16/11/2012
Un désir de départ
Paris. Où, ces jours-ci, il fait péniblement froid et gris. Quitter Paris? Année après année, la capitale française a plutôt tendance à gagner (un peu) des habitants. Mais l'idée d'un départ chemine dans l'esprit de nombre de résidents en région parisienne. C'est ce qui ressort d'un sondage récemment publié sur la question.
A l'en croire, plus d'un habitant sur deux (54%) en région parisienne envisage de la quitter. On les retrouve surtout dans la tranche d'âge 25/49 ans. 68% des candidats au départ sont motivés par la volonté de trouver un cadre de vie plus agréable. L'agressivité ambiante est citée comme facteur de motivation dans 30% des cas. Les plus jeunes parmi tous ces volontaires pour quitter Paris invoquent beaucoup plus que les autres, bien sûr, les prix astronomiques du logement.
Les destinations rêvées par les Parisiens? Le Sud et l’Ouest. 25% des habitants de la capitale qui rêvent de s'installer en province choisiraient la Provence, 21% la Bretagne, 19% le Languedoc-Roussillon, et 18% l'Aquitaine.
Le soleil et la mer: décidément un indémodable classique. A fortiori, sans doute, en plein hiver.
11:09 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, art de vivre, jeunes, social, logement
05/11/2012
Un jeu, de saison
Dimanche soir agité, dans notre onzième arrondissement. C'est que, comme chaque hiver à Paris, se déroule à nouveau le jeu favori de la saison: celui du chat et de la souris.
Jeu qui oppose les militants contre le mal-logement aux forces de l'ordre: les premiers occupant des immeubles vides, les seconds les en délogeant. En ainsi de suite, jusqu'à l'année suivante. En attendant, sur le fond, rien ou pas grand-chose ne change: en dépit de l'alternance politique qu'a vécue au printemps le pays, il y a l'air d'avoir toujours autant, voire davantage, de miséreux dans Paris – dans le métro, par exemple, c'est assez effarant.
Hier, la partie s'est déroulée dans le quartier Charonne, qui jouxte Bastille. Une cinquantaine de mal-logés – dont 10 enfants –, réclamant un logement social, avaient investi et occupaient un immeuble vétuste et vide, voué à la démolition. Rejoints ensuite par des militants et sympathisants, les squatteurs ont grossi en nombre et en visibilité. Jusqu'à hier soir. Plusieurs escouades de CRS ont été envoyées sur place. Vers 23 heures, les policiers ont forcé l'entrée du squat. Ses occupants, réfugiés au deuxième étage, ont entamé un face-à face, tendu, avec les forces de l'ordre, scandant des «Non, non, non aux expulsions!» Vers minuit, l'immeuble a été entièrement évacué, et ses occupants embarqués manu militari au commissariat. Fin de la partie. Jusqu'à la prochaine fois.
11:29 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, logement, pauvreté, social, police
03/10/2012
Un chiffre affolant
Il a l'air assez déprimé, le tagueur qui, ces derniers jours, dans notre quartier du onzième arrondissement, a gratifié les murs de ses humeurs à propos des tristes maux de notre monde contemporain.
Il ou elle se réfère-t-il au climat en France en général? Ou est-il motivé par l'une ou l'autre pénible actualité en particulier? Hier, en tout cas, une nouvelle concernant Paris est tombée, qui nous a rappelé son tag.
Cette nouvelle peut se résumer à un chiffre: 8.410€. Soit, selon les dernières données des notaires de la région parisienne, le prix moyen du mètre carré dans le logement ancien, à Paris. Et on n'en a pas fini: «D’après les dernières projections des prix calculées sur les avant-contrats, les prix de vente à Paris devraient s’inscrire en légère hausse dans les deux prochains mois».
8.410€. Ce n'est qu'une moyenne, pour l'ensemble des arrondissements – à Saint-Germain des Prés, par exemple, des appartements se vendent en ce moment jusqu'à... 13.000€ euros le m2. Et c'est assez abstrait, comme chiffre. Mais cela devenait très concret, ce matin, à la lecture d'un petit entrefilet vu dans les pages locales du quotidien «Le Parisien». Il disait: «Pour un studio de 30 m2, il faut désormais débourser près de 250.000€, et pas moins de 850.000€ pour un quatre-pièces».
Faut-il encore s'étonner, après cela, de l'exode croissant, si triste, des classes moyennes – pour ne pas parler des couches populaires – de la «Ville lumière»?
12:32 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, economie, logement, social
10/09/2012
Une pénible collision
Pénible collision d'actualités ce week-end en France, décidément. C'est ce qu'on s'est dit hier dimanche, pendant toute la journée, en bossant sur l'«affaire Arnault» – si vous avez vécu sur une autre planète, ces deux derniers jours: l'homme le plus riche de France, qui a demandé la nationalité belge et est accusé par ses détracteurs de vouloir s'exiler fiscalement dans le plat pays.
Collision de deux actualités qui n'ont pas le moindre rapport l'une avec l'autre, mais qui, survenant au même moment, ont de quoi gêner.
Côté pile, donc, l'extrême richesse. L'homme le plus fortuné de France et d'Europe, patron de l'empire du grand luxe LVMH. Son patrimoine personnel dépasse les 30 milliards d'euros. Soit, comparait le journal «Le Parisien» dimanche, «la moitié du budget de l'Education nationale, les recettes de l'impôt sur les sociétés en 2010, deux fois le déficit de la Sécurité sociale, le PIB de la Lituanie, ou deux fois celui du Portugal». L'extrême richesse, donc.
