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04/12/2014

Un lifting bien nécessaire

Cela fait très longtemps qu'à Paris l'on parlait de ce chantier, mais c'est hier seulement qu'il a été officiellement confirmé. Il ne sera pas mince, puisqu'il engloutira la bagatelle de 192 millions d'euros de budget, et s'étalera sur 27 mois. Et il concernera un des édifices les plus emblématiques de la "Ville lumière", connu même dans le monde entier.

A savoir, la Grande Arche de la Défense. Qui, vingt-cinq ans après son inauguration, a mal vieilli. Cela fait plusieurs années déjà que son toit est inaccessible, à cause d'un accident survenu dans un des ascenseurs y menant. Les dalles de marbre qui décorent l'extérieur de l'édifice sont branlantes. Certains de leurs éléments se décrochent même, parfois – on en a été témoin, la dernière fois qu'on a pique-niqué d'un sandwich, sur l'esplanade... – , ce qui a nécessité la pose de filets de sécurité. Sans parler de l'amiante qu'on trouve dans le bâtiment. Enfin, ce colosse est particulièrement énergivore et donc pas du tout environnementalement correct. Alors que, paradoxe, il héberge notamment une partie des services... du ministère de l'Ecologie.

Bref, la Grande Arche va être complètement remise à neuf, et l'on promet même monts et merveilles: la création d’une promenade "Entre ciel et Terre" sur son toit, etc. (voire ).

Au passage, l'ampleur des moyens qu'il faut consacrer à ce chantier confirme que, décidément, on n'a jamais fini de payer la facture des grands travaux parisiens de l'ère Mitterrand. Ce qu'avait déjà montré le dépérissement pitoyable, toutes ces dernières années, de l'Opéra Bastille. Qui lui aussi a terriblement mal vieilli, et dont le chantier de rénovation (relire ici ou ) a coûté un fameux paquet de millions.

05/03/2014

Une «comédie humaine»

Nicolas Sarkozy a donc bel et bien été enregistré à son insu. Par celui qui, à l'Elysée, était son haut conseiller idéologique: le sulfureux Patrick Buisson. La révélation du contenu (pas mirobolant, à ce stade) des premiers de ces enregistrements suscite évidemment une agitation médiatico-politique considérable. Mais, comme toujours, le buzz a la mémoire courte. En effet, en matière de hauts conseillers qui déballent (ou balancent, comme on veut), existe un fameux précédent. Qui remonte à plus de vingt ans.

Personnalités, Institutions, Histoire, Sarkozy, Mitterrand, LittératureQuand, en 1993, Jacques Attali avait entamé la publication de ses «Verbatim». Par cette démarche, ce haut conseiller de François Mitterrand entendait relater «aussi honnêtement mais aussi crûment que possible, les faits, les impressions, les dialogues» des «épisodes singuliers de la comédie humaine», au plus haut sommet de l'Etat. A l'époque, ce récit non-autorisé «de réussites et d’erreurs, de mesquineries et de grandeurs» avait ulcéré les piliers de la Mitterrandie (les Fabius, Lang, Mauroy, Badinter, etc.). Le Président lui-même avait dit son courroux. En deux phrases mémorables, il avait raillé «le guillemet facile» de l'auteur, et le fait qu'il était «peut-être plus soucieux du nombre de ses lecteurs que de vérité historique».

Néanmoins, la série des «Verbatim» avait connu un grand succès de librairie. Au point que, habituelle rançon de la gloire, un pastiche avait vu le jour. «Aboitim, neuf années dans les secrets de François Mitterrand», c'était son titre. Et son auteur, anonyme, avait choisi Baltique pour pseudonyme: le nom du labrador du Président.

A l'inverse de la chronique des années Sarkozy par Patrick Buisson, ce récit-là, au moins, était marrant.

02/05/2013

Un «honneur livré aux chiens»

Histoire, Parti socialiste, Personnalités, Mitterrand, Lang, Presse, MédiasD'un Premier ministre à l'autre. Mais, là, de façon pas du tout légère, à l'inverse de la précédente note sur Jean-Marc Ayrault. Puisque, hier soir, à 22h15 très exactement, la France a commémoré les 20 ans de la disparition de Pierre Bérégovoy: le 1er mai 1993.

