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21/03/2016

Un "Belgian bashing", évidemment

Tout au long du week-end, pas mal de "Belgian bashing", évidemment, dans les commentaires politico-médiatiques français. Après l'arrestation, vendredi soir à Bruxelles, de Salah Abdelslam.

Principale cible de ces leçons données, Molenbeek et autres quartiers bruxellois assimilés, amalgamés à un «Djihadistan» (variante également entendue: un «Bruxellistan»), donc à un Etat où les terroristes feraient la loi. Il est vrai, si on dresse la liste, qu'en sont originaires, ou y sont passés, les auteurs et complices à la fois des attentats de janvier et de novembre 2015 à Paris, de l'attaque de cet été contre le Thalys, de la tuerie au musée juif de Bruxelles, des attentats de Madrid en 2004, ou de l'assassinat du commandant Massoud, en 2001. Cela fait beaucoup.

Pour autant, cela ne permet pas de mettre dans le même sac djihadiste les quelque 100.000 habitants de cette commune. Dont tant de braves gens qui n'ont rien demandé à personne et qui n'aspirent qu'à vivre en paix, sans qu'un tel stigmate, en plus, pèse sur eux. Cela n'autorise pas non plus les comparaisons les plus caricaturales. «Molenbeek, c'est la bande de Gaza de l'Europe occidentale!», a-t-on entendu, ainsi, samedi. Dans la bouche d'un chroniqueur sévissant sur une grande radio privée française – on ne nommera ni l'un, ni l'autre, par charité. Il faut vraiment n'être jamais allé à Gaza pour proférer une telle ineptie. On n'est donc là pas loin, dans les commentaires de cet acabit, du niveau plancher, à la Eric Zemmour (son mémorable «La France devrait bombarder Molenbeek»).

Pas mal de critiques françaises également sur le fait que Salah Abdelslam se planqua visiblement longtemps à Molenbeek même, y bénéficiant donc de complicités en dépit de la gravité des crimes dont il est accusé. Assez peu de commentaires parisiens, en revanche, rappelant que cela avait été le cas aussi pour le Corse Yvan Colonna. Avant sa condamnation pour l'assassinat, en 1998, du préfet Erignac, il avait passé le plus clair de sa cavale dans son île.

Enfin, assez peu d'éloges français sur le fait que Salah Abdelslam a pu être capturé vivant. Ce n'est pourtant pas rien, puisque cela devrait permettre son procès. Or, une telle étape judiciaire est généralement considérée comme très importante, pour la reconstruction des victimes. Il aurait été élégant que davantage de voix françaises, ce week-end, soulignent ce succès policier belge. Près de quatre ans jour pour jour après la mort, à Toulouse, du djihadiste Mohammed Merah, tdans l'assaut policier qui lui a été donné. Ses victimes, elles, n'auront jamais droit à un procès.

18/02/2016

«Une complaisance»

Médias, Télévision, Santé"Le Petit Journal", l'émission vedette des soirs de Canal+, se prend une remontrance du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Un soir d'automne, deux bouteilles de bière avaient été ouvertes et consommées sur le plateau de ce talk-show. Posées en évidence sur la table, elles avaient «été visualisées de nombreuses fois». Le présentateur avait «incité son invitée à trinquer et à boire». Cette consommation avait été «mise en valeur par des propos à caractère humoristique». Et, à aucun moment, pendant la séquence, n'avait été diffusé le moindre message de prévention contre l’abus d’alcool.

Ce faisant, juge le CSA, Canal a méconnu la disposition du Code de la santé publique qui prohibe toute propagande directe ou indirecte en faveur des boissons alcoolisées, à la radio comme à la télé. Sans compter que «l’exposition significative dont la bière a bénéficié tout au long du programme (a) traduit une forme de complaisance de l’éditeur à l’égard de la consommation de cet alcool». Le CSA a d'autant moins apprécié qu'il avait déjà mis en garde cette même émission, à une précédente occasion, sur ce sujet. Il avait alors prié "Le Petit Journal" de «faire preuve d’une grande vigilance» en la matière.

Cela n'a pas empêché Canal de récidiver. Puisque, comme le regrette le CSA, «sous couvert d’humour et de divertissement», cette chaîne a «diffusé à nouveau une émission qui contrevient à la réglementation» et à la «protection du consommateur». On peut donc supposer que ce deuxième «appel à la prudence» lancé par le "gendarme de l'audiovisuel" sera le dernier. La prochaine fois, il sanctionnera.

18/12/2015

Un désintérêt manifeste

A partir de ce vendredi (mais dès hier, en Corse), les présidents de Régions élus ou réélus dimanche commencent à prêter serment. A propos des élections régionales, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) vient d'adresser une remontrance – parfaitement justifiée, selon nous – aux radios-télés. Pour la manière dont elles ont couvert un des volets de la campagne.

A savoir, la situation en outre-mer. Le CSA «déplore très vivement que les médias audiovisuels de métropole n’aient pas accordé plus d’attention aux enjeux et aux résultats électoraux» dans ces circonscriptions lointaines. D'autant que ces résultats n'ont pas été inintéressants: pas mal de changements. Dès dimanche soir (voir ), d'ailleurs, il semble que, dans les DOM-TOM, les réseaux sociaux se soient énervés de cette indifférence métropolitaine.

