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13/05/2013

Une cohérence qui ne saute pas aux yeux

Paris, Personnalités, Histoire, International, Delanoë Puisque, dans la dernière note, on évoquait les mots qui fâchent, revenons sur ce dont on avait parlé l'autre jour (là): cette double tentative de renommer une rue de Paris. En l'honneur soit (version droite UMP) de la «Dame de Fer» Maggie Thatcher, soit (version Front de gauche) de son opposant républicain irlandais Bobby Sands. Un boulevard Maggie? Un square Bobby? Finalement, la majorité socialiste a tranché: ce ne sera... ni l'un, ni l'autre. En effet, selon la mairie, ce faire aurait été «utiliser les décès des uns et des autres à des fins politiques», dixit l'adjoint du maire, Bertrand Delanoë, chargé des questions internationales.

Pas de noms de personnalités politiques étrangères pour les rues de la Ville lumière? C'est la deuxième fois que la mairie ressort l'argument. Elle l'avait déjà fait en 2010, quand elle avait refusé qu'un lieu de la capitale honore la mémoire du Palestinien Yasser Arafat.

On ne peut pas dire que la cohérence du raisonnement saute aux yeux.

De longue date, Paris a une avenue Président Kennedy, dans le seizième arrondissement. Une avenue Franklin Roosevelt, près des Champs. Une avenue Président Wilson, à Iéna. Ou une avenue Winston Churchill, près du Grand Palais. En dehors du monde anglo-saxon, le libérateur vénézuélien Simon Bolivar et le révolutionnaire cubain José Marti ont respectivement nommé une place et une rue de la capitale. Il y a un jardin Yitzhak Rabin dans le parc de Bercy. Bertrand Delanoë lui-même, en 2010, inaugura une promenade Ben Gourion, le fondateur d'Israël, sur les quais de Seine. Et, quatre ans plus tôt, s'agissant d'une autre personnalité politiquement très controversée, il avait donné le nom de l'ex-pape Jean-Paul II au parvis de la cathédrale Notre-Dame. A l'époque, d'ailleurs, l'initiative avait suscité un gros chahut.

Paris, Personnalités, Histoire, International, Delanoë En revanche, il n'y aura donc pas de polémiques ou de manifs pour ou contre une esplanade Maggie Thatcher ou une allée Bobby Sands. A un an des prochaines élections municipales (il est prévu qu'elles se tiennent au printemps 2014), surtout ne se mettre personne à dos. Ne pas faire de vagues, en somme.

25/04/2013

Une sale ambiance, décidément

paris,société,femmes,sécurité,policeLa loi a été votée mardi, mais ce sale climat perdure, visiblement. Y compris à Paris, en plein coeur de notre quartier Bastille, pourtant censé «gay friendly». Pour illustrer cette homophobie ambiante, désormais complètement décomplexée – si tant est qu'elle ait jamais été complexée –, ce témoignage qu'on a découvert ce matin, dans notre boîte électronique. Il émane d'une jeune fille. Et relate une agression perpétrée hier soir, en face d'un bar-resto très connu du onzième arrondissement, rue Saint-Sabin.

On vous le livre tel quel. Rien à rajouter.

«Ma copine vient de se faire agresser ("Sale gouine", etc.). Elle a des bleus dans le cou, sur le coude. Elle a appelé quatre fois la police en dénonçant des propos "homophobes" et s'est fait raccrocher quatre fois au nez. Ca s'est passé devant le «Café de l'industrie» (terrasse pleine, il était 23h) et personne n'a réagi. Le mec l'a chopée par le cou et l'a jetée par terre. Une voiture de flics est passée, ils ont pris les coordonnées du mec. Elle va porter plainte demain (pas la force ce soir) et je la pousse à faire un certif médical. Je suis en train de la convaincre, mais elle me dit "A quoi bon". On peut forcément faire quelque chose chose contre ça? C'est pas possible autrement?»

23/04/2013

Un courrier, un climat

Société, Activisme, ParisJuste pour donner une idée du climat actuel, en France. En ce jour où le Parlement approuve solennellement le projet de loi sur le «mariage pour tous». C'est un courrier anonyme qu'a récemment reçu une association homosexuelle bien connue, ayant pignon sur rue à Paris. Il dit textuellement ceci – mais on a tout de même corrigé les fautes d'orthographe.

