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03.04.2012

Un déclassement, si symbolique

Culture, Littérature, Gouvernement, Paris, Elections présidentielles La nouvelle est passée largement inaperçue: noyée dans l'actualité de la campagne électorale. Elle a d'autant moins fait parler d'elle qu'il s'agit d'une info relative à la Culture. Or, les questions culturelles – comme les questions de politique internationale – sont, une fois encore, absentes des débats autour de ce scrutin présidentiel.

Cette nouvelle, c'est que, depuis dimanche en France, le livre, au sens générique, est déclassé. Il n'est plus officiellement considéré comme «un bien de première nécessité». Puisque, désormais, en vertu du dernier plan de rigueur en date, approuvé à l'automne, le livre ne bénéficie plus du taux ultra-réduit de TVA à 5,5%, qui est appliqué aux produits de première nécessité (les produits alimentaires comme le pain, ou le gaz et l'électricité, etc.). Dorénavant, un taux de 7% s'applique aux livres.

Preuve qu'il n'est pas très à l'aise avec cette décision si symboliquement lourde, dans cette France qui s'enorgueillit d'être le pays de l'exception culturelle: le gouvernement a reporté de janvier à avril l'entrée en vigueur de cette hausse de 1,5% de la TVA sur l'écrit. Cela, toutefois, n'a pas dissuadé le Syndicat de la librairie française de mettre le rétablissement de la TVA à 5,5% en tête des douze propositions qu'il a faites aux présidentiables.

Culture, Littérature, Gouvernement, Paris, Elections présidentielles Et cela n'a pas non plus calmé la Ville de Paris.

Dans la capitale, les librairies peinent déjà à survivre: face à l'explosion des loyers, face au grignotage des commerces des quartiers culturels traditionnels par les boutiques de fringues, Starbucks ou autres snacks à kebab. Hier, donc, la mairie a dit (ici) «sa très vive opposition» à cette mesure.

Sur laquelle, d'ailleurs, le socialiste François Hollande a déjà dit qu'il reviendrait, s'il était élu à l'Elysée le 6 mai.

12.10.2010

Un malencontreux hasard

uneradio.jpgC’est un incident certainement très accessoire par rapport à la grande actualité de ce mardi: la nouvelle journée de mobilisation générale contre la réforme des retraites. Mais on en parle parce qu’on l’a trouvé intéressant. C’était hier, au grand journal parlé du soir d'une radio privée. Et c’était un heurt médiatique assez saisissant entre, d’une part, un rebondissement dramatique de l'actualité et, d'autre part, les hasards de la programmation... de la publicité.

 

En plein milieu d'une tranche de pubs, on a entendu en substance cela: «Nous interrompons nos programmes pour un flash d'actualité urgente. Nous apprenons à l'instant un décès inopiné. Nous retrouvons immédiatement sur place notre envoyé spécial Untel». Finalement, le décès inopiné n'était qu'une accroche commerciale. Ce n'était qu'une pub déguisée en alerte d’info, qui informait du décès... d'un héros de fiction: «le Cyclope», protagoniste du «Rire du Cyclope», le dernier livre du romancier à succès Bernard Werber. Le problème? Quelques minutes à peine avant la diffusion de ce spot, sur la même antenne, le journaliste avait interrompu le cours normal de son journal avec à peu près la même formule. Pour annoncer aux auditeurs la découverte du corps sans vie du spéléologue disparu dans les gorges de l'Ardèche, dont le sauvetage tient la France en haleine depuis huit jours.

 

Techniquement, ce télescopage entre réalité et fiction, entre actualité et publicité, entre drame et réclame donc, aurait pu être évité. Il aurait suffi à la régie de ladite radio, après avoir entendu une telle info, d’annuler ou du moins de différer la diffusion de ce spot qui, par la similitude de la forme des deux messages, devenait d'assez mauvais goût. Mais le feu du direct a probablement empêché les régisseurs de rectifier le tir. Les deux messages ont suivi si rapidement à l’antenne que, sous peine de risquer un «blanc» peu radiophonique, sans doute les techniciens n’ont-ils pu passer le second à la trappe, même si le contexte de l’actu le rendait très malvenu.

 

Reste à espérer qu'au moment de ce malencontreux hasard radiophonique, les proches du défunt n’étaient pas à l'écoute de cette station-là.

09.09.2010

Une pléthore

pile-de-livres.jpgFrédéric Mitterrand est content. Hier, en Conseil des ministres, il s'est réjoui de l'abondance et de la qualité des livres constituant la rentrée littéraire 2010 en France. Rentrée qui, avec 701 ouvrages, bat tous les records en termes de nombre de titres publiés. Cette pléthore ne gêne pas le ministre de la Culture. Pour qui cette «production éditoriale riche et diversifiée» témoigne «du dynamisme et de la diversité de l'édition française». Ce qui permet au marché du livre de faire figure de «pôle de stabilité au sein des industries culturelles, avec en 2009 une progression de l'ordre de 2%».

 

Soit. On trouve tout de même un peu courte cette communication ministérielle extatique. Ainsi, pas un mot sur le conservatisme croissant des éditeurs, qui, d'année en année, misent de plus en plus sur les auteurs confirmés, au détriment des écrivains qui essaient de percer. Pour preuve: lors de cette rentrée 2010, seuls 85 premiers romans sont publiés, un nombre historiquement bas – à titre de comparaison, 120 nouveaux romans étaient sortis à la rentrée 2004. Pas davantage d'allusion ministérielle au déséquilibre flagrant et persistant dans la mise en place de tous ces livres en librairies; déséquilibre qui, à chaque rentrée, pénalise les nouveaux auteurs au profit des gros vendeurs. Enfin, n'aurait pas fait de mal, dans cette communication au Conseil des ministres, un rappel par Frédéric Mitterrand du fait que, depuis plus de vingt ans, se maintient à un niveau élevé le nombre de Français qui ne lisent jamais. Ainsi, l'an dernier, un sondage avait confirmé que près d'un Français sur trois (30%) ne lisait pas même un livre par an.

 

Au passage, selon la même enquête, les Français en majorité (34%) ne lisent qu'entre un et cinq livres par an. Faites le calcul: cela veut dire que le lecteur français moyen aurait besoin ...de plus d’un siècle pour avoir lu tous les ouvrages publiés en cette rentrée littéraire 2010...

