la Wallonie». «La responsabilité de la France et des Français est de tendre la main aux Wallons», avait insisté la patronne du Front national. Qui avait invoqué «les liens historiques et fraternels qui unissent nos deux peuples», liens jugés «trop forts pour que la France abandonne la Wallonie».

«Nous avons des contacts aussi bien avec le pouvoir qu'avec l'opposition» en France, se réjouissait ce matin, tôt, sur une radio française, Paul-Henry Gendebien: leader du mouvement qui, en Belgique, prône le rattachement à la France. Pas peu fier, ce tribun «rattachiste» (comme on dit en Belgique) assurait ensuite que ses interlocuteurs en haut lieu à Paris manifestaient à son égard, et envers sa cause, «de l'intérêt, de l'écoute et de l'ouverture». «Pour le moment, et c'est bien normal, ils observent un devoir de réserve» sur les questions belges, poursuivait-il. «Mais je vous assure que si en Belgique les choses venaient à s'accélérer, en France on serait prêt à agir!»

Etait-ce dû l'heure trop matinale? Toujours est-il qu'on avait tout de même un peu de mal à prendre tout cela très au sérieux.

15/07/2010

Une fatwa

diams.jpgCes jours-ci, la France fête le vingtième anniversaire de la loi réprimant les propos à caractère raciste, antisémite ou xénophobe. C'est le moment qu'a choisi le Front national pour jeter l'opprobre sur une artiste qui, dernièrement, a fait parler d'elle en se convertissant à la religion musulmane, en vertu de quoi elle n'apparaît plus en public que coiffée d'un couvre-chef. On veut parler de Diam's. Ce soir, la rappeuse doit se produire à un festival de musique, dans une bourgade du Var (Provence). Mais son concert pourrait bien être perturbé par des agitateurs du parti de Jean-Marie Le Pen, le FN  ayant réclamé (ici) en vain l'interdiction de cette prestation. Pour les frontistes, en effet, Diam's est une «personnalité néfaste», «médiocre». Qui, dans ses chansons (proférées qui plus est «dans un français approximatif») «vomit toute la haine qu’elle porte en elle contre la France et envers les Autorités et la République». Le FN  a donc prévenu: la venue ce soir d'une telle artiste sur des terres où l'extrême droite est si bien implantée ne peut qu'«engendrer désordre civil et insécurité».

Le FN en veut notamment à Diam's pour sa chanson «Ma France à moi». Dans laquelle la rappeuse dit notamment: «Ma France à moi, c'est pas la leur, celle qui vote extrême/ Celle qui bannit les jeunes, anti-rap sur la FM/ Celle qui s'croit au Texas, celle qui a peur de nos bandes/ Celle qui vénère Sarko, intolérante et gênante/ Celle qui regarde Julie Lescaut et regrette le temps des Choristes/ Qui laisse crever les pauvres, et met ses propres parents à l'hospice». Ou encore: «Non, ma France à moi c'est pas la leur qui fête le Beaujolais/ Et qui prétend s'être fait baiser par l'arrivée des immigrés/ Celle qui pue le racisme mais qui fait semblant d'être ouverte/ Cette France hypocrite qui est peut-être sous ma fenêtre». Pour le FN, de tels textes sont évidemment insupportables. En outre, sans doute le parti de Jean-Marie Le Pen n'a-t-il pas encore pardonné à Diam's sa chanson intitulée «Marine», en référence à la fille du patron du FN. Cela donnait notamment ceci: «Marine/ Regarde-nous/ On est beau/ On vient des 4 coins du monde/ Mais pour toi on est trop/ Ma haine est immense quand je pense à ton père/ (...). T'as fait la même connerie que lui/ Penser que le blanc ne se mélange pas à autrui/ Marine/ On ne s'ra jamais copines parce que je suis une métisse/ Et que je traîne avec Ali».

Les organisateurs du festival et la mairie concernée ont évidemment catégoriquement rejeté la fatwa du Front national: «Diam's viendra bien. C'est de la musique et elle a le droit de s'exprimer, comme tout le monde». Puisque le parti de Jean-Marie Le Pen a, paraît-il, de nouveau le vent en poupe en France en ce moment, rappelons que, dans les villes qu'il dirigea jadis (Vitrolles, Marignane, Orange, Dreux etc.), en matière culturelle, le FN n'a pas rarement pris des mesures clairement excluantes: déprogrammation de spectacles, refus d'autorisation d'expositions, purges, dans les bibliothèques publiques, des livres jugés immoraux, diminution voire arrêt de subventions aux théâtres pas assez dans la norme, etc, etc. Depuis, de toute évidence, l'extrême droite n'a pas évolué d'un iota.