Côté face, l'extrême pauvreté. Cet incendie d'un immeuble d'habitations à Saint-Denis, dans la proche banlieue Nord de Paris, et dont le bilan, annoncé dimanche, est lourd: deux morts, quatre blessés graves, onze blessés légers, une cinquantaine de rescapés à reloger. Des scènes d'horreur: des gens se défenestrant pour échapper aux flammes. Un bâtiment qui était insalubre et reconnu comme tel depuis des années. Et dans lequel il n'avait ni l'eau, ni l'électricité. En 2012, donc, aux portes de Paris, capitale de la cinquième puissance économique mondiale, des gens vivent sans eau ni électricité. Selon la mairie, à Saint-Denis ces dix dernières années, une trentaine de personnes sont mortes à cause de leur habitat indigne: dans des incendies ou des fuites de gaz ayant dévasté leur logement. L'extrême pauvreté, donc.
L'extrême richesse, l'extrême pauvreté. La collision de deux actualités. Qui, on le répète, hormis leur simultanéité fortuite, n'ont rien à voir entre elles, et n'ont donc probablement pas à être mises en relation.
Mais qui, tout de même, en disent long, trouve-t-on. Sur une certaine cohabitation quotidienne, dans ce pays: entre deux extrêmes.
11:14 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, banlieues, logement, pauvreté, social, luxe, economie, gouvernement
03/02/2012
Un vrai scandale
Locataire «alcoolique», qui «n'est pas de nationalité française», ou est «ancien SDF addiction boisson». Habitant «séropositif», «cancer», «personne cardiaque», «sous chimiothérapie», ou «alzeimer aveugle». «Fils cancer Mme malade des poumons», ou «violence conjugale». «Personne très difficile à vivre de tempérament agressif et violent très procédurier», «dépression hôpital psychiatrique», «maladie de parkinson», ou «cancer des intestins opération du cerveau».
Telles sont quelques-unes parmi les innombrables mentions concernant la vie privée des habitants des HLM de la ville de Paris, qui figurent dans le système informatique de l'organisme gérant ces logements sociaux: «Paris Habitat». L'existence de ce gigantesque fichage a été révélée hier par la Commission de l'informatique et des libertés (CNIL): l'organisme qui veille à la compatibilité entre les fichiers électroniques et le respect de la vie privée. Toutes ces informations avaient été collectées par les gardiens d'immeubles de ces HLM, puis illégalement rassemblées et stockées dans les fichiers informatiques de «Paris Habitat». Des associations de locataires, indignées, ont saisi la CNIL. Hier, dans une démarche exceptionnelle (ici), vu la gravité des faits, cet organisme a publiquement mis l'Office des HLM en demeure de détruire ce fichier dans les deux mois, sous peine de poursuites judiciaires.
Dans les médias hier, les dirigeants de cette société ont paru à peine gênés. On a même entendu des propos du genre, en substance: les gardiens d'immeubles ayant commis ce flicage ne pensaient pas à mal, c'était pour mieux connaître et donc mieux venir en aide à ces locataires, etc.
Un tel scandale, dans n'importe quelle autre grande capitale internationale, entraînerait probablement le limogeage sur le champ du patron de l'Office des HLM, et des excuses publiques du maire en personne. A Paris: rien. Aux dernières nouvelles, la hiérarchie de «Paris Habitat» est toujours en place. Et Bertrand Delanoë, pourtant habituellement si prompt à communiquer, ne s'est même pas exprimé sur le sujet.
Encore bravo.
12:13 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, logement, social, vie privée, santé, pauvreté, informatique
02/02/2012
Une indignité, ou l'autre
0 degré à peine, ce matin, à Paris. Et vers les -10°, cette nuit. ¨La nuit dernière pourtant, comme les précédentes et comme les suivantes, en plein coeur de ce qu'il est convenu d'appeler la «Ville lumière», des gens ont passé la nuit dans un mobil-home, une caravane ou une voiture. On les entendait ce matin, sur une radio. Ils (et elles) avaient dormi sur l'immense parking qui fait face au Château de Vincennes. Au micro, certains avouaient n'avoir cessé de grelotter. D'autres, en revanche, ne s'apitoyaient pas sur leur sort. Disaient que «non, non, ça va: pas de problème!» Plaisantaient, même. A entendre leur bonne humeur matinale, malgré une nuit pareille, on hésitait entre l'effarement et l'admiration.
En France, entre 70.000 et 120.000 personnes habitent sous tente ou en mobil-home: résident au camping à l'année, leurs moyens ne leur donnant pas accès au marché de l'immobilier. Théoriquement, c'est interdit par la loi. Pratiquement, c'est toléré. Parmi ces campeurs malgré eux, pas mal de vieux ne touchant que de petites retraites, et pas mal d'étudiants. A la mi-novembre, l'Assemblée nationale a voté en première lecture une proposition de loi (ici) visant à «mieux encadrer» le secteur des «habitats légers de loisirs» et de «l'hébergement de plein air». Le député (UMP) à son origine invoquait notamment la nécessité d'«éviter les bidonvilles» et de «responsabiliser» les maires sur la question du logement. De facto, avec pareil texte devenu loi, ces dizaines milliers de campeurs à l'année devraient déménager. Direction la rue, donc. Les associations, du coup, s'étaient mobilisées. Avec succès: il y a quelques jours, ledit député a promis de modifier son texte quand il reviendrait à l'Assemblée. Cette centaine de milliers de campeurs malgré eux n'iront donc pas grossir les rangs de la centaine de milliers de SDF qu'on dénombre déjà (au minimum) en France.
Ce matin, en entendant nos campeurs de Vincennes témoigner à la radio, on s'interrogeait. Sous prétexte qu'a été évitée une indignité (les jeter à la rue), est-on prié, ou non, d'en accepter une autre (être obligé de dormir dans sa voiture, en plein Paris)?
