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13/06/2013

Une «atonie générale»

Inondé de musique, le téléspectateur français moyen? On pourrait le penser, au vu du tapage des émissions de télé-crochet comme «The Voice». Et bien non. Un volumineux rapport montre que, en fait, la musique peine à trouver sa place sur le petit écran, dans l'Hexagone.

Seize chaînes télévisées (numériques hertziennes et câble-satellite) ont été passées au crible, pendant toute l'année 2012. Résultat? La «faiblesse de la programmation de concerts et «live plateau» sur les chaînes numériques hertziennes, avec une forte tendance à la diffusion sur la tranche horaire 0h-6h» – la tranche la moins regardée. Pareillement, les clips musicaux sont souvent «considérés comme une programmation nocturne». Et la présence à l'écran de musiciens en promotion, elle aussi, est «en fort recul». Quelques chiffres? Le volume d’heures de diffusion télévisée de «live plateau», en 2012: -45% par rapport à 2011. Le nombre de musiciens différents diffusés sur le petit écran: -8%. La musique à l'antenne: -7%. Le nombre d'émissions musicales différentes: -13%. Et cela fait plusieurs années que cela dure, s'inquiète le rapport: «Depuis le début de notre dispositif, en 2009, tous les indicateurs (nombre d’artistes, nombre de programmes et nombre de passages musicaux) sont à la baisse».

Les chaînes câblées et satellitaires ne sauvent pas, globalement, la mise, elles qui, sur ce créneau musical, souffrent de la concurrence du net et des sites de streaming. Dans ce secteur-là du PAF, c'est donc également «l'atonie générale» en matière de diffusion musicale. Hormis l'une ou l'autre exception – le groupe NRJ, note le rapport, se distingue par l'augmentation du nombre à la fois d'heures de programmes musicaux diffusés et de titres et artistes mis à l'écran.

Sinon, si l'on examine quel type de label musical est diffusé sur quelle télé, on remarque, évidemment, que ce média sert souvent d'outil de promo pour les productions musicales-maison. Ainsi, «les labels media obtiennent la part la plus forte sur TF1, avec 18,3% de part en diffusion, notamment la diffusion des vidéomusiques des Stentors, de Vincent Nicol et des Prêtres: tous édités sur le label TF1 Musique». De même, les titres sortis par M6 Music Label sont très diffusés sur les chaînes M6, W9 et MCM.

Plus que jamais, donc, la télé – et y compris la culture à la télé –, c'est aussi (surtout?) un business.

30/05/2013

Un éventail de sentiments

C'était assez drôle: hier, à la télé. De voir les têtes des journalistes au moment d'annoncer, de commenter ou de relater le premier mariage de France entre deux gays, à Montpellier. Il y avait là tout l'éventail des sentiments humains possibles.

L'hystérie, d'abord. A en friser l'apoplexie, devant «cet événement de portée mondiale» – heu, on se calme? C'était bien sûr particulièrement le cas des chaînes d'info continue, excitées comme jamais. L'empathie, ensuite: l'émotion manifestement sympathisante, quasi la larme à l'oeil. Elle était perceptible notamment chez quelques reporters de terrain de BFMTV. Alors que, paradoxe, cette chaîne est détestée par nombre d'activistes gays, pour sa couverture jugée de bout en bout partiale de cette saga sur le «mariage pour tous». Il y avait la prudence, aussi. A tout prix garder son quant-à-soi, sur un sujet aussi clivant et donc délicat. Sous peine qu'une mine allant dans un sens ou dans un autre énerve, et donc fasse zapper, la moitié des téléspectateurs. David Pujadas, au 20 Heures de France 2, a été le parfait exemple de cette attitude-là. On a aussi cru décrypter des sourires en coin. Du genre: «Je ne dis rien, mais n'en pense pas moins». Gilles Bouleau, au 20 Heures de TF1, nous a semblé dans ce registre-là.

Le plus cocasse, d'ailleurs, a été visible sur cette même chaîne. Quelques heures plus tôt: au 13 Heures de Jean-Pierre Pernaut – le JT le plus populaire de l'Hexagone.

D'habitude, l'homme est en permanence jovial. Il n'a pas son pareil pour lancer les sujets les plus anecdotiques (la météo, l'actu locale, etc.) avec une grande hilarité, comme s'ils étaient autant de sources potentielles de joie de vivre et de grand bonheur. Hier, en revanche, dans l'amorce du sujet de son JT consacré aux préparatifs nuptiaux de Montpellier, il n'a pas desserré les mâchoires. A affiché, de bout en bout, un masque glacial et crispé.