Indifférence dont ont aussi fait preuve, cela dit, des politiques. Et au plus haut niveau.

Ainsi, Manuel Valls a fait savoir qu'il avait téléphoné dès la fin du week-end dernier à toutes ces éminences régionales. Du moins, à celles élues ou réélues dans l'Hexagone. En revanche, le nouvel homme fort de la Corse (autonomiste il est vrai, une famille politique peu appréciée à Paris) a dû attendre jusqu'à ce matin pour recevoir le coup de fil de félicitations de Matignon. Et ses homologues d'outre-mer n'avaient pas davantage eu droit à cet honneur, pendant la semaine.

Après cela, on s'étonnera que plus de deux millions d'habitants d'outre-mer (et 300.000 Corses) aient parfois l'impression d'être considérés comme des Français de seconde zone.

02/11/2015

Une impunité qui n'en finit pas

Cela s'est passé ce week-end en plein Paris, à Saint-Germain-des-Prés. Pendant quelques heures, la rue du Cherche-Midi a disparu. L'ONG Reporters sans frontières (RSF) l'a symboliquement rebaptisée, en placardant des étiquettes autocollantes sur le plaques de cette rue. A l'occasion de la Journée internationale de la fin de l'impunité des crimes commis contre des journalistes, qui est célébrée ce lundi..

L'ONG a rebaptisé douze rues de la capitale française où sont établies des ambassades de pays dans lesquels des journalistes ont été assassinés ou torturés, ou ont disparu. La rue du Cherche-Midi a été choisie car l'ambassade du Mali y est située. C'est dans le Nord de ce pays que, le 2 novembre 2013, il y a donc deux ans jour pour jour, Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été assassinés. Ils étaient les envoyés spéciaux de la radio RFI. Dès lors, RSF a rebaptisé la rue du Cherche-Midi "Rue Ghislaine Dupont-Claude Verlon". Ce lundi, le comité de soutien aux familles des deux journalistes va dénoncer les lenteurs de l'enquête et les carences de la coopération judiciaire franco-malienne.

«Plus de 90% des crimes commis contre les journalistes dans le monde ne sont jamais élucidés», rappelle RSF. Ces dix dernières années, 800 journalistes ont été tués dans l'exercice de leurs fonctions. Et rien qu'en cette année 2015, depuis le 1er janvier, 86 journalistes ou apparentés ont perdu la vie – la "Ville lumière" elle-même a vécu, si tragiquement, ce sinistre fléau: la tuerie, début janvier, à "Charlie Hebdo".

08/09/2015

Un air du temps

Etrangers, Immigration, MédiasL'opinion française (ou, du moins, une partie de cette opinion) est-elle en train d'évoluer, sur la question des réfugiés et des migrations? Ce blog se posait la question hier, et, visiblement, c'est aussi le sujet principal d'interrogation dans les rédactions – les médias donnant même l'impression de sentir le vent dominant tourner.

Ainsi, ils accroissent leur couverture du sujet, puisqu'il semble passionner les foules. Exemple parmi d'autres: hier soir, l'édition spéciale que «Le Téléphone sonne», sur France Inter, a consacrée à cette thématique a battu tous ses records d'appels. Plus de 1500 auditeurs souhaitant prendre la parole à l'antenne ont téléphoné à la station.

La radio Europe 1, elle, depuis ce week-end, relaie auprès de son public les nombreuses initiatives qui ont fleuri ces derniers jours, en faveur des réfugiés. Elle répercute, par exemple, les appels à dons ou à bénévoles qui sont lancés par les associations.

Pourquoi pas. Juste, habituellement, sur cette même radio, éditorialement profilée très à droite – ce qui est parfaitement son droit –, se succèdent à l'antenne les chroniqueurs et éditorialistes qui, l'un après l'autre, maugréent contre la «pensée unique» de la politique «compassionnelle». Fustigent à longueur de journées «l'angélisme», en matière migratoire singulièrement. Dans la droite ligne des dénonciations du «droit-de-l'hommisme» qui firent les grandes heures des années Sarkozy.

Donc, avant que, par hypothèse, l'opinion française dans son ensemble évolue sur cette thématique des réfugiés, les médias de ce pays, déjà, se mettent à l'air du temps. Non sans, parfois, un certain opportunisme.

03/07/2015

Un air de Midi méditerranéen

Paris, Banlieues, Environnement, Météo, Médias Cela ne se passe pas dans le Midi méditerranéen, mais aux portes de Paris. Dans des localités de ses départements limitrophes, situées à quelques dizaines de kilomètres à peine de la «Ville lumière».

Plusieurs hectares de forêts et de cultures partis en fumées depuis le week-end dernier, en Seine et Marne. Pas plus tard qu'hier encore, des feux de chaume et de récolte sur pied dans l'Essonne. Dans ce seul département, complètement à sec – les dernières grandes pluies remontent à début avril –, une centaine de départs de feu rien que ces dernières semaines. Les pompiers en état d'alerte, à cause d'un «risque élevé» de propagation des incendies vers les zones habitées. Feux qui, selon l'Office national des forêts, ont déjà dévasté 13 hectares boisés en région parisienne, cet été.