12:44 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, pauvreté, social, logement, misère
20/01/2012
Une flambée
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Dans la «Ville lumière», l’ère de l’euro aura donc été «particulièrement favorable aux propriétaires», en termes de plus-values en cas de revente de leurs biens, se réjouit l'agence immobilière en ligne Efficity. C’est une façon de voir les choses. Une autre est de prendre le point de vue des candidats-acquéreurs. Vu sous cet angle, «depuis 2000, l'écart entre l'augmentation des prix des logements et celle des revenus des ménages ne cesse de se creuser (+ 86% contre + 25% sur la période 2000-2009). La solvabilité des ménages français s'est donc nettement dégradée. Une famille qui se serait endettée sur 14 ans en 2000 aurait dû s'endetter sur 31 ans en 2008».
Avec des prix désormais situés entre, en gros, 6000 et 12000 euros le mètre carré, selon l’arrondissement, faut-il encore se demander pourquoi, en dix ans, Paris est devenue une ville de bobos? Du reste, selon la même étude, cette flambée de l’immobilier n’a pas concerné que la capitale. Ainsi, depuis 2000, «les prix ont progressé de 136% à Lille, 118% à Toulouse et 111% à Marseille».
Les sondages, de longue date (voir par exemple ici), indiquent que 65% des Français jugent difficile de trouver un logement. Cette proportion passe à 71% chez les 18-29 ans. 64% des primo-accédants ont rencontré des difficultés pour trouver un logement correspondant à leurs attentes. Ils sont presque aussi nombreux (57%) à avoir peiné à trouver un financement correspondant à leurs besoins, pour acquérir ce logement.
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14:50 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, logement, economie, social, gouvernement
21/11/2011
Un campement
Samedi soir, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, a été démonté un campement de tentes qu'avait installé, trois jours plus tôt, la Fondation Abbé Pierre. Ces tentes militaires étaient les mêmes que celles que l'abbé avait montées à Paris pendant l'hiver 1954, afin, déjà, de protéger des sans-abri et d'interpeller le pouvoir politique. Près de soixante ans plus tard, l'opération visait, encore et toujours, à mobiliser l'opinion sur le logement et la situation des plus démunis – en vue cette fois de la présidentielle de 2012.
«82% des Français considèrent qu’il est difficile de trouver un logement. Un sur cinq déclare avoir des difficultés à faire face au paiement de son loyer ou au remboursement de son emprunt immobilier. 69% des Français jugent que l’action des pouvoirs publics n’est pas satisfaisante pour résoudre ces difficultés», a rappelé la Fondation. Pour qui, «à quelques mois des élections présidentielles et législatives, il faut agir!» Le texte de sa «Mobilisation générale pour le logement» préconise notamment la taxation voire la réquisition des logements vacants,ou l'encadrement des loyers comme celui des des plus-values immobilières.
Ces derniers jours, les médias, locaux en tout cas, ont accordé un peu d'attention à cette manifestation devant l'Hôtel de ville. En revanche, c'est dans une indifférence générale que, place de la Bastille, depuis plusieurs semaines maintenant, quelques familles – Rom, semble-t-il – ont établi un petit campement, lui de fortune.
On est tombé en arrêt devant cela plusieurs soirs de suite dernièrement, après avoir pris le dernier métro pour rentrer à la maison et avoir quitté la station 'Bastille' par la sortie débouchant sur la rue de la Roquette. Il y a avait là des hommes, des femmes, des adolescents et même des enfants. Regroupés sur des matelas ou recroquevillés dans une cabine téléphonique, ils entamaient leur nuit.
Autour d'eux, la vie parisienne se poursuivait le plus normalement du monde. Les terrasses des bars étaient bondées de clients occupés à siroter des consommations bien chères, des clochards faisaient la quête, des copains se donnaient rendez-vous à la sortie du métro, des gens sortaient de la représentation de l'Opéra, des jeunes fêtards avinés braillaient, des danseurs de capoeira se donnaient en spectacle, etc.
Et, dans le même temps donc, à quelques mètres à peine, à leurs pieds pour ainsi dire, nos naufragés du logement tentaient, vaille que vaille, de trouver le sommeil dans l'agitation festive ambiante. Cette cohabitation indolente entre leur infortune et la poursuite routinière de la vie de quartier avait quelque chose de choquant.
Selon la Fondation Abbé Pierre, en France – cinquième puissance économique mondiale, comme chacun sait –, près de 10 millions de gens «sont touchés de près ou de loin par la crise du logement», dont «3,6 millions de personnes (qui sont) non ou mal logées».
11:28 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : logement, social, pauvreté, etrangers, activisme, paris
15/09/2011
Un vrai procès, enfin
Le procès d'un drame épouvantable s'ouvre ce jeudi, à Paris. Le procès de la catastrophe du Boulevard Auriol. En août 2005, dans cette rue du 13ème arrondissement, s'était embrasé un immeuble vétuste dans lequel s'entassaient 130 Africains en attente d'un relogement. Cet incendie avait fait 17 morts – dont 14 enfants. Il avait d'autant plus choqué l'opinion qu'à l'époque, Paris vivait une série noire d'incendies meurtriers touchant des immeubles délabrés occupés en majorité par des étrangers ou des Français issus de l'immigration.
En mars dernier, l'indignité était venue se rajouter à l'horreur.
En effet (relire ici), un premier procès de cette catastrophe s'était ouvert. Mais il avait tourné court. Car, prévu pour être expédié en deux demi-journées et se tenir en catimini dans une salle exiguë du Palais de justice, il avait provoqué la colère des familles des victimes. Qui, en larmes parfois, avaient dénoncé la désinvolture et l'improvisation de la Justice dans le traitement de leur dramatique dossier. La présidence du tribunal correctionnel avait fini par convenir que les conditions d'accueil de ce procès étaient peu dignes. Et avait reporté le début des audiences à ce jeudi.