Et s'est bien gardé de désannoncer la séquence en adressant tous ses voeux de bonheur aux jeunes mariés. Lui qui, pourtant, est toujours le premier à féliciter à l'antenne la moindre centenaire du village le plus reculé de France, le moindre petit artisan du terroir mettant en valeur son patrimoine séculaire.

29/05/2013

Une désastreuse image

Journalismes, Médias, Télévisions, Personnalités, Le PenHier soir, à un JT de 20 heures. Un sujet sur Marine Le Pen, et plus spécialement sur son influence et audience qui seraient grandissantes, en France.

Le sujet illustre ce postulat notamment en montrant la n°1 du Front national dans les coulisses d'une chaîne de télé. Avant son passage à l'antenne: en train d'y converser très aimablement avec son intervieweur – une des vedettes du journalisme politique parisien – , en le tutoyant.

Aucune surprise de notre part, à la vue de ces images: cela fait plusieurs années déjà que l'on a pu constater que le duo se tutoie – et même se fait la bise, pour se saluer. Aucune surprise, mais néanmoins un léger frisson, à l'idée de l'effet potentiellement dévastateur de ces bruits et images de couloir, auprès du grand public.

Des anecdotes de cet acabit risquent évidemment de le renforcer encore un peu plus dans sa conviction/sensation de l'existence d'une caste politico-médiatique, à la tête du pays. Une sorte d'élite fonctionnant au copinage voire à la consanguinité, si loin des préoccupations des gens.

23/05/2013

Un rappel à l'ordre

Impossible de ne pas le remarquer, en regardant la télé. Depuis une semaine, les chaînes françaises prennent bien soin de flouter les visages des enfants montrés dans les programmes d'information. Ce n'est pas un mince changement, et c'est le résultat d'un coup de gueule ministériel.

Celui qu'a poussé le ministre de l'Education, Vincent Peillon. Jeudi dernier, quand il s'est rendu compte que nombre de chaînes n'avaient pas garanti l'anonymat des enfants qu'elles interviewaient, à la sortie de cette école parisienne où un homme s'est suicidé en se tirant une balle dans la tête, après avoir fait irruption dans l'établissement. Furieux de ce manque de «décence» et de «pudeur», le ministre a aussitôt saisi le Conseil supérieur de l'audiovisuel. Qui a «solennellement» adressé une mise en garde aux médias. «Le recueil du témoignage des enfants placés dans une situation aussi difficile est subordonné à une double condition cumulative: la garantie de leur anonymat, en particulier par le floutage, et l’autorisation explicite des titulaires de l’autorité parentale».

Si, depuis cette réprimande, les télés françaises font beaucoup plus attention, ce n'est pas spécialement qu'elles feraient preuve de servilité envers le «gendarme de l'audiovisuel» et/ou envers le ministre. C'est parce qu'elles n'ont pas le choix: c'est la loi. Le droit de chacun au respect de sa vie privée, en effet, est garanti par le code civil (en son article 9). Et les télés qui, jeudi dernier, ont montré les visages des enfants interviewés auraient pu, théoriquement, être poursuivies en justice. Puis condamnées: à des peines d'un an de prison et de 45000 euros d'amende.

02/05/2013

Un «honneur livré aux chiens»

Histoire, Parti socialiste, Personnalités, Mitterrand, Lang, Presse, MédiasD'un Premier ministre à l'autre. Mais, là, de façon pas du tout légère, à l'inverse de la précédente note sur Jean-Marc Ayrault. Puisque, hier soir, à 22h15 très exactement, la France a commémoré les 20 ans de la disparition de Pierre Bérégovoy: le 1er mai 1993.

Au-delà des thèses complotistes qui ont toujours circulé, mais n'ont jamais été avérées, la version officielle veut que l'ex-chef du gouvernement ait succombé lors de son transfert en hélicoptère à l'hôpital militaire parisien du Val de Grâce. Après s'être suicidé d'une balle en pleine tête, tirée avec l'arme de service du policier chargé de sa sécurité. Pour les lecteurs les plus jeunes, à l'époque, ce suicide avait traumatisé le pays. Et avait inspiré au Président Mitterrand une épitaphe mémorable: «Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu'on ait pu livrer aux chiens l'honneur d'un homme et finalement sa vie». Visés: ceux qui mettaient en doute la probité de l'ex-Premier ministre, sur base de la révélation du «Canard Enchaîné» selon laquelle il avait bénéficié d'un prêt sans intérêt (mais déclaré chez un notaire) de la part d'un proche du chef de l'Etat.