A Paris même, la nuit dernière et cette nuit, cinq grands parcs (Monceau, Buttes-Chaumont, Martin-Luther-King, Montsouris et André-Citroën) ne ferment désormais plus leurs portes. Ils sont accessibles y compris la nuit, pour permettre aux riverains d'«accéder à des espaces de fraîcheur, indispensables en période de canicule». De mémoire de Parisien, on n'avait jamais vu cela. Selon les écolos, à l'origine de la mesure, dans ces espaces verts, il n'est pas rare que la température soit «inférieure en moyenne de 2 ou 3°», ce qui «compense l'effet d'îlot de chaleur urbain à Paris».

Paris, Banlieues, Environnement, Météo, Médias Sinon, en boucle sur toutes les chaînes de radio et de télé, à la demande du Conseil supérieur de l’audiovisuel et du ministère des Affaires sociales et de la Santé, sont diffusés des messages de prévention sanitaire, qui recommandent de prendre garde aux fortes chaleurs et d'être attentif à autrui. Ils sont notamment destinés aux millions d'automobilistes et d'usagers des transports publics qui, dès ce soir, premier week-end de juillet oblige, prendront le chemin des vacances.

On ne va bien sûr pas trop plaindre ces chanceux qui partent à la plage, mais enfin, c'est peu dire qu'ils vont avoir chaud, très chaud, avant d'y arriver: sur les autoroutes et dans les gares et trains bondés.

06/05/2015

Une «maladresse», on va dire

Une chaîne de télé française rappelée à l'ordre à propos d'un commentaire déplacé relatif à des citoyens belges. Ce n'est pas si fréquent, et pourtant cela vient de se passer.

Hier soir, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a fait savoir () qu'il était intervenu auprès de LCI: la chaîne d'info continue du groupe TF1. En cause, un sujet qu'elle a diffusé en boucle, relatif au scandale d'évasion fiscale qui éclabousse la banque suisse HSBC. Le journaliste de LCI, évoquant le type de clients de la banque impliqués dans cette affaire, a cru bon de les énumérer de la sorte: «Dans cette banque-là, il y avait des trafiquants d’armes internationaux, des trafiquants de drogue. Il y avait des gens qui ont financé Al-Qaïda. Il y a des diamantaires juifs d’Anvers qui avaient des comptes très importants à Genève».

Pour le "gendarme de l'audiovisuel", «faire état de la judéité des personnes mises en cause, dans une énumération faisant référence à des trafiquants d’armes, de drogue et des personnes ayant financé Al Qaïda, peut contribuer à alimenter les amalgames et à encourager les discriminations». Or, LCI et toutes les radios et télés françaises en général sont contractuellement tenues de «respecter les différentes sensibilités politiques, culturelles et religieuses du public» de «ne pas encourager des comportements discriminatoires en raison de la race, du sexe, de la religion ou de la nationalité», et de «promouvoir les valeurs d’intégration et de solidarité».

Le CSA attribue cet écart, non à une volonté délibérée, mais à la «maladresse» du commentateur concerné. Préférons, en effet, pour le bon moral de tout le monde dans ce pays, voir les choses sous cet angle.

29/04/2015

Un «métier d'avenir» (paraît-il)

Si d'aventure ce blog est lu par des étudiant(e)s en journalisme et en communication, voilà qui va les intéresser. En France, ces secteurs sont officiellement considérés comme des «métiers d'avenir». Puisqu'ils figurent dans le volumineux rapport sur "Les métiers en 2022", qu'a publié hier le très sérieux institut "France Stratégie": le nom un peu moins technocrate qui est désormais celui de l'ex-Bureau du Plan.

Ce document examine les perspectives d’embauches par métier, d'ici à 2022. Il table sur «l’essor des métiers de la communication, de l’information, de l’art et des spectacles», étant donné la croissance attendue de la communication multimédia, des activités audiovisuelles, et de la consommation de services de loisir.

La France compte actuellement 170.000 professionnels de la communication et de l’information. 97.000 emplois supplémentaires devraient être créés dans ces métiers sur la période 2012-2022, «soit une hausse annuelle moyenne de 1,6%, bien supérieure à celle projetée pour l’ensemble des métiers (0,7%)». On n'embauchera pas spécialement dans la presse écrite, secteur «connaissant une crise depuis dix ans, en raison de la chute du nombre de lecteurs et de la mutation du modèle économique consécutive à l’avènement du numérique». En revanche, «les métiers de la communication et de la publicité, qui ont eux réussi à s’adapter au numérique», pourraient connaître des scénarios «de nature à dynamiser encore l’emploi».

Bien entendu, pour faire partie des heureux élus, il faudra avoir des «compétences numériques», qui «seront de plus en plus indispensables». Et habiter Paris plutôt que le Limousin, ces métiers étant «très concentrés géographiquement» («En 2010, l’aire urbaine de Paris regroupe 54% des professionnels de l’information et de la communication»).

Voilà donc les futurs grands communicants de demain prévenus.

 

PS: Juste, on trouve discutable d'amalgamer en une seule catégorie, comme le fait "France Stratégie", les «métiers de la communication, de l’information, de l'art et des spectacles». D'abord, que l'on sache, le journalisme est rarement de l'art. Surtout, l'associer aux spectacles donne l'impression de cautionner le désastreux engouement de la presse pour l'"infotainment" (= l'info divertissement), si misérablement racoleur.

24/04/2015

Une grande première, si tardive

Télévisions, Médias, FemmesComme quoi, il ne faut jamais désespérer de rien: tout arrive (parfois).