Enfin, donc, ce procès du mal-logement à Paris – un de plus... – peut-il à présent débuter. Six ans après les faits, ce n'est pas trop tôt.
Reste, tout de même, une question: ultra-délicate, mais qu'on est en droit de poser. La Justice française aurait-elle été à ce point lente, pénible et laborieuse si, à l'époque, l'incendie avait ravagé un immeuble cossu du 16ème et tué 17 Parisiens – dont 14 enfants – blancs et aisés?
11:23 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, paris, logement, pauvreté, social, etrangers
09/03/2011
Un procès, ou un autre
A Paris, il y a des procès qui, même s'ils tournent en eau de boudin, mobilisent la grosse artillerie judiciaire, politique et médiatique. Il y en a d'autres qui, en revanche, donnent un peu l'impression de vouloir être expédiés en catimini: comme si l'on voutait éviter que trop de bruit soit fait autour d'eux. On en a une belle illustration cette semaine. Lundi et mardi, au Palais de Justice, ce fut le tumulte autour du (faux départ du) procès de Jacques Chirac. Ces mercredi et jeudi, au même endroit mais avec beaucoup moins de raffut, est jugé un fait divers dramatique, qui, à l'époque, avait choqué l'opinion parisienne.
C'était dans la nuit du 25 au 26 août 2005. En pleine torpeur estivale. Boulevard Auriol, dans le treizième arrondissement, s'embrasait subitement un immeuble vétuste. Dans lequel s'entassaient 130 Africains en attente, depuis des années, d'un relogement dans une habitation plus décente. Dans les flammes, en quelques minutes, périssaient 17 personnes dont 14 enfants. Trois jours plus tard, dans le Marais cette fois, partait en fumée un autre immeuble miteux. Dans lequel, pareillement, (sur)vivaient des Parisiens d'origine africaine: 7 morts. Trois mois plus tôt, déjà, dans le neuvième arrondissement, 25 personnes, tout aussi précarisées et majoritairement d'origine étrangère, avaient péri dans l'incendie de l'«Hôtel Paris Opéra», où elles avait été placées dans l'attente d'un meilleur logement.
Cinq ans après la catastrophe du boulevard Auriol, son procès s'ouvre ce mercredi. Après «une enquête baclée» selon les familles des victimes: l'incendie n'a jamais été élucidé. «Un procès tronqué», dénoncent-elles aussi. Moins de 48 heures de débat, pour le procès d'un problème aussi vaste à Paris que le mal-logement. Moins de deux jours de procès, pour 17 morts dont 14 enfants.
11:23 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : logement, justice, social, pauvreté, étrangers, paris
18/02/2011
Un cirque
Une heure. Même pas. C'est le temps qu'il a fallu aux forces de l'ordre pour, ce matin, faire exécuter la décision de justice ayant ordonné mardi l'expulsion sans délai des jeunes squatteurs du collectif Jeudi noir. Fin décembre (on en avait parlé par exemple ici), ces «galériens du logement» avaient investi un immeuble de bureaux de l'assureur Axa: vide depuis des années et situé à deux pas du palais de l'Elysée. Auparavant, ils avaient déjà très médiatiquement et longuement squatté un hôtel de maître inoccupé de la place des Vosges (là ou là).
Ce matin donc, sur le coup de 7 heures, les pandores n'ont eu aucun mal à forcer les vagues barricades érigées par les jeunes, qui s'attendaient depuis trois jours à leur expulsion. De même, ceux parmi eux qui s'étaient enchaînés sur place, pour retarder les forces de l'ordre, ont été évacués sans le moindre problème. Et les quelques leaders qui s'étaient réfugiés sur le toit de l'immeuble y ont vite été rejoints par la maréchaussée et invités à redescendre illico sur terre.
L'explusion des squatteurs s'est apparemment déroulée sans autre incident notable qu'une certaine effervescence audiovisuelle. Si tant est que celle-ci soit un incident: l'expulsion a respecté à la lettre le scénario médiatique, déjà préécrit, vu et revu de nombreuses fois, entourant désormais ce genre d'opérations à Paris – couvertes en direct et en temps réel par les médias.
A n'en pas douter, il ne faudra guère attendre longtemps avant que les «galériens» ne jettent leur dévolu sur un nouvel immeuble vide. Immeuble que, pareillement, ils investiront, occuperont, puis dont ils seront expulsés. Et ainsi de suite. Toujours sous l'oeil des caméras. Et sans que, manifestement, personne ne semble à même de régler le problème de fond posé par ces actions: le manque criant de logements abordables pour les jeunes et les précaires, dans la Ville lumière comme ailleurs. Alors que, par ailleurs, y abondent et depuis des années des immeubles entièrement vides. Suite du feuilleton, donc, au prochain numéro.
PS. Sinon, dans un autre registre mais toujours dans le genre cirque, ce sondage, ce matin, relatif au second tour de l'élection présidentielle de 2012. Qui donne Nicolas Sarkozy (39%) humilié par Dominique Strauss-Kahn (61%!). A quatorze mois de l'échéance, une telle enquête n'a bien sûr pas le moindre sens. Ce qui, ce matin, n'empêchait cependant pas toute la planète médiatique parisienne de ne parler que d'elle.
12:30 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, logement, activisme, police, médias, justice, paris, strauss-kahn, sarkozy
10/01/2011
Une occasion
Un happening politico-gastronomique à grand succès médiatique, ce week-end dans les beaux quartiers de Paris. Samedi, l'écologiste Eva Joly est allée rendre visite aux «galériens du logement» du collectif «Jeudi noir». Ces militants, après avoir squatté un splendide hôtel de maître inoccupé de la place des Vosges (c'était ici) puis en avoir été expulsés après une longue saga judiciaire, ont investi cette fois un vaste immeuble de bureaux vide de l'assureur Axa, situé à un jet de pierre du palais de l'Elysée. L'eurodéputée écologiste n'est pas arrivée les mains vides chez les squatteurs. Elle leur a apporté une galette des rois, qu'ils ont dégustée tous ensemble: à la bonne franquette et sous les objectifs d'une nuée de caméras.