Vingt ans plus tard, l'examen de conscience à propos de ce drame se poursuit visiblement, dans la propre famille politique de Pierre Bérégovoy. Témoin, cet aveu de l'ex-ministre Jack Lang, hier sur une télé: «Le comportement de la plupart des socialistes à ce moment-là, à l'égard de Pierre Bérégovoy, n'a pas été à la hauteur».

C'est, vraiment, le moins que l'on puisse dire.

Histoire, Parti socialiste, Personnalités, Mitterrand, Lang, Presse, MédiasA l'époque, nul n'ignorait que l'intéressé était très dépressif. Officiellement, parce que son affaire de prêt le minait, et parce que ce scandale avait contribué à infliger une Bérézina historique au PS, aux élections législatives du printemps 1993: moins de 60 sièges à l'Assemblée (qui en compte 577). En son for intérieur, Pierre Bérégovoy était aussi extrêmement affecté par l'attitude de ses «camarades» à son égard. Les hiérarques socialistes le fuyaient, gênés par le scandale et/ou rendus furieux par la déroute électorale. Du jour au lendemain au sein de son parti, et y compris auprès de ceux qu'il croyait être ses amis, Pierre Bérégovoy avait dégringolé du statut de chef de la majorité à celui de pestiféré.

Peu de temps avant sa mort, d'ailleurs, si l'on en croit certains mémorialistes de la Vème République, l'ex-Premier ministre tenta à plusieurs reprises d'avoir François Mitterrand au téléphone. En vain. Jamais le Président ne prit ses appels, ni ne les lui retourna.

29/04/2013

Une portion toujours aussi congrue

Médias, Télévision, Radio, FemmesCela a fait peu de bruit, mais ce n'est pourtant pas anodin, trouve-t-on. A la fin de la semaine dernière, les représentants de toutes les chaînes de télé et de radio de France ont été convoqués au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), pour s'y faire remonter les bretelles. En cause, la représentation des femmes à l'antenne. Les années passant, elle continue d'être insuffisante, tant en termes de quantité que de qualité.

Quelques chiffres l'illustrent bien. Tous programmes et toutes chaînes confondus, les femmes occupent 35% du temps d'antenne en France. Alors qu'elles représentent 52% de la population – et, soit dit en passant, constituent 56% de l’audience radio-télé. C'est encore pire dans certains secteurs particuliers, comme le sport à l'antenne: 14% de femmes, seulement. Pour le CSA, ce sont des chiffres «préoccupants». D'autant que le retard des femmes sur les hommes est aussi qualitatif. En clair, elles éprouvent «des difficultés récurrentes à se voir confier un rôle majeur à l’antenne: entre 34 à 39% de femmes sont des personnages principaux, dans les programmes». Et, quand les médias audiovisuels donnent la parole à des experts, dans 80% des cas ce sont des hommes qu'ils interrogent. Or, dans ce pays, ce sont les femmes qui sont majoritaires (51%) dans la population diplômée de l'enseignement supérieur. Dès lors, le CSA a invité (ici) les opérateurs de l'audiovisuel à s'activer un peu plus: à davantage se soucier à la fois de la participation des femmes aux émissions, et de l'image des femmes que, ce faisant, leur antenne véhicule.

C'est vraiment un marronnier de la politique audiovisuelle française. Les médias, en effet, se font réprimander sur le sujet depuis plusieurs années déjà. Dès 2008, un Observatoire de la diversité avait été mis en place, avec pour objectif de suivre les efforts des télévisions et des radios dans ce domaine. Visiblement sans grand effet, près d'une demi-douzaine d'années plus tard.

11/04/2013

Un journal hué

Presse, Médias, SociétéLes oreilles de Natalie Nougayrède ont dû siffler hier, vers 20h30. Quand la nouvelle patronne du «Monde» – dont on parlait (ici) l'autre jour – ainsi que son journal ont été copieusement sifflés et hués. Par les quelque 5000 personnes qui, sur la place de l'Hôtel de Ville de Paris, s'étaient rassemblées pour dénoncer le climat croissant d'homophobie, dans ce pays. Or, le même jour, le quotidien a cru bon de publier une pleine page de pub des anti-«mariage pour tous», pub sommant les sénateurs (qui examinent le texte en ce moment) de voter contre la réforme.