Au-delà des thèses complotistes qui ont toujours circulé, mais n'ont jamais été avérées, la version officielle veut que l'ex-chef du gouvernement ait succombé lors de son transfert en hélicoptère à l'hôpital militaire parisien du Val de Grâce. Après s'être suicidé d'une balle en pleine tête, tirée avec l'arme de service du policier chargé de sa sécurité. Pour les lecteurs les plus jeunes, à l'époque, ce suicide avait traumatisé le pays. Et avait inspiré au Président Mitterrand une épitaphe mémorable: «Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu'on ait pu livrer aux chiens l'honneur d'un homme et finalement sa vie». Visés: ceux qui mettaient en doute la probité de l'ex-Premier ministre, sur base de la révélation du «Canard Enchaîné» selon laquelle il avait bénéficié d'un prêt sans intérêt (mais déclaré chez un notaire) de la part d'un proche du chef de l'Etat.

Vingt ans plus tard, l'examen de conscience à propos de ce drame se poursuit visiblement, dans la propre famille politique de Pierre Bérégovoy. Témoin, cet aveu de l'ex-ministre Jack Lang, hier sur une télé: «Le comportement de la plupart des socialistes à ce moment-là, à l'égard de Pierre Bérégovoy, n'a pas été à la hauteur».

C'est, vraiment, le moins que l'on puisse dire.

Histoire, Parti socialiste, Personnalités, Mitterrand, Lang, Presse, MédiasA l'époque, nul n'ignorait que l'intéressé était très dépressif. Officiellement, parce que son affaire de prêt le minait, et parce que ce scandale avait contribué à infliger une Bérézina historique au PS, aux élections législatives du printemps 1993: moins de 60 sièges à l'Assemblée (qui en compte 577). En son for intérieur, Pierre Bérégovoy était aussi extrêmement affecté par l'attitude de ses «camarades» à son égard. Les hiérarques socialistes le fuyaient, gênés par le scandale et/ou rendus furieux par la déroute électorale. Du jour au lendemain au sein de son parti, et y compris auprès de ceux qu'il croyait être ses amis, Pierre Bérégovoy avait dégringolé du statut de chef de la majorité à celui de pestiféré.

Peu de temps avant sa mort, d'ailleurs, si l'on en croit certains mémorialistes de la Vème République, l'ex-Premier ministre tenta à plusieurs reprises d'avoir François Mitterrand au téléphone. En vain. Jamais le Président ne prit ses appels, ni ne les lui retourna.

09/04/2013

Une double comparaison

Personnalités, Mitterrand, International, Histoire, Femmes«Elle a les yeux de Caligula, mais la bouche de Marilyn Monroe».

C'est donc ce que disait François Mitterrand de Margaret Thatcher. Si l'on en croit Elisabeth Guigou. Qui, avant de devenir ministre de Lionel Jospin, avait été conseillère du Président, à l'Elysée. Et qui, hier, s'est taillée un franc succès dans tous les médias de France, en rappelant ce bon mot qu'avait eu l'ancien chef d'Etat français à propos du Premier ministre britannique.

Les yeux de Caligula: pourquoi pas.

Des yeux qui ont tout de même pleuré deux fois en présence de l'hôte de l'Elysée, selon les souvenirs que Jacques Attali a narrés hier soir, sur une radio (ici). Des pleurs «quand François Mitterrand l'a fait céder sur le montant du chèque qu'elle demandait pour rester dans l'Europe, alors qu'elle avait dit qu'elle ne cèderait jamais». Puis «après son départ du pouvoir, quand elle me disait l'émotion qu'elle avait eue lorsqu'un samedi matin, j'avais traduit en direct au téléphone l'appel de François Mitterrand lui annonçant le soutien de la France dans l'affaire des Malouines».

Personnalités, Mitterrand, International, Histoire, FemmesMais la bouche... de Marilyn Monroe? Là, on l'avoue, depuis qu'on a entendu cette comparaison-là, on ne voit pas: la bouche de la star américaine nous semble autrement plus lippue que celle de la Dame de fer.

Mais comme François Mitterrand avait une notoire expertise des femmes, on ne se permettra pas de remettre en cause le bien-fondé de sa comparaison – et donc on vous laisse juges.

17/10/2012

Un menu appétissant (suite)

Santé, Art de vivre, Gastronomie, Institutions, Histoire, Personnalités, Mitterrand, Giscard, Chirac, Hollande, Sarkozy7 millions de Français sont obèses. Et 15 millions sont en surpoids. Si l'on en croit une étude publiée hier, on continue à manger trop et/ou mal dans l'Hexagone. Même si l'obésité y est comparativement moindre qu'aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, et même si sa progression, en France, semble ralentir – mais pas chez les jeunes de 18 à 24 ans.