10.06.2010

Un soupçon

drapeauisraélien.jpgDepuis le drame de Gaza, certains milieux en France jugent visiblement condamnable le simple fait d'être Israélien, d'être juif, ou simplement d'être présumé l'un ou l'autre. On l'a vu avec la déprogrammation par les salles de cinéma Utopia du dernier film du cinéaste israélien Leonid Prudovsky. Justification? Le boycott de ce «film produit avec l'aide de l'organe de production officiel d'Israël» est un «moyen pacifiste et visible pour attirer l'attention et dire (la) désapprobation» du drame de Gaza. La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme tout comme le Conseil représentatif des institutions juives de France ont protesté contre cette «négation de l’indépendance des auteurs et de la liberté de la création artistique» en Israël, le cinéma ayant, dans ce pays, «constamment oeuvré à la critique» de la politique du gouvernement. Le quai d'Orsay a lui aussi condamné cette censure, qui fait «le jeu des extrémistes» alors que, «dans le contexte actuel de fortes tensions, les échanges culturels et artistiques doivent se poursuivre».

A Paris en ce moment, ce n'est pas un cinéaste israélien mais un écrivain français supposé juif qui semble victime de la vindicte de certains milieux. Pour preuve, dans une station de métro hier soir, on est tombé en arrêt sur des panneaux publicitaires vantant le dernier livre de l'écrivain à succès Bernard Werber, panneaux qui avaient été vandalisés par des slogans hostiles à «Israël, Etat criminel».

Première question: Bernard Werber est-il juif? On n'en a pas la moindre idée, et on s'en fiche complètement. Mais, de toute évidence, cela taraude pas mal de monde. Ainsi, «Bernard Werber juif» est une des propositions de recherche par défaut qu'affiche automatiquement Google à propos de cet écrivain – ce qui indique que cette recherche a été faite par nombre d'internautes. En 0,35 seconde, précise le moteur, 6990 résultats s'affichent. Deuxième question: à supposer même que ce romancier français soit juif, en vertu de quoi devrait-il d'office être associé à un acte «criminel» d'Israël? A moins que son appartenance putative à cette communauté fasse mécaniquement de lui le complice du drame de Gaza? Un tel raisonnement – et c'était probablement celui de notre graffiteur du métro – est évidemment affolant.

Werbertagué.jpgNotez que ce soupçon de judéité frappe aussi d'autres personnalités. Ainsi, a-t-on découvert l'autre jour en surfant, si l'on googelise «Eric Woerth juif» (en référence à l'actuel ministre du Budget), s'affichent... 65200 résultats. Et le moteur juge bon d'indiquer à ses utilisateurs obsédés par l'identité communautaire que «Martin Hirsch juif» et «Christophe Dechavanne juif» sont disponibles en «recherches associées à Eric Woerth juif». Du coup, une dernière question: mais dans quel monde vit-on?

28.05.2010

Une «libération»

Livres.jpgUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et on reste dans le domaine des transports qu'on évoquait hier. En effet, depuis jeudi soir et jusqu'à la fin du week-end, la SNCF remet au goût du jour le «book dropping», qui eut son heure de gloire il y a quelques années. Dans le cadre de son opération «Passe-livre», elle a «libéré» 10.000 livres dans la salle d'attente de la gare de Paris-Montparnasse. Ensuite? «Un lecteur découvre un livre qui lui plaît, l’emmène dans ses voyages, le redépose dans une gare ou dans un train, où un nouveau lecteur peut le découvrir à son tour. Et son voyage continue indéfiniment». Comme il se doit, cette libération livresque a été modernisée à la sauce geek du moment. Ainsi, en allant sur la page http://passelivresncf.fr puis en y entrant le code figurant sur la dernière page du livre qu'il vient de lire, le voyageur pourra découvrir le parcours de cet ouvrage et les appréciations des gens qui l'ont lu avant lui.

 

Puisqu'on parle de livres, cette semaine à l'Assemblée, le ministre de la Culture a été interrogé sur «la régression de la lecture traditionnelle dans notre pays depuis plus de vingt ans». Et sur ses projets relatifs aux «bouleversements induits par la révolution numérique», qui «ouvrent de nouvelles opportunités pour redonner le goût de la lecture à nos concitoyens, notamment aux plus jeunes». Frédéric Mitterrand a notamment confirmé son intention d'«adapter les bibliothèques, afin que la lecture sur écran et les nouvelles pratiques culturelles sur internet se développent dans de bonnes conditions ». Un «contrat numérique» sera proposé à ces établissements pour qu'ils «puissent moderniser leurs équipements». Ce n'est pas un luxe: «à ce jour, près de la moitié des bibliothèques publiques ne sont pas équipées» pour avoir accès aux nouvelles technologies. L'on va aussi «mieux soutenir les associations œuvrant au développement de la lecture dans les écoles, les bibliothèques et les quartiers, afin de passer de 600.000 à 2 millions le nombre d’enfants touchés» par leurs initiatives. Parmi ces associations soutenues, «Lire et faire lire», de l'écrivain Alexandre Jardin.

 

Pourquoi pas. Pour autant, il ne faudrait pas croire que la Culture dégage des moyens supplémentaires en faveur de ce plan gouvernemental visant à «développer le goût de la lecture» (ici). Il coûtera 100 millions d'euros? Oui, mais il sera exclusivement financé par un «redéploiement de crédits existants». En clair, cela veut dire que si d'aventure le livre reçoit prochainement quelques euros de financement public en plus, ce sera invariablement au détriment de la musique, du théâtre, du cinéma, du patrimoine ou des arts plastiques. Austérité Rigueur budgétaire oblige.

12.04.2010

Un équilibr(ism)e

Pas facile d’être une capitale internationale, de vouloir traduire cette ouverture au monde dans la dénomination de ses rues et places, et, ce faisant, de ménager toutes les sensibilités. D’où la nécessité pour les politiques, en cette matière, de procéder à de savants équilibres – à moins qu’il ne s'agisse d'équilibrisme. On le verra encore à Paris cette semaine. Lorsque, quai Branly, Bertrand Delanoë et le Président israélien Shimon Peres inaugureront la nouvelle place David Ben Gourion.

 

Par cette place dédiée à la figure historique du sionisme, premier leader d'Israël après l'indépendance de 1948, la mairie entend «inscrire dans le paysage parisien le nom d’un des plus grands hommes du vingtième siècle». Le maire a bien précisé que cet hommage ne marquait «aucunement une adhésion à la politique actuelle du gouvernement israélien». Les associations pro-palestiniennes n’en sont pas moins furax. Pour elles, Ben Gourion est avant tout celui qui a «dirigé l’expulsion sanglante de centaines de milliers de Palestiniens en 1948 et la destruction de centaines de leurs villages».

 

Au sein même de la majorité de gauche, l’initiative divise. Ainsi, les élus communistes n’ont pas apprécié que soit rejetée leur idée d’une place ou d’une rue parisienne à la mémoire de Yasser Arafat. A leurs yeux, un tel hommage au leader palestinien «ne serait que réparer une injustice, alors qu’il existe déjà un lieu au nom de Yitzak Rabin» dans la capitale – Yitzak Rabin avec qui, pour mémoire, Yasser Arafat partagea jadis son Prix Nobel de la Paix. Refus catégorique de Bertrand Delanoë. Pour qui «ce n’est pas le moment: Yasser Arafat reste un personnage controversé».