C'est donc une femme qui va diriger France Télévisions. A l'issue d'une procédure laborieuse et contestée, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a fini hier par nommer () Delphine Ernotte à la tête du groupe audiovisuel public. Jusqu'à présent, tout au long de son histoire, France Télévisions avait été dirigé par des hommes. Ce blog le notait, l'autre jour (relire ): le fait qu'une femme accède à sa tête va peut-être, qui sait, l'inciter à enfin donner, sur ses antennes, une juste place aux femmes, quantitativement et qualitativement.

L'intéressée n'a jamais occupé la moindre responsabilité dans le monde de la télé. C'est ce que notaient ce matin, en faisant la moue, nombre de commentateurs – davantage des hommes que des femmes, cela dit. Comme si, pour autant, elle n'avait pas de solides compétences en gestion, elle qui a dirigé un groupe (France Telecom/Orange) d'une taille autrement plus imposante que France Télé. Et comme si les précédents patrons du groupe audiovisuel qui étaient issus de la télé sont tous restés dans les mémoires pour leur parfaite gestion du paquebot français de la télé... Du reste, puisque ces commentateurs réticents semblent l'avoir oublié, rappelons que Bertrand Meheut, pareillement, l'homme qui préside le groupe Canal+ depuis plus de dix ans, était complètement étranger au monde des médias, avant d'accéder à ce poste.

Il n'en demeure pas moins que, en effet, cette désignation de la nouvelle patronne de l'audiovisuel public français a un côté effarant – mais dont l'intéressée n'est nullement responsable. La moindre des choses eut été que les auditions des candidats à ce poste soient publiques. C'est visiblement trop demander au CSA, et c'est bien dommage.

La prochaine fois peut-être, à l'occasion de la nomination de la personne qui succédera à Delphine Ernotte, la France innovera de manière historique sur ce plan-là, cette fois.

Il ne faut jamais désespérer de rien: tout arrive (parfois).

26/03/2015

Une obligation, surveillée de près

Elections départementales, Audiovisuel, MédiasDernière ligne droite, pour la campagne électorale. Et elle donne parfois lieu à des petites choses un peu comiques, dans les médias.

Ainsi, la diffusion, en radio ou en télé, de telle ou telle séquence, mettant en scène telle ou telle personnalité politique, mais séquence dont l'intérêt informatif ne saute pas immédiatement aux yeux. Ou même carrément l'annonce à l'antenne – on l'a encore entendu hier matin, sur une radio – de la nécessité de passer quelques secondes d'un son de tel ou tel élu, candidat ou responsable politique, pour «respecter parfaitement les obligations» imposées à ce média.

Ces contraintes ont trait à l'équité des temps de parole et d'antenne qui sont octroyés aux formations politiques en lice aux élections. Quotidiennement, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) procède à un relevé extrêmement minutieux, à la minute près, de ces temps de parole et d'antenne. Il adresse ensuite ses relevés aux médias concernés, et leur demande de corriger le tir, si besoin. A la clôture de la campagne, les comptes sont faits, et les médias qui n'ont pas été équitables sont rappelés à l'ordre. D'où, dans les dernières heures de la campagne, les tentatives de toutes les radios et télés de se mettre in extremis en conformité avec leurs obligations. Quitte à devoir diffuser des séquences pas très intéressantes, sur le fond – qu'elles relatent des anecdotes, ou donnent la parole à des intervenants mineurs.

Dans sa dernière analyse en date (là), le «gendarme de l'audiovisuel» se félicite: «Les déséquilibres constatés lors des relevés intermédiaires ont pour la plupart été corrigés». Sans doute lui-même conscient de la lourdeur de la tâche qu'il impose aux médias, il «salue l’implication des radios et des télévisions, en particulier des chaînes d’information en continu, de la plupart des antennes locales du service public ainsi que de nombreuses télévisions locales hertziennes», dans l'application de ces contraintes.

Voilà un compliment qui, en tout cas, tranche avec le ton, très sec, des remontrances que ce même CSA, le mois dernier, avait adressées aux médias, relatives à leur couverture des attentats.

10/03/2015

Une machine bien huilée

Institutions, Présidence, Communication, Médias, PersonnalitésC'est vers 3 heures du matin qu'a été diffusé le communiqué officiel de François Hollande rendant hommage aux huit Français – dont trois sportifs de haut niveau – victimes hier de l'accident d'hélicoptère qui a endeuillé le tournage de la prochaine émission de téléréalité de TF1, en Argentine.

Cela ne signifie toutefois pas forcément que le chef de l'Etat lui-même ait été tiré du lit par cette actualité, cette nuit.

A l'Elysée, un «Service permanence et information» se charge de la veille des actualités survenant tardivement. Il a pour référent celui ou celle de la dizaine de hauts conseillers du Président qui, à tour de rôle, est d'astreinte cette nuit-là. C'est ce conseiller qui reçoit les premières alertes provenant des aides de camp chargés de surveiller en continu les actualités, puis qui lance la machine à communiquer.

Le conseiller de François Hollande qui coordonne sa communication (Gaspard Gantzer) est tenu d'être joignable et mobilisable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Un communiqué officiel signé par le chef de l'Etat ne doit pas nécessairement être relu et approuvé par lui, avant d'être envoyé aux médias. Le secrétaire général de la présidence (Jean-Pierre Jouyet), son adjoint (Boris Vallaud), le chef d’Etat-major particulier (le général Benoît Puga) et le directeur de cabinet (Thierry Lataste) ont reçu mandat de ce faire.