04/06/2010

Une «obscénité»?

Le Front National, paraît-il, se modernise. Se banalise. Se civilise. Et, paraît-il, ce sera encore plus vrai l'an prochain, lorsque Marine Le Pen sera probablement à sa tête. Le FN se modernise, ah oui? Ce n'est pas si évident, au vu de l'actualité judiciaire qui, lundi, sera celle d'un membre du «comité central» de ce parti – au passage, pour une formation d'extrême droite, ce terme, si communisant, de «comité central» sonne tout de même un peu bizarrement.

 

Le hiérarque lépéniste en question – dont on taira le nom, car on ne tient pas spécialement à lui faire de la pub – comparaît lundi devant la septième chambre de la Cour d'Appel de Versailles. Pour avoir, le 2 décembre 2006, déchiré et dégradé une baudruche gonflable de onze mètres de haut en forme de préservatif géant. Baudruche que la mairie de sa petite ville de banlieue parisienne avait érigée à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida. Pour ce dirigeant frontiste, cette opération de prévention était une «obscénité publique, qui constituait de toute évidence un attentat à la pudeur, un outrage aux bonnes moeurs et un objet de scandale notamment pour les jeunes enfants». Et l'intéressé, dès lors, d'appeler «tous les patriotes qui le souhaitent» à venir nombreux au tribunal lundi, pour le «soutenir dans (son) combat pour avoir voulu simplement défendre et protéger la vue des jeunes enfants, la pudeur, les bonnes moeurs et la morale publique».

 

On ne sait pas si cet élu FN a ou non des enfants. Mais, si oui et si ce sont des garçons, on leur souhaite bonne chance et bon courage quand, lorsqu'ils seront ados, ils devront aborder avec un père aussi péniblement rétrograde les questions du premier rapport sexuel, de la contraception et de la prévention des infections sexuellement transmissibles.

04/05/2010

Une «indécence»?

LePenpère&fille.jpgHier, en France comme ailleurs, c’était la Journée mondiale de la liberté de la presse. C’est précisément le jour qu’a choisi le Front national pour, une fois encore… casser (verbalement) du journaliste. En effet, Marine Le Pen a pris les médias en exemple pour fustiger l’«effondrement moral» de la société française. En cause, l’écho donné depuis dimanche soir par les médias, médias de France et d'au-delà, à la tribune du cinéaste franco-polonais Roman Polanski. Pour la fille de Jean-Marie Le Pen, «c'est un peu indécent d'ouvrir grand les médias» pour «quelqu'un qui a quand même des choses assez lourdes à se reprocher».

 

On a été assez agacé par cette tirade lepéniste. Nuançons illico. On n’a pas de problème de principe avec le fait qu’entre la classe politique et le monde médiatique, les critiques aillent dans les deux sens. A savoir: pas toujours dans le même sens unique des journalistes vers les politiques qu’en permanence ils décortiquent et, souvent, critiquent. Il n’y a pas de raison que la presse soit le seul pouvoir – puisqu’elle en serait un: le quatrième – qui, par définition, serait au-dessus de toute critique.

 

En revanche, on a un gros mouvement de recul quand la dénonciation de la corporation journalistique et de ses pratiques se fonde sur un critère aussi pesant que «la morale». Qu’on critique les médias sur leur professionnalisme, leur sérieux, leur impartialité, leurs méthodes et conditions de travail, leurs dérives mercantiles ou dernières excitations technologiques du moment, sur leur irréverence ou leur bienveillance à l’égard du pouvoir en place: très bien. Mais qu’on en vienne à «la morale», danger. A fortiori si c’est le Front national qui s’érige en donneur de leçons de morale voire en censeur.