 

On déduit de cet argument que les rues et places de Paris ne doivent porter que des noms consensuels. Bertrand Delanoë doit souffrir d’amnésie. Il doit avoir oublié les manifestations et la controverse qui ont accompagné son initiative, il n’y a pas si longtemps, de rebaptiser place Jean-Paul II le parvis de la cathédrale Notre-Dame.

 

Une place Ben Gourion dans la capitale française donc, mais pas de place Yasser Arafat. Tout de même, par souci d’équilibr(ism)e, la mairie profitera d’une prochaine visite à Paris du Président palestinien Mahmoud Abbas pour inaugurer, rive gauche, une place Mahmoud Darwich, du nom du grand poète palestinien décédé en 2008. On ne sait si, à cette occasion, il sera rappelé, dans les discours, que ledit poète, de son vivant, était membre de l’OLP.

17.11.2009

Un «vieux fond»

marieNdiaye.jpgOn parlait la semaine dernière du tollé suscité par le député UMP ayant exigé de la lauréate du Goncourt, Marie NDiaye, qu'elle respecte un «devoir de réserve» et s’abstienne désormais de critiquer Nicolas Sarkozy. Depuis, quelque 80 écrivains ont signé une pétition de soutien à leur collègue. Ils s’y disent «choqués» par le traitement que lui a réservé ce baron du parti au pouvoir. Et s’indignent de «la prudence ponce-pilatienne» du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, qui s’est bien gardé de condamner l’élu UMP. Parmi les premiers signataires, on trouve Marie Desplechin, Christophe Honoré, Nancy Huston, Gérard Mordillat, Marie Nimier, Tatiana de Rosnay ou Valérie Zenatti.

 

A propos de cette affaire, la lecture l’autre jour de l’édito du «Monde» faisait froid dans le dos. Le quotidien vespéral faisait le lien entre l’affaire NDiaye et d’autres incidents récents, causés  par les tirades douteuses de certains ministres relatives à l’immigration. Et en déduisait qu’en France, le climat actuel à l’égard des étrangers devenait «malsain et inquiétant», «détestable même». Selon lui, «tout se passe comme si l'affaiblissement de l'extrême droite avait levé les tabous. Et redonnait libre cours à un vieux fond, refoulé, plus nationaliste que national, facilement xénophobe».

 

Ce n’est pas le dernier buzz internet en date d’une prestation de Nicolas Sarkozy qui rassurera les tenants de cette thèse. C’était lors de la remise récente, par le Président, de la Légion d’honneur au comédien Dany Boon. Sortant de son discours écrit, se lançant dans une de ses digressions rigolardes dont il a le secret, le chef de l’Etat avait ironisé sur les origines en partie kabyles de l’humoriste. Il avait d'abord relevé qu'avec un tel CV, «ça commençait pas terrible»; «question rêve, on part de loin». Il avait ensuite rendu hommage à la «première vocation de balayeur» de l’intéressé: «vous aviez une juste appréciation de vos qualités spontanées». Puis, embrayant sur le choix par Dany Boon d’un pseudo plutôt que de son «très joli nom, le vrai, Daniel Hamidou», l’hôte de l’Elysée avait lancé que «ça s'aggravait de plus en plus». «Je peux me permettre, moi c'est Sarkozy. Mais Hamidou, quand même, allez faire une carrière avec ça».

 

Quand, l’autre matin au saut du lit, on a entendu ces propos sur une radio, on en est resté pantois. Ces réparties présidentielles étaient probablement supposées être drôles. Mais nous, en tout cas, devant notre poste de radio, on n’en croyait tellement pas nos oreilles, on avait encore tellement en tête ce «vieux fond» évoqué par «Le Monde» qu’on n’a pas ri du tout. Sans doute n’a-t-on aucun humour.

12.11.2009

Une conception

«Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne», dit-on en France. «Un écrivain récompensé par un prix littéraire, ça encense le pouvoir ou ça se tait», considère en substance le député UMP et ancien ministre Eric Raoult. Pour qui la récente lauréate du prix Goncourt, Marie N’Diaye, a gravement dérapé en ayant publiquement critiqué, quelques mois avant d’être primée, «l’atmosphère de flicage, de vulgarité», régnant selon elle dans l’Hexagone depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir. Et en jugeant «monstrueux» les ministres sarkozystes qui appliquent sa politique d’immigration. Aux yeux d’Eric Raoult, un écrivain récompensé par un prix aussi prestigieux que le Goncourt est tenu à un «devoir de réserve». Il ne doit pas «confondre liberté d’expression et liberté d’agression», droit à la parole et «droit à l’insulte». A partir du moment où il a reçu un prix aussi internationalement identifié à l’Hexagone que le Goncourt, il lui faut toujours, dans ses prises de position publiques, «défendre les couleurs littéraires de la France», «respecter la cohésion nationale et l’image» de ce pays.

 

Cette conception de la liberté d’expression et de création est affolante. Si l’on pousse jusqu’au bout le raisonnement de ce baron de l'UMP, la chanteuse Emily Loizeau, à qui l’on vient de remettre le prestigieux Prix Constantin, ne devrait plus chanter que des ritournelles faisant les louanges de l’Elysée. Yannick Noah devrait être disqualifié a posteriori de sa victoire à Roland Garros en 1983 pour avoir déclaré, à la veille de la présidentielle de 2007, «si Nicolas Sarkozy passe, je me casse». Et la virologue Françoise Barré-Sinoussi, codécouvreuse du VIH, devrait rendre son co-Prix Nobel de médecine puisqu’elle critique l’aide à ses yeux dramatiquement insuffisante accordée par la France aux pays du Sud ravagés par les pandémies.

 

Le ministre de la Culture était prié par Eric Raoult de donner son avis sur le non-respect par Marie N’Diaye de son «devoir de réserve». Frédéric Mitterrand était donc attendu au tournant. Il devait arbitrer entre, d’une part, des propos d’un écrivain qu’on peut certes trouver «excessifs» comme les a qualifiés dans un premier temps Marie N’Diaye, avant de dire finalement qu’elle persistait et signait. Et, d’autre part, une conception de la liberté de parole qui n’autoriserait aux personnalités distinguées par la France que des mots formatés, lénifiants à l’excès, systématiquement respectueux du pouvoir en place, politiquement corrects donc, cadenassés pour tout dire. Bref, un plaidoyer pour un système démocratique pour le coup assez «monstrueux».

 

Ce matin, Frédéric Mitterrand s’est contenté de renvoyer les deux adversaires dos à dos. Et de considérer qu’il n’avait pas à arbitrer entre deux personnalités qui avaient pareillement et légitimement fait usage de leur liberté d’expression. C’est un peu court. Et donc, venant qui plus est d'un ministre de la Culture, assez inquiétant.