Une galette des rois, donc. C'est bien de saison. Nous, on n'a pas le souvenir d'en avoir jamais mangé à Paris, depuis qu'on s'y est installé. Parce que, comme toutes les pâtisseries et viennoiseries, exagérément grasses et sucrées comme chacun sait, cela n'a pas un grand intérêt nutritionnel. Et parce que les boulangers-pâtissiers parisiens ont fait un véritable business de cette tradition de l'Epiphanie, ce qui les amène à vendre ces gâteaux à des prix ridiculement prohibitifs – on l'avait d'ailleurs déjà signalé l'an dernier dans ce blog, à la même époque (ici). Mais, cet hiver, c'est peut-être l'occasion ou jamais de goûter une de ces fameuses galettes.
Puisque, cela tombe à merveille, c'est dans notre cher onzième arrondissement que l'on trouve «les meilleures galettes des rois de Paris»! L'atteste le palmarès de la dernière édition du grand concours de la meilleure galette de la région parisienne – oui, oui: cela existe. Parmi 300 candidats, le jury de l’Ecole de Paris des métiers de la table a couronné, derrière le trio de tête constitué par trois boulangers-pâtissiers de la banlieue, deux de leurs confrères établis dans notre quartier: aux boulevards Beaumarchais et Voltaire. C'est donc peut-être l'occasion ou jamais de se laisser tenter.
Les lecteurs qui habiteraient trop loin de ces boulangeries parisiennes distinguées pour pouvoir y faire un saut et/ou qui voudraient mettre la main à la pâte découvriront ici «comment réussir la galette des rois» à la française (résumons: pâte feuilletée de qualité, assez épaisse, et frangipane légère) ainsi que des liens vers les recettes de ces deux ingrédients. Bon appétit.
11:26 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : joly, paris, activisme, logement, gastronomie, folklore
17/12/2010
Une décoration
Chronique de la vie quotidienne de quartier à Paris en cette période de fêtes de fin d'année, suite. On racontait l'autre jour (ici) qu'un petit campement de SDF s'était établi, il y a peu, aux pieds de l'immeuble du bureau: boulevard Richard Lenoir, dans notre onzième arrondissement. On décrivait comment, avec canapés, table de nuit et réchaud pour cuisiner, ces nouveaux voisins donnaient l'impression d'avoir voulu recréer là un semblant d'habitation – vaille que vaille, malgré tout l'inconfort de leur situation. Ce matin, en allant bosser, on a constaté que, Noël oblige, le campement avait été décoré par ses habitants.
Les SDF ont gonflé des ballons multicolores et les ont accrochés sur la haute grille qui sépare la voie publique des espaces privés de la copropriété. Non sans avoir, au feutre noir, dessiné sur ces ballons des étoiles, des sourires en forme de smileys, etc. Devant leur campement, par terre, ils ont déposé un de ces petits paniers garnis comme on en voit en ce moment dans les rayons des supermarchés. Un de ces paniers en carton imitant vaguement le bois et proposant, bien rangé sur de la paille ou un carré de nappe style vichy, un assortiment supposé à prix avantageux de minis-portions d'aliments de réveillon: foie gras, confiture d'oignons, etc. Leur panier à eux est vide. Reconverti en récipient pour la quête, il attend les (hypothétiques) oboles des passants. Enfin, sur la petite table de nuit à côté des canapés, trône désormais un sapin de Noël miniature, en plastique.
Un mini-bidonville aux couleurs de Noël, en somme. C'est joli. C'est atroce.
11:38 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, social, pauvreté, logement
10/11/2010
Une illustration
A l'ordre du jour du Conseil des ministres de ce matin à l'Elysée, figurait un état des lieux de la question de «l'hébergement d’urgence et l’accès au logement». Ce point avait été rajouté à la suite du (bref) déploiement, vendredi sur le Pont des Arts à Paris, d'une trentaine de tentes d'associations dénonçant le bilan de l'action gouvernementale en la matière. Les activistes avaient été priés par les forces de l'ordre de plier bagage, moyennant la promesse d'une rencontre avec le Premier ministre François Fillon. Cette réunion a lieu cet après-midi, à 17 heures, à Matignon.
Les militants contre le mal-logement avaient parié sur l'impact des (nombreuses) images télé de leur action pour faire bouger le gouvernement. Ce matin, ce dernier a choisi de leur répondre en communiquant une avalanche de chiffres aux médias. Ainsi, pour n'en citer que quelques-uns, «120.000 logements sociaux ont été financés en 2009, soit trois fois plus qu’en 2000». En 2010, l'objectif est de «140.000 logements sociaux». «Depuis le début de l’année 2010, 13.000 personnes sont déjà sorties de l’hébergement (pour SDF) pour aller vers le logement. 9350 places de pensions de famille ont été financées en 2010». Quant au «programme d’humanisation des centres d’hébergement» pour SDF, il «a permis de rénover 7619 places et d’en reconstituer 2068».
Sans doute cet après-midi à Matignon, les associations relativiseront-elles ce bilan.
Sinon, puisque l'on parle de pauvreté, on a appris hier que le Secours catholique - qui a remis mardi un rapport alarmant sur la pauvreté en France - est elle-même... dans un assez pauvre état. Car les locaux municipaux qu'occupait gratuitement cette association depuis cinq ans, dans le 18ème arrondissement de Paris, ont dû être réaffectés en école maternelle. Et car elle est incapable de payer les 66.000 euros annuels de loyer des nouveaux locaux qu'elle vise.
