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12/03/2013

Une fatalité, visiblement

68.000 foyers privés d'électricité. Des centaines d'automobilistes bloqués sur la route, qui ont été forcés d'y passer la nuit. Des TGV, des RER et des bus pour une bonne partie à l'arrêt. Un réseau routier complètement saturé. Les services de déneigement débordés. Le trafic aérien perturbé. Les transports scolaires suspendus. Comme à chaque «offensive hivernale», comme on dit, une bonne partie de la France est en pleine pagaille, ce mardi.

Météo France, pourtant, il y a plusieurs jours déjà, avait prévenu de cette brusque détérioration du climat, survenant à moins de dix jours du printemps. Et, depuis, n'a cessé de renouveler ses bulletins d'alerte, qui ont été amplement médiatisés. Manifestement, cela n'a pas permis aux autorités de prendre toutes les mesures nécessaires, pour éviter que, ce matin, un bon tiers du territoire national connaisse un chaos assez généralisé. On imagine qu'il faut en déduire que pareille galère relève de la fatalité.

Plutôt que de s'en étonner une énième fois (relire ici ou ), on profite de l'occasion pour saluer ces centaines voire milliers de personnes qui, pendant toute la nuit d'hier et sans doute une bonne partie de la journée aujourd'hui, dans des conditions de travail difficiles, ne ménagent pas leurs efforts, pour tenter d'apporter un peu de réconfort: électriciens, secouristes, pompiers, cheminots, agents des routes, des communes ou des préfectures, et l'on en passe. Leur rendre hommage, d'autant que ce sont eux probablement qui, sur le terrain, et même s'ils ne sont responsables de rien, doivent se coltiner toutes les récriminations des Français dans le pétrin. Légitimement énervés par cette nouvelle et gigantesque démonstration d'inefficacité de l'Etat – immuable et inévitable semble-t-il, hiver après hiver.

22/01/2013

Un grand classique, à Paris aussi

Paris, Economie, Energie, Art de vivre, MétéoUn grand classique de l'hiver, n'en déplaise aux partisans du tout-nucléaire – dans le deuxième pays le plus nucléarisé au monde qu'est la France. Quand les températures plongent, la consommation d'électricité s'envole, et le réseau en vient à vaciller. Cela vaut aussi, parfois, pour Paris

Ainsi, hier, dans notre bon vieux quartier du onzième arrondissement, les premiers signes de faiblesse du réseau ont commencé à se manifester en début de soirée: des lumières à l'intensité par moments vacillante à partir de 19h30, soit à l'heure où les Parisiens commencent à rentrer du boulot et, arrivés chez eux, rallument le chauffage. Cela a continué comme cela pendant un petit temps. Jusqu'au grand noir, vers 20h15. C'est à ce moment que l'on mesure les joies du tout-électrique français: plus d'éclairage ni de chauffage ni le moindre appareil qui fonctionne, bien sûr, mais aussi plus d'eau chaude et y compris plus de digicode pour entrer ou sortir de chez soi – bref, plus rien. Il a fallu attendre plus d'une heure avant que le courant soit rétabli.

En province, l'hiver, à peu près à chaque grosse chute de neige ou à chaque coup de vent un peu important, des milliers de gens se retrouvent privés d'électricité, parfois même pendant des jours entiers. Rien d'inhabituel. Moins fréquent, en revanche, est le fait qu'une partie de la capitale, en son hyper-centre en plus, se retrouve ainsi plongée dans le noir. Par des températures extérieures qui, si elles étaient fraîches, n'étaient tout de même pas non plus exceptionnelles pour la saison.

Qui sait cela jette-t-il un froid – au propre comme au figuré –, sur l'image de ce pays, censé être la cinquième puissance économique mondiale.

21/01/2013

Une jolie pagaille

Week-end blanc, à Paris. Joli. Pagailleux, aussi. Dans la capitale, hier, pas un bus n'a circulé, le tramway n'a guère mieux fonctionné, et les acheminements vers Roissy et Orly ont été quasi inexistants. Une panne spectaculaire a même frappé le métro: panne en plein ciel, deuxième du genre en quelques semaines seulement.

Elle a frappé la ligne 5, sur le pont enjambant la Seine entre le quai de la Rapée et la gare d'Austerlitz. Le gel d'un câble électrique a entraîné l'arrêt d'une rame au beau milieu du viaduc. Une bonne centaine de passagers ont dû être évacués: ont dû gagner la gare en marchant sur la voie pendant 200 à 300 mètres. Pendant ce temps, vingt mètres plus bas, les gros moyens nautiques avaient été mobilisés. Les sapeurs pompiers, en effet, craignaient que des passagers glissent sur le pont gelé, puis tombent à l'eau. Des hommes-grenouille avaient donc été positionnés sur le fleuve, de manière à pouvoir leur porter secours. L'évacuation, cependant, s'est déroulée sans encombre.

Début décembre, déjà, une rame avait été immobilisée en plein ciel au-dessus de la Seine. Cette fois, c'était sur le pont de Bercy, qu'emprunte la ligne 6. Un «accident grave de voyageurs» avait entraîné une coupure d'alimentation électrique et stoppé un métro au moment précis où il franchissait le fleuve. Là aussi, les passagers avaient fini par être débarqués, et priés de cheminer en plein ciel jusqu'à la station suivante.

Sur le moment, dans un cas comme dans l'autre, pas sûr que beaucoup aient profité du clou du spectacle: la vue que l'on a sur Paris, depuis ces deux ponts. Panorama sublime, se dit-on chaque fois qu'on y passe en métro – époustouflant même, dès la nuit tombée: une des plus belles vues qui soient sur la ville et le fleuve illuminés.

10/02/2012

Une façon de voir les choses

Huit morts en France, depuis le début de la vague de froid. Soit, en gros, un décès par jour. A Paris y compris, parmi les sans-abri: parmi notamment ceux qui vivent à l'année dans le Bois de Vincennes.