Malgré ces chiffres pas réjouissants, reparlons gastronomie, aujourd'hui. Et partons à nouveau dans les coulisses de l'Elysée, côté cuisines – qu'on évoquait l'autre jour (relire ici). Car, depuis la rédaction de cette note, on a retrouvé, dans le fin fond de nos archives, un long papier qu'on avait jadis rédigé sur la petite histoire du palais présidentiel: il y dix ans, à l'occasion des élections présidentielles de 2002. On y a trouvé quelques détails complétant utilement ce sujet aussi prestigieux qu'appétissant.

Ainsi, l'Elysée a beau avoir toujours compté parmi les meilleures tables de France, y travailler comme cuisinier doit être stressant. En effet, les exigences du protocole sont souveraines. L'une d'elles, par exemple, impose qu'un dîner d'Etat soit obligatoirement servi en 55 minutes chrono: pas une minute de plus.

En outre, bien évidemment, les chefs travaillant au palais doivent satisfaire les caprices culinaires du locataire des lieux. Nicolas Sarkozy, par exemple, soucieux de sa ligne – ce qui ne l'empêchait pas d'avoir toujours du chocolat sur son bureau –, avait banni le fromage de la table présidentielle. Fromage qui, paraît-il, a fait sa réapparition dans les menus de l'Elysée depuis que François Hollande y a été élu, en mai. Un quart de siècle plus tôt, François Mitterrand avait l'habitude, dit-on, de commander du homard à ses cuisiniers, à toute heure du jour voire de la nuit. Jacques Chirac, lui, c'est bien connu, carburait plus modestement: aux plats régionaux – la fameuse tête de veau – arrosés de bière mexicaine. Quant à Valéry Giscard d'Estaing, la légende élyséenne assure qu'il avait fait interdire les décorations de gâteaux et de pâtisseries en forme de roses, qui lui rappelaient trop l'emblème du Parti socialiste.

Deux anecdotes encore, issues elles du livre «L'Elysée – Histoire secrète et indiscrète des origines à nos jours», de l'historienne Claude Pasteur (Editions Tallandier, 2002).

santé,art de vivre,gastronomie,institutions,histoire,personnalités,mitterrand,giscard,chirac,hollande,sarkozyD'un point de vue culinaire, Valéry Giscard d'Estaing «se démarquait de ses prédécesseurs, en n'attachant pas la même importance aux plaisirs de la table. En dehors des repas officiels, il se contentait volontiers de fruits et de légumes». Quant à François Mitterrand, il fit «moderniser les grandes cuisines de l'Elysée, sans que cette modernisation ait fait disparaître les cuivres traditionnels, gravés du monogramme de Louis-Philippe ou de l'aigle impériale de Napoléon III».

La pompe, le faste, et le respect de la tradition, jusque dans les moindres détails.

18/09/2012

Un menu appétissant

Culture, Cinéma, Radio, Gastronomie, Art de vivre, Institutions, Mitterrand Sortie en salles dans l'Hexagone, demain mercredi, du film «Les saveurs du Palais», qui s'annonce assez appétissant. Avec Catherine Frot, qu'on a toujours adorée. Et l'ineffable Jean D'Ormesson, qui débute sa carrière cinématographique en campant rien de moins qu'un Président de la République inspiré de François Mitterrand. Le film raconte l'histoire d'une dénommée Hortense Laborie: Périgourdine au caractère bien trempé, qui, du jour au lendemain, est bombardée cuisinière particulière du chef de l'Etat.

Son personnage est directement inspiré de celui de Danièle Mazet-Delpeuch, qui fut la cuisinière personnelle de François Mitterrand de 1988 à 1990. L'autre jour, elle racontait son expérience à la radio, et sa description des coulisses de l'Elysée côté cuisines était passionnante. Si vous avez une heure de libre et voulez entendre cela, c'est podcastable ici.