Une page entière de pub à la gloire des Frigide Barjot & Co. Alors que «Le Monde», que l'on sache, n'est pas contre le «mariage gay». Alors que, probablement, la majorité de ses lecteurs (plutôt de centre-gauche) sont favorables à ce projet de loi. Et alors qu'un des trois co-actionnaires principaux de ce journal, l'homme d'affaires Pierre Bergé, est une des figures de proue (et mécènes) du camp pro-«mariage gay». Hier, d'ailleurs, dans un tweet ulcéré, l'intéressé a prévenu que les choses n'en resteraient pas là. Cela risque donc de chauffer ce jeudi, au sein de la rédaction et de la hiérarchie du grand quotidien.

A noter que ces huées à l'encontre du «Monde» ne sont pas mentionnées dans le reportage de la journaliste qui, hier soir, a couvert ce rassemblement pour ce journal. Pas plus que «Le Monde» n'a répercuté, à moins que cela nous ait échappé, la colère de son propre co-propriétaire à son encontre.

Sans doute a-t-elle ses limites, cette transparence tant évoquée dans la classe politico-médiatique, en ce moment.

05/04/2013

Une cruauté/créativité

Personnalités, Humour, Médias, InternetUn peu d'humour, pour bien terminer la semaine. Dont l'actualité française principale a évidemment été reprise, détournée et parodiée, sitôt qu'elle est survenue: sur le net, et dans les réseaux sociaux. On veut bien sûr parler de l'«affaire Cahuzac».

Le ministre déchu de François Hollande, en aveu d'évasion fiscale, a visiblement beaucoup inspiré les plaisantins. Ces derniers jours, on a vu son visage apparaître dans des fausses pubs détournant des campagnes en faveur, par exemple, d'une eau minérale («Cahuzac, source d'emmerdes») ou d'une banque privée en ligne («Mon banquier, c'est moi»). On son image être recyclée dans des pastiches d'affiches de films de cinéma. Des films venant de sortir en salles: ainsi, le biopic du braqueur-convoyeur de fonds Tony Musulin, désormais réalisé par Renaud Van Ruymbeke, un des deux juges instruisant le dossier Cahuzac. Ou des films cultes du septième art français – voir ce détournement du fameux «L'Aveu», de Costa Gavras. Le gros défoulement, donc.

Les gens sont cruels, tout de même. Ou créatifs, c'est selon.

03/04/2013

Un sourire, consternant

Personnalités, Médias, Justice Ce sourire de Jérôme Cahuzac aux caméras, hier après-midi. Alors que l'ex-ministre du Budget venait d'être mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale, sortait du bureau de son avocat, et allait faire ses spectaculaires aveux au pays entier: oui, il détient bien un compte bancaire non-déclaré à l'étranger.

Sourire télégénique absolument sidérant, venant d'un homme se disant lui-même «dévasté par le remords». Sans doute y a-t-il deux façons de décrypter ce sourire complètement incongru.

La première n'est pas encore trop accablante pour l'intéressé. Ce n'était qu'un rictus mécanique. Une espèce de réflexe de Pavlov, en somme, comme l'ont toutes ces personnalités qui sont habituées à vivre dans un monde où l'image domine, et donc sont conditionnées par l'habitude de sans cesse veiller au paraître. Dans ce cas de figure, Jérôme Cahuzac ne pensait pas à mal, en souriant hier devant les caméras. Il n'a pas réfléchi plus loin que le bout de son nez ce faisant, et doit maintenant s'en mordre les doigts.

La deuxième lecture est autrement plus affligeante, pour l'ex-ministre. Et c'est évidemment celle qui a primé hier pendant toute la soirée, dans les médias français. C'était le sourire de l'insolence, un sourire plein de morgue. Le «sourire d'une arrogance de fanfaron», comme on l'a entendu sur une télé. Le sourire d'un homme qui, en fait et malgré ses mots, n'était «pas vraiment accablé». Un sourire qui, donc, «donne une image dévastatrice» de l'individu voire, dans l'esprit d'une certaine opinion toujours prompte aux raccourcis, de la classe politique en général.

On vous laisse juges.

08/03/2013

Une spécificité, ou pas?

«J'ai davantage été choisie pour mes compétences de journaliste que pour mon statut de femme». C'est, en substance, ce que n'a cessé de dire et de répéter, ces derniers jours, Natalie Nougayrède: la nouvelle directrice du «Monde». Ce qu'elle n'a cessé de répéter, en réponse à ces journalistes qui, en l'interviewant, en arrivaient tous invariablement à l'interroger sur le fait qu'elle est la première femme, en France, à prendre la tête d'un grand quotidien national – si l'on excepte sa consoeur Dominique Quinio, de «La Croix», mais ce n'est pas faire injure à ce journal catholique que d'estimer qu'il ne joue pas vraiment dans la même catégorie.