«Salut les tantouzes. Il est où, le siège de votre association de merde? Histoire de passer un soir parler tolérance avec des fils de putes de bons Français de votre genre. J'ai pas trouvé sur internet; merci de me répondre. Si je trouve sans ton aide, tu le sauras en voyant le local brûler».

Alors, bien entendu, on peut se dire que des gens dérangés, il y en a toujours eu et il y en aura toujours – en France comme ailleurs. On peut minimiser la chose, en la mettant sur le compte d'une initiative purement individuelle, absolument pas représentative du climat ambiant. Le problème, c'est que, des courriers de ce type, il y en a eu énormément, ces derniers temps. Envoyés à des personnes ou associations homosexuelles, comme à des personnalités (lire ici, par exemple).

Certains relativiseront, en rappelant qu'en 2004 déjà, le député Vert Noël Mamère avait eu droit à lui seul à... plusieurs milliers de lettres de menaces et d'insultes, après avoir marié symboliquement deux gays, dans sa mairie de Bègles (Gironde). Rien de très neuf donc, près de dix ans plus tard.

Mais c'est peut-être là le problème. Sur certains sujets, décidément, rien ou pas grand-chose ne change, en France.

22/04/2013

Un message, moins sinistre

La place de la Bastille noire de monde, hier après-midi. Plusieurs milliers de personnes, pour dénoncer les violences homophobes et revendiquer l'égalité des droits. Au même moment, deux kilomètres plus loin, à Denfert, étaient réunis, bien plus nombreux, les anti-«mariage gay». Entre les deux rassemblements antagonistes, des dizaines de cars de CRS.

Pour l'anecdote, quelques pancartes vues à Bastille. Véhiculant un message qui nous a semblé autrement moins sinistre que celui de la stigmatisation de la différence et du rejet d'autrui. «Nos familles sont plus belles que vos haines». «Kids, ados gays: vous êtes beaux, vous êtes normaux», «Hétéro solidaire».

Certes, l'humeur générale du rassemblement était à la colère, face au climat actuel – «Folle furieuse», résumait assez bien une pancarte. Et à la peur: encore deux gays tabassés en raison de leur identité, hier: à Nice, cette fois. Mais, de cette foule, où l'on a rencontré et interviewé nombre d'hétéros, se dégageait aussi comme une atmosphère de fraternité, de solidarité: être bien ensemble, se serrer les coudes, faire face. Ne pas courber l'échine. «Fières et belles», comme disait une autre pancarte.

12/04/2013

Une rue Maggie, ou une rue Bobby?

L'idée (là) émane d'un conseiller UMP de Paris: donner à une rue de la capitale le nom de l'ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher, décédée lundi. Que l'on sache, aucun des candidats sarkozystes à la mairie n'a repris la chose à son compte. Et pour cause. Pas sûr que l'électorat bobo parisien soit très fan de l'icône de l'ultra-libéralisme. Pas sûr, dès lors, que ce sont les initiatives de cet acabit qui permettront à la droite de ravir la mairie aux socialistes, lors des élections municipales de l'an prochain.

Les élus parisiens, en tout cas, débattront de la chose lors du prochain conseil municipal, les 22 et 23 avril. Déjà, une proposition alternative a vu le jour, au Parti communiste. Lui suggère de baptiser plutôt une rue de Paris au nom de Bobby Sands. Ce membre de l'IRA qui, en 1981, était mort à la suite de sa grève de la faim, la «Dame de fer» ayant toujours refusé de lui concéder le statut de prisonnier politique.

Une rue Maggie, ou une rue Bobby, à Paris? On se réjouit de voir de quel côté va pencher le maire, Bertrand Delanoë. On ne jurerait de rien. Lui qui, en 2006, avait donné le nom du pape Jean-Paul II au parvis de la cathédrale Notre-Dame. Ce qui l'avait durablement coupé d'une bonne partie de la mouvance de gauche radicale. Et avait créé (relire ici) un fameux tumulte, dans la capitale.