C'est l'occasion d'évoquer «On va déguster»: l'émission gastronomique dominicale de France Inter. L'impeccable François-Régis Gaudry, l'épatante chroniqueuse Elvira Masson, le malicieux oenophile Dominique Hutin: le dimanche matin, on ne raterait pour rien au monde leur exploration du monde de la cuisine. Ici, pas de nappe blanche ni de chichis, pas non plus de ton cocardier énervé à la Jean-Pierre Coffe, ni parisianisme ni provincialisme: semaine après semaine, on trouve décidément impeccable le ton de cette émission. A découvrir, donc, si vous ne la connaissez pas: c'est une exquise mise en bouche, pour un beau début de dimanche.

23/07/2012

Un hommage amplement mérité

Hier, François Hollande a rendu un hommage parfaitement mérité à Jacques Chirac. C'était lors de la cérémonie de commémoration de la rafle du «Vél’d’Hiv» (l'ancien vélodrome d’hiver, à Paris). Le 16 juillet 1942, elle avait conduit plus de 13000 hommes, femmes et enfants juifs vers, le plus souvent, la mort.

Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac était entré dans l'Histoire de France comme le premier Président à reconnaître officiellement la responsabilité du pays dans cette tragédie. «Ces heures noires souillent à jamais notre Histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions», avait-il, très justement et solennellement, affirmé. «Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par les Français, par l’État français». A l'époque, ses propos avaient fait grand bruit. En effet, à l'instar de ses prédécesseurs, le Président Mitterrand, lui, avait toujours contesté que le gouvernement de Vichy ait représenté la France. «La République n’est pas comptable des actes de ­Vichy», n'avait-il cessé de soutenir. «La France n’a pas à s’excuser des crimes antisémites perpétrés par les autorités françaises officielles, précisément car le régime de Pétain n’a jamais incarné la France. La France légitime a toujours été celle de la Résistance, celle du général de Gaulle».

Dimanche, François Hollande a spectaculairement pris ses distances avec cette vision si confortable de l'Histoire. Il est donc devenu le premier chef d'Etat socialiste français à le reconnaître publiquement: «La vérité, c’est que la police française s’est chargée d’arrêter des milliers d’enfants et de familles, pris au piège le 16 juillet 1942. La vérité, elle est dure, elle est cruelle, c’est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l’ensemble de cette opération. La vérité, c’est que le crime fut commis en France, par la France».

Depuis dimanche, à droite, toute la mouvance souverainiste et lepéniste s'indigne des propos de François Hollande. Ce matin encore, l'ex-conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, Henri Guaino, s'en est offusqué, sur une radio. S'agrippant à la conviction qu'«à l'époque, la France, la vraie, elle était à Londres».

Ne leur en déplaise, on trouve que François Hollande dimanche et Jacques Chirac avant lui ont été admirables de lucidité historique et de courage politique.

17/11/2011

Une apathie agaçante

culture,cinéma,histoire,gouvernement,mitterrandMais à quoi donc Frédéric Mitterrand occupe-t-il ses journées? Il y a de quoi être passablement agacé, à propos du ministre de la Culture – une fois de plus (relire ici, ou ).

Depuis hier, dans un territoire entier de France, un film de cinéma n'est pas diffusé dans le circuit commercial. Il est visible partout ailleurs dans le pays, mais là pas. Cela fait suite à la décision prise par le seul et unique exploitant de salles de l'endroit. On savait depuis des semaines que cela allait arriver. Mais, à moins que cela nous ait échappé, le ministre s'est tu dans toutes les langues sur ce dossier. Et, que l'on sache, n'a pas bougé le plus petit doigt pour éviter qu'on en arrive là.

On veut bien sûr parler du dernier film du réalisateur et acteur français Mathieu Kassovitz: «L'Ordre et la Morale». Très controversé, il revient sur un épisode dramatique de l'histoire de l'outre-mer français: le drame d'Ouvéa (*), en Nouvelle-Calédonie. Le seul cinéma de Nouméa a décidé de ne pas le mettre à l'affiche, son propriétaire le jugeant trop polémique. Du coup, les habitants de l'archipel en sont quittes pour le voir dans des conditions artisanales: dans des médiathèques, des salles de spectacle, en tribu, etc.

Imaginons l'un ou l'autre cas de figure hypothétiques: certes peu vraisemblables, mais qui seraient parfaitement analogues dans leur impact.

Toutes les salles obscures de la capitale qui boycotteraient un film consacré à la Commune de Paris. Les Corses qui seraient dans l'incapacité d'aller au cinéma voir un long métrage sur l'assassinat du préfet Erignac. Ou un film controversé sur la méga-catastrophe AZF, à Toulouse en 2001, qui ne serait projeté dans aucune salle de la Ville Rose. Aurait-on eu droit à la même apathie ministérielle? Non, bien sûr.