20.04.2009

Un contraste

matrix.jpgNotre bonne vieille France, si fière d’incarner la «vieille Europe», va-t-elle un jour ressembler à «Matrix»? Non pas que l’on y croise en rue des héros de cinéma high-tech aussi mémorables que Neo-Keanu Reeves ou Trinity-Carrie Anne Moss. Mais, ces derniers temps, les nouvelles technologies y font spectaculairement irruption dans la vie quotidienne.

 

A Paris, dans le réseau du métro, il y avait déjà les panneaux publicitaires du troisième type, très contestés par les associations anti-pub. Ils sont si perfectionnés que leurs capteurs sont en mesure de comptabiliser le nombre de passages, devant eux, d’usagers du métro et donc de consommateurs potentiels. Ils peuvent aussi enregistrer les zones précises du visuel de l’annonce qui ont été regardées par les passants. Autre innovation techno, à Nice cette fois. Désormais, les passagers de l’aéroport de cette ville et à destination de Paris-Orly peuvent accomplir toutes les formalités d’enregistrement à l’aide de leur téléphone portable. Une petite puce collée à l’arrière de l’appareil ou insérée dans celui-ci permet à ces voyageurs, après avoir passé leur téléphone devant une bornée dédiée, d’accéder à la salle puis à la porte d’embarquement. Dans le même registre, à Metz cette fois et bientôt à Issy-les-Moulineaux (ville techno-branchée de la banlieue parisienne) pour se garer, les automobilistes n’auront bientôt qu’à décrocher leur portable: pour régler leur dû lorsqu’ils stationneront à des emplacements payants, il leur suffira de composer un numéro de téléphone affiché près de l’horodateur.

 

La France en pince donc, en ce moment, pour les technologies nouvelles. C’est l’occasion ou jamais de rappeler un fameux contraste: selon le dernier décompte d’une délégation interministérielle dite «à l’aménagement et à la compétitivité des territoires», décompte datant d’avril 2008, l’Hexagone comprend encore sur son territoire 364 communes... totalement privées de téléphonie mobile.

 

Ce sont les fameuses «zones blanches»: sorte de no man’s land technologique que l’on essaie de résorber depuis 2003 – dont coût global 600 millions d’euros, partagé par les opérateurs de téléphonie mobile, l’Etat et les collectivités locales. Les habitants de ces localités devront attendre 2011 avant d’avoir accès au réseau mobile. Et encore à cette date ne bénéficieront-ils que de la technologie 2G (voix et SMS, si on a bien compris). Pour l’envoi d’images et pour l’internet mobile, il leur faudra patienter quelques années supplémentaires.

 

Pour le coup, ici, on serait peut-être moins dans «Matrix» que dans ce bon vieux La Fontaine, genre «Le rat des villes et le rat des champs».

01.04.2009

Une tribu

pochoirapache1.jpgUne tribu indienne a réapparu dans les rues de Paris. On l’a constaté l’autre jour place de la Bastille, en tombant nez à nez sur toute une série de pochoirs à l’effige des apaches. En voyant ces peintures sur le macadam, on a souri. Car les apaches portent un nom très connoté dans l’Histoire de la capitale française.

 

A l’attention des lecteurs non-Parisiens de ce blog, signalons que, dans les années 1900, on dénommait «apaches» les bandes de petits truands des faubourgs de l’Est parisien (Belleville, Ménilmontant, etc.) qui, la nuit tombée, descendaient sur le quartier Bastille pour se livrer à tous leurs trafics. Ces «apaches » sévissaient particulièrement dans la rue de Lappe: la ruelle piétonne pas loin de l’Opéra, qui, avant de devenir si touristique voire frelatée, était autrefois très typique et pittoresque. Tomber donc, à deux pas de cette même rue de Lappe mais plus d’un siècle plus tard, sur des pochoirs célébrant les apaches, c’était plutôt amusant, pensait-on en les découvrant. Amusant? Et bien non, en fait, pas vraiment.

 

En effet, renseignements pris, il apparaît que ces pochoirs indiens portent la marque…  de l’extrême droite. Une famille politique qui, soit dit en passant, a toujours réalisé des scores électoraux lilliputiens dans la capitale française. Ces pochoirs sont une des traces d’un «Projet apache» mis en œuvre par des «jeunes identitaires parisiens», un groupuscule qui lutte notamment contre «l’islamisation» de l’Hexagone.

 

Si ces hurluberlus se réfèrent aux valeureux guerriers indiens largement massacrés lors de la conquête du Farwest, c’est parce qu’ils disent agir «par amour des nôtres, de nos aïeux, de la création, de la polyphonie du monde». Parce qu’ils combattent «avec force et détermination tout ce et tous ceux qui portent atteinte à notre droit imprescriptible de vivre sur notre sol, selon nos valeurs et nos lois». Parce qu’ils refusent de se considérer comme les derniers indiens «d’une réserve assiégée de toutes parts, soumise au joug de la grande surface, de la perversité, du croissant et de la bannière étoilée». «Pour ne pas finir comme eux», proclament d’ailleurs les affiches de ce «Projet apache». «Eux» devant sans doute être compris comme tout ceux qui ne sont pas blancs, bon croyants et propres sur eux.

 

pochoirapacheencore.jpgDu coup, évidemment, ces pochoirs usurpant un passé si folklorique de Paris ne sont plus du tout marrants. A fortiori apposés sur le macadam d’une ville et d’un quartier qui, et c’est bien heureux, ont toujours respecté et entretenu la diversité. On n’aurait que cela à faire qu’on s’armerait illico de brosses et de savon pour aller nettoyer notre beau quartier des souillures laissées par ces nazillons.

 

A moins que, pour se détendre, on se replonge plutôt dans une lecture de jeunesse. On est toujours dans le registre des tribus parigo-indiennes. Mais cette fois, il ne s’agit pas de pauvres apaches détournés par des fachos mais des «Mohicans de Paris», de Dumas. Ce roman est une fresque historique palpitante. Qui, en plus, offre au lecteur le bonheur d’être interminable: l’édition Quarto publiée par Gallimard il y a quelques années fait très exactement  2.651 pages, a-t-on vérifié dans la bibliothèque avant de partir au boulot ce matin. C’est en tout cas une façon passionnante de redécouvrir de manière ludique le passé de Paris. Ce livre romançant les soubresauts et coulisses de la révolution de 1830, qui est célébrée par le monument érigé au centre de la place de la Bastille, c’est aussi une belle manière de se promener dans l’Histoire du quartier. Mais en bonne compagnie, cette fois.

23.03.2009

Une langue

Alors que «La Semaine de la Langue française» s’achève ces jours-ci, le sujet favori des journalistes, en ce moment, semble être d’épingler les nombreuses fautes de français commises par le Président Sarkozy, à l’occasion de des si innombrables improvisations («J’écoute mais je tiens pas compte», «Si y en a que ça les démange d’augmenter les impôts, …», «On se demande c’est à quoi ça leur a servi», etc.).