De manière impérative, l'hôte de l'Elysée est bien sûr systématiquement réveillé si et quand, la nuit, surviennent des événements qui engagent la sécurité nationale (attentats, etc.), des actualités graves concernant des Français à l'étranger (prises d'otages, détournements d'avion, etc.) ou des événements diplomatiques majeurs (décès de chefs d'Etat, etc.). Dans les autres cas (disparitions de personnalités, etc.), c'est au haut conseiller de permanence cette nuit-là qu'il revient de décider de reveiller ou non le grand patron, après en avoir référé à l'un ou l'autre des quatre membres de sa garde rapprochée.

Institutions, Présidence, Communication, Médias, PersonnalitésSous François Hollande, toutefois – comme c'était déjà le cas sous Nicolas Sarkozy –, ces règles habituelles de fonctionnement sont régulièrement bousculées par l'intéressé lui-même. Boulimique de travail, ultra-connecté, drogué d'actualité, il ne se coupe jamais complètement d'elle, quelle que soit l'heure. Très souvent, dès lors, quand survient le coup de fil du permanencier de l'Elysée censé l'informer de tel ou tel événement nocturne, il en est déjà au courant.

Cette nuit, donc, François Hollande lui-même a très bien pu piloter la réaction de l'Elysée au tragique événement.

25/02/2015

Un (autre) contraste, frappant

Pas de queues interminables de gens patientant devant les kiosques. Pas d'engueulades voire d'empoignades chez les marchands de journaux. Pas d'affichettes y avertissant la clientèle que le produit est d'ores et déjà épuisé. Pas de longues listes d'amateurs ayant pris la précaution, dès avant sa sortie, de le réserver.

A nouveau un contraste frappant ce matin, par rapport au mois dernier, dans notre quartier du onzième arrondissement endeuillé par la tuerie à "Charlie Hebdo". S'agissant, cette fois, de la sortie d'un nouvel exemplaire de ce magazine, ce mercredi. Cette parution n'a nullement suscité d'hystérie collective.

D'après les coups de sonde qu'on a rapidement effectués dans différents points de vente des environs, ce "Charlie" qui suit le mémorable «Numéro des survivants» s'est vendu honnêtement, sans plus. «C'est loin d'être la folie de la mi-janvier», constatait, ainsi, notre kiosquier. Qui n'était pas loin de se demander si la direction de l'hebdo n'avait pas visé un peu trop haut, avec le tirage de ce nouveau numéro – 2, 5 millions d'exemplaires, ce qui est loin des 8 millions vendus le mois dernier, mais n'est tout de même pas rien. «Si ça tombe, on va se retrouver avec des tas d'invendus sur les bras...», maugréait-il, déjà.

On verra cela.

13/02/2015

Une volée de bois vert

Parlons de cette actualité survenue hier en fin de journée, puisque les médias français, eux, l'ont globalement peu évoquée. Une discrétion que l'on trouve assez malsaine, tant elle risque de donner l'image d'une omerta corporatiste.

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) adresse en moyenne une quarantaine de remontrances par an aux radios et aux télés. Mais là hier, en un seul coup, il a carrément mis en demeure (ici) une vingtaine de ces médias. Une telle volée collective de bois vert, c'est sans précédent.

En cause, la manière dont ces radios et télés ont couvert l'actualité des attentats du mois de janvier. Le «gendarme de l'audiovisuel» estime que, dans le feu de l'action, elles n'ont pas peu dérapé.

Il a relevé précisément «36 manquements, dont 15 ont donné lieu à mise en garde et 21, plus graves, ont justifié des mises en demeure». Sont rappelées à l'ordre aussi bien des radios que des télés, et autant des chaînes publiques que des chaînes privées. Ce qu'elles se voient reprocher? «Manque de mesure», «maîtrise de l’antenne» très perfectible, diffusion d'«allégations inexactes», «atteinte au respect de la dignité de la personne humaine», non respect de «la nécessaire conciliation entre la sauvegarde de l’ordre public et le respect de la liberté de communication», révélation d'informations susceptibles de mettre en danger la vie d'autrui, et on en passe. En conséquence de quoi, hier, ces médias ont été mis en demeure de ne pas réitérer de tels manquements à leurs obligations.

Ils s'en tirent à bon compte. En effet, rien que s'agissant de la mise en danger de la vie d'autrui, si l'on voulait faire du juridisme étroit, les responsables de ces radios et télés pourraient être passibles de poursuites et de sanctions judiciaires – l'article 223-1 du Code pénal punissant la chose d'un an de prison et de 15.000 euros d'amende.

Encore bravo.

05/02/2015

Un homme «changé» (?)

On nous a changé François Hollande. Ce matin, le chef de l'Etat tenait sa grande conférence de presse semestrielle. La cinquième, depuis son arrivée à l'Elysée. La première, depuis la dramatique actualité de janvier. «J'ai forcément changé, à la suite de ces événements. Tout comme ces épreuves ont aussi changé notre pays», a-t-il assuré. Et effectivement, sur un point au moins, le changement présidentiel – tel qu'il était affiché, en tout cas – était saisissant, ce matin.