Il est vrai que, vu de Paris, la Nouvelle-Calédonie, c'est si loin. Et que ce n'est jamais que l'outre-mer.

Encore bravo.

culture,cinéma,histoire,gouvernement,mitterrand(*) Petite explication, à l'attention des lecteurs les plus jeunes de ce blog.

En Nouvelle-Calédonie en avril 1988, dans la grotte dite d'Ouvéa, s'était replié un commando d'indépendantistes après avoir pris des otages lors de l'attaque meurtrière d’une gendarmerie. En mai, à l'avant-veille du second tour de l'élection présidentielle (entre Mitterrand et Chirac), ordre avait été donné à l'armée de donner l'assaut. Deux gendarmes avaient péri dans l'opération, ainsi que dix-neufs mélanésiens – dont plusieurs, ont attesté nombre de témoignages, ont été abattus de sang-froid et a posteriori, par des militaires.

09/11/2011

Une libéra(lisa)tion

30 ans. Ce mercredi, cela fait exactement trente ans qu'a été signée, le 9 novembre 1981, la grande loi ayant mis fin au monopole d'Etat sur la radiodiffusion en France. Trente ans donc, jour pour jour, de libéra(lisa)tion de la bande FM.

Cela paraît tout bête aujourd'hui, mais, à l'époque, cela avait été un sacré chambardement. A la fin des années 70, en effet, chaque irruption sur les ondes, sans autorisation, d'une radio privée – qu'on appelait alors «radio pirate» – mettait l'Etat en fureur. Pour la petite histoire, et pour nos lecteurs les plus jeunes, les écologistes avaient été parmi les premiers à enfreindre le sacrosaint monopole, avec leur «Radio verte». Et, avant de devenir Président, François Mitterrand en personne avait joué les forbans radiophoniques: au titre de premier secrétaire du PS, avec «Radio Riposte», «la radio des socialistes».

Assez curieusement ce matin, trente ans donc après le Jour J, on n'a pas entendu la moindre radio commémorer cette libéralisation. Qui, en termes quantitatifs en tout cas – en termes qualitatifs, c'est plus discutable, trouve-t-on – est un vrai succès. En effet, la bande FM est plus que jamais plébiscitée dans l'Hexagone: plus la moindre de ses 6 000 fréquences n'est disponible, et pas moins de 43 millions de Français l'écoutent chaque jour.

26/10/2011

Un contraste médiatique

Economie, Social, Presse, Médias, Gouvernement, Personnalités, MitterrandC'est le contraste médiatique de la semaine. Et il illustre une fois de plus le grandissant hiatus qui existe dans le secteur de la presse écrite – en France mais aussi dans d'autres pays – : hiatus entre une presse quotidienne qui, de plus en plus, boit le bouillon et une presse magazine qui, elle, se porte plutôt mieux.

 

Cette semaine donc, il y a d'un côté «Les Inrocks». Qui, ce mercredi, fête en grandes pompes son 25ème anniversaire. C'est incontestablement une belle réussite dans le marché, disons, de la presse périodique culturelle bobo urbaine branchée (pour faire court). Un marché où l'on a déjà connu tant d'échecs retentissants ces dernières années – voir, pour ne prendre que ce seul exemple, le sort qui fut celui du défunt «Zurban».

 

Et, d'un autre côté, deux jours plus tôt, on a eu cette opération coup de poing qui a été menée lundi matin à Paris par certaines sections du syndicat CGT de la presse. Quelque 15.000 exemplaires de quotidiens ont été déversés sur la chaussée, devant le siège du patronat de la presse quotidienne nationale, rue La Fayette. L'objectif était de protester contre les plans de licenciement ou de restructuration qui touchent nombre d'organes de presse écrite, en ce moment: «Le Parisien», «La Tribune», les journaux régionaux du groupe Le Midi ou «France Soir» surtout – qui, bientôt, ne paraîtra plus dans sa forme papier et sera diffusé exclusivement sur le net. «Cette action est symbolique, car on veut mettre le papier à la rue comme à «France Soir» et à «La Tribune»! C'est un gâchis!», fulminait un syndicaliste, lundi.