08/04/2013

Une apparition

François Hollande l'a confirmé, ce matin: un projet de loi va être présenté pour renforcer l'interdiction du port de signes religieux ostensibles. Jusqu'à présent, foulards musulmans, turbans sikhs ou autres kippas juives n'étaient prohibés que dans les services publics au sens strict. Bientôt, ils pourraient l'être également dans les établissements ou associations privés mais remplissant des missions de service public: les crèches privées, par exemple

En attendant, depuis 2011 en France, le port du voile intégral musulman (niqab, etc.) est censé interdit sur la voie publique en général. On s'en est souvenu samedi. Quand, en fin d'après midi, dans notre métro, à une station de la ligne 8 en plein Paris, est montée dans la rame une jeune femme habillée de la sorte. Couverte de la tête aux pieds, seuls les yeux visibles. Au vu des paquets qu'elle portait, elle venait de faire les boutiques. En la voyant entrer, on s'est dit que, peut-être, l'intéressée allait se prendre des remarques hostiles des usagers. Rien. Pas un mot. A peine quelques regards. Les gens ont fait comme si de rien n'était, le voyage s'est poursuivi sans encombres.

Et, le métro étant une fois de plus épouvantablement bondé, ses voyageurs collés-serrés à touche-touche, on n'a pu faire autrement qu'apercevoir ce que, sous notre nez – au propre, pas au figuré –, cette femme en noir textotait, sur son Blackberry dernier cri: «J'ai acheté une petite robe courte».

28/03/2013

Une autre évaluation, comique

300.000. C'est donc le chiffre qu'a confirmé hier la préfecture de police de Paris, relatif au nombre d'opposants au «mariage gay» ayant manifesté dimanche, dans la capitale française. Les organisateurs, eux, parlent d'1,4 million de personnes. Comme on n'est plus vraiment à quelques dizaines de milliers de manifestants près, cette traditionnelle querelle de chiffres entre autorités et organisateurs de cortèges est très lassante. Pour l'anecdote, cette autre évaluation qui circule en ce moment sur les réseaux sociaux, en Belgique aussi, et que l'on trouve, elle, beaucoup plus comique.

Car elle évalue carrément «la participation réelle du rassemblement à 1,8 millions de personnes»! Estimation basée sur des photos qui, ce jour-là, auraient été prises par «un hélicoptère de la sécurité civile» qui aurait survolé la «Manif pour tous». Et dont les images auraient ensuite été «confisquées car très révélatrices»: interceptées par la haute hiérarchie policière à la demande expresse du pouvoir politique. «La DCRI (=les services de renseignement) et l’Élysée ont les chiffres sur leur bureau», assurent les inconnus à l'origine de cette tentative de buzz viral. Qui exhortent les gens à relayer ce ragot complotiste ainsi qu'un cliché aérien qui constituerait la «preuve flagrante» de cette assertion. «Partagez massivement, envoyez vite par mail à vos contacts et aux médias ayant censuré!»

Ce midi, à la préfecture de police,on ne s'offusquait même pas de cette accusation de manipulation de l'opinion: on était plus proches d'en rire aux éclats, tant paraît astronomique une telle évaluation.

En effet, sans doute mieux vaut-il en rire.

26/03/2013

Un corvée, à force

Habiter à Paris et dans sa région, c'est vivre dans un univers ultra-urbanisé et donc, comme tout citadin de grande ville, être censé ouvert à la modernité. Dans certains domaines d'activités, pourtant, le Parisien ou banlieusard moyen reproduit des schémas on ne peut plus traditionnels. C'est le cas en ce qui concerne l'activité culinaire, à en croire une recherche en sciences sociales que vient de publier l'Institut français de la recherche agronomique.

Elle concerne les modalités de préparation du repas du soir, et a été réalisée auprès de 818 ménages vivant dans la région-capitale. Il en ressort que, à Paris et dans sa région tout autant qu'ailleurs, Monsieur remplace très peu fréquemment Madame aux fourneaux, après la journée de boulot: «Avec plus des deux tiers (68%) de femmes chargées de la cuisine quotidienne au sein des ménages interrogés, ces dernières occupent toujours une place centrale en cuisine».

Les femmes en cuisine, donc, à Paris aussi. Pour le plaisir des intéressées? Pas franchement. L'étude confirme que la répétition lasse, que la routine d'une tâche en soi pas désagréable au départ peut la rendre assommante, à force d'être trop fréquemment accomplie. A cet égard, le clivage hommes-femmes est frappant. Au sein des couples parisiens, les hommes qui mettent la main à la pâte «sont 8 sur 10 à déclarer aimer faire la cuisine au quotidien». En revanche, «la moitié des femmes qui cuisinent n’apprécient pas cette activité».

Elle n'en ont que plus de mérite de se la coltiner.