François Hollande? C'est «M. Petites blagues», l'avait un jour dénigré Laurent Fabius. C'est apparemment fini, cela. Raide comme un piquet, martial, surjouant dans la solennité qu'impose la gravité de l'actualité, l'hôte de l'Elysée a attendu près d'une demi-heure avant de desserrer les dents. Avant d'esquisser un (très léger) sourire, qui tenait d'ailleurs davantage du rictus. Ses quatre conférences de presse précédentes avaient été un festival de vannes et de bons mots, d'allusions plutôt drôlatiques et de petites piques très sardoniques. Là, rien, ou quasiment. A peine une ou deux rapides petites boutades, visiblement maîtrisées, puis retour express à une présidentialité tout en gravité.

Bien sûr, nul ne s'attendait à le voir ce matin dans le registre badin. Cela aurait d'ailleurs été très déplacé, étant donné le contexte. Du reste, à en croire tous les sondages depuis le début de son mandat, il partait de très bas en termes d'incarnation de l'autorité présidentielle, telle qu'elle est perçue par l'opinion. Dès lors, il ne pouvait que progresser, en la matière. Mais, pour autant, l'on ne s'attendait pas forcément à ce que l'ampleur de son changement de ton soit aussi frappante.

Derrière tout cela, évidemment, il y a une bonne part de posture et de calcul politique. Une bonne dose de com', autrement dit. Il n'empêche, dans la forme, ce personnage du nouvel Hollande était plutôt bien interprété, ce matin.

Reste à voir s'il va convaincre ses concitoyens.

03/02/2015

Une réplique, bien trouvée

C'est la réponse du petit peuple de Paris à «Fox News»: l'ultra-conservatrice chaîne de télé américaine. Qui donc, le mois dernier, à l'époque des attentats, avait osé décrire des quartiers entiers de la capitale française comme étant des «no go zones». Des zones de non-droit, pas loin d'être des zones de guerre, où nul, hormis les fondamentalistes musulmans, n'oserait s'aventurer. Un regard journalistique si caricatural et à l'emporte-pièce qu'il vaut à «Fox» une plainte en justice, de la mairie de Paris.

Après les édiles, c'est au tour des habitants des quartiers concernés de réagir. Ils ont bien sûr été très choqués d'être stigmatisés de la sorte. Mais, pour autant, n'ont pas perdu ce sens si parisien de l'humour potache. Ils proposent donc désormais (ici) aux touristes étrangers des visites de ces zones urbaines présumées si périlleuses. Des tours de ville en toute convivialité, effectués en compagnie des habitants de ces quartiers.

La proposition s'adresse bien sûr avant tout aux Américains qui sont de passage à Paris. Selon des échos, elle rencontrerait un certain succès auprès d'eux, nombre de ces visiteurs venus d'outre-Atlantique ayant eux-même été estomaqués par cette si grossière propagande télévisuelle.

Bien.

 

PS: On ignore si un avatar russe de la formule est en préparation. Puisque, au même moment, une chaîne de télévision publique de ce pays avait, dans un reportage, présenté Barbès comme un quartier où «pratiquement personne ne parle français», et où «une femme sur deux porte la burqa et le niqab».

20/01/2015

Un refus d'être stigmatisé

C'est une gifle envoyée par des citoyens de base à un des plus grands organes de la presse nationale française. Un droit de réponse adressé au «Figaro» par vidéo interposée – vidéo qui, en quelques jours à peine, a déjà été visionnée à plus de 70.000 reprises.

Jeudi dernier, le quotidien avait consacré un reportage à Grigny, la ville (banlieue de Paris) dont est originaire Amedy Coulibaly: l'assassin de la policière municipale de Montrouge et de quatre clients de l'épicerie casher de Paris. Nombre d'habitants ont été «choqués» par le portrait que le journal a dressé de leur ville, présentée comme particulièrement sujette à la fois au discours complotiste à propos des attentats et à la parole antisémite.

Dans son papier, «Le Figaro» avait notamment utilisé le terme «herbes folles». La réponse fuse, via cette vidéo: «Nous refusons d'être comparés à des herbes folles, condamnées à devenir des mauvaises graines». Plus globalement, les habitants récusent le sempiternel «amalgame: jeune, noir, arabe, musulman = terroriste, antisémite, délinquant inculte, anti-républicain et anti-Français». Ils assurent être «solidaires de toutes les victimes». Et proclament leur désir de «vivre en paix», sans avoir à constamment «se justifier».

Ce mardi, le ministre de la Jeunesse et de la Ville a prévu de rencontrer le collectif de «reporters citoyens» qui est à l'origine de cette vidéo. Le thème des échanges, tel qu'annoncé par son cabinet? «Le rôle de l'Etat, mais aussi des médias, pour donner des quartiers populaires une image plus juste». Vaste programme. Quant au «Figaro», à moins que cela nous ait échappé, il n'a pas encore écrit le moindre mot sur la colère des habitants de Grigny envers son reportage, qu'ils jugent rempli «de préjugés et de clichés».

Si ça tombe, quand le quotidien sarkozyste finira par évoquer la polémique, il se justifiera en invoquant... son droit à la caricature.

19/01/2015

Un afflux ininterrompu

Paris, Médias, Police, SécuritéUn gros crayon brisé en deux. A ses côtés, des petites plaquettes jaunes avec des chiffres noirs, comme on en voit sur les scènes de crime aux endroits où des douilles ou des impacts de balles ont été retrouvés. Le tout, entouré de bandelettes rappelant celles qu'utilise la police pour délimiter les périmètres interdits d'accès.