 

On se gardera bien de verser dans le même procès. Pour trois raisons au moins. D’abord, épingler le français d’autrui alors qu’on est soi-même usager quotidien et chroniquement pressé de mots est extrêmement périlleux. Ainsi, on se permettrait d’ironiser dans cette note sur le degré imparfait de connaissance de la langue française de l’hôte de l’Elysée qu’illico, des lecteurs sarkophiles s’amuseraient, en commentaire, à copier-coller les fautes d’orthographe, de grammaire ou de syntaxe qui, dans «Paris Libre», doivent probablement exister. Ensuite, il y a parfois, dans cette attaque à la mode contre Nicolas Sarkozy, des relents douteux. En substance, «Regardez ce descendant d'immigré et/ou ce nouveau riche qui ne sait même pas parler notre langue». Enfin, on aurait tort de présumer d’office que cette imperfection française sarkozyste est totalement fortuite et ne relève pas d’une énième stratégie savante de com’. Certains experts en sarkologie assurent d'ailleurs que c’est volontairement que le Président malmène si fréquemment la langue de Voltaire: parce que cela fait peuple et donc parce que cela le rend plus proche des gens…

 

En termes de langue et de culture, on se bornera donc à mettre au crédit du chef de l’Etat un très beau succès de librairie dont il est à l’origine. En 2006, en effet, Nicolas Sarkozy avait fustigé le fait que «La Princesse de Clèves» figurait au programme d’attaché d’administration. «Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de «La Princesse de Clèves».. Imaginez le spectacle!», avait-il raillé. Or, depuis cette petite phrase sarkozyste, jugée méprisante et inculte par ses détracteurs, on n’a jamais autant vendu de «Princesse de Clèves» dans les librairies de France! Régulièrement, à la Sorbonne notamment, des manifestants anti-Sarko font des lectures publiques de ce grand classique de la littérature française. Dans les travées du dernier Salon du Livre de Paris, d’ailleurs, un petit badge bleu a fait fureur: «Je lis la Princesse de Clèves», proclamait-il…

 

Sinon, toujours au rayon langue française, on a entendu, pas plus tard que ce matin à la radio locale, qu’un changement allait intervenir en la matière dans les taxis parisiens. Désormais, seront renforcés les examens de français imposés aux candidats à une licence de chauffeur de taxi dans la capitale française. L’objectif est de s’assurer que les usagers de taxis à Paris soient servis par des conducteurs ayant une connaissance usuelle de la langue du pays. Concrètement, c’est notamment le grand retour de la dictée dans les examens de cette profession: les candidats-taximen ne recevront leur licence que s’ils réussissent une dictée du niveau du collège.

 

En même temps, cela ne devrait pas être trop difficile pour nombre de chauffeurs de taxis parisiens. Puisque, entendait-on également ce matin, cette profession devient de plus en plus «un métier de reconversion». Vu la crise économique, on trouve de plus en plus souvent, au volant des quelque 16.000 taxis officiant dans Paris et sa région, des diplômés voire des universitaires (bac+3 et davantage), qui exercent ce métier faute d’avoir trouvé un emploi dans leur secteur d’origine.

 

Au fond, que pensent tous ces taximen parisiens lettrés quand, tout en conduisant leurs clients et en se jouant des embouteillages, ils entendent à la radio leur Président massacrer allègrement la syntaxe?

03.03.2009

Un joyau

«Il restait là quelques minutes, aspirant fortement l’air frais qui lui venait de la Seine, par-dessus les maisons de la rue de Rivoli. En bas, confusément, les toitures des Halles étalaient leurs nappes grises. C’était comme des lacs endormis, au milieu desquels le reflet furtif de quelque vitre allumait la lueur argentée d’un flot. Au loin, les toits des pavillons de la boucherie et de la Vallée s’assombrissaient encore, n’étaient plus que des entassements de ténèbres reculant l’horizon. Il jouissait du grand morceau de ciel qu’il avait en face de lui, de cet immense développement des Halles, qui lui donnait, au milieu des rues étranglées de Paris, la vision vague d’un bord de mer, avec les eaux mortes et ardoisées d’une baie, à peine frissonnantes du roulement lointain de la houle. Il s’oubliait, il rêvait chaque soir d’une côte nouvelle».

 

Paris célèbre ces jours-ci le quarantième anniversaire du «déménagement du siècle»: le transfert des Halles vers le marché de Rungis, dans la banlieue sud de Paris, dans la nuit  du 2 au 3 mars 1969. Ces quelques lignes sont extraites du «Ventre de Paris» d’Emile Zola, un des plus éblouissants romans consacrés à la capitale française. Ce matin, on n’a pas pu résister au plaisir d’en donner des extraits. En souvenir de ce qui reste dans la mémoire comme le plus grand massacre architectural du vingtième siècle à Paris: la démolition, à partir de 1971, des splendides pavillons de verre et de fer construits par Victor Baltard dans les années 1850 – une des opérations urbanistiques les plus spectaculaires du Second Empire, finalement impitoyablement rasée par l’urbanisme pompidolien.

 

A l’époque, la démolition des Halles – aujourd’hui remplacées par l’ignoble centre commercial du Forum  –  plongea le quartier Châtelet dans un chaos inimaginable. Pendant des années, Paris fut affublé du «trou des Halles», du nom donné par la population à l’immense cratère laissé devant l'église Saint-Eustache par le chantier. Trente cinq années après leur destruction, subsiste aujourd’hui un seul des nombreux pavillons de Baltard. Reconstruit en banlieue parisienne, à Nogent sur Marne, cet ex-joyau du patrimoine architectural mondial sert aujourd’hui notamment… de plateau au télé-crochet «A la recherche de la nouvelle star» de la chaîne de télé M6…

 

Si le patrimoine souvent s’écroule sous le poids de la bêtise humaine, les mots, eux, ne meurent heureusement jamais. Et quand ils sont de Zola, ils pansent merveilleusement les plaies de l’Histoire. Encore quelques lignes du «Ventre» donc, pour la beauté de ce lever de soleil sur Paris.

 

«Il leva une dernière fois les yeux, il regarda les Halles. Elles flambaient dans le soleil. Un grand rayon entrait par le bout de la rue couverte, au fond, trouant la masse des pavillons d’un portique de lumière; et, battant la nappe des toitures, une pluie ardente tombait. L’énorme charpente de fonte se noyait, bleuissait, n’était plus qu’un profil sombre sur les flammes d’incendie du levant. En haut, une vitre s’allumait, une goutte de clarté roulait jusqu’aux gouttières, le long de la pente des larges plaques de zinc. Ce fut alors une cité tumultueuse dans une poussière d’or volante».