Huit morts, tout de même. C'est ce qu'on s'est dit ce matin, en prenant connaissance de ce macabre décompte. Huit morts, seulement. C'est ce que ne cessent d'insinuer les médias français ces derniers temps. Radios et télés surtout passent en boucle le bilan bien bien plus grave déploré dans d'autres pays: plusieurs dizaines de morts en Italie, plusieurs centaines en ex-Europe de l'Est, etc.

Huit morts de froid seulement, donc, en France. C'est une façon de voir les choses. A laquelle, décidément, un hiver après l'autre, on ne s'habitue pas.

28/06/2011

Une scène d'été

fontaine.jpgC'était hier en début d'après-midi, sur le terre-plein central du boulevard Richard Lenoir, aux pieds du bureau, dans notre onzième arrondissement parisien. Au thermomètre, l'on frisait déjà la quarantaine de degrés à l'ombre. N'en pouvant plus, une demi-douzaine de gamines du quartier, 15 ans d'âge à première vue, venaient de prendre d'assaut quelques jets d'eau verticaux et s'y rafraîchissaient à grands cris. Leurs hurlements de joie, hystériques au point d'être cocasses, donnaient au quartier une atmosphère juvénile et estivale adorable. Aurait-on fermé les yeux qu'on se serait cru à la plage en plein mois d'août, et non plus au coeur d'un arrondissement si densément peuplé et rendu encore plus pollué que d'habitude par cette météo soudainement caniculaire.

Aurait-on fermé les yeux, ... mais ils avaient les yeux bien ouverts, en revanche, les mâles du quartier: jeunes et vieux qui, à ce moment, trônaient sur les bancs publics aux alentours de ladite scène aquatique. Ils ne perdaient pas une miette du spectacle de ces ondines aux silhouettes rendues bien apparentes par les jets d'eau collant leurs vêtements à leur peau.

Autant on a trouvé charmante l'insouciance de ces ébats aquatiques, autant on a été gêné par l'insistance de ces regards masculins..

Cela nous a refait penser à ce grand classique des étés et des campings français que sont les concours «Miss t-shirt mouillé», etc. Qui, puisqu'on parlait hier du sexisme dans ce pays, nous ont toujours paru le sommet du machisme beauf le plus primaire  –  si tant est qu'un machisme beauf puisse ne pas être primaire.

Mais ce n'est que notre humble avis.

16/06/2011

Une «sécheresse sans précédent»

pochoirCIEL.jpg«Regarde le ciel», nous conseillait ce matin, sur le chemin du bureau, un pochoir aperçu sur le bitume, dans notre quartier du onzième arrondissement. On se disait que l'auteur de ce slogan avait bien raison. On a toujours trouvé incomparablement déstressant de s'octroyer une petite pause pour contempler le ciel, qu'il soit uniformément azur ou rempli de nuages. Les Parisiens, souvent si énervés, devraient faire cela plus souvent.

Ciel changeant voire un peu morose cela dit sur Paris, ces derniers jours. En le constatant ce matin, on se prenait à déjà regretter le printemps si sublimement estival auquel on a eu droit. Puis, on s'est ravisé: pensant à tous ces gens qui, dans cette région aussi, ont été très heureux qu'il pleuve un peu.

Car, oui, la région parisienne – en dépit de la caricature qu'on s'en fait souvent à l'étranger (en gros: la «Ville lumière» entourée de banlieues horribles et délinquantes) –, a elle aussi son agriculture. Et donc des gens qui, actuellement, sont touchés de plein fouet par la sécheresse. Très exactement 228.000 hectares du territoire de la région-capitale sont consacrés à l'agriculture: pour 60% à la culture des céréales. Ce paysage risque de ne pas perdurer éternellement. Selon la chambre régionale de l'agriculture (ici), «100.000 hectares de terres fertiles ont disparu en l’espace de 50 ans au profit de l’expansion parisienne. Ces dernières années, ce sont 1 300 hectares de terres agricoles qui sont transformées chaque année en espaces urbains».

Et, cette année, ces agriculteurs parisiens souffrent eux aussi de la sécheresse. Sécheresse qui ne date pas d'hier, du reste: cela fait plusieurs années (relire ici, par exemple) que sont mal en point les nappes phréatiques de la grande banlieue Est de Paris, qui alimentent la capitale en eau. Mais cette année, les céréaliers de l'Essonne, des Yvelines et du Val d'Oise trinquent plus que jamais. Ils estiment que le manque d'eau leur a déjà fait perdre... 40% de leur production! L'autre jour, la majorité de gauche qui gouverne la région parisienne a été sommée par la droite de réagir de manière «immédiate et adaptée» à cette «sécheresse sans précédent», en étant «aux côtés des agriculteurs». L'UMP demande au Conseil régional «de mettre en place une aide au transport et à l'achat de fourrage, d'intervenir auprès des banques pour bonifier les prêts aux agriculteurs, et de participer financièrement à la création de bassins de stockage des écoulements d'eau».

nuagesencore.jpgEn guise de chute à cette note, quelques précisions qu'en bon Parisien moyen, donc indécrottablement urbain, on trouve délicieusement bucoliques. L'agriculture de la région parisienne est la première productrice nationale de cresson, de persil et d'azalées, et la deuxième pour ce qui concerne les plantes en pot. Elle produit aussi d'énormes quantités de «pois protéagineux» et de «féverole» – on ne voit pas même ce que c'est, donc rien que ces noms nous semblent furieusement exotiques.