25/03/2013

Une vie de palace? Pas vraiment

Paris, Tourisme, Economie, Social, Belgique, FemmesA Paris, le secteur du tourisme résiste bien à la crise. En 2012, avec, selon le dernier bilan en date (ici), 29 millions d'hébergements touristiques, la «Ville lumière» a encore battu tous ses records. Ce qui n'exclut pas quelques reculs particuliers. Les visiteurs provenant de Belgique, par exemple, ont été moins nombreux, l'an dernier: -2,6% pour les arrivées (au nombre 295.000) et -3,9% pour les nuitées (637.000). Plus intéressant que ces chiffres de fréquentation: qu'en est-il des conditions de travail des quelque 52000 salariés qui, en région parisienne, sont occupés dans ce secteur touristique? Elles n'ont rien de mirobolant. C'est ce que vient de rappeler (là) l'Institut français de la statistique (Insee).

Ainsi, dans l'hôtellerie, «les salariés exercent fréquemment leur métier en horaires décalés, et perçoivent plutôt de faibles salaires». Certes, le salaire horaire net y est plus élevé que dans la restauration. Et les hôtels situés à Paris paient mieux leur personnel que les établissements situés en banlieue. Reste que, globalement, le salaire net dans l'hôtellerie en région parisienne, «quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle», «est plus faible que dans l’ensemble des (autres) secteurs (professionnels): 11,08€ de l'heure, contre 16,58€». Et c'est particulièrement vrai «pour les métiers qui nécessitent le plus de personnel, comme les employés d’étage ou les réceptionnistes». Sans oublier que, pour les métiers de plongeurs, de serveurs ou de personnels d’étage, «les contrats de travail intermittents représentent plus d’une offre sur deux à Paris». Au demeurant, dans ce secteur hôtelier, «de nombreuses embauches (41%) s’effectuent via des contrats de très courte durée, de moins de 8 heures par semaine».

Et, bien sûr, dans le tourisme comme dans tant d'autres secteurs de l'économie française, «les hommes sont mieux rémunérés que les femmes, y compris pour des métiers identiques».

Bref: pas forcément une vie de palace, pour les petites mains de ce si renommé tourisme parisien.

07/03/2013

Un vieux cliché à nouveau écorné

Femmes, Transports, Sécurité, ParisCe n'est pas la première fois que de tels chiffres sortent (relire ici), mais pourquoi pas les évoquer, en cette veille du 8 mars. Puisqu'ils tordent à nouveau le cou à un cliché sexiste. Non, définitivement non, les femmes ne conduisent pas forcément plus mal que les hommes. On en a encore eu la preuve l'an dernier, à Paris.

Ville où, d'après les propres chiffres de la préfecture de police, qu'elle a communiqués hier, très exactement 1.542 femmes ont été responsables d’accidents de la route, en 2012. Contre 4.787 hommes. Ce qui nous fait un ratio 75%-25%, défavorable aux mâles.

Sans doute est-il difficile d'en déduire que, d'office, les Parisiennes conduisent mieux que les Parisiens. En effet, le nombre plus élevé d'accidents causés par les hommes dans la capitale peut aussi découler du fait qu'on y dénombrerait davantage de conducteurs que de conductrices. Il n'empêche, certains indicateurs en disent long. Ainsi, toujours dixit la préfecture de police, «l’analyse de l’accidentologie 2012 met en lumière un écart encore plus grand entre hommes et femmes quant aux causes principales d’accidents: pour la vitesse 72% contre 28%, pour l’alcool 89% contre 11%, et pour les stupéfiants 91% contre 9%».

Voilà, en tout cas, un argumentaire tout trouvé: la prochaine fois qu'on se farcira des quolibets masculins éculés, moquant la prétendue inaptitude, voire dangerosité, des femmes au volant.

22/02/2013

Une ville où l'on se marie peu

Puisqu'on a tant et tant parlé du mariage en France, ces derniers mois, cette spécificité parisienne, que vient de rappeler (ici) l'Institut national de la statistique (Insee). A Paris, en dépit de son cliché de ville ultra-romantique, on se marie beaucoup moins qu'ailleurs: moins que dans sa banlieue – et, par extension, qu'en province.

A Paris intra muros, 61% des gens vivant ensemble sont mariés; ils sont 71% dans ce cas en région parisienne. Dans la capitale, un couple sur trois (33%) vit en union libre, contre seulement 24% en banlieue et 22% en province.