En résumé, on a une donc association qui, l'an dernier, a accueilli 1,5 million de personnes dans le besoin, notamment pour des problèmes de logement, et qui, aujourd'hui, est menacée d'être elle-même à la rue. Cela doit être une version parisienne des adages de l'arroseur arrosé ou du cordonnier mal chaussé. A moins que ce ne soit qu'une illustration du slogan-choc d'une des dernières campagnes de cette ONG: «La France est un pays très riche. En pauvres».
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02/11/2010
Un doublé
800.000. C'est le chiffre qu'on a retenu de ce long week-end. Soit le nombre de Français en situation de surendettement. C'est à leur intention que sont entrées en vigueur lundi de nouvelles mesures gouvernementales autorisant notamment la justice à suspendre certaines procédures d'expulsion du logement: celles frappant les ménages surendettés dont la situation aurait, au préalable, été reconnue comme socialement prioritaire par une commission adhoc. C'est aussi parmi ces 800.000 personnes que figurent les bénéficiaires d'une autre mesure entrée en vigueur lundi, comme chaque premier jour de novembre: «la trêve hivernale», comme l'appellent y compris les autorités – le seul usage de ce terme guerrier prouve combien, sur le front du logement, la situation est tendue. Jusqu'au 15 mars, cette trêve interdit (de manière générale, elle: poursuites judiciaires ou pas) toute expulsion de locataires pour défaut de paiement du loyer. Selon l'association Droit au Logement (DAL), qui fête ses 20 ans, le nombre d'expulsions a globalement doublé en France ces dix dernières années. Plus de 11.000 personnes seraient chaque année jetées à la rue.
Comme chaque année, les associations ont, ces derniers jours, accusé les autorités d'avoir accéléré le nombre d'expulsions les dernières heures avant le 1er novembre: expulsions in extremis donc, avant que la trêve entre en vigueur. Le gouvernement réfute ces allégations; les préfets n'auraient reçu «aucune instruction» particulière. A Paris néanmoins, dans notre quartier même, un doublé d'expulsions a eu lieu dans les derniers jours d'octobre. Elles ont visé non des locataires proprement dits, mais des mal-logés ayant envahi puis squatté des immeubles vides.
D'une part, dans le Marais – si par extraordinaire cette expulsion si médiatisée vous avait échappé –, après un long feuilleton judiciaire, ont finalement été remis à la rue les 33 jeunes militants et travailleurs précaires de l'association «Jeudi Noir» qui, depuis un an, occupaient un superbe hôtel particulier de 1500m2 de la Place des Vosges, vide depuis des décennies. D'autre part, là dans une indifférence médiatique assez générale, dans le onzième arrondissement cette fois, rue du Chemin vert, a lui aussi été expulsé un collectif d’artistes qui s’était installé dans un hangar de 3.000 m2 désaffecté depuis huit ans.
Des expositions, des spectacles et des projections de films avaient régulièrement lieu dans ce hangar. Des tas d'autres squats d'artistes fonctionnent sur le même mode à Paris comme dans sa banlieue. En ce moment, d'ailleurs, un festival artistique baptisé «Fou» (comme «Festival des Ouvertures Utiles») bat son plein dans une quinzaine de ces espaces. Ouvert au grand public, il se veut la vitrine artistique de ces «lieux squattés, autogérés, ouverts, libres», et «une incitation à la folie, à la passion, à l’ouverture de brèches dans la réalité et la grisaille quotidienne». Si ça vous dit, le programme est ici.
12:07 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : logement, police, social, culture, paris
10/09/2010
Une flambée
Décidément, elle n'aura pas duré bien longtemps, la période où, à Paris, l'immobilier s'était un peu assagi. La Chambre des notaires de la région parisienne a divulgué hier les données de sa dernière étude sur le coût de la pierre dans la Ville lumière. Ce baromètre, s'il redonnera le sourire aux chanceux ayant investi dans la brique, désespérera la plupart des candidats acquéreurs. En effet, il indique qu'au deuxième trimestre 2010, les prix sont repartis à la hausse dans la capitale française, connaissant même «une flambée historique». Cette fois, on y a carrément battu le précédent record, qui datait d'avant la grande crise économique et financière mondiale.
6.680€. C'est le chiffre à retenir. C'est le prix moyen du m2 à Paris, en hausse de près de 10% (9,8%) par rapport à l'an dernier. Cela a même flambé dans notre bon vieux quartier Bastille-République: une hausse de 12,7% a été enregistrée ces douze derniers mois dans le onzième arrondissement. Le sixième reste le quartier le plus cher de la capitale. Ainsi, le moindre m2 vaut 12.440€ à Saint-Germain des Prés, soit une flambée de plus de 51% ces cinq dernières années.
12.440€. A ce tarif-là, imaginez ce que coûte le moindre 2 pièces de 40 m2 sous les toits et à rafraîchir. Combien donc faut-il gagner par mois pour pouvoir se permettre de vivre dans de tels quartiers? On ne va même pas se donner la peine de calculer: c'est vraiment un autre monde.
11:29 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, logement, economie
23/12/2009
Un chiffre
Après la note d’hier, si légère, sur les illuminations de Noël, aujourd’hui on change de registre et on tombe carrément dans le lourd. C’est ça, Paris: aussi aisément qu’on y change de trottoir, on passe du plus frivole au plus sinistre. Au risque, si près de Noël, de casser un peu l’ambiance, c’est un chiffre qui est tombé hier et qu’on peut difficilement passer sous silence. Il concerne le nombre de personnes qui, en 2009, sont mortes dans la rue, pas seulement dans la capitale mais dans toute la France.