13/01/2011

Une solution?

neigedansparis.jpgDes tracteurs dans les rues de Paris et de sa région. Pour, en hiver, les déneiger et sortir les voitures des fossés. Et donc éviter que le moindre épisode neigeux ne provoque à nouveau une immense pagaille. Comme cela avait été le cas fin décembre, quand 10 cm de flocons avaient suffi à paralyser la circulation dans une bonne partie de la capitale et de sa région. Des tracteurs dans Paris? Ce serait très bucolique. Voire carrément exotique. Inimaginable? Non: le projet existe. Qui sait sera-t-il même évoqué en fin de journée à l'Elysée, où, à 18 heures ce jeudi, Nicolas Sarkozy reçoit le nouveau dirigeant du premier syndicat agricole, la FNSEA.

 

«Neige: les agriculteurs ont la solution!», avait claironné, la semaine dernière, la chambre d'agriculture de la région parisienne. Pour qui cette nouvelle mission de déneigement qui serait confiée aux agriculteurs constituerait utilement, pour ces derniers, «un complément de revenus, compensant des cours des matières premières fluctuants et difficilement prévisibles». L'utilisation de tracteurs comme chasse-neige, en fait, ne serait pas vraiment une première. Dans les années 90, en effet, certains départements avaient eu ponctuellement recours à des agriculteurs pour dégager des routes enneigées – en échange d'une indemnisation moyenne de 1000€ par jour. Et, depuis l’hiver dernier, le département de l'Eure et Loir (Région Centre) a équipé les tracteurs d'agriculteurs de lames leur permettant de mener à bien cette tâche. La chambre d'agriculture vient donc de proposer aux préfets et aux présidents de départements de la région parisienne «de réfléchir ensemble à la façon dont pourrait être décliné un tel projet» dans la capitale et sa banlieue.

 

Deux problèmes, tout de même. D'abord, ce serait rémunérer des particuliers pour des tâches qu'on leur confierait alors qu'elles sont censées incomber aux pouvoirs publics et être déjà financées par les contribuables. Ensuite, ce serait transférer de l'Etat aux départements la charge financière du dégagement des routes en cas d'épisodes neigeux importants.

 

Mais sans doute les automobilistes qui, l'autre jour, ont passé une nuit blanche à se geler dans leur voiture jugeront-ils que ces deux problèmes ne sont que des détails technocratiques sans importance. Et, sans doute, si on avait été à leur place lors de cette nuit infernale, serait-on de cet avis aussi.

06/01/2011

Un air de famille

Les Français se plaignent beaucoup de la SNCF, cet hiver. Et particulièrement ces jours-ci – si vous avez raté cela, lire par exemple ici. Les pataquès de ces dernières semaines risquent d'ailleurs d'amener pas mal de gens à signer une pétition lancée il y a peu, par des usagers qui «n’acceptent pas d’être traités comme des vaches à lait: juste bons à être entassés dans des trains qui arrivent en retard et à payer toujours plus pour un moindre service».

Mais, finalement, pendant les épisodes hivernaux comme on dit, la SNCF fonctionne-t-elle beaucoup plus mal que la SNCB? On n'en est pas sûr. Dernièrement, en tout cas, à l'occasion de notre rapide passage annuel en Belgique pour la Noël, on ne s'est pas senti trop dépaysé.

Ainsi, dans le plat pays, on a eu droit à des guichets totalement fermés pour cause de jour férié; les usagers étant priés de se débrouiller pour les horaires, les tarifs, les correspondances, etc. On a eu droit à des trains bruxellois de banlieue passablement cafouilleux – mais on les a trouvés moins sales que nos RER parisiens. Droit à des quais verglacés car ils n'avaient pas été salés (vol plané, relativement gracieux, en descendant d'un omnibus sur le quai d'une gare du Brabant wallon). Droit à des gares qui, à l'exception de salles d'attente ridiculement exiguës et donc archi-bondées, n'étaient pas du tout chauffées: glaciales, du coup. Droit à des toilettes publiques, dans ces gares, qui, en pleine journée, étaient inexplicablement fermées.

En ce qui concerne le Thalys, le trajet Paris-Bruxelles, on l'a fait... debout. Comme dans le métro de Paris aux heures de pointe. Même pas un strapontin, ni même assez de place pour s'asseoir par terre. Cet après-midi-là, en effet, les occupants des trois Thalys précédents, annulés à cause de la neige, avaient été regroupés dans notre train. Du coup, les réservations ne valant plus, la foule était debout et à touche-touche (*). Quant au trajet de retour Bruxelles-Paris, ce furent retards au départ, en cours de route et à l'arrivée, arrêts inexpliqués en rase campagne, et pas le moindre mot d'excuses bien sûr. Tout cela, finalement, faisait assez SNCF.

Sans doute faut-il voir les choses positivement. Au moins, cet air de famille hivernal assez pagailleux que semblent partager SNCF et SNCB a de quoi rassurer, par son côté routinier, ceux que cela stresse de voyager.

(*) Au passage, remplir à ras bords un TGV est-il bien bien raisonnable (ou simplement réglementaire) en termes de sécurité? Si notre Thalys effroyablement bondé avait déraillé, ou si une bombe y avait explosé, combien de voyageurs auraient-ils été empêchés physiquement, rien que par la cohue, de gagner les issues de secours? Combien de morts en plus aurait-on déploré par rapport à un train qui aurait été normalement rempli? Et, le cas échéant, qu'aurait-dit la société Thalys? Cet après-midi-là, personne à bord de notre TGV n'avait l'air de se poser ces questions.

09/12/2010

Une (énorme) pagaille

La météo n'étant tout de même pas le sujet le plus passionnant qui soit, on essaie de ne pas trop en parler dans ce blog. Mais là, ce jeudi, on peut difficilement passer à côté. Car c'est carrément une région entière de 10 millions d'habitants qui a été considérablement perturbée par les 10 centimètres de neige tombés hier après-midi et qui est encore assez largement à l'arrêt ce matin, à cause du verglas – cela patine y compris pas mal sur les trottoirs de Paris. Et car ce sont des dizaines de milliers d'habitants de la région parisienne qui viennent de passer une nuit pénible: coincés dans leurs véhicules, empêchés de rentrer du boulot, obligés de dormir dans les gymnases ou les aéroports (130 vols annulés), réquisitionnés pour porter secours à autrui, ou faisant la queue aux urgences d'hôpitaux dont les services de traumatologie ont bien sûr été très sollicités.