 

Economie, Social, Presse, Médias, Gouvernement, Personnalités, MitterrandDernièrement, au Parlement, Frédéric Mitterrand, encore lui, était invité par des députés de l'opposition à se bouger un peu plus pour préserver le pluralisme et la diversité de la presse écrite. «Le paysage de la presse française ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui» sans l'action du gouvernement, a rétorqué, piqué au vif, le ministre de la Communication. Pour qui «aucun gouvernement ne fait autant pour la presse que celui-ci!»

 

Au vu du nombre de plans de réduction de l'emploi qui sont à l'oeuvre ou sont envisagés dans ce secteur, les résultats de cet activisme gouvernemental allégué n'ont pas l'air d'être au rendez-vous – pas complètement, en tout cas.

25/10/2011

Une légèreté déplacée

Quelle mouche a piqué Frédéric Mitterrand? L'autre jour, au Sénat, le ministre de la Culture était interrogé sur une des pages les plus sombres de l'Histoire de Paris: le massacre – puisqu'il faut bien l'appeler ainsi – du 17 octobre 1961. Ce soir-là, des dizaines de sympathisants du FLN algérien, manifestant contre le couvre-feu qui leur était imposé, avaient été tués par les forces de l'ordre du préfet Maurice Papon: gazés, bastonnés, ratonnés donc, abattus à bout portant, jetés et noyés dans la Seine (*). Cinquante ans plus tard, devant le Parlement, Frédéric Mitterrand n'a rien de trouvé de mieux que d'aborder ce drame par le biais d'«une anecdote personnelle» qu'on trouve d'une insignifiance et d'un nombrilisme complètement déplacés.

 

«Chacun, ici, comme moi, a pu avoir un contact personnel avec cette période difficile et passionnelle de notre histoire», a-t-il ainsi brodé. «À 13 ans, je tournai dans un film, et tombai éperdument amoureux d'une actrice, jeune femme exquise et d'une qualité humaine et intellectuelle remarquables. Quelques jours plus tard, je vis sa photo en première page de France-Soir; elle venait d'être arrêtée, pour avoir été à la tête d'un réseau de porteurs de valises. Imaginez le choc pour l'adolescent que j'étais! Quelques mois plus tard, c'était le 17 octobre». Et d'en terminer sur le sujet en niant que ce massacre policier fasse toujours l'objet d'une chape de plomb en France: «Quand on voulait savoir ce qui s'était passé le 17 octobre, on le pouvait. Je l'ai toujours su. Il n'a jamais été impossible de consulter des documents. Aujourd'hui, toutes les archives sont ouvertes».

 

L'opposition en attendait bien plus. Attendait, au minimum, «des mots» plus appropriés. Puisque les plus hautes autorités de l'Etat, la semaine dernière, n'ont pas daigné assisté aux cérémonies de commémoration qui étaient organisées à Paris. Et puisque ce massacre, contrairement à ce que réclament des associations (ici), n'est toujours pas reconnu comme un «crime d'Etat». Mais non, rien: le Parlement n'a donc eu droit qu'aux émois de jeunesse d'un adolescent de l'époque et à la sentimentalité mièvre de l'adulte qu'il est aujourd'hui.

 

«Quelle lâcheté!», «Lamentable!», «C'est nul!», «Pitoyable», «Minable». Le compte-rendu de l'incident en fait foi: les sénateurs n'ont pas du tout apprécié cette légèreté ministérielle.

 

D'habitude, les invectives et les quolibets, en politique comme ailleurs, on n'aime pas du tout cela. Mais là, trouve-t-on, l'intéressé ne les a pas volés.

 

(*) Si vous voulez mieux connaître ces dramatiques événements parisiens du 17 octobre 1961, deux films sont sortis en salles, qui leur sont consacrés: voir ici.

10/05/2011

Un culte de la personnalité

rose.jpgEn l'honneur du trentième anniversaire du 10 mai 1981, jour de l'élection de François Mitterrand à l'Elysée, le PS fait très fort, en termes de marketing politique. Un parti français n'avait plus eu une idée aussi farce depuis l'été 2006. Depuis que l'UMP avait édité ses désormais légendaires tongs de plage ayant fait le bonheur de millions d'estivants: de Palavas-les-Flots à la Grande Motte, de Honfleur à Saint-Jean-de-luz, de Belle-Île à Trouville.

