24/10/2012
Une autorisation, bucolique
Puisqu'on évoquait l'Assemblée nationale dans ce blog hier, cette autorisation qu'a donnée son nouveau président, le socialiste Claude Bartolone. Un feu vert certes infiniment anecdotique, mais néanmoins joliment bucolique. L'accord que, sur le toit du Parlement, l'on installe... des ruches.
La demande avait été faite par un député UMP, dont le suppléant est lui-même apiculteur. Pour ce parlementaire, ce faisant, «la représentation nationale, montrant comme il se doit l’exemple, participerait concrètement à la protection d’une espèce en difficulté et pourtant essentielle à la conservation de la biodiversité»: les abeilles. Ce sera donc chose faite.
L'histoire ne dit pas si ce miel provenant d'un Parlement désormais majoritairement à gauche sera, ou non, accessible à toutes les bourses. S'il sera, par exemple, plus abordable qu'un autre nectar issu lui aussi de toits parisiens fameux: le miel de l'Opéra Garnier.
Qui, à 15€ les 125 grammes, doit être le miel le plus cher et le plus chic du monde. A ce prix-là, il peut bien être bon.
11:15 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, gastronomie, institutions, parlement, environnement, art de vivre, luxe
23/10/2012
Un avantage maintenu
Le volet recettes du projet de budget 2013 en cours d'adoption, aujourd'hui, par les députés. Avec 20 milliards d'impôts et de charges imposés aux particuliers et aux entreprises. Dans le cadre de cet effort général d'austérité, le gouvernement a sabré dans nombre de «niches fiscales» – ainsi que l'on appelle, en France, les exonérations fiscales, abattements, etc. Mais la «niche» bénéficiant aux journalistes, elle, cette année encore (relire ici), a été épargnée. Ils pourront donc continuer à déduire 7650€ de leurs revenus, au titre de l'«allocation pour frais d'emploi».
Au Parlement, une vingtaine de députés sarkozystes ont tenté de faire supprimer cette «niche», ou, au minimum, de réduire de 10% son montant. En vain. Le budget «soumet les Français à une hausse d'impôt sans précédent. Tous les Français doivent contribuer à cet effort», a-t-on justifié, sur les bancs de l'UMP. En pure perte. La gauche a refusé de toucher à cette «niche» médiatique. Argumentant que son montant n'avait pas été revalorisé depuis treize ans, et qu'il s'agissait «moins d'une aide à une catégorie professionnelle qu'à un secteur professionnel, la presse écrite: en situation très délicate, et indispensable à la démocratie», dixit le ministre du Budget. «Beaucoup de secteurs en difficulté pourraient vous dire: "Pourquoi pas nous?"», lui a répondu un député centriste.
Sur le fond de cet avantage accordé aux journalistes, on a déjà écrit (ici) ce qu'on en pensait, on ne va donc pas se répéter.
Sur l'opportunité de son maintien, on notera juste que cela a de nouveau permis à la droite d'ironiser sur les cadeaux faits par un pouvoir de gauche à une corporation journalistique présentée par l'UMP comme étant globalement de gauche – les journalistes de droite apprécieront. Au risque d'alimenter une fois de plus l'éternel soupçon, pénible, de connivence entre pouvoir et médias.
«Dans chaque niche fiscale, se cache un chien», a-t-on coutume de dire en France. A propos de ces «niches» qui, année après année, sont invariablement maintenues, le pouvoir redoutant les aboiements de leurs bénéficiaires censés féroces. «Je ne compare pas les journalistes aux chiens, mais je remarque qu'ils peuvent être, par leur plume, extrêmement mordants...», a raillé une députée UMP...
11:57 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : presse, médias, journalisme, parlement, economie
19/07/2012
Un machisme ordinaire
Cécile Duflot s'est donc pris des sifflets et des quolibets, en pleine séance à l'Assemblée nationale. Ces comportements machistes ont, une nouvelle fois (relire ici), été le fait de députés sarkozystes. Qui se sont lâchés à la vue de la robe – parfaitement décente, au demeurant – que portait la ministre écologiste du Logement.
Le compte-rendu officiel des débats (ici) fait pudiquement l'impasse sur ces dérapages. Tout au plus relate-t-il des «rires et exclamations sur les bancs du groupe UMP». Mais le confrère de l'AFP accrédité à l'Assemblée, lui, a été plus transparent (là). Dès hier après-midi, l'affaire a enflammé les réseaux sociaux. Ce matin, sur une radio (là), Cécile Duflot a, très dignement, trouve-t-on, tourné la page de ce si pénible incident.