Pourquoi donc le mariage a-t-il moins la cote dans la «Ville lumière»? L'Insee explique cela par deux caractéristiques de la population parisienne. D'abord, elle est proportionnellement plus jeune que celle de banlieue et de province: les 18-34 ans sont plus nombreux dans la capitale que partout ailleurs, et plus d'un Parisien sur trois (35%) a moins de 35 ans, contre 30% en banlieue et 25% en province. Ensuite, parmi ces nombreux jeunes qui habitent Paris, on compte beaucoup plus d'étudiants qu'ailleurs: 73% des Parisiens de 18 à 24 ans sont scolarisés, contre seulement 57% des banlieusards et 49% des provinciaux.

Cela confirme donc que le mariage demeure une institution majoritairement vue/vécue comme étant destinée avant tout aux couples qui se sentent prêts à entrer dans la vie active: ont atteint un certain âge, et achevé leur formation.

Frigide Barjot n'a pas encore réagi.

15/02/2013

Une candidature désormais officielle

Paris, Personnalités, Langue française, FemmesA Paris, aux prochaines élections municipales (en 2014), deux femmes pourraient donc se disputer la mairie. Puisque, c'est officiel depuis hier soir, Nathalie Kosciusko-Morizet se voit bien mener la droite à ce scrutin. L'ex-ministre et porte-parole de Nicolas Sarkozy ambitionne de battre celle que le maire actuel, Bertrand Delanoë (qui ne briguera pas un troisième mandat) a adoubée pour sa succession: sa première adjointe, la socialiste Anne Hidalgo. Un duel entre ces deux femmes, donc, à moins qu'une troisième vienne perturber cette prévision: l'ex-ministre Rachida Dati est également candidate à l'investiture de l'UMP.

Cette échéance électorale est encore lointaine, la droite n'est absolument pas sûre de l'emporter dans la capitale, mais la perspective d'un duel Kosciusko-Hidalgo excite déjà visiblement beaucoup les médias français. «Un choc de femmes», «un duel de dames», etc.: depuis hier soir, on a droit à un florilège d'expressions guerrières. Et, bien sûr, certains commentateurs ou chroniqueurs en sont rapidement venus à parler d'un «crêpage de chignons».

Se serait-il agi, dans le cas d'espèce, d'un affrontement entre deux personnalités mâles se disputant le même siège de maire, on aurait parlé de «combat des chefs» ou de «choc des titans». Mais, là, non: c'est donc un «crêpage de chignons».

Le sexisme et la misogynie ont l'air d'avoir encore de beaux jours devant eux: dans ce pays, comme dans sa langue.

22/01/2013

Un grand classique, à Paris aussi

Paris, Economie, Energie, Art de vivre, MétéoUn grand classique de l'hiver, n'en déplaise aux partisans du tout-nucléaire – dans le deuxième pays le plus nucléarisé au monde qu'est la France. Quand les températures plongent, la consommation d'électricité s'envole, et le réseau en vient à vaciller. Cela vaut aussi, parfois, pour Paris

Ainsi, hier, dans notre bon vieux quartier du onzième arrondissement, les premiers signes de faiblesse du réseau ont commencé à se manifester en début de soirée: des lumières à l'intensité par moments vacillante à partir de 19h30, soit à l'heure où les Parisiens commencent à rentrer du boulot et, arrivés chez eux, rallument le chauffage. Cela a continué comme cela pendant un petit temps. Jusqu'au grand noir, vers 20h15. C'est à ce moment que l'on mesure les joies du tout-électrique français: plus d'éclairage ni de chauffage ni le moindre appareil qui fonctionne, bien sûr, mais aussi plus d'eau chaude et y compris plus de digicode pour entrer ou sortir de chez soi – bref, plus rien. Il a fallu attendre plus d'une heure avant que le courant soit rétabli.

En province, l'hiver, à peu près à chaque grosse chute de neige ou à chaque coup de vent un peu important, des milliers de gens se retrouvent privés d'électricité, parfois même pendant des jours entiers. Rien d'inhabituel. Moins fréquent, en revanche, est le fait qu'une partie de la capitale, en son hyper-centre en plus, se retrouve ainsi plongée dans le noir. Par des températures extérieures qui, si elles étaient fraîches, n'étaient tout de même pas non plus exceptionnelles pour la saison.

Qui sait cela jette-t-il un froid – au propre comme au figuré –, sur l'image de ce pays, censé être la cinquième puissance économique mondiale.