 

En janvier, Marine Le Pen va possiblement – probablement? – remplacer son père Jean-Marie à la présidence du Front national. Selon certains analystes, à ce moment, une partie de l’UMP sarkozyste pourrait être tentée de former une vaste alliance avec un FN qui, présidé par l’intéressée, serait tout à coup dédiabolisé et redevenu politiquement fréquentable. Ce serait politiquement un scénario «à l’italienne»: pays où, pour faire court, la droite de Berlusconi a intégré l’ex-extrême droite de Fini. C’est bien sûr loin d’être fait, et pas sûr que cela se fera jamais. En tant que journaliste, en tout cas, cette possible évolution nous ferait assez frémir si elle se traduisait par, parmi des ex-FN au gouvernement, une Marine Le Pen ministre de la Communication (cas de figure comme un autre) et donc érigée en arbitre de «la morale» médiatique. Dans ce cas, on ne serait pas trop sûr de pouvoir/vouloir/ encore exercer ce métier dans ce pays.

30/04/2010

Une cérémonie

Comme quoi parfois, le temps n’efface pas le souvenir. Cela se passe demain matin à Paris. C’est une cérémonie d’hommage qui y a lieu sans exception chaque premier jour de mai, depuis quinze ans maintenant. Depuis ce 1er mai 1995, jour où Brahim Bouarram, un jeune beur sans histoire, âgé de 29 ans, périt noyé dans la Seine après y avoir été jeté par des militants d’extrême droite en débandade, de retour du défilé annuel du Front National – le parti de Jean-Marie Le Pen n’a jamais voulu reconnaître la moindre responsabilité dans ce drame. Depuis, chaque premier jour de mai, se réunissent au pont du Caroussel, d’où le jeune homme a été précipité dans les flots, anonymes et associations pour rendre hommage aux victimes de crimes racistes en France.

 

Une année ou l’autre, on a déjà été témoin de cette cérémonie, passant là à ce moment. On en a gardé le souvenir que c’était très digne. Davantage silencieux que revendicatif. Emouvant, même. Invariablement, les Parisiens présents achèvent cet hommage en descendant des quais vers les berges de la Seine. Où ils déposent des gerbes de fleurs qui ensuite s’en vont, colorées, dérivant paisiblement dans le gris du fleuve. A l’époque, on s’en souvient, on avait trouvé que la délicatesse de ce geste et la permanence de ce souvenir contrastaient heureusement avec la sauvagerie sans nom de ce crime. 

16/03/2010

Une disparition

FNParis.jpgPoursuivons notre petite exploration des résultats des élections de dimanche dans notre quartier, et à Paris en général. Dans la capitale française, ce premier tour du scrutin régional s’est traduit notamment par la confirmation d'un phénomène politique qui ne date pas d'hier: le manque total d’ancrage de l’extrême droite – ce qui, au passage, n’empêche pas les militants de cette mouvance de s’illustrer, à l’occasion, dans le quartier (relire ici ou ). Dimanche à Paris, le parti de Jean-Marie Le Pen a, une fois de plus, fait des résultats désatreux. Ainsi, dans notre onzième arrondissement, le candidat frontiste n’a recueilli que 1.864 voix, sur quelque 38.000 suffrages exprimés, soit 4,8%. Manifestement, le slogan principal du FN, «Les Français premiers servis!», chez nous, n’a pas beaucoup plu.

 

Le onzième, assez bobo même s’il l’est moins que la caricature qu'on en fait souvent, n’est pas forcément représentatif de la sociologie de l’électorat parisien en général. Voyons donc le score du Front national ailleurs dans la capitale. L’on peut constater que, même dans les arrondissements les moins nantis de Paris (en gros, ceux au Nord: le dix-huitième, le dix-neuvième ou le vingtième), l’extrême droite n’a jamais engrangé plus de 6% des voix. Ses meilleurs scores parisiens, le parti de Jean-Parie Le Pen les a réalisés en fait dans les quartiers les plus chics, qui sont aussi des bastions de la droite, comme le seizième (7%).

 

En Région parisienne au sens large, le FN n’a pas davantage cartonné, malgré des scores nettement plus élevés dans certaines banlieues qu’à Paris: 12% par exemple en Seine Saint Denis et dans le Val d’Oise. Du coup, à l’échelle de la Région, le parti d’extrême droite, avec 9,2% des suffrages au total, n’a pas résussi dimanche à atteindre la barre fatidique des 10%, qui permet de se maintenir au second tour. Conséquence? C’est carrément la disparition prochaine de l’extrême droite du Conseil de la Région Ile-de-France, où elle compte à présent 9 élus.