 

Deux, trois petites choses à noter.

 

D'abord, le net changement de ton du ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux. Hier en fin d'après-midi, sur toutes les radios de France, il démentait, sûr de lui, toute grosse pagaille en région parisienne. Démenti qu'on trouvait comique – ou consternant, c'est selon – au vu du chaos qui, dès midi, régnait rien que dans les rues de Paris, ce qui augurait du pire pour l'heure de sortie des bureaux en banlieue. Mais ce matin, sur toutes les ondes, le même ministre la ramenait moins. Il convenait que la «situation totalement exceptionnelle» vécue par Paris et sa région, «jamais vue depuis plus d'une génération», avait bel et bien entraîné de «graves difficultés».

 

vélosouslaneige.jpgEnsuite, mais ce n'est qu'une confirmation, l'extraordinaire parisianisme du microcosme médiatique hexagonal. Au vu du menu des grands JT du soir sur les chaînes nationales, en gros une cinquantaine de millions de Français (tous ceux n'habitant pas la région parisienne) ont dû soupirer: pas du tout concernés par cette actualité météo tout d'un coup si envahissante car touchant la capitale mais qui, depuis des semaines, est le lot de la plupart des régions du pays.

 

Enfin, le contraste toujours saisissant existant au sein même de la région-capitale. Entre, d'une part, ces gens qui, comme nous, ont l'immense privilège quotidien de vivre et de travailler dans l'hyper-centre de Paris, et qui donc hier n'ont pas eu à subir de tracas particuliers. Et, d'autre part, ces millions d'autres qui, parfois par choix mais souvent aussi par obligation – le coût de la vie dans la capitale, le prix de l'immobilier, le manque de crèches, etc. –, habitent de l'autre côté du périph'. Et le paient évidemment au prix fort les  jours comme hier. Une pensée amicale pour tous ces gens-là donc, ce matin.

29/11/2010

Une double nuance

La France, cinquième puissance économique mondiale. Les dirigeants de ce pays ne se privent jamais de le rappeler – Nicolas Sarkozy lui-même l'autre soir encore, à la télé. L'Hexagone, une des toutes grandes puissances de la planète, donc. A une double nuance près, s'est-on encore dit ce matin, à la faveur d'une actualité et d'une anecdote.

 

Une actualité. La vingt-sixième campagne d'hiver des Restos du Coeur débute aujourd'hui. L'an dernier, cette association a distribué 103 millions de repas à 830.000 nécessiteux. On peut bien sûr trouver vraiment très bien que, d'année en année, plus de 50.000 bénévoles, au lieu de passer confortablement leur hiver au coin du feu, se bougent pour venir en aide aux plus pauvres de ce pays. On peut aussi se dire que, quelque part, il n'est décidément pas normal, a fortiori dans cette puissance économique mondiale qu'est la France, que près d'un million de personnes n'aient, chaque hiver, d'autre choix que de dépendre de la générosité d'une association caritative pour satisfaire un besoin aussi élémentaire que s'alimenter. Le fait même que, sans cette association, des tas de gens chaque hiver ne mangeraient pas à leur faim montre que, décidément, quelque chose ne va pas, depuis vingt ans, en France.

 

Une anecdote. Ce lundi comme les deux matins précédents, on s'est réveillé en retard. Parce que le réveil n'a pas sonné à l'heure qu'il fallait, ayant été déréglé par les coupures intermittentes d'électricité qui, ces dernières nuits, affectent Paris. Sans doute, comme chaque hiver, le réseau d'électricité est-il surchargé par la surconsommation due aux grands froids. En province d'ailleurs, la situation dépasse le stade de l'anecdote: des milliers d'habitants du Morbihan (Bretagne) ont été privés d'électricité dimanche, et 15.000 foyers du Loiret (Région Centre) sont dans le même cas ce lundi, en raison des importantes chutes de neige. On peut compatir aux tracas des électriciens, essayer de comprendre le problème causé par le poids de la neige sur les câbles électriques, etc. Mais, là encore, on ne nous ôtera pas de l'idée qu'il n'est tout de même pas normal que, d'un hiver à l'autre dans ce pays, on déplore d'identiques problèmes d'alimentation électrique.

 

Mais sans doute ne sont-ce que des détails. Et sans doute, à ces deux nuances près, la France est-elle une des grandes puissances qui comptent sur cette planète.

02/07/2010

Une horreur

35 degrés, voire plus, attendus à Paris aujourd'hui. Cela promet. La capitale française étant encore relativement verte et aérée, en tout cas par rapport à tant d'autres mégapoles étrangères, les jours de canicule y sont, à notre humble avis, assez faciles à vivre. Cela ne vaut évidemment pas pour les pauvres Parisiens qui, contrairement à nous, n'ont d'autre choix que de se trouver par exemple place de la Madeleine, au rond-point de l'Etoile ou sur le périph' à l'heure de sortie des bureaux – là, cela doit vraiment être l'horreur. En fait, à Paris en période de fortes chaleurs, le plus pénible, selon nous, ce sont les transports publics.

On pourrait difficilement parler des bus, qu'on ne prend jamais. Mais, concernant le métro, hier soir encore on a pu pu constater l'horreur caniculaire qui y régnait. Sur la si longue, si chroniquement bondée et si brinquebalante ligne 4 (Porte de Clignancourt-Porte d'Orléans). L'horreur, car les vieilles rames en service sur cette ligne sont dépourvues du moindre système de ventilation. Du coup, à longueur d'années, il y fait étouffant. Et, quand la température extérieure dépasse les 30 degrés, il y fait évidemment intenable. Hier soir, on y a vu des personnes âgées sur le point de se sentir mal, beaucoup de gens qui soupiraient, quelques-uns même qui protestaient à haute voix, et la plupart des voyageurs qui transpiraient à grosses gouttes. Après quatre stations, n'en pouvant plus, on est descendu prématurément et on a réorienté notre trajet de manière à l'effectuer sur des lignes moins surchauffées. Tout en se promettant que l'été, dorénavant, dans la mesure du possible, on éviterait au maximum cette maudite ligne 4 au profit de lignes où circulent des trains plus modernes et, eux, ventilés – voir par exemple les nouvelles rames de la ligne 2 (Porte Dauphine-Nation).