21/01/2013

Une jolie pagaille

Week-end blanc, à Paris. Joli. Pagailleux, aussi. Dans la capitale, hier, pas un bus n'a circulé, le tramway n'a guère mieux fonctionné, et les acheminements vers Roissy et Orly ont été quasi inexistants. Une panne spectaculaire a même frappé le métro: panne en plein ciel, deuxième du genre en quelques semaines seulement.

Elle a frappé la ligne 5, sur le pont enjambant la Seine entre le quai de la Rapée et la gare d'Austerlitz. Le gel d'un câble électrique a entraîné l'arrêt d'une rame au beau milieu du viaduc. Une bonne centaine de passagers ont dû être évacués: ont dû gagner la gare en marchant sur la voie pendant 200 à 300 mètres. Pendant ce temps, vingt mètres plus bas, les gros moyens nautiques avaient été mobilisés. Les sapeurs pompiers, en effet, craignaient que des passagers glissent sur le pont gelé, puis tombent à l'eau. Des hommes-grenouille avaient donc été positionnés sur le fleuve, de manière à pouvoir leur porter secours. L'évacuation, cependant, s'est déroulée sans encombre.

Début décembre, déjà, une rame avait été immobilisée en plein ciel au-dessus de la Seine. Cette fois, c'était sur le pont de Bercy, qu'emprunte la ligne 6. Un «accident grave de voyageurs» avait entraîné une coupure d'alimentation électrique et stoppé un métro au moment précis où il franchissait le fleuve. Là aussi, les passagers avaient fini par être débarqués, et priés de cheminer en plein ciel jusqu'à la station suivante.

Sur le moment, dans un cas comme dans l'autre, pas sûr que beaucoup aient profité du clou du spectacle: la vue que l'on a sur Paris, depuis ces deux ponts. Panorama sublime, se dit-on chaque fois qu'on y passe en métro – époustouflant même, dès la nuit tombée: une des plus belles vues qui soient sur la ville et le fleuve illuminés.

08/01/2013

Une inexorable évolution

Paris, Economie, Culture, Art de vivreIl se joue en ce moment: le sort du Virgin Megastore des Champs-Elysées. Il se joue au comité d'entreprise extraordinaire du groupe Virgin, qui se déroule ces deux jours-ci à Paris. Et il faudrait vraiment un miracle pour que la procédure de dépôt de bilan entamée par Virgin épargne la grande surface de produits culturels qui, depuis son ouverture en 1988, au numéro 52-60 de la célèbre artère, était devenue un des symboles des Champs.

Si tout se passe comme il est attendu, les 27000 m2 de surfaces du Megastore devraient être occupées prochainement soit par un show-room de Volkswagen, soit par l'enseigne londonienne Harrod's. L'affaire sera sans doute très profitable pour le propriétaire du bâtiment: le fonds d'investissement qatari QIA, qui a racheté l'édifice (pour la bagatelle d'environ 500 millions d'euros) à la mutuelle française d'assurances Groupama – qui, après la crise de la dette grecque, avait un besoin urgent de liquidités. Très profitable, car le nouveau locataire se verra probablement imposer un loyer beaucoup plus élevé que son prédécesseur; on parle de 6 millions d'euros par an.

Outre qu'une disparition du Megastore serait fatale à ses 185 employés actuels, elle constituerait un nouveau mauvais coup porté à la place de la culture dans la «Ville lumière». Après, déjà, la fermeture du centre Virgin du Louvre, la reconversion de la FNAC Bastille en Club Med Gym, et la disparition ou les menaces pesant sur les cinémas «UGC Triomphe», «Le Balzac» ou «Le Lincoln».

Paris, Economie, Culture, Art de vivreEn revanche, sur les Champs, l'univers de la fripe mondialisée (Gap, Levi's, Abercrombie, Adidas, etc.) continue de se porter à merveille, merci pour lui. Tout comme à Saint-Germain des Prés il est parvenu à phagocyter une bonne part des surfaces culturelles, ce qu'il est en train de réussir aussi dans le Marais – dans une indifférence quasi-générale.

Sans doute a-t-on la capitale que l'on mérite.

04/01/2013

Une étourderie fatale

Police, Sécurité, Paris, Art de vivreUne anecdote futile et légère, pour bien terminer la semaine. Elle relate des faits qui se sont déroulés à Paris il y a une dizaine de jours déjà, mais, comme on n'a pas encore eu le temps, depuis, d'en parler dans ce blog, allons-y. D'autant que cela a trait à un péché capital (la gourmandise) et à un trait de caractère (l'étourderie), pour lesquels on a toujours eu une certaine sympathie.