C'est l'installation qu'a réalisée un artiste, dans le petit passage conduisant à la rue Nicolas Appert, où a été commis l'attentat contre «Charlie Hebdo».

La tuerie a beau dater de dix jours déjà, la foule continue à affluer, pour se recueillir et témoigner de sa solidarité avec les victimes. Pendant tout le week-end, en tant que riverain de la rue Appert, on n'a cessé d'être accosté par des gens avec des bouquets de fleurs à la main, qui demandaient où se trouvait la rédaction de «Charlie». Un identique défilé ininterrompu se déroule, depuis dix jours, place de la République et devant l'épicerie casher de la porte de Vincennes.

Le périmètre de sécurité s'est un peu rétréci, dans notre quartier du onzième arrondissement. Mais la rue Appert est toujours interdite d'accès dans son tronçon où se trouvait la rédaction de l'hebdo. Des policiers lourdement armés continuent de stationner en permanence devant le n°10 de l'artère: le petit hôtel d'entreprises où les journalistes avaient élu domicile.

Paris, Médias, Police, SécuritéSur les murs d'une ruelle perpendiculaire, ont été affichées la fameuse couverture du numéro de «Charlie» sorti mercredi, ainsi que toutes les pages du magazine.

Là aussi, le défilé des gens est ininterrompu. Jusque parfois tard dans la nuit y compris, on aperçoit des quidams – hommes ou femmes, jeunes ou vieux, de toutes origines et de toutes nationalités – qui, à la lumière des réverbères, lisent longuement le journal qu'ont réalisé les survivants.

Qui l'avaient promis: «Charlie» continuerait à «être drôle», et ce dès le premier numéro suivant la tragédie. Pourtant, dans la petite allée où l'hebdo a été placardé, on entend si rarement des éclats de rire, on voit si peu des sourires. Les jours ont beau passer, le temps a beau s'écouler, l'ambiance générale, à Paris, reste à la sidération la plus complète, à l'effarement le plus total. Tant et tant de gens qu'on a croisés ce week-end dans les rues du quartier, qui revenaient de ces lieux d'hommage et de recueillement et qui étaient visiblement écrasés de douleur, anéantis par le chagrin.

15/01/2015

«Un héros», à nouveau

Etrangers, Immigration, Médias, Internet C'est l'homme qui affole le web et les réseaux sociaux, en ce moment. En quelques jours à peine, une pétition en sa faveur a réuni un nombre considérable de signatures – elles étaient près de 280.000, ce matin.

Il s'appelle Lassana Bathily. 24 ans, de nationalité malienne et de confession musulmane. Vendredi, lors de la prise d'otages dans l'hypermarché casher de Paris, il a réussi à sauver plusieurs clients du magasin, qu'il a cachés dans la chambre froide. Pour le collectif d'associations blacks (CRAN) qui a lancé la pétition en sa faveur, c'est «un héros» et «un modèle». Lui, le musulman, a sauvé des juifs. Qui eux-mêmes, auparavant, l'avaient sauvé de la mort sociale, en lui proposant un job dans leur magasin. Le CRAN y voit donc «une formidable leçon sur les bénéfices de l'entraide et de la fraternité, ce qui est le sens profond de toute vraie religion».

Les médias, le web et les réseaux adorent bien sûr ce genre de si belles histoires. D'où le succès rencontré par la pétition demandant à l'Etat de faire un geste envers ce jeune sans-papiers. Les autorités, à moins que cela nous ait échappé, n'ont pas encore réagi.

En juin dernier, déjà, un autre «héros» sans-papiers avait fait parler de lui, et avait affolé les médias.

Etrangers, Immigration, Médias, Internet Mohssen, Tunisien, âgé de 26 ans. Lors d'un très violent incendie qui avait ravagé un immeuble d'habitations à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis, banlieue Nord de Paris), n'écoutant que son courage, il avait réussi à sauver plusieurs personnes des flammes. Vu l'intensité du brasier, auraient-elles dû attendre l'arrivée des pompiers qu'elles auraient probablement péri.

Leur bienfaiteur avait été légèrement blessé, dans les secours qu'il avait portés. Le gros écho médiatique donné à son exploit avait conduit les autorités à réagir. Mohssen avait été invité et reçu à la préfecture. Elle lui avait assuré que son dossier de demande de régularisation serait désormais étudié avec la plus grande bienveillance, «en récompense de sa bravoure». Au final, effectivement, le «héros» a obtenu un titre de séjour.

 

Actualisation 15h34 AFP Lassana Bathily sera naturalisé Français mardi 20 janvier, annonce jeudi le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve.

07/01/2015

Un carnage, si proche

Douze morts. Quatre blessés dans un état d'«urgence absolue». Et une vingtaine d'autres, moins grièvement atteints. C'est le dernier bilan que vient de dresser le procureur de Paris, François Molins. Le bilan de l'attentat terroriste qui a été commis ce matin à Paris – le plus grave jamais perpétré en France depuis plus de cinquante ans.