Y a-t-il une manière spécifique de faire du journalisme quand on est une femme? Y a-t-il un regard journalistique qui soit typiquement féminin? Et qui donnerait une valeur ajoutée au journalisme? Ou être journaliste, homme ou femme, est-ce d'abord et avant tout être journaliste, au-delà du sexe/du genre? Est-ce sexiste de (se) poser ces questions? C'est ce que Natalie Nougayrède semble penser.

Si elle a raison, le journalisme différerait donc de la politique. Puisqu'on entend si souvent dire, en France comme ailleurs, que la politique faite par les femmes se distinguerait de celle des hommes. Les femmes politiques seraient plus concrètes, plus à l'écoute des gens, moins brutales (l'ex-ministre Christine Lagarde ironisa sur le niveau selon elle exagéré de testostérone, en haute politique), voire meilleures gestionnaires (Ségolène Royal l'a assuré, cette semaine).

On verra à l'usage, en tout cas, si «Le Monde», sous l'égide de sa nouvelle patronne, se féminise, ou pas: dans ses choix rédactionnels, son approche journalistique, sa vision de l'actu. Ce sera intéressant à suivre.

 

PS: En attendant, puisque c'est aujourd'hui le 8 mars, remarquons que beaucoup de femmes figurent parmi les journalistes que les médias français, depuis la mi-janvier, envoient au Mali, pour couvrir la guerre qui s'y déroule. Tout comme, auparavant, nombre de consoeurs avaient couvert sur place les révolutions du «Printemps arabe». Certaines, d'ailleurs, l'ont payé chèrement: non pas en tant que journalistes, là, mais bel et bien en tant que femmes.

05/03/2013

Une grande et belle cause

Société, Education, Langue française, Culture, Gouvernement, MédiasL'info est passée complètement inaperçue. Et c'est bien dommage, trouve-t-on. Depuis quelques jours, la France a une «Grande cause nationale». Ce label, en effet, vient d'être attribué par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Concrètement, il permet par exemple à des associations de diffuser gratuitement, sur les chaînes de radio-télé publiques, des campagnes de sensibilisation, appels à dons, etc. Le label «Grande Cause Nationale pour 2013» a été décerné à la lutte contre l’illettrisme.

On évalue à 2,5 millions le nombre d'adultes qui, en France aujourd'hui, sont illettrés. A savoir, des personnes qui ont été scolarisées mais qui, malgré tout, ne maîtrisent pas assez la lecture, l'écriture et le calcul pour être autonomes dans des situations de la vie courante. 2,5 millions de personnes, cela fait 7% de la population. Ce taux monte à 18% si, au-delà de cet illettrisme au sens strict, on englobe les personnes qui éprouvent de «graves ou fortes difficultés» quotidiennes dans au moins un des quatre domaines que sont la lecture, la compréhension, l'écriture et le calcul.

Quelque 9% des 18-25 ans sont considérés comme illettrés. Ce n'est pas rien, dans un pays dont le Président a, pour rappel, fixé deux priorités majeures à son quinquennat: la jeunesse et l'éducation.

Société, Education, Langue française, Culture, Gouvernement, Médias«L’illettrisme est un obstacle dans toutes les sphères de la vie familiale, citoyenne et professionnelle», a estimé le chef du gouvernement. Qui a émis le souhait que «chacun puisse acquérir les compétences fondamentales nécessaires pour accéder au savoir, à la culture, à l’emploi, à la formation professionnelle, et pour participer pleinement à la vie démocratique».

Y contribuerait déjà le fait que, tout au long de l'année 2013, les médias français daignent accorder à ce sujet de fond une place plus importante que les si maigres entrefilets ou brèves qu'ils lui ont consacrés, ces derniers jours. A peine quelques secondes d'attention à 2,5 millions de personnes, dans le tumulte en permanence hystérisé de l'actualité.

04/03/2013

Un âge, désormais dit

L'armée française change son fusil d'épaule, si l'on ose dire, dans sa communication relative aux pertes qu'elle subit au Mali. Hier dimanche, pour la première fois, la Défense a communiqué l'âge du troisième soldat français qui vient de perdre la vie dans ce pays, depuis que la France y combat. Alors que, jusqu'à présent, systématiquement, cet élément d'information n'était pas porté à la connaissance de l'opinion (relire ici, par exemple). Ce caporal mort au front était donc «âgé de 26 ans seulement», a précisé le ministre de la Défense.