L'affaire a été rendue publique par la préfecture de police de Paris. On livre tel quel son communiqué de presse officiel – le ton utilisé par les pandores est au moins aussi farce que le fond dont il est question.

«A l’heure où le carrosse de Cendrillon se transforme en citrouille, les policiers ont suivi les traces du Petit Poucet et ont interpellé Hansel et Gretel…
Samedi 22 décembre, peu avant minuit, un appel «17 police secours» signale le cambriolage d’une boulangerie-pâtisserie: rue Henri Duvernois, dans le 20ème arrondissement. Les policiers de la brigade anti-criminalité (BAC) locale se rendent immédiatement sur place.
A leur arrivée, ils constatent que la porte d’entrée a été dégondée, les lieux fouillés, et la caisse enregistreuse dérobée. Les voleurs ont disparu, mais leur gourmandise va leur être fatale. En effet, en plus de ce butin, ils se sont emparés de friandises dont ils ont répandu bon nombre dans la rue. Les policiers suivent la piste qui les conduit jusqu’à un stade situé à proximité, où ils découvrent plusieurs personnes qui se dispersent à leur vue; six d’entre elles sont néanmoins interpellées et placées en garde à vue.
La caisse a été retrouvée, de même que des pièces de petite monnaie et de nombreux emballages de sucreries».

03/01/2013

Un mauvais esprit

C'est sans doute ce que l'on appelle l'esprit de Noël: la compassion, la bienveillance, l'attention aux autres, la charité, etc.

Paris, Social, Pauvreté, Art de vivre Place Saint-Ambroise, dans notre onzième arrondissement, les distributeurs d'une banque sont, de tous côtés, garnis de mises en garde, à l'attention des utilisateurs qui y retirent de l'argent. Elles les prient de veiller aux Roms: susceptibles – si l'on comprend bien – de les dépouiller fissa des billets qu'ils viendraient de retirer à ces automates.

Aux pieds de cette banque, en effet, de temps à autres, s'installe une petite famille de Roms. Papa et maman, la trentaine. Et leurs deux enfants en bas âge: avec leurs petits jouets, à même le trottoir. Ils restent là quelques heures, puis s'en vont sans crier gare, vers d'autres horizons. Et reviennent, quelques jours plus tard. Cela fait plusieurs semaines qu'en tant qu'habitant du quartier, on les croise là. Jamais on n'a eu le moindre problème avec eux. Jamais on n'a entendu le moindre riverain du coin s'en plaindre. Jamais ne sont parvenues à nos oreilles de terrifiantes histoires d'utilisateurs de ces distributeurs qui auraient été sauvagement détroussés, par eux ou par leurs compatriotes.

Mais voilà, ils sont Roms. Ce qui, en soi, suffit déjà et dit tout: aux yeux de Parisiens tel que notre maculeur anonyme d'automates. C'est sans doute ce qui s'appelle un stigmate.

02/01/2013

Une tradition, deux innovations

«Le changement, c'est maintenant», avait promis François Hollande. Dans la nuit de lundi à mardi, un bon millier de véhicules n'en sont pas moins partis en fumée, en France. C'est si conforme à la tradition que, pendant toute la journée d'hier, les médias ont répété en boucle que le réveillon de nouvel an s'était globalement bien déroulé – passons.

Deux innovations tout de même, en matière de sécurité et de maintien de l'ordre. Qu'on a remarquées dans notre quartier parisien de Bastille, qui est aussi celui où réside le ministre socialiste de l'Intérieur, Manuel Valls – ceci explique peut-être cela.

D'abord, le déploiement préventif des forces de l'ordre y a pris des proportions qu'on n'avait encore jamais vues, y compris lors des plus grandes heures du sarkozysme sécuritaire triomphant. Ainsi, jusqu'à présent en période de fêtes de fin d'année, les militaires en uniforme étaient plutôt positionnés dans les lieux a priori à risques et/ou bondés: les grandes gares, les aéroports, les Champs-Elysées le soir du 31, etc. Là, on a pu les voir patrouiller également sur des artères aussi anodines, paisibles et familiales que les boulevards Beaumarchais ou Richard-Lenoir. «Le changement, c'est maintenant»: c'est sans doute ce qu'on a expliqué aux gosses qui, vers la Noël, sortant de la représentation du Cirque d'Hiver, tombaient, médusés, sur ces soldats en treillis, si lourdement armés.