Mais ses merveilleuses tongs sarkozystes ne laissaient sur le sable que le logo du grand parti présidentiel. Et non le portrait du Président en personne – cela, ce sera peut-être pour l'été prochain, pré-campagne présidentielle de 2012 oblige. Le PS, lui, vient de franchir un pas supplémentaire, si délicieusement nord-coréen, dans le culte de la personnalité. Il propose carrément une appli iphone (qui a l'air gratuite, en plus) permettant rien moins que de devenir l'ami, sonore et iconographique, de François Mitterrand.

Vous secouez votre smartphone et, hop hop, vous entendez un passage célèbre d'un discours de l'ex-Président. Vous le resecouez, et hop, voici dans vos petites oreilles une autre de ses petites phrases mémorables. Grâce au parti de Martine Aubry, vous pouvez même «vous prendre en photo avec François Mitterrand»! Il vous suffit de télécharger l'application contenant les clichés fameux de l'intéressé, puis, hop hop, en un tour de main, d'afficher avec ravissement votre propre bobine à la place de celle de la personnalité qui, sur la photo, apparaît aux côtés du défunt Président. On peut donc, par exemple, se retrouver à la place d'Helmut Kohl à Verdun en 1984, sur la fameuse photo montrant ce dernier main dans la main avec François Mitterrand.

Ca fait vraiment rêver.

09/09/2010

Une pléthore

pile-de-livres.jpgFrédéric Mitterrand est content. Hier, en Conseil des ministres, il s'est réjoui de l'abondance et de la qualité des livres constituant la rentrée littéraire 2010 en France. Rentrée qui, avec 701 ouvrages, bat tous les records en termes de nombre de titres publiés. Cette pléthore ne gêne pas le ministre de la Culture. Pour qui cette «production éditoriale riche et diversifiée» témoigne «du dynamisme et de la diversité de l'édition française». Ce qui permet au marché du livre de faire figure de «pôle de stabilité au sein des industries culturelles, avec en 2009 une progression de l'ordre de 2%».

 

Soit. On trouve tout de même un peu courte cette communication ministérielle extatique. Ainsi, pas un mot sur le conservatisme croissant des éditeurs, qui, d'année en année, misent de plus en plus sur les auteurs confirmés, au détriment des écrivains qui essaient de percer. Pour preuve: lors de cette rentrée 2010, seuls 85 premiers romans sont publiés, un nombre historiquement bas – à titre de comparaison, 120 nouveaux romans étaient sortis à la rentrée 2004. Pas davantage d'allusion ministérielle au déséquilibre flagrant et persistant dans la mise en place de tous ces livres en librairies; déséquilibre qui, à chaque rentrée, pénalise les nouveaux auteurs au profit des gros vendeurs. Enfin, n'aurait pas fait de mal, dans cette communication au Conseil des ministres, un rappel par Frédéric Mitterrand du fait que, depuis plus de vingt ans, se maintient à un niveau élevé le nombre de Français qui ne lisent jamais. Ainsi, l'an dernier, un sondage avait confirmé que près d'un Français sur trois (30%) ne lisait pas même un livre par an.

 

Au passage, selon la même enquête, les Français en majorité (34%) ne lisent qu'entre un et cinq livres par an. Faites le calcul: cela veut dire que le lecteur français moyen aurait besoin ...de plus d’un siècle pour avoir lu tous les ouvrages publiés en cette rentrée littéraire 2010...

03/09/2010

Une sélection

Sourions un peu, pour bien terminer la semaine. Car hier, le Press Club de France a dévoilé sa sélection des nominés à son Prix annuel récompensant la personnalité politique qui, dans l'année écoulée, s'est distinguée par une tirade (volontairement ou non) magistralement comique – Prix qu'on a déjà évoqué à plusieurs reprises dans ce blog, ces dernières années (relire ici, ou ).

Le millésime 2010 n'est pas mal. Pour notre part, si on était membre du jury, notre palmarès serait le suivant. Sur la troisième marche du podium, l'eurodéputée écologiste et ex-juge de choc Eva Joly, pour cette répartie qui fit hurler (hurler de rage, pas de rire) ses alliés socialistes: «Je connais bien Dominique Strauss-Kahn : je l'ai mis en examen». La médaille d'argent, on l'octroierait bien volontiers au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand: ex-star de la télé, dont le débauchage par Nicolas Sarkozy fit jadis grand bruit, mais qui, depuis, se révèle être un ministre un peu pâlichon. Sa petite phrase nominée pourrait d'ailleurs être prise comme un aveu implicite: «Quand on m'appelle Monsieur le ministre, j'ai toujours l'impression que Jack Lang va surgir derrière moi!» Notre Grand Prix de l'humour politique, on le décernerait sans une seconde d'hésitation à la si bling bling ex-ministre de la Justice Rachida Dati, désormais exilée à Strasbourg mais dont on continue à voir la bobine à peu près chaque semaine dans les kiosques de Paris, au rayon des magazines de papier glacé. Rachida Dati donc, selon nous Médaille d'or pour cette impayable déclaration: «Je n'ai jamais cherché à attirer l'attention des médias».