Pour l'anecdote – mais c'est si anecdotique, vu la gravité des événements –, cet attentat s'est déroulé à deux pas du bureau parisien de «La Libre». En effet, la rédaction de «Charlie Hebdo», qui a été visée, est située rue Nicolas Appert, dans le onzième arrondissement. Cette petite ruelle se trouve juste aux pieds de la résidence où «La Libre» a établi ses quartiers, depuis maintenant plus de dix ans.

On revient à l'instant du lieu de la tuerie. Le quartier est, bien sûr, complètement sous le choc. C'est même très troublant de voir ainsi si lourdement endeuillé ce qui est notre cadre quotidien de travail et de vie, et qui est d'habitude un environnement si paisible et tranquille.

PLANTU.jpgEn quelques heures, tout a basculé. L'atmosphère y a complètement changé. Plusieurs dizaines de véhicules de police, de gendarmerie, de pompiers et du Samu sont déployés dans toutes les rues environnantes. «Il y a encore des blessés à intuber! Il y a encore des blessés à intuber!», hurlait, tout à l'heure, complètement affolé, un secouriste qu'on a croisé. L'accès à l'ensemble de la zone est interdit. L'agence Pôle Emploi est grillagée: fermée. Les enfants de l'école Saint-Sébastien sont cantonnés à l'intérieur de l'établissement. De même que les journalistes de «Charlie» n'ont pu encore quitter leur rédaction.

«Je ne peux pas rester longtemps au téléphone, là. Je vais bien. Veille sur les enfants. Je te rappelle». C'est ce qu'on a entendu tout à l'heure, rue Appert. Dans la bouche d'une consoeur de «Charlie» qui n'était pas présente au bureau au moment de la fusillade, et qui, accourue sur place, rassurait ses proches. «Je vous en supplie! Laissez-moi passer!», hurlait, peu après, une autre jeune femme, s'adressant aux gendarmes assurant le cordon de sécurité qu'elle voulait franchir. Conjointe d'un journaliste de l'hebdomadaire, sans nouvelles de lui depuis ce matin, et donc morte d'inquiétude, elle voulait à tout prix aller à la rédaction vérifier qu'il était bien indemne. Il fallut de longues tractations avant qu'elle soit autorisée à franchir le cordon de sécurité.

Arrivé sur place dès 12h45, en compagnie de la maire de Paris, François Hollande a qualifié la fusillade contre «Charlie Hebdo» d'«acte d'une exceptionnelle barbarie», et a fait rehausser le plan d'alerte antiterroriste «Vigipirate» à son degré de vigilance maximal.

Après avoir vu et écouté le Président détailler le bilan si effarant de la tuerie, Guillaume, retraité du quartier, ayant longtemps tenu une droguerie très populaire rue Saint-Sabin, n'en revenait pas. Complètement sous le choc, il ne parvenait qu'à répéter, hagard: «Mais quelle société de sauvages! Mais quelle société de sauvages!»

On ne savait trop quoi lui répondre.

26/12/2014

Un manque de mise en perspective

L'actualité de Noël assez curieusement relatée par les médias français, ces dernières vingt-quatre heures. Avec un manque évident de mise en perspective.

Ainsi, ce tohu-bohu suscité par l'initiative de la mairie (UMP) d'Angoulême (Charente). Elle a grillagé une dizaine de bancs publics, afin qu'ils ne soient plus squattés par les SDF – non, par «les dealers», assure la mairie, qui dit n'avoir rien contre les sans-logis. Cela fait bien dix ans qu'à Paris, dans une indifférence médiatique assez générale, les dispositifs anti-SDF de cet acabit se multiplient, un peu partout. Devant les magasins ou les résidences privées, ou même dans l'espace public. Pour preuve, depuis des années, la RATP profite des travaux de rénovation des stations de métro pour y supprimer systématiquement les vieilles banquettes, où s'avachissaient les SDF. Elles sont remplacées par des sièges individuels ou par des bancs munis d'accoudoirs, où donc l'on ne peut s'allonger. Jamais cela n'a fait la Une d'un JT. Mais c'est vrai que ce n'est pas Noël tous les jours.

Ainsi, aussi, tous ces reportages vus, lus et entendus depuis deux jours, consacrés aux bénévoles d'associations caritatives ayant passé la nuit de Noël auprès des plus pauvres – aux côtés des SDF, singulièrement. Très bien. Juste, journalistiquement, ces sujets auraient pu signaler au passage que, la nuit de Noël y compris, le dispositif d'hébergement d'urgence des SDF est plus que jamais totalement inopérant. Selon des chiffres récemment publiés (voir ), cet hiver par rapport à l'hiver 2013, a carrément doublé le nombre de personnes qui, à l'échelle du pays, ont téléphoné au 115, mais à qui aucune solution d'hébergement n'a pu être proposée, faute de places disponibles. Pour ce qui concerne Paris spécifiquement, les demandes non pourvues ont progressé de 43%, en un an. C'est désormais plus d'un appel à l'aide sur deux (52%) auquel il n'est pas répondu.

A longueur d'années, donc, et malgré ces attentions si médiatisées d'une soirée, ce n'est vraiment pas Noël, pour tous ces gens. Il n'aurait pas été inutile de le rappeler.

 

NB: Ceci étant dit, ce blog va faire une petite pause, pour recharger ses batteries. Il reprendra son cours normal en janvier. Bonnes fêtes de fin d'année à toutes et tous, et merci d'être passé par «Paris Libre» en 2014.