Ensuite, à la St-Sylvestre, la police a rendu sa présence très ostensible. Jusqu'à présent, à Paris comme ailleurs, l'usage voulait que, la nuit, les véhicules de police en intervention utilisent le moins souvent possible leurs sirènes: signalent plutôt leur présence par leurs gyrophares lumineux, histoire d'éviter de réveiller des quartiers entiers, par de tonitruants «pin pon». Le 31 aux alentours de Bastille, en revanche, ce fut, en permanence et jusqu'au petit jour, un grand concert de sirènes de police. «Le changement, c'est maintenant»: c'est ce qu'ont dû soupirer d'aise des milliers de riverains, au moment d'être tirés de leur sommeil par ce tintamarre policier si assourdissant.

19/12/2012

Un feu vert

Des années que le dossier trainait dans les armoires de l'administration. Et, finalement, sans crier gare, la nouvelle vient de tomber, au débotté. Le feu vert a enfin été donné au méga-projet de restructuration de "La Samaritaine": les mythiques anciens grands magasins parisiens.

Vaste sujet, dont on a déjà pas mal parlé dans ce blog – relire notamment ici ou là. Et vaste enjeu urbanistique pour le quartier, que la reconversion de cet immense vaisseau abandonné depuis tant d'années (2005), et occupant une place centrale – pour ceux qui connaissent: tout l'îlot entre le quai du Louvre, la place de l’Ecole et les rues de Rivoli, de la Monnaie et de l’Arbre Sec.

Patrimoine, Urbanisme, Paris, Economie, Luxe Le dossier d'urbanisme fait miroiter «un projet visant à concilier l’équilibre économique d’une opération privée avec les enjeux économiques, sociaux, architecturaux, patrimoniaux et environnementaux de la capitale». Concrètement, le nouvel ensemble totalisera très précisément 69.284 m² de surfaces. Des commerces, des bureaux, des logements sociaux, une crèche, sans oublier un hôtel, dont l’entrée principale sera sur le quai du Louvre.

Détail qui intéressera les inconditionnels de grandioses vues parisiennes: le toit-terrasse sera accessible à tous, «grâce à un accès encadré, afin de permettre au public de découvrir le panorama exceptionnel de la Seine, de l’Ile de la Cité et de la rive gauche de Paris».

En ce qui concerne le look de cette "Nouvelle Samaritaine", le maître d'oeuvre promet que ses façades feront l’objet «d’une attention particulière et d’un traitement différencié, spécifique et adapté, entre conservation et restauration du XVIIe siècle et de styles majeurs du début du XXe siècle, et création résolument contemporaine du XXIe siècle». En tout, ce sont 460 millions d'euros qu'investira le groupe de luxe LVMH dans ce projet, dont l'ouverture est annoncée pour courant 2015.

On est bien curieux de voir cela.

18/12/2012

Un ultime souvenir

Comme une longue relation amoureuse qui prendrait fin après avoir beaucoup agacé, mais qui, aussitôt achevée, susciterait néanmoins une certaine nostalgie. C'est un peu ce qu'il est attendu cet après-midi, à Paris: sur le parvis de la Cour de Rome, devant la gare Saint-Lazare.

En effet, une vente aux enchères va disperser les derniers souvenirs de celui qui, chaque jour et pendant plusieurs décennies, fut le compagnon de route quotidien de millions de Parisiens. On veut parler du «Petit gris». Ces trains en acier inoxydable qui, depuis la fin des années 60, ont marqué le paysage ferroviaire de la banlieue parisienne, et dont on a déjà eu l'occasion de parler, dans ce blog (relire ici).

La SNCF organise ce mardi, une vente aux enchères de «mobilier vintage» issu de ces «Petits gris» désormais déclassés. Des banquettes de skaï orangées, des porte-bagages en grillage, les mémorables portes-hublot qui séparaient les rames, des lavabos, des poignées de porte ou des marchepieds: qui sait les Parisiens vont-ils s'arracher les derniers souvenirs d'un modèle de train qui, à la fin de sa carrière, a totalisé pas moins de 2 milliards de passagers transportés. Dont tant de Parisiens et de banlieusards pestant contre son inconfort et sa vétusté.

Ces antiques et pataudes machines, bonnes filles finalement, rendront un ultime service avant de disparaître: la SNCF versera l'intégralité du produit de la vente aux Restos du Coeur.