 

Pour la capitale, c’est tout de même une évolution politique qui n’est pas complètement banale.

16/02/2010

Une expérimentation

Hamburger.jpgQuick France l’a confirmé hier après-midi: la société de restauration rapide mène actuellement une «expérimentation» dans quelques-uns de ses restaurants. Cette innovation consiste à servir à leurs clients de la viande halal (à savoir, de la viande provenant d'animaux abattus selon le rite islamique). Une dizaine des quelque 450 établissements de cette enseigne dans l’Hexagone sont concernés, situés en banlieue parisienne, marseillaise, lyonnaise, toulousaine ou dans le Nord. Ce week-end déjà, cette expérimentation avait donné lieu à un fameux coup de colère à la télé.

 

C’était dimanche midi, sur Canal. Et c’était assez spectaculaire. Débit saccadé, mâchoires crispées, regard d’acier: Marine Le Pen éructait contre cette expérimentation. «Ceux qui ne veulent pas manger halal n'auront même pas le choix! C’est inadmissible!», tempétait la fille du patron du Front national. Selon qui cela illustrait bien l’ignominieuse avancée du «communautarisme» et de «l’islamisation» en France.

  

En la voyant s’agiter à la télé, on avait vraiment du mal à partager son indignation. Du mal à s’apitoyer sur le sort de ces malheureux carnivores amateurs de Quick qui, même s’ils sont non-musulmans, devront, dans ces quelques restaurants concernés, manger des hamburgers à base de dinde fumée et non de porc ou de bacon. Etait-ce donc si grave? Leur identité de non-musulman était-elle profondément outragée par cette consommation occasionnelle de viande halal? N’est-il pas plus intéressant de se demander pourquoi en France, pays abritant la plus grande communauté musulmane d’Europe, il a fallu attendre 2010 avant qu’une chaîne de fast-food élargisse la gamme de ses menus de manière à ce qu’ils soient accessibles aux consommateurs de toute confession religieuse?

 

Quick avance des raisons logistiques pour expliquer le fait que, dans ses quelques restaurants expérimentant la viande halal, on ne proposera plus de viande non-halal aux clients: il serait difficile de faire se cohabiter ces deux types de viande dans les mêmes cuisines. On n’a jamais travaillé dans un fast-food, donc on n’est pas spécialiste de leurs cuisines, mais, à première vue, l’argument ne nous semble pas complètement absurde.

 

De manière plus générale, en écoutant la tirade de Marine Le Pen, on se disait que, décidément, devenait fatigante cette phobie rabique anti-communautariste régnant en France. Ce républicanisme sourcilleux qui présente comme d’office illégitime, culpabilise voire condamne carrément tout sentiment d’appartenance à une communauté. Nous, on a toujours vu les choses de manière beaucoup moins crispée: ne peut-on donc se sentir une affinité avec tel ou tel groupe particulier et, en même temps, se sentir parfaitement intégré dans la majorité et se sentir solidaire du plus grand nombre?

 

A Paris, on a toujours vécu dans des quartiers où se croisent des tas de communautés et donc autant d’habitudes alimentaires répondant parfois à des prescrits religieux, prescrits dont on ne s’est jamais le moins du monde formalisé. Quand, au supermarché du coin, tel aliment classique vient à manquer et qu’on doit se rabattre sur sa version kasher, on ne se sent pas insulté dans notre identité: on prend cela pour une découverte culinaire sympa. Quand, dans les rues animées des quartiers Bastille ou Oberkampf, on voit de plus en plus de petits restos populaires (kebabs, etc.), très fréquentés par la jeunesse issue de l’immigration, s’afficher halal dès leur porte d’entrée, on s'en réjouit même si on n'est pas musulman, car on trouve cela accueillant. En fait, que l’on mange halal, kasher ou classique, on s’en fiche, pourvu que ce soit sain et appétissant.

 

Mais sans doute est-on, politiquement et culturellement, plus décontracté que Marine Le Pen.

07/10/2009

Une illumination

Pénible parti que le Front national, décidément. La formation d’extrême droite de Jean-Marie Le Pen monte au créneau, en ce moment, à propos… de la tour Eiffel.