Cela fait des années que ce problème de la ligne 4 est connu de la RATP. Des années que les associations d'usagers s'en plaignent chaque été. Des années, pourtant, que la Régie ne fait rien. Sans doute doit-elle considérer davantage prioritaires (et rentables) d'autres investissements plus bling bling. Ainsi, nos usagers au bord de l'évanouissement se réjouiront certainement d'apprendre que la RATP vient de lancer une appli spécifique (plans de réseau, calculs d'itinéraires, horaires en temps réel, service de géolocalisation, etc.) pour les détenteurs d'iPad, d'iPhone et d'autres mobiles Nokia, sous Android, etc.

 

PS: Consternation l'autre dimanche en prenant le tramway (le T3: Porte d'Ivry-Pont du Garigliano). En constatant que ces rames pourtant assez neuves sont, en période de fortes chaleurs, déjà visiblement à bout de souffle. En effet, ce jour-là en tout cas, du système de climatisation au plafond s'échappaient des chutes d'eau telles que l'accès à de nombreuses places assises était impossible, à moins de s'équiper d'une serpillière et d'un parapluie. Encore bravo, la RATP.

01/03/2010

Un décalage

Paris en complet décalage par rapport au reste du pays, ce lundi. C’était frappant ce matin, dans les rues de la capitale. Soleil radieux, ciel azur, douceur des températures, à peine une légère brise, et des grands boulevards beaucoup plus calmes que d’habitude vu la moindre circulation automobile due aux vacances scolaires. Quel contraste, par rapport à ces récits horreurs et scènes d’apocalypse entendus, vus et lus depuis 24 heures dans tous les médias du pays, relatifs à la tempête meurtrière ayant ravagé la façade atlantique ce week-end.

 

Alors, bien sûr, cela a pas mal déménagé à Paris aussi dimanche, sur le coup de 6 heures du matin. Les rafales de vent étaient si impressionnantes, y compris dans les arrondissements centraux, qu’elles ont dû tirer prématurément du lit nombre de Parisiens. Et le vacarme incessant des sirènes des véhicules de pompiers, appelés de tous côtés, n’a pas facilité les choses pour se rendormir. Mais les dégâts, dans la capitale, ont été limités. A la maison, quelques pots de fleurs ont dégringolé des rebords de fenêtre pour s’écraser dix mètres plus bas, sur les pavés de la cour. Au bureau ce matin, on a remarqué que les chaises longues des terrasses avaient été quelque peu malmenées. Dans les rues de notre onzième arrondissement hier, aux aires de stationnement réservées aux deux roues, c’était l’hécatombe: on ne comptait plus les vélos ou scooters ayant vacillé sur la chaussée. Au grand marché qui, chaque dimanche matin, anime le boulevard Richard Lenoir jusqu'à Bastille, il y avait beaucoup moins de monde que d’habitude: nombre de commerçants avaient renoncé à monter leurs stands, de peur que les bourrasques les fassent s’envoler, et avaient préféré retourner se coucher. Et un peu partout sur les grands boulevards évidemment, pas mal de branches arrachées.

 

A l’échelle de la région parisienne, les plus gros embarras dus à la tempête ont été déplorés aux aéroports de Roissy et d’Orly, qui ont subi d'importants retards. Les grands bois de la capitale et de la région (Vincennes, Boulogne, Versailles, etc.), qui peinaient déjà à récupérer de la tempête dévastatrice de l'hiver 1999, ont été encore un peu plus déplumés. Pylônes arrachés, tuiles envolées, panneaux publicitaires déracinés, routes départementales et liaisons de chemin de fer locales perturbées; ce lundi encore, plusieurs milliers d’habitants de la région parisienne sont privés d’électricité.

 

Mais ce matin à Paris, tout cela paraissait très dérisoire par rapport aux ravages de la nature et aux drames humains survenus sur les côtes dévastées de Vendée ou de Charente maritime. Le manque de nature, dans cette capitale si densément construite et peuplée, manque que les Parisiens en temps normal sont si prompts à déplorer, cette fois les a protégés.

12/02/2010

Une alternative

neigeàparis.jpgFin d’une semaine en blanc. On n’a pas eu beaucoup de temps pour profiter du spectacle de Paris sous la neige, mais, d’après ce qu’on en a vu, c’était une fois de plus ravissant.

 

Tiens, au fond, il y a presque deux mois (relire ici), lors d’un des derniers épisodes neigeux qu’on a connus ici, on avait soulevé le problème environnemental posé par les épandages de sel sur la voie publique. Ce sel, en effet, dégrade les propriétés des sols et empoisonne la végétation par ses racines. Cela peut paraître anecdotique comme souci, mais, quand on sait qu’en cas d’hiver neigeux, une ville comme Paris est amenée à déverser plus d’un millier de tonnes de sel pour rendre ses rues et trottoirs praticables, ce n’est tout de même pas si futile.

 

A l’époque, on avait posé la question à la mairie: ce qu’elle pensait du problème, s’il avait déjà été évoqué, les alternatives qui étaient éventuellement étudiées en la matière, etc. «On vous rappelle», s’était-on entendu répondre. On attend toujours le coup de fil. Passons: c’est habituel. Depuis, a-t-on appris, le sujet n’en a pas moins été officiellement évoqué. C’était lors d’un récent conseil municipal. A l’initiative des Verts, les élus ont adopté un vœu par lequel la ville s’engage à mettre à l’étude une solution de déneigement plus écologique que le sel: l’utilisation de… copeaux de bois. Cette alternative, paraît-il, est déjà utilisée avec succès par plusieurs grandes villes en Suisse.