Le rappeler n'est ni les minimiser, et encore moins les excuser: ces dérapages sexistes sont un grand classique de la vie parlementaire française. Pour ne prendre que ce seul exemple, la socialiste Edith Cresson en témoigna, plusieurs fois. Lorsqu'elle était Premier ministre (dans le milieu des années 80) et apparaissait en jupe dans l'hémicycle, elle se prenait régulièrement des quolibets et des sifflets. Surtout lors des reprise de séances: en début d'après-midi, vers 14h30 ou 15h, quand les députés revenaient avinés de leur pause-déjeuner.
L'homme, décidément, parfois – souvent? – , est désespérant.
11:45 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : femmes, gouvernement, parlement, personnalités, institutions
09/03/2012
Un face-à-face
C'était hier soir, place de la Bastille, en marge et au terme des cortèges tenus à Paris dans le cadre de la Journée de la femme. Deux camps opposés de manifestantes ont terminé en chiens de faïence, face-à-face, se défiant avec pugnacité.
D'un côté, les féministes que l'on appelle abolitionnistes. Pour le dire vite, elles veulent voir la prostitution interdite car, selon elles, c'est le symbole par excellence de la marchandisation des corps et de l'exploitation de la femme. Selon ce point de vue, le fait qu'il y ait transaction financière entre clients et prostitué(e)s rend automatiquement impossible l'exercice libre et consenti, par les intéressé(e)s, de cette activité. De l'autre côté, des prostitué(e)s et des féministes opposées à la pénalisation du racolage et à la mise à l'amende des clients de la prostitution. Pour résumer, selon ce point de vue, il faut certes lutter contre les exploiteurs proxénètes et autres mafias du sexe, mais la liberté de disposer de son propre corps inclut l'exercice libre et consenti de la prostitution. La répression de cette activité ne fera que précariser et insécuriser encore un peu plus les «travailleurs du sexe», qui devraient être reconnus comme des travailleurs comme les autres.
Cela fait des années, voire des décennies, que le mouvement féministe français se déchire sur cette question. A Bastille hier soir, on en a eu une parfaite illustration.
Pendant les quelques dizaines de minutes qu'a duré ce face-à-face, les manifestant(e)s des deux camps ont rivalisé de slogans antagonistes. D'un côté, c'était «Ni à vendre, ni à prendre: le corps des femmes n'est pas une marchandise!». De l'autre, c'était «Où, quand, comment, combien je prends: le choix me revient, mon corps m'appartient!» Ou «Fières d'être putes!» Ou «Liberté de parole pour les travailleurs du sexe!»
Hier soir, de guerre lasse, les abolitionnistes ont fini par laisser tomber: ont laissé la place de la Bastille aux «travailleurs du sexe» et à leurs défenseurs. Leur reculade ne fait toutefois pas oublier que le camp abolitionniste a remporté une grande victoire politique, lors de cette législature qui s'achève. L'Assemblée nationale, en effet, a voté une résolution UMP-PS réaffirmant notamment que «la non-patrimonialité du corps humain est l’un des principes cardinaux de notre droit et qu’il fait obstacle à ce que le corps humain soit considéré, en tant que tel, comme une source de profit».
11:54 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femmes, activisme, parlement, paris
07/03/2012
«Une tuerie» à venir?
Toutes les télés de France, hier soir, en ont évidemment fait leurs choux gras. Les députés qui étaient présents à l'Assemblée nationale dans l'après-midi ont passé le plus clair de leur temps... à se photographier. En effet, c'était la dernière séance de la législature. Du coup, toutes celles et ceux qui ne sont pas certain(e)s d'être réélu(e)s aux législatives de juin ont hier, dans l'hémicycle, sorti leur smartphone. Pour, par précaution, immortaliser leur présence dans ces honorables travées – ce sera joli, dans l'album-photos familial.
A en croire les échos, nombre d'élus de la majorité sarkozyste ne donnent pas cher de leur peau. «Ça va être une tuerie!», aurait même confié l'un d'eux (ici) hier. Avant de prédire qu’un tiers seulement des 317 députés UMP sortants retrouveront leur siège, fin juin.
On verra. En attendant, c'est l'heure du bilan du travail législatif accompli.