Bien. Au moins, désormais, les choses sont claires.

N'était-on pas le seul journaliste mal à l'aise avec le manque de transparence qui était de rigueur en la matière, avant dimanche? Hier, en tout cas, on a remarqué que tous les médias français ont chaque fois mentionné l'âge de l'intéressé, quand ils ont évoqué son sort.

Transparence toujours, en ce qui concerne cette fois les circonstances de ce décès. La communication officielle est restée sobre: elle a uniquement informé que ce jeune homme avait été «mortellement touché par un tir ennemi, lors des combats menés dans le massif de l’Adrar, au nord du Mali». Mais certains médias ont jugé bon d'en dire plus. «Il a été tué d'une balle reçue en pleine tête», a-t-on ainsi entendu, sur une radio.

La transparence doit-elle aller jusque là? Jusqu'à donner de telles précisions au grand public? De tels détails: aussi physiques, aussi visuellement parlants? Ou, dans ce cas, ne bascule-t-on pas du registre de l'information à celui de l'impudeur, du macabre, du sensationnalisme?

19/02/2013

Une action pas trop lisible

Presse, Médias, SocialJournée sans presse écrite pour nombre de Parisiens, ce mardi. En effet, les kiosquiers et autres points de vente de presse mènent une «opération rideau baissé». Ils gardent porte close pour protester contre l'impact, sur cette profession, du gros conflit social qui s'éternise chez Presstalis: les ex-Messageries de la presse. Depuis octobre, ce conflit a occasionné aux kiosquiers 30 jours successifs de non-distribution des journaux et magazines. A force, le manque à gagner leur devient difficilement supportable. «C'est un grand cri d'alarme de la profession. Les kiosquiers risquent de disparaître», selon le syndicat de la librairie et de la presse.

Hier lundi, déjà, les kiosquiers de Paris faisaient signer une pétition à leurs clients, réclamant que la ministre de la Culture se saisisse en urgence du dossier, et fasse en sorte que la profession et le grand public cessent d'être ainsi «pris en otages» par le contentieux chez Presstalis.

Si l'on peut comprendre l'exaspération des kiosquiers, on peut se demander s'ils avaient vraiment besoin de subir ce mardi, du fait de leur opération «rideau baissé», un 31ème jour de chômage technique, en quatre mois. Et s'interroger si, ce faisant, ce ne sont pas eux qui, à leur tour, prennent «en otages» les clients et les entreprises de presse.

Notre kiosquier du 11ème arrondissement, à qui l'on posait la question ce matin, convenait bien volontiers de la cohérence peu lisible de cette action. Mais, en même temps, il se disait vraiment dégoûté d'avoir eu à subir trente très mauvaises journées de travail depuis la rentrée, à cause d'un conflit social qui le dépasse complètement. Du coup, notre homme a coupé la poire en deux: ce matin il est ouvert, et cet après-midi fermé. Il en profitera pour tenter d'avancer dans «la masse de corvées administratives» en retard qui l'attend, du fait du déstockage auquel il doit procéder. Pas question pour lui aujourd'hui, donc, de se croiser les bras.

De toute manière, il pourrait difficilement rester inactif toute la journée, dans les 3 minuscules m2 qui lui tiennent lieu d'espace de travail, tant il y fait froid, en cette saison. Aussi froid qu'il y fait étouffant pendant les mois d'été. C'est sans doute ce que, en langage syndicalo-technocrate, l'on appelle la pénibilité du travail.

29/01/2013

Une légère contradiction, non?

Autre enseignement du baromètre annuel des médias, qu'on évoquait hier: les Français trouvent qu'au cours de l'année 2012, les médias ont beaucoup trop parlé de la guerre des chefs à l'UMP, des déboires judiciaires lillois du libidineux Dominique Strauss-Kahn, ou du tweet de Valérie Trierweiler contre Ségolène Royal.

Pourquoi pas; on est plutôt d'accord avec cela.

Si ce n'est que, si les médias ont tant et tant parlé de ces sujets, c'est aussi parce que, chaque fois qu'ils le faisaient, c'était le grand succès assuré: nombre astronomique de clics sur ces articles-là, emballement des réseaux sociaux, affluence des tchats ou forums consacrés à ces actus, bons chiffres de vente ou d'audience des médias tartinant sur ces sujets, «buzz» phénoménal, etc. D'ailleurs, dans les rédactions, c'était souvent cette agitation qu'invoquaient les hiérarchies quand elles devaient, souvent, houspiller les journalistes las pour qu'ils réécrivent encore et encore là dessus: l'imparable argument selon lequel «Cela intéresse les gens».