10.12.2008

Un patrimoine

bouquinistes3.jpgIls sont une institution de Paris. Ce sont les descendants des colporteurs et des petits marchands d’almanachs du seizième siècle. Aujourd’hui, ils sont certainement les commerçants parisiens qui, à longueur d’années, sont les plus photographiés par les touristes venus du monde entier. Ils sont même répertoriés au patrimoine mondial de l’Unesco. Et ils seraient menacés. Qui? Les bouquinistes de Paris. Ces quelque 200 marchands de livres anciens dont les 900 fameuses boîtes vertes sont accrochées sur les parapets de dix quais de la Seine. Sur une longueur totale de trois kilomètres: du Pont Marie au quai du Louvre et du quai de la Tournelle au quai Voltaire.

 

L’autre jour, les représentants de cette corporation ont été reçus à et par la mairie. Motif de l’inquiétude: une étude menée pendant plusieurs mois cette année sur leur profession, confirmant une tendance qui n’a pu que sauter aux yeux du promeneur parisien un minimum attentif. Cette étude confirme que, sur les quais, la vente de bibelots et de souvenirs pour touristes est en train de prendre le pas sur celle des livres. Au point que certaines boîtes de bouquinistes hier regorgeant d'ouvrages anciens sont devenues de vulgaires stands à tours Eiffel miniatures, à souvenirs hideux et à croûtes d’aquarellistes du dimanche.

 

Pour éviter que ces marchands d’esprit ne se transforment en marchands de souvenirs, un comité ad hoc a été mis sur pied à la mairie, qui est spécialement chargé de réfléchir à l’évolution de cette profession. Plusieurs idées très concrètes sont déjà dans les cartons: une meilleure représentation des bouquinistes sur internet, la publication d’un guide entièrement consacré à ces libraires si particuliers, l’organisation d’événements littéraires (lectures publiques, etc.) sur les quais, la création d’un prix littéraire des bouquinistes, etc.

 

bouquinistes2.jpgIl serait plus que légitime, en tout cas, que soit conservée et revitalisée cette profession. En effet, avec, dans leurs célèbres boîtes vertes, pas moins de 300.000 ouvrages (livres, BD, vieux magazines, etc.), les bouquinistes de Paris sont à la tête de «la plus grande librairie à ciel ouvert du monde». Et représentent donc un patrimoine culturel d’une valeur inestimable.

27.06.2008

Un tableau

8d40d66f805dec79a117a7d147f2fca5.jpgUn peu d’art, pour terminer la semaine en beauté – on n’a jamais assez d’art dans la vie. C'est un tableau. Cela s’appelle «La Grande Vallée IV». C’est le clou (enfin, selon nous) du nouvel accrochage, inauguré mercredi, de la galerie du Musée national d’art moderne (au Centre George Pompidou, place Beaubourg) consacrée aux grands formats de l’abstraction gestuelle.

C’est une œuvre tardive de la peintre américaine Joan Mitchell (1926-1992). Une personnalité fascinante; elle épousa Barney Rosset, l’éditeur du légendaire «Tropique du Cancer» d’Henry Miller,  vécut la moitié de sa vie à Paris puis à Vétheuil, le village où peignit Monet, devint une des rares femmes à émerger dans le courant de la peinture abstraite. C’est un tableau immense, magnifiquement expressif,  mouvementé et furieux. Avec des bleus et des verts d’une saisissante intensité, des jaunes qui rappellent Van Gogh.

Il est entouré de tas d’autres oeuvres intéressantes – car ce Musée dispose décidément d’une collection sublime. Perché en haut de Beaubourg, il offre évidemment aussi une des plus belles vues qui soient sur Paris: cela fait des années qu’on la connaît et on ne s’en lasse jamais. Allez-y sans trop tarder, admirer Mitchell et tant d’autres peintres. Il y a du monde à Beaubourg en ce moment mais, l’afflux touristique n’étant pas encore maximal à Paris, c’est encore supportable - en août,  ce ne le sera plus.

30.04.2008

Une plaie

a77693c8c89e96638eaa105ced28cfc1.jpgC’est de loin un des aspects les moins ragoûtants de la vie à Paris . Même si la capitale française n’est pas seule en cause, et partage ce fléau avec toutes les grandes métropoles de la planète. On veut parler des rats (à ce moment, frisson immédiat de dégoût du lectorat;-). On comptabilise deux millions de rats dans la Ville lumière, soit autant que le nombre d’habitants. C’est classique. A Rome, Londres ou New York également, on dénombre généralement un rat par habitant. A Paris, d’ailleurs, on peut tomber très facilement sur  ces rongeurs. Ainsi, dans les stations de métro, il suffit d’observer un peu attentivement l’environnement pour apercevoir des rats – en contrebas des quais, par exemple, se faufilant le long des rails –, à toute heure de la journée. Le soir, sur les grands boulevards, on en a déjà entendus en train de se goinfrer dans les poubelles. Et la nuit tombée, en footing au parc ou au bois de Vincennes, on les a déjà vus s’éparpiller en masse quand ils sont dérangés par les vibrations provoquées par les pas du coureur approchant.

Comme chaque année à cette époque, les services vétérinaires de la préfecture de police de Paris mènent en ce moment une grande opération de dératisation. Cette année plus encore que les précédentes, les contrôles seront renforcés. Ces dernières semaines, en effet, plusieurs supermarchés des quartiers populaires du nord de la capitale ont défrayé la chronique pour avoir dû fermer leurs portes quelques jours, tant ils étaient infestés de  souris et de rats. Mais le fléau touche évidemment aussi les beaux quartiers: une boulangerie très cotée et des restaurants ayant pignon sur rue y seraient actuellement confrontés.

D’ici au 27 juin, les propriétaires, gérants ou syndics d’immeubles parisiens sont invités par la préfecture de police à «prendre toutes les mesures nécessaires en vue d'assurer la destruction des rats et des souris». Passée cette date, si ces mesures d’éradication n’ont pas été prises par les particuliers, l'unité de la préfecture chargée de la prévention des nuisances animales dressera procès verbal. En attendant, la mairie réitère les mesures quotidiennes de prévention contre les rongeurs: poubelles étanches, denrées alimentaires inaccessibles, caves et cours en bon état de propreté, trous bouchés et bas de portes renforcés, soupiraux grillagés, étanchéité des tampons du tout-à-l’égout vérifiée.