Très exactement 264 lois ont été votées, ces cinq dernières années. Mais toutes sont-elles bien entrées en application? Bonne question. «Nous en sommes, à ce jour, à 88,2% des décrets d’application (des lois) publiés», s'est félicité, hier, le ministre des Relations avec le Parlement. «Il reste encore 34 mesures en instance. Au mois d’avril, nous aurons pris 90% des décrets d’application de toutes les lois votées depuis 2007. C’est le meilleur résultat obtenu par un gouvernement depuis le début de la Ve République».
Au moins ils trouveront là un motif de consolation, tous ces députés qui seront sanctionnés par l'électorat, dans trois mois. Sans doute, pour elles et eux, est-ce déjà cela.
11:50 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections présidentielles, elections législatives, institutions, parlement
10/10/2007
Un fatras
«Nous avons en France plus de lois que le reste du monde», constatait déjà Montaigne. Dans un pays où plus de 10.000 lois et 120.000 décrets s’appliquent aujourd’hui et où chaque année, 1000 pages de loi nouvelles sont votées, l’adage «Nul n’est censé ignorer la loi» ne correspond évidemment plus à rien. Les députés ont dès lors décidé de faire le ménage parmi quelque 126 lois et règlements considérés comme obsolètes. On trouve des petites merveilles dans ce fatras.
Ainsi:
-La loi du 26 Brumaire an IX réservant le port du pantalon aux seules femmes faisant du cheval ou du vélo et imposant à toutes les autres femmes désireuses de porter un tel vêtement de se présenter à la préfecture de police pour en obtenir l’autorisation;
-Le décret du 2 novembre 1877 permettant de poursuivre en France «tout Français qui se sera rendu coupable en Belgique de délits et de contraventions en matière forestière, rurale et de pêche»;
-La loi du 26 août 1943 autorisant l’émission de pièces de monnaie de 2 francs, 1 franc et 0,50 franc;
-La loi du 11 juillet 1906 «relative à la protection de sardines, de légumes et de prunes contre la fraude étrangère», qui interdit l’entrée en France de «boîtes de sardines étrangères d’un poids supérieur à un kilogramme»;
-La loi du 21 juillet 1932 étendant aux sirops et liqueurs de framboises, de fraises et de groseilles les dispositions de la loi sur les sirops et liqueurs de cassis;
-L’ordonnance du 24 avril 1944 limitant, «dans les zones affectées par les événements de guerre», la responsabilité des chemins de fer en cas de retard, de pertes ou d’avaries de bagages ou de marchandises;
-L’ordonnance du 16 janvier 1945 nationalisant les usines Renault ;
-Etc, etc.
Toutes ces lois sont supposées être encore en vigueur en 2007.
La France, cela dit, ne semble pas avoir le monopole du ridicule en la matière. Ainsi, seraient toujours d’application aujourd’hui aux Etats-Unis des lois interdisant de renifler dans le train, d’amener des lions dans les cinémas à Baltimore ou d’exciter les putois dans le Minnesota...
11:00 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Droit, Parlement
04/10/2006
Un exemple venu d'en haut
Ce matin, la mission parlementaire d’information sur le tabac remet son rapport sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Hier après-midi déjà, à l’heure où les députés s’apprêtaient à se prononcer sur le projet de loi privatisant Gaz de France, une question annexe agitait les esprits: l’annonce de la fermeture au 1er janvier 2007 du bureau de tabac de l’Assemblée nationale.
Cette décision du président de l’Assemblée, Jean-Louis Debré, ne semblait pas au goût de tous. Ainsi, tout en enfumant son entourage avec sa cigarette, le député UMP Pierre Lellouche ironisait sur la question: «Y a-t-il un domaine de la vie quotidienne qui n’ait pas encore été régulé? A quand un décret sur ce qui se passer dans les chambres à coucher?». Le centriste André Santini, président du club de fumeurs de l’Assemblée, se demandait, lui, «ce que vont devenir les 35.000 bureaux de tabacs de France si on ferme celui de l’Assemblée?» Sur le thème plus général de la cigarette dans les lieux publics, son collègue François Sauvadet (UDF) insistait sur la prévention. «Lutter contre le fumeur et faire en sorte qu’il ne fume pas dans un lieu public ne doit pas être l’unique réponse au problème du tabagisme. Il faut aussi penser à l’avenir des buralistes, qu’on leur trouve d’autres moyens d’existence».
Dans les coulisses de l’Assemblée, toutefois, les députés se bousculaient beaucoup moins pour rappeler que 5.000 personnes meurent chaque année en France du tabagisme passif.
C.G.
10:20 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Parlement, Santé, Tabac