 

A la radio l’autre jour – comme quoi, on parle pas mal du sujet en ce moment –,on entendait même que, pour remplacer ce sel de déneigement si agressif pour l’environnement, on pouvait très bien utiliser… du sucre. En entendant cela, on s’est demandé si cela ne rendrait tout de même pas les rues et trottoirs de la capitale un peu collants aux chaussures. Mais si c’est la première étape à franchir pour en arriver in fine à une ville l'hiver recouverte de sirop, de caramel ou de chocolat, on est prêt à tenter l’expérience.

18/12/2009

Un grand classique

patinsàglace.jpgC’est un classique de l’hiver parisien, un incontournable même de l’ambiance de fêtes de fin d’année dans la capitale française. Ce vendredi, la grande patinoire en plein air fait son retour,  place de l’Hôtel de Ville. Cette année, il y aura même deux patinoires devant la mairie: une grande pour les adultes et une petite pour les enfants «et débutants». Larges horaires d’ouverture, présence en permanence de moniteurs diplômés, accès et cours gratuits (*), spectacle garanti pour les spectateurs vu le nombre de chutes et de cabrioles à la minute: telles sont les recettes traditionnelles de cette animation, qui lui assurent de rencontrer chaque année un énorme succès. On va encore se bousculer et faire la queue à proximité de l’Hôtel de Ville ces prochains jours, a fortiori que les vacances scolaires commencent ce soir.

 

Cette année pas plus que les précédentes, à moins que cela nous ait échappé, pas une critique n’a été formulée à l’encontre de cette animation. Qui, pourtant, avec un bon millier de m2 de glace à maintenir réfrigérés jusqu’au début du mois de mars, doit pourtant être fameusement énergivore et donc assez peu écologique – même si la froidure actuelle de la météo doit aider. Toutes les animations hivernales parisiennes ne bénéficient pas d’un tel consensus. L’hiver dernier à la même époque, pour rappel (relire ici), la tour Eiffel s’était attirée les foudres d’une association écologiste, après avoir recouvert son premier étage d’une épaisse couche de neige artificielle, créé sur 300 mètres de long un parcours de marche en raquettes et équipé un de ses espaces de restauration d’un bar tout en glace. Les milliers de m3 d’eau utilisés pour cette opération avaient été critiqués comme étant un vulgaire «gaspillage».

 

Au fond, sans souci de polémique mais juste à titre d’information, quel est le coût énergétique de la grande patinoire de l’Hôtel de ville? Quel surcoût en électricité engendre-t-elle? Est-il éventuellement compensé par la mairie? A l’heure de Copenhague, trouvant que ces questions certes un peu anecdotiques n’étaient tout de même fondamentalement inintéressantes, on les a posées à la mairie. Qui n’a toutefois pas donné suite.

 

Reste identiquement sans réponse une autre question bien de saison. On sait que les épandages de sel sur la voie publique en cas d’enneigement ne sont pas du tout bons pour l’environnement, car ces tonnes de sel déversées agressent les sols et brûlent la végétation. D’ailleurs, dans ses conseils aux Parisiens portant sur les attitudes à adopter en cas d’enneigement, la mairie le précise noir sur blanc: «Vous pouvez saler le trottoir, sauf s’il est planté d’arbres afin de ne pas brûler ces végétaux». On sait aussi que, pour rémedier à ce problème, il suffit par exemple de remplacer le sel par de la saumure, beaucoup moins agressive. Nombre de villes à l’étranger ont déjà opté pour cette solution. La Ville de Paris, où les Verts font partie de la majorité, y a-t-elle songé? Si non, pourquoi? Si oui, pour quand? Là encore, pas de réponses. Si d’aventure on en reçoit prochainement, on ne manquera pas de vous tenir au courant.

 

brianjoubert.jpgEn attendant, le Parisien moyen aura l’occasion, le plaisir et le privilège, dès ce week-end à la patinoire de l’Hôtel de Ville, de se prendre pour Brian Joubert ou Surya Bonaly. Ce qui, ne serait-ce qu'esthétiquement, n’est tout de même pas rien. Hier déjà, on a vu des gamins fous de joie dévaler en surf les pelouses la butte Montmartre; cela avait l’air très drôle. Paris sous la neige, quand on n’est pas automobiliste en tout cas, c’est plutôt sympa. En plus, ce manteau floconneux adoucit spectaculairement les bruits, ce qui n’a pas de prix. Enfin, on ne le répétera jamais assez, Paris en blanc c’est vraiment ravissant – à constater par exemple ici.

 

 

 (*) Accès gratuit, mais la location des patins, elle, est payante (5€). Curieux. De la part d'une mairie d’habitude si à l’aise avec le secteur privé et si prompte à dénicher des sponsors pour un peu tout et n'importe quoi, on se serait attendu à ce qu’elle trouve les moyens de faire financer aussi cela.

19/11/2009

Une attention

météo.jpgL’audiovisuel français commence à évoluer dans le bon sens, dans son rapport avec le public d’outre-mer. On se le disait hier soir encore, en entendant sur France Info un bulletin météo spécialement consacré aux départements et territoires d’outre-mer. C’est une innovation très récente, concernant cette radio d'info continue du groupe RadioFrance. Qui imite donc l’initiative prise il y a quelque temps déjà par TF1, qui achève ses grands bulletins météo du soir par un focus sur la situation aux Antilles, en Guyane ou en Polynésie françaises. Que ce soit en radio ou en télé, cette météo ultra-marine nous semble une innovation aussi agréable que très sensée.