 

b05b05a97830d6aa386bb1e6b959c8c4.jpgCar les rats, qui pullulent dans les égouts de Paris, profitent du moindre orifice pour s’en échapper et gagner les caves et cours d’immeubles (*). Là, ils rongent tout ce qui leur tombent sous la dent: du bois à l’aluminium en passant par l’ardoise, le cuivre et même le plomb – d’où des risques de courts-circuits, d’incendies et de fuites d’eau. Ces bestioles ont aussi la désagréable particularité de se reproduire rapidement: leur longévité est de sept ans et ils peuvent avoir trois ou quatre portées par an, de six à douze petits chacune. Pour les éradiquer, le service municipal d’actions de salubrité et d’hygiène (le bien nommé SMASH) utilise essentiellement des «anticoagulants à action différée», qui terrassent en quelques jours les rongeurs entrés en contact avec eux. Mais les employés municipaux ou préfectoraux n’ont pas la tâche facile. Outre que le rat est, paraît-il, un animal prodigieusement intelligent, il est doué, assure la mairie de Paris, «de capacités physiques étonnantes». Ainsi, «il peut grimper le long d’un mur en crépi, sauter à 60 cm en hauteur et 4,5m en longueur». (Nouveau frisson d’horreur du lectorat)

Bienvenue dans la vraie vie urbaine et parisienne. On est loin de la figure sympathique et malicieuse de “Ratatouille”, le rat parigo-hollywoodien qui s’est si bien exporté sur les écrans de cinéma du monde entier.

(*) Mais on ne sait pas si, comme son cousin new-yorkais d’«American Psycho», le best-seller de Bret Easton Ellis, le rat de Paris est assez bon nageur pour pouvoir remonter tout droit des égouts jusque… dans les cuvettes des WC pour ensuite, hop, ni vu ni connu et encore tout poisseux, sauter illico sur le carrelage de la salle de bains et conquérir l’appartement (troisième sursaut, là carrément épouvanté, du lectorat, qui n’en peut plus). Nous, en tout cas, depuis la lecture de ce passage littéraire horrifique, et en vertu du fameux et si français principe de précaution, on ne laisse plus jamais un WC ouvert – mais on ne se prend pas (encore) pour Patrick Bateman.

18.04.2008

Un livre

Encore sous le coup de l’annonce du décès d’Aimé Césaire, on a profité d’un trajet longuet en métro pour relire «Une tempête». C’est l’adaptation en théâtre nègre de la célèbre «Tempête» de Shakespeare. Cette pièce est moins connue et réputée que les grandes œuvres de l’écrivain martiniquais («Cahier d’un retour au pays natal», «Et les chiens se taisaient», etc.). Elle a été écrite en 1969 et jouée pour la première fois cette année-là au festival d’Avignon.

C’est une très courte pièce; elle fait moins de cent pages, à peine un aller-retour sur la ligne 8. Et pourtant, malgré sa brièveté, on a toujours trouvé qu’«Une tempête» était un grand livre. C’est une ode poignante à la liberté et à la fierté, une dénonciation implacable des injustices et de l’asservissement, un plaidoyer vibrant et salutaire en faveur de la lutte sans relâche contre toutes les discriminations, raciales et autres.

C’est aussi le portrait d’une île splendide, la Martinique, une déclaration d’amour au grand large. Car le plus beau, écrit Césaire, «c’est encore le vent et ses musiques, le salace hoquet quand il farfouille les halliers, ou son triomphe, quand il passe, brisant les arbres, avec dans sa barbe, les bribes de leurs gémissements». Souvent, l’écrivain met les beautés naturelles de sa terre natale au service de sa noble cause. Sous la plume du poète, la mer, le vent, les oiseaux, le sable, la forêt partent alors en guerre avec lui contre l’oppression.

Cela donne, dans la bouche de l’esclave noir Caliban, quand il célèbre «le jour conquis et la fin des tyrans»: «L’incisif colibri/au fond d’une corolle s’éjouit/fera-t-il fou, fera-t-il ivre/lyre rameutant nos délires/la Liberté ohé! La Liberté!/ Ramier halte dans ces bois/Errant des îles c’est ici le repos/la miconia est pillage pur/du sang violet de la baie mûre/de sang de sang barbouille ton plumage/ voyageur!/ Dans le dos des jours fourbus/qu’on entende/la Liberté ohé! La liberté!»

Ou ce sublime chant d’Ariel, le serviteur mulâtre: «Alezan des sables/leur morsure/ mouroir des vagues/langueur pure./Où s’épuise la vague./tous ici venez,/par la main vous tenez/et dansez./Blondeur des sables/leur brûlure!/langueur des vagues/ Mouroir pur/ Ici des lèvres lèchent et pourlèchent/nos blessures».

 

 

PS: Ségolène Royal nous agace assez souvent mais là, on l’avoue, on est plutôt d’accord avec elle. Aimé Césaire, pour son talent et pour tout ce qu’il représente dans l’Histoire de France, mériterait de faire son entrée au Panthéon. Mais, de son vivant, l'homme a toujours refusé tous les honneurs. Et peut-on l'imaginer reposer ailleurs que sur son île?

05.11.2007

Un retour aux sources

639c9b504bacf15211d2ea3e00564338.jpgCulturellement, ce lundi est doublement marqué d’une pierre blanche. L’attribution ce midi du Goncourt et du Renaudot donne le coup d’envoi à la saison des prix littéraires. Tout comme aujourd’hui – est-ce une coïncidence? – dans toutes les régions du pays, débutent les concours locaux devant aboutir à l’attribution du titre de… Miss France 2008.

 

Cette compétition non bien sûr pas du tout ringarde, et surtout qui participe tant à l’évolution du regard porté sur la femme, connaîtra fin novembre une petite révolution. Jusqu’à présent, en termes de marketing, les Miss France étaient plutôt associées à la promotion de produits populaires, familiaux, pour ne pas dire bas de gamme. Le 23 novembre, cela va changer.

 

Ce jour, en effet, sortira dans le commerce, au bénéfice d’une association caritative, un calendrier lui très clairement positionné dans le créneau haut de gamme, pour lequel ont posé 12 ex-Miss France parmi les plus emblématiques de ces dernières années. Le produit, annoncé comme top glamour, sera édité rien moins que par le magazine Vogue. Le stylisme en sera assuré par la société Yves Saint-Laurent. Et les clichés seront réalisés par une star internationale: le célèbre photographe de mode allemand Peter Lindbergh.

 

Pour ce dernier, il s’agit d’un retour aux sources. Ce photographe s’était fait connaître en lançant les carrières de stars comme Naomi Campbell, Claudia Schiffer ou Milla Jovovich. Il y a deux ans, il avait viré sa cuti et était entré en politique française: c’était lui qui avait réalisé la fameuse photo de campagne de Nicolas Sarkozy alors que ce dernier briguait la présidence puis l’investiture élyséenne de l’UMP. Le voilà donc maintenant revenu du côté de la mode, du glamour et des paillettes.

 

Et ce, sans transition particulière. Comme si désormais, il n’existait plus trop de frontières entre tous ces mondes si merveilleux de célébrités, de spectacle et de lumières.