Voilà donc qu'à présent, ces mêmes «gens» trouveraient que, non, finalement, les médias en ont vraiment beaucoup trop fait, sur ces actus.

C'est à n'y plus rien comprendre. A moins que cela renvoie juste au vieil adage animalier: le chat qui se mord la queue – le chat, ou le serpent, ou le chien: c'est comme on veut.

28/01/2013

Un mauvais traitement médiatique?

Presse, Médias, Journalisme, Personnalités, HollandeLes journalistes français s'acharnent-ils sur François Hollande? Le traitent-ils plus mal qu'ils avaient traité Nicolas Sarkozy il y a cinq ans, peu après son élection? Ce sont deux parmi les nombreuses questions qui ont été posées aux sondés, pour la dernière édition du «Baromètre de la confiance dans les médias», que réalise chaque année l'institut TNS-Sofres.

Réponses? Pour les Français en majorité (50%), les médias n'ont pas de parti pris particulier – ni favorable, ni défavorable – à l'égard de l'actuel Président. En revanche, oui, pour une forte minorité de répondants (31%), François Hollande est bel et bien maltraité par les journalistes. Alors que, il y a cinq ans, de l'avis de 37% des sondés, les médias en général étaient plutôt favorables à Nicolas Sarkozy. En cinq ans, donc, la corporation journalistique aurait évolué dans sa manière de traiter le chef de l'Etat.

A moins que?

Ce chiffre de 31% de sondés convaincus d'une maltraitance médiatique de François Hollande, il remonte à la première semaine de janvier. Soit avant l'entrée en guerre de la France au Mali. Or, cette actualité a entraîné un changement de ton assez général de la presse française à l'égard du Président. Exit le «Hollande bashing» (ces couvertures de journaux ou de newsmagazines titrées «Pourquoi sont-ils si nuls?», «Les Amateurs», etc.), bonjour le Hollande soudain décrit comme un fier chef de guerre, dont le bras ne tremble pas. Dès lors, referait-on ce sondage demain qu'il n'est pas sûr qu'il donnerait forcément le même résultat, sur cette question-là en tout cas.

17/01/2013

Un «rappel», maladroit

Léger mouvement de recul en prenant connaissance, hier en fin d'après-midi, d'un communiqué conjoint des ministères français de la Défense et des Affaires étrangères. Ce «Rappel sécurité» prie les journalistes envoyés spéciaux au Mali d'y faire preuve de «la plus extrême vigilance».

On peut trouver que c'est une charmante attention («Vous savez à quel point les autorités françaises sont attachées à votre sécurité», et blabla). Ou juger cela infantilisant, voire insultant. Mais pour qui les autorités prennent-elles donc les journalistes et correspondants de guerre? On peut en témoigner, pour en avoir jadis fait partie: ils sont les premiers à être conscients des risques qu'ils courent, et les soupèsent à longueur de journées. Cela s'appelle le professionnalisme.

Leur adresser pareil rappel à l'ordre, c'est donner l'impression qu'il y a lieu de douter de leur sens des responsabilités. C'est entretenir le cliché qu'un reporter de guerre est d'office une tête brûlée.

Un passage de ce communiqué est particulièrement maladroit. Il attire l'attention des journalistes sur le fait que «le non respect des règles élémentaires de prudence mettrait en péril, non seulement votre sécurité, mais également la sécurité de ceux qui se porteraient à votre aide». Cela rappelle vraiment un fâcheux précédent, en 2010.

Quand le chef d'état-major des armées de l'époque s'était énervé des millions déjà dépensés pour les recherches des journalistes Ghesquière et Taponier, détenus par les Talibans, en Afghanistan. Quand le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, s'était permis de leur faire la leçon, avant même qu'ils aient été libérés («Le scoop ne devrait pas être recherché à tout prix»). Et quand Nicolas Sarkozy lui-même les avait accusés d'avoir commis une «imprudence coupable», dans leur reportage.

Dès leur libération, les deux confrères avaient, légitimement, dénoncé un tel procès d'intention. Les trois autorités, à l'époque, n'avaient pas réagi: penaudes.

28/11/2012

Une vie de fous (suite)

De nombreux hommages ce matin, à Erik Izraelewicz. Il était le directeur des rédactions du «Monde», et est décédé inopinément hier soir. Victime d'une crise cardiaque, après avoir fait un malaise dans les locaux de son journal. Il n'avait que 58 ans.