 

Agréable car, quand on est plongé dans la grisaille parisienne, il est assez dépaysant, à défaut d’être très utile, d’entendre qu’il va pleuvoir sur Sainte-Rose, faire radieux sur Fort-de-France ou venter sur Saint-Pierre & Miquelon. Somme toute, ce sont de petites respirations futiles mais revigorantes, un peu comme la météo marine de France Inter. Des respirations salutaires même, lorsqu’elles viennent ponctuer un flot ininterrompu d’actualités austères voire sinistres.

 

Surtout, pour les auditeurs réunionnais, guadeloupéens ou polynésiens moyens, ce ne doit pas être si anodin. Cela leur devait être si lassant d’entendre sur leur service public, depuis des années, uniquement des bulletins météo indécrottablement réduits à la façade atlantique, au massif central ou à la région parisienne. Pour tous ces gens, cette attention portée désormais par des médias de leur propre pays à leur actualité climatique, aussi loin se déroule-t-elle de Paris, doit être assez gratifiante. Quelque part, cela doit participer à cette fameuse «identité nationale» dont les politiques à Paris parlent tant, en ce moment. Car la sensation d’appartenance collective à un peuple passe sans doute aussi par le sentiment d’être ou non considéré comme un public à part entière par les médias de ce pays.

 

A ce propos, soit dit en passant, il y a encore des progrès à faire en la matière. On l’avait déjà souligné dernièrement dans ce blog (ici), mais, comme depuis cela n’a pas évolué d’un iota, sans vergogne on en remet une couche. En radio, à la télé ou dans la presse écrite, la plupart des journalistes français – donc, de facto, parisiens –, lorsqu’ils évoquent le bilan humain de la grippe A-H1N1, continuent à ne comptabiliser que les seules victimes recensées en métropole. Quand on sait le tribut payé à cette épidémie par les habitants des DOM-TOM,  beaucoup plus élevé que dans l’Hexagone, c’est un raccourci journalistique qui, pour ces Français d’outre-mer, doit être particulièrement blessant. Et qui, dans cette France lointaine, ne doit pas contribuer à un sentiment d’appartenance nationale. Car peut-on se sentir bien dans un pays dont les médias ignorent la perte de ses proches, alors pourtant qu’ils sont théoriquement censés être aussi Français que ceux dont les décès, eux, sont évoqués à longueur de journées? Décidément, pour les Français d’outre-mer endeuillés par l’épidémie, ce manque d'attention journalistique, ce 2 poids 2 mesures médiatique, cela doit être pénible.

24/08/2009

Un été

Nous (y) revoici. Après un été radieux. Si d'aventure, cela vous avait échappé: ces dernières semaines, il a fait vraiment splendide à Paris. Ce n’était pas gagné d’avance. Cela faisait, si l’on compte bien, trois étés consécutifs que la météo estivale avait globalement été pourrie dans la capitale. Du coup, on y a passé beaucoup plus de temps que prévu. A profiter de l’été, à savourer la ville.

 

Cela dit, ce n’était pas tous les jours, ni à tous les instants, agréable. Car, lorsque le thermomètre s’affole en région parisienne, il est en tout cas un endroit où c’est très pénible à vivre: dans les transports en commun.

 

Dans le métro, cela va encore. Même si, sur certaines lignes (la ligne 4, par exemple), il y fait notoirement torride. C’est surtout dans le RER que c’est épouvantable. On se l’est redit à plusieurs reprises cet été, en prenant ces trains de banlieue: mais quand donc y installera-t-on un système de climatisation digne de ce nom? Ce ne serait pas du luxe, la canicule transformant ces trains en véritable fournaise. Si, en août, quand il n’y a pas encore trop de voyageurs, c’est (à la limite du) supportable, sans doute les millions d’usagers quotidiens des transports publics parisiens, en ce moment sur le chemin du retour des vacances, sont-ils en train de craindre le pire pour la rentrée. Quand ce sera à nouveau la cohue sur les quais, dans les couloirs et dans les rames. En effet, si en septembre la température atteint, comme ce mois d’août, les 35 degrés à l’extérieur, à l’intérieur du RER, pour tous ces gens, ce sera un véritable calvaire.

 

En tout cas, vu cette météo splendide, une des images qu’on aura gardées de cet été urbain radieux est celle de ces nombreux Parisiens aperçus dans le métro, qui, après avoir dévalisé les magasins d’électroménager, rentraient chez eux en portant à bout de bras de lourds paquets dans lesquels on devinait des ventilateurs. Vivre dans cette ville est un bonheur, une chance et un luxe. Mais, quand la canicule règne et qu’on habite dans un appart’ exigu, situé qui plus est sous les toits – c’est cela aussi, Paris: tout le monde n’y vit pas dans de vastes appartements haussmaniens... – , survivre sans ventilateur a l’air impossible.

 

Au moins dans la capitale, crise économique ou pas, ces commerces-là auront-ils fait des affaires, ces dernières semaines.

16/05/2007

Un signe, ou pas

«Si je vais bien? Evidemment! Vous avez vu la couleur du ciel!», avait lancé un Nicolas Sarkozy hilare aux journalistes quelques jours avant le second tour, l’index pointé vers un ciel ce jour-là immensément et intensément bleu, ce bleu qui est la couleur de l’UMP. Le 6 mai, effectivement, le temps avait été splendide et son triomphe électoral écrasant.

Ce matin, Nicolas Sarkozy a peut-être regretté d’avoir tenu ces propos et vu dans la météo un signe du destin pour sa carrière politique.

En effet, en ce mercredi où il est officiellement investi, le ciel sur Paris est uniformément gris, désespérément plombé, irrémédiablement pourri, avec un thermomètre bloqué à 16 degrés. En fait, depuis le moment où Nicolas Sarkozy a affublé le ciel bleu d’une étiquette UMP, on a perdu dix degrés, on est retourné à l’automne en oubliant l’été.