 

Cette semaine, tous les soirs depuis hier et jusqu’à dimanche, le célèbre édifice s’illumine aux couleurs de la Turquie, pour célébrer la «Saison de la Turquie en France», qui bat son plein en ce moment dans la capitale. Le FN ne supporte pas cette illumination. Car elle constituerait un «gigantesque gaspillage d’argent public». Elle serait d’autant plus «inouïe» que «le monument symbole de Paris et de la France sera illuminé pour la première fois de son histoire d’un croissant islamique». L’horrreur absolue pour un parti qui, depuis sa création, est en croisade contre l’immigration, l'immigration musulmane singulièrement. Demain donc, Marine Le Pen et ses sbires manifesteront dans le centre de Paris «pour dire non à l’Europe turque voulue par Delanoë et Sarkozy! Pour dire non au gâchis d’argent public! Pour réaffirmer notre attachement à une France Bleu Blanc Rouge!»

 

Il y a juste que c’est vraiment, et doublement, du grand n’importe quoi.

 

D’abord, en effet la Tour Eiffel scintille désormais toutes les heures en rouge et blanc, en référence aux couleurs du drapeau turc. Mais jamais ni nulle part, lors de ces illuminations, n’apparaissent un croissant ou une étoile sur le monument. Ensuite, la ville de Paris certifie n’avoir pas déboursé un centime d’euro pour les frais entraînés par cette illumination spéciale: elle s’est bornée à donner son accord à la scénographie, l’Etat turc payant l’addition rubis sur l’ongle.

 

En attendant, la mobilisation lepéniste contre cette illumination a eu pour résultat de gêner les opposants à la Turquie motivés par des raisons autrement plus fondées qu’un racisme anti-musulman tout ce qu’il y a de plus rance. Ainsi, les Arméniens de France avaient prévu de manifester aux pieds de la tour Eiffel, dont l’illumination leur semble constituer «une offense à toutes les victimes du nationalisme turc». Ce faisant, ils voulaient rappeler les conséquences funestes qu’eut le nationalisme turc dans l’Histoire, dénoncer une nouvelle fois le négationnisme persistant d’Ankara en la matière, et de manière plus globale protester contre «l'exaltation dangereuse du nationalisme, du fanatisme et ses conséquences pour la paix entre les peuples». Mais dans un communiqué, les Arméniens viennent d’annoncer l’annulation de leur manifestation. «Pour éviter le moindre risque d'amalgame et la dénaturation de ses objectifs». Et car leur initiative était «en butte à des tentatives de récupérations politiques par des mouvements d'extrême droite, à des fins xénophobes et anti-islamistes».

01/04/2009

Une tribu

pochoirapache1.jpgUne tribu indienne a réapparu dans les rues de Paris. On l’a constaté l’autre jour place de la Bastille, en tombant nez à nez sur toute une série de pochoirs à l’effige des apaches. En voyant ces peintures sur le macadam, on a souri. Car les apaches portent un nom très connoté dans l’Histoire de la capitale française.

 

A l’attention des lecteurs non-Parisiens de ce blog, signalons que, dans les années 1900, on dénommait «apaches» les bandes de petits truands des faubourgs de l’Est parisien (Belleville, Ménilmontant, etc.) qui, la nuit tombée, descendaient sur le quartier Bastille pour se livrer à tous leurs trafics. Ces «apaches » sévissaient particulièrement dans la rue de Lappe: la ruelle piétonne pas loin de l’Opéra, qui, avant de devenir si touristique voire frelatée, était autrefois très typique et pittoresque. Tomber donc, à deux pas de cette même rue de Lappe mais plus d’un siècle plus tard, sur des pochoirs célébrant les apaches, c’était plutôt amusant, pensait-on en les découvrant. Amusant? Et bien non, en fait, pas vraiment.

 

En effet, renseignements pris, il apparaît que ces pochoirs indiens portent la marque…  de l’extrême droite. Une famille politique qui, soit dit en passant, a toujours réalisé des scores électoraux lilliputiens dans la capitale française. Ces pochoirs sont une des traces d’un «Projet apache» mis en œuvre par des «jeunes identitaires parisiens», un groupuscule qui lutte notamment contre «l’islamisation» de l’Hexagone.