Nombre de journalistes sont souvent comme les décideurs dont ils sont chargés de couvrir l'actualité: ils mènent, eux aussi, une vie de fous. Avec un rythme et une charge de travail intenses, épuisants si on n'y prend garde.

Sans doute cela fait-il partie de l'exaltation de ce métier.

15/11/2012

Une condamnation, confirmée

Personnalités, Dati, Médias, Femmes, Justice, Paris, ArtsA propos des choix journalistiques du moment, dont on parlait hier, on n'a pas été emballé par l'avidité dont, dernièrement, les médias ont fait preuve, concernant l'ex-Garde des sceaux Rachida Dati: la procédure en reconnaissance de paternité qu'elle a engagée, relative à sa fille. On ne s'autoriserait pas à faire la leçon à la corporation, mais on se permet de signaler que, tant comme journaliste que comme citoyen, on n'est pas du tout intéressé de savoir qui est le géniteur de cette enfant. On trouve même que cela ne nous regarde pas. La tyrannie du «buzz» en a décidé autrement, donc la presse en a fait ses choux gras. Au passage, on a remarqué (ici, notamment) qu'on n'était pas le seul journaliste à en être un peu gêné.

Sinon, Rachida Dati a eu une autre actualité qui, elle, a été assez peu répercutée par les médias. Moins racoleuse, même très parisienne, elle n'est pas anodine, pour autant. Puisque l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy vient... de se faire une deuxième fois condamner par la justice.

Cela concerne une affaire dont on a déjà parlé (relire ici): le "Mur de la Paix" de Clara et Marek Halter, sur le Champ de Mars: dans ce septième arrondissement dont Rachida Dati est la maire. Lors des nombreuses critiques publiques qu'elle fit de cet édifice, l'ex-ministre attribua à ses auteurs des «méthodes et déclarations mensongères», et leur reprocha de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». L'an dernier à la même époque, cela lui valut une condamnation, pour diffamation. Un jugement que l'intéressée avait alors dénoncé comme «invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit». Cette condamnation n'en vient pas moins d'être confirmée: la semaine dernière, par la Cour d'appel de Paris. Qui a donc, elle aussi, mis à l'amende Rachida Dati.

14/11/2012

Un hiver comme un autre

Sinon, en dehors des grands raouts médiatico-politiques sous les ors des palais de la République – 400 journalistes accrédités à la conférence de presse de François Hollande, hier – , dans la rue, l'hécatombe hivernale continue, dans une indifférence journalistique assez générale.

L'autre matin, dans notre onzième arrondissement, boulevard Richard Lenoir, un SDF a succombé. Victime d'un malaise, et n'ayant pu être réanimé par les pompiers. Agé de 62 ans, il vivait dans la rue depuis deux ans. Après avoir été expulsé de son logement pour impayés de loyers, eux-mêmes dus à des factures d'hôpital liées à de gros soucis de santé. Il avait quatre enfants. Et était prénommé Karamo.

Sa mort, quand les médias en ont parlé, n'a fait que quelques secondes à la TV et à la radio, quatre ou cinq lignes dans les journaux.

13/11/2012

Un prix (pour rien?)

Hollande, Sarkozy, Personnalités, Médias, Art de vivreCe mardi en France, c'est donc la «Journée de la gentillesse» – mais oui, cela existe: les autres jours, on a le droit d'être méchant. Le hasard a voulu que ce mardi soit aussi le jour où François Hollande organise la première des conférences de presse semestrielles que, lors de sa campagne présidentielle, il avait promis de tenir, s'il était élu. Pas sûr que cette coïncidence de dates incitera les journalistes du tout-Paris à être aimables avec lui. A n'être pas trop teigneux envers un Président qui, en plus, vient de se voir décerner le premier... «Prix de la Gentillesse en politique» – mais oui, cela existe.

Nicolas Sarkozy, lui, n'a pas bénéficié de la moindre des voix décernées par les vénérables membres qui composaient le jury de cette distinction (des vedettes du journalisme parisien). Que l'on sache, le prédécesseur de François Hollande à l'Elysée n'a pas prévu, pour autant, d'organiser une conférence de presse ce mardi, pour protester contre ce deuxième échec cuisant essuyé face à son rival de mai 2012. Et pour cause: Nicolas Sarkozy est aujourd'hui à l'étranger, à Moscou plus précisément, pour y faire un discours probablement très grassement rémunéré.

Sans doute a-t-il parfaitement raison. En matière de gros sous comme de haute politique, la gentillesse, cela n'a jamais rapporté grand-chose. Pour ce qui est de la vie quotidienne, on vous laisse juges.