Une moitié de la France aura vu ce matin dans ce ciel gris la confirmation que cela ne fait que commencer et que pendant cinq ans, elle va en baver. L’autre moitié aura présenté cette absence d’insolence bleutée comme l’illustration bienvenue de son souci d’ouverture et de son sens de l’humilité.

Si ces deux Frances pouvaient au moins, ce matin, se dire qu’à partir d’aujourd’hui, c’en est fini d’un côté de se lamenter et de l’autre côté de se congratuler. Et que dès ce mercredi, on se bouge pour faire avancer ce pays. Dans un sens ou dans un autre peu importe finalement. Mais de grâce que l'on soit de nouveau dans le mouvement.

Les périodes de transition, les interrègnes,  les cérémonies, le décorum, les falbalas, les palabres et consultations et même les coups de canon, cela va bien un moment, mais la vie, cela reste tout de même l'action.

B.DL.

05/03/2007

Un plaisir

Parler de la pluie et du beau temps n’est pas ce qu’il y a de plus intéressant, évidemment. On veut tout de même évoquer la couleur du ciel de Paris, tôt ce matin: un bleu incroyablement lumineux, sublimement ensoleillé, qui donnait envie de ne pas traîner au lit et d’attaquer derechef la journée.
Hier matin aussi, d’ailleurs, on a été réveillé par les rayons du soleil. On est rapidement parti courir au Bois. Il y faisait divinement doux. Courir en short et en tee-shirt en plein cœur de l’hiver, en croiser même qui s’entraînent carrément torse nu, avait vraiment quelque chose de surréaliste. Sentir à nouveau les éclaboussures de boue sur les mollets au passage des grandes flaques (plaisir favori) était délicieusement régressif. Les sous-bois déjà avaient des parfums de printemps. Il faisait si beau et si chaud (plus de 15 degrés, certainement), le soleil était si haut que, sans s’en apercevoir, on a pulvérisé le chrono.
On était en bonne compagnie, il est vrai. En cette période particulièrement, le Bois de Vincennes est très prisé par les adeptes de la course à pied. Et pour cause: les deux grandes courses printanières de la capitale approchent: le semi (dimanche) et le marathon (le 15 avril) de Paris. Du coup évidemment, au Bois comme sur les trottoirs des tous les arrondissements, cela s’entraîne ferme.
Le spectacle dimanche, a fortiori si la météo se maintient, va vraiment valoir le coup d’œil.
B.DL.

07/02/2007

Une déception

medium_neigeaParis.jpg«Il neige sur Paris», annonçait, tonitruant, le radio-réveil ce matin. On s’est aussitôt imaginé une journée de congé idéale sous la neige, dans la capitale. Une longue promenade tonifiante au Luxembourg puis au Jardin des Plantes, pour commencer. Un hammam à la Grande mosquée ou un sauna aux «Bains du Marais», pour se réchauffer. Un gâteau de haricots rouges arrosé de thé vert dans une pâtisserie japonaise de la rue Saint-Honoré, pour se dépayser. Un peu de lèche-vitrines dans les galeries du Palais Royal et dans les passages feutrés du deuxième arrondissement, pour admirer. Un western des années 50 dans un vieux cinéma d’art et d’essai du Quartier latin, pour déconnecter. Un dîner dans un resto Indien végétarien du Passage Brady, pour terminer la journée en beauté et en santé.
On savait très bien qu’on ne pourrait pas prendre congé. On s’est néanmoins précipité aux fenêtres pour admirer le spectacle censé donc enneigé: les célèbres toits de zinc de Paris tout blanchis, le silence cotonneux des rues ensevelies, etc.
Là, déception: pas la moindre blancheur à l'horizon, quelques flocons à peine qui tremblotent, une ville mouillée qui, en fait, pleuviote, un froid humide qui donne le frisson, une grisaille vaguement sinistre.
Au moins, s’est-on dit, c'est sans trop de regrets qu'on ira bosser.
B.DL.
Paris, Météo

24/01/2007

Un grand moment

medium_marrons_chauds.jpgLa neige est attendue ce mercredi sur la région parisienne. On s’en réjouit, même si, à Paris, elle ne tient jamais très longtemps et dégénère vite en boue crasseuse. L’hiver semble donc enfin arrivé. Et avec lui, un de ses plaisirs: les marrons chauds.
On en a encore dévoré hier soir du côté des Tuileries, et c’était fabuleux. Les marrons chauds, s’est-on dit alors, comblent vraiment les cinq sens.
-La vue: les yeux qui clignent sous les étincelles des braseros utilisés par les vendeurs à la sauvette, leur manège lorsqu’ils s’éparpillent comme des moineaux à l’approche de la maréchaussée, le teint foncé de la peau de ces vendeurs invariablement Indiens ou Pakistanais, la gentillesse souvent muette de leur sourire.
-Le toucher: les mains gelées qui se réchauffent avec délice en enveloppant le précieux cornet de marrons, la texture bon marché du papier de magazines gratuits utilisé pour ces cornets, les doigts qui s’affairent – cela ne va jamais assez vite, dans ces moments-là – pour décortiquer enfin le premier marron, les légères brûlures des écorces encore trop chaudes.
-L’ouïe: les crépitements des braseros, le sabir incompréhensible des vendeurs conversant entre eux, les coups de klaxon et l’animation urbaine servant de fond sonore à ce moment inopiné de gastronomie: volé avec malice et excitation, comme un baiser, sur un bout de trottoir.
-L’odeur: cette exacte limite entre le caramélisé et le légèrement brûlé qui définit le marron chaud à point.
-Le goût, évidemment: successivement une chaleur réconfortante, une amertume sans agressivité, un croquant tout en convivialité, un fondant divinement subtil. Et immanquablement, des tas de souvenirs qui reviennent.
Le marron chaud, dès l’hiver survenu, cela doit être la Madeleine de Proust de tout Parisien qui se respecte.
B.DL.