 

Si ces hurluberlus se réfèrent aux valeureux guerriers indiens largement massacrés lors de la conquête du Farwest, c’est parce qu’ils disent agir «par amour des nôtres, de nos aïeux, de la création, de la polyphonie du monde». Parce qu’ils combattent «avec force et détermination tout ce et tous ceux qui portent atteinte à notre droit imprescriptible de vivre sur notre sol, selon nos valeurs et nos lois». Parce qu’ils refusent de se considérer comme les derniers indiens «d’une réserve assiégée de toutes parts, soumise au joug de la grande surface, de la perversité, du croissant et de la bannière étoilée». «Pour ne pas finir comme eux», proclament d’ailleurs les affiches de ce «Projet apache». «Eux» devant sans doute être compris comme tout ceux qui ne sont pas blancs, bon croyants et propres sur eux.

 

pochoirapacheencore.jpgDu coup, évidemment, ces pochoirs usurpant un passé si folklorique de Paris ne sont plus du tout marrants. A fortiori apposés sur le macadam d’une ville et d’un quartier qui, et c’est bien heureux, ont toujours respecté et entretenu la diversité. On n’aurait que cela à faire qu’on s’armerait illico de brosses et de savon pour nettoyer notre quartier des souillures laissées par ces nazillons.

 

A moins que, pour se détendre, on se replonge plutôt dans une lecture de jeunesse. On est toujours dans le registre des tribus parigo-indiennes. Mais cette fois, il ne s’agit pas de pauvres apaches détournés par des fachos mais des «Mohicans de Paris», de Dumas. Ce roman est une fresque historique palpitante. Qui, en plus, offre au lecteur le bonheur d’être interminable: l’édition Quarto publiée par Gallimard il y a quelques années fait très exactement  2.651 pages, a-t-on vérifié dans la bibliothèque avant de partir au boulot ce matin. C’est en tout cas une façon passionnante de redécouvrir de manière ludique le passé de Paris. Ce livre romançant les soubresauts et coulisses de la révolution de 1830, qui est célébrée par le monument érigé au centre de la place de la Bastille, c’est aussi une belle manière de se promener dans l’Histoire du quartier. Mais en bonne compagnie, cette fois.

17/02/2009

Une lâcheté

manifeuro.jpgEn France, «on achète sa baguette en euros et sa voiture en francs», notait le mois dernier l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Qui, dans une étude (relire ici), indiquait que, tant d’années pourtant après le passage à l’euro, seulement 55 % des Français pensaient systématiquement dans cette monnaie pour leurs dépenses quotidiennes. Il est même des Français qui revendiquent carrément l’abandon de l’euro. Témoin, cette manifestation se déroulant ce soir à Paris, qui réclamera rien moins que le retour au franc.

 

Sur le fond, si chacun en France a le droit de manifester pour ce qu’il veut, là il y a de quoi se poser des questions. A supposer que l’abandon de l’euro soit techniquement et juridiquement faisable, serait-il vraiment de l’intérêt de la France? Ainsi, que serait-il advenu de l’économie hexagonale, et de l’économie des pays d’Europe en général, si ce pays et ce continent avaient affronté sans monnaie unique la crise internationale historique qu’ils endurent actuellement?

 

Sur la forme, cette manifestation europhobe est le comble de la lâcheté. Ses organisateurs, en effet, avancent le visage complètement masqué. Les affiches qu’ils ont placardées depuis des semaines dans tout Paris ne sont pas le moins du monde signées. Dès lors ce soir, les Parisiens peu informés, déroutés et/ou victimes de la crise et qui manifesteront «contre l’euro cher» ignoreront que, ce faisant, ils cautionnent une initiative émanant vraisemblablement de l’extrême droite.

 

L’an dernier, en tout cas, une identique manifestation en faveur du retour au franc avait été soutenue par «Les patriotes d’Ile de France», qui se présentent officiellement comme les «sympathisant(e)s du FN» de Jean-Marie Le Pen. Et elle avait été organisée par un certain «Renouveau Français». Ce groupe se définit comme «nationaliste, contre-révolutionnaire (c'est-à-dire hostile aux dogmes et faux principes de 1789), et d'inspiration catholique». Il revendique des symboles aussi connotés que la croix celtique ou le lys de France. Partisan de «la France aux Français», il plaide notamment pour «un sursaut nationaliste», afin que «la France sorte du coma». Cette année encore, le «Renouveau» manifestera pour le retour au franc, afin de montrer «son attachement à cet aspect incontournable du combat social et patriotique».