Espérons en tout cas que la petite phrase cocasse qui l'emportera cette année sera aussi mémorable que celle qui, l'an dernier, avait été couronnée: la réflexion si désabusée mais si réaliste du maire de Paris, Bertrand Delanoë: «Le vrai changement au PS, ce serait de gagner».

24/06/2009

Un blanc

Cela s’est passé hier à la télé, en plein milieu de la soirée. Sur une chaîne de service public, France 3 en l’occurrence. Pendant un long moment – une bonne minute, ce qui, à l’échelle télévisuelle, est une éternité – , il y eut un blanc à l’antenne. Un noir plutôt, tel qu’il apparaissait sur le petit écran. En fin du «Soir 3», après le décrochage régional. Ce long blanc terminé, le spectacteur éberlué a pu constater que la désannonce par Carole Gaessler de son JT avait carrément été zappée et qu’on avait enchaîné sur le mini-programme sportif quotidien. Cela fait des semaines que la régie finale du «Soir 3» cafouille complètement avec ces décrochages régionaux en queue de JT national, ce qui produit des conséquences visibles à l’antenne. Avec, soit dit en passant, jamais le moindre mot d'excuses au téléspectateur pour ces couacs à répétition. Une telle interruption de programme sur le service public en pleine soirée est toutefois assez rare.

 

Cette semaine, la chaîne régionale de France Télévisions a aussi eu droit à l’annonce du départ prochain de la talentueuse et populaire présentatrice de son «19-20», Audrey Pulvar. Cette journaliste se distinguait notamment par ses interviews tout sauf complaisantes de personnalités politiques – Nicolas Sarkozy en personne, un soir, en fit l’expérience. Dans le même registre, est venue hier la confirmation que la justice poursuivait son enquête sur les conditions dans lesquelles les images, sons et confidences en «off» du chef de l’Etat avant sa mémorable intervention sur France 3, fin juin 2008, avaient fuité sur la place publique. Et, vu l'image pas trop flatteuse que la séquence donnait de l'intéressé, avait aussitôt fait du buzz sur internet. Confirmation, donc: après des collègues déjà entendus sur ce dossier au printemps, un des responsables de France 3 est convoqué début juillet à la police judiciaire de Paris, à la demande du parquet.

 

Du coup, dans la profession journalistique, d’aucuns dénoncent un «harcèlement» judiciaire de la presse, sur instruction du pouvoir politique. Plus sobrement, on se permettra de poser une question: dans ce pays, la justice et la police n’ont-elles donc que cela à faire que de continuer à enquêter, un an après les faits, sur un incident télévisuel qui, tout de même, n’a pas entraîné mort d’homme?

 

Sinon, depuis hier soir, c’est donc un ancien journaliste, Frédéric Mitterrand, qui est désormais ministre de la Culture et de la Communication. Son passé professionnel ne lui sera sans doute pas de trop pour tenter d’apaiser les relations entre la presse et la présidence de la République. 

09/10/2006

Un fameux courage

C’était il y a vingt-cinq ans, jour pour jour. Le 9 octobre 1981, en six mots laconiques, le Journal officiel scellait un quart de siècle de débat passionnel: «La peine de mort est abolie», disait la célèbre loi n° 81-908.
Rien que pour cette mesure, François Mitterrand mérite d’être entré dans l’Histoire. A l’époque, plus de six Français sur dix et près d’un électeur socialiste sur deux étaient contre l’abolition. Il lui en a donc fallu du courage pour prendre cette mesure si impopulaire.
Un quart de siècle plus tard, le rapport de forces s’est exactement inversé dans l’opinion, puisqu’ils ne sont plus que quatre Français sur dix à prôner le rétablissement de la peine capitale. Ce qui paraît tout de même encore énorme.
B.DL.