338. Soit, à peu de chose près, un mort chaque jour. Dont 12 morts rien que la semaine passée. Et le dernier en date survenu cette nuit à Marseille. 338, c’est le chiffre «artisanal et donc non exhaustif» rendu public hier par le «Collectif Les morts dans la rue»: ces bénévoles qui veillent notamment à ce que ces malheureux retrouvés morts un matin sur un trottoir aient tout de même des funérailles dignes de ce nom. On écrivait l’autre jour dans ce blog qu’intuitivement, on n’avait pas l’impression que, d’année en année, le problème du mal-logement et des SDF s’améliorait fondamentalement à Paris. D’après les chiffres de ce collectif, c’est vrai pour la France entière. Puisque l’an dernier, il avait recensé à peu près le même nombre de décès.
Le gouvernement n’est pas d’accord avec ce chiffre, qu’à ses yeux il faut revoir à la baisse. Au final, d’année en année, se poursuit la même bataille stérile d’arguments. D’un côté, les pouvoirs publics affirment mordicus que jamais on n’a construit autant de logements en France qu’à présent. De l’autre côté, les associations s’indignent que, néanmoins, globalement dans ce pays, perdure voire s'aggrave le fléau du mal-logement. Qui, pour mémoire, selon Emmaüs, frappe 3 millions de personnes dans l’Hexagone, dont 100.000 SDF.
C’était encore frappant hier, ce ping-pong oratoire si lassant. Menés par des personnalités comme la comédienne Josiane Balasko ou le Pr Albert Jacquard, les représentants d’associations de lutte contre le mal-logement voulaient remettre à l’Elysée une pétition réclamant la réquisition de logements vides par l'Etat – rien qu’à Paris, selon l’Insee, on compte 120.000 logements vides. Les forces de l’ordre ont empêché la petite troupe d’approcher du palais présidentiel. Où, en revanche, ont bel et bien été reçus, le même jour, les dirigeants du SAMU social. Dès l’issue de cette rencontre, les communicants de l’Elysée ont fait savoir que ces interlocuteurs avaient félicité le chef de l’Etat pour le «vrai effort» qui aurait été accompli cette année dans la «prise en charge des sans abris».
Pour autant, Nicolas Sarkozy s’est bien gardé hier de réitérer à ses hôtes la grande promesse qu’il avait faite en décembre 2008, en pleine campagne pour l’Elysée: «Je veux, si je suis élu Président de la République, que d'ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid». 338 personnes, de toute manière, ne sont plus là pour lui rappeler cet engagement.
11:14 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, social, logement, paris
03/11/2009
Une trêve, vraiment?
Dans la note d’hier, on faisait allusion, en vitesse, à la trêve hivernale entrée en vigueur dimanche en France. Jusqu’au 16 mars, elle interdit d’expulser à la rue tout locataire en défaut de paiement de loyer. Ce week-end, plusieurs associations ont réclamé, dans un communiqué commun (voir là, ou ici: la pétition ad hoc), que cette trêve bénéficie aussi à une forme d’habitat dont on ne parle quasiment jamais: l’«habitat mobile». A savoir les Roms, tsiganes et autres gens du voyage, dont les campements de fortune flanquent souvent les pourtours glauques des grandes villes de France – et singulièrement ceux de Paris.
Ce n’est pas un petit problème, puisqu’on recense dans l’Hexagone quelque 400.000 personnes résidant dans ce type d’habitat. Pour Médecins du Monde, la Fondation Abbé Pierre ou le Secours catholique, ces habitants doivent, eux aussi, pouvoir passer l’hiver avec la certitude de ne pas être expulsés des campements qu’ils occupent. D’autant que ces déménagements incessants compliquent le travail de suivi sanitaire de ces populations par les travailleurs sociaux. Or, l’on sait qu’en la matière, il y a encore du travail à faire. En 2009, dans la cinquième puissance économique mondiale qu’est la France, on trouve toujours, à quelques kilomètres des boulevards rutilants de la Ville lumière, des enfants qui ne sont pas vaccinés contre des maladies comme le tétanos. Ou des femmes enceintes qui, dans neuf cas sur dix, ne sont pas suivies médicalement pendant leur grossesse.
La semaine dernière, quelques jours donc avant l’entrée en vigueur de la trêve hivernale, 300 Roms ont été expulsés par les CRS du campement qu’ils occupaient à Villetaneuse, en Seine-Saint-Denis (banlieue nord de Paris). Du reste, même lorsque les gens du voyage ne sont pas forcés manu militari de dégager, leurs conditions de vie restent peu enviables et soumises à tous les aléas. Ainsi, jeudi dernier encore, en Seine Saint-Denis toujours, un violent incendie a ravagé un camp de quelque 200 Roms situé à deux pas du Carrefour Pleyel, l’important noeud routier à proximité de Saint-Ouen. Le brasier était si intense et les flammes si impressionnantes que la circulation sur l’autoroute A 86 en a été perturbée. Heureusement, aucun blessé grave n’a été déploré. Mais une cinquantaine de baraques ayant été détruites, les Roms n’ont eu d’autre choix que de plier bagages.
Pour ces gens-là, en tout cas, pas de doute: aucune trêve dans la précarité. Hiver comme été.
10:38 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, social, logement, santé
02/11/2009
Une confirmation
Le Marais s’attendait à un grand spectacle, ce lundi. Imaginez donc: des escouades de CRS débarquant dans ce si chic quartier de Paris, se déployant place des Vosges, une des plus belles places de la capitale, et donnant l’assaut à des «galériens du logement» retranchés dans l’hôtel particulier qui, jadis, vit naître la marquise de Sévigné. Assurément, c’eut été du grand et beau spectacle. Mais il faudra un peu patienter. Ce matin, à la radio, le ministre du Logement a donné quelques jours de rab’ à la quarantaine d’activistes du collectif «Jeudi Noir», qui, depuis quelques jours, ont réquisitionné et occupent l’Hôtel de Sévigné, un splendide hôtel de maître du dix-septième siècle vide depuis plus de quarante années. Le ministre a précisé qu’avant toute action policière, il y avait d’abord le temps de la réponse judiciaire. Les pandores attendront donc un jugement du tribunal avant de donner l’assaut aux galériens. Jugement qui, cela dit, ne devrait pas tarder puisque le propriétaire des lieux a d’ores et déjà porté plainte en justice contre l’envahissement et l’occupation de son immeuble par ces militants contre le mal-logement.