 

En démocratie, c’est sans doute parfaitement le droit de la mouvance d’extrême droite de penser cela. Le moindre des courages politiques, néanmoins, eut été d’annoncer clairement la couleur.

02/05/2008

Un hommage

C’était hier, en fin de matinée. Un attroupement sur les bords de Seine, au Pont du Carrousel plus précisément. Un endroit d’où l’on a une vue époustouflante sur Paris. D’un côté l’enfilade des quais du Louvre et de la Mégisserie puis la silhouette si élégante du Pont des Arts et le Square galant en proue majestueuse de l’Ile de la Cité, de l’autre côté l’harmonie du jardin des Tuileries puis le fleuve à perte de vue jusqu’à la tour Eiffel. Cadre sublime donc, entaché pourtant à jamais par un drame sinistre dont il fut le théâtre, et que des Parisiens ont commémoré hier matin.

C’était le premier mai 1995. Deux abrutis avinés en goguette sur les quais, retour de la manifestation organisée en l’honneur de Jeanne d’Arc par le  Front national (*), avisent un beur qui traîne dans le coin. Le prennent à partie. L’accablent d’injures racistes. L’empoignent. Puis finissent par le pousser à l’eau. Le jeune Marocain ne sait pas nager. Il coule à pic et se noie. Il s’appelait Brahim Bouarram. Il avait 29 ans. Depuis treize ans, chaque premier jour de mai, les organisations anti-racistes et de défense des droits de l’homme et des étrangers se réunissent sur le Pont du Carrousel pour lui rendre hommage. Depuis 2003, une plaque à sa mémoire a été apposée sur le Pont du Carrousel.

Hier, alors qu’au même moment, quelques dizaines de mètres plus loin, les troupes de Jean-Marie Le Pen paradaient, les orateurs ont dénoncé «la banalisation des thèses du Front national» dans la classe politique. «Le vent mauvais du racisme décomplexé qui souffle sur la société française». La succession effarante de profanations de cimetières et de lieux de culte juifs ou musulmans qui a eu lieu ces dernières semaines. Et, globalement, «le poison raciste qui se répand dans la société» française. Ils ont aussi cité quelques noms figurant sur la longue liste des victimes de crimes racistes ou antisémites en France: Brahim Bouarram donc, mais aussi, la même année 1995, Ibrahim Ali (jeune Comorien abattu par des colleurs d’affiches du FN) et Imed Bouhoud (lui aussi agressé puis noyé, au Havre). Et, plus récemment, le jeune Ilan Halimi (torturé pendant des jours dans une cave en banlieue parisienne, puis que ses agresseurs ont abandonné nu et agonisant le long d’une voie de chemin de fer) ou Chaib Zehaf (abattu de trois balles tirées à bout portant en pleine rue, en banlieue lyonnaise).

Derrière une banderole réclamant «une justice exemplaire» pour les auteurs de crimes racistes, les manifestants sont ensuite descendus le long de la Seine, à l’endroit précis où Brahim Bouarram avait été jeté l’eau. En silence, ils ont lancé des fleurs dans le fleuve, en souvenir de sa mémoire.

En suivant du regard ces roses partant au loin, emportées par le courant, on ne savait pas trop ce qu’il fallait retenir, finalement, de cette cérémonie d’hommage. Le verre à moitié vide ou à moitié plein? Le très petit nombre de manifestants présents pour honorer la mémoire de ce jeune Parisien victime de la haine? Quelques dizaines de personnes tout au plus, une centaine au grand maximum ce qui n’est vraiment rien. Ou le fait que treize ans plus tard, ce drame ne soit toujours pas tombé dans l’oubli? Puisque, d’année en année, chaque premier mai, il se trouve encore et toujours des gens pour venir sur place dénoncer ce crime insupportable ce qui est plutôt bien.

(*) Le parti de Jean-Marie Le Pen, parfois décidément si peu courageux, a toujours démenti que ces deux assassins aient jamais eu le moindre lien avec lui.