26.10.2007

Un homme, ou l'autre

35c339c1b6015fc5ddd99f103c885494.jpgUne note de futilité pour bien terminer la semaine. Les canons esthétiques de la virilité seraient-ils en train de changer à Paris? Certes, cela n’a pas été flagrant ces dernières semaines, le Mondial de rugby ayant plus que jamais remis le style Musclor à l’honneur. On va tout de même se poser la question dès janvier prochain dans la capitale, lorsque démarrera le nouvelle campagne de pub pour Lafayette Homme. Là, en effet, c’est l’homme style freluquet qui est mis en avant.

 

Le mannequin de cette campagne n’est autre que l’écrivain Frédéric Beigbeder, érigé en «nouveau dandy» du grand magasin car censé représenter une nouvelle élégance masculine tout en en «recul», en «décalage» et en «humour». Sur la photo, Beigbeder tient dans les mains «La société de consommation» de Baudrillard.  Et les Galeries de se pâmer de cette «petite pirouette sarcastique», qui montre bien selon elles combien leur nouvel homme sandwich «joue avec humour sur son caractère narcissique qui ne se prend jamais complètement au sérieux».

 

Sur les panneaux d’affichage, dans les spots télé, sur internet ou dans les catalogues, Beigbeder torse nu donnera-t-il vraiment envie d’acheter? Ou fera-t-il surtout se gondoler? Réponse dès janvier.

 

29926f6ab22b119b497b5276061581b7.jpgCe qu’on peut d’ores et déjà constater, en tout cas, c’est que le fait pour les Galeries de recourir à sa plastique masculine très anodine pour vendre sa soupe s’inscrit plutôt dans l’air du temps. En effet, tout comme la Star Ac permet au commun des mortels de devenir une vedette du jour au lendemain, le quidam, même s’il a un physique de crevette, s’invite désormais sur les panneaux d’affichage en 4 par 3 et joue les mannequins.

 

Un autre grand magasin parisien va en faire l’illustration dans dix jours. Du 7 au 9 novembre, au cœur du Marais, le BHV Homme organise un grand casting ouvert à tous, à l’issue duquel le vainqueur se verra proposer de figurer aux côtés de mannequins professionnels dans le prochain catalogue de la marque. «Toutes tailles, tous style recherchés», précise bien l’annonce. Ici aussi donc, ce n’est pas l’homme au physique top canon que l’on cherche à débusquer, mais le mâle dont le corps et le look indiquent qu’il a de la personnalité – que l’intéressé soit «trendsetter ou réfractaire, expert ou dandy, business class ou sport chic».

 

5ebe56307676f4137a7c99a91ad7ce33.jpgLe tout-venant, l’homme de la rue, celui dont le physique ne culpabilise aucun client, celui auquel, au contraire, tout le monde peut globalement s’identifier: c’est exactement la cible et l’argument publicitaire des magasins Célio. Dans le magasin de la rue de Rivoli par exemple, leurs «shoppenboys»  qui permettent aux dames faisant du shopping non accompagnées de voir des vêtements essayés sur des mannequins vivants – sont loin d’être des Jude Law, des Keanu Reeves ou des Nicolas Duvauchelle. Ce sont des grands maigres ou des petits gros. Là aussi, d’ailleurs, un casting est en cours. Et on trouve même des exercices pour s’entraîner. Au vu de la tonalité générale de la chose, il ne faudra pas être Apollon pour l’emporter.

Dès lors dans les rues de Paris cet automne, même les hommes normaux – et pas seulement les gravures de mode qu’on y croise à longueur de journées – auront le sourire. Quelle ville décidément merveilleuse.

27.02.2007

Un rajeunissement

medium_pont_20neuf_20au_20soleil.jpgOn l’a lu au petit-déjeuner ce matin dans «A Paris», la gazette de la mairie: la restauration du Pont Neuf est enfin terminée. Pour tout Parisien qui se respecte, c’est vraiment une grande nouvelle: en effet, les travaux de réfection et d’étanchéité du plus vieux pont de Paris (1578-1607) avaient commencé… en 1990.
Les douze arches en plein cintre ont donc été entièrement consolidées et rénovées. Et les mascarons, ces figurines sculptées qui contribuent au cachet de l’édifice, ont toutes retrouvé leurs traits ciselés.
On va aller y jeter un coup d’œil, ce week-end. Avec toutefois une certaine appréhension. L'endroit est splendide, certes. La pointe ouest de l’île de la Cité offre évidemment un des plus beaux et émouvants panoramas de Paris qui soit. Mais comme sur le parvis de Notre-Dame, c’est au Pont Neuf que l’on perçoit vraiment la pression touristique que subit la capitale, que l’on ressent physiquement – par la cohue, par la promiscuité et par le bruit, à longueur d’années – qu’elle est la ville la plus visitée au monde.
Sans doute donc va-t-on fuire rapidement la foule et se retrouver place Dauphine, cette place où on est venu si souvent bouquiner, dans le temps. Architecturalement, bien entendu, elle n’a plus son homogénéité et donc son intérêt d’origine. Mais l’endroit garde un charme fou. Le souvenir du couple mythique Montand-Signoret n’y est pas pour rien.
Les plus curieux découvriront que, dans une brasserie du coin, une table est réservée à vie au commissaire Maigret. Le célèbre héros de Simenon venait y déjeuner chaque midi – de mémoire: un œuf mayonnaise et des anguilles au vert – puis, la pipe au bec, regagnait calmement son mythique bureau du quai des Orfèvres. La promenade est très belle. Vivement ce week-end.
B.DL.

01.10.2006

Une étrange rencontre

C’était un fascinant moment de télé. C’était ce midi sur le plateau de «Chez F.O.G», sur France 5. C’était la rencontre entre Christine Angot et Nicolas Sarkozy. La confrontation de deux égos surdimensionnés. Le croisement de deux vedettes ultra-médiatiques. L’affrontement qui s’annonçait spectaculaire entre l’enfant terrible de la littérature et l’enfant terrible de la politique: deux personnalités que, croyait-on, tout séparait.
Face à face, tels deux félins, ils se jaugeaient, rivalisaient de rictus narquois, plissaient les yeux de défiance, semblaient chacun attendre la faute de l’autre pour pouvoir se jeter sur lui et le dévorer à pleines dents.
Mais jamais le débat ne dégénéra. Jamais les échanges ne dérapèrent. Jamais haussa-t-on vraiment le ton. Jamais n’alla-t-on vraiment au fond. Toujours resta-t-on dans une sorte de violence froide et contenue, de méfiance distante et courtoise. Comme si ces deux êtres également passionnels répugnaient chacun à se caricaturer en se laissant aller. Comme s’ils avaient signé un pacte implicite de non-agression, trop conscients des dégâts qu'aurait produits leur affrontement.
Sarkozy et Angot qui parviennent à vaguement dialoguer sans se déchirer. Qui conviennent finalement d’en rester au stade de la mondanité télévisée. On ne savait trop s’il fallait en rire ou en pleurer.
B.DL.