Un mal-logement qui n’a décidément pas fini d’être un fléau en France en général et en région parisienne en particulier. C’est ce que confirmait ce matin le ministre. En effet, malgré les 15 milliards d’aides au logement accordés chaque année dans ce pays, on y dénombre toujours 2 millions de gens en difficulté chaque mois pour payer leur loyer. Ce qui, selon les chiffres de la Fondation Abbé Pierre, se traduit chaque année par l’expulsion d’au minimum 50 000 locataires de leurs logements. Autant de gens qui, quand ils n’aboutissent pas carrément à la rue, viennent en tout cas grossir les rangs des victimes du mal-logement. Alors que, dans le même temps, autre confirmation ministérielle ce matin, on compte à ce jour au minimum un demi-million de logements inoccupés en France.
Cette réalité, néanmoins, ne pousse pas les autorités à cautionner les opérations coup de poing comme celle menée place des Vosges par «Jeudi Noir». Un collectif qui, a déploré le ministre à la radio, «fait un peu trop de politique» et méconnaît le caractère «inaliénable», «constitutionnel» et donc «intangible» du droit de propriété. Le gouvernement continue donc de s’opposer catégoriquement à toute réquisition de logements vides ou, au minimum, à tout moratoire des expulsions locatives au-delà des périodes de trêve hivernale comme celle ayant débuté ce week-end. Car, selon lui, ce genre de mesures aurait pour effet pervers d’aggraver la crise du logement, en dissuadant encore un peu plus les propriétaires de logements vides de louer leurs biens, de peur de ne jamais les récupérer en cas de non-paiement des loyers.
Confirmation, dès lors: un jour ou l’autre prochainement, les mal-logés et précaires de l’Hôtel de Sévigné vont voir débarquer les CRS. Au moins le spectacle sera-t-il assuré. Pour la résolution de fond du problème, c'est moins sûr.
11:26 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, logement, social, activisme, gouvernement
15/10/2009
Une flambée
Loin des envolées artistiques d’hier, revenons aujourd’hui à des réalités sonnantes et très trébuchantes. Ce jeudi, nombre de Parisiens vont assurément faire la grimace. Et maudire leur maire, le socialiste Bertrand Delanoë. Ce 15 octobre, en effet, c’est le date limite de paiement pour les taxes foncières, dont les avis d’imposition sont arrivés ces dernières semaines dans les boîtes aux lettres des habitants de la capitale. Or, cette année, le montant de la douloureuse s’est littéralement envolé. C’est même du jamais vu.
Un chiffre rapide valant sans doute mieux qu’un grand discours, parlons cash. L’an dernier, pour notre appart du onzième arrondissement, on avait payé 148€ de taxes foncières. Cette année, la facture est carrément passée à 364€. Et ce sera rebelote à la mi-novembre, quand, comme tous les Parisiens, on devra payer la taxe d’habitation cette fois. L’an dernier, on avait payé 137€. Cette année, comme nous l’a appris l’avis d’imposition reçu hier, ce sera carrément 368€. Précisons que, d’une année sur l’autre, on n’a bien entendu pas accru la surface dudit logement.
On a toujours été mal à l’aise vis-à-vis de tous ces discours politiques qui, à longueur de journées, accablent la pression fiscale. Quand on vit dans un pays comme la France, où un habitant sur deux n’est pas assujetti à l’impôt sur le revenu parce qu’il n’en a pas les moyens, sans doute est-il malvenu de se plaindre de la pression fiscale qu’on subit, tout simplement parce que celle-ci traduit le fait qu’on gagne correctement sa vie. Ce qui, dans des villes comme Paris, est un privilège vu la misère qui y règne. N’empêche, ici tout de même, on a été assez estomaqué en constatant le passage carrément du simple au double du montant de nos deux petites factures de contribuable parisien de base.
A sa décharge, Bertrand Delanoë avait été clair. Avant les dernières élections municipales de 2008, qu’il avait remportées haut la main, le maire avait prévenu les Parisiens qu’il augmenterait les impôts locaux. On avait le souvenir de l’avoir entendu préciser, à l’époque, que cette augmentation serait «raisonnable»? Comme quoi, tout sans doute est relatif. La ville considère n’avoir pas d’autre choix que de faire flamber les impôts locaux. Car elle doit à tout prix compenser l’impact, très négatif pour ses finances, du tassement du marché immobilier parisien. Tassement qui, mécaniquement, a fait dégringoler le montant des taxes qu’elle perçoit à chaque transaction immobilière.
A présent, l’Hôtel de Ville essaie de faire avaler par les Parisiens la pilule de cette explosion fiscale en leur apprenant que, malgré tout, leurs montants d’imposition restent «largement inférieurs aux autres grandes villes françaises». Bertrand Delanoë le répétait l’autre jour encore, dans le dernier numéro de la gazette municipale: «Paris est de loin la grande ville la moins imposée de France, et cela ne changera pas». En même temps, comme Paris est aussi la ville de France où le coût de la vie au quotidien est le plus cher, il n’est pas sûr que, l'un dans l'autre, ce dernier argument soit très recevable.
11:10 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : paris, economie, social, logement




164%. Le chiffre est sorti hier
Notez que, malgré cette situation critique, le gouvernement ne compte pas même, en son sein, de ministre du Logement de plein exercice: juste un secrétaire d’Etat.